Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

république - Page 4

  • Le danger de la politisation du G∴O∴D∴F∴

    Imprimer

    politique,république,franc-maçonnerie,godf,patrice deriémont,loi travail,démocratie,violence, daniel keller

    Patrice Deriémont a livré ses réflexions relatives au projet de loi travail sur le blog de l’ami Géplu. L'intervenant a été présenté comme ancien Grand Maître adjoint du temps d'Alain Bauer (le médiatique criminologue que les journalistes invitent souvent dès qu'il s'agit de causer terrorisme à la télévision ou à la radio). J’espère qu’il n’y a aucun lien entre ce regain d’activité internautique et des ambitions contrariées. Sa réflexion en tout cas ne manque pas d'intérêt mais elle s'inscrit malgré tout dans un phénomène que je déplore depuis longtemps : la politisation excessive du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴). Dès l'instant où la gloire passée d'un intervenant est rappelée, c'est, j'imagine, pour mieux asseoir son propos.

    Je dois préciser ma pensée. Que faut-il entendre par « politisation excessive » ? Elle consiste :

    1°) à considérer que la Franc-Maçonnerie n’est véritablement utile que si elle s’implique dans le commentaire (et non dans l’analyse) de l’actualité immédiate ;

    2°) à réagir au coup par coup, à laisser la primauté aux émotions et à la versatilité des humeurs du moment sans recul et sans esprit de prospective ;

    3°) à circonscrire la liberté de conscience à des communiqués de presse, à des tribunes ineptes (comme par exemple la dernière de Daniel Keller publiée dans Médiapart) et, plus généralement, à des postures politico-médiatiques.

    Dans sa note, Patrice Deriémont est ainsi revenu sur le fameux article 6 du projet de loi. A l’heure où j’écris cette note, je ne vais pas faire semblant de vous faire croire que je suis parfaitement au courant du processus législatif en cours. Lors d’un congrès régional auquel j’ai participé, j’ai même entendu Daniel Keller affirmer que cet article avait été abandonné. J’ignore si c’est vraiment le cas. Tout ce que je peux dire cependant, c’est que l’article 6 originel n’instaurait rien de nouveau et – comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire ici – ne faisait que reprendre l’acquis jurisprudentiel en la matière. Il n’y avait évidemment aucune atteinte à la laïcité.

    Concernant l’article 2 et sur le prétendu inversement de la hiérarchie des normes, il faut quand même rappeler que cette disposition réaffirme le code du travail en tant que socle intangible dans des domaines fondamentaux comme la durée légale du temps de travail, le Smic, la santé et la sécurité. Il réaffirme le rôle de la branche sur la modulation, le temps partiel etc. Et puis cet article 2 donne de l'espace supplémentaire à la négociation dans l'entreprise sur l'organisation du travail (c'est ce qui semble déplaire). Et encore de façon très encadrée, c'est-à-dire sur la base d'un accord majoritaire négocié avec un représentant syndical ! J'y vois la pleine confirmation du principe de faveur dont les opposants au projet de loi craignent la remise en cause.

    L’idée est donc de permettre aux salariés et aux patrons d'adapter ensemble les relations de travail au sein des entreprises au plus près des réalités économiques auxquelles elles sont confrontées. L’idée est de faire en sorte que les relations de travail puissent s’harmoniser au plus près des réalités d'un secteur donné. L’idée est enfin de favoriser la négociation avec le concours des syndicats dont la présence sort renforcée. Sans remettre en cause le code du travail en tant que tel. Il ne s’agit pas, comme j’ai pu le lire dans un article d’Humanisme, de substituer entièrement et brutalement le contrat à la loi impersonnelle et générale ! De toute façon, le contrat n'est pas un gros mot. Le droit des obligations, actuellement en pleine réforme, est en effet un des piliers fondamentaux de notre droit positif depuis Napoléon. Il serait bon aussi de le rappeler. Y compris dans les colonnes de la revue Humanisme.

    Bref, ça fait quand même beaucoup de garde-fous dont on ne parle jamais dans les médias et qui devraient rassurer les plus inquiets. Et encore, je ne parle pas du compte personnel d'activités, de la sécurisation des parcours professionnels dans un contexte de chômage de masse (car aujourd'hui les carrières professionnelles sont hachées), etc. Les chantiers sont nombreux. Mais de toute façon, à quoi sert-il de le dire puisque personne ne s'écoute ?

    politique,république,franc-maçonnerie,godf,patrice deriémont,loi travail,démocratie,violence,daniel kellerDe façon plus générale, je ne comprends pas que certains francs-maçons, aux solides préjugés idéologiques, participent activement à cet obscurcissement des esprits en racontant parfois n’importe quoi alors même que le processus législatif n'est pas arrivé à son terme ! Il me semble que ces frères devraient au contraire prôner le dialogue et l’écoute. Oui, ce dialogue et cette écoute dont ils se prévalent en loge mais qu’ils ont un peu trop tendance à oublier quand ils cancanent dans le monde profane ou sur internet.

    Comment non plus ne pas être en colère quand je vois des frères, que j’estime par ailleurs, tellement travaillés par les rancoeurs politiciennes qu’ils en sont réduits à relayer sur les réseaux sociaux d’ignobles caricatures (par exemple Valls en uniforme de S.A. hitlérien) ou des articles de propagande provenant de blogs d’extrême gauche et, parfois hélas, d’extrême droite ? Comment peuvent-ils s’abandonner ainsi à la haine et à l'aveuglement partisan sans regarder à deux fois ce qu'ils diffusent ? Ont-ils oublié les exigences de l’initiation maçonnique ? Je n'ose le croire.

    politique,république,franc-maçonnerie,godf,patrice deriémont,loi travail,démocratie,violence,daniel kellerDans deux mois, les conseillers de l’Ordre du G∴O∴D∴F∴ vont être appelés à élire un nouveau Grand Maître. Je ne vais pas rappeler ce que j’ai écrit sur cette fonction qui n’existe pas dans le règlement général et qui n’a pas d’attribution précise (pour ceux que ça intéresse, c’est ici). J’espère simplement que les conseillers de l’Ordre privilégieront une personnalité réellement initiée sur tout politicien déguisé en maçon. Car il faut le dire : le G∴O∴ a besoin de maçons à sa tête et pas de directeurs de conscience ou de communicants à la petite semaine.

    J’espère aussi que le futur Grand Maître sera économe de ses paroles. Elles n’en auront que plus de valeur. J’espère enfin que le futur Grand Maître veillera à ce que l’obédience ne s’embourbe pas dans les ornières de la politique politicienne. Le G∴O∴D∴F∴ doit demeurer le centre de l’union. Il doit inscrire la réflexion de ses ateliers dans un temps long. Il doit se souvenir que les SS∴ et les FF∴ ont des sensibilités politiques, philosophiques et religieuses différentes. Quand je vois le climat actuel dans le monde profane, quand je songe aussi à l’échéance électorale de l’an prochain, je pense qu’il est absolument primordial que le G∴O∴ conserve sa sérénité et travaille, selon ses principes constitutionnels, dans la joie et la paix et dans le respect des convictions de chacun de ses membres.

  • Le légendaire signe de détresse d'Henri Brisson

    Imprimer

    brisson.jpgLa prétendue influence politique de la Franc-Maçonnerie a toujours fait couler beaucoup d'encre, notamment dans les milieux d'extrême droite ordinairement réceptifs aux théories complotistes. On cite souvent à titre d'exemple l'intervention du frère Henri Brisson à la tribune de l'Assemblée Nationale le 26 juin 1899. Le député radical y aurait fait le célèbre « signe de détresse ». Il aurait donc devant ses collègues 1°) croisé les doigts, paumes vers l’avant, tendu les bras au-dessus de sa tête, face vers le ciel, 2°) renversé son corps en arrière et 3°) lancé un tonitruant « À moi les enfants de la Veuve ! ».

    Grâce à ce signe et à cet appel, Henri Brisson aurait ainsi obtenu le ralliement de tous les députés francs-maçons présents dans l'hémicycle et sauvé le ministère Waldeck-Rousseau. Le problème, c'est que Brisson n'a jamais agi de la sorte sauf bien entendu dans l'imagination fertile des antimaçons toujours à la recherche du détail qui accréditerait l'existence du grand complot des loges. Voici ce que le député Henri Brisson a réellement déclaré devant la Chambre :

    « Je demande à la Chambre la permission de lui dire en deux mots pourquoi je ne m'abstiens pas.

    Après les catastrophes redoutables auxquelles nous avons assisté il y a vingt-neuf ans et qu'on rappelait tout à l'heure, j'ai été le premier à proposer l'amnistie. Mais alors nous ne rusions ni avec les hommes, ni avec les choses,ni avec les mots.

    Proposer l'amnistie, ce n'était pas proposer seulement de faire rentrer certains citoyens dans la cité, c'était proposer l'oubli des drames et des tragédies de la guerre civile, l'oubli des haines et des rancunes. Notre but était d'éteindre par la générosité et par la bonté les cendres encore brûlantes de la guerre civile et de fonder, sur le sol renouvelé, la République rêvée.

    Cette République, presque tous les républicains qui sont montés la tribune, nous accordent qu'il y a lieu de la défendre. La question est de savoir si, pour défendre la République, on va faire une majorité par ici (la droite), c'est-à-dire avec ceux qui ont passé trente ans à esayer de la détruire, ou si on la fera avec tous les braves républicains qui siègent de l'autre côté.

    Quant à moi, je n'hésite pas : le gouvernement promet de défendre la République, je lui donne mon vote, et j'invite tous ceux sur lesquels je puis avoir quelque influence à voter, je ne dis pas pour le gouvernement, mais pour la République. »

    On le constate. Pas de signe de détresse. Pas d'appel théâtral aux enfants de la Veuve. Mais une phrase finalement bien anodine qui laisse plutôt entrevoir les intenses négociations qui ont eu lieu au sein des différents groupes politiques républicains dans un contexte de crise politique aiguë : « (...) et j'invite tous ceux sur lesquels je puis avoir quelque influence à voter, je ne dis pas pour le gouvernement, mais pour la République. » Dans l'esprit des antimaçons, l'influence revendiquée par Brisson s'est donc transformée en appel subliminal aux députés francs-maçons. Puis, l'appel subliminal est devenu à son tour signe de détresse. Comme quoi, les légendes tiennent à peu de choses... 

    Il faut se souvenir que le ministère Waldeck-Rousseau était né dans la douleur en juin 1899. En effet, les modérés craignaient fortement la présence du socialiste Alexandre Millerand au sein du gouvernement. Les socialistes quant à eux, contestaient la présence au ministère de la Guerre du Général Gaston de Gallifet, le fusilleur de la Commune. Quelques mois plus tôt, le 23 février 1899 exactement, lors des obsèques du président Emile Loubet, Paul Déroulède et les nationalistes avaient fomenté un putsch contre la République qui avait lamentablement échoué. L'affaire Dreyfus n'en finissait pas non plus de défrayer la chronique. Bref, l'atmosphère politique était extrêmement tendue.

    Henri Brisson, dont l'appartenance maçonnique était de notoriété publique, n'aurait évidemment jamais pris le risque de se comporter de façon aussi grotesque devant la représentation nationale. Henri Brisson était pragmatique. En homme politique averti, il voulait que le centre-gauche et la gauche s'unissent et évitent de se perdre dans des querelles oiseuses sur les personnes de Gallifet et de Millerand. L'objectif primordial était à ses yeux la défense de la République face aux nationalistes et aux cléricaux de droite.

  • Humanisme n°311. Réinstituer la République

    Imprimer

    humanisme2016.jpgLe numéro 311 d'Humanisme publie un dossier intitulé : « Réinstituer la République ». Sans point d'interrogation. Rien que ça. En toute modestie. Une affirmation donc. Comme les mots ont un sens, j'en ai logiquement déduit que la République avait disparu en France. N'allez pas cependant en déduire que tout est bon à jeter dans ce dossier. Je n'ai pas dit ça. Une chose est sûre en tout cas, c'est que vous y trouverez les mêmes litanies sur la jeunesse, sur le déclin de l'école, des institutions républicaines, de la laïcité, de l'orthographe, etc., que cette revue nous ressert obsessionnellement sur tous les tons depuis des décennies. C'est donc du réchauffé à peine réactualisé. Bref, il s'agit une nouvelle fois d'un numéro très « franco-français », mais du genre « petit pays, petit esprit » recroquevillé sur ses certitudes, nostalgique de sa grandeur passée et désireux de retrouver la République perdue, celle des grands hommes et des grands projets.

    Je voudrais citer cette perle du rédacteur en chef que je trouve très révélatrice de ce « déclinisme » ambiant :

    « Que la République était belle sous l'Empire, disaient les déçus de la Troisième du nom qui l'avaient imaginée si harmonieuse. Or les citoyens pourront-ils seulement dire que la République était belle sous la Cinquième agonisante ? »

    DSC_0250.JPGSi je comprends bien, ça revient à dire que les déçus de la Troisième République (on ne sait pas lesquels) étaient nostalgiques du temps où ils étaient pourchassés sous Napoléon III. Et le rédacteur en chef d'établir un parallèle osée et incongrue avec la Cinquième République « agonisante » (sic). Donc, la conclusion manquante à ce syllogisme, c'est que l'Empire ou la Cinquième République, c'est au fond pareil (même si quelques lignes plus haut le rédacteur en chef nous assure du contraire dans son éditorial ! « Certes nous n'étouffons pas sous l'Empire » Ouf ! Nous l'avons échappé belle...). La conclusion implicite, c'est que les républicains auront toujours le sentiment d'être des cocus de l'histoire (exilés dans leur tête à défaut d'être réellement proscrits), un peu à l'image de ces citoyens qui se sentent systématiquement trahis par les hommes politiques en général et le gouvernement actuel en particulier. En d'autres termes, on retrouve la posture de l'opposant stérile qui voit toujours le verre à moitié vide, qui ne se satisfait jamais de rien et se noie dans les « y a qu'à, faut que ». Vous pensez que j'exagère ? Je ne le crois pas. J'en veux pour preuve ces deux dessins, publiés à la page 21, dont on peut se demander s'ils ont bien leur place dans une revue maçonnique d'une obédience qui prétend respecter la liberté de conscience de ses membres !

    DSC_0251.JPG

    Mais à ce compte là, pourquoi ne pas aller plus loin dans la provocation en poussant ce raisonnement jusqu'à l'absurde ? En effet, si la République n'est belle que lorsqu'elle n'est pas, pourquoi ne pas alors préconiser une bonne petite dictature en France afin d'inciter les déçus de la République à revoir leurs fondamentaux ? Pourquoi ne pas s'arrêter non plus de respirer afin de mieux percevoir l'importance de l'oxygène ?

    Bref, je trouve que la revue Humanisme distille un état d'esprit pessimiste et inquiétant. D'abord parce qu'elle invite le lecteur à regarder toujours en arrière comme si tout avait été mieux avant. Ce qui, bien évidemment, est stupide. Ensuite parce qu'elle semble totalement déconnectée du monde qu'elle a la prétention d'analyser. En effet, à lire la prose aigrie de la plupart des contributeurs, on finirait par oublier que notre pays est une démocratie, dont les institutions ne fonctionnent pas aussi mal qu'on le prétend, et qui respecte les libertés publiques. Sur les 193 Etats membres de l'ONU, notre pays fait partie de la soixante-dizaine d'Etats démocratiques de la planète. Ce n'est quand même pas mal, non ? En tout cas, il y a pire ailleurs...

    Quand on voit la situation politique et économique des trois quarts de la planète, quand on constate l'extraordinaire souffrance quotidienne d'une majorité d'êtres humains, je me dis que la France, bien arrimée à l'Union européenne, a beaucoup de chance. Les Français cèdent un peu trop souvent à cette facilité de riches qui consiste à se plaindre de tout tout le temps. Quand on est pauvre, réduit à l'extrême nudité du besoin, on ne pense pas. On n'a pas le temps de se plaindre. On survit.

    Si donc on faisait l'effort de temps en temps de regarder autre chose que son nombril, on pourrait alors relativiser sa situation ou, du moins, la remettre en perspective de façon intelligente et mesurée. Il ne s'agit pas d'occulter les problèmes bien sûr (ils existent et sont nombreux), mais d'éviter qu'ils nous aveuglent et nous empêchent égoïstement de regarder ce qui se passe autour de nous à une plus grande échelle.

    _________________

    Humanisme, n°311, mai 2016, prix public : 9 €. Pour connaître les conditions d’abonnement, cliquez sur le site de Conform Edition.

  • Quelle République pour demain ?

    Imprimer

    Michel Maffesoli vient de me signaler qu'il interviendra avec Patrick Weil le 14 juin prochain à 20h00 au temple Arthur Groussier (16 rue Cadet 75009 Paris). Pour assister à cette conférence publique, il est indispensable de réserver (cliquez ici). Si vous avez l'opportunité de vous y rendre, n'hésitez pas. Le débat promet d'être fructueux.

    e5950263-1d53-4b16-ad74-c18ba1db16ae.jpg

  • La régularité maçonnique : un ostracisme politique

    Imprimer

    régularité,grande bretagne,france,socialisme,franc-maçonnerie,conservatisme,république,monarchieJe me suis permis de poster la réaction suivante sur le blog Hiram.be, plus précisément sous un article consacré au numéro 48 de Franc-Maçonnerie Magazine :

    « Le débat sur la régularité maçonnique est politique.

    Il a fondamentalement pour explication un positionnement politique de la franc-maçonnerie britannique à l’égard de la franc-maçonnerie française. Il a été un prétexte pour dénoncer le GODF. et, au-delà de ce dernier, tout ce que la France pouvait représenter non seulement en termes d’instabilité politique (le Consulat, le Premier Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet, le Second Empire, la Guerre de 1870, les événements de la Commune, la République) mais aussi de risques d’exportation de la révolution en dehors de ses frontières.

    J’en veux pour preuve un article de la revue The Freemason du 29 avril 1871 (p. 264) intitulé Freemasonry in France (Franc-maçonnerie en France). On peut y lire une condamnation sans appel de la Commune de Paris et de l’action de médiation entreprise par certains francs-maçons français ainsi qu’une condamnation du rite de Misraïm accusé d’avoir déployé ses activités sur le sol anglais grâce au soutien du G∴O∴D∴F∴. Un extrait mérite d’être cité car il est on ne peut plus clair :

    « Freemasons of England disavow most heartily the manifestoes of those misguided French brethen, and repudiate any connection in their fraternization with the Communists or Red Republicans. It is nevertheless important to bear in mind that it is with their action as a body we find fault, and not with the opinions which any individual Mason may choose to enunciante and support. »

    « Les Francs-Maçons d’Angleterre désavouent de tout leur coeur les manifestes de ceux qui, parmi les frères français, se sont égarés et ils répudient toute connexion dans leur fraternisation avec les communistes et les républicains rouges. Il est néanmoins important de garder à l’esprit c’est dans leur action en tant que corps [maçonnique] que nous décelons une faute, et pas dans les opinions que tout maçon, à titre individuel, peut choisir d’exprimer et de soutenir. »

    La décision du GODF de 1877 , supprimant la référence obligatoire au GADLU, a été le signal que les Anglais attendaient pour rompre. Le vote du Convent a été qualifié d’innovation révolutionnaire (cf. the Freemason, 15 décembre 1877, p.548 qui parle aussi de « changement révolutionnaire de l’Orient de France » ). C’est donc une accusation d’ordre politique.

    L’intransigeance des dignitaires anglo-saxons à l’égard des francs-maçons français est d’ordre politique (elle sera ensuite maquillée en 1929 sous les oripeaux des landmarks, lesquels seront à géométrie variable en fonction des intérêts politiques anglo-saxons… cf le cas français et italien). Cette intransigeance s’est vérifiée tout au long du XXe siècle. Le GODF malgré lui, est toujours perçu comme un repère de rouges, de communistes et d’athées alors qu’il jouit paradoxalement d’un certain prestige en raison de son grand âge (1773) auprès de ces mêmes dignitaires anglo-saxons. »

    freemason.jpg
    En réalité, ce commentaire reprend, pour partie, une note que j'avais écrite à propos de la polémique franco-britannique sur les rites égyptiens au XIXe siècle. Un frère m'a écrit pour me demander de produire l'un des extraits auquel j'ai fait référence. Le voici :

    freemason2.jpg

    Je précise que c'est un exemple parmi des centaines d'autres car The Freemason - comme d'autres revues maçonniques britanniques du dix-neuvième siècle - était coutumier de ce genre d'attaque politique contre la franc-maçonnerie française.

    Il est savoureux de remarquer que ces attaques politiques, souvent injurieuses, étaient paradoxalement perpétrées au nom de l'apolitisme de la franc-maçonnerie. C'est dire la perversité du procédé.

    C'est la raison pour laquelle je suis amusé de voir les postures de ceux qui, aujourd'hui, taclent volontiers le Grand Orient de France et, au-delà du Grand Orient, les obédiences qui s'intéressent à la réflexion sociale. Ils feraient mieux de se pencher sur l'histoire de la pseudo régularité, pauvre concept bancal théorisé sur le tard en 1929 par la Grande Loge Unie d'Angleterre pour justifier l'exclusion de la majorité des francs-maçons français de la communauté maçonnique internationale.

    Il faut le dire et le répéter : la régularité maçonnique est un ostracisme politique.

    En 1871, année de l'extrait reproduit ci-dessous, la presse maçonnique britannique considérait déjà que la franc-maçonnerie n'existait plus en France. Elle ne faisait qu'exprimer la pensée des dignitaires de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Pour ces derniers, la maçonnerie française, aux mains des Rouges, apparaissait irrémédiablement perdue. Il est utile, je crois, de citer cette phrase dont la violence des termes est on ne peut plus claire :

    « We fear however that the evil is almost ineradicable, and that nothing but ostracism for a time from the Masonic Body Universal will cure our Frence brethen of the fatal fancy for using their influence as Masons in political matters. »

    « Nous craignons cependant que le mal soit presque ineffaçable et que rien, sauf l'ostracisme pour un temps de la communauté maçonnique internationale, ne guérira nos frères français de la fantaisie fatale d'user ès-qualités de leur influence dans les affaires politiques. »

     

  • Guy Mollet, l'incompris

    Imprimer

    Guy Mollet, GODF, Denis Lefebvre, SFIO, socialisme, Franc-Maçonnerie, Guerre d'Algérie, PolitiqueLa numéro 76 de La Chaîne d'Union contient un article intéressant sur Guy Mollet (1905-1975) écrit par Denis Lefebvre (Guy Mollet, le citoyen engagé, l'homme politique et le franc-maçon). Ce fut, pour moi, une découverte. Je connaissais bien sûr le nom de Guy Mollet, mais je fais partie d'une génération qui n'a aucun souvenir conscient du personnage public. J'avais en effet trois ans quand l'ancien secrétaire général de la SFIO est mort. Pour moi, Guy Mollet a toujours été associé à la décrépitude du mouvement socialiste démocratique après la guerre d'Algérie jusqu'au renouveau en 1971 avec le Congrès d'Epinay.

    La lecture de l'article de Denis Lefebvre m'a surtout permis de découvrir Guy Mollet, l'homme privé, le franc-maçon initié en 1934 au sein de la la Loge Conscience à l'Orient d'Arras à laquelle il est demeuré fidèle jusqu'à sa démission du Grand Orient de France en 1969. Lefebvre montre qu'il ne faut pas juger légèrement l'action de l'homme parce qu'il ne faut pas oublier que son parcours politique s'est étalé sur une quarantaine d'années. On ne saurait donc le réduire à la seule période de la guerre d'Algérie. durant laquelle il assuma, pendant un an et demi, la direction du gouvernement de la France (le plus long gouvernement de la Quatrième République soit dit en passant).

    Je connais les reproches dont il fut accablé, notamment de la part d'une frange de la gauche (communistes staliniens et communistes trotskistes de la métropole, les tenants de la « gauche morale », les intellectuels mondains germanopratins, les révolutionnaires de salon, etc.). La critique est toujours aisée quand on n'assume pas les responsabilités du pouvoir exécutif. Il est toujours facile de s'ériger en juge des actions qu'on ne mène pas soi-même. Souvent, tenir le ministère de la parole et des postures n'engage à rien. A l'époque, l'Algérie était la France. Le territoire national faisait l'objet d'incessants attentats. Les pieds noirs, majoritairement issus des classes populaires, avaient peur. L'armée française donnait des signes inquiétants de rébellion. L'instabilité institutionnelle était chronique.

    guy mollet,godf,denis lefebvre,sfio,socialisme,franc-maçonnerie,guerre d'algérie,politique

    Il lui fut reproché sa politique de répression et de maintien de l'ordre. Mais c'est oublier que les années 1956-1957 furent jalonnées d'attentats et de massacres. L'opinion publique n'était pas encore mûre pour accepter l'indépendance algérienne (les pieds-noirs représentaient un peu plus de 10% de la population vivant en Algérie, soit plus d'un million de personnes). Mollet faisait partie de ceux qui croyaient que les réformes économiques et politiques suffiraient à juguler l'indépendantisme algérien. Il était également préoccupé par l'idée de protéger la République contre une hiérarchie militaire imprévisible (d'où un allongement de la durée du service militaire et le rappel des réservistes).

    Force est de constater que Guy Mollet s'est trompé, non sur ses préventions à l'égard de la hiérarchie militaire (cf. le putsch de 1961), mais sur le sens général des événements, parce qu'il n'a peut-être pas voulu comprendre que l'inéluctable indépendance algérienne s'inscrivait dans un mouvement historique plus large de décolonisation politique au niveau mondial. Il ne fut pas le seul dans la classe politique française. C'est pourtant sous son gouvernement que le Maroc et la Tunisie - protectorats français il est vrai et non parties du territoire national - ont accédé à l'indépendance en 1956.

    3101309652.jpgCependant, le propos de Lefebvre n'avait pas pour objet l'action publique de Mollet pendant la guerre d'Algérie. Denis Lefebvre rappelle que le gouvernement de Guy Mollet a permis des avancées sociales et a relancé la construction européenne de façon significative avec la signature du Traité de Rome en 1957.

    Denis Lefebvre montre que Guy Mollet est sorti marqué de sa présidence du Conseil et par les événements difficiles auxquels il a été confronté. Guy Mollet est alors devenu l'homme à abattre pour une partie de la gauche française et des gaullistes. De 1958 à 1969, Mollet, redevenu secrétaire général de la SFIO, a été en effet constamment attaqué. Denis Lefebvre montre aussi que Guy Mollet a été attaqué au sein du Grand Orient de France. Il écrit :

    « Le Grand Orient de France des débuts de la Ve République évolue très vite, avec l'arrivée en son sein de jeunes frères très politisés, qui entendent tourner le Grand Orient de France vers le nouveau monde qui s'ouvre. Jusque là, l'Obédience était à l'aise dans cette IVe République parlementaire, comme elle l'avait été dans la IIIe République. Mais ces jeunes frères sont marqués du signe de l'antigaullisme, et condamnent ce qu'ils appellent le pouvoir personnel... c'est-à-dire le système présidentialiste qui préside désormais aux destinées du pays. Ces frères veulent finalement que l'obédience prenne position sur les grandes questions politiques de l'heure (...) Ils sont de gauche, socialistes, mais pas d'un socialisme version SFIO, de ce socialisme que symbolise Guy Mollet, celui de la participation au pouvoir : l'heure est à la révolution socialiste, qui passe par l'élimination de ce que représente Guy Mollet. Y compris dans l'Obédience, on le mesure aussi avec les manoeuvres menées en 1965-1966 contre le Grand Maître Alexandre Chevalier. »

    guy mollet,godf,denis lefebvre,sfio,socialisme,franc-maçonnerie,guerre d'algérie,politique,république,alexandre chevalier, gaston defferreSelon Denis Lefebvre, Guy Mollet a toujours été soucieux de ne pas confondre sa démarche maçonnique avec ses engagements publics. Aussi a-t-il douloureusement vécu les attaques dont il été l'objet au sein du Grand Orient de France. Il est probable que la disparition politique de la SFIO avec l'échec de Gaston Defferre aux présidentielles de 1969 (5% des suffrages) et la mort la même année de son ami Alexandre Chevalier, désavoué lors du Convent de 1966, n'ont pas été non plus étrangères à sa démission de l'Obédience.

    J'ai le sentiment, peut-être infondé, que Guy Mollet a achevé sa vie malheureux et surtout incompris. Malheureux de s'être retrouvé placé devant la réalité des choses, devant les difficultés de l'action publique dans un contexte particulièrement difficile, devant la férocité des factions et la versatilité des foules et ce quels que soient ses intentions de départ et son idéal politique. Mais surtout incompris de ne pas avoir su expliquer cet inévitable décalage à ses amis politiques et à ses frères maçons les plus critiques.

  • De la religion dans les relations de travail

    Imprimer

    Travail, Laïcité, Loi, Liberté, RépubliqueChacun est libre d'apprécier ou pas l'action des pouvoirs publics actuels. Mais il faut quand même prendre garde à la critique démagogique qui confine souvent à la désinformation pure et simple. C'est notamment ce qui est en train de se passer avec l'article 6 du projet de la « loi travail », plus connue encore sous le nom de la « loi El Khomri ». Cet article 6 dispose :

    « La liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. »

    Il n'en fallait pas davantage pour que certains y décèlent un inquiétant recul de la laïcité ou redoutent l'entrée en fanfare du communautarisme dans l'entreprise. Cet article, pourtant, ne fait que synthétiser les principes de la jurisprudence. Il s'inscrit dans le cadre des articles 9 de la convention européenne des droits de l'homme et L.1121-1 et L.1321-3 du code du travail. En soi, l'article 6 du projet de loi n'apporte donc rien de nouveau si ce n'est qu'il consacre ce qui existe déjà dans le droit positif.

    En l'état actuel du droit, un salarié de droit privé peut fort bien être contraint par son employeur de retirer un signe religieux, une tenue inappropriée, etc., pour autant que ce retrait soit justifié par les nécessités de la fonction, par la nature de la tâche à accomplir ou par des raisons de sécurité ou de représentation. De même, un employeur peut refuser au salarié des congés liés ou non à des raisons religieuses si ce refus est justifié par la continuité du service, par une forte activité ou par des circonstances exceptionnelles.

    Pour les fonctionnaires, les magistrats, pour les contractuels de droit public, pour les salariés de droit privé d'une entreprise délégataire de service public, le régime est différent. La neutralité est la règle parce que les missions sont d'intérêt général et effectuées soit sous l'autorité directe de l'autorité publique, soit sous son contrôle. L'article 6 du projet de loi n'est pas principiel, c'est-à-dire qu'il n'a pas pour objectif d'ériger un nouveau principe à partir duquel tout le droit du travail est appelé à évoluer. C'est précisément le contraire. L'article 6 résulte des principes dégagés par la pratique juridique. Ni plus ni moins. Il n'y a donc pas de recul de la laïcité. Au contraire, j'y vois son affirmation dans le souci de conjuguer la liberté des convictions religieuses et philosophiques avec le respect du lieu et des relations de travail.

    De toute façon, il faut être conscient que les relations de travail peuvent donner lieu à de multiples contentieux, y compris sur le terrain de la manifestation des convictions religieuses sur le lieu de travail. Un salarié peut être en conflit avec son patron sur le sujet. Un patron peut être en conflit avec un salarié à ce propos. La loi s'applique à la lumière de chaque affaire. La balance entre des intérêts opposés, le conflit entre deux libertés et le principe de proportionnalité par rapport à l'objectif poursuivi, ne sont pas des notions à manier avec maximalisme quand on est dans une société laïque et démocratique. Il n'y a que dans les dictatures que les lois sont à sens unique. Les jugements peuvent donc être différents, sans nécessairement être contradictoires en droit, car chaque cas d'espèce est unique. Ce n'est pas un phénomène nouveau quoi qu'on en dise. Cela se vérifie en droit du travail comme dans n'importe quelle autre branche du droit.

  • Les ursulines et le franc-maçon lozérien

    Imprimer

    ursulines.jpgVoici une petite histoire qui s'est passée en octobre 1899 dans le département de la Lozère où les gens avaient l'habitude de vivre dans la paix du Seigneur. Les  ursulines du joli petit village de Chirac, situé à quelques kilomètres de Marvejols dans la verdoyante vallée de la Colagne, avaient refusé de payer à la République leur part d'impôt.

    L'administration fiscale avait donc saisi le couvent des bonnes soeurs pour le mettre en vente. Cette adjudication inédite avait suscité les convoitises des lozériens. La propriété était grande et bien située. Il y avait de quoi faire. Or l'évêque de Mende, Monseigneur Baptifolier, y mit bon ordre. Par l'intermédiaire des journaux La Croix de la Lozère et La Semaine Religieuse, il fit annoncer aux catholiques de la contrée que tout acquéreur serait automatiquement frappé d'excommunication majeure.

    L'intervention de l'évêque fit son petit effet. Le jour de la vente au tribunal de Marvejols, il n'y eut qu'une enchère de cinq francs sur une mise à prix de six mille. Elle était due à l'abbé Vidal, bien évidemment mis à l'abri de l'excommunication et probablement venu à la barre du tribunal en service commandé.

    La Croix de la Lozère et La Semaine Religieuse se réjouirent bruyamment de cet heureux dénouement. Les ursulines allaient pouvoir rester dans leur couvent. La République impie avait été vaincue. Sa tentative d'expulsion sacrilège déjouée.

    église catholique,ursulines,franc-maçonnerie,lozère,républiqueMais un franc-maçon de la Loge L'Union Lozérienne, qui se réunissait à l'époque à Mende, leur avait réservé une surprise. Avant l'expiration du délai fixé pour rendre la vente définitive, celui-ci fit une surenchère de 1000 francs avec l'intention de faire du couvent de Chirac un local d'été pour la loge de Mende !

    Quelle déconvenue ! Le diable en personne allait pouvoir organiser ses messes noires chez les bonnes soeurs ! Impensable pour les ursulines bien sûr, mais aussi pour l'évêque, les curés, les moines, les vicaires et les dévotes des alentours ! Il fallait faire quelque chose pour empêcher ce satané franc-maçon que la rumeur publique disait fort riche et soutenu par la puissance maléfique du Grand Orient.

    L'histoire ne dit pas ce qu'il advint. Mais le fait que les ursulines soient toujours dans la petite commune de Chirac plus de cent seize ans après ce fait divers pittoresque, montre qu'un miracle s'est produit. 

    Le diocèse de Mende a probablement su trouver les ressources financières pour mettre les nonnes à l'abri d'une expulsion. Grâce à un facétieux franc-maçon lozérien résolu à acquérir un bien ecclésiastique, l'église catholique locale a été amenée à prouver aux citoyens qu'elle serait dorénavant un contribuable diligent et respectueux de la République.