Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

3, 5, 7 et plus - Page 12

  • Un monde s'effondre devant nos yeux

    Imprimer

    2946435243.jpgLe 3 mars dernier, je posais la question « Et si Trump l'emportait ? » :

    « A force d'être focalisés sur les débats franco-français (crise de l'agriculture, présence des migrants à Calais, multiples critiques du gouvernement et de son projet de réforme du code du travail, primaires à droite, montée du FN, etc.), j'ai l'impression que notre pays passe à côté d'un phénomène dont l'onde de choc, si elle se produit, sera infiniment plus importante que tous les problèmes hexagonaux réunis. Ce phénomène, c'est la victoire éventuelle de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine en novembre prochain. »

    9 novembre. Nous y sommes. La démocratie a parlé. Donald Trump l'a emporté contre toute attente. Le pire est désormais devant nous. Les Etats-Unis d'Amérique vont avoir pour président un provocateur démagogue, raciste et incontrôlable.

    Comment la société américaine va-t-elle bien pouvoir surmonter une campagne électorale aussi clivante ?

    Le monde entre dans une période des plus incertaines comme l'a noté cette nuit M. Gérard Araud, ambassadeur de France aux Etats-Unis sur son compte personnel twitter (il semble que le diplomate ait depuis effacé son twitt) :

    Vertige... C'est bien le mot...

  • Le Grand Orient de Belgique et la protection royale au dix-neuvième siècle

    Imprimer

    leopold.jpgLa loge bruxelloise Les Vrais Amis de l'Union, satisfaisant au désir exprimé par son chapitre, et s'autorisant de son titre d'ancienneté, a invité par une planche circulaire du 10 janvier 1831, les quatre loges de Bruxelles à se réunir le 27 du même mois afin de jeter les bases d'un Grand Orient de Belgique. Le processus de création a duré deux ans, le temps que la Belgique consolide sa souveraineté proclamée le 4 octobre 1830, que le roi prête serment le 21 juillet 1831 et que les loges se mettent d'accord sur des statuts et des principes de fonctionnement.

    Le 23 février 1833, treize loges entérinent les statuts et approuvent les travaux de la Grande Loge d'Administration des Provinces Méridionales des Pays-Bas, laquelle déclare se constituer en Grand Orient de Belgique. Cette tenue de consécration du Grand Orient de Belgique a eu lieu sous la protection spéciale de Léopold, roi des Belges conformément à l'article 15 des statuts. Très rapidement, la question s'est posée de confier la grande maîtrise au roi. Les partisans de cette idée, notamment le baron Jean-Marie Defrenne, faisaient valoir que l'influence royale avait été déterminante dans la fondation du Grand Orient de Belgique. Ils soulignaient également l'appartenance maçonnique de Léopold initié en 1813, à Berne (Suisse) au sein de la loge Zur Hoffnung. En fait ce point est discuté depuis longtemps car en 1813, Léopold était en Russie et servait dans l'armée du Tsar Alexandre Ier. En réalité, on ignore si Léopold de Saxe-Cobourg fut réellement initié dans une loge juste ou parfaite ou bien s'il a reçu les mots, signes et attouchements maçonniques par simple communication.

    Toujours est-il que d'autres ateliers fondateurs étaient beaucoup plus réticents au projet de confier la grande maîtrise au roi. Ces ateliers redoutaient un assujettissement de la franc-maçonnerie belge. Les premiers mois de vie du Grand Orient de Belgique furent donc marqués par d'inévitables tergiversations sur l'importance du choix à faire et de ses répercussions sur les destinées de l'Ordre maçonnique. Le frère André Trumper, Grand Hospitalier adjoint du Grand Orient de Belgique et membre des Amis Philanthropes, a parfaitement résumé l'état d'esprit qui régnait alors au sein de la maçonnerie belge. Lors de la fête solsticiale de sa loge, il déclara (cité in Le Maillon n°9 et 10, revue de liaison de la loge L'Amitié Victor Bohet, mai 1983, p. 9 et suivantes) :

    « Pour consolider notre ouvrage, pour que le Grand Orient ait de l'avenir, pour se prémunir des orages qui apparaissent parfois à l'horizon, il faut nécessairement qu'il soit constamment en dehors de toute influence politique ; il faut donc que les crises sociales, les commotions populaires ne puissent pas en atteindre la sommité et pour parvenir à ce but, à qui la présidence sera confiée, ne soit pas lui-même un homme politique, c'est-à-dire n'appartienne d'aucune manière à la dynastie régnante. Si le Grand Orient a accepté la protection du pouvoir, il n'a pas pour cela abdiqué cette indépendance dont nous sommes si fiers et si jaloux. »

    Puis faisant directement allusion au roi Léopold, Trumper de poursuivre :

    « D'ailleurs, ce qui doit être un apaisement pour la conscience des bons maçons (...), c'est que le Chef de l'Etat, maçon lui-même, n'entend par protection, que de concourir avec les maçons belges à la propagation des lumières et à répandre avec eux ses bienfaits. C'est aussi dans ce sens que cette protection a été entendue et acceptée par le Grand Orient. Au reste, mes frères, si, déçus dans notre attente, n'était plus qu'une domination, une dictature, les officiers du Grand Orient sauraient secouer, répudier une protection dégénérée. »

    Un compromis fut donc trouvé pour surmonter ce problème délicat. On décida de ne point confier la grande maîtrise au roi Léopold. En contrepartie, le principe de la protection royale fut confirmé. Le souverain parut s'en accommoder. De religion protestante, celui-ci avait le désir de se ménager le soutien de l'Eglise catholique romaine et de la majorité de ses sujets.

    Cependant, ce compromis ne mit pas immédiatement un terme aux discussions. A qui confier la direction du Grand Orient ? Le choix se porta d'abord sur le frère Alexandre Gendebien qui fut l'un des artisans de l'indépendance belge en étant parvenu à réconcilier les catholiques et les libéraux contre la Hollande. Mais cette solution ne fut pas retenue. Le Palais y était défavorable. Gendebien, en effet, avait soutenu la candidature du duc de Nemours au trône de Belgique. Il fallut donc trouver une autre solution. Des avances furent alors faites à Théophile Fallon, vénérable de la loge de Namur et premier président de la Cour des comptes, mais elles se heurtèrent au refus de l'intéressé. Il est fort possible que Fallon n'ait pas voulu gêner la carrière politique de son frère Isidore, vice-président de la Chambre des Représentants et membre du parti catholique.

    Finalement, le choix final se porta sur le baron Goswin de Stassart, président du Sénat et Gouverneur du Brabant. Son élection fut entérinée lors de la tenue du Grand Orient en date du 30 mars 1835. Stassart accepta sans enthousiasme la fonction. Il ne l'assuma que parce que le roi Léopold y était favorable. Il écrira plus tard (cité in Le Maillon n°9 et 10, op.cit., p. 11) :

    « Par un dévouement patriotique dont on m'a su peu gré, j'avais accepté cette position, mais sur les instances du roi Léopold, afin de mettre un terme aux relations établies avec l'orient de La Haye, dirigé par le prince Frédéric, non sans quelque danger pour la Belgique renaissante. »

    Léopold I, Belgique, GOB, Goswin de Stassart, Théodore Verhaegen,Le roi témoigna en effet sa satisfaction de voir Stassart élu. Il s'associa aux oeuvres de bienfaisance du Grand Orient de Belgique en remettant au frère Defrenne, Grand Premier Surveillant de l'Obédience, la somme de mille francs. Dans les faits cependant, Stassart confia très vite la direction du Grand Orient de Belgique à un représentant particulier : le libéral Théodore Verhaegen connu pour avoir fondé l'Université Libre de Bruxelles (cf. John Bartier, Laïcité et franc-maçonnerie, études rassemblées et publiées par Guy Cambier, Bruxelles, Éditions de l'Université Libre de Bruxelles, 1981).  Stassart fut bien inspiré de le faire car il subit très rapidement les violentes attaques de l'Eglise belge. Dès 1837, Stassart fut confronté à la circulaire des évêques de Belgique interdisant la fréquentation des loges maçonniques aux catholiques. Stassart décida de ne pas s'y soumettre compte tenu de ses responsabilités maçonniques (on comprend mieux la prudence dont fit preuve Théophile Fallon). Il perdit la présidence du Sénat et ne put réintégrer la Haute assemblée qu'avec le soutien du parti libéral en 1839. Il dut néanmoins se résoudre à quitter ses fonctions de Grand Maître en 1841 et à se faire remplacer par Eugène Defacqz, premier président de la Cour de cassation.

    En fait, on se se rend compte que la monarchie a habilement joué sur tous les tableaux pour consolider son ancrage au sein du jeune Etat belge. Elle a su se mettre ainsi dans le sillage de la franc-maçonnerie et du parti libéral quand elle y a vu son intérêt tout en se ménageant utilement le soutien de l'Eglise et du parti catholique quand cela s'est avéré nécessaire. Le Palais royal a promis sa protection à l'ensemble des forces politiques, philosophiques et religieuses du pays.

  • De l'éparpillement obédientiel en France

    Imprimer

    obédience, structure, organisation, morcellement, France, franc-maçonnerie, GODF, GLDf, GLNF, DH, GLFF, GLMU, GLMF, LNF, OITAR, La France n'a pas connu un nombre important d'obédiences maçonniques pendant un longue période. La raison, à mon avis, tient au fait que les obédiences maçonniques résultaient d'une adaptation des loges à ces contraintes extérieures objectives.Elles étaient une réponse à ces contraintes. Voici quelques exemples de contraintes bien connues qui ont engendré de nouvelles formes d'organisations maçonniques.

    Contrainte extérieure   Adaptation des loges   Réponse obtenue
             
    Patrimonialisation de l'office de Vénérable et des loges   Grand Orient de France (1773)   Election libre et annuelle du Vénérable et des officiers
             
    Difficultés d'instaurer et de pérenniser un nouveau rite face à l'hégémonie du GODF
      Suprême Conseil de France (1804)   Pratique du rite écossais ancien et accepté
             
    Refus de l'initiation des femmes   Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain (1893)   Initiation des femmes et mixité
             
    Tutelle encombrante des hauts grades sur les loges symboliques   Grande Loge de France (1894)   Autonomie des loges symboliques
             
    Rupture avec la franc-maçonnerie dite régulière   Grande Loge Nationale Française (1913)   Régularité et reconnaissance internationale
             
    Loges d'adoption souchées sur les loges masculines   Grande Loge Féminine de France (1952)   Autonomie d'une maçonnerie spécifiquement féminine
             
    Isolement de la GLNF en France
      GLNF Opéra (1958)   Régularité et ouverture aux autres obédiences françaises

    Nous avons ci-dessus le paysage maçonnique français d'après guerre. On le constate, chaque obédience était la réponse à des contraintes bien précises. L'adaptation à ces contraintes et la réponse qui a été trouvée, a forgé l'identité et les pratiques de chaque obédience.

    On peut citer d'autres exemples équivalents. Ainsi, la Grande Loge Mixte Universelle (1973) résulte aussi de la volonté d'échapper à la tutelle des ateliers de hauts grades. L'Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal (1974) résulte également de la volonté d'instaurer et de pérenniser un nouveau rite : le rite opératif et chevaleresque de Salomon. La Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française (2012) s'est constituée en vue d'obtenir la reconnaissance de la franc-maçonnerie anglo-saxonne et d'offrir une alternative à la Grande Loge Nationale Française. Cependant, cette capacité d'adaptation des loges n'explique pas tout et notamment l'émiettement continu de la franc-maçonnerie française en obédiences de plus en plus microscopiques et aux différences de plus en plus artificielles. Aujourd'hui, on a le sentiment d'une désorganisation croissante de la franc-maçonnerie française et d'un certain manque de cohésion.

    Comment peut-on expliquer la situation présente ?

    Je crois qu'on ne peut pas se satisfaire d'une approche essentiellement fonctionnaliste ou mécaniste. La psychologie joue sans doute aussi un rôle. En effet, j'ai l'impression aujourd'hui que fonder une obédience devient un idéal en soi. C'est comme si le fait de créer une structure nouvelle allait non seulement satisfaire les aspirations de ceux qui la rejoignent mais aussi gommer tous les problèmes observés ailleurs. Dans ce cadre, l'autre devient un allié. Il participe au même désir de fondation. Je vois en lui de la réciprocité. Grâce à lui, je vais me réaliser dans la nouvelle obédience ou dans la nouvelle loge. Sauf que l'euphorie ne dure qu'un temps. La réalité finit toujours par s'imposer. Pour exister dans une nouvelle structure, il faut savoir rentrer, de temps en temps, en opposition avec l'autre sinon on tombe dans une indifférenciation mortifère. C'est la raison pour laquelle les conflits peuvent devenir aussi forts et passionnés que les sentiments ayant présidé à la création de la nouvelle structure. Il suffit de songer par exemple aux problèmes qui secouent actuellement la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française. Des contraintes finissent par surgir avec le risque finalement de favoriser un autre éparpillement. Je me demande donc si la création de nouvelles obédiences ne provient pas de l'incapacité des loges d'une part, à s'accommoder des contraintes inévitables de l'obédience et d'autre part, à y résister quand c'est nécessaire ou justifié.

    5c8e83c302b72365b8c488b182d26a71.jpgIl convient de remarquer également que la structuration de base de ces nouvelles obédiences se réalise souvent autour de leaders censés les protéger. C'est Pierre de Ribaucourt pour la Grande Loge Nationale Française Opéra, René Guilly pour la Loge Nationale Française, Jacques de Lapersonne pour l'Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal, Paul Gourdot pour la Grande Loge Mixte de France ou, plus près de nous, Simon Giovannaï pour le Grand Orient Traditionnel de Méditerranée, Marcel Laurent pour la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité ou encore Alain Juillet pour la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française.

    Corrélativement, les membres de ces obédiences semblent se comporter de façon régressive en se plaçant sous la protection de ces hommes providentiels incarnant la structure nouvelle. Régressive au sens où les membres perdent leur autonomie de jugement à l'égard du leader. Qui s'émeut, au sein de la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité, de voir l'épouse du Grand Maître en prendre la tête ? En général, plus l'obédience est petite, plus ses membres font tout prévenir l'intrusion de la réalité dans leurs fantasmes. Cela atteint parfois des sommets avec les obédiences égyptiennes qui passent souvent leur temps à s'exclure mutuellement à coup de filiations ou de patentes toutes plus rocambolesques les unes que les autres.

    Je note cependant que cette structuration de base autour du leader est également de plus en plus marquée dans les obédiences les plus importantes. Je suis en effet effaré de constater à quel point les francs-maçons de la Grande Loge Nationale Française semblent considérer que tous leurs problèmes passés sont résolus par la seule action de Jean-Pierre Servel soudainement paré de toutes les vertus alors que celui-ci a pourtant été aux côtés de François Stifani ! C'est la même chose au Grand Orient de France, mon obédience, où je suis chaque fois consterné de voir l'effervescence autour de l'élection du Grand Maître comme si c'était l'acmé de la vie obédientielle. Cette personnalisation excessive de l'obédience m'a toujours semblé baroque alors que son règlement général ne définit pas la fonction de Grand Maître ! Cela est assez paradoxal pour une obédience qui se présente volontiers comme à l'avant-garde républicaine... 

    Enfin, il y a peut-être autre chose à la base de ce manque de cohésion et de logique : la franc-maçonnerie a de moins en moins d'ennemis. Je m'explique. Une structure a souvent besoin d'ennemis pour assurer et maintenir sa cohésion. Elle mobilise ainsi plus facilement ses membres qui demeurent davantage en éveil et unis. Or aujourd'hui, force est de constater que la franc-maçonnerie est plutôt bien acceptée au sein de notre société démocratique, pluraliste et sécularisée. Personne ne réclame son interdiction à part, bien sûr, un seuil incompressible d'extrémistes politiques et religieux ou de paranoïaques du complot dont la capacité de nuisance semble limitée.

    De façon générale, la franc-maçonnerie prend moins de coups parce qu'elle s'est retirée depuis longtemps du forum. Elle a laissé le soin aux partis politiques, aux syndicats, au monde associatif, aux individus d'investir le champ du débat public et de la réaction immédiate aux événements du temps présent. L'énergie que les francs-maçons ont économisé en ne cherchant plus à répondre à leurs détracteurs, est désormais dépensée dans de consternantes querelles de personne ou de chapelle. C'est pourtant dans l'adversité et non dans le confort qu'on peut réellement éprouver la valeur et la solidité des obédiences.

  • La croisière maçonnique et philosophique

    Imprimer

    loveboat.jpgLa croisière maçonnique et philosophique. Je ne connaissais pas cette variante de la franc-maçonnerie de loisirs organisée par le Cercle Azuréa et Costa Croisières. Grâce à l'excellent blog Critica Masonica, cette lacune est désormais comblée.

    Je vous résume. Il s'agit d'une luxueuse sortie « maçonnique et philosophique » sur la Méditerranée à partir, grosso modo, de 500 € par personne. Mais ça peut monter beaucoup plus haut en fonction des prestations souhaitées. Pendant quelques jours, les participants alternent conférences sur la maçonnerie et escales au pas de course.

    Rien que pour 2016, deux croisières déjà organisées (avril et septembre). Pas mal, non ? Les mondanités de cette maçonnerie de loisirs semblent apparemment attirer les clients et laissent présager d'intéressantes perspectives pour ce qui s'apparente à un véritable business.

    Ordinairement, ce genre d'activités me laisse complètement indifférent. A chacun selon ses plaisirs après tout. Sauf qu'on peut tout de même regretter le contexte dans lequel ce genre de voyage est organisé.

    Depuis 2014, rappelons que le nombre de décès de migrants en mer Méditerranée a largement dépassé 10 000 selon l'ONU. C'est énorme et inédit.

    Je ne suis donc pas sûr que ce mélange de genres soit très adroit et que l'image de la franc-maçonnerie en sorte grandie.

  • Deux ans déjà !

    Imprimer

    gateau_anniversaire.jpgLe 30 octobre 2014, je mettais en ligne ce blog. Deux ans et 300 notes plus tard, je suis toujours là et en demeure le seul contributeur.

    Voici quelques statistiques. «3, 5, 7 et plus », c'est :

    • 215 abonnés à l'Infolettre.
    • en moyenne 700 visiteurs hebdomadaires soit 100 visiteurs par jour.
    • un lectorat majoritairement français ou se connectant de la France (77,09 %) ; les autres lecteurs proviennent principalement de la Belgique et des Etats-Unis d'Amérique.
    • Les lecteurs viennent le plus souvent sur le blog après une recherche sur le moteur Google mais je dois constater que les blogs Hiram, Gadlu et La Maçonne m'ont apporté à eux trois 5658 visites au cours de ces deux années. Je salue également le forum Frédéric Desmons qui m'a apporté 460 visiteurs.

    Merci de votre fidélité !

  • Le GODF et les hommes politiques

    Imprimer

    jup.jpgJ'ai lu avec grand intérêt la prise de position de Gérard Contremoulin au sujet de la venue d'Alain Juppé au siège du Grand Orient de France.

    Il écrit :

    « La Lumière s'est braquée sur cette session de travail maçonnique du GODF où un candidat à la « Primaire » d'une organisation politique, Alain Juppé, s'est exprimé dans le Temple Arthur Groussier, le grand Temple de la rue Cadet. Cette solennité, rehaussée par la présence du Grand-Maître n'est pas un fait banal... »

    La présentation de l'événement est biaisée. En effet, Alain Juppé est venu au GODF, à l'initiative de trois loges, en tant que candidat à l'élection présidentielle et non en tant que candidat à la primaire de la droite. On aurait pu certes écrire candidat présomptif mais qu'est-ce que cela aurait changé puisque, de toute façon, chacun sait que son destin présidentiel dépend de sa victoire éventuelle à la primaire organisée par les partis de la droite républicaine ?

    Alain Juppé a été invité à plancher sur le thème : Comment la République peut entretenir et développer la citoyenneté ? Je n'ai pas assisté à sa conférence mais je présume qu'il s'est exprimé avec la hauteur de vue nécessaire bien que l'on n'entende pas toujours de hautes pensées sous les voûtes étoilées des temples maçonniques (mais c'est un autre sujet).

    Bref, nous ne sommes pas encore en période électorale durant laquelle la communication politique est strictement encadrée par la loi. Dès l'instant où les loges concernées ont sollicité et obtenu l'autorisation du Conseil de l'Ordre, je ne vois vraiment pas où est le problème, qu'il s'agisse d'Alain Juppé ou d'un autre élu attaché aux valeurs républicaines et démocratiques. 

    Contremoulin poursuit :

    « Or, la venue rue Cadet de deux candidats à la Primaire de « Les Républicains et du Centre », Nathalie Kosciusko-Morizet et Alain Juppé, parce qu'ils ne sont pas et pour aucun des deux, des candidats aux élections de la République, n'ont aucune raison d'être accueillis au GODF»

    Position étonnante et alambiquée qui postule que ces deux personnages publics « n'ont aucune raison d'être accueilli au GODF » (sic). Aucune ? Les deux, que je sache, sont bien en lice pour l'élection présidentielle. Et puis, NKM et Juppé sont venus pour traiter une question, exposer leur façon de voir les choses à l'aune de leur expérience d'élu, et non pour décliner bêtement un programme électoral devant des francs-maçons qui ne partagent pas nécessairement les mêmes idées qu'eux (ce qui est mon cas).

    A moins que ce qui dérange notre frère Contremoulin est que ces deux politiques ne sont pas du même bord que lui...

    Sans titre 3.jpg

    Ce qui serait pour le moins savoureux et reviendrait tout simplement à faire implicitement de la politique politicienne sous couvert de vouloir en préserver le GODF !

    Quoi qu'il en soit des intentions des uns et des autres, il faut savoir raison garder. Si on tourne son regard vers le passé, on se rendra compte que le GODF de la première moitié du vingtième siècle était certainement bien plus « instrumentalisable politiquement » qu'il ne l'est aujourd'hui.

    Les loges du GODF ont toujours invité des personnes issues du corps politique ou de la société civile pour traiter de questions profanes. Cette pratique est très ancienne. Pour vous donner un exemple, voici un extrait des ordres du jour des loges de la région parisienne de mars 1932 (merci à Hervé M. pour le document !).

    Gérard Contremoulin, Politique, GODF

    Imaginez en 2016 le tollé si une loge avait voulu organiser une tenue blanche sur le « conflit des races » (sic) et des puissances au Proche Orient ou ailleurs dans le monde. Imaginez si Juppé était venu psalmodier son programme ou Mélenchon de ses démêlés avec ses anciens camarades... On est donc loin, très loin même, de ce qui se faisait avant.

    Voici encore un autre document qui atteste du militantisme des loges (merci, une fois encore, à Hervé M. qui me permet de vous faire profiter des archives de son grand père). Il paraît que cet autocollant a été distribué aux frères de Melun (Seine et Marne), probablement dans les années 30. Les frères étaient invités à le coller.

    Gérard Contremoulin, Politique, GODF

    Imaginez si un Vénérable ou une Obédience avait l'inconscience de faire pareil aujourd'hui ? Imaginez un seul instant si un frère se mettait en tête de distribuer en salle humide les tracts politiques de son candidat préféré ? Je ne suis pas sûr que les nostalgiques de la franc-maçonnerie de la troisième République toléreraient aujourd'hui de telles pratiques dans les loges.

  • De l'instruction maçonnique

    Imprimer

    L9t6KE3YjFbEj3riQVlfDyBA4os.jpgUn surveillant de ma loge m'a récemment confié qu'il avait des difficultés à organiser des temps d'instruction maçonnique et à préparer les frères dont il a charge à recevoir leur augmentation de salaire. Il est vrai que la situation singulière de mon atelier et l'éloignement géographique de ses membres ne facilitent pas toujours cette instruction en dehors des tenues solennelles d'obligation. C'est ainsi. Il faut faire avec. Cependant, l'éloignement géographique n'explique pas tout. Je sais en effet que d'autres loges sont confrontées au même problème alors que leurs membres les plus éloignés résident dans un périmètre de 20 à 30 km maximum.

    C'est également le cas, semble-t-il, aux Etats-Unis d'Amérique ainsi que l'indique le frère Todd E. Creason sur le blog The Midnight Freemasons. Celui-ci a écrit le passage suivant :

    « (...) Cependant, il ne sert à rien de se plaindre à ce sujet et essayer de pousser votre loge à faire de l'instruction maçonnique (...). Alors, je vous encourage à faire la même chose que moi. Instruisez-vous vous-mêmes ! Les moyens ne manquent pas. Il existe des bibliothèques dans de nombreuses loges - malheureusement , beaucoup sont inutilisées, mais le côté positif est qu'elles n'attendent que vous.  Beaucoup de livres fantastiques sur la franc-maçonnerie sont disponibles à Barnes & Noble ou peuvent être commandés sur Amazon. Il y a de vastes ressources disponibles auprès des organismes de recherche maçonniques. Voyez s'il existe dans votre Etat une loge recherche.  Plus vous explorerez des sujets maçonniques, plus vous élargirez votre réseau et plus vous rencontrerez de frères qui seront dans le même état d'esprit de recherche que vous et qui contribueront à parfaire votre instruction en retour. Prenez la responsabilité personnelle de votre instruction et commencez l'apprentissage et la recherche. Et puis partagez ce que vous avez appris. Soyez le changement ! Visitez d'autres loges. Parlez. Écrivez. Restez en contact avec les frères qui partagent vos centres d'intérêt. »

    Ce point de vue m'a d'abord surpris. Puis, réflexion faite, j'y souscris entièrement. Les frères, y compris les plus jeunes, sont responsables de leur instruction maçonnique. La loge offre certes le cadre de travail mais on ne saurait non plus tout en attendre. Souvent j'ai remarqué que ceux qui se plaignent du manque d'instruction maçonnique, trouvent en réalité dans cette plainte une justification commode à leur paresse. Ils imputent aux surveillants la responsabilité du travail qu'ils pourraient faire mais ne font pas. Pourtant personne ne leur interdit de se documenter, de poser des questions, de se réunir et de travailler ensemble ou séparément sur des sujets relatifs à leurs grades ou à la tradition maçonnique. On ne vient pas en loge pour y recevoir des consignes. Il faut aussi un peu de curiosité. Un peu d'élan.

    Todd E. Creason prend l'exemple des bibliothèques maçonniques. Ma loge possède justement une bibliothèque qu'elle s'est constituée grâce surtout à l'implication d'un de ses membres. Eh bien voyez-vous, je ne suis pas sûr que cette bibliothèque serve en réalité à grand monde sauf, peut-être, au bibliothécaire de la loge qui a le plaisir de l'étoffer progressivement selon ses goûts. Je ne sens en effet ni de curiosité particulière chez les frères ni de désir d'emprunter les ouvrages qu'elle contient. J'ai même tendance à penser cyniquement que cette situation est paradoxalement une chance pour cette petite bibliothèque qui préserve ainsi son intégrité. Je sais d'expérience que les livres prêtés ne sont pas toujours rendus. Je me souviens également avoir fait don à mon ancienne loge d'une vingtaine d'ouvrages maçonniques. Quand je m'y rendais parfois en visite, j'étais chaque fois étonné de constater que les rayons n'évoluaient guère. J'avais l'impression que ces livres ne servaient à rien. Ils décoraient la salle humide. Il m'arrive, parfois, de regretter ce don.

    2715604317.jpgTodd a fait également référence aux loges de recherches. Cet exemple me parle car j'en ai fréquenté une du temps où je résidais à Bruxelles. Cela remonte à près de vingt ans. Cette loge de recherches, qui travaille sous les auspices de la Grande Loge de Belgique, existe toujours si je ne m'abuse. Elle a probablement beaucoup évolué depuis. Mais combien étions-nous à l'époque ? Sept ? Dix peut-être ? Guère plus. Il y avait quelques érudits. Un curieux de passage (jamais le même). Un professeur des universités. Mais il s'agissait fondamentalement d'une bande de copains qui avait un intérêt commun pour la tradition maçonnique. Qu'ai je vraiment retenu de ce temps passé sur les colonnes de cette loge ? Je vais être honnête : rien de bien transcendant si ce n'est le sentiment, au fond, que le travail véritable s'effectue souvent seul.

    Aujourd'hui, les moyens de parfaire son instruction maçonnique ne manquent pas. On peut y ajouter les blogs et les sites maçonniques. Certes, la qualité varie mais tous ces espaces virtuels abordent quantité de sujets que les loges n'ont pas forcément le temps de traiter. J'ai la faiblesse de croire que ce petit blog contribue, à sa manière et avec ses imperfections, à l'instruction maçonnique du plus grand nombre. Mais si je le rapporte à l'utilité de mes frères de loge je dois reconnaître, sans être désobligeant vis-à-vis d'eux, qu'il les laisse dans l'indifférence la plus complète à l'exception, peut-être, d'un ou deux.

    Je crois donc que l'on se fabrique sa propre instruction maçonnique au fil du temps ainsi que le suggère le frère Creason, c'est-à-dire de lecture en lecture, de visite en visite, de rencontre en rencontre. Sans plan ni objectif précis mais avec la volonté de comprendre ce que l'on fait en franc-maçonnerie et d'inscrire sa démarche philosophique dans une histoire.

  • Riandey : le retour

    Imprimer

    detend.jpg

    Il semble que le frère Vadabus ait été surpris par ma note sur Charles Riandey. Il s'est ainsi fendu d'un droit de réponse plutôt gentil. Je vous invite à le lire.

    Je maintiens évidemment tout ce que j'ai écrit parce que ma note était rédigée en des termes mesurés. De toute façon, Riandey est mort il y a maintenant un peu plus de quarante ans. Il ne peut donc plus se défendre. C'est pourquoi je trouve cette mise en cause post-mortem assez dérisoire, d'autant plus qu'elle vient en appui d'un raisonnement plus large visant en réalité à faire aujourd'hui le procès des instances dirigeantes de la Grande Loge de France (je n'en discute pas le bien-fondé car je partage globalement l'analyse décapante de Vadabus).

    Mais s'en prendre à Charles Riandey mort me fait songer à ces professeurs de vertu qui, hier, reprochaient à François Mitterrand, déjà très amoindri et en fin de règne, l'épisode (archiconnu) de la francisque. Je me souviens de la colère de Pierre Péan qui se désolait de l'instrumentalisation politique faite de son livre Une jeunesse française.

    Qu'il me soit juste permis de relever que tout ce qu'on retrouve sur l'antisémitisme de Riandey est pour l'instant réduit à une seule phrase glanée sur d'autres sites avec d'ailleurs la même erreur « S. Moerschel » au lieu de « G. Moerschel ». Je me souviens pas qu'il ait été fait référence à la déclaration de Riandey dans le livre de Cornevin cité dans ma note. Cornevin mentionne pourtant des extraits de déclaration d'autres maçons interpelés. Simple oubli de sa part ou ignorance du rôle que joua Riandey dans la maçonnerie d'après guerre ?  Je ne sais pas.

    Riandey a-t-il dénoncé nommément des juifs et des francs-maçons ? Est-il établi que des hommes sont morts par sa faute ? A-t-il participé activement à des mouvements de collaboration ? A-t-il été poursuivi après la Libération ?

    Je ne suis nullement effrayé à l'idée qu'on me le démontre par l'affirmative mais je tiens néanmoins à ce qu'il lui soit fait justice de l'entièreté de son parcours sous l'Occupation. Riandey a été résistant dès 1943. Il a été arrêté en 1944. Il a donc bien fait partie des 25700 nouveaux internés à Buchenwald rien que pour l'année 43/44. Pour un soi-disant « résistant de la 25ème heure », ce n'est tout de même pas anodin. D'autres résistants sur le tard ont fait l'économie des camps.

    Si donc quelqu'un possède une copie du procès-verbal d'audition de Riandey, je serais heureux de pouvoir le consulter. Il est possible qu'on y découvre des choses gratinées. En même temps, il devait être difficile de se sentir à l'aise lorsqu'on était à portée de baffes d'un agent de la Gestapo.

    Un dernier point. Jean-Pierre Bacot m'a écrit pour m'informer d'un article sur l'histoire de la GLNF dans lequel l'antisémitisme de Riandey a été abordé. Je signale que cet article est publié dans un numéro spécial de Critica Masonica qu'il présentera en avant-première au prochain salon du livre maçonnique de Paris.