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république - Page 5

  • Souvenir de Loge

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    ego sum, souvenir, loge, République, banquet d'ordre

    Nous sommes dans la période du solstice d'hiver. C'est celle des banquets d'ordre. En rangeant certaines de mes archives, je suis tombé sur des photos que je croyais avoir perdues.

    Elles datent de décembre 1993. J'étais à l'époque un tout jeune compagnon d'une L∴ du G∴O∴D∴F∴. J'avais 21 ans.

    J'avais sympathisé avec le V∴M∴ d'une L∴ de la G∴L∴D∴F∴. Je visitais souvent son atelier dans lequel il faisait bon travailler (c'était le temps où la G∴L∴D∴F∴ n'était pas empêtrée dans des circulaires surréalistes à propos de la régularité et d'autres sujets accessoires).

    Ce V∴M∴ avait voulu m'associer activement à la préparation de la Saint-Jean d'Hiver. Je me souviens que je devais jouer le rôle d'un maçon du XVIIIe siècle et surprendre les frères attablés. J'étais en quelque sorte le F∴ visiteur que l'on n'attend pas, qui frappe à la porte et sollicite le bon accueil.

    Je regrette de ne pas avoir retrouvé le texte de mon intervention même si je présume qu'il devait avoir pour objet l'émancipation des individus, la tolérance, les droits de l'homme et la République dont nous venions de fêter le bicentenaire. Ça devait sans doute être un peu cucul comme une chanson de Paul Louka mais finalement plein de bonne volonté.

    Des tas de souvenirs refont surface en voyant ces photos. Des visages surgissent du passé. J'entends à nouveau le son de la voix d'untel. Je me rappelle de la démarche ou du rire de tel autre. Je revois des situations, des moments. Je sens à nouveau des odeurs. C'est fou ce que l'on peut emporter avec soi sans s'en rendre compte !

    Il y a déjà vingt-deux ans... Bon sang ! Je n'en reviens pas... Vingt-deux ans... le temps passe si vite !...

    Joyeux solstice d'hiver à tous !

  • La défaite pour tous

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    3488297.pngLes urnes ont parlé. Le FN n'assumera aucune présidence de région. Pourtant, je n'ai pas le coeur à m'en réjouir même si je le devrais. L'échec du FN n'a été en effet obtenu que grâce au retrait unilatéral des listes socialistes dans les régions où la formation des Le Pen était susceptible de l'emporter (la droite républicaine, elle, ayant refusé de faire la même chose).

    Résultat : en PACA et en Nord Pas-de-Calais, il n'y aura aucun élu de gauche dans les assemblées régionales pour cette mandature... La seule force d'opposition dans ces deux régions sera l'extrême droite. Quel résultat... Je pense qu'il y a là matière à s'interroger. C'est tout de même cher payé pour faire barrage au FN et on peut se demander si la République est vraiment gagnante dans cette configuration politique inédite.

    Je note d'ailleurs que le F∴ Masseret avait vu juste. Lui qu'on accusait encore hier de faire le jeu du FN a fait un score pour le moins honorable. Non seulement Florian Philippot n'a pas gagné dans le Grand Est mais la gauche sera aussi bien présente au sein de l'assemblée régionale avec une vingtaine de représentants. Je crois que les FF∴ Bataille et Keller, qui n'ont eu de cesse de s'agiter inconsidérément ces derniers jours au mépris du règlement général du G∴O∴D∴F∴, devraient aujourd'hui faire profil bas et en tirer toutes les conséquences pour eux-mêmes.

  • Attentats de Paris : les mots sont importants

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    Attentats, Paris, Terrorisme, Jean-Paul Delevoye, 2015La France a beau être en plein deuil, le bavardage sur les terribles attentats de Paris est permanent. Ce bavardage frise souvent l'indécence avec, par exemple, ces questions cons de journalistes posées au quidam rencontré dans la rue. Que ressentez-vous ? Qu'auriez-vous envie de dire à ces terroristes ? Avez-vous peur ? Etc.

    Puis c'est la logorrhée médiatique des bons clients, des spécialistes de ceci ou de cela, des "terroristologues", des anciens généraux, des anciens des services secrets, des magistrats antiterroristes, des éditocrates sentencieux, des spécimens de la société civile (c'est-à-dire en réalité du Paris mondain), des intellectuels, des imams estampillés "vus à la TV" et des politiques bien entendu... 

    Ce bavardage tourne en boucle et sans répit. Les heures tournent. On se rend compte, au fond, qu'on n'apprend pas grand-chose ou en tout cas rien de nouveau par rapport à ce qui avait pu se dire durant les mois et les années précédentes.

    Le pathos ambiant semble tout anesthésier. Il va falloir pourtant vite se réveiller car on emploie de plus en plus un vocabulaire guerrier à courte de vue et essentiellement réactif en croyant répondre ainsi au désir de vengeance d'une population française qui impressionne, au contraire, par son calme, sa dignité et ses sentiments élevés de cohésion et de fraternité.

    Parmi toutes les interventions télévisuelles, j'en retiendrai cependant une qui m'a impressionné par sa clarté et sa sobriété. Elle émane de M. Jean-Paul Delevoye, ancien médiateur de la République et actuel président du Conseil économique, social et environnemental.

  • De la formation des imams

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    Afin d’assurer la formation d’imams en France et d’éviter le développement dans l’espace public de tout discours extrémiste, les pouvoirs publics de la République française ont estimé nécessaire d'organiser une formation pour les imams. Les contours de cette formation doivent être définis et précisés. Elle pourra comprendre un enseignement théologique, mais aussi et surtout une présentation historique et contextualisée de l’islam, de ses fondements doctrinaux, culturels et cultuels, d'une approche exégétique du texte coranique et des autres sources secondaires. L'objectif est de favoriser une approche pluridisciplinaire de l'Islam tout en l'ancrant dans les valeurs civiques et républicaines. C'est la raison pour laquelle je salue la déclaration conjointe signée samedi dernier par la France et le Maroc. 

    Contrairement à ce qu'affirme péremptoirement et bruyamment un esprits inquiet, il ne s'agit pas pour les pouvoirs publics d'exercer je ne sais quel magistère moral et juridique sur les actes des imams de France. Il s'agit de créer les conditions permettant à l'Islam de se développer harmonieusement en France comme n'importe quelle autre religion et de faire en sorte que nos compatriotes musulmans (et les musulmans ayant d'autres nationalités) puissent bénéficier de ministres du culte formés et compétents. Il s'agit aussi de changer le regard que l’on porte habituellement sur la population musulmane de notre pays. Ce regard est en grande partie déterminé par les conditions historiques et les caractéristiques sociologiques de la population musulmane. En France, cette population est l'enfant non assumée de la colonisation et la fille d’une immigration amorcée après la seconde guerre mondiale.

    L'Islam est la deuxième confession religieuse en France. Il serait temps de s'en rendre compte et de prendre à bras le corps les problèmes auxquels il est confronté. On peut citer parmi ces problèmes (la liste n'est évidemment pas exhaustive) :

    • le faible nombre de lieux de culte décents ;
    • la radicalisation de certains discours au sein de la communauté musulmane dont les causes sont multifactorielles et complexes : exclusion sociale ; chômage ; décrochage scolaire ; désoeuvrement ; perte d'influence des partis et des syndicats et plus largement du mouvement associatif comme moyen de mobilisation ; influences extérieures de pays non démocratiques ; inculture ; parfois problèmes mentaux graves, etc. ;
    • l'absence d'une administration interne au culte musulman qui permettrait de le structurer, d'y assurer une discipline ordinale et de le représenter auprès des pouvoirs publics.

    Je l'ai déjà dit maintes fois : la République a toujours été interventionniste dans la gestion des cultes en France parce que celle-ci a besoin d'interlocuteurs. La laïcité, qui a pour corollaire la séparation, ne signifie pas que l'Etat ignore les cultes sur le territoire national et que les cultes ignorent l'Etat garant de l'intérêt général et de la paix sociale.

  • Selon que vous serez puissant ou misérable...

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    Le 7 mai dernier, j'ai regardé par hasard deux émissions d'actualité. C dans l'air, émission quotidienne de décryptage de l'actualité diffusée sur France 5, et Envoyé spécial, le célèbre magasine hebdomadaire d'information de France 2. Dans les deux émissions, il était question de justice. Ce fut une étonnant contraste.

    En effet, C dans l'air a consacré son numéro à la décision de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris qui a finalement validé la quasi-totalité de la procédure et des écoutes judiciaires visant Nicolas Sarkozy dans une affaire de corruption et de trafic d'influence actifs pour laquelle il a été mis en examen.

    Envoyé spécial a consacré un reportage à Daniel Legrand, le plus jeune des accusés de l'affaire d'Outreau. Bien qu'il ait été acquitté il y a dix ans, Daniel Legrand, âgé de moins de dix-huit ans au moment d'une partie des faits, doit à nouveau comparaître pour la même affaire devant la cour d'assises des mineurs. 

    Les deux affaires ne sont absolument pas de même nature, c'est entendu. Pourtant il y a matière à comparaison.

    En ce qui concerne l'affaire des écoutes, on sait rappeler avec vigueur les grands principes, notamment la présomption d'innocence et le caractère absolu du secret professionnel. C'est comme si le renvoi éventuel de M. Sarkozy devant le Tribunal correctionnel apparaissait inconcevable et insupportable. En tous les cas, le moindre acte de procédure donne lieu à recours parce que M. Sarkozy peut se payer les meilleurs avocats. C'est donc une bataille juridique de tous les instants pour éviter à l'ancien président de la République de comparaître devant la justice.

    Daniel Legrand, lui, n'est pas ancien président de la République. C'est un fils d'ouvrier du nord de la France, issu d'un milieu extrêmement modeste qui doit comparaître pour être jugé à nouveau alors que son innocence a été reconnue. Et là, tout le monde s'en fout. Il faut dire que Daniel Legrand ne passionne pas les ténors du barreau ou les éditocrates de la presse parisienne, lesquels ont pourtant souvent un avis péremptoire sur tout. Ce scandale concerne un citoyen ordinaire qui a été broyé dans un fiasco judiciaire et qui y a laissé sa santé et sa joie de vivre. Pour lui, on ne sait pas rappeler pas les grands principes du droit, notamment celui qui consiste à ne pas être jugé deux fois pour les mêmes faits.

  • Retour sur la loi du 9 décembre 1905

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    La loi du 9 décembre 1905 portant séparation de l'Eglise et de l'Etat passe souvent pour l'une des grandes "lois maçonniques" votée durant la période de "La Belle Epoque". Pourtant, à y regarder de plus près, cette paternité revendiquée bruyamment aujourd'hui par les Obédiences françaises les plus anciennes (je pense principalement au Grand Orient et à la Grande Loge) doit être fortement nuancée, non que la franc-maçonnerie fût étrangère aux débats parlementaires bien sûr, mais plutôt parce que les francs-maçons qui siègeaient à la Chambre des députés et du Sénat étaient loin de partager le même point de vue sur le projet législatif défendu par le profane Aristide Briand.

    Durant l'année 1905, le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France, pourtant fortement politisé (1), s'est bien gardé d'adresser aux parlementaires maçons la moindre consigne, leur laissant le soin de voter selon leur conscience. Il semble que le Conseil fédéral de la Grande Loge de France ait agi de façon identique. Cette prudence des exécutifs obédientiels montre bien que le projet de loi était loin de faire l'unanimité parmi les parlementaires maçons.

    L’extrême gauche (composée des socialistes unifiés et des radicaux socialistes) en critiquait volontiers « l’inefficacité ». Selon elle, la proposition de loi n'allait pas assez loin et se montrait plutôt clémente à l'égard des cléricaux en organisant la dévolution des biens ecclésiastiques à des associations cultuelles de droit privé (art. 4 et 6 de la proposition de loi). Les critiques se concentrèrent également sur le transfert de propriété des églises et des cathédrales aux collectivités publiques. Ce qui suppose une obligation d'entretien nouvelle de ce patrimoine immobilier considérable aux frais du contribuable. Nombreux furent les laïques, francs-maçons ou pas, qui s'en inquiétèrent.

    Par exemple, le profane Georges Clemenceau, radical, avait durement critiqué cet aspect du projet de loi. Il y voyait une compromission imaginée par le "socialiste papalin" Aristide Briand et une sorte de prolongement, sous une autre forme néanmoins, de l'esprit concordataire. Il vota cependant la loi. Du côté des socialistes unifiés, le rapporteur Aristide Briand, ancien compagnon de route de Jean Jaurès, était considéré comme un traitre, un ambitieux opportuniste aux dérives droitières et un personnage dont il fallait grandement se méfier. Il n'est pas douteux que l'on devait retrouver de semblables appréciations négatives parmi les francs-maçons siégeant à la Chambre et au Sénat.

    André Combes estime le nombre de parlementaires maçons à environ 150 faute d'annuaire (2). C'est à la fois beaucoup et peu. Beaucoup parce que ça montre non seulement que la franc-maçonnerie jouissait d'un certain prestige, d'une certaine aura sous la Troisième République, mais qu'elle avait aussi incontestablement la capacité de rassembler des parlementaires de sensibilités différentes. Peu parce que les parlementaires maçons - députés et sénateurs donc - étaient loin de former arithmétiquement à eux seuls un courant majoritaire. En effet, si l'on prend l'exemple de la chambre des députés élue en 1902, on constate que celle-ci était composée de 589 députés. L'extrême gauche  regroupait durant cette législature 274 députés et ne disposait donc pas de la majorité absolue. Dans son mémoire, Céline Chadélat se montre plus précise sans pour autant citer clairement ses sources. Elle affirme que la législature de 1902-06 comptait 171 députés maçons (3). D'où sort-elle ce chiffre ? Mystère.

    En fait, la réalité est qu'on n'en sait rien. Comme je l'ai dit, il n'existe pas d'annuaires de parlementaires francs-maçons. En outre, il faut se méfier des appartenances maçonniques que l'on prête indûment à des personnes qui n'ont jamais fréquenté les loges et qui n'ont jamais hésité à jouer sur cette ambiguité. 

    Il est donc impossible de mesurer concrètement ce que fut l'action de la franc-maçonnerie sur le processus d'élaboration de la loi du 9 décembre 1905. Une chose est sûre en tout cas, c'est qu'il a fallu convaincre bien d'autres parlementaires républicains pour former une majorité à la Chambre et au Sénat. Des parlementaires républicains qu'on ne retrouvait pas dans les loges mais qui comprenaient parfaitement l'esprit et les objectifs de conciliation de la loi défendue par Briand.

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    Notes

    (1) En 1904-1905, il y avait sur les 33 Conseillers de l'Ordre un ministre, sept députés, de deux sénateurs, trois anciens députés et plusieurs maires et conseillers

    (2) A. Combes, La franc-maçonnerie française en 1905, Idées en mouvement, n°20, revue de la ligue de l'enseignement, juin-juillet 2004.

    (3) Céline Chadélat, La franc-maçonnerie face à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Université d'Aix-en-Provence, p. 54.