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société - Page 2

  • Alexandre le malheureux

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    chevalier.jpgJe voudrais revenir sur le très beau portrait que Denis Lefebvre a dressé du F∴ Alexandre Chevalier, ancien G∴M∴ du G∴O∴D∴F∴ de septembre 1965 à septembre 1966. Je ne vais volontairement pas entrer dans les détails de cette étude remarquable que vous pourrez lire en intégralité en vous procurant le dernier numéro des Chroniques d’Histoire Maçonnique. Mais je souhaiterais en dire cependant quelques mots, dans la mesure où je crois qu’on peut y trouver les origines de ce que nous vivons au sein du G∴O∴D∴F∴.

    Et que vivons-nous ? Depuis une quarantaine d’années, nous vivons sur l’idée que notre obédience doit être nécessairement et résolument engagée dans le monde profane. Nous constatons que l'exécutif a pris l'habitude de s’exprimer régulièrement et publiquement au nom de ses membres. Parfois – mais c’est très rare - cette expression publique se fait à bon escient, soit parce que le sujet est grave, soit parce que l’urgence commande un positionnement. Mais le plus souvent, cette expression publique est intempestive et inutilement clivante. Et surtout elle ne reflète absolument pas la diversité des opinions au sein des LL∴ de l’Obédience.

    Je prendrai un seul exemple en guise d’illustration. Le 8 octobre dernier, le Conseil de l’Ordre du G∴O∴D∴F∴ a publié un communiqué hostile à la ratification de la charte européenne des langues régionales et minoritaires perçue comme une atteinte intolérable à l’indivisibilité de la République et à l’unité des Français. Mais dans le même temps, vous avez de nombreuses loges du G∴O∴D∴F∴ qui organisent plus ou moins régulièrement des tenues dans des dialectes régionaux. La mienne, par exemple, apprécie de travailler de temps en temps en occitan. Je connais par ailleurs d’excellents FF∴ qui ont à cœur de défendre et de promouvoir la culture et la langue occitanes. Certains d'entre eux ne sont peut-être pas hostiles à la charte européenne contrairement à ce que le communiqué du G∴O∴D∴F∴ pourrait laisser penser. Ce sont pourtant d'excellents républicains. J'ai pu constater, par exemple et à mon grand étonnement, que le conservateur du musée de la franc-maçonnerie parlait remarquablement le patois des Cévennes. Faut-il y voir une marque de défiance à l’égard de l’indivisibilité de la République ? Non bien sûr !

    Si on veut donc qu’une parole publique ait un tant soit peu de valeur, il n’y a pas trente-six solutions : il faut qu’elle demeure rare, exceptionnelle, réfléchie et mesurée. Sinon elle se banalise et cristallise inutilement les oppositions. Elle devient une simple réaction, un gazouillis, un bruit de fond. On finit par ne plus y prêter attention.

    C’est bien parce qu’il pressentait de telles dérives et qu'il redoutait des risques d’instrumentalisation politique de l’Obédience que le F∴ Alexandre Chevalier a été combattu dans les années soixante lorsqu'il a assumé la grande maîtrise et la présidence du Conseil de l'Ordre. Denis Lefebvre écrit (Chroniques d'Histoire Maçonnique, n°76, p. 81) :

    "Dans son message aux Frères du Grand Orient, en septembre 1965, le nouveau Grand Maître ne cache rien de son constat et des ambitions qu'il fixe à l'obédience :

    "Vous voilà revenus dans vos Orients respectifs. Les travaux du Convent 1965 son terminés, des tâches nouvelles vous attendent.

    Vous avez librement débattu des problèmes intéressant l'Ordre et aussi les sociétés humaines. Votre volonté catégorique d'effacer  définitivement certaines taches sera respectée, croyez-moi. Mais je sais aussi que vous voulez que nous tournions définitivement la page sur les séquelles des méthodes que nous avons utilisées jusqu'à ce jour dans l'Ordre.

    La Maçonnerie se fonde sur l'avenir et non sur un passé politique usé. Elle n'est pas un tremplin pour un électoralisme poussiéreux. Elle est une école de réflexion déterminant une certaine qualité des relations humaines."

    Le message est clair : la politique politicienne doit être bannie des temples, même si l'obédience doit être politique, mais au sens plein du terme."

    Pour Chevalier, la Maçonnerie devait demeurer un centre d'union où les opinions les plus diverses pouvaient librement s'exprimer. Elle ne devait pas être, selon ses propres mots, "une succursale de partis, de groupement, ou un conglomérat de clans." (Chroniques d'Histoire Maçonnique, n°76, p.90)

    Quand on se rappelle de certains événements récents, notamment de ceux qui ont eu lieu dans l'entre deux tours des dernières élections régionales, on se rend compte à quel point le F∴ Alexandre Chevalier avait vu juste, lui qui, pourtant, avait engagé le G∴O∴D∴F∴ dans des réflexions sociétales poussées, notamment sur la jeunesse et le planning familial.

    En 1966, le G∴M∴ Chevalier écrivait (Chroniques d'Histoire Maçonnique, n°76, p.87) :

    "Le Grand Orient n'est pas un parti politique, mais une société initiatique, c'est-à-dire faite pour l'homme. Autrement dit, elle développe l'esprit critique, contribue aux améliorations de la dignité de l'homme en exaltant sa personnalité et sa culture."

    Denis Lefebvre montre dans son étude que Chevalier, déjà diminué par la maladie (il mourra en 1969), a été ensuite victime de manoeuvres d'appareil ayant abouti à son lâchage par le Conseil de l'Ordre devant le Convent 1966 (un fait sans précédent selon l'auteur). Chevalier a donc été désavoué par l'exécutif obédientiel qu'il présidait. Alexandre Chevalier a été attaqué par ceux qui voulaient que le G∴O∴D∴F∴ s'engage résolument et de façon visible dans la Cité au risque de se retrouver inféodé à des pensées, des doctrines et des stratégies politiques particulières. Les conditions de l'éviction du F∴ Alexandre Chevalier ont été si expéditives et choquantes que même le F∴ Fred Zeller, pourtant connu pour ses opinions politiques tranchées (il fut le secrétaire particulier de Léon Trotsky), a éprouvé le besoin de rendre justice et hommage au F∴ Alexandre Chevalier dans son autobiographie publiée en 1976 (Fred Zeller, Trois points c'est tout, Robert Laffont).

    En conclusion, la très belle étude de Denis Lefebvre montre à quel point l'Histoire peut éclairer notre présent. Elle remet à l'honneur une grande figure du G∴O∴D∴F∴ injustement oubliée.

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    C'est la fin de l'année, je vais donc faire une petite pause. Je vous souhaite d'excellentes fêtes et vous donne rendez-vous l'année prochaine. Prenez soin de vous et de vos proches.
  • L'homme battu

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    société,violence,femmes,hommes8 mars, journée internationale de la femme. 25 novembre, journée internationale pour l'élimination des violences à l'égard des femmes. Loin de moi l’idée de discuter les violences faites aux femmes. J’aimerais néanmoins que l’on n'oublie pas d'évoquer les violences faites aux hommes par les femmes. Mais là je rêve, car le sujet est tabou et n'intéresse pas les pouvoirs publics. Il fait même rigoler tout le monde. L'homme battu est souvent perçu comme une mauviette, un sous-homme, un type dépourvu de toute virilité, un gars au fond qui mérite son sort.

    C'est un sujet que je connais bien. J'ai été battu par une femme. Cela a commencé de façon insidieuse et duré environ quatre ans. Le plus souvent à l'abri des regards. D'abord par des remarques déplacées, voire franchement grossières essuyées, au départ sans y faire très attention, puis de plus en plus douloureusement. Sur moi, ma famille, mes amis, mon tissu relationnel élargi, sur les choses que j'appréciais etc. Ensuite par des injures qui, progressivement, sont devenues quotidiennes et qui, quelques fois, ont fini par déborder de la sphère intime quand elle ne parvenait plus à se contenir (chez des amis par exemple). Enfin, beaucoup plus tard, par des gifles, des assiettes qui volent dans le salon, des coups que l'on encaisse sans répliquer dans le feu d'une scène de ménage. Je dis bien "sans répliquer" car l'homme battu que j'étais savait parfaitement qu'il pouvait la laisser sur le carreau à tout moment. J'étais bien plus costaud qu'elle. Lui coller une droite aurait été un jeu d'enfant. Seulement voilà, les coups d'un homme donnés sur le corps d'une femme ont plus d'impact juridique que les coups d'une femme donnés sur le corps d'un homme. C'est trivial, dit ainsi, mais c'est pourtant la réalité des choses. Répliquer, même pour me défendre, c'eût été me condamner d'avance aux yeux d'un flic, d'un magistrat, de la société tout entière... Je savais que ma parole d'homme dévalorisé n'aurait aucune espèce d'importance face à la sienne. Heureusement qu'elle n'a pas eu de beignes dans la tronche ! Pourtant, comme j'aurais aimé lui en coller une. Rien qu'une. Une belle tarte. Mais elle en aurait fait la tragédie du siècle et moi les frais. J'ai eu la chance d'en être conscient tout de suite. Je sais que d'autres ne l'ont pas et répliquent sans réfléchir dans un geste d'humeur et d'exaspération avec toutes les conséquences pénales et civiles qui y sont attachées.

    Alors on prend son mal en patience. On serre les dents et on remet son destin à des jours meilleurs. On se ment beaucoup. Peut-être a-t-elle des soucis ? Peut-être ne fais-je pas assez d'efforts ? Elle a probablement raison. Je ne suis qu'un nul, un minable, un raté. Elle perd sa vie avec moi. Elle mérite mieux qu'un looser. Il va falloir que je me ressaisisse... Comme il est bien difficile regarder en face, et lucidement, l'échec de sa vie conjugale sans chercher des excuses à l'autre, sans chercher des stratagèmes pour sauvegarder les apparences sociales et repousser l'inéluctable. Ça fait heureusement très longtemps que je me suis sorti de cette spirale mortifère et de l'emprise de cette connasse, de cette coquille vide, de cette perverse narcissique dépourvue d'affects. Il m'a fallu cependant l'aide bienveillante de proches qui m'ont fait prendre conscience de l'impasse dans laquelle je me trouvais, qui m'ont tendu la main, m'ont redonné de l'estime de soi et m'ont dit : "Maintenant, ça suffit. Tu n'as rien à te reprocher. C'est elle qui a un gros problème. Elle te dénigre. Elle te fait du mal. Tu te négliges. Ça ne te ressemble pas. Casse-toi, divorce-la !" Seul, m'en serais-je sorti ? Quinze ans après, je n'ai toujours pas la réponse à cette question qui a cessé de m'obséder depuis. La roue a tourné dans le bon sens. Je vis heureux à présent avec une femme que j'aime, qui m'aime et qui m'a donné le plus adorable des petits garçons.

    Ce que j'aimerais que l'on parvienne à comprendre un jour, c'est que les femmes et les hommes ne se rangent pas en blocs monolithiques avec, d’un côté, les femmes opprimées et, de l’autre, les hommes oppresseurs. L’oppression sociale et idéologique masculine a toujours trouvé, dans l’intimité, sa contrepartie sur le terrain affectif et privé, où des femmes ont fini par exercer une forme de dictature féroce. Habituées naturellement à se poser en "victimes", aidées en cela par le droit qui leur est plus favorable, elles ne se rendent pas compte de leur pouvoir opprimant. Le fait est que beaucoup de couples modernes vivent des échanges où la dynamique "traditionnelle" des pouvoirs est en réalité inversée. Sauf que notre société, si soucieuse d'égalité, n'est pas prête à le voir et à l'admettre.

  • Attentats de Paris : les mots sont importants

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    Attentats, Paris, Terrorisme, Jean-Paul Delevoye, 2015La France a beau être en plein deuil, le bavardage sur les terribles attentats de Paris est permanent. Ce bavardage frise souvent l'indécence avec, par exemple, ces questions cons de journalistes posées au quidam rencontré dans la rue. Que ressentez-vous ? Qu'auriez-vous envie de dire à ces terroristes ? Avez-vous peur ? Etc.

    Puis c'est la logorrhée médiatique des bons clients, des spécialistes de ceci ou de cela, des "terroristologues", des anciens généraux, des anciens des services secrets, des magistrats antiterroristes, des éditocrates sentencieux, des spécimens de la société civile (c'est-à-dire en réalité du Paris mondain), des intellectuels, des imams estampillés "vus à la TV" et des politiques bien entendu... 

    Ce bavardage tourne en boucle et sans répit. Les heures tournent. On se rend compte, au fond, qu'on n'apprend pas grand-chose ou en tout cas rien de nouveau par rapport à ce qui avait pu se dire durant les mois et les années précédentes.

    Le pathos ambiant semble tout anesthésier. Il va falloir pourtant vite se réveiller car on emploie de plus en plus un vocabulaire guerrier à courte de vue et essentiellement réactif en croyant répondre ainsi au désir de vengeance d'une population française qui impressionne, au contraire, par son calme, sa dignité et ses sentiments élevés de cohésion et de fraternité.

    Parmi toutes les interventions télévisuelles, j'en retiendrai cependant une qui m'a impressionné par sa clarté et sa sobriété. Elle émane de M. Jean-Paul Delevoye, ancien médiateur de la République et actuel président du Conseil économique, social et environnemental.

  • Etats-Unis d'Amérique : la société avance, la maçonnerie recule

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    Dans le Masonic Messenger d'octobre 2015, l'organe de la G∴L∴  de Géorgie (Etats-Unis d'Amérique), le G∴M∴ Douglas W. McDonald Senior écrit ce monument de connerie :

    "Edict 2015-1 was issued on September 8 declaring that a Freemason is obliged to obey the moral law and Almighty God, the Grand Architect of the Universe, the Father of Abraham, Isaac and Jacob; that basic moral laws are not man-made Edicts or Decrees, but spring from the eternal justice and wisdom of Almighty God; Freemasons must constantly strive to keep their integrity intact, for it is our integrity that holds our way of life together, and when integrity is lost, all is lost; that good moral character is a pre-requisite for admission into Freemasonry (...) and that homosexuality is contrary to the moral law."

    Ce qui peut se traduire ainsi :

    "L'édit 2015-1 a été publié le 8 septembre et énonce que le franc-maçon est obligé d'obéir à la loi morale et à Dieu Tout-Puissant, le Grand Architecte de l'Univers, le Père d'Abraham, Isaac et Jacob ; que les lois morales fondamentales ne résultent pas d'édits ou de décrets artificiels, mais ressortent de la justice éternelle et de la sagesse de Dieu Tout-Puissant. Les francs-maçons doivent constamment s'efforcer de garder leur intégrité intacte, car notre manière de vivre ensemble en dépend, et lorsque l'intégrité est perdue, tout est perdu ; que la bonne moralité est un pré-requis pour l'admission dans la franc-maçonnerie (...) que l'homosexualité est contraire à la loi morale."

    Les homosexuels sont donc exclus de la franc-maçonnerie de cet Etat au nom de la loi morale et du G∴A∴D∴L∴U∴ Tout-Puissant !

    Cet édit inique et honteux, absolument contraire aux principes les plus sacrés de l'Ordre maçonnique, a été commenté par Roger Dachez et la blogueuse La Maçonne. Je ne reviendrai pas sur le fond de leurs analyses respectives que je partage entièrement.

    Je voudrais simplement souligner que cette prise de position consternante et rétrograde témoigne de l'ultra-conservatisme d'une maçonnerie américaine en pleine décroissance et plus que jamais déconnectée des réalités sociales.

    J'ai déjà eu l'occasion de montrer des exemples de cet ultra-conservatisme à travers le combat courageux de William H. Upton en faveur de la reconnaissance de "la maçonnerie nègre", l'interdiction de l'alcool par la G∴L∴ de l'Indiana ou encore les déboires judiciaires du malheureux F∴ Frank J. Haas en Virginie-Occidentale.

    Qu'il me soit permis de rappeler ici que la Cour suprême des États-Unis a rendu, le 26 juin 2015, une décision historique aux termes de laquelle elle a jugé que la Constitution fédérale garantissait aux personnes de même sexe le droit de pouvoir se marier.

    En d'autres termes, l'élargissement du mariage aux personnes de même sexe est devenu désormais un droit constitutionnel. Ce droit a vocation à être reconnu dans tous les Etats américains, y compris dans la très conservatrice Géorgie.

    Mais ce changement social profond et juridiquement irréversible semble avoir échappé au G∴M∴ McDonald. A moins que ce dernier n'ait précisément voulu profiter de la campagne des primaires pour affirmer le rejet de ce changement.

    N'oublions pas, en effet, que les Etats-Unis d'Amérique éliront, l'an prochain, un successeur au Président Obama.