Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

liberté - Page 4

  • Rite et Liberté

    Imprimer

    initiation.jpg

    Une petite histoire. A l'époque, j'étais apprenti et j'en étais, je crois, à ma deuxième ou troisième tenue. Mes parrains, de vieux routiers de la maçonnerie, s'étaient assis derrière moi, peut-être pour observer mes mouvements d'humeur, plus probablement pour anticiper les questions dont je les assommais en salle humide à l'issue de chaque réunion.

    J'avais observé que nombre de frères de ma loge mère se "signaient" avant de déposer leurs oboles dans le tronc de la Veuve, c'est-à-dire qu'ils avaient pris le pli de faire le signe par équerre, niveau et perpendiculaire avant de déposer une pièce, un bouton, un billet ou, pour les plus distraits d'entre eux, une proposition. Apprenti sans expérience, que pouvais-je faire d'autre sinon me conformer à ce que je voyais ? Je me signais donc avant de déposer à mon tour ma participation au tronc de la Veuve.

    Lorsque les travaux furent achevés, je retrouvai mes parrains déjà attablés. Et cette fois-ci, les rôles furent inversés. C'est moi qui fus questionné. Pourquoi as-tu fait le signe d'ordre avant de déposer ton obole dans le tronc de la Veuve ? Pourquoi as-tu cédé devant ce que tu as vu et qui, de surcroît, est une utilisation abusive du signe d'ordre ? Et si chacun s'était mis à sautiller sur place et à faire des youyous avant de déposer une pièce, l'aurais-tu fait aussi ?… Que pouvais-je répondre ? Je compris immédiatement où ils voulaient en venir. Ils souhaitaient me piquer au vif et toucher mon orgueil. Et ils y sont parvenus. Moi qui posais d'ordinaire toutes les questions, qui, parfois, me montrais un peu sarcastique lorsque les réponses n'arrivaient pas rapidement, j'étais cette fois placé devant l'incapacité de répondre, incapacité que je reprochais, certes gentiment, à mes deux vieux parrains. J'étais pris, si je puis dire, en flagrant délit de mimétisme. Mais de mimétisme le plus bête qui soit. Le mimétisme qui se contente de reproduire sans se poser de questions.

    Plus tard, mais beaucoup plus tard, je compris l'autre aspect des questions qui me furent posées ce soir là. Pourquoi avais-je été esclave de la forme ? Pourquoi a-t-il fallu que je fasse le signe alors qu'il eût été si simple de déposer une pièce dans le tronc sans avoir recours à une gestuelle qui, dans ce contexte là, était dépourvue de signification et presque une faute de goût ? Je compris ce que mes maîtres avaient attendu en vain que je leur réponde : que l'initié est celui qui, un jour indéterminé, n'aura plus besoin des formes ou du formalisme parce qu'il s'en sera affranchi.
    Bref, que m'avaient enseigné mes parrains ? Qu'il n'était pas interdit de pratiquer un rite maçonnique avec un peu d'intelligence.

  • La loge, creuset aux influences diverses

    Imprimer

    Il y a des positions qui, à force d'être répétées, paraissent conformistes mais elles demeurent pourtant fondamentales. Parmi ces positions, il y a celle qui consiste à dire que la maçonnerie n’est et ne sera jamais un supplétif aux engagements que le maçon est incapable d’avoir dans le monde profane.

    Si je suis militant politique, syndical, associatif, mon premier devoir est de laisser ces engagements à la porte de la loge. Non pour les oublier bien sûr, mais parce que la loge est un creuset aux influences diverses. La liberté d’être ce que je suis est conditionnée par liberté de ceux que je côtoie en loge.

    C’est pour cela que je suis attaché à l’idée qu’une loge travaille sur les sujets les plus variés et que son recrutement soit le plus éclectique possible. Sa richesse est fonction de la diversité des préoccupations de ses membres. Le reste ? La diffusion des idées ? L'engagement ? C'est à chacun d'en décider librement en fonction de ses moyens et du temps dont il dispose.

    Je pars du principe qu’on a toujours besoin d’un plus anar, d'un plus socialo, d’un plus réac, d’un plus bigot, d’un plus ceci, d’un plus cela que soi. Si en loge tout n’était qu’harmonie et si rien en autrui n'était susceptible de m'intriguer, de me surprendre, voire de m’inquiéter, alors la fraternité ne serait que l’autre nom de l’indifférence. Je ne pense pas qu’on vienne en loge pour cultiver l'indifférence aux autres et pour trouver des personnes qui pensent pareil que soi.

  • Franc-Maçonnerie et football (suite)

    Imprimer

    49064495.jpgLe 7 mars dernier, j'ai consacré une petite note sur la franc-maçonnerie et le football afin d'expliquer la façon dont raisonnent les francs-maçons prétendument réguliers.

    J'ai ensuite montré que le respect des règles n'empêchait nullement à ces mêmes règles d'évoluer.

    Dans cette perspective, les francs-maçons libéraux ont donc suivi un chemin tout à fait respectable qui, en tout cas, n'aurait jamais dû provoquer l'ostracisme qui les frappe depuis 1871 (*).

    Dans ma note du 7 mars, j'ai omis d'indiquer que la Fédération anglaise de football avait été créée le 26 octobre 1863.

    Il s'agissait à l'époque de préciser les règles de football afin de les différencier de celles du rugby. 

    Cette réunion de création a eu lieu dans un pub en plein coeur de Londres. Son nom ? Freemasons' Tavern (la taverne des francs-maçons, à Covent Garden ; aujourd'hui c'est le restaurant The Freemasons Arms). 

    Ce lieu est situé à une centaine de mètres à peine du Freemason's Hall, siège de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

    C'est donc dans une taverne londonienne que le football moderne est né et a été codifié tout comme la Grande Loge d'Angleterre a été fondée, le 24 juin 1717, dans une autre taverne londonienne : l'Oie et le Gril.

    Etonnant n'est-ce pas ?

    Pourtant, l'Angleterre n'a jamais prétendu être la gardienne exclusive du respect sourcilleux des règles du football. Ce sport populaire est en effet pratiqué sur tous les continents et ses règles ont beaucoup évolué depuis 1863. Ce sport appartient à tous les pays qui le font vivre.

    Pourquoi n'en serait-il pas de même pour la franc-maçonnerie ?

    _____________

    (*) L'histoire de la maçonnerie libérale n'est pas circonscrite à la France. Rappelons que la suppression de la croyance obligatoire au Grand Architecte de l'Univers et en l'immortalité de l'âme a été décidée, pour la première fois, par le Grand Orient de Belgique en 1871. Le Grand Orient de France s'alignera sur cette position en 1877.