Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

polémique - Page 2

  • Riandey : le retour

    Imprimer

    detend.jpg

    Il semble que le frère Vadabus ait été surpris par ma note sur Charles Riandey. Il s'est ainsi fendu d'un droit de réponse plutôt gentil. Je vous invite à le lire.

    Je maintiens évidemment tout ce que j'ai écrit parce que ma note était rédigée en des termes mesurés. De toute façon, Riandey est mort il y a maintenant un peu plus de quarante ans. Il ne peut donc plus se défendre. C'est pourquoi je trouve cette mise en cause post-mortem assez dérisoire, d'autant plus qu'elle vient en appui d'un raisonnement plus large visant en réalité à faire aujourd'hui le procès des instances dirigeantes de la Grande Loge de France (je n'en discute pas le bien-fondé car je partage globalement l'analyse décapante de Vadabus).

    Mais s'en prendre à Charles Riandey mort me fait songer à ces professeurs de vertu qui, hier, reprochaient à François Mitterrand, déjà très amoindri et en fin de règne, l'épisode (archiconnu) de la francisque. Je me souviens de la colère de Pierre Péan qui se désolait de l'instrumentalisation politique faite de son livre Une jeunesse française.

    Qu'il me soit juste permis de relever que tout ce qu'on retrouve sur l'antisémitisme de Riandey est pour l'instant réduit à une seule phrase glanée sur d'autres sites avec d'ailleurs la même erreur « S. Moerschel » au lieu de « G. Moerschel ». Je me souviens pas qu'il ait été fait référence à la déclaration de Riandey dans le livre de Cornevin cité dans ma note. Cornevin mentionne pourtant des extraits de déclaration d'autres maçons interpelés. Simple oubli de sa part ou ignorance du rôle que joua Riandey dans la maçonnerie d'après guerre ?  Je ne sais pas.

    Riandey a-t-il dénoncé nommément des juifs et des francs-maçons ? Est-il établi que des hommes sont morts par sa faute ? A-t-il participé activement à des mouvements de collaboration ? A-t-il été poursuivi après la Libération ?

    Je ne suis nullement effrayé à l'idée qu'on me le démontre par l'affirmative mais je tiens néanmoins à ce qu'il lui soit fait justice de l'entièreté de son parcours sous l'Occupation. Riandey a été résistant dès 1943. Il a été arrêté en 1944. Il a donc bien fait partie des 25700 nouveaux internés à Buchenwald rien que pour l'année 43/44. Pour un soi-disant « résistant de la 25ème heure », ce n'est tout de même pas anodin. D'autres résistants sur le tard ont fait l'économie des camps.

    Si donc quelqu'un possède une copie du procès-verbal d'audition de Riandey, je serais heureux de pouvoir le consulter. Il est possible qu'on y découvre des choses gratinées. En même temps, il devait être difficile de se sentir à l'aise lorsqu'on était à portée de baffes d'un agent de la Gestapo.

    Un dernier point. Jean-Pierre Bacot m'a écrit pour m'informer d'un article sur l'histoire de la GLNF dans lequel l'antisémitisme de Riandey a été abordé. Je signale que cet article est publié dans un numéro spécial de Critica Masonica qu'il présentera en avant-première au prochain salon du livre maçonnique de Paris.

  • Charles Riandey l'obscur

    Imprimer

    Raoul L. Mattéi, Charles Riandey, GLDF, Polémique, Guerre, Collaboration, courage, georges Moerschel, Bernard Faÿ, Henri Camberlin, Jean Marquès-Rivière, J'ai lu avec beaucoup d'intérêt une longue note sur l'histoire mouvementée de la Grande Loge de France publiée sur le blog La Maçonne. Son auteur - Vadabus - analyse les crises qui ont secoué l'obédience de la rue Puteaux en 1953, 1964 et 2003. Il y a cependant un point avec lequel je ne suis pas d'accord avec l'auteur. C'est lorsqu'il s'en prend violemment à Charles Riandey (1892-1976). En effet, voici ce que Vadabus écrit au sujet de l'ancien Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France qui fit le choix de rallier en 1964 la Grande Loge Nationale Française :

    « Qui était ce Charles Riandey à la triste figure ? En utilisant la formule de l’anaphore devenue célèbre voilà comment Charles Riandey pourrait se présenter

    • Moi, Charles Riandey TPSGC du SCDF je suis notoirement connu pour être antisémite ayant déclaré aux autorités policières sous l’Occupation: « J’ai combattu avec beaucoup d’autres, au prix de pénibles épreuves, l’envahissement de la maçonnerie par les Juifs. » (déclaration faite à l'inspecteur S. Moerschel) 
    • Moi, Charles Riandey TPSGC du SCDF, catholique traditionaliste et pétainiste j’ai rencontré LAVAL avec le RP Jésuite Berteloot afin de lui présenter un projet de constitution d’une obédience maçonnique fondamentalement catholique et inféodée à Rome ; c’est Pétain qui refusa ce projet ! »

    Voilà pour la charge de Vadabus. Comme on le voit, elle est particulièrement sévère. J'aimerais toutefois y apporter quelques précisions complémentaires qui permettront, peut-être, d'adoucir le réquisitoire.

    Je ne nie pas a priori que Charles Riandey fut animé de sentiments antisémites. Il ne fut pas le seul, hélas ! D'autres frères, dont la postérité n'a pas retenu les noms, ont également eu ce travers en un temps où la France n'était pas en guerre, sauf peut-être avec elle-même. Je renvoie par exemple à ce que j'ai écrit sur l'antisémitisme en maçonnerie pendant l'affaire Dreyfus. Je ne discute donc pas la réalité des déclarations que Charles Riandey a pu faire, en 1942, à Georges Moerschel qui officiait au Service des Associations Dissoutes (SAD). Il faudrait consulter les procès-verbaux du SAD. Ceci dit, il faut aussi préciser le contexte et indiquer que Georges Moerschel n'était pas une espèce de commissaire Mégret débonnaire. Il s'agissait d'un agent de la Gestapo dont la mission était d'interroger les francs-maçons. Les bureaux de la section de la Gestapo chargée des associations dissoutes étaient dans le septième arrondissement de Paris au numéro 4 du square Rapp. Le square Rapp, c'était donc une adresse à éviter, tout comme celle du 93 rue Lauriston dans le seizième. Quand on y était convoqué, on ne savait jamais dans quel état on allait en ressortir.

    Moerschel était en relation permanente avec le capitaine SS Henri Chamberlin dit Laffont, lui-même placé sous l'autorité de Jean Marquès-Rivière, le scénariste du film Forces Occultes. Georges Moerschel était également en lien avec l'universitaire Bernard Faÿ, antimaçon forcené (cf. Pierre Gastineau, « Double mètre », vie et mort d’un syndicaliste, Alfred Lemaire (1905-1945), Publibook, 2005, p. 126 et suivantes). Les archives retrouvées dans ce lieu sinistre à la Libération ont d'ailleurs révélé que soixante mille personnes avaient été fichées. Six mille personnes ont été inquiétées pour appartenance à une loge ou à une secte. Cinq cent quarante neuf ont été fusillées. Quatre ont été décapitées à la hache et neuf cent quatre-vingt-neuf ont été déportées dans les camps de la mort.

    Tout le monde n'a pas eu non plus le courage du frère Pierre Brossolette qui a préféré se défenestrer plutôt que de parler sous la torture. D'autres francs-maçons interpellés ont eu des comportements moins honorables tout simplement parce qu'ils ont eu peur ou parce qu'ils ont eu le souci de défendre leurs familles et, peut-être, de sauvegarder leurs intérêts matériels (cf. Christophe Cornevin, Les Indics: Cette France de l’ombre qui informe l’État, Flammarion, 2011, en particulier le chapitre 7 « quand les francs-maçons dénoncent leurs frères »). Il est possible que Charles Riandey ait fait partie de ceux là.

    raoul l. mattéi,charles riandey,gldf,polémique,guerre,collaboration,courage,georges moerschel,bernard faÿ,jean marquès-rivière,henri camberlin

    Je n'entends pas justifier la lâcheté bien sûr mais tout le monde n'a pas non plus vocation au martyre. Dans ces temps troublés, on peut comprendre que certains aient voulu tout simplement sauver leur peau, fût-ce au prix de déclarations regrettables, de renseignements donnés spontanément ou arrachés par la force. Il est toujours aisé de blâmer les actions des hommes après coup, surtout quand on n'a rien à craindre pour sa vie et celle de ses proches.

    Alors Charles Riandey a-t-il été la « crapule »  que décrit Vadabus ? Je me garderai bien de trancher mais il me semble toutefois important de rappeler que Charles Riandey a rejoint la Résistance à partir d'avril 1943. Ce que Vadabus a omis de souligner. J'ignore bien sûr la cause de ce basculement qui résulte peut-être d'une prise conscience progressive de la réalité du régime vichyste et de la traîtrise du maréchal Pétain. Il ne faut pas oublier en effet que Charles Riandey a fait la guerre de 14-18, qu'il a été grièvement blessé après la bataille de la Marne et qu'il a été décoré de la croix de guerre avant d'être démobilisé. Il a donc fait probablement partie de cette génération de Français qui a vu en Pétain le héros de Verdun et le sauveur de la France. Il faut enfin ajouter que Charles Riandey a été arrêté par la Gestapo en juin 1944. Il a été ensuite déporté au camp de Buchenwald en août 1944 (cf. Daniel Ligou, Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie, PUF, Paris, 1991) où périrent 56000 personnes (cf. Robert Antelme, L'Espèce Humaine, tel-Gallimard, Paris, 1947, passim). Il a eu la chance d'en réchapper (cf. Raoul L. Mattéi, Mémoires d'un maçon franc, Dervy, Paris, 2015)

    Bref, Charles Riandey a peut-être fait des choix maçonniques contestables et commis des erreurs d'appréciation. Il a sans doute oeuvré activement à un rapprochement de la GLDF avec la GLNF. Il a probablement cru en la capacité du Suprême Conseil à faire pression sur la GLDF pour l'inciter à rompre avec le GODF. Néanmoins, je pense que ça ne justifie pas que l'on réduise son souvenir à celui d'un antisémite et d'un collaborateur du régime nazi. Le procédé me semble très expéditif et particulièrement injuste.

  • Franc-Maçonnerie et Homosexualité aux Etats-Unis (2)

    Imprimer

    De l'autre côté de l'Atlantique, les positions rétrogrades des Grandes Loges de la Géorgie et du Tennessee à l'égard de l'homosexualité, provoquent des remous de plus en plus importants. Les maçons américains sont fébriles sur les réseaux sociaux et n'hésitent pas à exprimer leur incompréhension et leur désapprobation.

    Parmi tous les témoignages publiés sur internet, j'ai choisi de traduire dans les grandes lignes (avec mes faibles moyens) et de partager un extrait d'une vidéo réalisée par le Frère Mikie Da Poet de la Grande Loge de l'Illinois le 8 mars dernier. Elle exprime bien l'idéal de notre Ordre.

    Si la traduction ne se fait pas automatiquement, cliquez sur l'icône en bas à droite qui se trouve à côté de celui de Youtube.

    mikie da poet,franc-maçon,homosexualité,tennessee,polémique,etats-unis d'amérique,tolérance

    La désapprobation, comme vous le verrez, se fait toujours en des termes mesurés. Da Poet le dit : il faut y mettre de la diplomatie. Je ne suis pas sûr cependant que ça soit suffisant.

    Mais bon, comme on peut le lire souvent dans les conclusions des rédactions en manque d'inspiration : "Bref, l'avenir nous le dira."

    _______________

    Mise à jour 16 mars 15:41

    Le blog Hiram diffuse une réponse de la Grande Loge de la Géorgie que l'on peut résumer ainsi en s'inspirant de la réaction d'un ancien président de la République française : "Ça m'en touche une sans faire bouger l'autre."

    Il y a donc de fortes chances que la Grande Loge du Tennessee soit sur cette même ligne assez couillue. Wait and see.
  • En surchauffe

    Imprimer

    Je ne pensais pas revenir sur la participation de Jean Solis au documentaire de Paul-Eric Blanrue et Julien Teil dont Géplu a fait un compte-rendu de visionnage le 20 novembre dernier sur son blog. J’ai déjà dit ce que j’en pensais a priori car oui, je le reconnais sans peine, je n’ai pas visionné le film, n’étant évidemment pas dupe de ses finalités. La qualité des auteurs et du casting m'ont suffit. La naïveté n'est pas non plus mon défaut majeur. De toute façon, je ne fais pas partie du public cible visé par les réalisateurs.

    J'aurais pu en rester là. Or, lors d'une recherche, je suis tombé sur une réaction de Jean Solis publiée sur son journal Facebook le 7 décembre 2015 et relayée par Paul-Eric Blanrue. Elle ne m'est pas personnellement destinée. Mais comment toutefois ne pas se sentir visé puisque je suis maçon, membre du G∴O∴D∴F∴ et de gauche ? Si j'en crois Jean Solis, j'appartiens donc à une fange de cons bien pensants qui détestent le dialogue. Bref, un gland de la troisième catégorie.

    france maçonnique.jpg

    Je me demande comment un homme à qui il est arrivé d'écrire des pages lumineuses, peut en être ainsi réduit à se comporter en grossier personnage et à caricaturer le G∴O∴D∴F∴ de la sorte (car tous les membres de mon obédience ne sont évidemment pas de gauche et encartés au parti socialiste). Manifestement, ce garçon fonctionne comme un moteur dont une durite a éclaté : il est en surchauffe. Où est donc passée la sérénité philosophique ?

    Je ne vais donc pas gloser outre mesure sur sa défense des auteurs de "La France Maçonnique" et sa charge contre Wikipédia. L'une et l'autre sont parfaitement grotesques. Qu'il me soit permis simplement de rappeler ici ce qu'Olivier Faye, Abel Mestre et Catherine Monnot, tous trois journalistes du Monde (horresco referens !), écrivaient le 1er novembre 2010 sur leur excellent blog Droite(s) extrême(s) à propos d'une pétition lancée en août 2010 par Paul-Eric Blanrue demandant l'abrogation de la loi Gayssot et la libération du négationniste néo-nazi Vincent Reynouard :

    "Il en est ainsi des pétitions. L’identité  des signataires est souvent au moins aussi riche en enseignements que l’intitulé. Paul-Eric Blanrue, compagnon de route de Dieudonné, militant issu de l’extrême droite, qui s’évertue à brouiller les pistes et se prétend désormais "chaveziste", a une obsession : l’abrogation de la loi Gayssot, qui a instauré  le délit de contestation de crimes contre l’humanité.

    Il s’y consacre depuis plusieurs mois sur les  sites internet participatifs- comme Le Post , où il a une page personnelle, ou Agoravox. Là où la donne est en train de changer, c’est qu’il s’est trouvé quelques "idiots utiles" pour parapher un texte, aux côtés de ce qui constitue un véritable Bottin mondain négationniste, Greciste et/ou nationaliste révolutionnaire, le tout complété par quelques "plumes" de Riposte Laïque dont l’ultra-laicisme de façade cache de moins en moins un alignement systématique et sans grande boussole sur la rhétorique de l’extrême droite "dure". On y retrouve aussi de nombreux étrangers (surtout Italiens, Belges, Suisses et Américains) issus de la Nouvelle Droite ou, pour certains d’entre eux, du néo-nazisme avéré."

    Ce que Robin D'Angelo et Matthieu Molard, journalistes au site web Streetpress, résument ainsi (cf. Le système Soral, éd. Calmann-Lévy, Paris, 2015, p. 77) : 

    "Contributeur régulier de la revue Historia, Blanrue est aussi l'un des principaux soutiens au négationniste Robert Faurisson."

    Ce ne sont pas des jugements de valeur. Ce sont des constats fondés sur des faits. Après c'est à chacun de se déterminer en conscience et d'agir comme bon lui semble. Il est donc aisé de comprendre pourquoi des "gens de gauche bien-pensants" (sic), invités à participer à ce documentaire, ont finalement préféré s'abstenir (du moins si ce que dit Solis est vrai car il ne donne aucun nom). C'est probablement parce que ces "bien-pensants" (ils apprécieront sans doute) ont eu tout simplement l'intelligence et la prudence de se renseigner avant. Ils ont pratiqué le "jugement d'évaluation" que Solis, dans un bel exercice d'introspection, qualifie de "satanique" (sic).

    solis ingénu.jpg