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Obédience

  • Italie : franc-maçonnerie et transparence

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    OI, ITALIE, FRANC-MAÇONNERIE, STEFANO BISI, MATTEO RENZI, CRISE, ROSY BINDI, LICIO GELLIDepuis l'affaire de la loge Propaganda Due, plus connue sous le nom de P2, les anti-maçons italiens sont obsédés par l'influence néfaste qu'ils prêtent à la franc-maçonnerie sur la vie politique, sociale et économique de leur pays. Ils vivent dans l'idée que l'une des causes de cette influence néfaste réside dans le secret d'appartenance. Cette idée a pu être confortée par une perquisition du domicile de Licio Gelli, le 17 mars 1981, au cours de laquelle la police a mis la main sur la liste de 962 membres de la P2. Cette liste comprenait un nombre important de parlementaires, de ministres et anciens ministres, de hauts fonctionnaires, de membres des services secrets, d'entrepreneurs ou encore des journalistes. Depuis, les adversaires de la franc-maçonnerie sont persuadés qu'il suffirait de publier les listes de maçons pour en finir avec ce qu'ils appellent la « massomafia ». Ils oublient pourtant que la P2 a été suspendue par le Grand Orient d'Italie en 1976 et que cette suspension n'a nullement empêché Licio Gelli, son Vénérable Maître, de poursuivre des activités illégales.

    Une trentaine d'années après l'affaire de la P2, la franc-maçonnerie italienne est à nouveau sommée de rendre des comptes. Il lui est reproché d'être infiltrée par la Ndrangheta, la mafia calabraise, sans que cette infiltration ait été pourtant attestée par des éléments probants. Il suffit qu'un Mammasantissima (responsable mafieux en Calabre) croise le chemin d'un franc-maçon pour que les suspicions les plus folles apparaissent et laissent présager une collaboration entre les réseaux mafieux et les réseaux maçonniques. Une commission parlementaire anti-mafia, présidée par Mme Rosy Bindi - une politicienne venue des rangs de l'ancienne Démocratie chrétienne - a entendu les principaux responsables des obédiences maçonniques de la Péninsule. Elle leur a demandé de produire la liste de leurs adhérents. Sans succès. Il convient en effet de souligner que Stefano Bisi, Grand Maître du Grand Orient d'Italie (23000 frères répartis dans 850 loges), a refusé au nom de la liberté d'association et du respect de la vie privée. Il ainsi déclaré :

    « Malheureusement, nous déplorons toujours la persistance d'un préjugé antimaçonnique au sein de la société italienne : donner les noms des membres du Grand Orient d'Italie serait les mettre dans un grand embarras et ce serait prendre le risque de les exposer à une chasse aux sorcières (...) Le secret d'appartenance est garanti par la loi sur la vie privée. Même les partis politiques, les associations et les syndicats ne sont pas tenus de révéler l'identité de leurs membres. Chaque fois qu'il y a eu un scandale, personne n'est allé leur demander de divulguer les noms de leurs membres. Pourquoi ce qui vaudrait pour les autres, serait pas d'application pour nous ? (...) Je considère cette demande comme une forme de persécution. »

    3427145976.jpgEt d'ajouter :

    « Nos principes et les qualités requises pour devenir franc-maçon sont bien expliqués sur notre site internet. Nos règles sont connues et d'une totale transparence. Ceux qui viennent au Grand Orient d'Italie pour des motifs intéressés n'auront pas l'aide des frères (...) Nous, francs-maçons, sommes les premiers à avoir un intérêt à bloquer l'infiltration de la mafia. Parmi les conditions requises pour être admis dans la franc-maçonnerie, il y a l'obligation d'avoir un casier judiciaire vierge. Je ne suis ni juge ni officier de police. Je ne peux pas déterminer si certaines personne appartiennent à la mafia si l'autorité judiciaire ne me le dit pas (...) Chaque fois qu'il y a un soupçon d'infiltration d'un criminel et que nous en sommes avertis, nous prenons alors des mesures disciplinaires (...) »

    Antonio Binni, Grand Maître de la Grande Loge d'Italie (8000 membres dont 40% de femmes répartis en 510 loges), est sur la même ligne :

    «Je ne peux pas accéder à cette demande, il y a une loi sur la protection des renseignements personnels »

    Le Grand Maître de la Grande Loge d'Italie a souligné la nature exorbitante de cette demande. Comment des parlementaires peuvent-ils insister à ce point pour que les obédiences maçonniques violent une loi votée par le Parlement en 2003 ?

    En revanche, Fabio Venzi, Grand Maître de la Grande Loge Régulière d'Italie (3500 frères répartis en 310 loges), s'est dit prêt à collaborer avec la commission parlementaire.

    « Je suis prêt à publier la liste sur notre site. Cela enlèverait toute réserve à ceux qui voient toujours la corruption dans le monde de la franc-maçonnerie »

    Cependant, il n'est pas du tout sûr que les frères de cette obédience apprécient la déclaration pour le moins surprenante de leur Grand Maître. Venzi a-t-il parlé trop vite sans réfléchir aux implications concrètes de ses propos ? C'est fort possible. En attendant, il aurait dû se souvenir de la mésaventure qui est arrivée à l'un de ses prédécesseurs, le frère Giuliano Di Bernardo en 1993. Ce dernier, à l'époque Grand Maître du Grand Orient d'Italie, avait sérieusement songé à remettre aux autorités judiciaires le fichier des adhérents de son obédience. Di Bernardo avait été poussé, dit-on, par la Grande Loge Unie d'Angleterre. Cependant, Di Bernardo a été désavoué et amené à démissionner du Grand Orient d'Italie. Il est ensuite parti avec quelque trois cents frères fonder la Grande Loge Régulière d'Italie dont, soit dit en passant, il n'est plus membre depuis 2002 (il est devenu Grand Maître d'un ordre ésotérique appelé « Dignity Order » qui semble n'avoir aucun caractère maçonnique). Venzi devrait donc méditer les leçons du passé.

    bisi bindi.jpg

    Quoi qu'il en soit, la commission parlementaire anti-mafia a souhaité obtenir rapidement les listes des membres des différentes obédiences. Cependant, il est hautement improbable qu'elle obtienne satisfaction car sa demande pose des problèmes juridiques considérables qui vont bien au-delà des postures de Mme Bindi à qui l'on prête des ambitions politiques nationales. La présidente de la commission parlementaire a beau se répandre dans la presse au sujet de prétendus risques de collusions maçonnico-mafieuses, force est de constater qu'il n'y a pas, aujourd'hui en Italie, de francs-maçons inculpés et déférés à ce titre devant les tribunaux. Et même s'il n'y en avait eu qu'un seul, ça n'aurait pas établi pour autant l'adhésion et le soutien actif d'obédiences maçonniques dans des activités illégales et pénalement répressibles. Il suffit par exemple de songer à la récente affaire Occhionero pour laquelle des francs-maçons italiens, et non des moindres, ont été victimes de cyber-espionnage.

    Bref, comme souvent, il faut ramener les choses à de plus justes proportions. Au sein de l'ordre maçonnique, il peut toujours y avoir des brebis galeuses comme il peut y avoir, au sein de l'Eglise catholique romaine, dont Mme Bindi est proche, des prêtres pédophiles, des escrocs ou d'autres criminels de droit commun. Ça ne signifie pas que tous les francs-maçons et tous les ecclésiastiques sont à ranger dans le même sac. Dans un cas comme dans l'autre, l'honnêteté intellectuelle commande d'éviter les généralisations abusives qui sèment le trouble dans les esprits et menacent les libertés publiques parmi lesquelles la liberté d'association. 

    La franc-maçonnerie italienne aujourd'hui. Comme en France, l'Italie n'a jamais connu de tradition maçonnique unifiée même si la création de l'Italie moderne en 1870 a incité les rites à travailler sous l'égide du Grand Orient, l'obédience historique fondée en 1805. Il y a bien eu unité à un moment donné mais celle-ci a été de courte durée. En 1908, il y a eu en effet une scission entre deux tendances : la tendance de la maçonnerie dite du « Palazzo Giustiniani » (nom de l'ancien siège du Grand Orient) et la tendance de la maçonnerie dite du « 47 Piazza del Gesù » (nom de l'ancien siège de la Grande Loge). La première tendance est attachée à une maçonnerie engagée dans la réflexion sociale. Elle demeure fortement impliquée dans le combat en faveur de la sécularisation de la société italienne. La deuxième tendance est attachée à une maçonnerie essentiellement spiritualiste et en retrait des débats profanes. Les activités maçonniques ont été interdites sous l'Italie fasciste de 1925 à 1945. Les obédiences italiennes historiques ont repris leurs activités après la fin de la seconde guerre mondiales. De nouvelles obédiences sont apparues. Le morcellement s'est accru. Chaque fédération de loges, en fonction de sa sensibilité, s'est réclamée soit de la maçonnerie du « Palazzo Giustiniani » soit de la maçonnerie de la « Piazza del Gesù ». Néanmoins, ces deux tendances n'ont rien à voir avec les notions de régularité et d'irrégularité. En effet, le Grand Orient d'Italie (« Palazzo Giustiniani ») a longtemps été reconnu par la Grande Loge Unie d'Angleterre, plus exactement jusqu'en 1993, et il espère d'ailleurs recouvrer un jour cette reconnaissance. La Grande Loge d'Italie (« Piazza del Gesù »), elle, est membre fondateur du CLIPSAS et mixte depuis 1956. Le lecteur trouvera ci-dessous une liste non exhaustive d'obédiences maçonniques.

    Nom Date de fondation
    Site Web
    Grand Orient d'Italie 1805  GOI 
    Sérénissime Grande Loge du Rite Symbolique Italien 1859 (a rejoint le GOI en 1922 tout en conservant une certaine autonomie) SGLRSI
    Grande Loge d'Italie des Francs-Maçons Anciens et Acceptés 1908  GLI
    Fédération italienne du Droit humain 1916 DH
    Grande Loge Mère C.A.M.E.A. 1958 CAMEA
    Grande Loge Unie d'Italie 1974  
    Grande Loge d'Italie de la Maçonnerie universelle 1978  
    Grand Orient Italien de la Stricte Observance 1979  
    Grande Loge Nationale des Francs-Maçons d'Italie 1979 GLNI
    Grande Loge féminine d'Italie 1990 GLFI 
    Ordre symbolique du rite egyptien 1992  
    Grande Loge régulière d'Italie 1993 GLRI
    Grande Loge Unie Indépendante d'Italie 2005 GLUIA
    Grande Loge italienne d'Ancienne Observance 2007 GLIO 
    Grande Loge Traditionnelle d'Italie 2011 GLTI

     

  • L'Amérique selon la Grande Loge de New York

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    america.jpgL'art est souvent la meilleure réponse aux laideurs du monde. C'est donc par la voie subtile de l'art que la Grande Loge de New York a entendu délivrer un message de tolérance et de fraternité alors que les Etats-Unis d'Amérique sont actuellement confrontés aux premières mesures prises par Donald J. Trump.

    Sur son site internet, la Grande Loge de New York a donc mis à l'honneur un tableau peint en 1931 par Paul Orban (1896-1974). Ce choix n'est pas innocent. Orban était un artiste d'origine hongroise. Sa famille a fui la pauvreté et émigré aux Etats Unis au début du vingtième siècle.

    Ce tableau, intitulé America, est au musée de la Grande Loge de New York. Il  représente les Etats-Unis, sous la forme d'une femme (la liberté) et d'un aigle (le droit). On voit en dessous les représentants des pays du monde.  America combine religiosité, internationalisme, optimisme politique et référence à l'histoire. Je trouve que ce tableau rappelle un peu La République Universelle de Frédéric Sorrieux (1848) que l'on peut admirer à Paris au musée Carnavalet.

    Les oeuvres de Paul Orban ont souvent illustré les articles de The Masonic Perspectives, l'ancienne revue officielle de la Grande Loge de New York. America a ainsi été utilisé pour un article du frère Parkes Cadman (1865-1936), Grand Chapelain de l'obédience new-yorkaise, publié en octobre 1931.

    paul orban,parkes cadman,art,fraternité,franc-maçonnerie,etats-unis d'amériqueDans cet article, Cadman a écrit  : 

    « Nous, Francs-Maçons, nous aimons notre nation (...) Mais notre amour pour notre pays est plus qu'une simple question d'obligation; cet amour jaillit du cœur même du franc-maçon (...) Nous ne voulons pas une d'une Amérique de vantardise, mais une Amérique d'amour et de respect. Nous voulons que cette terre soit celle des hommes libres, qu'elle devienne le leader moral de l'humanité, qu'elle incite chacun à mener une vie sur un plan plus élevé, qu'elle favorise la moralisation des relations internationales afin que cessent les turbulences de la haine, des préjugés et de la guerre (...) Il est difficile de faire en sorte que tous les hommes soient frères ; tous sont pourtant égaux, sans distinction de race ou de croyance ou de naissance ou de sang. C'est difficile mais c'est fondamentalement américain (...) »

  • Franc-Maçonnerie, soumission et liberté

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    qui frappe.jpgLa note que j'ai consacrée à mon parcours chaotique dans les ordres de sagesse du rite français a suscité quelques réactions chez les abonnés de mon infolettre. Le frère M.N., trente-deuxième du rite écossais ancien et accepté, m'a ainsi écrit un sympathique courrier électronique dans lequel il m'a fait part de sa démission, en décembre dernier, du Suprême Conseil souché sur le Grand Orient de France. Il m'a autorisé à publier sa lettre de démission. Je l'en remercie bien fraternellement car il doit être difficile de mettre un terme à un parcours de près de vingt-six ans dans les hauts grades écossais.

    Je ne me prononcerai pas sur les divergences dont ce frère fait état dans sa lettre. Je n'ai pas les moyens d'en juger. C'est son histoire. C'est son ressenti. Je retiens ici simplement l'analyse qu'il fait d'un système qu'il qualifie de tyrannique parce que fondé sur la soumission volontaire. Ce frère donne incontestablement matière à penser sur les rapports complexes que nous pouvons avoir avec la hiérarchie maçonnique, notamment quand elle nous confronte à des propos ou à des comportements que nous réprouvons dans notre for intérieur ou lorsqu'elle nous fait croiser le chemin de cons flamboyants et enrubannésCe que ce frère décrit peut en réalité s'appliquer à toute hiérarchie humaine car la franc-maçonnerie, quel que soit le rite concerné, n'a évidemment pas l'apanage de ces dysfonctionnements. Ça ne l'exonère pas pour autant de toute responsabilité. N'ambitionne-t-elle pas en effet d'être le centre de l'union ? N'offre-t-elle pas un cadre et des outils pour s'améliorer soi-même ? Il est toujours douloureux de découvrir que les actes, parfois, ne coïncident pas avec les hautes pensées.
     
    Dans les ordres de sagesse du rite français, je dois cependant dire que je n'ai jamais ressenti de pressions hiérarchiques particulières, peut-être parce que je n'ai jamais été dans une disposition d'esprit qui consistait à conserver un silence prudent dans l'espoir d'obtenir une augmentation de salaire ou une responsabilité particulière. Peut-être aussi parce que le Grand Chapitre Général est structurellement moins pyramidal et plus bordélique dans son organisation que le Suprême Conseil et que bon an, mal an, chaque frère a vocation à obtenir le quatrième ordre s'il est un minimum assidu et constant. Car il faut bien des quatrièmes ordres pour que les chapitres fonctionnent et se pérennisent.
     
    En revanche, je me suis heurté frontalement, comme ce frère, à l'imbécillité sûre d'elle-même, celle qui consiste à ériger la médiocrité en norme du travail maçonnique, celle qui interdit toute remise en cause, toute discussion qui n'aurait pas fait l'objet d'un contrôle préalable ; celle qui, par exemple, a conduit un ancien Très Sage à m'asséner brutalement des leçons de fraternité et de liberté de conscience alors qu'il a été probablement le pire président d'atelier que j'ai croisé de ma vie maçonnique, incapable d'ouvrir et de fermer correctement les travaux, donnant chaque fois l'impression de découvrir le rituel, élevant le je m'en foutisme à des sommets vertigineux ; un frère qui, en matière de liberté de conscience, était sans doute bien mieux placé que moi puisqu'il avait fréquenté, paraît-il, l'ordre intérieur du très chrétien régime écossais rectifié... J'ai appris par la suite qu'il fallait avoir été Très Sage pour espérer obtenir un jour le cinquième ordre... Tout finit par s'expliquer quand on vous donne la première lettre et que vous êtes en mesure de dire la seconde...
     
    Bref, je ne peux m'empêcher de songer à ce propos de feu Jean Mourgues, ancien Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites, que j'ai déjà eu l'occasion de citer sur ce blog :
     
    « Les grades maçonniques ne sont que des fictions dont les plus vaniteux ne savent à quoi elles les engagent. »
     
    255114976.jpgCe que disait Mourgues était vrai mais insuffisant toutefois car le problème est que les plus vaniteux sont souvent les plus bruyants et les plus entreprenants. Comme les cons de Michel Audiard, ils osent tout et c'est à cela qu'on les reconnaît. Ils pourrissent le système de l'intérieur parce qu'ils savent exploiter habilement la lâcheté de ceux qui sont à la franc-maçonnerie ce que les fidèles sont à l'Église, notamment quand ces derniers, au moment de s'apprêter à recevoir l'eucharistie, pratiquent le rite de la paix annoncé ainsi par le curé (je souligne) :
     
    « Seigneur Jésus Christ, tu as dit à tes Apôtres : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » ; ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église ; pour que ta volonté s'accomplisse, donne-lui toujours cette paix, et conduis-la vers l'unité parfaite, toi qui règnes pour les siècles des siècles. »
     
    Les fidèles se donnent ensuite la paix. Ils peuvent alors communier le coeur léger et l'esprit tranquille puisque seule la foi de l'assemblée compte. Eh bien on est dans le même registre quand certains frères disent en croyant bien faire : « Tu seras peut-être déçu par les francs-maçons mais jamais par la franc-maçonnerie. » Ils pensent préserver la paix de l'institution et exalter la foi maçonnique de cette façon sans voir le travail de sape des vaniteux, des pleurnicheurs et des emmerdeurs. Ainsi lorsque j'ai confié à un des membres de mon chapitre ma décision d'en démissionner, celui-ci m'a juste conseillé de me raviser et de jouer plutôt la stratégie du pourrissement et d'une paix hypocrite, considérant que les choses allaient finir par s'arranger tôt ou tard... Quand on dit ça, c'est qu'il est temps de partir.
     
    Je n'ai absolument pas d'amertume contrairement à ce que l'on pourrait croire. Je peux donc rassurer ceux qui se sont inquiétés de mon moral. Je vais très bien. Je continue simplement mon bonhomme de chemin au sein de la franc-maçonnerie symbolique où tout se joue et où l'essentiel se transmet. Je n'ai pas senti non plus la moindre acrimonie dans la lettre du frère M.N. Lui aussi a fait le choix de se cantonner désormais à la loge bleue. Je crois que nous nous rejoignons, lui et moi, dans l'idée que la franc-maçonnerie n'est belle que si on la considère avec sérieux, humour et gentillesse. Ces trois qualités là sont indispensables car elles ennoblissent les coeurs et rendent les hommes libres.
     
    ______________________
     
  • L'axe Miami / La Havane au coeur de grandes manoeuvres maçonniques

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    valdes.jpgLe 10 décembre dernier, la Grand Maître de la Grande Loge de Floride prenait la pose avec le Grand Maître de la Grande Loge de Cuba. C'était, paraît-il, la première fois depuis cinquante six ans qu'un Grand Maître de la Grande Loge de Cuba était accueilli ès qualités par les dignitaires floridiens. Ce qui est sans doute vrai même si ce jugement doit être tempéré : les Grandes Loges de Floride et de Cuba, malgré leur rupture de 2014 à 2016, ont toujours été, peu ou prou, en contact.

    Qu'est-ce qui a bien pu motiver aujourd'hui la Grande de Floride à restaurer des relations fraternelles officielles avec la Grande Loge de Cuba ? Il est peu probable que ce soit la disparition du dictateur Fidel Castro mais plutôt des considérations d'ordre interne. Le 28 décembre prochain, en effet, une rencontre de plusieurs obédiences ou groupements maçonniques est prévue à Miami pour porter le projet de constitution d'une Grande Loge de Cuba dite de l'extérieur, c'est-à-dire regroupant les frères cubains exilés. Le but de cette réunion est de parvenir à l'unité de tous les francs-maçons cubains installés sur le territoire de la Floride.

    Cette perspective ne réjouit absolument pas la Grande Loge de Floride. Celle-ci voit d'un très mauvais oeil l'émergence possible d'une obédience nouvelle sur son territoire, hispanophone de surcroît. La Grande Loge de Cuba de l'extérieur porterait atteinte au landmark - pourtant dépassé - selon lequel il ne saurait y avoir qu'une Grande Loge par Etat. La Grande Loge de Cuba était pourtant favorable à cette création susceptible de gêner l'obédience floridienne. Il est maintenant probable que l'obédience cubaine veuille freiner les ardeurs des frères cubains exilés à la demande de la Grande Loge de Floride. Les frères cubains exilés demeurent relativement respectueux de la Grande Loge de Cuba - l'obédience mère - malgré leur opposition au régime communiste.

    En attendant, certains frères américains ironisent sur ce rapprochement soudain. Ils rappellent que la Grande Loge de Floride reconnaît à nouveau une obédience d'un pays totalitaire alors qu'elle refuse toujours d'établir des relations fraternelles officielles avec la Grande Loge Prince Hall de Floride ! La Grande Loge de Floride fait en effet partie des neuf Grandes Loges américaines (Alabama, Arkansas, Floride, Géorgie, Louisiane, Mississippi, Caroline du sud, Tennessee et Virginie de l'Ouest) qui s'obstinent à ne pas reconnaître la maçonnerie noire américaine.