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laïcité - Page 5

  • Daniel Keller à Millau (Aveyron)

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    Je signale la venue de Daniel Keller, Grand Maître du Grand Orient de France, à MILLAU (Aveyron) le vendredi 15 janvier 2016 à 20h30 pour une conférence publique sur le vivre ensemble et la laïcité.

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    Cette conférence publique aura lieu à l'amphithéâtre de 2ISA.

    Pour vous inscrire, il convient d'écrire à l'adresse suivante cerclephilo@gmx.com

    Je ne sais pas encore si j'aurai le temps de venir en voisin.

    Quoi qu'il en soit, si vous êtes sur le secteur ou dans l'axe de l'A75 (départements 12, 34, 30, 48 et 15) et si vous en avez l'opportunité, n'hésitez pas à y assister !

  • La France étroite

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    la-france-étroite-300x456.pngJe viens d’achever le dernier ouvrage de Michel Maffesoli et Hélène Strohl. Ce livre semble donner des boutons à certains FF∴. Pourtant, il ne mérite pas l’opprobre dont certains fossiles de notre Obédience le couvrent sans en avoir lu une seule ligne. Il s’inscrit dans le droit fil de l’œuvre du sociologue et l’on y retrouve toutes les notions que l’universitaire étudie depuis plus de quarante ans : tribus, nomadisme, empathie, communautés, être-en-commun, socialité, post-modernité, affrèrement, etc.

    Mais le livre a les défauts de ses ambitions. Il part dans tous les sens car son objet est large, beaucoup trop large. J’ai eu l’impression, au fil des pages, d’être confronté à d’interminables répétitions et redondances noyées dans des adages latins, des néologismes et des jeux de mots vaguement lacaniens (ex p. 75 : "homo eroticus fait la nique à homo economicus").

    Hélène Strohl, quant à elle, donne des illustrations concrètes des principes exposés par Michel Maffesoli. Cela va des concours de la fonction publique, de la décentralisation, en passant par le conseillisme allemand de l'entre-deux-guerres, la famille, jusqu'au cyber-échangisme et au selfie... Bigre ! Là aussi, le lecteur est confronté à un inventaire à la Prévert.

    Alors oui, bien sûr, il me semble avoir compris le message essentiel du livre : la modernité a vocation à être dépassée. Mieux : elle est déjà dépassée par le sentiment communautaire lorsqu’on se donne la peine d’observer, en toute neutralité, le fait social. En effet, on ne peut plus réduire toute chose à l'unité dans nos sociétés. Empiriquement, l’hétérogénéité reprend force et vigueur. On assiste à l'affirmation des différences, des localismes divers, des spécificités langagières et idéologiques, de l'altérité,  etc.

    En regardant ce qui est, on se rend compte que ce qui fait lien ne passe plus par les valeurs abstraites de l’universalisme, de l’Homme, du contrat social, des Lumières, mais par l’affect, l’émotion, le pacte que les « vrais gens » scellent entre eux, les solidarités multiformes ou encore le sentiment d’appartenance à des communautés dont les auteurs donnent d’ailleurs une typologie assez bizarre dans le corps de l’ouvrage (cf. pp 116 et suivantes : les tradis, les exibs, les fans, les victimes qui se tiennent les coudes, les "à l'assaut du monde", les croyants, etc.). C'est sûr que ça fait tout de suite moins austère que les classes sociales ou les catégories socio-professionnelles que tout le monde connaît plus ou moins.

    Pour les auteurs, l’Homme abstrait, éclairé par les lumières de l’entendement, n’existe pas. Il s’agit d’une construction idéologique dépassée. Les hommes oui. Et ils ont tous leur part d’ombre. On ne peut pas donner tort aux auteurs sur ce point. Le « vouloir-vivre ensemble » ne saurait en effet se réduire à une formule incantatoire. Ce qui fait société passe par des expériences concrètes, par la vie, par la capacité de chacun à exister singulièrement, parfois de façon contradictoire, mais avec suffisamment d’empathie pour coexister harmonieusement avec les autres. On ne peut pas voir correctement le réel à travers des concepts. Il faut d'abord longuement observer avant de juger. Ce n'est qu'après que l'on peut commencer à élaborer des grilles de lecture. C'est ainsi que l'on peut parvenir à prendre la mesure de la société, véritable corps vivant. Il est effectivement important que les auteurs rappellent cette exigence.

    Cependant, il me semble que Maffesoli et Strohl accordent beaucoup trop d’importance aux phénomènes des réseaux sociaux, au commerce équitable, aux formes d’économie parallèles (ex : le co-voiturage), à l’expression émotionnelle des foules (dans le cadre de manifestations), aux multiples solidarités qui peuvent naître au sein des communautés (spirituelles, religieuses, culturelles, musicales, vestimentaires, etc.,). Si je fais abstraction des cyber-communautés, dont l’existence résulte des progrès récents de l’informatique, je me demande si les autres phénomènes sociaux décrits par les auteurs n’existaient pas déjà avant, même sous d'autres formes. Les modes vestimentaires se sont succédé de tout temps comme d'ailleurs les styles musicaux avec des intensités variables. L’émotionnel a toujours eu une place importante au sein des sociétés humaines en général et de la nôtre en particulier. Il y a toujours eu des communautés, à commencer par les communautés villageoises qui ont joué un si grand rôle dans notre vieux pays rural. Je ne parle même pas des religions, notamment de la catholique romaine, dont la force a été canalisée, puis domptée par la sécularisation progressive de la société. En fait, en lisant ce bouquin, je me suis donc très vite demandé si la post-modernité, dont se prévalent Maffesoli et Strohl, n’était pas en réalité un concept marketing susceptible d'être fortement relativisé par les historiens. Dans quelle mesure chaque époque n'a pas sécrété des formes particulières de pluralisme ?

    Je regrette en outre que Maffesoli et Strohl réduisent la laïcité à un intégrisme uniformisateur des consciences. En même temps, je comprends leur point de vue quand je lis ou entends certaines prises de position d'individus qui parlent d'une laïcité fantasmée parce qu'ils n'ont, en fait, jamais pris la peine et la précaution de lire les lois en vigueur. Je l'ai assez déploré sur ce blog. Il n'en demeure pas moins que je ne crois pas qu'il faille répondre à ces excès par d'autres excès qui n'apportent finalement pas grand-chose et qui auraient même tendance à amoindrir l'argumentation. Je prendrai un seul exemple : les procès d'intention adressés tout au long du livre par les auteurs aux élites, à l'Etat, à tout ce qui peut symboliser, directement ou indirectement, l'unité et l'indivisibilité d'une République présentée comme déconnectée du réel. Ce qui est pour le moins assez paradoxal venant de la part d'un mandarin de la Sorbonne et d'une ancienne élève de l'ENA qui appartiennent évidemment à l'élite républicaine.

    Maffesoli et Strohl proposent néanmoins une réflexion tout à fait stimulante. Enfin, j'ai bien apprécié les allusions au symbolisme franc-maçonnique qui parsèment l'ouvrage. Ceux qui ne se contentent pas d'épeler, mais qui font l'effort de lire et d'écrire, sauront les repérer aisément.

    Michel Maffesoli, Hélène Strohl, "La France Étroite : Face À L'intégrisme Laïc, L'idéal Communautaire" , Ed. du Moment, date de sortie 12.11.2015, 16.95€.

  • Attentats de Paris : les mots sont importants

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    Attentats, Paris, Terrorisme, Jean-Paul Delevoye, 2015La France a beau être en plein deuil, le bavardage sur les terribles attentats de Paris est permanent. Ce bavardage frise souvent l'indécence avec, par exemple, ces questions cons de journalistes posées au quidam rencontré dans la rue. Que ressentez-vous ? Qu'auriez-vous envie de dire à ces terroristes ? Avez-vous peur ? Etc.

    Puis c'est la logorrhée médiatique des bons clients, des spécialistes de ceci ou de cela, des "terroristologues", des anciens généraux, des anciens des services secrets, des magistrats antiterroristes, des éditocrates sentencieux, des spécimens de la société civile (c'est-à-dire en réalité du Paris mondain), des intellectuels, des imams estampillés "vus à la TV" et des politiques bien entendu... 

    Ce bavardage tourne en boucle et sans répit. Les heures tournent. On se rend compte, au fond, qu'on n'apprend pas grand-chose ou en tout cas rien de nouveau par rapport à ce qui avait pu se dire durant les mois et les années précédentes.

    Le pathos ambiant semble tout anesthésier. Il va falloir pourtant vite se réveiller car on emploie de plus en plus un vocabulaire guerrier à courte de vue et essentiellement réactif en croyant répondre ainsi au désir de vengeance d'une population française qui impressionne, au contraire, par son calme, sa dignité et ses sentiments élevés de cohésion et de fraternité.

    Parmi toutes les interventions télévisuelles, j'en retiendrai cependant une qui m'a impressionné par sa clarté et sa sobriété. Elle émane de M. Jean-Paul Delevoye, ancien médiateur de la République et actuel président du Conseil économique, social et environnemental.

  • Les origines chrétiennes de la laïcité et de la pensée libre en Occident

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    Boèce de Dacie, Siger de Brabant,Histoire, Laïcité, Philosophie, Science, Théologie, Raison, Libre Examen

    Le titre sous lequel je place mon propos mérite une explication afin d'éviter d'éventuelles incompréhensions. En cette époque où le clergé catholique romain récupère volontiers tout ce qui est susceptible de l'arranger et de lui donner meilleure image, je n'entends pas affirmer ici que la laïcité et la pensée libre s'inscrivent dans une filiation directe avec le christianisme (ce qui serait en complète contradiction par rapport à la doctrine de la Révélation et à ses implications concrètes dans l'ordre social). Je souhaite plutôt mettre en évidence le fait que l'Eglise, malgré son obscurantisme, a aussi abrité de lointains précurseurs de l'esprit moderne. En voici deux figures exemplaires : Boèce de Dacie et Siger de Brabant, philosophes du XIIIème siècle, aujourd'hui largement oubliés.

    Penser librement est un acte que l'on conçoit plus ou moins aisément de nos jours bien qu'il faille tout de même rappeler qu'une majorité d'hommes sur cette planète vit toujours sous le joug de religions intolérantes et de système politiques totalitaires. Aux XIIIème  et XIVème siècles, penser librement était tout simplement impensable. En effet, la société médiévale était une société holiste, c'est-à-dire fondée sur un dynamisme unitaire empêchant les individus de se penser comme tels, hors du cadre de la Révélation chrétienne. En d'autres termes, Dieu et l'Eglise rythmaient toutes les étapes de la vie. L'émancipation intellectuelle était automatiquement vécue comme un pêché grave, susceptible de conduire à l'hérésie.

    C'est dans ce contexte théologico-politique que Boèce et Siger, de la Faculté des arts de Paris, vont jeter un pavé dans le marigot du catholicisme romain. Prenant en quelque sorte le contre-pied de Thomas d'Aquin (la star de l'époque), nos deux compères vont ni plus ni moins démontrer que la philosophie n'est pas la servante de la théologie. Ils fondèrent leur démonstration principalement sur l'héritage aristotélicien qui commençait à pénétrer les cénacles des clercs lettrés. Le renversement de perspective était totalement révolutionnaire pour l'époque : la théologie et la philosophie sont de nature différente. La première fait intervenir une instance inaccessible à l'entendement (Dieu). La seconde la philosophie (ou la science, les deux notions étant intrinsèquement liées) demeure souveraines dans le domaine de la seule raison.

    Pour le dire autrement, que les théologiens s'occupent de la foi mais qu'ils ne se piquent pas de philosophie et de science sauf s'ils admettent que, dans ce second domaine, les références de base doivent se rechercher non dans la Révélation mais dans le Libre Examen. La réciproque est également vraie. Les philosophes ou les amis de la science doivent savoir que s'ils décident d'étudier les arcanes de la théologie, ils feront alors le choix de réfléchir dans le cadre et le respect de la Sainte Doctrine. La césure entre les domaines cités est affirmée sans ambages par Boèce de Dacie dans de Aeternitate Mundi (p. 364) :

    "Et il ressort de ceci que si le philosophe dit que quelques chose est possible ou impossible cela signifie que cela est possible ou impossible par les raisons que l'homme peut appréhender.
    Au moment même où quelqu'un abandonne les raisons il cesse d'être philosophe et la philosophie ne se fonde pas sur des révélations et des miracles."

    Boèce et Siger exposent le fait que la philosophie et la science n'ont pas pour but de préparer l'homme à l'étude de la théologie, donc des vérités divines, et a fortiori de lui fournir des raisons pour lui conférer une nouvelle légitimité. Contrairement à Thomas d'Aquin, Boèce et Siger estiment que la théologie n'a pas à instrumentaliser la philosophie et la science. Pour eux il est stupide de chercher la raison de ce que l'on doit croire par la religion puisque la foi est en elle-même inexplicable et se suffit à elle-même. De même, il est stupide de chercher dans la religion des raisons supposées expliquer la réalité ou la manifestation du monde. La réalité a des manifestations qui lui sont propres et c'est l'affaire de la philosophie et de la science de lui trouver des raisons.

    Boèce et Siger ont donc jeté les bases d'une méthodologie de la séparation de la foi et de la philosophie (ou de la science). Ils ont défendu l'idée que la recherche, le libre examen ou la pensée libre devaient exister pour eux-mêmes sans se préoccuper des implications chrétiennes des connaissances acquises et des découvertes. D'un point de vue purement intellectuel, il faut être conscient de la révolution engendrée par cette position mais pour en saisir la véritable portée historique, il convient de noter que les œuvres de Boèce de Dacie et de Siger de Brabant ont rapidement pénétré le domaine politique. L'existence d'une raison théorique, indépendante de la Révélation et des dogmes, s'est très vite accompagnée de réflexions sur l'existence d'une raison pratique ou politique. Ces réflexions, ni Boèce ni Siger ne les ont menées. Les prolongements logiques dans le domaine politique ont été donc assurés principalement par Dante dans De la Monarchie et Marsile de Padoue dans Défenseur de la Paix. La religion et la philosophie sont pensées comme deux domaines distincts. Elles ne doivent pas être confondues. On connaît la parole de Jésus "rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César" (Luc 20:25). L'ordre religieux doit donc se préoccuper de ses propres affaires et l'ordre politique des siennes.