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laïcité - Page 3

  • Terreur dans l'Hexagone

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    kepel.jpgGilles Kepel, spécialiste bien connu de l’islam et du monde arabe contemporain, vient de signer avec Antoine Jardin, spécialiste de la sociologie des quartiers populaires, un livre absolument passionnant dont je recommande vivement la lecture à tous ceux qui veulent comprendre le terrible engrenage qui a conduit près d’un millier de jeunes Français à rejoindre le champ de bataille syro-irakien et, pour certains d’entre eux, à perpétrer des attentats sanglants sur le territoire national.

    Avec minutie et une connaissance particulièrement exhaustive du sujet, les auteurs analysent les évolutions du jihadisme contemporain, notamment depuis les dix années qui séparent les émeutes de l’automne 2005 des attentats de janvier et novembre derniers. Le jihadisme actuel est profondément influencé par l’Appel à la résistance islamique mondiale publié en janvier 2005 par le syro-espagnol Abu Musab al-Suri (cf. p.52).

    « (…) Suri substitue à l’organisation pyramidale d’al-Quaida, dénuée d’implantation sociale, un djihadisme de proximité, selon un système réticulaire pénétrant par la base, et non plus le sommet, les sociétés ennemies à abattre (…) Il prône à sa place une guerre civile en Europe, appuyée sur des éléments de la jeunesse musulmane immigrée mal intégrée et révoltée, une fois qu’ils auront été convenablement endoctrinés et formés militairement sur un champ de bataille à proximité. Ce jihadisme de rhizome, consistant à passer sous les radars de l’ennemi et à retourner contre lui ses propres enfants adoptifs ou naturels, est construit en opposition avec le modèle centraliste, presque léniniste, mis en œuvre par Ben Laden. Suri résume son programme d’une formule qui fera florès dans la jihadosphère : Nizam la tanzim (un système, non une organisation. »

    Kepel et Jardin montrent également à quel point l’univers carcéral a favorisé la radicalisation de certains jeunes délinquants (Khaled Khelkal, Mohammed Mehra, Omar Omsen, Mehdi Nemmouche, Amédy Coulibaly, Chérif Kouachi, etc.). Ils soulignent aussi le rôle subtil et déterminant de certains doctrinaires salafistes (Djamel Beghal, Farid Benyettou, Olivier Corel, Imad Djebali, etc.)

    C’est la raison pour laquelle les auteurs estiment que la place de l’islam dans notre société se pose avec acuité. Pour Kepel et Jardin, il est grand temps que cette question fasse enfin l’objet d’un débat public sérieux, loin de la manipulation politique ou de l’outrance médiatique. Cette question centrale de société s’impose désormais au cœur d’une réflexion existentielle sur le présent et le devenir de la nation. Il ne s’agit pas pour les auteurs d’essentialiser a priori l’islam ou un groupe social par ses mœurs ou sa façon de vivre, mais de faire tout simplement une place légitime à l’islam dans la République comme n’importe quelle autre religion. Ni plus ni moins.

    Kepel et de Jardin mettent en évidence le lien existant entre le repli religieux et la marginalisation sociale, économique et politique touchant une large part de la jeunesse française, issue aussi bien de l’immigration post-coloniale que de milieux de « Français de souche ». Les auteurs donnent de très nombreux exemples. Je pense notamment à ce parcours croisé saisissant de Mehdi Nemmouche et de Nicolas Bons alias Abu Abdel Rahman. Les auteurs écrivent (p. 175 et 176) :

    « Les profils de Mehdi Nemmouche et de Nicolas / Abu Abdel Rahman Bons illustrent le spectre social et ethnique des activistes que Daesh parvient à attirer dans ses filets. A l’un des extrêmes, le fils de harkis et ould alh’ram de Roubaix, fracassé par le destin dès sa venue au monde, délinquant multirécidiviste, réislamisé en prison puis formaté en Syrie pour mettre son « vice » au service du djihad avant d’être mis en examen pour avoir massacré des juifs à l’imitation de Mehra, se fait arrêter par les douanes marseillaises à cause de son amateurisme, à bord de « l’autocar du shit ». A l’autre, un jeune Français « de souche », élevé par une mère divorcée dans un cocon de petite classe moyenne provinciale, au sein d’un lotissement pavillonnaire où les opportunités d’enrichissement culturel et de socialisation ont été remplacés par la solitude des adolescents devant leurs écrans, tablettes et smartphones. »

    Je pense aussi à l’exemple paradigmatique de la ville de Lunel (Hérault) qui a connu une vingtaine de départs de jeunes pour la Syrie. Six d’entre eux ont d’ailleurs trouvé la mort loin de chez eux. Les auteurs analysent longuement le tissus urbain, social, économique et religieux de la petite cité héraultaise qui abrita longtemps une importante communauté juive (pour la petite histoire la loge locale du Grand Orient a pour titre distinctif « Etoile et Croissant », preuve du « métissage religieux » de cette petite cité bâtie sur les bords de l'imprévisible Vidourle). Kepel et Jardin soulignent que les intégristes ont su habilement s’installer dans cette ville durement frappée par la crise en profitant de la désespérance d’une jeunesse sans avenir. Ils montrent que la rhétorique islamiste est d’une redoutable efficacité, notamment lorsqu’elle instrumentalise le concept « d’islamophobie » (cf. p. 193).

    « En ce sens, l’usage politique de l’islamophobie par les islamistes fonctionne exactement à la manière de l’antisémitisme par les sionistes, tel du moins qu’il est dénoncé par ses détracteurs : il interdirait toute critique des juifs du fait de la Shoah et justifierait les bombardements de Gaza par l’armée de Benyamin Netanyahou durant l’été 2014 et le massacre des femmes et des enfants palestiniens. »

    Gilles Kepel, Antoine Jardin, Fanatisme, Islam, laïcité, République, Terrorisme, Lunel, La République doit donc aller au-delà des incantations laïques sur le citoyen abstrait pour regarder la réalité en face. Qu’on le veuille ou pas, ces extrémistes ne surgissent pas soudainement du néant. Ils ont des histoires, des parcours de vie, qu’il est absolument primordial d’analyser en profondeur sous peine de ne rien comprendre aux problèmes auxquels la France est confrontée. Pour ce faire, il ne faut pas du tout se laisser impressionner par ceux qui, en France, réfutent bruyamment toute volonté de compréhension comme s’il s’agissait d’excuser le terrorisme, les attentats, et de façon plus générale, l’obscurantisme religieux. Ces faux lucides sont de grands naïfs. Ils sont aussi dangereux politiquement que les intégristes car ils réduisent tout à l’émotionnel ou au pathos du moment, quand ce n’est pas aux discours va-t-en-guerre et xénophobes à courte vue. Kepel et Jardin soulignent à cet égard le rôle nocif des extrémistes de droite dont les succès électoraux, via le FN, contribuent à renforcer la polarisation de la société et à instiller, au cœur même de la population, le sentiment catastrophiste d’un déclin français et d’une invasion islamique.

    Il ne faut donc ni ethniciser ni sacraliser les problèmes. Il faut au contraire les politiser dans le bon sens du terme et les envisager aussi sous un angle social. La position de Kepel et de Jardin n’a fondamentalement rien d’extraordinaire car ce constat est aussi vieux que la République. Ça me fait en tout cas songer à cet avertissement de Jean Jaurès au lendemain des élections municipales de 1904 (cf. Jaurès, L’Humanité, 9 mai 1904) que les pourfendeurs de la soi-disant « culture de l’excuse » feraient mieux de méditer :

    « Qu’il [le gouvernement] ne faiblisse pas., qu’il comprenne tout le sens à la fois laïque et social du grand combat qui vient d’être livré et que, sans négliger l’achèvement nécessaire de l’œuvre de laïcité, il engage résolument la majorité républicaine dans la voie des réformes sociales. »

    La laïcité est donc indissociable de la justice sociale. Sans justice sociale, la laïcité s'expose inévitablement à des remises en cause. Il faut donc que notre pays sache regarder, lucidement et sans faiblesse, ce qui se passe en son sein. Kepel et Jardin notent (p. 316) :

    « Nous nous accorderons avec lui [Pierre Manent], par-delà la monstruosité des crimes commis contre la France par certains de ceux qui, en dépit qu’ils en aient, font partie de ses enfants, fussent-ils dévoyés, que la terreur dans l’Hexagone est aussi le symptôme d’un malaise dans notre civilisation »

    Mais, Gilles Kepel et Antoine Jardin refusent toute logique communautariste. Selon eux, l’Etat est et doit demeurer laïque. Les religions ne doivent pas être les relais primordiaux de l’action publique. Ce faisant, l’Etat doit reconnaître la place légitime des convictions religieuses ou philosophiques dans l’espace public. Les auteurs concluent :

    « Dans pareil contexte, l’église, la mosquée, la synagogue, le temple, protestant ou maçonnique, ces lieux de foi ou d’obédience dont la laïcité reconnait la place légitime au sein de la société des hommes, ne sauraient s’ériger en relais primordiaux d’intervention de l’Etat. Si une institution, au terme de ce ce cheminement, nous semble devoir être refondée et reconstruite pour traiter sur le long terme cet immense défi, c'est l'instruction publique, depuis la crèche jusqu'à l'université, tombée aujourd'hui dans l'indigence du fait d'une impéritie coupable de la classe politique tout entière. »

    Un livre à lire d’urgence.

    Gilles Kepel avec Antoine Jardin, Terreur dans l'Hexagone. Genèse du djihad français, Gallimard, Paris, décembre 2015. Prix public : 21 €.

  • Jean-Louis Bianco : « Je ne démissionnerai pas »

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    « Je suis nommé par décret du président de la République. Celui-ci m'a simplement fait savoir qu'il souhaitait que je ne démissionne pas. Je ne démissionnerai pas. » Si ce que dit Jean-Louis Bianco est exact, alors les tentatives de déstabilisation de l'Observatoire de la Laïcité devraient rapidement s'estomper et l'on pourra enfin passer à autre chose.

    Vous trouverez ci-dessous l'interview de Jean-Louis Bianco du 21 janvier 2016. Celui-ci recadre le débat et montre la petitesse de cette polémique comparée aux enjeux sociétaux de la laïcité.

    Il rappelle que l'Observatoire de la Laïcité, dont il souligne le travail, défend et promeut la laïcité consacrée par notre droit positif face à ceux qui veulent s'accaparer la notion pour la tordre dans tous les sens.

  • Soutien à l'Observatoire de la Laïcité

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    observatoire de la laïcité, jean-louis bianco, fédération nationale de la libre pensée, ligue de l'enseignement, ligue des droits de l'homme, laïcitéJe crois utile de relayer sur ce blog le communiqué commun de la ligue de l'enseignement, de la fédération nationale de la libre pensée et de la ligue des droits de l'homme. Trois associations bien connues de promotion et de défense de la laïcité fondées respectivement en 1866, 1890 et 1898 (excusez du peu !).

    C'est dire si ces "trois vieilles dames" connaissent parfaitement le combat laïque à la fois sur le terrain et sur le long terme.

    Leur prise de position commune, à mon avis, mérite d'être largement soutenue et diffusée afin que la laïcité ne soit pas instrumentalisée politiquement par les extrémistes de tous bords et ne serve pas de prétexte à des atteintes graves aux libertés publiques dans notre pays.

    L’Observatoire de la laïcité, son président et son rapporteur, viennent d’être la cible ces jours derniers d’attaques aussi injustifiées que dénuées de fondement. Les associations signataires du présent communiqué sont investies de façon historique sur la laïcité. Elles sont présentes sur le terrain pour la faire vivre dans la vie quotidienne, aussi bien par leurs actions que par leurs publications. Elles ont ainsi pu mesurer l’apport de l’Observatoire de la laïcité dès sa création. Ses avis, ses rapports annuels, ses communiqués, ses guides pratiques, les multiples interventions de son président et de son rapporteur dans les débats avec les acteurs de terrain… sont pour elles un apport précieux qui nourrit à la fois le fonds théorique et la mise en œuvre concrète du principe de laïcité de la République. L’Observatoire n’est ni une autorité qui impose, ni un pouvoir judiciaire qui tranche. Il éclaire le débat et la recherche laïque. Il a un rôle de conseil et non de décision. Son apport juridique est incontestable. Ses avis et ses recommandations, donnant la loi et rien que la loi, sont nécessaires. Leur mise en œuvre peut légitimement être discutée à condition d’être menée de façon rationnelle et dans le respect mutuel.

    Au-delà de la diversité d’opinions, d’objectifs, de pratiques de nos associations, ce sont ces simples principes profondément laïques dont nous souhaitons poursuivre la mise en œuvre en développant la collaboration avec l’Observatoire de la laïcité dans une fidélité assumée aux principes posés par la loi du 9 décembre 1905.

    Fédération Nationale de la Libre Pensée
    Ligue des Droits de l’Homme
    Ligue de l’enseignement

     

  • Jean-Louis Bianco sur la laïcité : « tenir compte de la réalité du droit et des faits »

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    Jean-Louis Bianco, une fois de plus, a remis utilement les pendules l'heure en rappelant les fondements juridiques et politiques de la laïcité face aux interprétations erronées et liberticides de certains ultras.

     

    Questionné sur les remous internes au sein de l'Observatoire de la Laïcité, j'ai d'ailleurs constaté que Daniel Keller s'est montré très prudent et réservé l'autre soir à Millau.

    Le Grand Maître du Grand Orient de France a rappelé que l'Observatoire de la Laïcité n'était pas une autorité administrative indépendante, qu'il était rattaché directement au gouvernement et qu'il y avait une symbiose parfaite entre cet organisme et les pouvoirs publics.

    Il s'est en tout cas bien gardé de nourrir la polémique et de remettre en cause publiquement le travail de l'Observatoire de la Laïcité. C'est une bonne chose.

  • Donner du temps au temps

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    3696247722.jpgLe F∴ Charles Cousin, dont j'ai parlé dans ma note précédente, avait adressé, le 21 septembre 1885, une lettre à toutes les LL∴ du G∴O∴D∴F dans laquelle il annonçait sa démission de la présidence du Conseil de l'Ordre.

    Je ne résiste pas au plaisir de vous en reproduire la conclusion car elle contient une leçon que nous, francs-maçons, devrions tous méditer 130 ans plus tard :

    « Un dernier mot, mes amis, et j'ai fini. Certains candidats, - et je sais que des Maçons se sont laissé prendre à leurs promesses -, certains candidats vous demandent de les nommer pour faire décider et réaliser sans délai la séparation des Églises et de l'Etat : ces hommes qui prétendent refaire en vingt-quatre heures la vieille France, sans tenir compte des droits et des sentiments intimes de sa plus belle moitié, ces hommes se trompent, ou vous trompent. Pour accomplir, sans des déchirements dangereux pour la République, cette réforme indispensable et dont le principe est admis par tous les esprits vraiment libéraux, il faut encore quelques années de préparation et c'est précisément, mes Frères, à cette préparation que la Maçonnerie est en situation et a pour devoir de donner le concours le plus persévérant et le plus énergique.

    Avant tout, réformons et développons l'instruction et l'éducation des femmes, « tout le reste nous viendra par surcroît ».

    C'est le mot de la fin, mes Frères. Si cette homélie, la dernière de votre vieil ami, ne vous a pas trop ennuyés, et si vous l'avez lue jusqu'au bout, recevez ici l'accolade cordiale et fraternelle du Frère Charles Cousin ».

    Attention ! Une lecture trop rapide pourrait induire en erreur. Le F∴ Charles Cousin n’était pas défavorable à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il ne prétendait pas qu’elle était impossible à réaliser. Il pensait simplement que les esprits, en 1885, n'étaient pas encore mûrs. En effet, à cette époque, les lois constitutionnelles de la troisième République avaient à peine dix ans d’existence. Le nouveau régime parlementaire républicain était fragile. Les forces réactionnaires (l’église catholique romaine, les monarchistes et les bonapartistes) étaient puissantes et ne rêvaient que de revenir au pouvoir pour restaurer l’ordre ancien. Cousin redoutait donc qu’une mise en œuvre précipitée de la séparation de l’église et de l’Etat n’entraînât le désordre et la contestation de la jeune République. Pourtant, en écrivant cette lettre d’adieu, Charles Cousin savait pertinemment que le G∴O∴D∴F∴ était en pointe du combat laïque, notamment à l’école publique qui était devenue gratuite et obligatoire en 1881 grâce au F∴ Jules Ferry. Il pensait, comme beaucoup d'hommes de son siècle, que l'éducation des femmes permettait d'amoindrir l'emprise des curés sur les foyers. Il voulait donc simplement que l'on donne du temps au temps et que le travail maçonnique ne soit pas perturbé par les jeux politiques, certes essentiels mais souvent à courte vue. On ne refait pas la vieille France en vingt-quatre heures, écrivait-il. Cousin est décédé en 1894. Il n'a pas vu l'accomplissement de la séparation le 9 décembre 1905, mais il était convaincu qu'elle surviendrait inévitablement un jour car elle s'inscrivait dans un dynamisme historique. Il a donc fallu attendre vingt ans, c'est-à-dire finalement l'avènement d'une nouvelle génération, pour que la séparation devienne une réalité juridique. Le F∴ Cousin a ainsi rappelé, avec lucidité, les vertus de la patience, de la rigueur et de l'observation du corps social, loin des postures politiciennes. Le travail maçonnique s'effectue sur le long terme au sein des loges, pas sur le forum où les mandataires publics font surenchère de promesses. Fais ce que dois, advienne que pourra.

     

  • Daniel Keller à Millau (Aveyron)

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    Je signale la venue de Daniel Keller, Grand Maître du Grand Orient de France, à MILLAU (Aveyron) le vendredi 15 janvier 2016 à 20h30 pour une conférence publique sur le vivre ensemble et la laïcité.

    journal de Millau.jpg

    Cette conférence publique aura lieu à l'amphithéâtre de 2ISA.

    Pour vous inscrire, il convient d'écrire à l'adresse suivante cerclephilo@gmx.com

    Je ne sais pas encore si j'aurai le temps de venir en voisin.

    Quoi qu'il en soit, si vous êtes sur le secteur ou dans l'axe de l'A75 (départements 12, 34, 30, 48 et 15) et si vous en avez l'opportunité, n'hésitez pas à y assister !

  • La France étroite

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    la-france-étroite-300x456.pngJe viens d’achever le dernier ouvrage de Michel Maffesoli et Hélène Strohl. Ce livre semble donner des boutons à certains FF∴. Pourtant, il ne mérite pas l’opprobre dont certains fossiles de notre Obédience le couvrent sans en avoir lu une seule ligne. Il s’inscrit dans le droit fil de l’œuvre du sociologue et l’on y retrouve toutes les notions que l’universitaire étudie depuis plus de quarante ans : tribus, nomadisme, empathie, communautés, être-en-commun, socialité, post-modernité, affrèrement, etc.

    Mais le livre a les défauts de ses ambitions. Il part dans tous les sens car son objet est large, beaucoup trop large. J’ai eu l’impression, au fil des pages, d’être confronté à d’interminables répétitions et redondances noyées dans des adages latins, des néologismes et des jeux de mots vaguement lacaniens (ex p. 75 : "homo eroticus fait la nique à homo economicus").

    Hélène Strohl, quant à elle, donne des illustrations concrètes des principes exposés par Michel Maffesoli. Cela va des concours de la fonction publique, de la décentralisation, en passant par le conseillisme allemand de l'entre-deux-guerres, la famille, jusqu'au cyber-échangisme et au selfie... Bigre ! Là aussi, le lecteur est confronté à un inventaire à la Prévert.

    Alors oui, bien sûr, il me semble avoir compris le message essentiel du livre : la modernité a vocation à être dépassée. Mieux : elle est déjà dépassée par le sentiment communautaire lorsqu’on se donne la peine d’observer, en toute neutralité, le fait social. En effet, on ne peut plus réduire toute chose à l'unité dans nos sociétés. Empiriquement, l’hétérogénéité reprend force et vigueur. On assiste à l'affirmation des différences, des localismes divers, des spécificités langagières et idéologiques, de l'altérité,  etc.

    En regardant ce qui est, on se rend compte que ce qui fait lien ne passe plus par les valeurs abstraites de l’universalisme, de l’Homme, du contrat social, des Lumières, mais par l’affect, l’émotion, le pacte que les « vrais gens » scellent entre eux, les solidarités multiformes ou encore le sentiment d’appartenance à des communautés dont les auteurs donnent d’ailleurs une typologie assez bizarre dans le corps de l’ouvrage (cf. pp 116 et suivantes : les tradis, les exibs, les fans, les victimes qui se tiennent les coudes, les "à l'assaut du monde", les croyants, etc.). C'est sûr que ça fait tout de suite moins austère que les classes sociales ou les catégories socio-professionnelles que tout le monde connaît plus ou moins.

    Pour les auteurs, l’Homme abstrait, éclairé par les lumières de l’entendement, n’existe pas. Il s’agit d’une construction idéologique dépassée. Les hommes oui. Et ils ont tous leur part d’ombre. On ne peut pas donner tort aux auteurs sur ce point. Le « vouloir-vivre ensemble » ne saurait en effet se réduire à une formule incantatoire. Ce qui fait société passe par des expériences concrètes, par la vie, par la capacité de chacun à exister singulièrement, parfois de façon contradictoire, mais avec suffisamment d’empathie pour coexister harmonieusement avec les autres. On ne peut pas voir correctement le réel à travers des concepts. Il faut d'abord longuement observer avant de juger. Ce n'est qu'après que l'on peut commencer à élaborer des grilles de lecture. C'est ainsi que l'on peut parvenir à prendre la mesure de la société, véritable corps vivant. Il est effectivement important que les auteurs rappellent cette exigence.

    Cependant, il me semble que Maffesoli et Strohl accordent beaucoup trop d’importance aux phénomènes des réseaux sociaux, au commerce équitable, aux formes d’économie parallèles (ex : le co-voiturage), à l’expression émotionnelle des foules (dans le cadre de manifestations), aux multiples solidarités qui peuvent naître au sein des communautés (spirituelles, religieuses, culturelles, musicales, vestimentaires, etc.,). Si je fais abstraction des cyber-communautés, dont l’existence résulte des progrès récents de l’informatique, je me demande si les autres phénomènes sociaux décrits par les auteurs n’existaient pas déjà avant, même sous d'autres formes. Les modes vestimentaires se sont succédé de tout temps comme d'ailleurs les styles musicaux avec des intensités variables. L’émotionnel a toujours eu une place importante au sein des sociétés humaines en général et de la nôtre en particulier. Il y a toujours eu des communautés, à commencer par les communautés villageoises qui ont joué un si grand rôle dans notre vieux pays rural. Je ne parle même pas des religions, notamment de la catholique romaine, dont la force a été canalisée, puis domptée par la sécularisation progressive de la société. En fait, en lisant ce bouquin, je me suis donc très vite demandé si la post-modernité, dont se prévalent Maffesoli et Strohl, n’était pas en réalité un concept marketing susceptible d'être fortement relativisé par les historiens. Dans quelle mesure chaque époque n'a pas sécrété des formes particulières de pluralisme ?

    Je regrette en outre que Maffesoli et Strohl réduisent la laïcité à un intégrisme uniformisateur des consciences. En même temps, je comprends leur point de vue quand je lis ou entends certaines prises de position d'individus qui parlent d'une laïcité fantasmée parce qu'ils n'ont, en fait, jamais pris la peine et la précaution de lire les lois en vigueur. Je l'ai assez déploré sur ce blog. Il n'en demeure pas moins que je ne crois pas qu'il faille répondre à ces excès par d'autres excès qui n'apportent finalement pas grand-chose et qui auraient même tendance à amoindrir l'argumentation. Je prendrai un seul exemple : les procès d'intention adressés tout au long du livre par les auteurs aux élites, à l'Etat, à tout ce qui peut symboliser, directement ou indirectement, l'unité et l'indivisibilité d'une République présentée comme déconnectée du réel. Ce qui est pour le moins assez paradoxal venant de la part d'un mandarin de la Sorbonne et d'une ancienne élève de l'ENA qui appartiennent évidemment à l'élite républicaine.

    Maffesoli et Strohl proposent néanmoins une réflexion tout à fait stimulante. Enfin, j'ai bien apprécié les allusions au symbolisme franc-maçonnique qui parsèment l'ouvrage. Ceux qui ne se contentent pas d'épeler, mais qui font l'effort de lire et d'écrire, sauront les repérer aisément.

    Michel Maffesoli, Hélène Strohl, "La France Étroite : Face À L'intégrisme Laïc, L'idéal Communautaire" , Ed. du Moment, date de sortie 12.11.2015, 16.95€.

  • Attentats de Paris : les mots sont importants

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    Attentats, Paris, Terrorisme, Jean-Paul Delevoye, 2015La France a beau être en plein deuil, le bavardage sur les terribles attentats de Paris est permanent. Ce bavardage frise souvent l'indécence avec, par exemple, ces questions cons de journalistes posées au quidam rencontré dans la rue. Que ressentez-vous ? Qu'auriez-vous envie de dire à ces terroristes ? Avez-vous peur ? Etc.

    Puis c'est la logorrhée médiatique des bons clients, des spécialistes de ceci ou de cela, des "terroristologues", des anciens généraux, des anciens des services secrets, des magistrats antiterroristes, des éditocrates sentencieux, des spécimens de la société civile (c'est-à-dire en réalité du Paris mondain), des intellectuels, des imams estampillés "vus à la TV" et des politiques bien entendu... 

    Ce bavardage tourne en boucle et sans répit. Les heures tournent. On se rend compte, au fond, qu'on n'apprend pas grand-chose ou en tout cas rien de nouveau par rapport à ce qui avait pu se dire durant les mois et les années précédentes.

    Le pathos ambiant semble tout anesthésier. Il va falloir pourtant vite se réveiller car on emploie de plus en plus un vocabulaire guerrier à courte de vue et essentiellement réactif en croyant répondre ainsi au désir de vengeance d'une population française qui impressionne, au contraire, par son calme, sa dignité et ses sentiments élevés de cohésion et de fraternité.

    Parmi toutes les interventions télévisuelles, j'en retiendrai cependant une qui m'a impressionné par sa clarté et sa sobriété. Elle émane de M. Jean-Paul Delevoye, ancien médiateur de la République et actuel président du Conseil économique, social et environnemental.