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  • Etienne Pariset, le protecteur des animaux

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    pariset.jpgJe suis tombé par hasard cette semaine sur un reportage télévisé consacré à Etienne Pariset qui fut le premier président de la société protectrice des animaux (S.P.A.). Le Dr. Pariset est mort en juillet 1847. Il y a donc 170 ans.

    Ému par le sort des chevaux de trait qui sillonnaient le Paris industrieux du milieu du dix-neuvième sècle, Etienne Pariset décida de fonder la S.P.A. pour leur venir en aide avec le soutien d'autres médecins. La SPA, fondée le 2 décembre 1845, a depuis élargi ses activités à tout le genre animal.

    Comme souvent, il s'est inspiré de ce qui se faisait en Angleterre. Voici ce que l'on pouvait lire dans la presse de l'époque, trois jours à peine avant la fondation officielle de la SPA (cf. Le Journal des Débats Politiques et Littéraires, 29 novembre 1845) :

    « On lit dans un journal de Londres

    « La Société pour protéger les animaux contre les mauvais traitements a fait traduire devant la Lambeth Court, sur la dénonciation faite par un constable de police, le nommé John Brady, accusé d'avoir jeté un chat dans un égout et de l'avoir ensuite violemment frappé sur la tête lorsqu'il cherchait à se sauver. Il a été condamné à 60 schillings d'amende ou à quatorze jours de prison. On dit que la Société a réussi à décider les autorités belges à intervenir pour réprimer les mauvais traitements exercés sur les animaux. »

    Ce que l'on sait moins est que le docteur Etienne Pariset, membre et secrétaire perpétuel de l'académie de médecine, fut franc-maçon. Il appartenait à la loge Paix et Union à l'orient de Nantes. On le retrouve en tant que maître sur le tableau des membres de cette loge dressé le 29 messidor an XIII (18 juillet 1805). Je suppose que Pariset y a été initié quelques années plus tôt (Nantes était la ville de son enfance et de son adolescence). Pariset ne semble pourtant pas y avoir fait preuve d'une assiduité particulière. En effet, au début des années 1800, il vivait déjà à Paris et exerçait à l'hôpital de la Salpêtrière.

    On retrouve cependant son nom sur le tableau de cette loge jusqu'en 1813.

  • Une transition difficile (2)

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    inquiétude.jpgJ'avais déjà évoqué les difficultés auxquelles ma loge est confrontée. Ces difficultés semblent malheureusement s'amplifier. Depuis plusieurs mois, je reçois des appels téléphoniques ou des courriers électroniques plus ou moins alarmistes. Je ne discute pas les reproches formulés. Mon successeur, probablement animé du souci de bien faire, a effectivement pris le premier maillet avec l'ambition de tout changer de fond en comble. Il a peut-être eu aussi la maladresse de critiquer des augmentations de salaire ou en tout cas de donner l'impression qu'il les critiquait. S'il y a des incompréhensions, elles peuvent toujours être levées.

    Il serait toutefois injuste d'imputer l'entière responsabilité de la situation présente à l'action d'un seul homme. La loge doit aussi en prendre sa part car j'avais pris soin de l'informer longtemps à l'avance que je ne me représenterais pas. Des candidatures pressenties ne se sont pas concrétisées. Nos effectifs sont modestes et les possibilités restreintes. Bref, il y a eu tout un enchaînement de cause à effet qui explique la situation présente. C'est sans doute pour toutes ces raisons que je n'éprouve pas spécialement l'envie de jouer le médiateur. Pourquoi d'ailleurs ? Une loge doit être capable de résister à son vénérable si elle estime que son action est contestable ; elle doit être aussi capable de le supporter toute une année, c'est-à-dire le tolérer au sens étymologique du verbe si elle ne veut pas assumer les inconvénients d'une confrontation. Elle ne doit pas non plus perdre de vue que celui-ci donne gracieusement de son temps au service de tous.

    Ce que je veux dire, c'est que tous les ateliers connaissent à un moment donné des épisodes plus ou moins tourmentés. Certains  en ressortent plus forts. D'autres ne s'en relèvent pas. C'est donc aux frères qui les composent, d'en tirer le meilleur parti en ayant pour cela le sens de la mesure et du temps car en franc-maçonnerie, nul n'est indispensable. Les hommes passent. Des ouvriers quittent le chantier. D'autres reprennent les outils. Il y a des démissions. Il y a des initiations et des affiliations. Il y a des périodes fastes et des périodes creuses. Il y a des jours avec et des jours sans. C'est ainsi. Qu'il s'agisse donc de résister ou de supporter, le choix revient toujours à la loge souveraine et à elle seule.

    Un dernier mot. Certains de mes frères m'ont confié leur désarroi ou leur déception au point parfois de vouloir démissionner ou de changer de loge. Libre à eux d'agir comme ils le sentent. Il est naturel d'éprouver de la lassitude. Je voudrais en tout cas que ces frères déçus, impatients ou en colère, puissent se remémorer les raisons qui les ont incités à frapper à la porte du temple. C'est le plus important. Il faut toujours se souvenir de ses motivations de départ. J'aimerais qu'ils méditent aussi, du moins s'ils le veulent, ce petit poème de Djalâl-od-Dîn Rûmî (1207-1273) que je trouve très beau.

    « Ainsi l'être humain est une auberge.
    Chaque matin, un nouvel arrivant.
    Une joie, un découragement, une méchanceté,
    une conscience passagère se présente,
    comme un hôte qu'on n'attendait pas.

    Accueille-les tous de bon cœur !
    Même si c'est une foule de chagrins
    qui saccage tout dans ta maison,
    et la vide de ses meubles,
    traite chaque invité avec honneur.
    Il fait peut-être de la place en toi pour de nouveaux plaisirs.

    L'idée noire, la honte, la malice,
    accueille-les à ta porte avec le sourire
    et invite-les à entrer.

    Soit reconnaissant à tous ceux qui viennent
    car chacun est un guide
    qui t'est envoyé de l'au-delà. »

    L'au-delà n'est pas forcément celui auquel on pense. Il peut désigner aussi le merveilleux d'une rencontre inattendue ou tout simplement ce qui surgit au-delà de soi. La concorde grandit ce qui est petit. La discorde annihile ce qui est grand. Demain est un autre jour.  Allez hop ! Haut les coeurs !

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    Modifié et édulcoré le 27/10/2017 - 12h00

  • Le RER : une approche chrétienne de l'initiation maçonnique

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    1687844259.jpgAu dix-huitième siècle, une franc-maçonnerie particulière s'est développée. Non seulement chrétienne sociologiquement, comme d'ailleurs la franc-maçonnerie de ce temps, mais chrétienne doctrinalement. Cette franc-maçonnerie chrétienne a trouvé son expression la plus aboutie dans le régime écossais rectifié, système maçonnique qui s'est structuré lors de deux Convents (à Lyon en 1778 et à Wilhemsbad en 1782).

    Il faut rappeler que ce régime écossais rectifié (RER) n'était pas seulement un rite dans l'esprit de ses fondateurs. Il avait aussi originairement l'ambition de constituer un ordre maçonnique européen autonome divisé en neuf provinces administratives (d'où l'emploi du terme de « régime »). Ce qu'il n'a été que sur le papier.

    Le RER expose une doctrine chrétienne de l'initiation maçonnique dont les trois fondements se retrouvent aux chapitres 1 à 3 du livre de la Genèse.  

    Le RER s'inspire aussi directement des systèmes philosophico-religieux du martinezisme et du martinisme qu'il a tout simplement adaptés à la franc-maçonnerie.

    Voici les trois fondements du RER.

    1°) L'homme a été créé à l'image et à la ressemblance divine, donc dans un état primitif glorieux, c'est-à-dire en présence immédiate et permanent de Dieu.

    2°) L'homme a chuté par sa libre volonté. Dans sa chute, il a perdu la ressemblance divine et n'en a conservé en lui que l'image. Cette image, déformée ou difforme, subsiste néanmoins en lui.

    3°) L'initiation maçonnique est un des moyens par lequel l'homme déchu va pouvoir travailler à faire coïncider l'image à la ressemblance et à restaurer la conformité de l'homme à Dieu.

    Ces trois fondements du RER sont d'ailleurs entièrement contenus dans l'une des trois maximes révélées au profane lors de son initiation au grade d'apprenti.

    « L'homme est l'image immortelle de Dieu ; mais qui pourra la reconnaître s'il la défigure lui-même ? »

    Vaste programme...

    On pourrait également exposer ces trois fondements en citant saint Paul qui écrit dans sa première épître aux Corinthiens (3, 9-17) :

    9 Car nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, l'édifice de Dieu.
    10 Selon la grâce de Dieu qui m'a été donnée, j'ai, comme un sage architecte, posé le fondement, et un autre bâtit dessus. Seulement que chacun prenne garde comment il bâtit dessus.
    11 Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui est déjà posé, savoir Jésus-Christ.
    12 Si l'on bâtit sur ce fondement avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume,
    13 l'ouvrage de chacun sera manifesté; car le jour du Seigneur le fera connaître, parce qu'il va se révéler dans le feu, et le feu même éprouvera ce qu'est l'ouvrage de chacun.
    14 Si l'ouvrage que l'on aura bâti dessus subsiste, on recevra une récompense ;
    15 si l'ouvrage de quelqu'un est consumé, il perdra sa récompense; lui pourtant sera sauvé, mais comme au travers du feu.
    16 Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous?
    17 Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira; car le temple de Dieu est saint, et c'est ce que vous êtes vous-mêmes.

    Il découle de ces fondements essentiels les deux autres maximes sur lesquelles doit méditer l'apprenti franc-maçon initié au RER.

    « Celui qui rougit de la religion, de la vertu, et de ses frères, est indigne de l'estime et de l'amitié des maçons. »

    « Le maçon dont le cœur ne s'ouvre point au besoin et aux malheurs des autres hommes, est un monstre dans la société des Frères. »

    Qu'est-ce que ça signifie ? Que le franc-maçon ne doit pas se contenter de professer les valeurs chrétiennes. Qu'il ne doit pas se satisfaire de travailler sur lui-même pour retrouver en lui l'image divine. Il doit également passer de la profession à l'exercice concret des valeurs chrétiennes par la pratique religieuse. Il ne doit donc pas « rougir de la religion et de la vertu ». Il doit donc pratiquer les quatre vertus cardinales de justice, de tempérance, de prudence et de force. Il doit également fortifier en lui les trois vertus théologales de foi, charité et d'espérance et parachever l'ensemble par la bienfaisance envers tous les êtres humains.

    Les références éclairant la doctrine de l'Ordre rectifié sont nombreuses. Il est impossible de toutes les citer. Je ferai donc ici l'économie de l'article 1er relatif aux devoirs du maçon envers Dieu et la Religion qui est plutôt corsé (les plus curieux chercheront). Je me contenterai ici de citer cet extrait de l'article 9 relatif aux devoirs envers l'Ordre.

    « Si les leçons que l'Ordre t'adresse, pour te faciliter le chemin de la vérité et du bonheur, se gravent profondément dans ton âme docile et ouverte aux impressions de la vertu ; si les maximes salutaires, qui marqueront pour ainsi dire chaque pas que tu feras dans la carrière maçonnique, deviennent tes propres principes et la règle invariable de tes actions; ô mon Frère, quelle sera notre joie ! tu accompliras ta sublime destinée, tu recouvreras cette ressemblance divine, qui fut le partage de l'homme dans son état d'innocence, qui est le but du Christianisme, et dont l'initiation maçonnique fait son objet principal. Tu redeviendras la créature chérie du Ciel : ses bénédictions fécondes s'arrêteront sur toi; et méritant le titre glorieux de sage, toujours libre, heureux et constant, tu marcheras sur cette terre l'égal des rois, le bienfaiteur des hommes, et le modèle de tes Frères »

    Tout ceci explique pourquoi le RER est un rite maçonnique qui s'inscrit dans le cadre de l'Illuminisme (la Verklärung) et non de l'esprit des Lumières (l'Auflklärung).

    Pour la Verkärung, la lumière brille déjà dans le coeur des hommes. C'est le retour vers l'unité de l'homme et de Dieu ; unité qui existait avant la Chute. L'initiation maçonnique, dans la perspective de l'illuminisme, est régressive.

    Pour l'Aufklärung au contraire, la lumière résulte de l'exercice par les hommes de leur entendement ou de leur raison. Elle implique l'idée de progrès, de dépassement et une approche évolutive de la tradition. L'initiation maçonnique, dans la perspective des Lumières, est progressive.

    C'est la raison pour laquelle, à titre personnel, je n'ai jamais pu adhérer au RER en dehors d'une pratique occasionnelle lors de visites. En effet, ses exigences religieuses m'ont toujours paru bien trop agressives pour ma conscience de franc-maçon attaché à l'esprit des Lumières et à la Modernité. Et puis, il y a une autre raison. Politique celle-ci. Le RER est un rite qui m'a toujours paru profondément réactionnaire (je ne dis pas conservateur). Réactionnaire dans le sens où il montre que pour bien vivre au présent une spiritualité maçonnique, seule une tradition pure et inaltérable est gage d'avenir. Et cette tradition passe par une doctrine religieuse particulière, par une vision religieuse (donc non sécularisée) de l'homme et de la société.

    Bref, le RER est l'expression d'une franc-maçonnerie tout à fait singulière qui implique un parcours particulier fondé sur des postulats ou des articles de foi ou encore des exigences qui, à mon humble avis, ne peuvent que rebuter les francs-maçons attachés à la liberté d'esprit et de recherche et à l'universel. C'est pourquoi je pense qu'une pratique trop rigoureuse de ce rite, sans réflexion ou sans esprit critique, peut aboutir, si l'on n'y prend garde, à des dérives de type sectaire ou intégriste.

    Fort heureusement, je n'oublie pas que le RER est aujourd'hui pratiqué avec des intensités variables. Cela est si vrai que même le Grand Orient de France, obédience pourtant plus qu'à demi-détachée de la tradition chrétienne, abrite désormais plusieurs loges du régime rectifié.

    Pour terminer cette note, je voudrais citer ici ces quelques mots de Rocherius Eques a Vera Luce, ancien Grand Prieur de Neustrie. 

    « Dans un monde de facilité matérielle, où l’opulence peut côtoyer la détresse la plus profonde, où le pouvoir de l’humanité sur la nature confine à l’hégémonie totale, l’Ordre propose que, dans l’ombre, mais au cœur de ce monde, des valeurs séculaires persistent et s’expriment. L’idéal est lointain, et nul d’entre nous, en conscience, ne peut prétendre s’en être approché : tant mieux car tant que nous sentirons notre insuffisance et notre éloignement du principe, alors nous serons de vrais chevaliers. Mais à condition que cette prise de conscience soit l’aiguillon de notre combat spirituel, de la virilité morale et métaphysique qui nous fera toujours préférer le doute à la certitude, la question à la réponse, la révolte à la satisfaction, dès lors que quelques bornes fondamentales balisent notre chemin et nourrissent notre ferveur : notre foi chrétienne, l’espérance du salut, et l’amour des autres hommes. »

    Si mon chemin initiatique en franc-maçonnerie n'est pas du tout borné de la même manière que celui de ce dignitaire du RER, j'ai malgré tout le sentiment qu'il peut le rejoindre en maints endroits.

    1666595917.jpgEn écrivant cette note, je me suis souvenu d'un débat auquel j'avais assisté lors d'une visite d'une loge rectifiée de la GLTSO. L'ordre du jour appelait l'initiation de deux profanes. L'un était de confession chrétienne (catholique). L'autre était de confession musulmane. Problème car pour être initié au RER, il faut être de confession chrétienne. Et de rappeler cet extrait de la formule des engagements des apprentis : « Moi, N.., N.. (prononçant ses noms de baptême et civil), je promets sur le Saint Evangile, en présence du Grand Architecte de l'Univers, et je m'engage sur ma parole d'honneur, devant cette respectable assemblée, d'être fidèle à la sainte religion chrétienne (...) » Or comment être fidèle à une religion qui n'est pas la sienne ? Dès lors, pour certains tenants de la tradition présents dans cette loge, il fallait à tout prix savoir si le profane de religion musulmane était bien disposé à faire sienne les valeurs chrétiennes du rite, à devenir chrétien, sans quoi son initiation devait être repoussée. Je me souviens que pour contourner l'obstacle, le vénérable, homme intelligent et pragmatique, avait fait un merveilleux tour de passe-passe digne du meilleur des jésuites. Comme il était hors question de demander à ce profane de devenir chrétien pour ne pas le heurter, il avait été donc décidé d'en faire un homme de « culture chrétienne » car né en France, de nationalité française et finalement prêt à embrasser des valeurs que l'on retrouve aussi dans sa religion. Eh oui... dur dur d'être au RER !
  • Philippe Foussier et le combat laïque

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    Laïcité, Philippe Foussier, Jean-Louis Bianco, Observatoire de la laïcité, france, franc-maçonnerie, GODFLors d'une conférence de presse, le frère Philippe Foussier a adopté une rhétorique guerrière pour le moins incongrue. Le Grand Maître du Grand Orient de France, a ainsi déclaré qu'il y avait « nécessité d'un réarmement républicain » et « nécessité de repartir à l'offensive » (sic) dans le domaine de la laïcité. Bigre ! Rien que ça. Et de préciser que « si, depuis l’instauration de la République et les grandes conquêtes laïques, démocratiques et sociales qui lui sont dues (sic), la franc-maçonnerie a pu donner le sentiment d’un relatif assoupissement, alors, l’heure a sonné de son réveil et le temps est venu de la reprise de ses combats» (sic).

    Passons sur la récupération lourdingue de la laïcité par le Grand Maître du Grand Orient. L'oeuvre laïque a en effet fédéré depuis toujours des républicains de diverses sensibilités. Tous ne furent pas francs-maçons loin s'en faut. Méfions-nous également des va-t-en guerre et de ceux qui usent et abusent de la rhétorique militaire en croyant asseoir leurs propos et leur donner ainsi plus de force. C'est souvent un signe de faiblesse et d'un manque de sang-froid car la défense de la laïcité exige au contraire de la tranquillité d'esprit, de la mesure et du pragmatisme.

    Il faut donc bien mesurer le sens des propos du Grand Maître. Philippe Foussier défend et promeut une approche essentiellement offensive de la laïcité comme si d'un côté, la société française, livrée aux fanatiques, était devenue un immense champ de ruines, et de l'autre, les pouvoirs publics avaient fui leurs responsabilités. La réalité est évidemment bien plus complexe. Il ne s'agit évidemment pas de nier les problèmes lorsqu'ils se posent :  pressions religieuses diverses, port de signes religieux ostentatoires par des agents du service public, radicalisation de certains individus, terrorisme, etc.  Il s'agit de tordre le cou à cette idée saugrenue selon laquelle la laïcité serait en quelque sorte une notion monolithique à imposer au corps social par la contrainte, sans nuances, sans possibilité de régimes dérogatoires .En effet, la laïcité a toujours été le résultat d'un compromis permanent entre, d'une part, les exigences de la vie sociale, qui impliquent le respect effectif de l'intérêt général et l'absence d'inféodation du pouvoir politique à un quelconque ordre religieux, et d'autre part, le libre épanouissement des individus, qui implique le droit de chacun à pouvoir mener son existence selon ses goûts et sa philosophie sans crainte d'être inquiété. La laïcité n'est pas et ne sera jamais l'uniformisation des consciences dans une sorte métaphysique républicaine.

    Il faut savoir que le Comité Laïcité République, dont Philippe Foussier est l'un des dirigeants, a systématiquement dénigré et caricaturé le travail colossal effectué depuis quatre ans par l'Observatoire de la Laïcité présidé par Jean-Louis Bianco. Au début 2016, il y a même eu une tentative de déstabilisation de cet organisme.  Il ne faut surtout pas y déceler la manifestation d'un lobbying maçonnique car de très nombreux francs-maçons soutiennent l'orientation générale de l'Observatoire de la Laïcité y compris au Grand Orient de France. Je rappelle toutefois que ce débat violent et âpre au sein même du mouvement laïque a amené les trois plus anciennes associations laïques du pays - la ligue de l'enseignement (1866), la fédération nationale de la libre pensée (1890) et la ligue des droits de l'homme (1898). - à soutenir publiquement l'Observatoire de la Laïcité en janvier 2016. 

    Je vois donc pour ma part dans les propos offensifs de Philippe Foussier une volonté de relancer la polémique de 2016 dans l'espoir de remporter la bataille conceptuelle de la laïcité pour en imposer une approche idéologique face à une approche juridique pratique et souple dont les lois et la jurisprudence témoignent d'ailleurs dans de nombreux domaines (éducation, vie publique, vie professionnelle, etc.). Au sein du Grand Orient de France, il n'y a jamais eu de consensus sur une définition figée de la laïcité. La notion est même en débat permanent. Chaque année en effet, la laïcité fait l'objet d'une question spécifique à l'étude des loges. Ce qui permet aux différentes sensibilités de s'exprimer. Philippe Foussier peut donc penser ce qu'il veut. Ses propos n'engagent pas les loges du Grand Orient de France.