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loge - Page 4

  • Groussier mais jamais vulgaire

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    L'une des grandes joies de tout V∴M∴ est de procéder aux cérémonies d'augmentation de salaire et de constater que sa L∴ grandit à son rythme dans la sérénité.

    J'ai eu la chance d'éprouver aujourd'hui cette joie et c'est avec un grand bonheur que mon petit atelier compte désormais deux nouveaux compagnons.

    La cérémonie de réception fut sobre et réussie. En tous cas, c'est le sentiment profond de la L∴ car tous les FF∴ sont repartis contents et satisfaits du travail accompli.

    Le rite de ma L∴ est "Groussier mais jamais vulgaire". Il est à manier avec précaution. C'est à nous de le déboucher comme un vieux flacon et d’en sentir les parfums. Untel exercera son office de telle manière. Tel autre y apportera autre chose. Il n’y a pas vraiment de manière particulière ou intangible de faire. Pas de gourou ou de directeur de conscience. Tous les FF∴ assemblés en la forme accoutumée y expriment leur sensibilité et leur désir de bien faire. Nous travaillons donc dans la plus grande liberté tout en respectant sérieusement les usages et la tradition maçonniques. Liberté et tradition ne sont pas incompatibles quand on s'efforce de pratiquer intelligemment l'art royal. Si on a conscience de ce qu'on fait et de ce qu'on dit, alors le rite français se déploie dans toute sa sagesse, sa force et sa beauté :

    « L'initié cherche à élever son niveau de conscience, à approfondir ses connaissances, à élargir son champ de recherche. Il va à la découverte de son monde intérieur et du monde extérieur en s'aidant des outils symbolique. La Maçonnerie spéculative a hérité de l'ancienne tradition toujours vivante du Compagnonnage opératif dans lequel le Compagnon se forme par l'étude et la pratique, par la réflexion et l'action en voyageant de ville en ville et de chantier en chantier. »

    Nos deux FF∴ cheminent désormais à l'étoile. Je leur souhaite bonne route.

  • Sur quoi doit-on travailler en loge ?

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    logazde.jpgJe me souviens d'une tenue dans une loge du Grand Orient de France, il y a quelques années, dont l'ordre du jour était consacré à l'examen d'une question conventuelle sur un sujet d'intérêt général. Après les traditionnels et soporifiques « la question est mal posée » qui ne font avancer en rien les débats, une série de frères avait pris la parole pour affirmer péremptoirement : « Nous ne sommes pas venus en maçonnerie pour ça et puis nous sommes totalement incompétents pour en débattre. » Bref, à les entendre, l'assistance était priée d'en rester là. Les grincheux étaient parvenus à imposer leur incompétence à l’atelier, à l'ériger même en norme du travail maçonnique, au point de vider le débat de toute sa substance et de démotiver ceux qui étaient désireux d’apporter leur petite pierre à la construction de l’édifice.

    Certes, nous ne sommes pas tous spécialistes des questions posées, des sujets abordés en loge sous forme de morceaux d'architecture. C’est entendu. Mais cela signifie-t-il que nous sommes incapables de jeter un regard maçonnique sur ces sujets et d’y apporter nos points de vue, fussent-ils imparfaits et maladroits ? Non, nous en sommes capables. Pensez-vous qu'un franc-maçon de la fin de l'année 1915 était en mesure de saisir la complexité de son époque alors qu'elle constitue aujourd'hui quelques chapitres de manuels d'histoire ? Il n'était guère mieux loti que nous, même si nous avons tendance aujourd'hui à exagérer le caractère prospectif et avant-gardiste de la franc-maçonnerie sous la Troisième République. En réalité, le monde est toujours complexe pour celui qui vit et ne bénéficie pas du recul de l'Histoire. Ou alors, pour faire bonne mesure, il faut admettre la réciproque. Si des frères, dans les loges, affirment péremptoirement que la maçonnerie n’est pas faite pour traiter des sujets profanes ou qu’ils ne sont pas venus en maçonnerie pour ça (ce qui est parfaitement leur droit dès l’instant où il n’en font pas la norme du travail maçonnique), alors je pense qu’il est légitime d’affirmer, tout aussi catégoriquement, que nous sommes totalement et radicalement incompétents pour parler de symbolisme en général et de symbolisme maçonnique en particulier. En effet, nous ne sommes pas tous philosophes, anthropologues, historiens, linguistes, sémiologues, spécialistes des mythes, des symboles, de l’exégèse biblique ou de la littérature chrétienne des origines pour ne s’en tenir qu’à cette liste non exhaustive.

    Par conséquent, pourquoi les jugements que l’on entend à propos des sujets profanes ne seraient-ils pas d’application pour les sujets maçonniques ? J’ai ma réponse et me permets de vous la livrer brute de décoffrage. Si les sujets maçonniques ont souvent le vent en poupe au détriment des sujets profanes, c’est parce qu’ils n’engagent non seulement à rien mais aussi parce qu’ils permettent à notre propre subjectivité de s'exprimer sans trop de risques. Dans un sujet symbolique, on peut dire absolument tout et son contraire. Dans un sujet symbolique, il est même possible de dire n’importe quoi doctement. Les paresseux, voire les manipulateurs, les phraseurs ou les poseurs peuvent y trouver leur compte sans crainte d’avoir une surchauffe de neurones (car la compilation ou la paraphrase, ça existe y compris pour ce type de sujet). Ils apparaîtront même comme des érudits, voire comme des sages (ce qu’ils ne sont pas) auprès des plus impressionnables et des plus crédules.

    En d’autres termes, on se sent légitime dans un registre que l’on croit bien maîtriser tout simplement parce qu’on connaît certains symboles, qu'on pratique certains rites et que l’on appartient à une société initiatique, ésotérique et traditionnelle. Mais si on voulait atteindre une certaine objectivité, je dirais même une certaine dose de sérieux, alors on ne manquerait pas d’obstacles aussi périlleux à franchir que ceux que l’on invoque ordinairement pour les sujets profanes. Faites l’expérience suivante. La prochaine fois que vous préparerez un sujet symbolique pour votre loge, pensez que vous le ferez sous le regard critique et incisif d’un spécialiste qui ne manquera pas de démonter pierre par pierre ce que vous êtes en train de travailler et de rédiger à l’intention de votre loge. Vous verrez alors que les choses prendront un tour sensiblement différent et qu’à force d’avoir cette pensée, vous vous sentirez beaucoup moins libres et beaucoup moins à l’aise.

    Mais qu’on me comprenne bien : il ne s’agit pas, pour moi, de plaider pour que tous les sujets soient abordés en professionnels ou en spécialistes. Certes non ! C’est précisément le contraire ! Ce que je souhaite, c’est que nous n'ayons pas peur de laisser libre cours à notre subjectivité pour tous les sujets dits « profanes ». La réflexion maçonnique doit rester libre ! J’en ai marre, en effet, de ces discours culpabilisateurs qui établissent les frontières de la réflexion maçonnique en fonction du domaine traité et/ou de la compétence des intervenants. Si l’on doit se farcir des conneries à propos de sujets maçonniques, je suis alors demandeur d’une égalité de traitement en faveur des sujets de société. Et sous le terme de « conneries », il ne faut pas y déceler un jugement négatif. Au contraire, c’est pour moi quelque chose d’éminemment positif : ça signifie que pour tous les sujets traités, le franc-maçon a le droit inaliénable d’en disposer librement au point même d’en faire un tissus de conneries ou de lieux communs (les seules victimes étant celles qui doivent les endurer plus ou moins sagement sur les colonnes). Le rituel, comme le tablier et les gants, nous protègent contre tout débordement et toute polémique stérile.

    Une anecdote pour terminer mon propos.

    Il m’est arrivé de rencontrer au cours de mon cheminement un « symbolâtre » comme la maçonnerie sait parfois en produire. Bref, le genre de frangin à s’enivrer tellement de symboles, de rites, de cordons, de hochets et de manuels de maçonnerie que l'on pouvait facilement l’imaginer, chez lui, en train de dormir à l’ordre. Il aimait faire le paon quand il y avait des réunions ou des dîners en présence de profanes. En loge, il s'était institué arbitre des élégances en distribuant les bons points à ceux qui partageaient son avis, les mauvais à ceux qui avaient décidé de penser librement par eux-mêmes. Il poussait le comble de la suffisance intellectuelle en croyant qu'il pouvait apprendre quelque chose de ses longs monologues en atelier. En franc-maçonnerie, disait-il, il n’est pas question de parler de questions de société. Et puis d’ailleurs, ajoutait-il, le monde est tellement complexe que nous n’avons pas les compétences requises pour en discuter. Mais, sans doute pour magnifier cette mystérieuse association, dont il aimait se réclamer entre un cocktail et un petit four, il prenait quand même soin préciser que la maçonnerie avait été à l’origine de nombreuses lois sociales, du droit à l’avortement, du planning familial, etc. Et l’homme de révéler ainsi toute la duplicité de son discours : d’un côté, il affirmait que la franc-maçonnerie n’avait pas à investir le champ de la réflexion sociale et, d’un autre, il lui attribuait volontiers la paternité de nombreuses conquêtes sociales pour s'en prévaloir.

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    Pour un point de vue différent : Sur quoi doit-on travailler en loge ?

  • Questions à l'étude des loges

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    GODF, Franc-Maçonnerie, LogeChaque année, le Convent (l'assemblée générale) du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴) pose une série de questions aux loges de l'obédience.

    • La première question concerne un sujet d'intérêt général.
    • La deuxième est relative à un sujet maçonnique.
    • La troisième est consacrée à la laïcité.
    • La quatrième est consacrée à la paix.
    • Et la cinquième question est spécialement destinée aux loges hors métropole.

    Règlementairement, chaque loge doit répondre à au moins deux questions. Mais rien n'interdit à toute loge qui le désire d'en traiter davantage.

    Les questions conventuelles sont un temps fort de la vie du G∴O∴D∴F∴. J'ai toujours trouvé stimulant de savoir que toutes les loges de l'obédience planchaient sur les mêmes sujets à la même période.

    Il arrive parfois que des FF∴ s'interrogent sur l'utilité de ces questions. Justement. Il ne faut pas raisonner de façon utilitariste. Il ne faut pas davantage raisonner en terme d'immédiateté. Je prendrai une image. Quand les bâtisseurs de cathédrales commençaient un édifice, ils savaient qu'ils n'en verraient pas le clocher. Ça ne les empêchait nullement de se mettre à l'ouvrage.

    Eh bien, d'une certaine façon, il en est de même pour les questions à l'étude des loges. Nous ne sommes pas dans l'opératif mais dans le spéculatif. Les synthèses régionales sont un aperçu du ressenti des loges à un moment donné et sur des sujets bien spécifiques. Et chaque loge est en soi un petit microcosme singulier d'individus riches de leurs différences. Ces synthèses offrent donc des pistes de réflexion, défendent des idées et des principes, posent des jalons pour une pensée humaniste au sein de la société. Ces synthèses peuvent éventuellement inspirer des décideurs publics ou privés. Ou pas d'ailleurs. Qu'importe qu'il n'y ait pas de prolongements concrets immédiats ! L'essentiel est qu'il y ait eu réflexion collective. Cette réflexion nourrit la loge et le maçon. Il faut donc laisser les idées cheminer librement au rythme du corps social. C'est aussi ça le travail maçonnique. Fais ce que dois, advienne que pourra.

    Quand je suis entré en maçonnerie, il y a bientôt 24 ans, le résultat de cette oeuvre commune se perdait dans les comptes-rendus des Convents et trouvait sa place dans les archives. Depuis trois ans, ce résultat fait enfin l'objet d'une édition grand public. C'est une excellente chose ! Maçons et profanes pourront ainsi y trouver un bon aperçu du travail des loges. Il est dommage cependant que les synthèses sur la question maçonnique n'y figurent pas. Ce parti-pris éditorial repose sans doute sur la volonté de préserver l'intimité du questionnement initiatique. C'est un choix qui se défend même si, à titre personnel, je le considère quelque peu artificiel eu égard au nombre d'ouvrages publiés chaque année sur la franc-maçonnerie.

    Questions à l'étude des loges n°3, synthèses année 2014-2015, Grand Orient de France, collection Horizons Maçonniques, prix public 9 €. A commander chez Conform édition.

  • Ouvrir son esprit

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    adhucstat.jpgJe ne le dirai jamais assez : pour prendre du plaisir en franc-maçonnerie, il faut être ouvert d'esprit, c'est-à-dire être un minimum curieux et désireux de bousculer ses habitudes. C’est la raison pour laquelle j'ai toujours été étonné de constater que l’ésotérisme pouvait rétrécir le champ de vision de certains francs-maçons au lieu de l’agrandir. Cette situation s'explique probablement par cette tendance, vieille comme le monde, à ne voir dans les symboles que des normes directrices dont la conscience ne doit pas s’affranchir et dans les rituels une tyrannie de la forme qui privilégierait la sécheresse de la lettre au détriment du souffle vivifiant de la libre interprétation. Il en est parfois de la maçonnerie comme d'une confession religieuse. Le risque de confusion est bien réel chez certains maçons qui agissent et pensent plus en convertis qu'en initiés. En effet il arrive plus souvent qu’on ne le croit que l’Ordre maçonnique sécrète – quel que soit le rite considéré je le précise – son cortège de petits fondamentalistes en costume-cravate (et en tailleur).

    J'aime bousculer mes certitudes et, quand j'en ai le loisir, j'aime fréquenter des loges beaucoup plus symbolistes que la mienne. Je me souviens par exemple d'une très belle et riche discussion que j'avais eue en salle humide avec des FF∴ du régime écossais rectifié (R∴E∴R∴), rite maçonnique doctrinalement chrétien et avec lequel je n'ai aucune accointance particulière. Ce fut une belle rencontre. Depuis longtemps, mes interlocuteurs s’étaient affranchis de la tyrannie des formes et des incantations dans lesquelles se perdent immanquablement ceux qui prennent tout au pied de la lettre. Je me suis rendu compte qu’autour d’une table, d’un bon repas et avec un verre d’excellent vin, l’esprit s’apaise et les choses finissent par être plus compréhensibles et ramenées à de plus justes proportions pour n'importe quel athée qui se respecte.

    Je me suis même surpris à comprendre « l’idéal chrétien », évoqué par ce rite, sans être obnubilé par l’étiquette de cette maçonnerie qui est aussi l'antichambre d’une chevalerie célestielle (célestielle par opposition à terrienne, terrienne qui renvoie à la matérialité, au pouvoir temporel, au transitoire, au fugace, au profane). Je m’efface devant ces mots de Rocherius Eques a Vera Luce, ancien Grand Prieur de Neustrie, qui résument les choses évidemment mieux que je ne saurais le faire:

    « Dans un monde de facilité matérielle, où l’opulence peut côtoyer la détresse la plus profonde, où le pouvoir de l’humanité sur la nature confine à l’hégémonie totale, l’Ordre propose que, dans l’ombre, mais au cœur de ce monde, des valeurs séculaires persistent et s’expriment. L’idéal est lointain, et nul d’entre nous, en conscience, ne peut prétendre s’en être approché : tant mieux car tant que nous sentirons notre insuffisance et notre éloignement du principe, alors nous serons de vrais chevaliers. Mais à condition que cette prise de conscience soit l’aiguillon de notre combat spirituel, de la virilité morale et métaphysique qui nous fera toujours préférer le doute à la certitude, la question à la réponse, la révolte à la satisfaction, dès lors que quelques bornes fondamentales balisent notre chemin et nourrissent notre ferveur : notre foi chrétienne, l’espérance du salut, et l’amour des autres hommes. »

    Mes bornes fondamentales ne sont pas les mêmes que celles qui viennent d’être dites, mais peu importe (le clergé a bien abrité ses curés Meslier, des hérétiques dormants, qui n'étaient sans doute pas de mauvais prélats). Je suis pourtant conscient d’être sur le même chantier d'idéal. Avec un peu de réflexion, il n’y a rien d’étonnant : sur ce chantier, y compris dans le sein d’un même corps de métier, les techniques de travail ne sont pas nécessairement ou obligatoirement identiques. Quand on travaille en bonne intelligence, dans le respect mutuel, il arrive même que ces techniques se complètent et s’éclairent l’une l’autre.