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loge - Page 3

  • De retour de loge

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    Tous les FF∴ de province le savent et plus particulièrement ceux qui vivent dans la France profonde et appartiennent à de petites loges rurales comme c'est mon cas : les maçons sont habitués à se déplacer.

    Chez moi, les distances se calculent plus en temps qu'en kilomètres. Aller en loge est certes un plaisir, mais c'est aussi un réel effort. Je dois prendre la voiture et faire au moins une heure de trajet aller et une heure de trajet retour sur de petites routes sinueuses. Je ne m'en plains pas car certains de mes FF∴ font plus de quatre heures de route (aller retour bien sûr). Et il n'est pas rare – surtout en cette période - que les conditions soient difficiles (verglas, brouillard, neige)...

    Mais ce n'est pas bien grave. Les « maçons ruraux » ont l'habitude.

  • De la fraternité maçonnique

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    La fraternité maçonnique est une appartenance commune à un ordre initiatique, ésotérique et traditionnel.

    Elle n'est pas un sentiment aux termes duquel on décréterait l'amour général et impersonnel.

    Elle peut même être une sorte de paradoxe qui dissimule, parfois, des haines vigilantes (souvenons-nous toujours du mythe de Caïn et d'Abel).

    Si un salaud peut être poli, il peut aussi se montrer fraternel.

    Une fois, j'avais dit cela à un frère d'une loge que je visitais. Ce frère, qui avait pourtant de la fraternité mielleuse plein les lèvres, m'avait verbalement agressé : "Tu n'as strictement rien à faire en maçonnerie."

    Qu'avais-je dit pourtant de si terrible qui m'ait valu un tel rejet ?

    Rien d'autre que de considérer ce que nous sommes sans naïveté et angélisme ostentatoires.

  • L'influence des "hauts grades"

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    Lu sous la plume du F Jean-Luc Maxence (je souligne) :

    "À l’heure où la Grande Loge de France (GLDF) se cherche avec grande inquiétude un Grand Maître pour succéder au précédent qui vient d’achever ses trois années de grands discours éloquents et de verrouillage absurde par le Suprême Conseil de France (...)"

    Ce n'est pas la référence au Suprême Conseil de France qui m'intéresse, mais plutôt l'allusion au verrouillage dont on l'accuse. C'est un vieux reproche dont il n'a pas l'apanage. Toutes les juridictions de hauts grades, quel que soit le rite, sont soupçonnées d'exercer une encombrante tutelle sur les obédiences symboliques.

    Je suis dans les hauts grades depuis 1997. Je suis cependant très loin d'être au nirvana de la hiérarchie maçonnique. Pour autant, je dois dire que je n'ai jamais constaté que les ateliers dits "supérieurs" exerçaient une influence directe sur la vie des loges bleues. Ils ont en effet bien d'autres sujets de préoccupation, à commencer par une vie qui leur est propre ! En revanche, j'ai croisé le chemin de nombreux maçons qui se faisaient une montagne des ateliers de perfectionnement. Ce qui n'est pas la même chose.

    Alors d'où vient cette croyance en la capacité des hauts grades à exercer une influence sur les loges symboliques ? Je pense qu'elle vient principalement de la "cordonnite" ou si l'on préfère du désir irrépressible de collectionner les degrés et dignités maçonniques. Je crois donc que ce qu'on appelle "l'influence des hauts grades" est en réalité directement proportionnelle à l'envie du maçon de poursuivre son cheminement dans la hiérarchie initiatique.

    En d'autres termes, quand un F a envie de faire de la grimpette, il donne forcément de l'importance aux grades qu'il convoite. Et il prête inévitablement de l'influence aux juridictions maçonniques qui les administrent. Ce qui peut l'inciter à intérioriser certaines contraintes et certaines limites pour être dans le ton ou pour plaire à d'éventuels parrains qui seraient disposés à le présenter. C'est au fond un jeu de société que l'on retrouve dans plein d'autres milieux et dans plein d'autres hiérarchies. Certains y sont sensibles. D'autres pas.

    Je ne me souviens pas en tout cas que l'on m'ait demandé une seule fois de faire la révérence ou des courbettes devant qui que ce soit pour entrer dans un chapitre. Je n'ai jamais reçu la moindre consigne de me comporter d'une façon particulière en loge. Je n'ai même jamais assisté à une seule réunion de chapitre dont l'ordre du jour était consacré à la vie des loges locales et à la manière de les contrôler.

    Pour terminer, je voudrais citer de mémoire ce que disait le F Jean Mourgues à propos des grades maçonniques. Je ne sais plus dans quel livre j'avais lu cette phrase. Je la trouve en tout cas très belle et profondément vraie. A mon avis, elle résume parfaitement la réalité triviale de la progression initiatique.

    "Les grades ne sont que des fictions dont les plus vaniteux ne savent pas à quoi elles les engagent."

  • La loge, creuset aux influences diverses

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    Il y a des positions qui, à force d'être répétées, paraissent conformistes mais elles demeurent pourtant fondamentales. Parmi ces positions, il y a celle qui consiste à dire que la maçonnerie n’est et ne sera jamais un supplétif aux engagements que le maçon est incapable d’avoir dans le monde profane.

    Si je suis militant politique, syndical, associatif, mon premier devoir est de laisser ces engagements à la porte de la loge. Non pour les oublier bien sûr, mais parce que la loge est un creuset aux influences diverses. La liberté d’être ce que je suis est conditionnée par liberté de ceux que je côtoie en loge.

    C’est pour cela que je suis attaché à l’idée qu’une loge travaille sur les sujets les plus variés et que son recrutement soit le plus éclectique possible. Sa richesse est fonction de la diversité des préoccupations de ses membres. Le reste ? La diffusion des idées ? L'engagement ? C'est à chacun d'en décider librement en fonction de ses moyens et du temps dont il dispose.

    Je pars du principe qu’on a toujours besoin d’un plus anar, d'un plus socialo, d’un plus réac, d’un plus bigot, d’un plus ceci, d’un plus cela que soi. Si en loge tout n’était qu’harmonie et si rien en autrui n'était susceptible de m'intriguer, de me surprendre, voire de m’inquiéter, alors la fraternité ne serait que l’autre nom de l’indifférence. Je ne pense pas qu’on vienne en loge pour cultiver l'indifférence aux autres et pour trouver des personnes qui pensent pareil que soi.

  • Les jeunes sont des vieux comme les autres

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    J'ai été initié à l'âge de 19 ans. Je n'en tire, bien sûr, aucune gloire personnelle. Ça s'est fait ainsi. Et vingt-trois ans plus tard, j'éprouve toujours la même reconnaissance à l'égard de ces FF qui ont accepté de me faire franchir la porte basse même si les vicissitudes de la vie m'ont ensuite amené à prendre mes distances par rapport à eux pour des raisons qu'il n'y a pas lieu d'exposer ici. Il n'en demeure pas moins que ma L mère a toujours conservé une place bien spéciale dans mon coeur. C'est en son sein que j'ai effectué mes premiers pas dans l'Ordre. J'ai toujours été un maçon actif. Je n'ai jamais été "en sommeil". Et même s'il m'est arrivé de traverser des périodes de doute, j'ai toujours su que le chemin difficile que j'avais emprunté, était le bon.

    L'admission de jeunes en FM est un sujet récurrent. Souvent, il donne lieu à des débats oiseux (Comment attirer la jeunesse dans les loges ? Faut-il une capitation spécifique aux jeunes ?). Il m'est d'ailleurs arrivé de me prendre le bec à ce sujet plusieurs fois en Loge. J'ai toujours pensé que si « la vocation » était là, les années importaient peu. Il vaut mieux un jeune motivé qu'un vieux lassé de tout.

    Je connais toutes les objections que l'on peut formuler à ce propos. Elles sont dans l'ensemble respectables. Parmi ces objections, il y a le manque de stabilité financière et professionnelle. Beaucoup de FF pensent que l'on doit disposer financièrement de soi avant de postuler afin d'éviter de se mettre inutilement dans la gêne. D'après eux, un jeune maçon risque d'avoir du mal à faire face à ses obligations pécuniaires. J'ai même entendu parfois des FF s'inquiéter de l'inconstance ou de la versatilité de la jeunesse guidée par la vaine curiosité. Quid alors de l'obligation d'assiduité ?

    Je comprends toutes ces inquiétudes. Je me souviens d'ailleurs que mes enquêteurs ne s'étaient pas gênés pour me les signifier. Ils étaient sincèrement inquiets pour moi, craignant que ma volonté d'être reçu en loge soit une sorte de lubie passagère. Et en même temps, ils étaient heureux de voir un jeune homme s'intéresser à l'Ordre maçonnique au point de vouloir le rejoindre. Longtemps je fus considéré comme une sorte de "bête curieuse". Et puis, au fur et à mesure des années, j'ai fait ma place. J'ai vieilli, mes cheveux ont commencé légèrement à grisonner et, de ce fait, je me suis inexorablement fondu dans la masse.

    Avec l'expérience que j'ai accumulée, je sais aujourd'hui que toutes les inquiétudes que l'on peut formuler à l'égard de jeunes candidats à l'initiation maçonniques doivent être fortement relativisées. Il suffit de songer au nombre de FF plus âgés qui se trouvent, souvent dans l'indifférence générale, dans des situations difficiles pour diverses raisons : problèmes familiaux (un enfant malade, un deuil, un divorce) ; problèmes de boisson ; pertes d'emploi, etc. Leur reproche-t-on de manquer de stabilité financière et professionnelle ? Non bien sûr. Il ne viendrait à l'idée de personne de leur en faire grief.

    Le vie n'épargne personne. Que l'on soit jeune ou vieux, nul n'est à l'abri d'accidents de parcours. La roue peut tourner à n'importe quel moment et pour chacun d'entre nous. Il faut avoir la lucidité et la modestie de ne jamais l'oublier. Il est donc certain que les jeunes ont leur place en maçonnerie dès lors qu'ils le désirent vraiment et qu'ils ont la ferme volonté de travailler sur eux-mêmes. Après ? Advienne que pourra ! Toujours est-il que les jeunes sont des vieux comme les autres et qu'à ce titre, ils méritent le respect et la considération des plus anciens.

    Pour terminer, je voudrais citer l'extrait d'une lettre adressée à Jean de Vismes, pasteur originaire de Picardie, qui fut initié aux alentours de 1783-1784 à Lausanne où il avait suivi des cours à l'institut Antoine-Court. Il avait 23/24 ans. La lettre date de 1787 et a été écrite par un de ses anciens camarades d'études resté après lui à Lausanne. Il lui raconte la vie de la loge La Parfaite Amitié des Etrangers.

    "Le lundi 20 à 12h du soir.

    Monsieur et très cher frère en J.-C. et en Hiram, par trois fois trois.

    N'ayant pu continuer ma lettre lundi à cause du sommeil qui me prit, j'entreprends de l'achever aujourd'hui. Je commence par ce qui doit vous être cher. La loge continue à fleurir. Les ennemis ont fait tous leurs efforts pour la découvrir, mais leurs recherches ont été inutiles. Tous les frères s'observent et gardent le silence. A la dernière assemblée le Vénérable tira votre santé et je la réciproquai avec tous les honneurs accoutumées.

    Nous avons fait dans la dernière loge une réception d'apprenti. Le récipiendaire est un Français du Languedoc qui prend pension chez Mme Réal. Huit jours après son arrivée, je sus si bien le mener qu'il se fit recevoir. Ainsi vous êtes remplacé. La loge est composée maintenant du Vénérable Verdier, des deux surveillants Salvetat et Gavriac, des Frères Pradel, de Michel, de Cotigni, de Marichard, Aort et moi. Ils vous saluent tous par trois fois trois, en tirant un canon de poudre forte en votre faveur, en faisant bon feu et parfait feu pour un si digne frère (...)" (1)

    L'originalité de cette lettre n'est pas sa seule qualité. Elle montre, de façon assez émouvante, que les jeunes ont toujours été présents en loge même si évidemment l'espérance de vie était peu élevée à la fin du XVIIIe siècle (aux alentours de 35 ans). En tout cas, la petite loge lausannoise La Parfaite Amitié des Etrangers semblait regrouper essentiellement des jeunes gens originaires de France et pour la plupart étudiants. Ce témoignage permet de prendre conscience concrètement que la franc-maçonnerie a toujours été un mode original de sociabilité et un lieu de rencontre fraternelle et d'échange d'idées.

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    (1) Citée in Europe à l'époque des "lumières", Humanisme, centre de documentation du Grand Orient de France, n°79, mars-avril 1970, pp. 65 et 66.

  • Bonne année 6015 !

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    Je suis très attaché au calendrier maçonnique qui devrait être beaucoup plus respecté qu’il ne l’est. En effet, la première des grandes découvertes a été celle du temps, cadre de toute expérience vécue.

    C’est en distinguant siècles, années, mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes que l’homme s’est affranchi de la répétition monotone des cycles naturels. Et c’est réellement fascinant quand on y songe. 

    L’émancipation humaine doit énormément à la maîtrise du temps. A la conquête de sa mesure.

    Le glissement de l’ombre sur le cadran, l’écoulement du sable dans le sablier, celui de l’eau dans la clepsydre, le tic tac du mécanisme de l’horloge, tout ceci a permis à l’homme de mesurer ses déplacements. En maîtrisant le temps, l’homme a donc appris à maîtriser l’espace. Des civilisations ont pu ainsi apparaître. La communauté de temps a engendré la communauté d’espace et, partant, une communauté de savoirs avec comme seule frontière l’inconnu toujours à repousser.

    En élaborant son propre calendrier – dont les aspects historiques sont évidemment discutables mais qui demeure facilement applicable sans poser de problèmes insolubles – la maçonnerie a fondé un temps qui lui est propre, un temps symbolique (midi minuit) qui engendre un espace maçonnique ; espace maçonnique qui engendre à son tour des savoirs, des échanges, une communauté à la fois singulière et universelle ; communauté universelle sinon dans les faits du moins dans son principe. 

    Tout ceci s’inscrit dans des rythmes tout au long de l’année (équinoxes et solstices) avec une référence de base à -4000 ans avant le crucifié, laps de temps présumé de l'origine du monde (peu importe les raisons de ce choix même si elles sont bancales... ce n'est pas grave puisque ce choix est signifiant pour les maçons). L'an 6015 pour le profane, ça ne veut rien dire. Pour le maçon oui même s'il ne sait pas vraiment pourquoi il dit 6015.

    En définissant son calendrier, la franc-maçonnerie ne se réfère plus au monde profane. Elle construit son identité. Elle pose ses marques. Elle définit son temps.

    Pourquoi l'année maçonnique débute-t-elle comme dans la Rome antique le 1er mars et non le 1er janvier ? 

    C'est simple. C'est parce que l'Angleterre, terre de fondation de l'ordre maçonnique, a appliqué le calendrier julien jusqu'en septembre 1752 .

    Bonne année 6015 !

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  • Le secret maçonnique et le huis clos

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    Dans La nouvelle réalité maçonnique, Jean Verdun écrit :

    Cessons donc (...) de parler de secret. Nos temples seraient-ils truffés de micros, cela ne changerait rien à rien. Ce n'est pas le huis clos proprement dit qui compte, mais l'esprit du huis clos pour que, quel que soit le sujet traité, l'esprit de l'initiation l'emporte (...) Que la loge s'ouvre ! Qu'elle invite qui peut l'enrichir d'une réflexion nouvelle ! (...) Qu'elle cesse de laisser croire à ses invités, qui ne croient d'ailleurs pas, qu'une réflexion fondamentale sur le sujet s'élabore à l'abri des murailles du secret (...) Le secret ne doit plus servir les falsificateurs, mais le huis clos doit demeurer, ne serait-ce que pour marquer le caractère exceptionnel des tenues blanches pendant lesquelles une loge ou une obédience peut se confronter avec le dehors (...) L'importance n'est pas le sujet, mais la façon dont on l'aborde, et le huis clos permet de s'y prendre à l'inverse des méthodes médiatiques. Par conséquent, le huis clos, trois fois oui, mais le secret, basta ! (1)

    Faut-il évacuer le secret pour ne garder que le huis clos ou plutôt "l'esprit du huis clos" comme le suggère Jean Verdun ? Non bien sûr. Ça me parait d'ailleurs quelque peu artificiel. Et je vais vous le démontrer.

    Plaçons-nous au niveau du huis clos évoqué par Verdun. Cette expression vient de "huis" signifiant "porte" en ancien français, celle qui sépare l'intimité du foyer de l'extérieur (2), d'où le vocable "huisserie" pour désigner les entourages des portes. Elle est utilisée en droit pénal pour signifier que le public est exclu de la salle d'audience où se déroulent les débats. Dans cette perspective, effectivement, la franc-maçonnerie fonctionne entièrement sur le principe du huis clos.

    Par conséquent si on retranche le secret du huis clos, il n'y a plus aucune raison de maintenir le huis clos puisque le premier motive le second. Quand un président de Tribunal prononce le huis clos, ce n'est pas simplement pour la forme. C'est parce qu'il sait que l’objet des débats exige le secret afin de le réserver aux seules parties en présence et pour interdire toute publicité extérieure.

    Si l’on évacue la notion de secret, le huis clos n'a donc plus de raison d’être : le secret devient alors un simulacre. Le huis clos est donc une césure par rapport au monde extérieur le temps de l’échange. Le secret garantit la liberté dans l’échange. Echanger en présence de tiers au groupe d’individus choisi n’a pas du tout la même valeur : on se trouve très rapidement dans une position où l’on veut séduire, où l’on veut convaincre, quand on ne choisit pas, tout simplement d’observer, un silence prudent de peur de révéler une part de sa vérité qui n’a pas à être connue.

    Le huis clos, corollaire du secret, c’est ce qui nous empêche – pour combien de temps encore ? – de sombrer dans le messianisme qui, depuis toujours, a guidé et animé les religions ou les partis politiques. Le quidam peut entrer librement dans les lieux de culte et participer aux cérémonies religieuses ou aux réunions politiques parce qu’on lui annonce la vérité extérieure à lui-même.

    En FM, c’est l’inverse : on n’entre pas en L comme on veut. On travaille à couvert, à l'abri des turpitudes du monde profane et en laissant à la porte ses métaux, c'est-à-dire ses préjugés, ses défauts, etc. La vérité n'est pas extérieure à soi. Mais en soi. Et nul n’a droit qu'à la vérité qu'il a su découvrir par son travail, soutenu en cela par les FF∴ de son atelier.

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    (1) Jean Verdun, La nouvelle réalité maçonnique, Albin Michel, Paris, 2001, pp. 55 et 56.

    (2) Huis vient du latin ostium. On retrouve la même étymologie en allemand (haus), néerlandais (huis) ou en anglais (house) pour désigner la maison.

  • L'Obédience et la Loge

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    Le blog La Maçonne a publié une réflexion très intéressante sur l'utilité des obédiences. Je vous invite à la lire et vais en profiter pour apporter à mon tour mon point de vue sur ce vaste sujet.

    Il est de bon ton actuellement de dénigrer les obédiences maçonniques. Il faut dire que ces dernières ne manquent jamais une occasion de donner le bâton pour se faire battre. Ceci dit, il faut essayer de prendre un peu de hauteur et rappeler, non pas ce que sont les obédiences - lesquelles résultent des vicissitudes de l'histoire - mais ce qu'est fondamentalement l'Obédience en dehors de toute considération de pays, de rite et de conception du travail maçonnique. En effet, l'Obédience et la Loge sont organiquement liées. Il est même vain de tenter de déterminer des préséances entre les deux structures car l'une et l'autre ont fondé l'Ordre maçonnique tel que nous le connaissons aujourd'hui.

    Le premier acte fondateur de la Franc-Maçonnerie spéculative naissante fut en effet la réunion de quatre loges londoniennes dans une arrière salle de l'auberge de lOie et le Gril le 24 juin 1717. Cette réunion a donné naissance à la Grande Loge de Londres, première obédience maçonnique moderne.

    Le second acte fondateur de la Franc-Maçonnerie spéculative naissante fut la publication en 1723 des Constitutions rédigées par le révérend James Anderson à la demande de John Montagu, alors premier Grand Maître de la jeune Grande Loge de Londres.

    On peut donc dire, sans crainte de trop se tromper, que l'Obédience est quasiment aussi ancienne que la Loge. Il en résulte deux enseignements pour les francs-maçons du vingt-et-unième siècle.

    Le premier, c'est que pour durer, la franc-maçonnerie spéculative a éprouvé très vite le besoin de fédérer ses forces vives. En d'autres termes, les loges ont ressenti la nécessité de s'unir. Et quand plusieurs loges se réunissent, elles forment logiquement une "Grande Loge".

    Le second, c'est que la réunion de ces loges a débouché, tout aussi logiquement, sur la volonté de les doter de règles communes. A ce sujet, le juriste Dominique Rémy observe :

    "[...] ce qui est important, sous l'angle juridique, c'est l'idée de texte fondateur. Un texte fondateur, c'est un acte de fondation, c'est un acte juridique. Hauriou, il y a un demi-siècle, expliquait d'une part que l'institution ou la fondation trouve leur fondement dans une idée commune, un but commun, qui est la cause même de leur existence. Il trouve la base de la juridicité de l'institution, dans le fait que toute institution sécrète du droit, notamment deux catégories de droit essentielles existant dans toute institution, un droit disciplinaire et un droit statutaire. Ce qui est original, dans les Constitutions d'Anderson, c'est qu'il y a là un acte fondateur fait par des personnes privées pour une idée, un but d'ordre purement symbolique qui institue un système juridique séparé." (1)

    L'Obédience est donc la structure qui a contribué à la pérennité de l'Ordre maçonnique en instaurant un corpus de règles statutaires et disciplinaires. Elle est à la fois autorité régulatrice et légitimatrice. C'est elle qui délivre les patentes permettant aux loges de travailler régulièrement, c'est-à-dire selon les règles communément acceptées par tous les autres ateliers. C'est du moins ainsi qu'on comprenait le rôle et la place de l'Obédience au dix-huitième siècle. Et c'est ce qui explique aussi que le premier objectif d'une loge qui se créait à l'époque était d'obtenir la fameuse patente synonyme de reconnaissance.

    Ça, c'est le principe. Et puis il y a la pratique. Celle-ci a évolué très rapidement dans le sens que nous connaissons aujourd'hui. L'Obédience, autorité régulatrice et légitimatrice, est devenue malheureusement un enjeu de pouvoir. Les obédiences se sont substituées à l'Obédience, chacune prétendant incarner l'Ordre et l'orthodoxie maçonniques. C'est dérisoire certes, mais tellement humain. C'est ce qui s'est produit, dès le dix-huitième siècle, en Grande Bretagne avec la querelle ayant opposé la Grande Loge des Anciens à la Grande Loge des Modernes jusqu'en 1813.

    Il faut donc toujours garder à l'esprit ce qui précède. C'est la meilleure façon, me semble-t-il, de ne pas accorder une importance excessive à ce que peuvent dire ou faire les obédiences (françaises ou étrangères) contemporaines. Et c'est en même temps une excellente manière de ne pas oublier non plus ce que les francs-maçons leur doivent parce que, sans elles, c'est-à-dire sans le cadre statutaire et disciplinaire qu'elles leur offrent, les loges n'auraient certainement pas pu prospérer et la franc-maçonnerie survivre aux affres du temps.

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    (1) Table ronde du 16 mars 1993, retranscrite in Les Constitutions d'Anderson, traduction de La Tierce (1742), éd. Romillat, Paris, 1993, p.9.