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Laïcité

  • Polémique autour de l'élection d'un théologien à la tête de l'université de Strabourg

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    deneken.jpgC’est une particularité à laquelle aucun texte juridique en France ne s’oppose : M. Michel Deneken, enseignant de théologie et prêtre, est le président nouvellement élu à une très large majorité de l’université de Strasbourg (26 voix contre 9). Les opposants au nouveau président élu n’en ont pas fait un argument de campagne, comme le souligne le quotidien L'Alsace. Ils ont considéré qu'il était plus important d'interpeller M. Michel Deneken sur le bilan financier et humain de l‘équipe sortante dont il faisait partie. M. Michel Deneken était en effet le vice-président de l'université de Strasbourg depuis huit ans sans que personne ne s'en émeuve, à commencer par ceux qui crient bruyamment au scandale aujourd'hui.

    En tant que laïque, je suis ulcéré de lire ces communiqués vengeurs qui non seulement s'en prennent violemment à une décision démocratique du conseil d'administration d'une université publique mais aussi remettent en cause la probité morale et intellectuelle d'un homme parce qu'il est théologien et curé. Un président d'université n'a pas pour fonction de diriger les recherches de ses collègues enseignants. Il est là pour participer activement à la gestion administrative et financière de l'université et à son rayonnement intellectuel.

    J'ai honte de voir la laïcité défendue ainsi. Le 16 décembre, le Grand Orient de France, mon obédience, s'est fendu d'un communiqué de presse qui participe, hélas, pleinement du procès d'intention quasi-diffamatoire que certains laïques font au professeur Deneken. Son titre est éloquent : un théologien catholique n'a pas qualité pour présider une université publique. Ah bon ? Et en vertu de quelle loi ? Comme si l'université française n'abritait pas déjà en son sein un seuil incompressible de charlatans dans plein d'autres disciplines... Et d'en revenir encore et toujours à l'obsession concordataire, cette particularité juridique locale héritée de quarante ans d'annexion allemande, que la Troisième République, pourtant tant célébrée par le GODF, n'a jamais remise en cause... Dois-je rappeler que sous la Troisième République, on trouvait aussi des curés dans les assemblées parlementaires ? 

    Ce communiqué est d'autant plus pernicieux que le Conseil de l'Ordre n'y apparaît pas. Sur la forme, le communiqué se présente comme celui du Grand Orient de France. On ne sait donc pas qui a écrit ce brûlot au nom de l'obédience. On ne sait pas qui s'est arrogé le droit de parler au nom de ses membres. Par conséquent, au lieu de dénoncer brutalement la décision du conseil d'administration d'une université publique française, le Grand Orient de France serait plus avisé de respecter sa constitution et son règlement général, à commencer par la liberté absolue de conscience de ses membres. Sans doute ferait-il là oeuvre utile.

  • La peur de l'islam

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    averroes.jpgL'islam fait peur. Il effraie de plus en plus de gens. C'est une évidence qui s'appuie sur des faits objectifs. Il ne se passe pas un jour sans que les médias n'évoquent la tragédie des attentats commis en France, la radicalisation de ceux qui les ont perpétrés ou qui ont l'intention d'en perpétrer de nouveaux, les crimes de Daesh, l'influence du salafisme, la polémique relative au burkini, etc.

    Interrogeons cette peur. Je crois qu'elle s’appuie sur une triple confusion :

    • la confusion de l’islam (la religion en tant que telle) et de l'islamique (tout ce qui a un rapport direct ou indirect avec l'islam) avec l’islamisme (l’instrumentalisation politique de l’islam) ;
    • la confusion entre les musulmans et les arabes (tous les musulmans ne sont pas arabes) ;
    • la confusion entre les musulmans et les étrangers (comme s’il était impossible d’être musulman et de nationalité française).

    Cette triple confusion conduit à opérer des associations d’idées dévastatrices du style :

    Islam = musulmans = arabes = étrangers = barbus = charia = terrorisme = repli = non assimilation = danger.

    Progressivement, l’idée d’une dangerosité spécifique à l’islam se propage un peu partout en occident.  Certains essayent de la trouver dans les sourates du Coran et les hadiths. D’autres, de façon beaucoup plus délirante, tentent d’en voir la marque dans les « rues arabes », c'est-à-dire dans certains quartiers cosmopolites de nos agglomérations où les populations d'origine étrangère (principalement africaines) se sont (ou ont été) installées.

    Bref, l’islam est réduit à ses formes intégristes et à son incompatibilité prétendue avec l’occident. Ses aspects obscurantistes sont systématiquement mis en avant. Beaucoup de gens estiment qu’il est contraire à la démocratie et à la laïcité. L’islam est volontiers désigné comme un élément extérieur à la société occidentale. Il n’est pas rare qu’on lui oppose « l’identité chrétienne » de l’Europe ou encore la liberté de penser qui, entend-on parfois, serait une caractéristique propre à la civilisation occidentale.

    Or, les interactions ont été nombreuses entre « la terre d’islam » et ce que l’on appelle « la chrétienté ». Je ne parle pas des guerres, des invasions, des croisades et de tout ce qui est généralement repris dans les livres d’Histoire. Je veux parler bien sûr des interactions positives, notamment des influences intellectuelles, celles dont on ne parle quasiment jamais.

    Il faut ainsi rappeler que les intellectuels musulmans ont recueilli, traduit et commenté les textes grecs (philosophiques et scientifiques) que l’Occident chrétien avait perdus ou interdits. Ce travail de redécouverte, c’est la « falsafa » (la philosophie islamique fondée sur l’héritage de l’Antiquité classique).

    Aristote, Platon, Pythagore, Empédocle, Galien, Proclus, pour ne s’en tenir qu’à ces quelques exemples, ont été redécouverts en Occident, au Moyen Age, via le travail des intellectuels musulmans tels que al-Kindi (dit Alchindius), al-Farabi (dit Alpharabius), ibn Sinā (dit Avicenne), al-Rāzi, ibn Bādja (dit Avempace), ou ibn Rouchd (le célèbre Averroès de Cordoue).

    Le cas d’Averroès est intéressant.

    Profondément influencé par la lecture d’Aristote, Averroès considère que le Coran s’adresse à tous les hommes, aussi bien à ceux qui raisonnent qu’à ceux qui se contentent d’en suivre les préceptes sans aucune distance critique.

    Il en déduit qu’on peut lire le Coran en philosophe et qu’on a donc légitimement le droit de l’interpréter et de le commenter.

    Bien plus encore, Averroès de Cordoue a été l’un des premiers intellectuels à faire une distinction claire entre la foi et la raison et à postuler l’existence d’un intellect commun à tous les hommes.

    Cette séparation entre la foi et la raison (ou la connaissance) a eu pour effet politique de populariser l’idée de la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel (sur laquelle repose la laïcité contemporaine).

    Cette idée de séparation a provoqué une vive réaction en occident parmi les Docteurs de l’Eglise.

    Guillaume d’Auvergne, Henri de Gand, Alexandre de Hales, saint Bonaventure, Vital du Fourou, le pétaradant Raymond Lulle (la liste n’est nullement exhaustive) se sont inscrits contre cette culture aristotélicienne transmise par les intellectuels musulmans. Tous se rattachaient à l’enseignement théocratique de saint Augustin et critiquaient le principe d’un intellect commun. Tous refusaient, d’une part, la séparation entre la foi et la connaissance et, d’autre part, la séparation entre le temporel et le spirituel.

    Cependant, malgré les critiques, malgré les menaces des bûchers et les excommunications, de nombreux penseurs chrétiens furent influencés par les différents apports de la « falsafa ». Je citerai par exemple Boèce de Dacie, Siger de Brabant, Jean de Jandun, saint Thomas d’Aquin, Marsile de Padoue, ou Pietro d’Albano (là aussi, liste non exhaustive).

    En assurant la diffusion des auteurs grecs, les penseurs musulmans ont permis à l’occident de se réapproprier ce patrimoine philosophique. Réciproquement, la philosophie grecque a favorisé, au sein même de l’islam, l’émergence d’une démarche critique et le goût pour le commentaire et l’exégèse des textes sacrés.

    Je pense que cet héritage doit être valorisé si du moins les pouvoirs publics veulent aider rationnellement les Français de confession musulmane à structurer l'islam en France.

  • L'observatoire de la laïcité

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    2716407929.jpgIl a été institué auprès du Premier ministre un observatoire de la laïcité en vertu d'un décret en date du 25 mars 2007. La mission de l'observatoire de la laïcité est d'assister le gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité dans les services publics.

    La mission de l'observatoire de la laïcité prend quatre formes principales :

    1. Il réunit les données, produit et fait produire les analyses, études et recherches permettant d'éclairer les pouvoirs publics sur la laïcité.
    2. Il peut saisir le Premier ministre de toute demande tendant à la réalisation d'études ou de recherches dans le domaine de la laïcité.
    3. Il peut proposer au Premier ministre toute mesure qui lui paraît permettre une meilleure mise en oeuvre de ce principe, notamment pour assurer l'information des agents publics et des usagers des services publics.
    4. Il peut être consulté par le Premier ministre ou les ministres sur des projets de textes législatifs ou réglementaires.

    Outre son président, nommé par décret pour une durée de quatre ans, l'observatoire est composé:

    a) Du secrétaire général du ministère de l'intérieur :
    - du secrétaire général du ministère de la justice ;
    - du directeur général de l'administration et de la fonction publique ;
    - du directeur de l'hospitalisation et de l'organisation des soins ;
    - du directeur des affaires juridiques au ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche ;
    - du directeur des affaires politiques, administratives et financières du ministère de l'outre-mer ;
    - du conseiller pour les affaires religieuses au ministère des affaires étrangères ;

    b) De deux députés et de deux sénateurs désignés respectivement par le président de l'Assemblée nationale et le président du Sénat ;

    c) Et de dix personnalités désignées en raison de leur compétence et de leur expérience.

    En outre, il est important de souligner que l'observatoire de la laïcité n'est pas une autorité administrative indépendante. Il ne dispose donc pas de pouvoirs réglementaires et coercitifs propres lui permettant d'agir en toute indépendance au nom de l'Etat dans le domaine de la laïcité. Sa mission, qui s'exerce collégialement, est essentiellement de documenter, de conseiller et d'assister le gouvernement sur toutes les questions relatives à la laïcité.

    Ce rappel de la nature juridique de l'observatoire de la laïcité est important car il permet de relativiser grandement les reproches qui lui sont régulièrement adressés par une minorité d'ultras laïques toujours prompts à caricaturer son action. En effet, si l'observatoire de la laïcité est régulièrement consulté par le gouvernement, il faut insister sur le fait que ce dernier demeure parfaitement libre de ne pas se ranger à ses avis. L'observatoire réfléchit et conseille. Il n'impose jamais.

    C'est la raison pour laquelle il convient aussi de relativiser les divergences qui se sont exprimées en son sein. Sur l'ensemble de ces membres, seuls trois ont exprimé leur défiance à l'égard du travail de l'observatoire. Il s'agit des députés Françoise Laborde (PRG) et Jean Glavany (PS) et de Patrick Kessel issu de la société civile (et accessoirement ancien Grand Maître du Grand Orient). Je ne conteste pas à ce triumvirat le droit de défendre une position très minoritaire. En revanche, je m'interroge sur ce comportement qui consiste à vouloir arracher par la polémique publique et les prises de position catastrophistes, ce qui n'a pas été obtenu aux termes d'une discussion collégiale au sein de l'observatoire. 

    Cette attitude très franco-française est inquiétante. On la retrouve d'ailleurs dans le domaine politique, syndical et associatif. Les lieux de discussion, d'échange et de délibération sont de moins en moins respectés par celles et ceux qui n'y obtiennent pas satisfaction. Les désaccords sont alors étalés en place publique et livrés au jugement du tribunal de l'opinion publique. Cette façon expéditive de procéder affaiblit automatiquement les lieux de discussion, d'échange et de délibération et donc, plus généralement, le fonctionnement démocratique dans notre pays.

    La force de la caricature est telle aujourd'hui, qu'elle finit toujours par modeler la perception que l'on a des choses. L'observatoire de la laïcité est hélas victime aujourd'hui de la caricature. Il fait l'objet de critiques injustes alors que son travail, pourtant accessible en ligne, est d'une très grande qualité. De très nombreuses associations l'ont d'ailleurs salué parmi lesquelles la ligue de l'enseignement, la libre pensée et la ligue des droits de l'homme

  • De la religion dans les relations de travail

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    Travail, Laïcité, Loi, Liberté, RépubliqueChacun est libre d'apprécier ou pas l'action des pouvoirs publics actuels. Mais il faut quand même prendre garde à la critique démagogique qui confine souvent à la désinformation pure et simple. C'est notamment ce qui est en train de se passer avec l'article 6 du projet de la « loi travail », plus connue encore sous le nom de la « loi El Khomri ». Cet article 6 dispose :

    « La liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. »

    Il n'en fallait pas davantage pour que certains y décèlent un inquiétant recul de la laïcité ou redoutent l'entrée en fanfare du communautarisme dans l'entreprise. Cet article, pourtant, ne fait que synthétiser les principes de la jurisprudence. Il s'inscrit dans le cadre des articles 9 de la convention européenne des droits de l'homme et L.1121-1 et L.1321-3 du code du travail. En soi, l'article 6 du projet de loi n'apporte donc rien de nouveau si ce n'est qu'il consacre ce qui existe déjà dans le droit positif.

    En l'état actuel du droit, un salarié de droit privé peut fort bien être contraint par son employeur de retirer un signe religieux, une tenue inappropriée, etc., pour autant que ce retrait soit justifié par les nécessités de la fonction, par la nature de la tâche à accomplir ou par des raisons de sécurité ou de représentation. De même, un employeur peut refuser au salarié des congés liés ou non à des raisons religieuses si ce refus est justifié par la continuité du service, par une forte activité ou par des circonstances exceptionnelles.

    Pour les fonctionnaires, les magistrats, pour les contractuels de droit public, pour les salariés de droit privé d'une entreprise délégataire de service public, le régime est différent. La neutralité est la règle parce que les missions sont d'intérêt général et effectuées soit sous l'autorité directe de l'autorité publique, soit sous son contrôle. L'article 6 du projet de loi n'est pas principiel, c'est-à-dire qu'il n'a pas pour objectif d'ériger un nouveau principe à partir duquel tout le droit du travail est appelé à évoluer. C'est précisément le contraire. L'article 6 résulte des principes dégagés par la pratique juridique. Ni plus ni moins. Il n'y a donc pas de recul de la laïcité. Au contraire, j'y vois son affirmation dans le souci de conjuguer la liberté des convictions religieuses et philosophiques avec le respect du lieu et des relations de travail.

    De toute façon, il faut être conscient que les relations de travail peuvent donner lieu à de multiples contentieux, y compris sur le terrain de la manifestation des convictions religieuses sur le lieu de travail. Un salarié peut être en conflit avec son patron sur le sujet. Un patron peut être en conflit avec un salarié à ce propos. La loi s'applique à la lumière de chaque affaire. La balance entre des intérêts opposés, le conflit entre deux libertés et le principe de proportionnalité par rapport à l'objectif poursuivi, ne sont pas des notions à manier avec maximalisme quand on est dans une société laïque et démocratique. Il n'y a que dans les dictatures que les lois sont à sens unique. Les jugements peuvent donc être différents, sans nécessairement être contradictoires en droit, car chaque cas d'espèce est unique. Ce n'est pas un phénomène nouveau quoi qu'on en dise. Cela se vérifie en droit du travail comme dans n'importe quelle autre branche du droit.