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réflexion - Page 4

  • De la tolérance

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    ca8a8af3931a821b4cde4c35f3194ee4_XL.jpgLa tolérance est un terme ambigu. Elle désigne cette attitude qui admet chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’on adopte soi-même et qui respecte la liberté d’autrui en matière de religion, d’opinions philosophiques, politiques.

    Encore faut-il être en position de pouvoir tolérer. En effet, qu’est-ce qui peut nous pousser à tolérer - donc à admettre et respecter - une pensée, un comportement, une opinion que l’on ne partage pas si ce n’est que nous sommes en position de supériorité ? La tolérance serait-elle donc affaire de contexte avant d’être une valeur universelle ? A-t-on jamais vu, par exemple, un peuple asservi tolérer le joug imposé par une puissance occupante ? Il est tellement facile de tolérer lorsqu’on ne souffre pas dans sa chair et dans ses convictions de l’injustice et d’iniquités diverses.

    Oui, décidément, la tolérance est ambiguë. Et, finalement, je me demande si elle n’est pas à prendre dans son sens originel. Tolérance du verbe latin tolerare : supporter. Elle implique l’idée de limites à ne pas franchir. C’est peut-être moins engageant que la valeur universelle que l’on a souvent en tête quand on emploie le mot mais, au moins, la tolérance, dans son sens étymologique, désigne ce qui est à notre mesure.

    Parler de tolérance, c’est forcément se confronter à l’autre précisément en ce qu’il n’est pas soi, précisément en ce qu’il diffère de soi, précisément en ce qu’il peut inquiéter, précisément en ce qu’il peut apporter et qu’on ne soupçonne pas encore. La tolérance est ce qui ouvre un passage vers la reconnaissance de l'autre.

  • Le mystère de l'âme

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    m043703_0001379_p.jpgL’âme fait partie, pour moi, de ces concepts qui ont inséparablement un goût d’évidence et un sens ambigu. L'âme, c'est compliqué. Car sans l’âme, dit-on, point d’homme, point d’élévation, de sublime, de culture, de transcendance, point de regards accrochés aux paysages, point de chemins buissonniers vers l’immortalité. Et, pourtant, que désigne-t-elle vraiment ?

    Il me revient en tête ce poème d'Alphonse de Lamartine qu'on ne lit plus guère aujourd'hui (Milly ou la terre natale) :

    Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie ?

    Dans son brillant exil mon coeur en a frémi ;
    Il résonne de loin dans mon âme attendrie,
    Comme les pas connus ou la voix d'un ami.

    Montagnes que voilait le brouillard de l'automne,
    Vallons que tapissait le givre du matin,
    Saules dont l'émondeur effeuillait la couronne,
    Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain,

    Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide,
    Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour
    Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide,
    Et, leur urne à la main, s'entretenaient du jour,

    Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
    Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,
    Objets inanimés, avez-vous donc une âme
    Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ? (...)

    Le problème est que l’âme, hélas, a souvent été une affaire de vivants dont les mystiques ont toujours fait commerce pour un ailleurs qui n’est pas la vie, qui est au-delà du rideau, qui appartient, dit-on, aux arrières mondes. On l’a examinée, analysée, classée, sondée, soupesée, triturée dans tous les sens. Tantôt étincelle, tantôt glorieuse, tantôt absente. Elle a longtemps été un objet de troc auquel on a attaché un capital à préserver et à faire fructifier (bonne action, douze points, mauvaise action, moins un). Elle a eu ses spécialistes qui ont enfanté toute une série de lignées de plus en plus complexes de docteurs ès eschatologie, de géographes de l’au-delà qui ont imaginé les obstacles à franchir ou qui ont répertorié les itinéraires célestes qu’elle devait suivre. Elle est ce qui a permis à l’homme de se penser en être singulier, en exception du monde des vivants.

    Comment dans ces conditions ne pas comprendre le trouble métaphysique du poète ? Ah vous ! objets inanimés, rochers, chaumières, fontaines, saules, vallons, sentiers à flanc de coteaux ! Vous tous qui participez de ma singularité, éléments indispensables de mes souvenirs, de mes paysages intimes, ce à quoi je me raccroche et sur lesquels mes sentiments s’impriment, se pourraient-ils que vous ne soyez rien de plus que ce que vous êtes, c’est-à-dire de la matière inerte, de simples éléments de décors, parce que vous ne vivez pas comme vivent les hommes ?

    Comprenons le désarroi du pauvre Alphonse zonant les soirs de pleine lune en barque sur les lacs endormis avec, sur son frêle esquif, une belle donzelle diaphane en train de chialer. Je l'imagine se levant soudainement en hurlant au paysage : « Ooooohé ! Y a quelqu’un !? » pendant que la meuf se cramponne désespérément à la barque afin de ne pas chavirer : « On se calme Alphonse, on se calme ; il est tard mon chéri… Je crois qu’il est temps de rentrer… hein… Tout va bien se passer. »

  • La loge, creuset aux influences diverses

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    Il y a des positions qui, à force d'être répétées, paraissent conformistes mais elles demeurent pourtant fondamentales. Parmi ces positions, il y a celle qui consiste à dire que la maçonnerie n’est et ne sera jamais un supplétif aux engagements que le maçon est incapable d’avoir dans le monde profane.

    Si je suis militant politique, syndical, associatif, mon premier devoir est de laisser ces engagements à la porte de la loge. Non pour les oublier bien sûr, mais parce que la loge est un creuset aux influences diverses. La liberté d’être ce que je suis est conditionnée par liberté de ceux que je côtoie en loge.

    C’est pour cela que je suis attaché à l’idée qu’une loge travaille sur les sujets les plus variés et que son recrutement soit le plus éclectique possible. Sa richesse est fonction de la diversité des préoccupations de ses membres. Le reste ? La diffusion des idées ? L'engagement ? C'est à chacun d'en décider librement en fonction de ses moyens et du temps dont il dispose.

    Je pars du principe qu’on a toujours besoin d’un plus anar, d'un plus socialo, d’un plus réac, d’un plus bigot, d’un plus ceci, d’un plus cela que soi. Si en loge tout n’était qu’harmonie et si rien en autrui n'était susceptible de m'intriguer, de me surprendre, voire de m’inquiéter, alors la fraternité ne serait que l’autre nom de l’indifférence. Je ne pense pas qu’on vienne en loge pour cultiver l'indifférence aux autres et pour trouver des personnes qui pensent pareil que soi.

  • La nuit

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    Je suis revenu de tout ce qui touchait de près ou de loin à la nuit. Il fut un temps où j'étais vraiment insomniaque non parce que je n'arrivais pas à dormir mais parce que je ne le voulais pas. Repousser les limites, c'était pour moi refuser un cycle naturel. Une façon de refuser la mort en quelque sorte.

    J'ai eu la très grande chance de vivre mon enfance avec des grands-parents agriculteurs qui se couchaient avec les poules et se réveillaient avec le coq. Sans aller jusqu'à ces extrémités, il y avait malgré tout là quelque chose de naturel et de profondément séduisant que je n'ai jamais retrouvé dans nos grandes villes éclairés artificiellement.

    Je respecte bien évidemment les noctambules qui estiment que les gens se livrent dans toute leur vérité à certaines heures. Je les respecte mais ne les crois pas. La nuit, je le concède pourtant volontiers, on peut prendre le temps de réfléchir sur soi, sur son rapport aux autres, sur quantité de sujets auxquels on ne songerait pas dans le cours de ses activités de la journée. Mais cette période de temps, où l'on prend conscience que son cerveau est toujours à l'heure de pointe, est aussi une période où l'on déploie des trésors d'énergie pour se mentir à soi-même. On ment bien la nuit. Souvent, on dit n'importe quoi et on ne s'en rend compte qu'au réveil. On essaie de se persuader qu'il n'y a pas de fantômes tout en sachant que ce sentiment est stupide puisque les fantômes n'existent pas.

    La nuit ? C'est comme les larmes. J'ai arrêté.

    Dormez bien.

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