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société - Page 3

  • Ragon l'optimiste

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    Jean-Marie Ragon de Bettignies est né à Bray-sur-Seine, le 25 février 1781. D'abord caissier à la Recette générale du département de la Lys (un des neuf anciens départements français de Belgique), il a été ensuite, à partir de 1814, chef de bureau au Ministère de l'Intérieur. Il est mort à Paris, en 1862.

    Ragon de Bettignies a été initié en 1804, à Bruges, à l'époque chef lieu du département de la Lys. De retour à Paris après la chute de l'Empire, il fonda en 1816, la loge Les Vrais Amis, devenue par la suite Les Trinosophes. Cette loge se distingua rapidement par l'excellence de ses travaux. Il en fut le Vénérable Maître jusqu'à son départ pour l'Amérique.

    Mais Ragon a surtout été un auteur prolifique et c'est essentiellement grâce à son oeuvre qu'il est passé à la postérité. Il a été rédacteur en chef du journal Hermès (1808-1818), puis il a publié toute une série de livres :  Le Cours philosophique interprétatif des initiations anciennes et modernes (1841) - La Messe et ses mystères comparés aux mystères anciens (1844) - Orthodoxie maçonnique (1853) - Maçonnerie occulte  (1853) - Liturgie maçonnique en trois cahiers (1860) : L'Adoption des jeunes louvetons, Reconnaissances conjugales, Pompe funèbre maçonnique ; Les rituels maçonniques (1860-62) des 33 grades, dont le dernier, Le Tuileur général, dresse la nomenclature impressionnante (et en grande partie fantaisiste) de 75 Maçonneries, 48 Rites, 30 Ordres maçonniques, 24 Sociétés androgynes, 6 Académies, et plus de 1400 grades...

    Pourquoi parler de Ragon de Bettignies ? Parce qu'il appartient à cette catégorie d'auteurs maçons qu'on ne lit plus aujourd'hui et que l'on considère même parfois avec condescendance ou dédain alors qu'il fut sans doute un des maçons les plus érudits du XIXe siècle. Ragon ? Pour beaucoup de maçons (enfin du moins pour ceux qui ont déjà entendu le nom), c'est vieux et poussiéreux. Il appartient à une époque révolue. Il parle d'une franc-maçonnerie qui n'existe plus depuis longtemps. Pourtant, ses ouvrages mériteraient d'être redécouverts tout comme d'ailleurs ceux de Bègue-Clavel et de Bésuchet de Saunois dont j'ai déjà parlé ici. Ils sont à bien des égards d'une étonnante modernité.

    Je voudrais citer ici un passage du Cours philosophique interprétatif des initiations anciennes et modernes (p.49 et suivantes) en priant le lecteur de bien vouloir se souvenir que ces quelques lignes ont été écrites il y a 174 ans :

    « Il ne reste plus rien à faire en maçonnerie ?

    « Un frère n'appelle-t-il pas encore devant les tribunaux le frère de sa loge pour une chose qui pourrait être facilement vidée en famille ?

    Ce sanguinaire préjugé du point d'honneur, hideux héritage de la barbarie, interdit entre frères par nos lois fondamentales, et que la magistrature française, pénétrée de nos inspirations, poursuit courageusement, a-t-il disparu disparu du sol que vous habitez ? Les Maçons élevés en dignité en sont-ils tous à l'abri, au risque du scandale que leurs passions non subjuguées peuvent commettre, malgré le frein inutile du serment ?

    « L'esclavage, cette horde du Nouveau-Monde et d'un peuple qui se dit libre, ne déshonore-t-il pas encore les nations, qui, tout en croyant pratiquer nos maximes, rejettent la main protectrice que leur tendent des hommes honorables qui prévoient l'époque où le brisement des chaînes sera terrible contre les tyrans de l'humanité ? 

    « La peine de mort, cette grande exigence sociale contre les droits individuels, est-elle une matière suffisamment discutée ?

    « Le sort de la classe ouvrière est-il défini ? Cette question palpitante d'intérêt, cet orage lointain dont le grondement avertit le sage, ne résonne-t-il pas à vos oreilles ? Ne voyez-vous pas les nuages s'amonceler, et, couvrant comme un réseau toutes les populations de la terre, produire, parmi les individus les désastres d'un tremblement de terre dans une grande cité ?

    « Au milieu de ces petites passions qui affadissent vos séances, quand elles ne sont pas tuées par ces continuels rappels au règlement, passe-temps des petits esprits, et par ces infatigables amateurs de conseils d'administration quand même, quel grand problème social ou quel projet utile peut être mis en discussion ?

    « Non, il n'est point passé le temps d'être utile pour vous-mêmes et pour les autres : avez-vous excité toutes ces vertus, couronné tous les mérites ? (...)

    « Mais, vous dit-on, votre oeuvre a vieilli ; l'acacia décrépit est devenu stérile et ne produit plus d'ombrage ; la Maçonnerie ne porte plus l'étendard d'avant-garde. - Erreur ! hypocrisie ! Le peuple est-il libre ? Les préjugés de la terre ont-ils tous disparu ? N'y a-t-il plus d'inimitiés parmi les hommes ? La cupidité et le mensonge n'existent-ils plus ? La tolérance et l'union existent-elles parmi les sectes religieuses ? Maçons, marchez toujours ; éclairez l'intelligence des peuples reconstituez la société, réformez les lois, avancez toujours. Placés entre deux éternités, celle qui est devant vous sera toujours égale à celle qui sera derrière ; mais que cette pensée ne vous arrête pas.

    « La Maçonnerie ne peut cesser d'être qu'en cessant de comprendre le progrès social, c'est-à-dire en renonçant à son but qui est de protéger toutes les tentatives d'émancipation intellectuelle. Si toutes les innovations venaient à être persécutées, la Maçonnerie seule en deviendrait le refuge mystérieux.»

    Je trouve ce texte très beau car il exprime finalement des questionnements toujours d'actualité.

    Qui n'a jamais croisé le chemin d'un frère désabusé s'interrogeant sur l'utilité de sa place en loge et, plus largement, de la franc-maçonnerie ?

    Qui n'a jamais lu la prose d'un de ces journalistes théorisant la perte d'influence de la franc-maçonnerie et moquant même son côté ringard et dépassé ?

    Qui, dans nos milieux, ne s'est pas désolé, au moins une fois, de voir des contentieux entre frères divulgués en place publique, parfois devant les tribunaux ?

    Qui n'a jamais éprouvé lassitude et fatigue devant ces médiocres esprits qui passent le plus clair de leur temps à discuter de détails abscons du règlement, de telle ou telle circulaire, de tel ou tel livre blanc et qui réduisent finalement la maçonnerie à des questions administratives ou à de stériles querelles de boutiquier?

    Je pourrais continuer longtemps et insister sur tant d'autres motifs de désillusion. Je vais m'arrêter là car l'essentiel est de prendre conscience que tous ces questionnements se posaient déjà en 1841 et probablement depuis l'origine de la franc-maçonnerie !

    Alors quelle réponse Ragon apporte-t-il à ceux qui estiment que l'acacia est devenu stérile ? 

    Ragon prône, d'une part, le travail sur soi-même. Tant que le mensonge, la cupidité, la haine et l'intolérance sépareront les hommes, les maçons auront du pain sur la planche. Il devront s'améliorer malgré les difficultés pour être des agents actifs et conscients du lien social. Parler de la justice, c'est bien. Etre juste dans sa vie quotidienne est mieux. Parler de la tolérance et de la liberté ne dispensera jamais de l'effort d'être soi-même le plus tolérant et le plus libre possible. Il est toujours temps de se mettre à l'oeuvre, de se regarder avec bienveillance mais aussi avec la ferme résolution de progresser et de gagner, chaque jour, en humanité.

    Ragon prône, d'autre part, le travail intellectuel et social. Selon lui, on ne peut concevoir la volonté de s'améliorer et de pratiquer les vertus sans y adjoindre le désir d'améliorer aussi l'homme et la société. Les chantiers sont nombreux. Et Ragon d'en donner quelques exemples : l'esclavage (qui a été aboli en 1848), la peine de mort (qui a été supprimée en 1981), la classe ouvrière (qui a joué un très grand rôle dans la seconde moitié du XIXe siècle et tout au long du XXe siècle). Le franc-maçon ne doit pas se décourager et se sentir écrasé par le poids des questions auxquelles il n'a pas toujours forcément de réponses. Il doit être conscient que ce qui peut apparaître inconcevable et utopique aujourd'hui, sera peut-être devenu la réalité et la norme de demain. Le franc-maçon, placé entre deux éternités, travaillant symboliquement de midi à minuit, se souvenant d'hier, anticipant demain, les deux pieds pourtant bien ancrés dans le présent, ne doit surtout pas oublier que son action s'inscrit dans un temps long.

    Il est donc étonnant de constater à quel point Ragon, pourtant si dédaigné aujourd'hui, avait su ainsi mettre en avant, dès 1841, des sujets de réflexion de première importance. C'est comme si cet auteur était parvenu à saisir le mouvement de l'Histoire qui est celui de l'esprit humain. Il a compris toute l'influence du progrès des sciences et des techniques sur le devenir de l'homme et de la société. Toujours dans son Cours philosophique et interprétatif des initiations anciennes et modernes, il écrit (p. 47) :

    « Remercions la Maçonnerie, si tout marche à l'association. L'imprimerie l'a puissamment secondée, en harmonisant l'esprit des nations et la vapeur accomplit matériellement l'oeuvre commencée depuis tant de siècles, en diminuant les distances et en poussant les peuples à se connaître, à s'unir et à se confondre. Tout tend donc à l'unité et à ne faire des hommes qu'une grande famille. » 

    Et d'insister notamment sur l'importance de la presse, donc de la liberté d'expression, dont on a vu hélas à quel point elle pouvait être aujourd'hui menacée par le fanatisme et l'obscurantisme.

    « Nous reproduisons ici, avec plaisir, deux strophes de l'Hymne imprimé chanté à Strasbourg devant la statue de Gutenberg, le 24 juillet 1840 jour de son inauguration ; une partie des bienfaits de la Presse s'y trouve retracée.

    « Moderne espérance
    « De l'humanité,
    « Presse à qui la France
    «Doit la liberté,
    « Par toi la parole
    « Sait briser les fers ;
    « Tu sers de boussole
    « A tout l'univers.
    « Poursuis ta carrière,
    « Soleil des Etats !
    « Verse la lumière
    « Sur tous les climats !
    « Foyer d'où vient luire
    « Tout noble penser ; 
    « Toi qui sus détruire,
    « Tu sauras créer. »

    Ragon a donc fait preuve d'un bel optimisme qui l'a rendu clairvoyant sur ce qu'était la franc-maçonnerie et sur ce qu'elle pouvait apporter non seulement à ses fils mais aussi à l'humanité tout entière.

    Je crois qu'il y a là une magnifique leçon à méditer pour nous, maçons du XXIe siècle !

  • De l'adoption homoparentale

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    Daniel Fasquelle, député UMP du Pas-de-Calais, opposé à l'adoption des enfants par des couples homosexuels, a déposé le vendredi 21 novembre une proposition de loi pour permettre aux enfants adoptés de rompre leur lien de filiation, une fois leur majorité atteinte. 

    Juridiquement cette proposition est absurde car il est bien entendu impossible de revenir sur une filiation adoptive lorsqu'elle a été établie. De même, l'enfant ne saurait répudier sa filiation naturelle à sa majorité. Ses auteurs le demeureront jusqu'à la fin de ses jours quelle que soit le degré d'entente ou de mésentente qu'il pourra avoir avec eux.

    Cette proposition - juridiquement absurde, je le répète - souligne, une fois encore, à quel point l'homosexualité est considérée par beaucoup de personnes comme une déviance qui justifierait des mesures discriminatoires contraires à notre droit. Pourquoi l'institution du mariage, ouverte depuis mai 2013 à tous les couples, devrait-elle varier dans ses effets juridiques en fonction des orientations sexuelles des parents ? Rien, d'un point de vue rationnel et légal, ne peut justifier une telle différence de traitement.

    Il est donc assez inquiétant de voir qu'un représentant de la Nation a décidé, avec le plus grand sérieux, de soumettre au bureau de l'Assemblée Nationale une proposition de loi bâclée, écrite à la hâte, et contraire aux principes généraux du droit. Une telle initiative accrédite l'idée selon laquelle les homosexuels seraient inaptes, par nature, à être parents et à élever correctement leurs enfants. Que l'honorable député soit rassuré. Non, l'homosexualité n'est pas une maladie. Elle ne s'attrape pas au contact des homosexuels. Elle ne se transmet pas davantage par l'adoption.

    Il est donc parfaitement illusoire de prétendre réécrire de fond en comble la loi Taubira, comme l'a affirmé imprudemment un ancien président de la République qui, décidément, ne sait plus comment faire pour revenir sur le devant de la scène politique et qui, de surcroît, condamne aujourd'hui ce qu'il a défendu hier. Il est spécieux de promettre son abrogation car on se saurait revenir sur ce qui constitue un acquis juridique. L'abrogation, dans ce cas, serait discriminatoire.