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régularité - Page 4

  • La réponse de la revue « The Freemason » à la lettre de J.G. Findel

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    Dans ma précédente note, j'ai reproduit la lettre virulente de l'historien allemand J.G. Findel qui a été publiée dans l'édition du 15 décembre 1877 de la revue maçonnique britannique The Freemason.

    Il convient, à présent, de s'intéresser à la réponse qui lui fut faite par le comité éditorial de ladite revue. Elle figure également dans l'édition du 15 décembre à la page 548. Je vous en propose une traduction ci-après et j'en ferai ensuite le commentaire.

    « Nous publions sur une autre page une lettre du Frère Findel qui, nous le craignons, ne donnera pleine satisfaction à aucun lecteur du journal The Freemason, et qui fera même l'objet d'une profonde réprobation par tous les francs-maçons anglo-saxons. Il semble que le Frère Findel ait des reproches à faire à notre article consacré aux enseignements théistiques de la francs-maçonnerie, publié dans notre édition du 1er décembre, au point d'y voir l'expression d'un papisme ! Nous laissons le soin à nos nombreux lecteurs d'apprécier cette remarque déraisonnable, injuste et en fait absurde. Pour l'instant, hélas ! Il en sort la vérité. Le Frère Findel approuve la décision du Grand Orient de France qui a été unanimement condamné par un million de francs-maçons anglo-saxons, et il semble être très en colère contre nous qui nous opposons à une innovation aussi révolutionnaire, et donc comme toutes les personnes en colère, il est un peu incohérente et, pour dire la vérité, complètement déraisonnable. Une de ses déclarations ne manquera pas d'interpeller nos nombreux lecteurs. Son argument, au regard des Anciens devoirs, est le suivant : si un homme est athée, il ne peut être absolument écarté de la Francs-Maçonnerie sauf s'il est un « athée stupide » ; une remarque brillante, digne des gentlemen les plus astucieux, et qui confirme ce dont on pouvait se douter, à savoir que le Frère Findel ne s'exprime pas souvent dans les termes les plus fins. Ceux qui comprennent l'anglais ne se laisseront pas abuser par une remarque aussi déraisonnable que puérile, car par l'épithète « stupide » nos Anciens devoirs transmettent un terme de reproche, et pas un terme palliatif au mot Athée. En paraphrasant, ces mots voudraient dire – si quelqu'un était aussi stupide pour être un athée, alors il ne pourrait pas s'intégrer à la société des Francs-Maçons qui reconnaît révérencieusement et a foi dans le GADLU ; personne ne peut être aussi stupide au point d'être athée - « Atheos », - personne ne devrait aussi stupide, et s'il y a quelqu'un d'aussi stupide, il ne devrait pas être Franc-Maçon. Il n'y a pas d'autres constructions possibles avec ces mots simples et toute autre interprétation nous amènerait alors vers une fertile contrée d'évasion artificielle et de subtilités jésuitiques tout à fait indignes de notre manière honnête, franche et conforme de comprendre le métier. Connaissant désormais les grandes capacités, le zèle et l'énergie, et les sentiments maçonniques du frère Findel, nous regrettons bien plus profondément de voir son nom marqué au bas d'une telle lettre que de lire les observations qu'il a estimées devoir nous adresser. Mais nous n'aurions pas rempli notre devoir de journalistes et de maçons anglais si nous ne lui avions pas répondu gentiment et fermement – que ses idées, poussées dans leurs extrémités les plus logiques, doivent aboutir à l'anéantissement de la véritable Franc-Maçonnerie. En effet, cette altération hâtive et imprudente de nos anciens landmarks et de nos vérités sacrées nous semble des plus perverse et injustifiable, et nous nous élevons, une fois encore, contre cette cruelle agitation et ce changement révolutionnaire de l'Orient de France, qui a perturbé la Franc-Maçonnerie cosmopolite, dont peuvent résulter les conséquences les plus déplorables. En Angleterre, comme en Irlande, en Ecosse, en Amérique et au Canada, nous entendons tenir fermement à nos anciens usages et nous continuerons à rejeter comme nous le faisons actuellement tous les athées et ceux qui, stupides ou autres, ne peuvent, avec nous, consciencieusement reconnaître le GALDLU et croire en lui. »

    Cette réponse du Freemason appelle plusieurs commentaires.

    1. Elle est, sur la forme, tout aussi virulente que la lettre de J.G. Findel même si elle affecte la condescendance attristée. Il est certain en tout cas que l'accusation de « papisme » a fait mouche et a été très mal ressentie à Londres en rupture avec Rome depuis le XVIe siècle. On sent bien qu'on n'est plus dans le rationnel mais dans l'affectif. Les porte-paroles de la FM∴ britannique expriment à la fois un sentiment de sidération, d'incompréhension et de fermeture.

    1. La réponse du Freemason est empreinte de mauvaise foi, notamment quand elle prétend que la décision du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴) a été unanimement condamnée par "un million de francs-maçons anglo-saxons" (sic). En effet, il est plus que probable que les francs-maçons anglo-saxons de base n'avaient strictement aucune opinion arrêtée sur le vote conventuel de 1877, à supposer qu'ils en aient eu connaissance ! En quoi auraient-ils pu se sentir concernés par le vote de la rue Cadet ? Le G∴O∴D∴F∴ n'a jamais eu l'intention de régenter le travail maçonnique des frères anglo-saxons ! Il semble donc que la revue The Freemason confonde intentionnellement la politique des GL∴ anglo-saxonnes avec le sentiment profond de leurs membres.

    1. La revue refuse toute interprétation des « mots simples » des Anciens devoirs qu'elle impute à une mauvaise connaissance de la langue anglaise. L'athée est stupide. Le fait de le devenir ou de le revendiquer est une marque de stupidité. Les pères fondateurs n'ont pas laissé de porte ouverte pour les athées qui ne seraient pas stupides. C'est un non-sens. L'athée stupide n'a donc pas sa place au sein de la société des francs-maçons qui révère le Grand Architecte de l'Univers (GADLU∴). Tout ce qui tendrait à donner au texte des Constitutions une autre signification est donc contraire à l'orthodoxie maçonnique contenue dans les Anciens devoirs. Il n'y a pas de possibilité d'en faire une lecture dynamique ou personnelle. On peut difficilement être plus clair. En tout cas, cette position montre clairement que toutes les approches visant à faire du GADLU∴ un symbole librement interprétable est de fait nulle et non avenue au regard des Anciens devoirs dont la maçonnerie anglo-saxonne prétend être la gardienne sourcilleuse. La cause est donc entendue : pour les maçons anglo-saxons, la liberté de conscience est donc la manifestation de l'athéisme.

    1. La décision du G∴O∴D∴F∴ est qualifiée d'« innovation révolutionnaire ». C'est un point extrêmement intéressant sur lequel je me dois d'insister un peu. Bien entendu, ce n'est pas un compliment que la revue The Freemason adresse au Grand Orient de France. Etre « révolutionnaire » c'est une accusation d'ordre politique ! Dans l'esprit de la revue, ce qualificatif fait implicitement écho à la Révolution française, à Napoléon, à la déchristianisation de la France. Bref, c'est un qualificatif très lourd de sens. Pour une majorité de britanniques, issus des classes bourgeoises et aristocratiques formant le gros des effectifs de la Grande Loge Unie d'Angleterre (GLUA), la décision du G∴O∴D∴F∴ s'inscrit donc dans un mouvement très profond de la société française en faveur de l'athéisme, du relativisme et, même si le mot n'est pas employé, du socialisme. La revue parle en effet du « changement révolutionnaire de l'Orient de France » (sic). C'est, à mes yeux, la grande raison, peut-être même la seule, qui motive l'intransigeance des dignitaires anglo-saxons à l'égard des francs-maçons français. Elle explique d'ailleurs ce que sera la politique des GL∴ anglo-saxonnes tout au long du XXe siècle. Le G∴O∴D∴F∴, malgré lui, est perçu comme un repère de rouges, de communistes et d'athées. Et sans doute est-il encore considéré comme tel aujourd'hui en Grande Bretagne, en Irlande, aux Etats-Unis et au Canada. C'est regrettable car inexact. Mais allez l'expliquer à des obédiences qui refusent tout dialogue dès lors qu'on n'adhère pas préalablement à leur vision de la Franc-Maçonnerie...

    1. On sent bien qu'en décembre 1877, les maçons britanniques considèrent que la Franc-Maçonnerie est morte en France suite au vote conventuel du Grand Orient de France en faveur de la liberté de conscience. The Freemason ne mentionne d'ailleurs aucune alternative sur le sol français. Il ne fait absolument pas référence au Suprême Conseil de France (SCDF∴), l'autre grande obédience française de l'époque, qui, pourtant, a conservé toutes les références traditionnelles au GADLU∴ et à l'immortalité de l'âme. Mais il est vrai que le SCDF∴ est une juridiction de hauts grades qui n'est pas reconnue par les Grandes Loges anglo-saxonnes. Rappelons aussi que la Grande Loge de France (GLDF∴) ne sera fondée qu'en 1894. Cette précision est utile car elle est une pierre jetée dans le jardin des frères qui se livrent aujourd'hui à du révisionnisme historique au sujet de la prétendue régularité de la GLDF∴.

    Je m'arrête là pour le moment mais sachez, chers lecteurs fidèles, que je ne manquerai pas de revenir sur ce sujet car la position théiste ou théistique de la franc-maçonnerie anglo-saxonne, très empreinte de christianisme, lui posera très vite énormément de problèmes doctrinaux tout au long du XXe siècle, notamment en Inde (pays polythéiste) ou en Amérique latine (continent très sensible aux idéaux de la révolution française). Ces problèmes doctrinaux n'ont d'ailleurs toujours pas été surmontés.

  • Le casse-tête de la régularité maçonnique

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    J'ai appris récemment que la Grande Loge Unie d'Angleterre (GLUA) pouvait considérer que des obédiences étaient régulières sans pour autant les reconnaître. Roger Dachez a cité l'exemple de la maçonnerie mixte et féminine britannique. La GLUA considère que cette maçonnerie est régulière tout en ne la reconnaissant pas.

    Plus étonnant, il semblerait que la reconnaissance d'une obédience par une autre obédience régulière n'implique absolument pas la reconnaissance automatique de la GLUA.

    La GLUA ne lierait donc pas les notions de "régularité" et de "reconnaissance". Ce qui est totalement faux puisque le "basic principle" n°1 de 1929, toujours en vigueur, énonce :

    "Régularité d'origine ; c'est-à-dire que chaque Grande Loge doit avoir été établie légalement par une Grande Loge dûment reconnue ou par trois Loges ou plus régulièrement constitués."

    Sinon pourquoi la GLDF ou la GLAMF se seraient-elles évertuées à obtenir la reconnaissance de la GLUA lorsque la GLNF était en disgrâce ? Si la reconnaissance de la GLUA ne légitime pas la régularité, pourquoi alors la rechercher ?

    Roger Dachez voit dans ce double langage de la GLUA le signe du pragmatisme de la maçonnerie britannique. Pour ma part, je vois surtout dans cette casuistique compliquée une forme d'arbitraire qui confirme ce que la soi-disant régularité a toujours été : la volonté de la maçonnerie britannique de réduire la maçonnerie universelle à son image afin de préserver son leadership.

    La prétendue régularité aboutit aujourd'hui à des situations réellement absurdes. Il existe ainsi de nombreux pays dans lesquels on trouve deux obédiences régulières en concurrence. L'une est reconnue par la maçonnerie britannique, l'autre par la maçonnerie américaine. C'est par exemple le cas de l'Italie, de la Bulgarie, de la Grèce ou de la Serbie. 

    Il est tout de même paradoxal de voir ces obédiences - souvent d'effectifs modestes - se livrer lamentablement à des jeux politiques d'influence ou à des guéguerres picrocholines pour la reconnaissance alors qu'elles se targuent volontiers de représenter une "maçonnerie de tradition", laquelle devrait d'abord se préoccuper de réunir ce qui est épars.

  • Franc-Maçonnerie et football (suite)

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    49064495.jpgLe 7 mars dernier, j'ai consacré une petite note sur la franc-maçonnerie et le football afin d'expliquer la façon dont raisonnent les francs-maçons prétendument réguliers.

    J'ai ensuite montré que le respect des règles n'empêchait nullement à ces mêmes règles d'évoluer.

    Dans cette perspective, les francs-maçons libéraux ont donc suivi un chemin tout à fait respectable qui, en tout cas, n'aurait jamais dû provoquer l'ostracisme qui les frappe depuis 1871 (*).

    Dans ma note du 7 mars, j'ai omis d'indiquer que la Fédération anglaise de football avait été créée le 26 octobre 1863.

    Il s'agissait à l'époque de préciser les règles de football afin de les différencier de celles du rugby. 

    Cette réunion de création a eu lieu dans un pub en plein coeur de Londres. Son nom ? Freemasons' Tavern (la taverne des francs-maçons, à Covent Garden ; aujourd'hui c'est le restaurant The Freemasons Arms). 

    Ce lieu est situé à une centaine de mètres à peine du Freemason's Hall, siège de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

    C'est donc dans une taverne londonienne que le football moderne est né et a été codifié tout comme la Grande Loge d'Angleterre a été fondée, le 24 juin 1717, dans une autre taverne londonienne : l'Oie et le Gril.

    Etonnant n'est-ce pas ?

    Pourtant, l'Angleterre n'a jamais prétendu être la gardienne exclusive du respect sourcilleux des règles du football. Ce sport populaire est en effet pratiqué sur tous les continents et ses règles ont beaucoup évolué depuis 1863. Ce sport appartient à tous les pays qui le font vivre.

    Pourquoi n'en serait-il pas de même pour la franc-maçonnerie ?

    _____________

    (*) L'histoire de la maçonnerie libérale n'est pas circonscrite à la France. Rappelons que la suppression de la croyance obligatoire au Grand Architecte de l'Univers et en l'immortalité de l'âme a été décidée, pour la première fois, par le Grand Orient de Belgique en 1871. Le Grand Orient de France s'alignera sur cette position en 1877.

  • Franc-Maçonnerie et football

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    alain berheim,régularité,football,franc-maçonnerie,landmarksLa différence entre le football et un autre jeu de balle tient à ses règles. Si vous voulez jouer au football, vous devrez en respecter les règles. Dès l'instant où vous vous en affranchissez, vous jouer à un autre jeu. Vous pratiquez une activité sportive qui a les apparences du football mais qui, en réalité, n'est pas du football. Les réguliers, comme Alain Bernheim et d'autres, raisonnent ainsi. 

    Selon eux, la franc-maçonnerie repose sur des Landmarks, c'est-à-dire sur des règles qui fixent des limites en dehors desquelles on est hors du champ maçonnique. Leur observance conditionne donc la pratique maçonnique traditionnelle et authentique. Tout ce qui s'en écarte n'a que l'apparence de la franc-maçonnerie. 

    Autrement dit si le footballeur est celui qui joue au ballon dans le strict respect du football, le franc-maçon est donc celui qui pratique l'Art royal dans strict le respect des Landmarks. Par conséquent, la qualité maçonnique naît de la contrainte imposé par un ordre donné.

    Dans cette perspective, un franc-maçon régulier ne peut donc fréquenter ès-qualités un groupement qui ne respecte pas les Landmarks. Il doit s'en tenir aux principes de la franc-maçonnerie une et indivisible tels qu'ils ont été définis par la Grande Loge Unie d'Angleterre, qui est à la maçonnerie ce que le Vatican est au christianisme. Le franc-maçon régulier est dans un Ordre spécifique. 

    Cette manière de concevoir et de vivre la maçonnerie n'est évidement pas la mienne car il va de soi que les règles ne sont jamais intangibles par nature. Il suffit d'observer la vie des hommes tout simplement. Les règles évoluent sans cesse. Et c'est vrai de toutes les règles. Qu'il s'agisse par exemple des règles de droit ou des règles du jeu.

    C'est ainsi que les règles du football ont évolué au fil du temps. En effet, on ne pratique pas ce sport en 2015 comme on le pratiquait il y a 100 ans ou 200 ans. Le jeu a considérablement évolué. Il est devenu par exemple plus rapide et plus violent. Relativement confidentiel à ses débuts, le football est aujourd'hui le sport populaire par excellence. Essentiellement masculin à ses origines, il attire de nos jours de plus en plus de femmes qui le pratiquent à un niveau élevé. 

    Et au-delà même du respect des règles et des évolutions du jeu, il y a l'esprit sportif, le fair-play, le plaisir d'être ensemble dans cette pratique, le loisir, la volonté de se divertir tout en étant sérieux dans ce qu'on fait.

    Comme le football ou n'importe quelle autre activité, la franc-maçonnerie n'est évidemment pas statique. Elle évolue avec son temps et avec les préoccupations de celles et ceux qui la vivent au quotidien. C'est un Ordre spécifique mais riche de ses différences (obédientielles, rituéliques, etc.). Les règles n'y sont pas intangibles. Certaines peuvent tomber en désuétude. D'autres peuvent apparaître.

    Dans cette perspective, un franc-maçon dit régulier devrait pouvoir fréquenter ès-qualités une loge qui ne se reconnaît pas dans les Landmarks de Londres dès lors que celle-ci accepte de lui ouvrir sa porte (il ne s'agit pas de s'imposer... on ne s'assied à une table familiale que si on y a été préalablement invité). La réciproque devrait pouvoir être vraie sans le moindre problème. Le régulier n'en sera pas moins régulier. Il aura simplement vécu une expérience maçonnique différente mais au fond complémentaire à la sienne.