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Livres et revues

  • Mon cousin le fasciste

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    philippe pujol,yvan benedetti,l'oeuvre française,journalisme,extrême droite,marine le pen,démocratie,fascismeEn octobre 2010, dans une stratégie de normalisation idéologique, le Front National présidé par Marine Le Pen a écarté plusieurs de ses militants issus des courants les plus extrémistes. Ceux-ci étaient souvent dans le service d'ordre du FN. On les retrouvait dans les bagarres d'après meetings ou d'après manifestations. Certains d'entre eux étaient même des élus locaux. Parmi eux, Yvan Benedetti qui a succédé à Pierre Sidos à la tête de L'Oeuvre française. Benedetti se déclare ouvertement fasciste depuis toujours. Il n'est pas rare d'ailleurs de le voir dans les manifestations d'extrême droite souvent flanqué d'Alexandre Gabriac, le petit führer des Jeunesses Nationalistes, lui aussi exclu du FN.

    Yvan Benedetti alias « Gros Patapouf » est le cousin germain de Philippe Pujol dit « Fifounet », ancien journaliste du quotidien communiste La Marseillaise et couronné en 2014 du prestigieux prix Albert Londres. Dans son récit, l'auteur dresse un portrait saisissant de son double en négatif. Il décrit le fascisme contemporain toujours bien vivant au coeur de l'extrême droite française.

    « Dix ans d'écart entre nous deux. Je n'ai aucun souvenir de cet été où il a chopé le virus du fascisme. On me l'a raconté : au retour d'un camp façon scoute, vers ses quatorze ans, il chantait des hymnes militaires sous la douche et partait des heures en treillis dans la montagne ; tout le monde se marrait. Depuis, il ne s'est jamais arrêté ni de chanter ni de marcher.

    Pujol raconte avec sobriété et même tendresse le parcours politique singulier de cet encombrant cousin germain tout absorbé par sa cause politique. Cependant cette sobriété et cette tendresse ne doivent pas être assimilées à de la complaisance. Pujol est évidemment très critique à l'égard des engagements de son cousin. Mais il est aussi très inquiet du spectacle de la classe politique française, et plus particulièrement de sa frange la plus vulgaire, celle qui espère remporter des succès électoraux grâce aux discours et aux postures populistes. Celle-ci n'a pas conscience qu'elle rend les plus grands services aux activistes les plus radicaux. Ces derniers attendent patiemment leur heure. Ils se tiennent prêts à évincer, le moment venu, tous les pizzaïolos du suffrage universel qui entretiennent les sentiments de peur et de rejet de l'autre ou qui promettent cyniquement ce qu'ils ne pourront pas tenir.

    « Le populisme, ce n'est pas une idéologie, c'est un style, une manière de faire de la politique, une mise en scène d'une certaine « authenticité ». C'est jouer les séducteurs. Quitte à promettre, quitte à se contredire, pour le meilleur ou pour le pire. Le populisme est une flexibilité politique pour la conquête d'un électorat. L'électorat, le fascisme s'en fout. Comme de la démocratie, tout simplement. Le fascisme est un système idéologique cohérent et structuré, aux racines politiques profondes, il est d'une grande plasticité et composé de mouvances ennemies qui pour autant rêvent toutes d'un Etat totalitaire, chacune se disputant la forme de ce totalitarisme. »

    Pujol dresse un portrait inquiétant et lucide de la société française travaillée par le déclinisme, par la fascination morbide de l'échec, par les questions d'identité, les peurs et les frustrations diverses (peur des étrangers, peur du chômage et du déclassement social) agités par des personnages médiatiques (Eric Zemmour et Alain Finkielkraut notamment auxquels je rajouterais, sans être exhaustif, Natacha Polony, Elisabeth Lévy, Eric Brunet, etc.). La France est le terrain d'une inquiétante révolution conservatrice. Je recommande en particulier une lecture attentive des deux derniers chapitres du livre de Pujol.

    « On comprend aisément comment marche la révolution conservatrice : à partir du moment où tous les comportements progressistes se seront perdus ; où les femmes contesteront le féminisme ; où les jeunes ne contesteront plus rien ; où les immigrés d'hier refuseront les immigrés d'aujourd'hui ; où les salariés honniront leurs syndicats ; où les radicalismes prospéreront ; où la laïcité sera perçue comme communautariste ; et la liberté comme une faiblesse ; à partir de ce moment là, la France s'offrira au totalitarisme qui attend dans son fauteuil et s'apprête à se lever sans que personne sache comment l'arrêter. »

    Philippe Pujol sait que son cousin Yvan Benedetti pense que l'époque est favorable à ses idées et qu'une heureuse conjoncture pourrait même le rapprocher, lui et ses congénères, des portes du pouvoir. Ce qui, hier, paraissait aussi absurde qu'impossible, semble aujourd'hui envisageable.

    « Certes, ils ne semblent pas être légion, nos fachos français, mais seul un univers clos permet un commandement efficace  : l'armée et le cloître. Leurs environnements. Pas besoin d'être nombreux pour éteindre la liberté. En soufflant bien fort sur un bougeoir mal protégé... Si le scénario d'une prise de pouvoir fasciste reste encore très improbable, l'activisme des groupes nationalistes européens reste préoccupant, comme la montée de leurs vitrines démocratiques. En France : le Front National. Si Marine Le Pen ne prend pas le pouvoir en 2017, elle s'en rapprochera toujours plus, à la grande joie de tous ces militants que j'ai pu rencontrer dans mes pérégrinations fascistes avec mon cousin. La prise de pouvoir par les urnes n'est pas fantaisiste. Et qu'engendrerait la mise en place d'un État totalitaire ? »

    philippe pujol,yvan benedetti,l'oeuvre française,journalisme,extrême droite,marine le pen,démocratie,fascismeEt d'avertir :

    « Nous n'en sommes pas là, mais nous y pensons. La crainte d'une dictature réapparaît. Le désaveu de nos hommes et femmes politiques est total, leur incapacité à empêcher le repli sur soi abyssale. En la matière, les politiques sont devenus des laboureurs de sable. Des adeptes du chacun pour soi, de la logique du naufrage. Nous arrivons au point de panique, triste issue d'une démocratie en voie de fossilisation, véritable matrice de déculturation. Toute la pensée archaïque remonte désormais. Un retour du passé. Et nous voilà dans ce qu'un universitaire anglais, Colin Crouch, nomme la post-démocratie : les institutions existent toujours, un État de droit, une séparation des pouvoirs, une compétition de partis politiques. Mais avec les grandes firmes internationales, les agences de notation, des organes technocratiques comme la Banque mondiale, à la manoeuvre pour toutes les grandes décisions. Une démocratie asséchée par la mondialisation économique et le capitalisme financier. Le jeu démocratique ne devient donc qu'un grand théâtre shakespearien dont les auteurs non élus décident l'essentiel. »

    Un livre coup de poing à lire en cette période pré-électorale.

    Philippe Pujol, Mon cousin le fasciste, éd. du Seuil, Paris, janvier 2017, prix public 15 €

  • La Chaîne d'Union n°79. Le rite français entre tradition et modernité

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    couv-cdu-79-perspect.jpgJ'ai parcouru le dernier numéro de La Chaîne d'Union dont le dossier est consacré au rite français. Je l'ai parcouru avec un petit pincement au coeur car j'ai démissionné, en novembre dernier, de mon Souverain Chapitre et, partant, du Grand Chapitre Général de France suite à quelques divergences dont j'avais fait état sur ce blog. C'est dommage. J'avais présenté mon travail pour passer au troisième ordre...

    Je ne vais pas commenter ici les études publiées par La Chaîne d'Union. Elles sont toutes de qualité. Cependant, cette qualité générale dissimule mal la prétention du rite français à se croire le dépositaire de la franc-maçonnerie du Siècle des Lumières et la volonté du Grand Chapitre Général de France de se prévaloir d'une certaine antériorité par rapport à d'autres juridictions de hauts grades (la célébration du deux cent trentième anniversaire de l'agrégation du Grand Chapitre Général au Grand Orient de France n'est ainsi pas anodine). Au fond, on en revient toujours à des questions de leadership sous couvert d'histoire et de symbolisme...

    Il faut remettre les choses à de plus justes proportions et rappeler trois choses :

    1°) Le réveil des ordres de sagesse du rite français au sein du Grand Orient de France n'a pas vingt ans. A bien des égards, ce réveil doit bien plus à des obédiences telles que la Loge Nationale Française, la Grande Loge Nationale Française ou la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique qu'au Grand Orient de France dont les hauts grades ont été tout au long des dix-neuvième et vingtième siècles le champ réservé du rite écossais ancien et accepté.

    2°) Ce réveil résulte plus d'enjeux de pouvoir au sein de l'appareil du Grand Orient qu'à des préoccupations spirituelles, symboliques ou historiques. Le fait est que le réveil des ordres de sagesse a été d'abord une opération visant à casser le Grand Collège des Rites - qui n'avait de collégial que le nom - et à mettre un terme au monopole de fait du Suprême Conseil sur les hauts grades de l'obédience en permettant aux frères qui en étaient écartés pour de bonnes ou de mauvaises raisons, de poursuivre, dans le meilleur des cas, un cheminement initiatique, et dans le pire, d'obtenir les cordons et dignités nécessaires afin de faire jeu égal avec les trente troisièmes.

    3°) La filiation avec le siècle des Lumières est d'autant plus sujette à caution que les ordres de sagesse, tels qu'ils sont pratiqués dans les Chapitres du Grand Chapitre Général de France, n'ont plus grand-chose à voir avec les rituels initiaux. Je ne discute pas le bien-fondé de ces évolutions mais déplore qu'elles soient souvent un prétexte commode à l'inculture maçonnique. Si on vient dans un Chapitre pour travailler moins bien qu'en loge bleue, si on est incapable de se confronter, dans les ordres de sagesse, à la tradition maçonnique, alors je pense qu'on y perd son temps. C'est malheureusement ce qui m'est arrivé.

    Vous trouverez dans le numéro 79 de La Chaîne d'Union un entretien avec Philippe Guglielmi, Très Sage et Parfait Grand Vénérable du Grand Chapitre Général. On y apprend que le Grand Chapitre Général est en phase de consolidation. J'aimerais le croire mais j'ai des sérieux doutes à ce sujet, peut-être parce que mon parcours dans les ordres de sagesse a été chaotique.

    En effet, tout a commencé pour moi par un simulacre en 2007 lorsqu'un frère me propose de rejoindre les ordres de sagesse. Il savait que j'avais conservé mon appartenance au Souverain Collège du Rite Ecossais pour la Belgique où j'avais été reçu en 1997. Ce frère avait tenu à ce que je sois initié au premier ordre sans tenir compte du fait que j'étais à l'époque quatorzième du rite écossais et donc éligible au deuxième ordre par équivalence. Je n'ai pas souhaité revendiquer cette équivalence pour ne pas le contredire et lui donner l'impression que je connaissais déjà la trame du premier ordre. J'ai donc accepté de me prêter à ce simulacre alors que j'avais été également initié au neuvième degré du rite écossais en Belgique. Certes les grades d'élu et de maître élu des neufs ont des différences mais je n'ai rien découvert de fondamentalement nouveau dans le premier ordre. 

    Je me souviens que j'ai été reçu dans un Chapitre qui se réunissait dans la Vallée du Mont Ventoux, plus exactement le vendredi à Vénéjean (Gard). Je n'ai cependant pas eu le loisir de me familiariser avec cette nouvelle structure car les frères qui avaient pris la responsabilité de m'accueillir, s'étaient disputés entre temps. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce Chapitre a été brutalement mis en sommeil dans les jours ou les semaines qui ont suivi ma réception ! Ces frères n'ont même pas eu la courtoisie de m'en informer. Je l'ai appris lorsque j'ai fini par m'inquiéter de ne pas recevoir de convocation aux travaux. J'ai donc été rapatrié ensuite, plus tard, sur un autre Chapitre. Ce rapatriement a mis un peu de temps car il a fallu justifier de mon passage au premier ordre. Evidemment, mon dossier s'était perdu ou n'avait tout simplement jamais été transmis au secrétariat du Grand Chapitre à Paris...

    4087482196.jpgCe qui ne devait être que provisoire a finalement duré quelques années jusqu'à ce que le Très Sage de mon Chapitre de repli finisse par s'inquiéter de mon sort et m'orienter vers un autre Chapitre bien plus proche de mon domicile. C'était normal : j'étais systématiquement absent ne pouvant matériellement me rendre aux conseils. Il a donc fallu cinq ans environ pour qu'on me dise qu'il existait un Chapitre à quarante minutes de chez moi ! C'est un peu long mais j'ai peut-être aussi ma part de responsabilité car je n'ai pas eu non plus la curiosité de me renseigner de mon côté. Je me suis donc affilié à ce nouveau Chapitre mais n'y suis malheureusement pas resté longtemps. Il me semble que les ordres de sagesse s'adressent prioritairement aux francs-maçons d'expérience, notamment à ceux qui s'intéressent à l'histoire, au symbolisme et à la tradition maçonniques. Si c'est pour subir des rituels qu'on peine à comprendre, si c'est pour bâcler les ouvertures et les fermetures de travaux, si c'est pour vivre les cérémonies sans passion, sans conscience de transmettre quelque chose à quelqu'un et sans volonté de bien faire, alors ça ne m'intéresse pas. Je ne suis pas en maçonnerie pour collectionner des décors et des titres.

    Je n'ai peut-être pas eu de chance avec les ordres de sagesse. Je dois tout de même signaler que d'autres frères, avec qui je suis en contact, m'ont fait part, eux aussi, de leur déception pour tout un ensemble de raisons qui ne laissent pas d'interroger (scissions ou essaimages intempestifs suite à des conflits de personnes ; cérémonies bâclées ; inculture maçonnique ; difficultés de recrutement et de conservation des effectifs, etc.). C'est la raison pour laquelle l'interview de Philippe Guglielmi m'a paru si étrange et si déconnectée des situations auxquelles j'ai été confronté. Le Très Sage et Parfait Grand Vénérable m'a donné l'impression d'évoquer une structure que je n'ai finalement pas connue sous son meilleur jour. 

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    La Chaîne d'Union, n°79, à commander sur le site de Conform édition.

  • Adieu Humanisme !

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    Humanisme, Gaël Brustier, Alexandre Dorna, extrême, revuesSi vous avez aimé Marc Riglet, vous allez adorer Alexandre Dorna, coordinateur du dernier dossier de la revue Humanisme intitulé : « Les limites de l'extrême ». Pourtant, tout avait bien commencé. Un rapide parcours des articles laissait présager de belles choses. Et puis patatras ! La présentation du dossier faite par l'universitaire Alexandre Dorna a soudainement tout gâché. Voici ce qu'on peut lire en page 21 :

    « Le concept de populisme est détourné de son sens originel. En France, en quelques années, il est réservé à des idées des partis d'extrême droite. Il ne peut être alors utilisé par la gauche. Aussitôt, le populisme est déclaré comme un mode politique à droite, quasi fasciste. La classe politique, toutes tendances confondues, fait de la sécurité la clé de voûte de la lutte contre le terrorisme. Le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve consacre une bonne partie de ses discours à l'autoritarisme sécuritaire. Le gouvernement « socialiste » de Hollande et Valls évoque les dérives conspirationnistes avec des incantations dont il faut se méfier. Ce tournant enveloppe la trahison de la gauche et du socialisme avec des promesses non tenues et des déclarations d'amour aux entreprises capitalistes. A cela s'ajoute la capitulation devant le grand capital sur l'autel des hauts-fourneaux de Florange et la fermeture d'Alstom. Et politiquement, l'ultime rupture avec le credo socialiste est là quand François Hollande, fait la proposition d'inscrire dans la Constitution « l'état d'urgence » ainsi que la déchéance de nationalité pour les binationaux, c'est à l'évidence la honte de trop. »

    Quoi que l'on pense de l'action du Président de la République et du Premier ministre actuels, comment ne pas s'interroger sur l'utilité d'un tel réquisitoire dans une revue maçonnique ? Je ne vois pas en quoi cela renforce les arguments du professeur Dorna qui donne plutôt l'impression d'user de sa casquette d'universitaire pour instrumentaliser Humanisme et se livrer à un mesquin règlement de compte politique. Ça me paraît d'autant plus incongru que nous sommes à quelques mois à peine de l'élection présidentielle. Alors j'ai cherché à en savoir plus sur l'auteur. Je me suis ainsi rendu compte que M. Alexandre Dorna n'est pas qu'un simple intellectuel. Il est aussi un homme politiquement engagé qui a siégé dans les instances du très révolutionnaire Parti Radical de Gauche (PRG) où l'on compte des personnages aussi considérables que M. Jean-Michel Baylet ou Mme Sylvie Pinel, candidate depuis peu à l'élection présidentielle.

    J'ai trouvé assez comique de lire sous la plume d'un ancien responsable du PRG que le gouvernement « socialiste » (les guillemets sont de l'auteur) se complaisait dans des incantations dont il fallait se méfier (lesquelles mon Dieu ?) ou, pis encore, dans l'autoritarisme sécuritaire comme si la France avait soudainement tourné le dos aux liberté publiques. Pourtant, que n'aurait-on pas entendu si l'exécutif n'avait pas réagi énergiquement après les attentats de 2015 ? N'est-il pas savoureux de voir un radical utiliser une terminologie fleurant le bon le marxisme-léninisme pour accuser le gouvernement socialiste d'avoir trahi la gauche, fait des déclarations d'amour aux entreprises capitalistes et capitulé devant le grand capital ? Les ouvriers de Florange, qui ont pu conserver leurs emplois malgré la fermeture des hauts-fourneaux, apprécieront sans doute les leçons indignées du professeur Dorna. Ce qui est sûr, c'est que si le gouvernement n'avait pas agi suite à la mobilisation des salariés d'Arcelor-Mittal, ces derniers auraient fait l'objet d'un licenciement économique. Et je ne prends pas de grands risques en disant qu'ils auraient pu attendre longtemps avant que M. Dorna leur trouve du boulot. Idem du site historique d'Alstom à Besançon dont l'avenir paraît s'éclaircir grâce aux pressions de l'Etat. Il me semble que l'on peut tout de même en faire crédit à l'exécutif sans être pour autant un béni oui-oui du gouvernement.

    Quant aux tergiversations de l'exécutif sur la déchéance de la nationalité et sur le projet avorté d'inscription de l'état d'urgence dans la Constitution, il faut évidemment les replacer dans le contexte de forte émotion qui avait alors submergé le pays. Le chef de l'Etat a probablement cru pouvoir lancer un signal fort à ce moment là, lui que les médias accusent quasi-quotidiennement d'indécision. Comment lui reprocher après coup d'avoir oeuvré en faveur de la sécurité intérieure et extérieure du pays ? Où est l'autoritarisme au juste ? J'observe que le Président de la République ne s'est pas entêté quand il a compris qu'il ne pourrait pas rassembler une majorité des 2/3 des sénateurs et de députés pour modifier la Constitution.

    Et que dire de cet autre jugement de valeur du professeur Dorna (cf. p.22) ?

    « Hollande, en médiocre apprenti psychologue, attribue l'avancée du populisme à « la peur » en faisant abstraction de la crise et des conditions matérielles de la réalité. »

    Cela revient donc à dire que le président de la République - désigné dédaigneusement par son seul patronyme - est déconnecté de la réalité. Je trouve caricatural d'affirmer que le Président de la République considère que le populisme ne résulte pas non plus des difficultés économiques et sociales ! Autant carrément le traiter de nigaud.

    Bref, vous l'aurez compris, les jugements de valeur du professeur Dorna m'ont prodigieusement agacé. C'est comme si, de mon côté, je reprochais à M. Alexandre Dorna, président de l'institut d'études radicales, et à ses amis politiques de se réclamer d'un courant de pensée qui a cru pouvoir se servir, il y a 25 ans, des ambitions débridées de M. Bernard Tapie pour s'extirper de la marginalité groupusculaire à laquelle la fin mouvementée de la troisième République l'avait inexorablement condamné.

    C'est comme si je reprochais également à M. Alexandre Dorna et à ses amis politiques d'avoir soutenu M. Jean-Pierre Chevènement en 2002, donc d'avoir contribué non seulement à la dispersion de l'électorat de gauche mais aussi à la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle.

    C'est comme si je reprochais à M. Alexandre Dorna et ses amis politiques leur militantisme souverainiste, au sein du comité Valmy, contre la construction d'une Europe fédérale pourtant si nécessaire dans ce monde multipolaire composé de grands blocs. 

    Enfin, c'est comme si reprochais à M. Alexandre Dorna et à ses amis politiques d'avoir espéré en 2007 une renaissance du radicalisme autour de François Bayrou, pourtant catholique pratiquant. J'observe d'ailleurs qu'une partie de la fantomatique « Union des Républicains Radicaux»  est allée grossir les rangs de deux cabines téléphoniques (« Les Progressistes » et « La Gauche Moderne ») animées respectivement par deux individus - M. Eric Besson et M. Jean-Marie Bockel - qui ont cyniquement trahi leurs engagements et leur parti politique pour quémander et obtenir de MM. Sarkozy et Fillon un portefeuille ministériel. Est-ce que là on peut dire, pour reprendre les mots du professeur Dorna, que c'est à l'évidence « la honte de trop » ?

    Dans ces conditions, il est difficile de ne pas avoir la sensation désagréable que la revue Humanisme prend ses lecteurs pour des imbéciles en se présentant comme ouverte à tous les horizons intellectuels alors qu'elle exprime essentiellement, de numéro en numéro, les obsessions d'un courant républicain décliniste, laïciste, eurosceptique, méfiant envers la diversité culturelle qu'il réduit au communautarisme et au « politiquement correct », nostalgique de la grandeur d'une France fantasmée. Je me demande ce qui reste de maçonnique dans ce patchwork idéologique qui phagocyte quasiment toute la revue...

    Je voudrais aussi adresser une mention spéciale à l'article de M. Gaël Brustier qui affirme, sans rire, que M. Manuel Valls, « hybride de petit père Combes et de Paul Wolfowitz » se rapproche du néoconservatisme américain. Et d'accuser le « vallsisme » d'utiliser les mots de la République contre l'idéal républicain (p. 41) ! Quel dommage alors que son article partait bien ! Je me demande quelle peut bien être la valeur de cette étiquette de néoconservateur collée sur le dos du Premier ministre par quelqu'un qui, au cours des dix dernières années, a successivement émargé au RPR, au MDC et au PS. Désolé, mais je me méfie beaucoup des leçons de psychologie ou de philosophie politique dispensées par des girouettes.

    Un dernier mot sur Humanisme. En décembre, je dois normalement renouveler mon abonnement. Cependant je ne le ferai pas. Celles et ceux qui lisent régulièrement ce blog savent que je n'en partage pas la ligne éditoriale. En page 4, on peut lire cet avertissement écrit en tout petit :

    « Destinée à l'information, la revue Humanisme n'est pas un document officiel du Grand Orient de France. Ses articles n'engagent en aucune manière, directe ou indirecte, la responsabilité de cette association ni n'impliquent de reconnaissance officielle de sa part. Ils expriment l'opinion de leurs auteurs et non pas nécessairement celle du Grand Orient de France. »

    Dont acte. Mais alors pourquoi cette revue est-elle présentée comme celle des francs-maçons du Grand Orient de France ? Pourquoi le directeur de la publication est-il le Grand Maître du Grand Orient de France ? Pourquoi le Conseil de l'Ordre y délègue-t-il trois de ses membres ? Je veux croire que les projets d'article sont lus attentivement par le comité de rédaction mais je dois constater, hélas, que celui-ci a pris l'habitude d'en valider certains sans prendre la précaution d'en expurger les passages inutilement polémiques, agressifs et bêtes. C'est dommage car, quoi qu'on en dise, ces articles, une fois publiés, engagent malheureusement le Grand Orient, précisément à cause de la présence de quatre membres de son exécutif dans l'organigramme de la revue.

    C'est la raison pour laquelle je fais partie de ceux qui considèrent qu'il est grand temps de passer à autre chose. Mais comme je n'ai pas la force d'entraînement nécessaire pour convaincre le plus grand nombre de mes frères, parce que j'ai aussi mieux à faire que de me battre contre le conformisme d'appareil, je me contenterai d'un désabonnement. Je suis cependant convaincu qu'il faudrait que le Grand Orient de France coupe structurellement les ponts avec Humanisme et laisse cette revue militante vivre sa vie en dehors de lui. L'obédience pourrait ainsi jeter utilement les bases d'une publication authentiquement maçonnique, c'est-à-dire d'une publication qui parle réellement des loges et de ceux qui, concrètement, font vivre quotidiennement la franc-maçonnerie du Grand Orient de France en métropole, en outre-mer et à l'étranger. 

    On peut rêver. C'est bientôt Noël.

  • Que lire ?

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    4068845727.jpgPetit rappel utile : la franc-maçonnerie ne s'apprend pas dans les livres. Elle est d'abord une pratique avant d'être un savoir cumulatif. Néanmoins, j'ai toujours considéré qu'il était important pour un franc-maçon de lire des ouvrages sur la maçonnerie. Bien que le jeune maçon ne sache symboliquement qu'épeler, lire participe tout de même de son apprentissage et permet de suppléer au travail d'instruction que les surveillants et le grand expert n'assurent pas toujours.

    Je n'ai pas de conseils particuliers à donner. Chacun fait comme il le sent selon ses goûts et ses envies. Voici donc une liste de livres, évidemment non exhaustive, que tout jeune maçon, à mon avis, devrait lire ou consulter au moins une fois.

    La Bible. C'est con à dire mais c'est la base de tout en maçonnerie, n'en déplaise aux plus laïques d'entre nous qui crient parfois « à bas la calotte » pour se donner un genre. La majeure partie du corpus symbolique de la franc-maçonnerie s'y trouve. Alors je ne dis pas qu'il faut tout se taper bien sûr. Mais il faut avoir lu au moins le livre des Rois et les Chroniques (notamment le construction du temple de Salomon). 

    On peut coupler cette lecture avec celle du Nouveau Testament et plus particulièrement avec celle du prologue de l'évangile de Jean. Baudouin Decharneux, professeur de littérature chrétienne des origines à l'Université libre de Bruxelles, m'avait dit un jour que le nec plus ultra était de lire le prologue en grec. Je veux bien le croire mais je me suis contenté pour ma part de le lire en français. Et de vous à moi, cette lecture ne m'a jamais inspiré. Mais il faut toutefois le connaître car beaucoup de loges s'y réfèrent.

    Les Constitutions d'Anderson. Autre ouvrage fondamental. Il en existe plusieurs traductions. J'ai celle de La Tierce (1743). Il est toutefois préférable de privilégier celle de Daniel Ligou non seulement parce qu'elle est plus moderne mais aussi parce qu'elle est éclairée par un long commentaire explicatif. La traduction de la Tierce a été rééditée en 1993 par les éditions Romillat si je me souviens bien. Celle de Ligou a été publiée, si je ne m'abuse, en 1989-1990 chez Edimaf (qui n'existe plus). 

    Mémoires d'un franc-maçon par Jean-Marie Chartier (alias Jean Mourgues). Hélas quasiment introuvable... J'ai malheureusement perdu l'exemplaire que j'avais reçu le soir de mon initiation. C'était édité par l'IMRET (institut méditerranéen de recherches et d'études traditionnelles). Je sais que ce petit ouvrage a été aussi édité à la Pensée universelle (éditeur que je ne connais pas). C'est un livre fin, charmant et émouvant. Le livre rêvé que je conseille à tout apprenti. J'aimerais le relire un jour si je le pouvais.

    La Pensée maçonnique. Une sagesse pour l'Occident. Par Jean Mourgues. Aux PUF. Un ouvrage que j'ai lu plusieurs fois et qui met bien en évidence l'esprit maçonnique, loin des boursouflures et des suffisances des fétichistes du symbole. Je l'avais prêté en 2005 à une jeune apprentie qui a oublié de me le rendre. Je suppose que cette lecture a tellement comblé ses attentes qu'elle l'a gardé.

    Recherche d'une église. Tome 7 des Hommes de bonne volonté. Par Jules Romains. La franc-maçonnerie y occupe une place centrale. Voir en particulier le chapitre où Jerphanion rencontre Lengnau, personnage inspiré d'Oswald Wirth.

    Histoire de la franc-maçonnerie au XIXe siècle (deux tomes). Par André Combes. Edition du Rocher. Très bien fait. Très clair. Très complet. Le titre peut cependant induire en erreur car le livre traite essentiellement de la maçonnerie française de la Restauration à 1914. Pour moi, il s'agit d'un ouvrage incontournable. 

    Guerre et Paix. Par Léon Tolstoï. Pour les épisodes maçonniques et les aventures du frère Pierre Bezoukhov de la loge de Saint-Petersbourg. Bezoukhov apprend à se connaître en connaissant les autres.

    Franc-Maçonnerie et romantisme. Par Daniel Béresniak. Ed. Détrad. Un bon livre sur la maçonnerie de la fin du dix-huitième siècle. Lumières et illuminisme.

    Je conseille aussi tous les vieux ouvrages maçonniques. Il n'est pas inutile de redécouvrir Ragon de Bettignies, Bésuchet de Saunois et Bègue-Clavel par exemple. On trouve ces ouvrages sur Gallica, le site de la bibliothèque nationale, chez les bouquinistes, voire dans les brocantes et vide-greniers. En cherchant bien, on trouve des trésors.

    Voilà, ce sont quelques titres qui me viennent en tête. Il y en a d'autres bien sûr mais je ne vais pas dresser ici un inventaire. Je ne voudrais pas passer pour un pédant qui étale ce qu'il a lu. 

    Il est enfin intéressant de lire des revues maçonniques. Je ne conseillerai pas Humanisme pour des raisons que j'ai déjà exposées et sur lesquelles je ne vais pas revenir. La Chaîne d'Union est bien plus intéressante. Personnellement, j'apprécie la sobriété des Chroniques d'Histoire Maçonnique éditées par Conform édition sous l'égide de l'Institut d'Etudes et de recherches maçonniques (IDERM)

    Il y a aussi Renaissance Traditionnelle. C'est une référence. Mais il faut s'accrocher car les articles, parfois, sont touffus et complexes. Elle s'adresse donc à un lectorat de « bon niveau ». Il y a également une autre revue dont on m'a dit du bien mais que je ne connais pas : Kilwinning. A voir par celles et ceux qui s'intéressent à l'histoire, aux symboles et aux traditions de l'Ordre maçonnique.

    Je dois également citer Critica Masonica. Jean-Pierre Bacot a eu l'extrême gentillesse de m'adresser le cahier spécial sur l'ésotérisme et l'extrême droite rédigé par le chercheur Stéphane François. Je ne m'y suis pas abonné car ma bourse n'est pas extensible. Cette revue semble rencontrer en tout cas un lectorat de plus en plus élargi. 

    Il y en a certainement d'autres. Que celles que j'ai oubliées m'excusent. 

    Il y a enfin des revues « grand public » que l'on trouve chez tous les marchands de journaux. Franc-Maçonnerie Magazine et La Voix Libre des Francs-Maçons. J'ai acheté un numéro de chaque il y a plusieurs mois pour voir un ce qu'il y avait dedans. C'est plutôt bien fait mais ça reste quand même très léger.

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    (Cette note est la 300ème du blog)