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3, 5, 7 et plus - Page 4

  • Guénon le mystificateur

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    3725397149.jpgJe souhaiterais vous recommander la visite du site de Marc Labouret que j'ai découvert récemment et plus particulièrement la lecture de trois articles consacrés à René Guénon (cf. les liens en bas de la présente note).

    Dans l'article intitulé Guénon et la Franc-Maçonnerie, Marc Labouret écrit :

    « Fera-t-on le tri, dans les œuvres de Guénon relatives à la Franc-maçonnerie, entre les rares passages qui méritent peut-être le respect et le magma d’erreurs et de tromperies ? Il est plus expédient de négliger le tout. Son expérience réduite, sa documentation tronquée, le tissu d’erreurs qui constitue tout son discours sur la franc-maçonnerie, sur son histoire comme sur sa symbolique, le disqualifient complètement à ce sujet. »

    C'est vrai qu'un tel tri ne serait pas inutile. Des auteurs ont d'ailleurs commencé à le faire, comme Jean van Win par exemple, dont le livre, Contre Guénon, publié en 2010, est à avoir dans sa bibliothèque.

    Bref, Marc Labouret est parvenu à faire une petite synthèse élégante des incongruités du «guénonisme» qui exercent toujours un étrange magistère moral sur certains francs-maçons. Marc Labouret démonte les affirmations martelées obsessionnellement par le « pape de la tradition primordiale et de la transmission ininterrompue » en utilisant pour cela des comparaisons astucieuses et ironiques.

    « Guénon semble ignorer qu’un symbole prend sens parmi ceux qui l’entourent dans un même cadre cohérent. C’est aussi vrai des symboles maçonniques que des symboles hindous, musulmans ou jivaro. On peut trouver des parentés entre tout et n'importe quoi, c'est comme de dire qu'il y a chez les Beatles des notes qu'on a déjà entendues chez Bach. C'est à l'évidence une trace incontestable de la transmission initiatique. »

    Labouret souligne donc les connaissances approximatives de Guénon dans le domaine de la symbolique et de l'histoire. Il montre que le guénonisme, sous ses apparences inoffensives, est tout simplement une idéologie d'extrême droite, profondément réactionnaire et anti-moderne qui a su fédérer autour d'elle un noyau de dévots actifs.

    Je vous laisse découvrir ce site magnifiquement réalisé qui aborde évidemment plein d'autres sujets. Il est à mettre dans vos favoris.

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    Articles de Marc Labouret

    Avec ou sans Guénon (15 juillet 2017)

    Guénon et la Franc-Maçonnerie (31 juillet 2017)

    Guénon l'idéologue ou Philippulus le prophète (24 août 2017)

    Billets du blog 3,5,7 et plus

    René Guénon l'anti-moderne (19 octobre 2015)

    L'idéologie politique de René Guénon (21 octobre 2015)

    L'idéologie guénonienne appliquée à la franc-maçonnerie (1er décembre 2015)

    Critica Masonica. Extrême droite et ésotérisme (6 mars 2016)

  • Le rugby et l'esprit maçonnique

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    rugby,franc-maçonnerie,daniel herreroJe vous propose cette analyse du truculent Daniel Herrero sur le rugby et l'esprit maçonnique. Pour Herrero, le rugby s'est doté progressivement de règles destinées à canaliser la violence présente en tout homme. Ces codifications successives ont permis au rugby de passer d'un « jeu local de bourrins » à un jeu élaboré et universel.

    Eminemment stratégique, fondé sur la construction et la déconstruction permanentes du jeu, le rugby exalte l'esprit de solidarité de tous face à l'adversaire et au danger.

    Seul sur le terrain, le rugbyman est un homme mort mais ensemble, avec les frères de son équipe, il peut tout. A lui de se servir des règles pour générer du danger et créer du lien.

    Lire aussi :

    Franc-Maçonnerie et football (7 mars 2015)

    Franc-Maçonnerie et football (10 juin 2016)

  • Maupassant et la franc-maçonnerie

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    sosthene.jpg

    Mon oncle Sosthène est une nouvelle de Guy de Maupassant publiée pour la première fois le 12 août 1882 dans le quotidien Gil Blas. Maupassant, déjà dans les liens d'un contrat avec le journal Le Gaulois, avait jugé plus prudent de la signer sous le pseudonyme balzacien de Maufrigneuse qu'il utilisait habituellement pour ses textes les plus polémiques. 

    Dans cette nouvelle, Maupassant raconte la farce que Gaston, un neveu facétieux, a jouée à son vieil oncle Sosthène, franc-maçon, « libre-penseur par bêtise » et ennemi juré d’un jésuite de la ville. Par esprit de provocation, Sosthène organise un dîner gras le soir du vendredi-saint pour tous ses amis. Le dîner tourne vite au bâfre : l'oncle Sosthène mange et boit plus que de raison. Il est alors victime d’une grave indigestion. Les convives sont obligés de le ramener chez lui. Gaston dépêche le vieux jésuite auprès de Sosthène. Il lui fait croire que Sosthène, pris d'une grande peur de la mort, désire le voir pour parler avec lui, écouter ses conseils et se rapprocher de l'Église. Gaston prie le jésuite de dire au malade qu’une « espèce de révélation » l’a prévenu de son état. La farce se retourne alors contre le neveu. Sosthène accueille le jésuite qui le soigne et le convertit Résultat : l'oncle finit par déshériter le neveu au profit du jésuite. 

    Il faut se méfier des lectures trop rapides. Dans ce texte, Guy de Maupassant n'attaque pas plus la franc-maçonnerie qu'il n'éreinte la religion. Son sujet est bien plus vaste : la bêtise humaine. Celle qui unit ceux que tout oppose en apparence. Le franc-maçon bouffeur de curés et le jésuite contempteur des « frères trois points ». Dans le Sosthène de Maupassant, on retrouve le Homais de Flaubert. L'oncle Sosthène, à l'instar d'Homais, a le cœur sec. C'est un être creux qui raisonne quand il faudrait être sensible. Il polémique et devient agressif quand il faudrait être au contraire à l'écoute de son prochain. Il transige souvent avec les principes qu'il voudrait voir appliquer par les autres. Il ne connaît pas l'histoire de la franc-maçonnerie et la réduit à des objectifs politiques. Sosthène se veut transgressif alors qu'il est en réalité conformiste, c'est-à-dire bien dans l'esprit de son temps et dans la ligne des gouvernements républicains de l'époque. C'est un converti à l'air du temps aux emportements vifs et aux convictions fragiles. Il est donc fort probable que le républicain Sosthène eût été royaliste sous les Bourbon et les Orléans ou impérialiste sous les Napoléon.

    Le personnage de Sosthène n'est pas aussi simple qu'on le croit. Il a certainement des sources multiples. Sans doute Maupassant a-t-il eu maintes fois l'occasion de croiser le chemin de personnes qui, chacune à leur façon, l'ont inspiré pour modeler la figure centrale de sa nouvelle. Je vois au moins une source d'inspiration. L'écrivain Catulle Mendès, bien oublié aujourd'hui, mais qui eut quand même son heure de gloire. Mendès était un inconstant et un beau parleur. Un touche à tout des Belles Lettres doublé d'un coureur de jupons impénitent. C'est lui qui se mit en tête de parrainer Guy de Maupassant en franc-maçonnerie en 1876. Maupassant n'était pas encore connu. Il travaillait à l'époque comme commis au ministère de la marine et des colonies. Il s'était laissé tenté par la proposition de parrainage avant finalement de la refuser. On trouve dans sa lettre de désistement de 1876 une grande partie des objections du neveu de Sosthène et, peut-être, l'influence décisive de Gustave Flaubert qui ne portait guère Catulle Mendès dans son coeur. Dans une lettre adressée à Guy de Maupassant, le 23 juillet 1876, Gustave Flaubert en brosse un portrait bien peu élogieux. Il lui reproche d'une part, son désir de s'accaparer certains de ses textes et d'autre part, un article irrévérencieux à l'égard d'Ernest Renan et Marcellin Berthelot paru dans La République des Lettres.

    « Un homme qui s'est institué artiste n'a plus le droit de vivre comme les autres. Tout ce que vous me dites du sieur Catulle ne m'étonne nullement. Le même Mendès m'a écrit avant-hier pour que je lui donne gratis des fragments du Château des cœurs et, moyennant finances, les contes inédits que je viens de finir. Je lui ai répondu que tout cela m'était impossible, ce qui est vrai. Hier je lui ai écrit derechef une lettre peu tendre, étant indigné, exaspéré par l'article sur Renan. On s'attaque à l'homme de la façon la plus grossière et on y blague Berthelot en passant. Vous l'avez lu d'ailleurs ? Qu'en pensez-vous ? Bref, j'ai dit à Catulle que 1° je le priais d'effacer mon nom de la liste de ses collaborateurs et 2° de ne plus m'envoyer sa feuille. Je ne veux plus avoir rien de commun avec ces petits messieurs-là. C'est de la très mauvaise compagnie, mon cher ami, et je vous engage à faire comme moi, à les lâcher franchement. Catulle va sans doute me répondre, mais mon parti est bien pris, bonsoir  ! Ce que je ne pardonne pas, c'est la basse envie démocratique. »

    mendes.jpg

    Il est possible que ce différend exposé par Flaubert ait pu amener Maupassant à se méfier du flamboyant et volubile Mendès. On ne peut pas d'ailleurs lui donner tout à fait tort car Mendès n'était pas vraiment ce que l'on pourrait appeler un « parrain fiable » susceptible, par son comportement en société, de donner une bonne image de la franc-maçonnerie. Il est en effet savoureux de relever que Catulle Mendès a été radié en 1877-1878 des registres de la loge parisienne la loge La Ruche Libre pour retard envers le trésor (cf. Bulletin du Grand Orient, tome 33, p. 479) !

    La question que l'on peut se poser est de savoir si Guy de Maupassant était foncièrement hostile à la franc-maçonnerie. Je ne le crois pas. Je pense plutôt que Maupassant était en réalité réticent à toute forme d'engagement philosophique, religieux ou politique. Il me semble que l'écrivain craignait les mots d'ordre, les postures et, plus généralement, tout ce qui pouvait, selon lui, brider sa conscience ou sa raison en l'enfermant dans des carcans idéologiques ou traditionnels. Ce désir farouche de préserver sa liberté d'action et de conscience a sans doute été aussi conforté par un fond d'éducation catholique hostile à tout ce qui pouvait s'apparenter, de près ou de loin, aux sociétés secrètes en général et à la franc-maçonnerie en particulier. Je pense même que Guy de Maupassant s'était très bien documenté sur l'Ordre maçonnique au point d'en pressentir les richesses intellectuelles, symboliques et philosophiques. Ce qui rendait probablement odieuses les faiblesses de Catulle Mendès pour l'argent, les femmes et la gloire littéraire.

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    Mon oncle Sosthène

    Lettre à Catulle Mendès

  • Baudelaire franc-maçon ?

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    charles baudelaire,honoré de balzac,poésie,franc-maçonnerie,littérature,victor hugo,stendhal,gérard de nervalIl y a cent cinquante ans, le 31 août 1867, disparaissait Charles Baudelaire. Cet anniversaire me donne l'occasion de revenir brièvement sur l'appartenance maçonnique du poète. Néanmoins je le précise d'emblée : cette appartenance n'est nullement avérée et repose essentiellement sur des suppositions. Il n'y a pas - à ma connaissance du moins - de preuves matérielles de cette appartenance. Cependant, je n'oublie pas que le XIXe siècle recèle d'innombrables pièges. En effet, la vie maçonnique de l'époque ne s'embarrassait guère de formalités administratives même si celles-ci n'étaient pas absentes. Il était donc relativement facile pour un homme, même jouissant d'une certaine notoriété, d'être initié à la franc-maçonnerie dans une relative confidentialité. La postérité de son appartenance était tributaire du soin fort variable accordé par les loges à la conservation de leurs archives.

    Une chose semble établie en tout cas, c'est que Charles Baudelaire a eu un franc-maçon dans son entourage familial immédiat tout comme Honoré de BalzacVictor HugoStendhal ou Nerval. Le général Aupick, beau-père du poète, a en effet appartenu à la loge La Philadelphie à l'orient de Gravelines (cf. René Wibaux, « La loge de Gravelines », Acacia, n°4, 1933) sans grande conviction. Mais cette proximité familiale, bien entendu, ne suffit pas à faire de Baudelaire un frère et ce d'autant plus qu'il ne s'entendait absolument pas avec son beau-père. 

    On a pu également soutenir que Caroline Dufaÿs, la mère de Baudelaire, appartenait à la franc-maçonnerie d'adoption sans apporter non plus de preuves décisives. La seule affirmation concernant l'appartenance maçonnique de Charles Baudelaire vient du frère Roland Dumas. Dumas, alors avocat, conseillait Mme Henriette Renaut de Broise. Celle-ci était la petite fille d'Eugène de Broise et la petite nièce d'Auguste Poulet-Malassis, les deux éditeurs de Baudelaire condamnés avec lui en 1857 pour outrage aux bonnes moeurs suite à la publication du recueil Les Fleurs du Mal. Voici ce que Roland Dumas avait déclaré au journal Le Figaro à propos des relations entre le poète et ses éditeurs (Le Figaro, cité par le Bulletin du Centre de documentation du Grand Orient de France, numéro 51, p.88): 

    « Ils s'étaient connus au sein d'une loge maçonnique, car l'auteur des « Fleurs du Mal » était franc-maçon ; sa mère également et celle-ci alignait souvent en bas de ses lettres cinq points significatifs (...) d'autre part le poète apposa les trois points symboliques sur l'acte par lequel il cédait ses droit à Poulet-Malassis et au beau-frère de ce dernier Eugène de Broise, tous deux imprimeurs-libraires et membres de la loge Saint-Christophe à Alençon. »

    signature.jpgVoici donc la fameuse signature de Baudelaire à laquelle Dumas a fait allusion. On distingue en effet trois points. Le premier marque l'abréviation du prénom (rien d'original). Le deuxième est situé sur la lettre i (ce qui est d'une prévisibilité confondante) et le troisième est assimilable au point qui ponctue une phrase ou marque l'arrêt de la plume. Il faut donc avoir, à mon avis, un esprit particulièrement inventif pour y déceler une quelconque qualité maçonnique. Ou alors il faut admettre qu'il existe beaucoup de francs-maçons qui s'ignorent.

    signature2.jpgLa signature de Caroline Aupick n'est guère plus probante. On distingue bien six points et non cinq. Trois peuvent s'expliquer pour les mêmes raisons que précédemment. Les trois autres entre les deux lignes paraissent être une fantaisie ou bien la volonté de symboliser trois baisers comme cela se fait parfois. Cette signature termine en tout cas un courrier de Madame Aupick à une certaine veuve Vernazza qui venait de perdre son fils. Il convient de préciser qu'on ne trouve dans cette lettre de condoléances aucune allusion maçonnique. La mère de Baudelaire y exprime simplement des paroles réconfortantes et présente à Madame Vernazza « ses sentiments distingués ». 

    Il existait en outre une loge à Alençon dont le titre distinctif complet était Saint-Christophe de la Forte Union. Cette loge avait été constituée sous les auspices de la Grande Loge de France le 2 juillet 1764. Elle s'est agrégée ensuite au Grand Orient de France le 23 septembre 1774. Je ne suis pas sûr en revanche que cette loge ornaise était toujours en activités au dix-neuvième siècle, en tout cas dans les années 1840/1850. 

    Enfin Dumas dit bien que Baudelaire et ses éditeurs se sont connus dans une loge maçonnique mais il se garde bien d'en indiquer le titre distinctif. Ce qui paraît assez invraisemblable car comment être sûr d'une rencontre sans en donner le lieu précis ?

    Que reste-t-il alors sinon l'oeuvre poétique ? Certains ont donc interprété les poèmes afin de leur trouver un sens maçonnique caché. Par exemple, on a pu considérer que le poème L'Albatros était une allégorie de l'initiation ou de la démarche initiatique. L'exégèse, parfois, emprunte des chemins sinueux...

    Comment ne pas songer non plus à ces célèbres vers (Les Fleurs du Mal, IV) ? :

    « La Nature est un Temple où de vivants piliers,
    Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
    L'homme y passe à travers des forêts de symboles
    Qui l'observent avec des regards familiers (...) »

    Temple, piliers, paroles, symboles... Il en faut peu pour conforter ceux qui voient en Baudelaire un franc-maçon. Or, là encore, il est difficile d'y voir une allusion d'appartenance maçonnique.

    Bref, si Charles Baudelaire avait été vraiment franc-maçon, sans doute en eût-il parlé simplement, sans chercher à le dissimuler, je ne dis pas dans ses poèmes, mais au moins dans sa correspondance. Nous en aurions probablement conservé des traces objectives et des témoignages.

    (Cette note est la 400ème du blog)