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souvenir - Page 3

  • Questions à l'étude des loges

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    andre.jpgJ'ai déjà un peu expliqué l'intérêt des questions posées aux loges par le convent du Grand Orient de France. Je ne vais donc pas y revenir mais souhaite quand même à toutes les loges de mon obédience des travaux et des échanges fructueux.

    Un souvenir. Celui d'un frère de ma loge mère. J'étais apprenti et fier comme Artaban. Rendez-vous compte ! Il m'avait confié, à moi le bleu bite, le soin d'assurer le rapport de la commission de la question de la paix !

    L'esprit nationaliste est-il compatible avec celui de fraternité universelle ? Vaste programme quand on a 19 ans... Quand je vois ce qui se passe en 2016, je me dis que le convent avait fait preuve d'une grande clairvoyance...

    Bref, passons... Je me rappelle que ma loge mère se saisissait avec gourmandise de ces questions en constituant les commissions chargées de les étudier.

    Comment pourrais-je décrire les joies des réunions de travail du samedi après-midi ou du mercredi soir ? Difficile... Il faudrait être en capacité de fermer les yeux, de se rappeler des odeurs, de revoir les visages, d'entendre les voix. Cette capacité... je l'ai... certes... Mais je préfère me donner le temps... Un jour peut-être, je serai plus exhaustif et en mesure de rendre compte de la beauté d'une loge au travail. Oui, de restituer cette beauté loin des discours aseptisés. 

    En attendant, je me souviens d'André. Un esprit vif, brillant et clair comme son écriture (cf. la photo ci-dessus). André vivait un peu dans la nostalgie de sa gloire passée lorsqu'il avait été Grand Maître adjoint du Grand Orient de France à une époque où les choses allaient moins vite. André avait servi le GO et aimait le rappeler même si ses interventions d'ancien combattant me gonflaient un peu. Il était en tout cas attentif à ce que je faisais. Il m'avait un peu couvé sans m'étouffer. Du moins, c'est le souvenir que j'en conserve.

    Pour la présentation du pré-rapport à la loge, il avait eu pitié de moi. Il m'avait donné ses notes pour me rendre service. Elles étaient écrites sur des papiers à en-tête qui témoignaient d'un passé révolu. Il notait tout André. Et moi j'ai gardé ses notes.

  • A la recherche du GOB

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    GOB, Belgique, franc-maçonnerie, ego, bruxelles,Je dois beaucoup à la franc-maçonnerie belge que j'ai activement fréquentée de 1994 à 2005. J'en conserve des amitiés, de nombreux souvenirs et, surtout, un certain état d'esprit d'indépendance et de recherche (j'y reviendrai). Je me souviens en particulier de la première fois où, jeune compagnon du Grand Orient de France, j'étais parti à la recherche du siège du Grand Orient de Belgique. 

    Quelle galère mes amis ! Je m'étais planté bien comme il faut. Tout d'abord - et je ne sais plus pourquoi - j'étais allé me perdre dans Laeken, l'une des dix-neuf communes de l'agglomération bruxelloise. J'avais ensuite sillonné en long et en large l'avenue de Laeken à Jette, autre commune bruxelloise, sans trouver ce que je cherchais. Et pour cause ! Ce n'était vraiment pas le bon endroit...

    Ce n'est qu'après que je me suis rendu compte qu'il existait à Bruxelles-Ville une rue de Laeken non loin de la place de Brouckère. Je m'y suis donc rendu le coeur battant. Et là déception !... Rien. J'avais pourtant sur moi un petit bout de papier que j'avais griffonné. C'était pourtant bien le numéro 79. Je m'attendais à une façade, peut-être pas dans le style de la rue Cadet, mais au moins avec une plaque ou quelque chose qui aurait pu dissiper mes doutes. « Mais nenni hein ! » comme disent les liégeois. Rien du tout. Une « bête porte » avec une sonnette. C'était là que vivait un certain M. GOB (sans doute un flamand). Etait-ce donc le bon endroit ? Comment en être sûr ? L'annuaire téléphonique était muet. Internet était embryonnaire. Je n'allais tout de même pas interroger les passants...

    Il devait être 19h00. J'avais faim. J'avais bougé dans la ville toute la journée. J'avais donc décidé de me poster pas très loin afin de voir les allées et venues. Très rapidement, je remarquai l'arrivée d'hommes d'âge mûr dont certains portaient le smoking et ouvraient sans hésitation la grosse porte. Quelques uns se faisaient la bise ou se tapaient sur l'épaule en rigolant devant l'entrée. C'était sans doute là... J'étais un peu rassuré. J'avais trouvé l'endroit, très surpris de l'étonnante discrétion de la plus importante des obédiences maçonniques belges.

  • « Allo, c'est Maurice...»

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    maurice.jpg« Allo, c'est Maurice... » Je m'étais très vite habitué à sa voix de stentor, chaude et fraternelle. Il m'avait d'abord surpris par ses appels téléphoniques réguliers. C'est normal : je n'ai jamais aimé le téléphone. J'ai toujours préféré écrire. Lui au contraire semblait aimer cet instrument. Et il me le montrait avec une spontanéité désarmante. 

    Il était modérateur sur le forum Frédéric Desmons que j'avais fondé en 2002 et il prenait son rôle très au sérieux. Languedocien d'origine, je résidais en Belgique. Parisien d'origine (si je ne me trompe pas), Maurice vivait dans le nord. Nous avions donc très vite sympathisé. 

    Comment dire ? Maurice Bouchard était un homme absolument délicieux. Un franc-maçon au grand coeur, au regard malicieux et bienveillant. Le genre d'homme dont je suis fier d'avoir croisé le chemin. Un humaniste. Un érudit. Un travailleur. Un sanglier pour reprendre l'image du philosophe Michel Serres. En effet, quand Maurice avait un sujet en tête, il aimait, tel un sanglier, le creuser et l'épuiser. Il n'avait pas dix mille objectifs en tête. Il ne se dispersait pas. Quand il se concentrait sur une chose, il le faisait à fond. 

    Sa passion ? Le rite français, mais celui des origines aimait-il à rappeler. Je me souviens ainsi de ses analyses méticuleuses, de son souci du détail et du geste parfait.

    maurice bouchard,philippe michel,rite français,amitié,fidélité,souvenir,culture,dervy,franc-maçonnerieA l'époque, j'étais encore un peu jeune. Je n'étais pas suffisamment préparé pour saisir toutes les beautés que Maurice voulait me montrer. Je suis certainement passé à côté de plein de choses. Fort heureusement, Philippe a pu mettre en forme tout ce que Maurice a défriché pendant de longues années. 

    On a fini par se perdre de vue, emportés chacun par le tourbillon de nos existences.

    Le nez dans le guidon, je suis donc passé à côté de son départ vers l'orient éternel. J'ai mis du temps à réaliser qu'il avait rejoint les étoiles.

    Aujourd'hui, quand le téléphone me surprend, la nuit tombée, il m'arrive de penser à cette voix rauque que je n'entendrai plus. « Allo, c'est Maurice...»

    Maurice Bouchard et Philippe Michel, Le Rit Français d'origine 1785 dit Rit Primordial de France, édition Dervy, Paris, juin 2014 (26 € prix public). Pour commander l'ouvrage, cliquez sur le site de l'éditeur.

  • « Nous attendions le père et c'est le fils qui est venu »

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    chemin.jpgJe crois que je devais avoir 16 ans lorsque j'ai entendu pour la première fois le terme de franc-maçon sans trop savoir de quoi il s'agissait. Je me souviens d'en avoir parlé à mon père qui m'expliqua en gros ce qu'était la franc-maçonnerie et me parla en particulier de sa participation à une tenue blanche ouverte avec l'ancien grand maître Paul Axionnaz. Puis, il alla chercher dans la bibliothèque quelques numéros d'Humanisme, la revue du Grand Orient de France, qui dataient des années 60. Il m'apprit alors qu'il avait été pressenti pour entrer en loge au début des années 70. Mais cela ne s'était jamais concrétisé : mon père avait entamé à l'époque une reconversion professionnelle, il avait épousé ma mère, je venais de naître, l'homme qui souhaitait le parrainer était décédé brutalement… Pourquoi mon père n'a-t-il pas persisté ? Je ne sais pas. Chacun fait ses choix dans la vie. Peut-être a-t-il cru aussi qu'il ne serait pas suffisamment à la hauteur des espérances de son défunt parrain ?

    En tout cas, cette histoire de franc-maçonnerie a commencé à faire son chemin. J'ai me suis progressivement documenté sur le sujet. De lecture en lecture, j'ai eu une toute petite approche de l'ésotérisme maçonnique et des grandes étapes de l'histoire de l'Ordre. Le chantier m'est très vite apparu plein de promesses et l'idée de m'y faire embaucher s'est précisée. A aucun moment, je n'ai pensé que la franc-maçonnerie était réservé aux notables. A aucun moment, je n'ai pensé que je n'y aurais pas ma place. Et puis, allez savoir pourquoi, le feu est retombé sans jamais s'éteindre complètement. Je me suis cependant intéressé à d'autres choses.

    Comment la franc-maçonnerie est-elle à nouveau entrée dans le champ de mes préoccupations ? Difficile de répondre. Il me revient en mémoire deux événements. Le premier fut un séjour linguistique en Angleterre durant les vacances de Pâques en 1990 pour préparer le baccalauréat. Les cours d'anglais se donnaient dans un curieux bâtiment qui appartenait aux Odd fellows (qui est aussi connue sous l'appellation confrérie des trois anneaux), un club un peu à l'image des Rotary et Lion's. La salle principale où j'avais cours ressemblait à un temple maçonnique ! Ce que le professeur me confirma sans la moindre gêne, allant jusqu'à me préciser qu'une loge se réunissait en ce lieu.

    Le second événement fut lorsque mon père désigna du doigt le local où se réunissaient les loges de ma ville natale. Je me souviens que je passais volontairement dans cette rue et devant cette porte dont le fronton triangulaire était orné d'un linteau où étaient gravés une équerre, un compas, une règle, un niveau, et une perpendiculaire entremêlés avec la mention "5856". Que pouvait-il donc bien se passer derrière cette porte ? J'imaginais des travaux de société, des débats d'idées, des orateurs flamboyants. Je voulais y prendre ma part. Je tentais aussi de me représenter ce qu'était un rite maçonnique. A l'époque, internet n'existait pas. Je ne pouvais que laisser vagabonder mon imagination. J'idéalisais.

    En juin 1990, à 17 ans, j'avais écrit une lettre de candidature au Grand Orient de France qui me répondit dans le courant de l'été que ma demande était transférée aux responsables locaux. J'ai donc attendu que les responsables locaux se manifestent. Et ils ne sont pas manifestés. Je me souviens que durant ma première année de droit, j'avais attendu en vain un signe, un appel, une lettre. Un an après environ, en septembre 1991, j'écrivais à nouveau au Grand Orient en précisant que j'étais étonné de ne pas avoir eu de réponse de la part de la loge locale.

    2317347836.jpgLe Grand Orient de France ne me répondit pas mais je reçus environ quinze jours plus tard un coup de fil du Vénérable. Nous nous donnâmes rendez-vous dans un café. L'échange fut courtois et dura environ une heure. Je rencontrai ensuite quatre enquêteurs, à la fois heureux et intrigués qu'un jeune homme puisse s'intéresser à la maçonnerie au point de vouloir y rentrer. Je me souviens que presque tous avaient  tenté de me dissuader parce qu'ils craignaient que ma démarche ne soit qu'une lubie passagère. Avec le recul, je les comprends. Et j'aurais sans doute la même réserve si je devais rencontrer un profane de 19 ans. A cet âge n'a-t-on pas mieux à faire ? Plus de vingt ans après, je leur suis reconnaissant d'avoir su vaincre leurs réticences.

    Je fus effectivement accueilli en loge au cours d'une belle et chaude soirée de mai 1992. Naître à la maçonnerie marqua donc la fin de mon adolescence.  Mon initiation fut un moment d'une grande intensité dont je garde le meilleur souvenir. Je me suis retrouvé au milieu d'hommes qui avaient en moyenne trente ans de plus que moi. Et je n'ai pas oublié non plus la parole de l'Orateur prononcée ce soir là : « nous attendions le père et c'est le fils qui est venu. »

    Cette note est déjà la 200ème de ce blog ! Le temps passe décidément bien vite. Merci à tous de votre fidélité !