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polémique - Page 3

  • Une lettre ouverte de Michel Maffesoli

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    Michel Maffesoli, avec qui j’ai le plaisir de correspondre, m’a gentiment fait parvenir une lettre ouverte qu’il a adressée préalablement à Ronan Loaëc et Gérard Contremoulin, ses destinataires originels.

    Je ne reviendrai pas sur le fond de cette affaire qui – fort heureusement – n’a pas les dimensions de celle des fiches.

    Je relaye cette lettre ouverte sur « 3, 5, 7 et plus » afin qu’elle soit lue même si je m'empresse de préciser que Michel Maffesoli m’a laissé entièrement libre d’en faire l’usage que je souhaitais.

    Sur la forme, cette lettre est très claire et très bien écrite. Elle n’est pas longue. Six pages... L’exercice n’est donc pas insurmontable ! Point n’est besoin d’être docteur ès sociologie pour en comprendre le contenu.

    Après, sur le fond de cette lettre, c’est à chacun, bien sûr, de se faire sa propre opinion en toute indépendance. Michel Maffesoli y analyse cette paresse, si communément partagée (je me mets évidemment dans le sac !), qui consiste à asséner : « Je n’ai pas lu, je n’ai pas vu, mais j’ai entendu causer ».

    Cette paresse, souvent condescendante, alimente les préjugés, conforte les incompréhensions et bride les intelligences.

    Michel Maffesoli revient également sur son parcours universitaire et maçonnique avec sincérité et sobriété.

    Bref, discuter les opinions d’autrui, c’est une nécessité. Cela fait partie de tout travail intellectuel et cela fait partie aussi du débat démocratique. Encore faut-il que les « arguments » ne soient pas en réalité de mesquines attaques dirigées contre les personnes.

    Michel Maffesoli m’a également transmis sa bibliographie. Je la publie ici pour celles et ceux qui voudraient se familiariser avec son œuvre.

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    Lettre ouverte de Michel Maffesoli

    Bibliographie de Michel Maffesoli

     

  • "La France Maçonnique" : le retour

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    Mon compteur de visites s'affole depuis quelques jours. Grâce au F Géplu du blog de référence Hiram.be, j'en ai compris les raisons. Il semble que ma note sur le teaser n°2 du  documentaire "La France Maçonnique" (tremblez ! bonnes gens) ait fortement déplu à l'un de ses obscurs promoteurs qui tient un blog à la ligne éditoriale complotiste (la présentation est tortueuse, prenez une aspirine...).

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    Merci en tout cas de cette publicité ! Je n'en attendais pas tant. Qu'il me soit permis d'y voir un retour de bon procédé car cela permet de faire croire qu'il y a une effervescence - que dis-je ? - une panique chez les francs-maçons... Comme si le documentaire allait révéler de terribles secrets... Comme si ma note donnait en quelque sorte l'alerte à la meute des "frères la gratouille" qui, dans l'ombre, contrôle tous les rouages de la société française (gniark... gniark...).

    Mon pauvre ami... si seulement tu savais... N'étant évidemment le porte-parole de personne et encore moins de mes FF et SS en franc-maçonnerie, je crains, hélas, de te décevoir, et de ne pas aller dans le sens de ta paranoïa, en te disant qu'il y a de très fortes chances, pour ne pas dire une quasi-certitude, que la sortie de ce film passe totalement inaperçue tant dans la société, que dans les milieux maçonniques, lesquels ont bien d'autres préoccupations que les considérations de Ratier, Dieudonné, Le Gallou, et compagnie.

    Sur le fond, tu qualifies mon article de puant, de diffamatoire et de délateur. Evidemment, rien de tel. Ma note se borne à constater brièvement le parcours politico-intellectuel des réalisateurs, puis des intervenants qui apparaissent dans l'extrait. Et le moins que l'on puisse dire est que la plupart de ces personnes ne sont pas connues pour la modération de leurs analyses et de leurs engagements publics. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je me suis étonné d'y voir figurer Jean Solis car j'ai de la considération pour l'auteur et l'éditeur. J'ai donc pris la liberté d'exprimer cet étonnement et mes doutes sur les orientations de ce documentaire.

  • Une "certaine idée" de la F∴M∴

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    "Cherche la réponse en ce même lieu d'où t'est venue la question."

    Djalâl ad-Dîn Rûmi (1207 - 1273)

     

    Lu sur le blog Hiram.be cette considération d'Alain Bernheim, le Jean Daniel de la maçonnerie :

    "Je considérais que 2014 était une année essentielle (sic) pour la franc-maçonnerie française. Essentielle parce que c’était la première fois depuis plus de deux siècles que les francs-maçons français qui ont en commun une certaine idée de la franc-maçonnerie (sic) tentaient de se réunir. Leur tentative me semblait avoir une bonne chance de réussir mais elle était confrontée à un extraordinaire sabotage (sic) dont je reparlerai plus loin" (1).

    Je me méfie généralement de ceux qui usent et abusent des expressions gaulliennes pour signifier qu'ils ont "une certaine idée" de ceci ou de cela. Je les soupçonne d'avoir aussi "une certaine idée" d'eux-mêmes qui les conduit souvent à juger leur prochain ou les situations avec condescendance et, parfois, à ne pas être trop regardants sur leur propre parcours.

    La "certaine idée de la franc-maçonnerie", on la connait. C'est cette trop fameuse "régularité", notion équivoque, à géométrie variable et historiquement douteuse qui, depuis des décennies, contribue à ériger des murs inutiles entre les FF de la base (2) tandis que les dignitaires, eux, dînent ensemble ou organisent des "colloques historiques". Je trouve qu'il y a quelque chose d'assez risible et consternant chez ceux qui passent leur temps à décerner des brevets de régularité à qui veut les entendre.

    Je rappelle, pour la petite histoire, qu'Alain Bernheim a été initié dans une L du GODF∴ comme François Stifani, l'ancien G∴M∴ de la G∴L∴N∴F∴, a été initié au DH∴ Oh ! Je ne dis pas cela par esprit de chicane bien sûr - car chacun a le droit absolu de donner à son parcours maçonnique une orientation qui lui convient mieux - mais pour souligner qu'en maçonnerie, comme dans beaucoup d'autres activités humaines, tout est éminemment relatif. Les deux ont sans doute passé l'épreuve de la terre, au coeur du cabinet de réflexion. A cette époque, ils étaient probablement peu préoccupés de savoir s'ils allaient rentrer dans une L régulière ou irrégulière, non mixte ou mixte.

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    (1) On peut lire l'entretien en intégralité sur le blog de Jean-Laurent Turbet.

    (2) Le couplet sur les fréquentions autorisées en fin d'interview est savoureux. On y apprend ainsi que le F irrégulier est fréquentable mais hors tenue rituelle. On peut donc manger avec lui et même lui parler... mais pas question de côtoyer ce mécréant en tenue rituelle. On "suspend" les travaux. Casuistique et hypocrisie quand vous nous tenez...

  • Le franc-maçon face aux préjugés

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    J'ai appris l'existence d'un appel d'intellectuels publié dans Mediapart en faveur d'un "front de libération des textes religieux" (sic). Je voudrais en citer ici ce long extrait que je trouve particulièrement éclairant. J'évoquerai ensuite une histoire qui m'est arrivé un jour durant des agapes fraternelles.

    "Cette violence faite aux humains est permise par la violence qui est faite aux textes eux-mêmes. Il ne s’agit pas pour nous de rentrer dans une vision « textuellement correcte » qui ferait croire qu’ils sont exempts de toute violence : apparus dans des contextes de violences, ils en sont remplis. Comme ils sont riches d’appels à l’amour, la non-violence, la transformation radicale par la rencontre avec l’autre insupportablement différent. Ces textes sont complexes, contradictoires, ne donnent pas leur sens comme une évidence, nous présentent d’abord des débats et des questions plutôt que des certitudes et des réponses (...) Pour lire les textes, il faut commencer par enlever les lunettes que nous portons tous : lunettes de nos façons actuelles de nous représenter le monde qui ne sont pas celles de l’époque des textes, lunettes de la tradition, de la position sociale, du genre, de l’orientation sexuelle… A chaque lecture, il faut renouveler l’effort de la distanciation, de la médiation que permettent les outils du savoir qui en ouvrent le sens. Le judaïsme, l’islam et le christianisme ont émergé dans des contextes historiques particuliers et ont été façonnés par les rapports sociaux internes et externes : tout cela reste trop souvent ignoré et on sacralise des événements et des formulations largement dépendantes des contingences historiques."

    Le constat émis par ces spécialistes tombe sous le sens et je croyais, bien naïvement je l'avoue, qu'il serait largement partagé dans les milieux maçonniques où l'on sait que les textes, quelle qu'en soit la nature, peuvent avoir plusieurs niveaux de lecture et doivent être contextualisés parce qu'ils portent aussi l'empreinte des époques qui les ont vu naître. On appelle cela le libre examen ou, si l'on préfère, la libre interprétation qui permet non seulement de conserver de la distance par rapport aux textes mais aussi de mener des réflexions souvent fécondes.

    Et c'est là que j'en viens à mon histoire. Vous avez certainement déjà rencontré, un jour, un de ces frères à la fraternité ostentatoire, jovial, volubile, tactile même, au tutoiement facile et appuyé, qui enveloppe toutes ses paroles de miel et qui vous considère comme si vous étiez un de ses plus vieux amis. N'avez-vous jamais remarqué qu'il suffit souvent d'exprimer tranquillement des idées différentes des siennes pour que son masque tombe et révèle une personnalité bien moins attachante qu'il n'y paraissait de prime abord ? Je suis persuadé qu'il vous est arrivé, au moins une fois, de croiser son chemin.

    Bref, sans trop savoir pourquoi, la conversation s'est brusquement focalisée sur l'actualité en général et sur l'actualité de l'islam en particulier. Le visage de mon interlocuteur s'est soudainement assombri. Son rire, qui ponctuait chacune de ses phrases, a alors laissé la place aux propos emphatiques et alarmistes sur l'islamisme politique. Toutes mes tentatives de modérer ses ardeurs se sont heurtées à une fin de non recevoir. Selon lui, j'étais le pauvre ignorant angélique qui s'obstinait à ne pas vouloir voir que l'islam était consubstantiellement criminogène et une religion de la soumission. Assez rapidement, je me suis rendu compte que ce brave frère confondait allègrement islam, islamisme, barbus, arabes, terrorisme, etc., et qu'il avait la fâcheuse propension à me parler avec condescendance, comme si j'étais le dernier des idiots.

    Mais qu'il est fastidieux d'argumenter face à quelqu'un qui, pour couper court à tout dialogue, se prévaut d'un parcours universitaire ! Devais-je lui opposer, de mon côté et de façon tout aussi ridicule, mes onze années d''études supérieures ? Devais-je lui rappeler que le Coran a été écrit au 7e siècle de notre ère, au Moyen Orient, et plus particulièrement dans la péninsule arabique, et qu'il porte évidemment les marques de cette époque reculée ? Devais-je aborder timidement la diversité des sensibilités islamiques ? Devais-je insister sur d'autres textes sacrés (La Bible, le Nouveau Testament par exemple) qui contiennent aussi leur part de violence et qui ont permis de justifier des guerres religieuses et des visions théocratiques du monde ? Je m'y suis essayé certes, mais sans prolonger l'exercice outre mesure, car j'ai très vite constaté que mon point de vue était systématiquement caricaturé et perçu comme une laborieuse tentative de justification des exactions commises au Mali, en Syrie ou ailleurs dans le monde au nom d'Allah et de Mahomet. Pour mon bouillonnant interlocuteur, expliquer, nuancer, modérer, remettre en perspective, analyser, c'était nécessairement excuser et, pis encore, c'était épouser la cause des bourreaux !

    Je n'étais pourtant pas au café du commerce, je vous le jure, mais à des agapes fraternelles qui égayent ordinairement l'après tenue. A moins que le cours inattendu de cette conversation m'ait transporté, à mon insu, au zinc de ces troquets où l'on refait bruyamment le monde à coup de "yaka" et de "fokon". Alors je sais ce que vous vous dites peut-être : "on ne peut pas généraliser", "ce sont des choses qui arrivent", "les maçons ne sont après tout que des hommes", "il faut passer la truelle sur ce genre de non-événement", etc. Il est en effet tellement plus confortable de ne pas voir ces dérives comportementales plutôt que d'y mettre bon ordre. Après tout, la situation aurait pu être pire qu'elle ne le fut. Rendez-vous compte ! J'aurais pu être franc-maçon, de culture ou de pratique musulmane, basané, pas très couleur locale... J'aurais donc pu être maladroitement dénigré au plus profond de mon être par ce frère sous les yeux des autres convives. Je l'ai échappé belle...

    Cette conversation animée m'a rappelé en tout cas le regretté Bruno Etienne qui connaissait parfaitement l'islam et la franc-maçonnerie. Lui aussi se désolait de ces caricatures et de ce racisme larvé qui ont tendance à se lover de plus en plus dans certaines discussions en salle humide ou dans des lieux soi-disant éclairés. Au-delà des motivations propres à chacun, Bruno Etienne aimait dire que le franc-maçon était un clerc laïque, un agent du lien social qui devait prendre joyeusement à bras le corps la complexité du monde afin de rapprocher les hommes et les points de vue autant que possible. Seulement voilà, comment le franc-maçon pourrait-il mener à bien sa mission si, ballotté par l'actualité, il s'abandonne à la facilité des préjugés ?