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loge - Page 3

  • De l'instruction maçonnique

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    L9t6KE3YjFbEj3riQVlfDyBA4os.jpgUn surveillant de ma loge m'a récemment confié qu'il avait des difficultés à organiser des temps d'instruction maçonnique et à préparer les frères dont il a charge à recevoir leur augmentation de salaire. Il est vrai que la situation singulière de mon atelier et l'éloignement géographique de ses membres ne facilitent pas toujours cette instruction en dehors des tenues solennelles d'obligation. C'est ainsi. Il faut faire avec. Cependant, l'éloignement géographique n'explique pas tout. Je sais en effet que d'autres loges sont confrontées au même problème alors que leurs membres les plus éloignés résident dans un périmètre de 20 à 30 km maximum.

    C'est également le cas, semble-t-il, aux Etats-Unis d'Amérique ainsi que l'indique le frère Todd E. Creason sur le blog The Midnight Freemasons. Celui-ci a écrit le passage suivant :

    « (...) Cependant, il ne sert à rien de se plaindre à ce sujet et essayer de pousser votre loge à faire de l'instruction maçonnique (...). Alors, je vous encourage à faire la même chose que moi. Instruisez-vous vous-mêmes ! Les moyens ne manquent pas. Il existe des bibliothèques dans de nombreuses loges - malheureusement , beaucoup sont inutilisées, mais le côté positif est qu'elles n'attendent que vous.  Beaucoup de livres fantastiques sur la franc-maçonnerie sont disponibles à Barnes & Noble ou peuvent être commandés sur Amazon. Il y a de vastes ressources disponibles auprès des organismes de recherche maçonniques. Voyez s'il existe dans votre Etat une loge recherche.  Plus vous explorerez des sujets maçonniques, plus vous élargirez votre réseau et plus vous rencontrerez de frères qui seront dans le même état d'esprit de recherche que vous et qui contribueront à parfaire votre instruction en retour. Prenez la responsabilité personnelle de votre instruction et commencez l'apprentissage et la recherche. Et puis partagez ce que vous avez appris. Soyez le changement ! Visitez d'autres loges. Parlez. Écrivez. Restez en contact avec les frères qui partagent vos centres d'intérêt. »

    Ce point de vue m'a d'abord surpris. Puis, réflexion faite, j'y souscris entièrement. Les frères, y compris les plus jeunes, sont responsables de leur instruction maçonnique. La loge offre certes le cadre de travail mais on ne saurait non plus tout en attendre. Souvent j'ai remarqué que ceux qui se plaignent du manque d'instruction maçonnique, trouvent en réalité dans cette plainte une justification commode à leur paresse. Ils imputent aux surveillants la responsabilité du travail qu'ils pourraient faire mais ne font pas. Pourtant personne ne leur interdit de se documenter, de poser des questions, de se réunir et de travailler ensemble ou séparément sur des sujets relatifs à leurs grades ou à la tradition maçonnique. On ne vient pas en loge pour y recevoir des consignes. Il faut aussi un peu de curiosité. Un peu d'élan.

    Todd E. Creason prend l'exemple des bibliothèques maçonniques. Ma loge possède justement une bibliothèque qu'elle s'est constituée grâce surtout à l'implication d'un de ses membres. Eh bien voyez-vous, je ne suis pas sûr que cette bibliothèque serve en réalité à grand monde sauf, peut-être, au bibliothécaire de la loge qui a le plaisir de l'étoffer progressivement selon ses goûts. Je ne sens en effet ni de curiosité particulière chez les frères ni de désir d'emprunter les ouvrages qu'elle contient. J'ai même tendance à penser cyniquement que cette situation est paradoxalement une chance pour cette petite bibliothèque qui préserve ainsi son intégrité. Je sais d'expérience que les livres prêtés ne sont pas toujours rendus. Je me souviens également avoir fait don à mon ancienne loge d'une vingtaine d'ouvrages maçonniques. Quand je m'y rendais parfois en visite, j'étais chaque fois étonné de constater que les rayons n'évoluaient guère. J'avais l'impression que ces livres ne servaient à rien. Ils décoraient la salle humide. Il m'arrive, parfois, de regretter ce don.

    2715604317.jpgTodd a fait également référence aux loges de recherches. Cet exemple me parle car j'en ai fréquenté une du temps où je résidais à Bruxelles. Cela remonte à près de vingt ans. Cette loge de recherches, qui travaille sous les auspices de la Grande Loge de Belgique, existe toujours si je ne m'abuse. Elle a probablement beaucoup évolué depuis. Mais combien étions-nous à l'époque ? Sept ? Dix peut-être ? Guère plus. Il y avait quelques érudits. Un curieux de passage (jamais le même). Un professeur des universités. Mais il s'agissait fondamentalement d'une bande de copains qui avait un intérêt commun pour la tradition maçonnique. Qu'ai je vraiment retenu de ce temps passé sur les colonnes de cette loge ? Je vais être honnête : rien de bien transcendant si ce n'est le sentiment, au fond, que le travail véritable s'effectue souvent seul.

    Aujourd'hui, les moyens de parfaire son instruction maçonnique ne manquent pas. On peut y ajouter les blogs et les sites maçonniques. Certes, la qualité varie mais tous ces espaces virtuels abordent quantité de sujets que les loges n'ont pas forcément le temps de traiter. J'ai la faiblesse de croire que ce petit blog contribue, à sa manière et avec ses imperfections, à l'instruction maçonnique du plus grand nombre. Mais si je le rapporte à l'utilité de mes frères de loge je dois reconnaître, sans être désobligeant vis-à-vis d'eux, qu'il les laisse dans l'indifférence la plus complète à l'exception, peut-être, d'un ou deux.

    Je crois donc que l'on se fabrique sa propre instruction maçonnique au fil du temps ainsi que le suggère le frère Creason, c'est-à-dire de lecture en lecture, de visite en visite, de rencontre en rencontre. Sans plan ni objectif précis mais avec la volonté de comprendre ce que l'on fait en franc-maçonnerie et d'inscrire sa démarche philosophique dans une histoire.

  • Questions à l'étude des loges

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    andre.jpgJ'ai déjà un peu expliqué l'intérêt des questions posées aux loges par le convent du Grand Orient de France. Je ne vais donc pas y revenir mais souhaite quand même à toutes les loges de mon obédience des travaux et des échanges fructueux.

    Un souvenir. Celui d'un frère de ma loge mère. J'étais apprenti et fier comme Artaban. Rendez-vous compte ! Il m'avait confié, à moi le bleu bite, le soin d'assurer le rapport de la commission de la question de la paix !

    L'esprit nationaliste est-il compatible avec celui de fraternité universelle ? Vaste programme quand on a 19 ans... Quand je vois ce qui se passe en 2016, je me dis que le convent avait fait preuve d'une grande clairvoyance...

    Bref, passons... Je me rappelle que ma loge mère se saisissait avec gourmandise de ces questions en constituant les commissions chargées de les étudier.

    Comment pourrais-je décrire les joies des réunions de travail du samedi après-midi ou du mercredi soir ? Difficile... Il faudrait être en capacité de fermer les yeux, de se rappeler des odeurs, de revoir les visages, d'entendre les voix. Cette capacité... je l'ai... certes... Mais je préfère me donner le temps... Un jour peut-être, je serai plus exhaustif et en mesure de rendre compte de la beauté d'une loge au travail. Oui, de restituer cette beauté loin des discours aseptisés. 

    En attendant, je me souviens d'André. Un esprit vif, brillant et clair comme son écriture (cf. la photo ci-dessus). André vivait un peu dans la nostalgie de sa gloire passée lorsqu'il avait été Grand Maître adjoint du Grand Orient de France à une époque où les choses allaient moins vite. André avait servi le GO et aimait le rappeler même si ses interventions d'ancien combattant me gonflaient un peu. Il était en tout cas attentif à ce que je faisais. Il m'avait un peu couvé sans m'étouffer. Du moins, c'est le souvenir que j'en conserve.

    Pour la présentation du pré-rapport à la loge, il avait eu pitié de moi. Il m'avait donné ses notes pour me rendre service. Elles étaient écrites sur des papiers à en-tête qui témoignaient d'un passé révolu. Il notait tout André. Et moi j'ai gardé ses notes.

  • Ce jour où j'ai accueilli Michel Maffesoli et Daniel Keller en loge

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    daniel keller,michel maffesoli,ego sum,godf,cévennes,franc-maçonnerie,rencontre,discussion,philosophie,loge,fraternitéLe samedi 20 août 2016, mon atelier a eu le grand plaisir d'accueillir Michel Maffesoli, professeur émérite de sociologie à la Sorbonne, et Daniel Keller, Grand Maître du Grand Orient de France. Le blog maçonnique s'en est d'ailleurs fait l'écho.

    La visite de Michel Maffesoli a eu pour origine les propos malheureux d'un ancien conseiller de l'ordre de mon obédience. Michel Maffesoli lui avait d'ailleurs adressé une réponse sous la forme d'une lettre ouverte argumentée que j'avais relayée sur ce blog. Je crois savoir que le destinataire n'a pas daigné y répondre.

    Quoi qu'il en soit, je tiens vraiment à remercier ce détracteur sans lequel je n'aurais sans doute jamais eu l'idée de proposer à Michel Maffesoli d'intervenir en loge. Je tiens aussi à le rassurer. Aucune « malédiction » particulière ne s'est abattue sur la loge que je présidePersonne, à ma connaissance, n'est devenu subitement « maffesolien » au cours de cette tenue. En revanche, tous ceux qui y ont assisté, ont fait la connaissance d'un homme absolument remarquable, généreux et abordable qui leur a présenté une conférence très intéressante sur la franc-maçonnerie face aux défis du monde contemporain. Pour un atelier comme le mien, accueillir un intellectuel de l'envergure de Maffesoli a été une chance. Les retours que j'ai eus de cette tenue sont d'ailleurs excellents et très positifs.

    J'ai eu également le grand plaisir d'accueillir à cette occasion le frère Daniel Keller. J'en ai été d'autant plus touché que je ne l'ai pas ménagé sur ce blog. J'ai donc été très sensible - mes frères aussi d'ailleurs - au fait que le Grand Maître du Grand Orient de France réserve sa dernière visite officielle à une loge rurale des Cévennes. Daniel Keller est brillant et plein d'énergie. Il est doté d'un redoutable esprit de synthèse et d'une vaste culture. Lui non plus n'est pas devenu « maffesolien » et ne s'est d'ailleurs pas gêné pour exprimer des désaccords de fond avec le conférencier. 

    daniel keller,michel maffesoli,ego sum,godf,cévennes,franc-maçonnerie,rencontre,discussion,philosophie,logeJ'exprime donc à Michel Maffesoli et à Daniel Keller ma profonde gratitude d'être venus dans ma loge et d'avoir montré par l'exemple que l'on peut avoir des opinions divergentes sur plein de sujets tout en conservant les uns pour les autres le plus grand respect. La lumière naît toujours du dialogue. C'est aussi ça la franc-maçonnerie. Je remercie, une fois encore, les nombreux visiteurs venus, parfois de fort loin, pour assister à nos travaux.

    Je voudrais enfin conclure cette note en publiant ici cet extrait de mon discours de bienvenue :

    « (...) la franc-maçonnerie ne se réduit pas aux grands centres urbains. Elle existe aussi dans les zones rurales grâce à l'implication de celles et ceux qui, parfois, font des heures de trajet pour ouvrir les travaux (...).

    Les Cévennes donnent l'image première d'un pays indompté et sauvage. L'image est séduisante. Cependant, elle est trompeuse. Les cultures, notamment celles du châtaigner et du mûrier, ont façonné le paysage des vallées cévenoles. Afin de cultiver le châtaigner, arbre fruitier qui fut une source de subsistance pendant des siècles, les Cévenols ont généralisé la construction de terrasses, appelées faïsses ou bancels, et produit un énorme travail de drainage des eaux. Des canaux, les béals ou biefs, acheminent l'eau sur plusieurs kilomètres. Cette œuvre phénoménale, toujours visible bien que dégradée en raison de la déprise agricole de la seconde moitié du XXe siècle, explique que l'on parle de « paysage construit ».

    Eh bien, voyez-vous, j'aime l'idée qu'une loge maçonnique participe aussi de la construction du paysage. Non pas de ceux qui s'offrent à nos sens immédiats, c'est-à-dire de nos montagnes et de nos vallées, mais de nos paysages intérieurs où les idées, les contacts, les solidarités ont besoin, comme l'eau des faïsses, de canaux pour circuler, drainer, irriguer, se diffuser et, au bout du processus, apporter une forme de vie spirituelle originale au sein du corps social. Notre loge a vocation à unir les individus par delà les clivages religieux, politiques, philosophiques et sociaux. Elle entend faire son travail en réunissant ce qui est épars. Ni plus ni moins. »

  • La Loge vue de l'Orient

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    3006625972.jpgLes FF∴ de ma R∴L∴ m'ont à nouveau confié le premier maillet pour une année. La fonction de V∴M∴ est exigeante. Il m'appartient de convoquer la loge, d'ouvrir, de diriger et de fermer les travaux en la forme accoutumée, de procéder aux initiations, de conférer les grades et, plus généralement, d'assurer le bon fonctionnement de l'atelier.

    Je dois également diriger l'administration de la L∴ et à ce titre contrôler le travail des autres officiers. Il me faut signer les procès-verbaux des tenues, ouvrir et régler la correspondance ordinaire et officielle, ordonnancer les dépenses autorisées par la L∴ et faire le lien entre l'obédience et la L∴. Je dois aussi représenter la L∴ à l'extérieur. Lors de ma première année de vénéralat, je l'ai fait de temps en temps avec grand plaisir. Sans doute pas assez mais il faut dire que la localisation géographique particulière de ma L∴ m'empêche de voyager aussi souvent que je le voudrais (la L∴ la plus proche est en effet à une heure de route).

    Bref, tout ça, c'est du travail. Mais j'ai de la chance car je peux m'appuyer sur un collège des officiers où chacun sait ce qu'il a à faire. Il faut dire que j'avais prévenu les membres de mon atelier. Pour moi, le V∴M∴ n'est qu'un chef d'orchestre. Il doit donc jouer de l'orchestre. Il n'a pas vocation à être le soliste dans chaque famille d'instruments. En clair, les membres de ma L∴ savent que je suis rarement le dernier à fermer la porte et à éteindre la lumière en partant. Je délègue donc volontiers et cela marche plutôt bien. Je sais que d'autres Vénérables ont des façons de fonctionner différentes de la mienne.

    equerre_maconnique_bois.jpgMon programme, bien sûr, est de ne pas en avoir. Je ne suis pas un élu profane. Je préside une structure initiatique, ésotérique et traditionnelle. Ce n'est pas la même chose. Je dois simplement demeurer le catalyseur des forces vives de ma R∴L∴. Et c'est déjà beaucoup car je dois non seulement forger de nouveaux maillons mais aussi veiller à la formation des apprentis, des compagnons et même des maîtres. Pour cela, je peux compter sur les surveillants et le grand expert. A eux le soin d'organiser, de temps en temps, des réunions d'instruction. Je dois enfin susciter des réflexions, donner l'envie aux FF∴ de plancher, de s'impliquer dans la vie obédientielle (au niveau régional et national), encourager les initiatives d'où qu'elles viennent.

    Je ne dois laisser personne sur le bord du chemin. Cet aspect du travail de V∴M∴ est essentiel. Je dois être en mesure de percevoir le découragement, la tristesse et les problèmes qui peuvent accabler l'un ou l'autre afin que nul n'abandonne le chantier. A ce titre, il me faut ouvrir l'oeil et le bon mais sans être intrusif. Je dois aussi prévenir les conflits ou les risques de conflit qui peuvent survenir entre les membres de la LL∴. Et puis enfin, je ne dois surtout jamais oublier que je suis de passage. Il me faudra nécessairement passer le témoin au successeur que la L∴ choisira librement le moment venu. Aller de la lumière à l'ombre avec, je l'espère, le sentiment du devoir accompli. Tout simplement.