Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

église catholique

  • Macron et la laïcité

    Imprimer

    Sans titre 3.jpg

    J'ai lu le discours du Président de la République devant les Évêques de France le 9 avril dernier et je ne comprends pas les réprobations qu'il semble susciter chez certains acteurs associatifs du mouvement laïque et chez certains francs-maçons. Malheureusement l'immédiateté des réactions des uns et des autres, notamment sur les réseaux sociaux, a tôt fait de réduire l'allocution du chef de l'Etat à son propos liminaire. L'attention s'est ainsi focalisée sur la volonté présidentielle de réparer le « lien abîmé » entre l'Eglise et l'Etat. Certains critiques ont vu dans les propos de M. Macron des relents de sacristie et une remise en cause des institutions laïques de la République. Comme nous progresserions collectivement si nous étions capables de ne pas circonscrire l’information à des tweets (en particulier ceux relayant partiellement le discours du Président de la République) ou à des commentaires sur Facebook.

    Le Président de la République s'est donc adressé aux responsables des diocèses de l'Église de France comme il lui est arrivé de s'exprimer devant les représentants des autres confessions religieuses de notre pays. Ses prédécesseurs ont agi de même. M. Macron l'a d'ailleurs fait en des termes qu'il aurait fort bien pu employer devant des représentants d'associations laïques, de libre pensée ou d'obédiences maçonniques.

    J'ai ainsi apprécié ce passage relatif au colonel Arnaud Beltrame :

    « Beaucoup, lors de la journée tragique du 23 mars, ont cherché à nommer les ressorts secrets de son geste héroïque : les uns y ont vu l’acceptation du sacrifice ancrée dans sa vocation militaire ; les autres y ont vu la manifestation d’une fidélité républicaine nourrie par son parcours maçonnique ; d’autres enfin, et notamment son épouse, ont interprété son acte comme la traduction de sa foi catholique ardente, prête à l’épreuve suprême de la mort.

    Ces dimensions en réalité sont tellement entrelacées qu’il est impossible de les démêler, et c’est même inutile, car cette conduite héroïque c’est la vérité d’un homme dans toute sa complexité qui s’est livrée. »

    beltrame.jpgC'est cette complexité qui a fait l'unité et la singularité profondes de cet homme courageux et exemplaire. D'aucuns la jugeront peut-être paradoxale, voire contradictoire, mais il n'en demeure pas moins qu'elle a contribué à forger la personnalité d'Arnaud Beltrame. Cette complexité témoigne de la liberté de conscience garantie par les lois de la République.

    En d'autres termes, si Arnaud Beltrame a pu être ce qu'il a été, au quotidien, tant dans sa vie privée que professionnelle, c'est probablement parce qu'il a eu la chance de vivre et de grandir dans une société où l'on peut librement s'épanouir selon ses goûts et sa philosophie.

    Comment un franc-maçon, même le plus engagé politiquement ou le plus détaché de toute préoccupation spirituelle ou symbolique, pourrait-il y être insensible ? 

    C'est la raison pour laquelle, il me paraît fondamental de mettre en exergue ce passage du discours du Président de la République qui rappelle, avec force et vigueur, ce qu'est la laïcité consacrée par les lois de la République depuis plus de cent ans :

    « Je ne demanderai à aucun de nos concitoyens de ne pas croire ou de croire modérément. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je souhaite que chacun de nos concitoyens puisse croire à une religion, une philosophie qui sera la sienne, une forme de transcendance ou pas, qu’il puisse le faire librement mais que chacune de ces religions, de ces philosophies puisse lui apporter ce besoin au plus profond de lui-même d’absolu.

    Mon rôle est de m'assurer qu'il ait la liberté absolue de croire comme de ne pas croire mais je lui demanderai de la même façon et toujours de respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République. C'est cela la laïcité ni plus ni moins, une règle d’airain pour notre vie ensemble qui ne souffre aucun compromis, une liberté de conscience absolue et cette liberté spirituelle que je viens d'évoquer. »

    Le Président de la République est le garant de la liberté de conscience et non le promoteur d'une religion d'État. Il a donc invité les responsables de l'Eglise catholique romaine à s'inscrire résolument dans le cadre de la laïcité pour favoriser l'écoute et le dialogue mutuels, loin des postures et du commerce des certitudes, loin des attachements et des défiances fondées sur des raisons électoralistes

    Parce que la République garantit la liberté de conscience à tous, y compris aux catholiques, il appartient à l'Eglise d'investir le débat public sur les questions morales et éthiques et de s'appuyer sur ses membres qui s'engagent au quotidien au service des autres. Rien ne l'interdit. Plus largement, aucun texte de loi n'empêche les mouvements politiques, syndicaux, religieux, philosophiques de participer au débat public. La République reçoit donc avec gratitude tout don de sagesse, tout don d'engagement et tout don de liberté que l'Eglise est prête à lui offrir comme elle reçoit les dons de sagesse, d'engagement et de liberté de tout autre mouvement spirituel et de libre pensée.

    Autrement dit, la République a besoin d'interlocuteurs - et non de donneurs de leçons - pour justement permettre l'échange et le partage des expériences dans tous les domaines. L'Etat attend donc un haut niveau d'exigence de la part de ceux qui prétendent mener une profonde réflexion spirituelle sur le devenir de l'homme. Ce qui implique aussi de l'humilité dans le questionnement.

    Il n'y a que dans les dictatures où l'État se passe d'interlocuteurs pour imposer implacablement aux individus une seule et même conduite à tenir.

    Pour le reste, qu'attendait-on du Président de la République invité par la Conférence des Évêques de France ? Qu'il les traite avec mépris ou condescendance ?

    Je le dis donc à mes amis laïques et à mes frères francs-maçons : nous avons, nous aussi, et tous autant que nous sommes, à offrir ce don de sagesse, d'engagement et de liberté à la collectivité. Nous avons, nous aussi, à nourrir la réflexion éthique et sociale dans le respect de nos spécificités et de nos chemins spirituels. La laïcité est précisément le cadre indispensable qui permet aux opinions les plus diverses de s'exprimer en toute liberté.

    Que le besoin de polémiquer à longueur de tweets, de communiqués et de tribunes, ne nous le fasse pas oublier !

    ___________

    DISCOURS DU 9 AVRIL 2018.pdf

  • L'évêque franc-maçon

    Imprimer


    Albert Le Nordez, Eglise catholique, antimaçonnisme, presse, laïcité, rumeurVoici, à votre meilleure convenance, le plus franc-maçon des cléricaux ou bien le plus clérical des francs-maçons : Monseigneur Albert Le Nordez (1844-1922). Cet ancien évêque du diocèse de Dijon (Côte-d'Or) fut accusé par la presse d'extrême droite de la Belle Epoque d'appartenir au Grand Orient de France parce qu'il avait été soi-disant apercu, en habit civil, du côté de la rue Cadet à Paris, non loin du siège de l'obédience maçonnique. La Libre Parole, le quotidien antisémite d'Edouard Drumont, jamais en retard sur une absurdité, avait diffusé un photo montage grossier du prélat revêtu d'insignes maçonniques réalisé par André de Boisandré que l'on se transmettait, parait-il, sous le manteau ou sous la soutane. N'ayant pu retrouver ce montage pour illustrer la présente note, je me suis donc résolu à en fabriquer un avec mes pauvres moyens.

    Pourquoi une telle accusation contre Le Nordez ? Parce que l'évêque détonnait dans les milieux catholiques de l'époque. L'homme était en effet républicain et ne s'en cachait pas. L'évêque de Dijon était relativement bienveillant à l'égard des ministères Waldeck-Rousseau et Combes et, au grand dam de sa hiérarchie, il avait même favorablement accueilli la loi sur les congrégations religieuses et l'enseignement libre en s'opposant directement au Pape. Doté d'un fort caractère, Mgr Le Nordez menait donc son diocèse à la baguette, n'hésitant à rabrouer ses subordonnés les moins dociles et à pratiquer contre eux des mesures de rétorsion notamment financières. Très rapidement, il fut donc détesté du clergé local. Le Grand Séminaire de Dijon se mit en grève en février 1904. Les séminaristes refusèrent en effet de recevoir l'ordination de ses mains. Des familles refusèrent que l'évêque donne la communion aux enfants. On le suspecta très vite de gratouiller la main de M. Henri Brisson et de préparer un schisme au sein de l'Eglise catholique avec la complicité active du Grand Orient de France. Les adeptes du complot pensèrent trouver dans son blason d'évêque les trois points de la franc-maçonnerie. D'autres crurent déceler dans sa signature le delta représentant le Grand Architecte de l'Univers révéré par les francs-maçons. On l'accusa même d'avoir un fils caché dont il fit un curé. L'imagination des complotistes était extraordinairement fertile !

    Albert Le Nordez se défendit assez mollement de toutes ces accusations, probablement parce qu'il les trouvait parfaitement délirantes. Face à ses détracteurs, l'évêque se contentait de répondre sur le ton de la boutade : « Je ne puis pas être à l'Orient puisque je suis Le Nordez. » Il avait toutefois reconnu sans problème être le client du photographe Michel Berthaud, un professionnel renommé, dont le magasin était situé au 9 rue Cadet à Paris. Etait-ce pour cette raison que des « âmes charitables » l'avaient dénoncé, croyant l'avoir aperçu du côté du siège du Grand Orient ? Pourtant être commerçant rue Cadet ou être un client d'un magasin de cette rue ne fait pas automatiquement de vous un franc-maçon...

    Qu'à cela ne tienne ! Pour en avoir le coeur net, des journalistes sont allés même jusqu'à interroger le vénérable de la loge dijonnaise. Ce dernier indiqua, bien sûr, que Mgr Le Nordez n'avait jamais fréquenté sa loge et qu'il n'était pas franc-maçon. Rien n'y fit cependant pour dissiper les soupçons et les craintes d'un complot anticatholique. Le Saint-Siège s'impatienta. Au mépris du concordat de 1801, le Pape Pie X convoqua Mgr Le Nordez à Rome pour obtenir des explications mais sans demander l'autorisation préalable au gouvernement français. En quittant le territoire national sans l'aval de gouvernement, l'évêque tomba dans l'illégalité. Le gouvernement de la République en prit alors prétexte pour rompre ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège le 30 juillet 1904 et jeter les bases d'une législation portant séparation de l'Eglise et de l'Etat promulguée l'année suivante. Comme quoi, les grandes lois, parfois, tiennent à peu de chose...

    albert le nordez,eglise catholique,antimaçonnisme,presse,laïcité,rumeurDans son édition du 21 juillet 1904, au moment où le gouvernement venait de lancer son ultimatum au Saint-Siège, le journal La Presse avait publié cette protestation du Conseil Suprême (sic) du Grand Orient de France. Une protestation à la fois violemment anticléricale sur le fond et parfaitement grotesque sur la forme. Il s'agissait bien entendu d'une facétie de journaliste destinée « à faire monter la sauce » comme on dit, à crisper les esprits et, surtout, à faire vendre du papier !

    « Considérant qu'il importe avant tout de conserver sans tache la bonne renommée de l'Ordre maçonnique.

    Considérant qu'une association essentiellement républicaine et libre-penseuse doit se garder de tout contact impur.

    Considérant qu'une loge n'est pas une sacristie et que la présence d'un ensoutané à nos tenues exposerait la maçonnerie au soupçon de pactiser dans l'ombre avec le cléricalisme :

    Le conseil suprême répudie énergiquement toute attache avec le nommé Le Nordez et avec tout autre ratichon, quelle que soit la couleur de ses robes et de ses opinions, sincères ou feintes ;

    Et, en raison des bruits calomnieux pour nos Frères qui ont couru à ce sujet, ordonne une batterie de deuil. »

    Pour copie approximative :

    Mosca.

  • Les francs-maçons argentins et l'église catholique romaine

    Imprimer

    orlando.jpgLe frère Nicolás Orlando Breglia, Grand Maître de la Grande Loge d'Argentine, a accordé un long entretien au quotidien El Tribuno. Breglia est revenu sur les rapports compliqués entre la franc-maçonnerie et l'Eglise catholique romaine. Il a également fait part de son opinion sur le Pape François, son compatriote.

    « Il y a deux grands courants maçonnique. Le premier est saxon, monarchiste, conservateur et théiste, le second est latin, républicain, laïque, démocratique et profondément social. Ce second courant a eu une grande influence dans le processus émancipateur. Quels drapeaux a brandi la franc-maçonnerie ? Ceux de la république démocratique, laïque, sociale et inclusive.
    Les francs-maçons ont été anticléricaux, non pas opposés à l'Eglise catholique mais contre l'instrumentalisation de la foi dans la sphère publique et politique (...) Lorsque le pape expose ses positions et dit: « Je suis un républicain, laïque, démocrate et anticlérical », anticlérical dans le sens où il est contre l'utilisation de la foi dans l'exercice d'une fonction publique
    s, (...) nous ne pouvons pas être contre (...) Nous sommes les fidèles défenseurs de la république. Nous sommes contre tout autoritarisme. Le pape, en ce moment, partage des valeurs communes avec nous. »

    Le Pape François s'est en effet exprimé à plusieurs reprises sur la laïcité, dans le courant de l'année 2016, notamment à propos de la France. Il a ainsi estimé par exemple qu'« une laïcité saine comprend une ouverture à toutes les formes de transcendance, selon les différentes traditions religieuses et philosophiques. La recherche de la transcendance n’est pas seulement un fait, mais un droit. » Quoi que l'on pense de l'appréciation du Pape sur ce sujet, il n'en demeure pas moins qu'elle tranche totalement par rapport à celle de ses prédécesseurs. François n'a-t-il pas dit : « de nos jours, un Etat se doit d’être laïque » ? On imagine aisément que cette position ne doit pas être du goût des prélats les plus conservateurs.

    Interrogé sur les jésuites (ordre auquel le Pape appartient), très présents en Argentine, le Grand Maître Breglia a précisé :

    « Les jésuites ont de nombreux points de contact avec la franc-maçonnerie, même si nous nous nous sommes opposés de nombreuses fois (...) Cependant nous divergeons d'eux parce que nous ne sommes pas dogmatiques. Nous ne croyons pas en des vérités absolues ou à la prédestination d'une société. Nous croyons que l' homme est l'architecte de son propre destin. Et que la société est construite sur la base de vérités relatives. »

    Cette réaction est intéressante parce qu'elle met en évidence la complexité de la réalité maçonnique. En effet, bien que reconnue par la Grande Loge Unie d'Angleterre, et donc régulière au sens des landmarks de 1929, la Grande Loge d'Argentine ne s'inscrit absolument pas dans le courant saxon que le Grand Maître Breglia qualifie de monarchiste, conservateur et théiste. Les convictions maçonniques exposées par le Grand Maître de la Grande Loge d'Argentine sont à bien des égards plus proches de celle du Grand Orient de France que de celles de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Il existe bien sûr des obédiences libérales argentines, donc non reconnues par Londres. Ces obédiences libérales sont mixtes et, pour l'une d'entre elles, féminine. En Amérique latine, la présence des femmes en loge est effectivement la réelle ligne de partage entre « réguliers » et « irréguliers ». Ceci n'exclut nullement, sur le terrain, des relations fraternelles.

    En fait, on voit que chaque obédience agit en fonction de sa propre histoire et de celle du pays dans lequel elle déploie ses activités. Ainsi la Grande Loge d'Argentine est une obédience profondément laïque et anticléricale bien que régulière aux yeux de la Grande Loge Unie d'Angleterre (cette dernière, de façon pragmatique, reconnaît l'obédience qui regroupe la majorité des francs-maçon argentins). L'Argentine est en effet sous un régime concordataire après une histoire institutionnelle mouvementée. Le clergé local est globalement hostile aux francs-maçons qui ont souffert sous la dictature militaire. 

  • La franc-maçonnerie, arme de Satan

    Imprimer

    Kazakhstan, Athanasius Schneider, Berik Zhubaniyazov, Andrei Vladimirovich Bogdanov, église catholiqueLe 11 décembre dernier, à Séville (Espagne), le très conservateur Athanasius Schneider, théologien et évêque catholique d'Astana (Kazakhstan), a prononcé une conférence intitulée Marie, vainqueur de toutes les hérésies.

    Tout un programme...

    Dans son intervention, monseigneur Schneider s'est référé aux écrits délirants de saint Maximilien Kolbe sur la franc-maçonnerie. Et c'est plutôt salé.

    En effet, l'évêque a expliqué que le but de la franc-maçonnerie était d'éliminer tous les enseignements de Dieu, en particulier l'enseignement catholique et d'instrumentaliser de nombreuses sociétés pour atteindre cet objectif. Schneider reprend en fait à son compte cette thèse soutenue par le père Kolbe qui confondait allègrement et de façon plutôt baroque la franc-maçonnerie avec le protestantisme, les témoins de Jéhovah ou encore les associations de libre pensée.

    Selon Monseigneur Schneider :

    « [Les francs-maçons] cherchent la dissolution de la morale (...) La maçonnerie détruit tout sens moral et favorise les formes de vie sordides à tous les stades de la vie humaine ».

    Et d'ajouter :

    « Que dirait aujourd'hui Maximilien Kolbe de la télévision, des films, de la musique ou de l'art ? (...) La maçonnerie est l'arme de Satan ».

    Je suis toujours sidéré que des hommes brillants puissent proférer de telles conneries et parler avec autant d'assurance sur des sujets qu'ils ne connaissent manifestement pas.

    Ceci démontre, une fois de plus, que l'intelligence n'a vraiment rien à voir avec les diplômes et le savoir cumulatif.

    Monseigneur Schneider défend donc une ligne résolument hostile à la franc-maçonnerie. Cependant, dans quelle mesure sa position n'obéit-elle pas aussi à des considérations internes au Kazakhstan, cet ancien Etat soviétique, devenu indépendant en 1991 après la chute de l'URSS ?

    berik zhubaniyazov,andrei vladimirovich bogdanov,kazakhstan,athanasius schneider,église catholiqueL'évêque d'Astana considère le Kazakhstan, dont la population est musulmane à 70%, comme une terre de mission.

    Le dignitaire catholique romain voit donc probablement d'un très mauvais oeil l'implantation récente de la franc-maçonnerie dans ce territoire.

    En effet, en novembre 2016, la Grande Loge du Kazakhstan a été fondée avec l'aide de la Grande Loge de Russie.

    Le frère Berik Zhubaniyazov a été installé à la grande maîtrise de la jeune obédience par le frère Andrei Vladimirovich Bogdanov, grand maître de la Grande Loge de Russie, qui a reçu à cette occasion une magnifique tenue traditionnelle kazakhe.

    Bref, le comportement de monseigneur Schneider fait irrésistiblement songer à cette citation de l'écrivain Charles Bukowski :

    « Le problème avec le monde, c'est que les gens intelligents sont plein de doutes alors que les imbéciles sont plein de certitudes. »

  • Ali Margarot ou la crainte du déshonneur

    Imprimer

    Laïcité, France, Nîmes, Gard, Ali Margarot, GODF, République, église catholique, église réformée, La fête qu'Ali Margarot avait organisée pour sa famille et ses amis, le 19 avril 1885, s'était pourtant bien déroulée. Le Maire de Nîmes avait fait venir autour de lui celles et ceux qu'il appréciait. Dans le jardin de sa propriété, il se promenait entre les groupes d'invités. Margarot avait eu un mot gentil pour chacun, charmeur et brillant comme à l'accoutumée. Lorsqu'un des invités le prenait par le bras pour commenter l'actualité, lui présenter une doléance ou exprimer une opinion sur la situation politique locale, Margarot prenait le temps de l'écouter et de lui répondre. Aucune des personnes présentes ce jour là n'aurait pu anticiper le drame. Dans la nuit du 19 au 20 avril 1885, Ali Margarot se tira une balle dans la tête. Le premier maire républicain de Nîmes avait donc choisi brutalement de tirer sa révérence à la stupéfaction de tous. Il avait quarante-six ans.

    Ali Jacques Etienne Auguste Margarot est né à Nîmes le 28 juillet 1838 de l'union d'Auguste Jean Margarot (1808-1874), un banquier négociant fortuné, et d'Elisabeth Elisa Pauc (1808-1885). Il avait une soeur de trois ans sa cadette : Valentine. Le prénom Ali peut surprendre dans ce milieu protestant. Il s'agit peut-être d'une contraction d'Alibert, d'Albert ou d'Alfred ou éventuellement d'une erreur d'état civil. Elie est peut-être devenu Ali suite à l'indélicatesse ou l'incompréhension d'un officier d'état civil. 

    Ali Margarot vécut à Nîmes toute sa jeunesse. Vers 1857, le jeune Margarot quitta Nîmes pour aller faire ses études de droit à Paris. Là bas, il se lia d'amitié avec Léon Gambetta (1838-1882) avec lequel il fréquenta les milieux républicains de la capitale alors que nous étions - il faut le rappeler - sous le second Empire. Son diplôme de droit en poche, Ali Margarot est revenu à Nîmes, au quai de la fontaine, pour travailler avec son père et reprendre la banque familiale. Il s'inscrivit aussi au barreau de Nîmes.

    laïcité,france,nîmes,gard,ali margarot,godf,république,église catholique,église réformée,frédéric desmons,edmond about,léon gambettaAli Margarot rejoignit les opposants à Napoléon III. Il avait une parole vive, une tête aristocratique et fine, une instruction complète, une intelligence rare et une sorte de séduction innée qui l'avaient immédiatement rendu populaire chez les républicains gardois.

    C'est probablement dans les années 1860 qu'Ali Margarot se fit recevoir franc-maçon au sein de la loge L'Echo du Grand Orient à l'orient de Nîmes où il fréquenta peut-être le pasteur Frédéric Desmons (1832-1910) qui y fut initié le 8 mars 1861. En réalité, on ne connaît pas la date de l'initiation d'Ali Margarot car la liasse et les tableaux de la loge nîmoise pour la période 1857-1900 ont été enlevés du fonds maçonnique de la Bibliothèque Nationale de France par les nazis (cf. Daniel Ligou, Frédéric Desmons et la Franc-Maçonnerie sous la Troisième République, éd. Gédalge, Paris, 1966, p. 57). Il est probable que Margarot avait trouvé en loge les relais nécessaires à son action politique au service de la cause républicaine bien que L'Echo du Grand Orient (fondé en 1857) fût à l'origine bonapartiste comme d'ailleurs la plupart des ateliers maçonniques du Grand Orient sous la période autoritaire du second Empire.

    Ali Margarot versa totalement et passionnément dans la politique après la chute du second Empire. A Nîmes, à partir de 1871, il devint le principal opposant à Adolphe Blanchard, le maire royaliste. Il ne ménagea alors ni son argent ni sa peine pour arriver à établir définitivement à Nîmes l'influence républicaine. Il finança un journal de combat, Le Gard républicain qui devint ensuite L'Union Républicaine du Midi. Il institua des bibliothèques, des cours populaires et des réunions ouvrières. Lorsque la République fut définitivement hors de danger, Margarot put enfin compter sur l'appui résolu du gouvernement et de la préfecture du Gard. Le royaliste Blanchard fut ainsi contraint de démissionner en 1880 pour avoir refusé de fêter le 14 juillet devenu officiellement fête nationale cette année là. Ali Margarot fut nommé maire par décret le 5 novembre 1880 sous l'étiquette républicaine. Il fut aussi le premier maire élu par le conseil municipal de Nîmes en 1882. 

    laïcité,france,nîmes,gard,ali margarot,godf,république,église catholique,église réformée,frédéric desmonsA la tête de la municipalité, Ali Margarot soutint des projets urbanistiques d'aménagement du centre ville. Laïque convaincu, il fit appliquer sans faiblir la loi Ferry sur l'enseignement laïque, gratuit et obligatoire. Il soutint le projet de création du muséum d'histoire naturelle de la ville sur le boulevard des Calquières devenu boulevard Amiral Courbet (ce muséum a été inauguré en 1895). Républicain intransigeant, il combattit le régionalisme des félibres, souvent catholiques et royalistes. Inutile de préciser que la politique nîmoise était extrêmement clivée à l'époque. Les haines étaient tenaces et s'exprimaient parfois sous des formes inattendues et comiques. Un contributeur de la revue de poésie, La Muse française, raconte ainsi cette anecdote (cf. « Lettres d'un provincial. Pompes funèbres », La Muse française, juillet 1929, p. 494 et suivantes) :

    « Un de mes amis, qui habitait Nîmes et qui n'approuvait point la manière d'administrer du maire que cette ville avait alors et qui s'appelait Ali Margarot, avait un chien et une chienne qu'il nomma, le chien Margarot et la chienne Ali. Dans une ville comme Nîmes tout se sait, surtout les choses que l'on crie dans la rue. On finit donc par savoir à la mairie de quels noms mon ami avait appelé ses chiens. On s'en divertit peut-être, mais, officiellement, il fallut s'en indigner et faire cesser un tel scandale. Mon ami fut mandé au cabinet de Monsieur le Commissaire central qui lui exprima son étonnement, son mécontentement et lui fit commandement de changer, sans délai, les noms sacrilèges. Sans se demander si Monsieur le Commissaire avait le droit d'exiger un tel changement, mon ami promit de le faire. Il tint sa promesse en appelant désormais son chien Ali et sa chienne Margarot. »

    En 1885, Ali Margarot était alors au sommet de sa carrière. Il siégeait au conseil de l'Ordre du Grand Orient de France en compagnie de Frédéric Desmons et Charles Cousin. Sans doute aurait-il joué un rôle plus important au niveau national s'il n'était pas mort prématurément. Les circonstances en ont décidé autrement. En effet, Ali Margarot avait un secret de plus en plus lourd à porter : la banque, dont il avait hérité de son père, avait fait de mauvais investissements. Margarot s'était rendu compte, mais tardivement, qu'il était difficile de mener de front une carrière professionnelle et une carrière politique. Margarot n'a pas su ou voulu choisir. Quand le maire de Nîmes comprit que la liquidation judiciaire de son établissement bancaire devenait inéluctable, il préféra alors se donner la mort plutôt que d'affronter le déshonneur de cette situation. Le 23 avril 1885, le docteur H.-M. Vincent, l'un de ses intimes, écrivit dans Le XIXème siècle, le quotidien anciennement dirigé par Edmond About :

    « [Nîmes] est, cette bonne ville, une ville unique, férocement divisée, avec, dans toutes les mémoires, le souvenir sanglant des vieilles guerres de religion. A Nîmes, il n'y a ni républicains, ni réactionnaires, mais des « protestants » et des « catholiques », et cet abîme creusé entre les habitants n'est pas seulement moral; des quartiers sont carlistes et des quartiers radicaux ; on dit d'un citoyen qu'il est « de l'enclos Rey » ou « de la Placette », suivant qu'il attend avec impatience la restauration des Bourbons ou qu'il marque un profond mépris pour la « légitimité » (...)

    Jeune, riche, aimable autant qu'on peut l'être, il sut, lui l'élégant, le lettré, vivre auprès du peuple, partager ses joies et ses tristesses, encourager les malheureux, soutenir les pauvres; avocat, il ne plaidait point, mais il travaillait à compléter son instruction, très vaste, et suivait assidûment les séances des loges maçonniques dont il faisait partie. Ainsi il contribuait à organiser la difficile victoire du parti républicain dans le Gard (...) 

    La mort de cet homme de bien a plongé dans le deuil la ville tout entière ; on n'aime pas à moitié, au pays d'Elysée Méraut, et je pourrais citer mille détails touchants de l'affection profonde dont les Nîmois l'entouraient. Des causes de cette mort, qui fut, hélas ! volontaire, je ne veux dire ici qu'un mot. M. Ali Margarot, banquier, avait mis sa bourse au service de la cause qu'il servait ; il était de ceux qui comprennent le dévouement à la manière antique, sans exceptions ni réserves, et il meurt pour n'avoir jamais su refuser un service. Quels que soient, devant cette tombe entr'ouverte, nos regrets et notre tristesse, nous ne saurions trouver, contre le vaillant qui nous a si brutalement quittés, une parole de blâme. »

    Le souvenir d'Ali Margarot s'est effacé avec le temps. La ville de Nîmes ne lui a même pas dédié la plus petite impasse.

  • Edmond About et l'esprit de 89

    Imprimer


    about.jpgEdmond About (1828-1885) est tombé dans oubli depuis longtemps.
    Au dix-neuvième siècle, il était pourtant une personnalité très connue du monde des lettres et des arts. Ecrivain brillant, journaliste, critique d'art reconnu, membre de l'Académie française, About faisait partie des intellectuels qui comptaient à l'époque et dont les opinions étaient écoutées. About était également franc-maçon. Ce lorrain d'origine avait été initié le 7 mars 1862 au sein de la loge Saint-Jean de Jérusalem à l'orient de Nancy. Le Dictionnaire Universel de la Franc-Maçonnerie (sous la direction de Daniel Ligou, PUF, 3ème édition, 1991), dit à son sujet :

    « En tant que journaliste, il soutint, dans les divers journaux auxquels il collaborait et notamment dans Le Siècle, les positions de la tendance « de gauche » de la Maçonnerie républicaine et notamment son hostilité aux « Hauts Grades » et à la Grande Maîtrise. »

    Ce que dit Le Dictionnaire Universel de la Franc-Maçonnerie est vrai, à ceci près toutefois qu'Edmond About avait une opinion suffisamment haute de lui-même pour représenter une tendance de la Maçonnerie à lui tout seul. En effet, About n'avait pas cinq ans de présence active en maçonnerie qu'il se permettait déjà de se moquer de la puérilité du rite ou encore de la vanité des hauts grades qu'il ne fréquentait pourtant pas. Il considérait que le symbolisme maçonnique avait fait son temps et que les loges devaient se consacrer à des discussions plus utiles. Edmond About était donc bien dans le ton de son époque. Dans les années 1860, la France étouffait sous le Second Empire. About voulait débarrasser la franc-maçonnerie des cordonniteux qui étaient aussi souvent les courtisans zélés d'un régime détesté.

    Si Edmond About était aussi critique à l'égard de la tradition maçonnique, c'est parce que cette dernière le dérangeait chaque fois qu'il critiquait l'antimaçonnisme virulent de l'Eglise Catholique romaine. En effet, comment pouvait-il s'en prendre à l'obscurantisme de l'Eglise, à ses pratiques surannées, alors qu'il appartenait lui-même à un ordre initiatique, comprenant ses propres rites, et qui faisait obligatoirement référence au Grand Architecte de l'Univers ? Comment pouvait-il se moquer des mitrés alors que la maçonnerie charriait elle aussi son clergé de hauts gradés, de cordonniteux, de grands élus de ceci et de chevaliers de cela ? Il y avait pour lui comme une sorte de contradiction qui le plaçait dans une situation inconfortable.

    Que peut-on en penser ?

    Je crois, pour ma part, qu'il est est vain de critiquer l'opinion d'About car elle porte tout simplement les marques de son temps. Elle est indissociable du contexte historique dans lequel elle prend place et l'on commettrait des contresens si on la jugeait avec notre regard d'homme du vingt et unième siècle. En revanche, il me paraît plus intéressant de montrer comment l'écrivain est parvenu à surmonter cette apparente contradiction. Voici ce qu'il écrit en 1866 alors que - je le rappelle - il n'a pas cinq ans de maçonnerie (Edmond About, Causeries, deuxième série, Hachette, Paris, 1866, p. 370) :

    « Qu'est-elle donc [la franc-maçonnerie] ? Une vaste association de bourgeois honnêtes, intelligents et tolérants, qui se rassemblent de temps à autre pour parler de ce qui les unit sans toucher à ce qui les divise. La loge maçonnique, très utile surtout dans les villes de province, est un petit conservatoire où quelques hommes d'opinions et de religions diverses, vont respirer en commun l'esprit de 89. On y perd beaucoup de temps, je l'avoue. Les vieux rites, parfaitement inutiles aujourd'hui, prennent une place qui pourrait être consacrée à des discussions utiles. Mais déduction faite des formes surannées et des symbolismes oiseux, il reste un fond sérieux et un enseignement sain. La seule agglomération de citoyens inégaux dans la société civile et qui deviennent égaux tout d'un coup ; le contact de ces juifs, de ces protestants et de ces catholiques qui s'appellent frères ; l'introduction d'un Russe ou d'un Anglais qui se sent et se dit notre concitoyen dès qu'il a franchi le seuil de la loge; la hauteur des discussions qui planent au-dessus de toute actualité religieuse ou politique, la modération qui s'impose d'elle-même à tous les orateurs, l'autorité quasi paternelle du président, la cordialité des rapports voilà ce qui rachète amplement les côtés enfantins du rite. »

    About entendait privilégier le fond sur la forme. Le fond, pour lui, c'était l'esprit de 1789 seul capable de rassembler une avant-garde d'hommes éclairés bien décidée à fraterniser au-delà des clivages politiques ou religieux. La forme, c'était le folklore du rite et du symbolisme. Dans ce passage, About faisait donc sienne la vision présentant la franc-maçonnerie comme étant à l'origine de la Révolution française. On sait que l'historiographie moderne a fait litière depuis longtemps de cette croyance popularisée au départ par les adversaires de la franc-maçonnerie, puis par les francs-maçons d'obédience républicaine. Pour l'écrivain, l'essence de la franc-maçonnerie se trouvait sous les formes encombrantes des cérémonies. Il s'agissait de la retrouver  (cf. Causeries, op.cit., p. 373) :

    « Cette réforme faite, il restera la loge, l'humble atelier maçonnique où les plus honnêtes gens de la ville iront fraterniser ensemble, échanger amicalement leurs idées et s'instruire les uns les autres. Voilà le fond de la maçonnerie, ce qu'il faut respecter, honorer et étendre, s'il est possible, sur toute la surface du monde (...) Les hommes les plus éclairés de chaque ville se rassemblent à jour fixe, et chacun d'eux, écartant les préoccupations de la théologie et de la politique, cherche à fonder solidement la morale sociale, étudie les meilleurs moyens de rendre l'homme meilleur et plus heureux. Chacun apporte sa théorie; on s'éclaire réciproquement, on discute à l'amiable, un auditoire attentif et bienveillant profite des leçons, soumet ses doutes, provoque les explications et fixe laborieusement ses idées sur le bien et sur le mal. La franc-maçonnerie ainsi comprise n'est pas une institution de luxe, croyez-moi, et sa tâche n'est pas une sinécure. Songez donc il s'agit de fonder une morale qui s'impose avec l'autorité la plus incontestable au genre humain tout entier. Etant donnés un protestant comme Lincoln, un israélite comme M. de Rothschild, un musulman comme Abd-el-Kader, un catholique comme vous et un athée comme Proudhon, rédiger une loi qui satisfasse tout le monde et ne blesse ni les opinions, ni la foi, ni les intérêts de personne c'est l'harmonie universelle à fonder ni plus ni moins. Voilà le but de la maçonnerie, et quoiqu'il soit placé un peu haut, un peu loin, il est assez digne d'ambition pour que les plus honnêtes gens chaussent leurs bottes et se mettent en route. Mais plus la route est longue et le but élevé, plus il importe de secouer tout bagage inutile. Or, j'ai indiqué discrètement tout le fatras qui surcharge la maçonnerie actuelle. »

    About exaltait en définitive l'esprit associatif dans lequel il percevait le noyau dur de l'esprit maçonnique. Pour About, l'originalité profonde de la maçonnerie spéculative résidait dans l'idée simple que les hommes sont faits pour se rencontrer et fraterniser. Ce qui n'était pas mal vu dans la mesure où cette approche rejoignait celle du pasteur Anderson et des pères fondateurs de la franc-maçonnerie.

    edmond about,franc-maçonnerie,france,symbolisme,république,église catholique,rite,réflexion,rationalisme,pluralisme

    Un souvenir à propos d'Edmond About. Celui d'une négociation difficile que Charles Cousin avait entreprise pour le compte de Maria Deraismes. Le 18 décembre 1876, la journaliste féministe, profane à l'époque, avait sollicité Charles Cousin pour qu'il l'aide à convaincre Edmond About de faire une conférence publique à Pontoise. 

    « Cher Monsieur,

    Je viens vous prier de me prêter votre appui pour pénétrer auprès de M. Ed. About, afin de lui arracher, je crois que ce sera dur, la promesse de faire une conférence à Pontoise. J'espère en votre haute influence. Vous, vous arriverez en ami largement autorisé ; moi, je m'avancerai timidement en suppliant — ictiz — un rameau à la main, comptant sur votre éloquence ; et il nous faudra tous deux enlever la place (...) »

    Cousin accepta d'intercéder auprès d'About. Il reçut de ce dernier la réponse suivante :

    « Mon cher ami, 

    Quand vous voudrez me présenter à Mademoiselle Maria Deraismes, vous me ferez grand honneur et grand plaisir. Je connais depuis longtemps cette noble fille de France ; tous ses amis, sans vous compter, sont les miens. Mais, au nom du ciel, jurez-moi qu'il ne sera pas question de conférence ! Je me suis déjà engagé, fort imprudemment, à pérorer le mois prochain dans je ne sais quel théâtre de la place du Châtelet, au bénéfice d'une école laïque, et je m'effraie à la seule idée de prendre deux ou trois jours de préparation indispensable sur les nécessités toujours pressantes de mon journal (...) »

    Maria Deraismes espérait donc arracher une conférence publique d'Edmond About dont ce dernier ne voulait pas. On ignore si la pétroleuse parvint à ses fins aux termes de cette rencontre tant désirée.

     

  • Hommage à la mémoire de M. Jacques Hamel

    Imprimer

    hamel.jpgMes pensées émues et fraternelles vont à M. Jacques Hamel, 86 ans, curé à Saint-Etienne-du-Rouvray, assassiné lâchement par un jeune islamiste de 19 ans alors qu'il disait tranquillement la messe.

    Elles s'adressent également à tous les habitants de cette commune durement éprouvée par cette terrible nouvelle.

    Il me paraît important de souligner que M. Hamel participait aussi à un comité interconfessionnel avec le comité régional du culte musulman.

    L'assassin voulait donc clairement s'en prendre à ce vieil homme dévoué et apprécié de tous, parce qu'il symbolisait la volonté de service et de dialogue oecuménique.

    Je voudrais aussi souligner la grande dignité avec laquelle les autorités catholiques ont réagi à cette affreuse nouvelle. Elle contraste avec la fébrilité de certains politiciens cyniques prompts à la polémique et désireux d'exploiter électoralement tous les drames qui frappent notre pays.

    La France ne sera forte que si elle demeure rassemblée dans le respect des valeurs de tolérance, de respect mutuel et de liberté de conscience.

    Il me vient à l'esprit cet extrait du poème de Kipling :

    Si tu peux conserver ton courage et ta tête
    Quand tous les autres les perdront,
    Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
    Seront à tout jamais tes esclaves soumis
    Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
    Tu seras un Homme, mon fils.

    Que nous restions lucides face à ceux qui prônent la haine et les surenchères simplistes de toutes sortes, c'est tout le mal que je nous souhaite !

  • Civitas devient un parti politique. Et alors ?

    Imprimer

    2696720412.jpgSur son blog, Gérard Contremoulin s'insurge contre le nouveau statut de l'organisation intégriste catholique Civitas qui est désormais devenue un parti politique. Il juge que ce changement de statut est inacceptable et relaye une pétition à destination des pouvoirs publics. Le blog Hiram semble sur la même longueur d'ondes. En ce qui me concerne, je ne vois pas où est le scandale. Ça fait longtemps que cette organisation d'extrême droite occupe le terrain politique. On a pu le constater pendant les manifestations contre le mariage pour tous en 2013. Sa transformation en parti politique clarifie donc sa situation. Nous savons désormais qu'il s'agit d'un parti politique d'extrême droite, composé de fondamentalistes catholiques, racistes, homophobes, antisémites et antimaçons comme à la Belle Epoque. Un de plus qui s'ajoute aux quelque 400 partis politiques immatriculés en France parmi lesquels on compte de nombreux groupuscules d'extrême droite.

    Et après ? Où est le problème ? Pense-t-on sérieusement mieux défendre la République en refusant à Civitas le statut de parti politique ? Je crois, une fois de plus, qu'il faut se garder de toute réaction épidermique même si je reconnais qu'il est difficile de garder son calme et de ne pas rire devant les élucubrations de l'agitateur belge Alain Escada. Il convient, je pense, de remettre les choses à de plus justes proportions en rappelant notamment qu'un parti politique n'est rien d'autre qu'une association loi 1901 à caractère politique. Pour disposer de la personnalité morale et de la capacité juridique, l'association doit être déclarée en préfecture ou en sous-préfecture et cette déclaration doit être publiée au Journal officiel des associations et des fondations d’entreprises (JOAFE). Les pouvoirs publics contrôlent ensuite si l'association a satisfait aux obligations déclaratives et elles délivrent un récépissé.

    Concernant maintenant la législation sur le financement des partis politiques, il faut souligner que celle-ci ne s'applique pas n'importe comment. Pour en bénéficier, il faut soit créer une association de financement (association loi 1901) ayant pour objet exclusif de recueillir les fonds destinés au financement des activités politiques du parti, soit désigner un mandataire financier, personne physique déclarée en préfecture.

    Les partis politiques reçoivent deux types de financement. Un privé et un public.

    Le financement privé regroupe les cotisations des adhérents et des élus, les dons des personnes physiques (les dons de personnes morales, comme les entreprises par exemple, sont interdits). S'il existe des illuminés prêts à donner du pognon pour adhérer et soutenir financièrement Civitas, c'est leur droit le plus strict. En démocratie, chacun a le droit d'avoir ses opinions et de s'organiser pour les promouvoir. Il est donc normal que les dons engendrent un avantage fiscal dès l'instant où cette association est devenue légalement un parti politique.

    Le financement public, lui, prend la forme d'aides. Mais là attention ! Les aides ne sont pas octroyées automatiquement. La législation s'est considérablement durcie. Le financement public est conditionné par le respect des obligations comptables et financières définies par la législation en matière de financement des partis politiques. Le respect de ces obligations est vérifié par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. L’aide est attribuée aux partis politiques en fonction de leurs résultats aux élections législatives. Les candidats doivent avoir obtenu au moins 1% des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions de métropole ou au moins 1% des suffrages exprimés dans l’ensemble des circonscriptions d’outre-mer. En clair, il faut que Civitas présentent des candidats au niveau national et obtiennent 1% dans au moins 50 circonscriptions ou dans l'ensemble des circonscriptions d'outre-mer. Et à mon avis, ce n'est pas pour demain car en pratique cette double condition est très difficile à remplir... Alors si on ajoute à cela le discours fondamentaliste et ultra-violent de cette organisation, c'est carrément mission impossible (sauf miracle... donc Alain Escada devra beaucoup prier et allumer des tonnes de cierges pour qu'il se produise).

    Reste l'argument relatif à la dangerosité de Civitas. Je suis d'accord : Civitas et composée d'intégristes de la pire espèce. Ils sont au christianisme ce que les salafistes sont à l'islam. Cependant, ce n'est pas parce que ce sont des allumés qu'ils n'ont pas le droit d'avoir des activités politiques. Pour autant, ils n'ont pas le droit d'agir n'importe comment. Comme toute association loi 1901, un parti politique peut en effet s'exposer à une dissolution s’il a été formé en vue d’une cause ou d’un objet illicite, contraire aux lois, aux bonnes moeurs, ou qui aurait pour but de porter atteinte à l’intégrité du territoire national et à la forme républicaine du gouvernement. La dissolution peut être prononcée par décret en Conseil des ministres ou par le tribunal de grande instance. Ce faisant, l'expérience montre que les dissolutions sont inefficaces et c'est la raison pour laquelle elles demeurent relativement rares. Il faut généralement que le parti politique ait été à l'origine de voies de fait, de troubles graves à l'ordre public, etc. Et puis, les dissolutions n'empêchent absolument pas un parti politique interdit de se reconstituer sous un autre nom. Enfin, les services de renseignement n'aiment guère ces dissolutions qui compliquent généralement la surveillance.