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loge - Page 3

  • Questions à l'étude des loges

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    andre.jpgJ'ai déjà un peu expliqué l'intérêt des questions posées aux loges par le convent du Grand Orient de France. Je ne vais donc pas y revenir mais souhaite quand même à toutes les loges de mon obédience des travaux et des échanges fructueux.

    Un souvenir. Celui d'un frère de ma loge mère. J'étais apprenti et fier comme Artaban. Rendez-vous compte ! Il m'avait confié, à moi le bleu bite, le soin d'assurer le rapport de la commission de la question de la paix !

    L'esprit nationaliste est-il compatible avec celui de fraternité universelle ? Vaste programme quand on a 19 ans... Quand je vois ce qui se passe en 2016, je me dis que le convent avait fait preuve d'une grande clairvoyance...

    Bref, passons... Je me rappelle que ma loge mère se saisissait avec gourmandise de ces questions en constituant les commissions chargées de les étudier.

    Comment pourrais-je décrire les joies des réunions de travail du samedi après-midi ou du mercredi soir ? Difficile... Il faudrait être en capacité de fermer les yeux, de se rappeler des odeurs, de revoir les visages, d'entendre les voix. Cette capacité... je l'ai... certes... Mais je préfère me donner le temps... Un jour peut-être, je serai plus exhaustif et en mesure de rendre compte de la beauté d'une loge au travail. Oui, de restituer cette beauté loin des discours aseptisés. 

    En attendant, je me souviens d'André. Un esprit vif, brillant et clair comme son écriture (cf. la photo ci-dessus). André vivait un peu dans la nostalgie de sa gloire passée lorsqu'il avait été Grand Maître adjoint du Grand Orient de France à une époque où les choses allaient moins vite. André avait servi le GO et aimait le rappeler même si ses interventions d'ancien combattant me gonflaient un peu. Il était en tout cas attentif à ce que je faisais. Il m'avait un peu couvé sans m'étouffer. Du moins, c'est le souvenir que j'en conserve.

    Pour la présentation du pré-rapport à la loge, il avait eu pitié de moi. Il m'avait donné ses notes pour me rendre service. Elles étaient écrites sur des papiers à en-tête qui témoignaient d'un passé révolu. Il notait tout André. Et moi j'ai gardé ses notes.

  • Ce jour où j'ai accueilli Michel Maffesoli et Daniel Keller en loge

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    daniel keller,michel maffesoli,ego sum,godf,cévennes,franc-maçonnerie,rencontre,discussion,philosophie,loge,fraternitéLe samedi 20 août 2016, mon atelier a eu le grand plaisir d'accueillir Michel Maffesoli, professeur émérite de sociologie à la Sorbonne, et Daniel Keller, Grand Maître du Grand Orient de France. Le blog maçonnique s'en est d'ailleurs fait l'écho.

    La visite de Michel Maffesoli a eu pour origine les propos malheureux d'un ancien conseiller de l'ordre de mon obédience. Michel Maffesoli lui avait d'ailleurs adressé une réponse sous la forme d'une lettre ouverte argumentée que j'avais relayée sur ce blog. Je crois savoir que le destinataire n'a pas daigné y répondre.

    Quoi qu'il en soit, je tiens vraiment à remercier ce détracteur sans lequel je n'aurais sans doute jamais eu l'idée de proposer à Michel Maffesoli d'intervenir en loge. Je tiens aussi à le rassurer. Aucune « malédiction » particulière ne s'est abattue sur la loge que je présidePersonne, à ma connaissance, n'est devenu subitement « maffesolien » au cours de cette tenue. En revanche, tous ceux qui y ont assisté, ont fait la connaissance d'un homme absolument remarquable, généreux et abordable qui leur a présenté une conférence très intéressante sur la franc-maçonnerie face aux défis du monde contemporain. Pour un atelier comme le mien, accueillir un intellectuel de l'envergure de Maffesoli a été une chance. Les retours que j'ai eus de cette tenue sont d'ailleurs excellents et très positifs.

    J'ai eu également le grand plaisir d'accueillir à cette occasion le frère Daniel Keller. J'en ai été d'autant plus touché que je ne l'ai pas ménagé sur ce blog. J'ai donc été très sensible - mes frères aussi d'ailleurs - au fait que le Grand Maître du Grand Orient de France réserve sa dernière visite officielle à une loge rurale des Cévennes. Daniel Keller est brillant et plein d'énergie. Il est doté d'un redoutable esprit de synthèse et d'une vaste culture. Lui non plus n'est pas devenu « maffesolien » et ne s'est d'ailleurs pas gêné pour exprimer des désaccords de fond avec le conférencier. 

    daniel keller,michel maffesoli,ego sum,godf,cévennes,franc-maçonnerie,rencontre,discussion,philosophie,logeJ'exprime donc à Michel Maffesoli et à Daniel Keller ma profonde gratitude d'être venus dans ma loge et d'avoir montré par l'exemple que l'on peut avoir des opinions divergentes sur plein de sujets tout en conservant les uns pour les autres le plus grand respect. La lumière naît toujours du dialogue. C'est aussi ça la franc-maçonnerie. Je remercie, une fois encore, les nombreux visiteurs venus, parfois de fort loin, pour assister à nos travaux.

    Je voudrais enfin conclure cette note en publiant ici cet extrait de mon discours de bienvenue :

    « (...) la franc-maçonnerie ne se réduit pas aux grands centres urbains. Elle existe aussi dans les zones rurales grâce à l'implication de celles et ceux qui, parfois, font des heures de trajet pour ouvrir les travaux (...).

    Les Cévennes donnent l'image première d'un pays indompté et sauvage. L'image est séduisante. Cependant, elle est trompeuse. Les cultures, notamment celles du châtaigner et du mûrier, ont façonné le paysage des vallées cévenoles. Afin de cultiver le châtaigner, arbre fruitier qui fut une source de subsistance pendant des siècles, les Cévenols ont généralisé la construction de terrasses, appelées faïsses ou bancels, et produit un énorme travail de drainage des eaux. Des canaux, les béals ou biefs, acheminent l'eau sur plusieurs kilomètres. Cette œuvre phénoménale, toujours visible bien que dégradée en raison de la déprise agricole de la seconde moitié du XXe siècle, explique que l'on parle de « paysage construit ».

    Eh bien, voyez-vous, j'aime l'idée qu'une loge maçonnique participe aussi de la construction du paysage. Non pas de ceux qui s'offrent à nos sens immédiats, c'est-à-dire de nos montagnes et de nos vallées, mais de nos paysages intérieurs où les idées, les contacts, les solidarités ont besoin, comme l'eau des faïsses, de canaux pour circuler, drainer, irriguer, se diffuser et, au bout du processus, apporter une forme de vie spirituelle originale au sein du corps social. Notre loge a vocation à unir les individus par delà les clivages religieux, politiques, philosophiques et sociaux. Elle entend faire son travail en réunissant ce qui est épars. Ni plus ni moins. »

  • La Loge vue de l'Orient

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    3006625972.jpgLes FF∴ de ma R∴L∴ m'ont à nouveau confié le premier maillet pour une année. La fonction de V∴M∴ est exigeante. Il m'appartient de convoquer la loge, d'ouvrir, de diriger et de fermer les travaux en la forme accoutumée, de procéder aux initiations, de conférer les grades et, plus généralement, d'assurer le bon fonctionnement de l'atelier.

    Je dois également diriger l'administration de la L∴ et à ce titre contrôler le travail des autres officiers. Il me faut signer les procès-verbaux des tenues, ouvrir et régler la correspondance ordinaire et officielle, ordonnancer les dépenses autorisées par la L∴ et faire le lien entre l'obédience et la L∴. Je dois aussi représenter la L∴ à l'extérieur. Lors de ma première année de vénéralat, je l'ai fait de temps en temps avec grand plaisir. Sans doute pas assez mais il faut dire que la localisation géographique particulière de ma L∴ m'empêche de voyager aussi souvent que je le voudrais (la L∴ la plus proche est en effet à une heure de route).

    Bref, tout ça, c'est du travail. Mais j'ai de la chance car je peux m'appuyer sur un collège des officiers où chacun sait ce qu'il a à faire. Il faut dire que j'avais prévenu les membres de mon atelier. Pour moi, le V∴M∴ n'est qu'un chef d'orchestre. Il doit donc jouer de l'orchestre. Il n'a pas vocation à être le soliste dans chaque famille d'instruments. En clair, les membres de ma L∴ savent que je suis rarement le dernier à fermer la porte et à éteindre la lumière en partant. Je délègue donc volontiers et cela marche plutôt bien. Je sais que d'autres Vénérables ont des façons de fonctionner différentes de la mienne.

    equerre_maconnique_bois.jpgMon programme, bien sûr, est de ne pas en avoir. Je ne suis pas un élu profane. Je préside une structure initiatique, ésotérique et traditionnelle. Ce n'est pas la même chose. Je dois simplement demeurer le catalyseur des forces vives de ma R∴L∴. Et c'est déjà beaucoup car je dois non seulement forger de nouveaux maillons mais aussi veiller à la formation des apprentis, des compagnons et même des maîtres. Pour cela, je peux compter sur les surveillants et le grand expert. A eux le soin d'organiser, de temps en temps, des réunions d'instruction. Je dois enfin susciter des réflexions, donner l'envie aux FF∴ de plancher, de s'impliquer dans la vie obédientielle (au niveau régional et national), encourager les initiatives d'où qu'elles viennent.

    Je ne dois laisser personne sur le bord du chemin. Cet aspect du travail de V∴M∴ est essentiel. Je dois être en mesure de percevoir le découragement, la tristesse et les problèmes qui peuvent accabler l'un ou l'autre afin que nul n'abandonne le chantier. A ce titre, il me faut ouvrir l'oeil et le bon mais sans être intrusif. Je dois aussi prévenir les conflits ou les risques de conflit qui peuvent survenir entre les membres de la LL∴. Et puis enfin, je ne dois surtout jamais oublier que je suis de passage. Il me faudra nécessairement passer le témoin au successeur que la L∴ choisira librement le moment venu. Aller de la lumière à l'ombre avec, je l'espère, le sentiment du devoir accompli. Tout simplement.

  • L'absentéisme en loge

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    2715604317.jpgVoici une nouvelle réflexion du F∴ Todd E. Creason que je voudrais vous faire partager. Elle illustre le désarroi d'une maçonnerie américaine qui a bien du mal à comprendre l'érosion continue de ses effectifs. Creason écrit :

    « Donc disons que je possède une entreprise qui vend des fournitures de bureau, et je commence à perdre des clients. Je vois tout de suite qu'il y a un problème. Quelque chose a changé et j'ai besoin de comprendre ce qui se passe. Si je suis un entrepreneur intelligent, je ne vais pas dépenser beaucoup d'argent en publicité pour tenter d'attirer de nouveaux clients tant que je n'ai pas compris pourquoi je ne peux pas garder mes anciens clients. Donc soit ce que je fais est mal, soit quelqu'un d'autre est en train de faire mieux que moi. Pourquoi les loges maçonniques ont tant de mal à comprendre cela ? »

    Pour Todd, le problème est évident. Ce sont les LL∴ qui se remettent insuffisamment en question. Elles mettent trop d'énergie à recruter sans s'interroger sur les moyens de garder les FF∴ sur les colonnes. C'est comme si elles s'épuisaient à remplir un seau percé.

    Il constate que les organismes annexes (le rite écossais, les chevaliers templiers principalement) pillent les effectifs des LL∴ et parviennent à davantage impliquer leurs membres. Il en déduit que c'est parce que ces FF∴ obtiennent quelque chose qu'ils ne reçoivent pas en L∴ bleue. Et de préconiser l'identification des problèmes potentiels :

    « Si vous voulez que votre loge prospère, il n'y a aucune raison d'ajouter un seul nouveau membre tant que vous ne comprenez pas pourquoi vous ne pouvez pas garder ceux que vous avez. Il faut faire une pause. Parler de ça. Parlez-en avec ceux qui ne viennent plus. Regardez vos réunions - sont-elles ennuyeuses ? Vos membres actifs les attendent-ils avec impatience  ou non ? Faites-vous suffisamment d'instruction maçonnique lors de vos réunions ou invitez-vous des conférenciers à venir parler ? Avez-vous des activités caritatives dans votre Loge ? »

    L'analyse de Todd est pleine de bon sens, même si elle a un côté marketing prononcé. En tout cas, elle pourrait très bien s'appliquer à toute L∴ française confrontée à un fort absentéisme (il y en a beaucoup ou en tout cas bien plus que ce qu'on croit). Pourtant, je ne la partage pas entièrement car si la remise en cause est toujours un exercice salutaire, il ne faut pas non plus tomber dans la culpabilité à outrance.

    Je ne parlerai pas ici du contexte américain proprement dit. Ma connaissance de la maçonnerie d'outre-Atlantique n'est que livresque. Il y manque les fruits d'une expérience vécue. C'est la raison pour laquelle je me permets de renvoyer le lecteur à l'analyse de l'ancien G∴M∴ de la G∴L∴ du Kansas. Je vais donc me borner à la maçonnerie française que je fréquente depuis deux décennies maintenant (je pense donc avoir un recul suffisant).

    En fait, je crois d'abord que l'absentéisme ne date pas d'aujourd'hui. Ce n'est pas un phénomène nouveau. Il a toujours existé. Ensuite, je crois que l'absentéisme n'a rien à voir avec les orientations d'une loge (symbolisme, sujets de société, etc.), du moins si les parrainages sont effectués à bon escient (les erreurs de casting existent !). Une L∴ doit toujours composer avec un seuil incompressible d'absents. 

    En réalité, l'absentéisme est multifactoriel. Il y a autant de raisons que de FF∴ absents et bien fin est celui qui pourra en dresser une typologie complète (mésentente, déception, ennui, manque de motivation, problèmes personnels, santé défaillante, etc.).

    Il y a néanmoins quelque chose que j'ai remarquée chez tous les FF∴ qui ne fréquentent plus ou alors rarement. C'est qu'ils ont généralement tous une bonne raison. Foireuse ou pas, c'est un autre problème. Ce qui compte, c'est qu'elle soit forcément bonne pour eux. Autrement dit, qui veut rester chez lui trouvera toujours le prétexte adéquat pour rester chez lui. C'est aussi simple que ça. Et on pourra dépenser toute l'énergie du monde à vouloir les stimuler que ça n'y changera rien.

    Une loge maçonnique, comme d'ailleurs n'importe quelle autre association humaine, repose donc en large partie sur le dynamisme des plus motivés, sur ceux qui s'impliquent et sur ceux qui sont suffisamment passionnés pour ne pas se complaire dans les moments inévitables de lassitude et de découragement. Il faut aussi, bien sûr, que ces éléments les plus dynamiques - lesquels forment souvent les « vieilles gardes » dans les ateliers - aient l'intelligence et l'ouverture d'esprit nécessaires pour que la loge puisse se renouveler tranquillement de l'intérieur, en accueillant de nouvelles propositions, en se montrant attentif à l'évolution des plus jeunes, en suscitant des projets.

    C'est un équilibre bien compliqué à trouver en vérité. Il faut faire face aux difficultés avec calme. Et quand on est à court de réponses vives et d’explications intelligentes, il faut avoir la sérénité d’accepter toutes les choses qu'on ne peut changer, le courage de changer les choses qui peuvent l'être et la sagesse d’en connaître la différence.