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laïcité - Page 3

  • Daniel Keller à Millau (Aveyron)

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    Je signale la venue de Daniel Keller, Grand Maître du Grand Orient de France, à MILLAU (Aveyron) le vendredi 15 janvier 2016 à 20h30 pour une conférence publique sur le vivre ensemble et la laïcité.

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    Cette conférence publique aura lieu à l'amphithéâtre de 2ISA.

    Pour vous inscrire, il convient d'écrire à l'adresse suivante cerclephilo@gmx.com

    Je ne sais pas encore si j'aurai le temps de venir en voisin.

    Quoi qu'il en soit, si vous êtes sur le secteur ou dans l'axe de l'A75 (départements 12, 34, 30, 48 et 15) et si vous en avez l'opportunité, n'hésitez pas à y assister !

  • La France étroite

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    la-france-étroite-300x456.pngJe viens d’achever le dernier ouvrage de Michel Maffesoli et Hélène Strohl. Ce livre semble donner des boutons à certains FF∴. Pourtant, il ne mérite pas l’opprobre dont certains fossiles de notre Obédience le couvrent sans en avoir lu une seule ligne. Il s’inscrit dans le droit fil de l’œuvre du sociologue et l’on y retrouve toutes les notions que l’universitaire étudie depuis plus de quarante ans : tribus, nomadisme, empathie, communautés, être-en-commun, socialité, post-modernité, affrèrement, etc.

    Mais le livre a les défauts de ses ambitions. Il part dans tous les sens car son objet est large, beaucoup trop large. J’ai eu l’impression, au fil des pages, d’être confronté à d’interminables répétitions et redondances noyées dans des adages latins, des néologismes et des jeux de mots vaguement lacaniens (ex p. 75 : "homo eroticus fait la nique à homo economicus").

    Hélène Strohl, quant à elle, donne des illustrations concrètes des principes exposés par Michel Maffesoli. Cela va des concours de la fonction publique, de la décentralisation, en passant par le conseillisme allemand de l'entre-deux-guerres, la famille, jusqu'au cyber-échangisme et au selfie... Bigre ! Là aussi, le lecteur est confronté à un inventaire à la Prévert.

    Alors oui, bien sûr, il me semble avoir compris le message essentiel du livre : la modernité a vocation à être dépassée. Mieux : elle est déjà dépassée par le sentiment communautaire lorsqu’on se donne la peine d’observer, en toute neutralité, le fait social. En effet, on ne peut plus réduire toute chose à l'unité dans nos sociétés. Empiriquement, l’hétérogénéité reprend force et vigueur. On assiste à l'affirmation des différences, des localismes divers, des spécificités langagières et idéologiques, de l'altérité,  etc.

    En regardant ce qui est, on se rend compte que ce qui fait lien ne passe plus par les valeurs abstraites de l’universalisme, de l’Homme, du contrat social, des Lumières, mais par l’affect, l’émotion, le pacte que les « vrais gens » scellent entre eux, les solidarités multiformes ou encore le sentiment d’appartenance à des communautés dont les auteurs donnent d’ailleurs une typologie assez bizarre dans le corps de l’ouvrage (cf. pp 116 et suivantes : les tradis, les exibs, les fans, les victimes qui se tiennent les coudes, les "à l'assaut du monde", les croyants, etc.). C'est sûr que ça fait tout de suite moins austère que les classes sociales ou les catégories socio-professionnelles que tout le monde connaît plus ou moins.

    Pour les auteurs, l’Homme abstrait, éclairé par les lumières de l’entendement, n’existe pas. Il s’agit d’une construction idéologique dépassée. Les hommes oui. Et ils ont tous leur part d’ombre. On ne peut pas donner tort aux auteurs sur ce point. Le « vouloir-vivre ensemble » ne saurait en effet se réduire à une formule incantatoire. Ce qui fait société passe par des expériences concrètes, par la vie, par la capacité de chacun à exister singulièrement, parfois de façon contradictoire, mais avec suffisamment d’empathie pour coexister harmonieusement avec les autres. On ne peut pas voir correctement le réel à travers des concepts. Il faut d'abord longuement observer avant de juger. Ce n'est qu'après que l'on peut commencer à élaborer des grilles de lecture. C'est ainsi que l'on peut parvenir à prendre la mesure de la société, véritable corps vivant. Il est effectivement important que les auteurs rappellent cette exigence.

    Cependant, il me semble que Maffesoli et Strohl accordent beaucoup trop d’importance aux phénomènes des réseaux sociaux, au commerce équitable, aux formes d’économie parallèles (ex : le co-voiturage), à l’expression émotionnelle des foules (dans le cadre de manifestations), aux multiples solidarités qui peuvent naître au sein des communautés (spirituelles, religieuses, culturelles, musicales, vestimentaires, etc.,). Si je fais abstraction des cyber-communautés, dont l’existence résulte des progrès récents de l’informatique, je me demande si les autres phénomènes sociaux décrits par les auteurs n’existaient pas déjà avant, même sous d'autres formes. Les modes vestimentaires se sont succédé de tout temps comme d'ailleurs les styles musicaux avec des intensités variables. L’émotionnel a toujours eu une place importante au sein des sociétés humaines en général et de la nôtre en particulier. Il y a toujours eu des communautés, à commencer par les communautés villageoises qui ont joué un si grand rôle dans notre vieux pays rural. Je ne parle même pas des religions, notamment de la catholique romaine, dont la force a été canalisée, puis domptée par la sécularisation progressive de la société. En fait, en lisant ce bouquin, je me suis donc très vite demandé si la post-modernité, dont se prévalent Maffesoli et Strohl, n’était pas en réalité un concept marketing susceptible d'être fortement relativisé par les historiens. Dans quelle mesure chaque époque n'a pas sécrété des formes particulières de pluralisme ?

    Je regrette en outre que Maffesoli et Strohl réduisent la laïcité à un intégrisme uniformisateur des consciences. En même temps, je comprends leur point de vue quand je lis ou entends certaines prises de position d'individus qui parlent d'une laïcité fantasmée parce qu'ils n'ont, en fait, jamais pris la peine et la précaution de lire les lois en vigueur. Je l'ai assez déploré sur ce blog. Il n'en demeure pas moins que je ne crois pas qu'il faille répondre à ces excès par d'autres excès qui n'apportent finalement pas grand-chose et qui auraient même tendance à amoindrir l'argumentation. Je prendrai un seul exemple : les procès d'intention adressés tout au long du livre par les auteurs aux élites, à l'Etat, à tout ce qui peut symboliser, directement ou indirectement, l'unité et l'indivisibilité d'une République présentée comme déconnectée du réel. Ce qui est pour le moins assez paradoxal venant de la part d'un mandarin de la Sorbonne et d'une ancienne élève de l'ENA qui appartiennent évidemment à l'élite républicaine.

    Maffesoli et Strohl proposent néanmoins une réflexion tout à fait stimulante. Enfin, j'ai bien apprécié les allusions au symbolisme franc-maçonnique qui parsèment l'ouvrage. Ceux qui ne se contentent pas d'épeler, mais qui font l'effort de lire et d'écrire, sauront les repérer aisément.

    Michel Maffesoli, Hélène Strohl, "La France Étroite : Face À L'intégrisme Laïc, L'idéal Communautaire" , Ed. du Moment, date de sortie 12.11.2015, 16.95€.

  • Attentats de Paris : les mots sont importants

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    Attentats, Paris, Terrorisme, Jean-Paul Delevoye, 2015La France a beau être en plein deuil, le bavardage sur les terribles attentats de Paris est permanent. Ce bavardage frise souvent l'indécence avec, par exemple, ces questions cons de journalistes posées au quidam rencontré dans la rue. Que ressentez-vous ? Qu'auriez-vous envie de dire à ces terroristes ? Avez-vous peur ? Etc.

    Puis c'est la logorrhée médiatique des bons clients, des spécialistes de ceci ou de cela, des "terroristologues", des anciens généraux, des anciens des services secrets, des magistrats antiterroristes, des éditocrates sentencieux, des spécimens de la société civile (c'est-à-dire en réalité du Paris mondain), des intellectuels, des imams estampillés "vus à la TV" et des politiques bien entendu... 

    Ce bavardage tourne en boucle et sans répit. Les heures tournent. On se rend compte, au fond, qu'on n'apprend pas grand-chose ou en tout cas rien de nouveau par rapport à ce qui avait pu se dire durant les mois et les années précédentes.

    Le pathos ambiant semble tout anesthésier. Il va falloir pourtant vite se réveiller car on emploie de plus en plus un vocabulaire guerrier à courte de vue et essentiellement réactif en croyant répondre ainsi au désir de vengeance d'une population française qui impressionne, au contraire, par son calme, sa dignité et ses sentiments élevés de cohésion et de fraternité.

    Parmi toutes les interventions télévisuelles, j'en retiendrai cependant une qui m'a impressionné par sa clarté et sa sobriété. Elle émane de M. Jean-Paul Delevoye, ancien médiateur de la République et actuel président du Conseil économique, social et environnemental.

  • Les origines chrétiennes de la laïcité et de la pensée libre en Occident

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    Boèce de Dacie, Siger de Brabant,Histoire, Laïcité, Philosophie, Science, Théologie, Raison, Libre Examen

    Le titre sous lequel je place mon propos mérite une explication afin d'éviter d'éventuelles incompréhensions. En cette époque où le clergé catholique romain récupère volontiers tout ce qui est susceptible de l'arranger et de lui donner meilleure image, je n'entends pas affirmer ici que la laïcité et la pensée libre s'inscrivent dans une filiation directe avec le christianisme (ce qui serait en complète contradiction par rapport à la doctrine de la Révélation et à ses implications concrètes dans l'ordre social). Je souhaite plutôt mettre en évidence le fait que l'Eglise, malgré son obscurantisme, a aussi abrité de lointains précurseurs de l'esprit moderne. En voici deux figures exemplaires : Boèce de Dacie et Siger de Brabant, philosophes du XIIIème siècle, aujourd'hui largement oubliés.

    Penser librement est un acte que l'on conçoit plus ou moins aisément de nos jours bien qu'il faille tout de même rappeler qu'une majorité d'hommes sur cette planète vit toujours sous le joug de religions intolérantes et de système politiques totalitaires. Aux XIIIème  et XIVème siècles, penser librement était tout simplement impensable. En effet, la société médiévale était une société holiste, c'est-à-dire fondée sur un dynamisme unitaire empêchant les individus de se penser comme tels, hors du cadre de la Révélation chrétienne. En d'autres termes, Dieu et l'Eglise rythmaient toutes les étapes de la vie. L'émancipation intellectuelle était automatiquement vécue comme un pêché grave, susceptible de conduire à l'hérésie.

    C'est dans ce contexte théologico-politique que Boèce et Siger, de la Faculté des arts de Paris, vont jeter un pavé dans le marigot du catholicisme romain. Prenant en quelque sorte le contre-pied de Thomas d'Aquin (la star de l'époque), nos deux compères vont ni plus ni moins démontrer que la philosophie n'est pas la servante de la théologie. Ils fondèrent leur démonstration principalement sur l'héritage aristotélicien qui commençait à pénétrer les cénacles des clercs lettrés. Le renversement de perspective était totalement révolutionnaire pour l'époque : la théologie et la philosophie sont de nature différente. La première fait intervenir une instance inaccessible à l'entendement (Dieu). La seconde la philosophie (ou la science, les deux notions étant intrinsèquement liées) demeure souveraines dans le domaine de la seule raison.

    Pour le dire autrement, que les théologiens s'occupent de la foi mais qu'ils ne se piquent pas de philosophie et de science sauf s'ils admettent que, dans ce second domaine, les références de base doivent se rechercher non dans la Révélation mais dans le Libre Examen. La réciproque est également vraie. Les philosophes ou les amis de la science doivent savoir que s'ils décident d'étudier les arcanes de la théologie, ils feront alors le choix de réfléchir dans le cadre et le respect de la Sainte Doctrine. La césure entre les domaines cités est affirmée sans ambages par Boèce de Dacie dans de Aeternitate Mundi (p. 364) :

    "Et il ressort de ceci que si le philosophe dit que quelques chose est possible ou impossible cela signifie que cela est possible ou impossible par les raisons que l'homme peut appréhender.
    Au moment même où quelqu'un abandonne les raisons il cesse d'être philosophe et la philosophie ne se fonde pas sur des révélations et des miracles."

    Boèce et Siger exposent le fait que la philosophie et la science n'ont pas pour but de préparer l'homme à l'étude de la théologie, donc des vérités divines, et a fortiori de lui fournir des raisons pour lui conférer une nouvelle légitimité. Contrairement à Thomas d'Aquin, Boèce et Siger estiment que la théologie n'a pas à instrumentaliser la philosophie et la science. Pour eux il est stupide de chercher la raison de ce que l'on doit croire par la religion puisque la foi est en elle-même inexplicable et se suffit à elle-même. De même, il est stupide de chercher dans la religion des raisons supposées expliquer la réalité ou la manifestation du monde. La réalité a des manifestations qui lui sont propres et c'est l'affaire de la philosophie et de la science de lui trouver des raisons.

    Boèce et Siger ont donc jeté les bases d'une méthodologie de la séparation de la foi et de la philosophie (ou de la science). Ils ont défendu l'idée que la recherche, le libre examen ou la pensée libre devaient exister pour eux-mêmes sans se préoccuper des implications chrétiennes des connaissances acquises et des découvertes. D'un point de vue purement intellectuel, il faut être conscient de la révolution engendrée par cette position mais pour en saisir la véritable portée historique, il convient de noter que les œuvres de Boèce de Dacie et de Siger de Brabant ont rapidement pénétré le domaine politique. L'existence d'une raison théorique, indépendante de la Révélation et des dogmes, s'est très vite accompagnée de réflexions sur l'existence d'une raison pratique ou politique. Ces réflexions, ni Boèce ni Siger ne les ont menées. Les prolongements logiques dans le domaine politique ont été donc assurés principalement par Dante dans De la Monarchie et Marsile de Padoue dans Défenseur de la Paix. La religion et la philosophie sont pensées comme deux domaines distincts. Elles ne doivent pas être confondues. On connaît la parole de Jésus "rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César" (Luc 20:25). L'ordre religieux doit donc se préoccuper de ses propres affaires et l'ordre politique des siennes.

  • Esprit maçonnique et Islamophobie : la polémique enfle en Belgique

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    L'hebdomadaire belge Le Vif-L'Express a publié un article d'opinion remarqué du F∴ Denis Rousseau intitulé : "Islamophobe, moi ? Oui. Et voici pourquoi".

    Cette prise de position publique, abondamment discutée sur les blogs maçonniques, a choqué le F∴ Edouard Delruelle, professeur de philosophie politique à l'Université de Liège (Ulg) et ancien directeur adjoint du Centre pour l'Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme. Celui a accordé une interview au quotidien belge Le Soir ce 28 septembre 2015.

    Delruelle déclare :

    "Moi aussi, je suis "franc-maçon depuis 25 ans". J'ai toujours estimé que cela relevait de ma vie privée. Jusqu à aujourd'hui, je n'avais aucune intention d'en faire état. Mais puisqu'un maçon se dévoile pour proclamer qu'il est islamophobe parce que franc-maçon, j'estime qu'il est de mon devoir de me dévoiler à mon tour pour dire ce qui me paraît une évidence : on ne peut pas être franc-maçon et islamophobe. L'esprit maçonnique est contraire à toute forme d'islamophobie."

    Il ajoute plus loin :

    "Critiquer l’islam d’un point de vue anthropologique, politique, philosophique, est légitime et nécessaire. Mais à chaque fois que je "planche", je mets mes frères et sœurs en garde contre la tentation de reporter leur anticléricalisme historique vers l’islam: ce n’est pas la même chose de combattre l’Eglise catholique là où elle est hégémonique, liée aux pouvoirs de l’argent et de l’Etat, ou de s’en prendre à des populations minorisées et prolétarisées."

    Et à ceux qui le taxeront d'angélisme ou de complaisance à l'égard des islamistes et des extrémistes de tout poil, le F∴ Delruelle rétorque:

    "Comme directeur du Centre pour l’égalité des chances, les seules actions judiciaires que j’ai enclenchées pour incitation à la haine, ce fut contre… Sharia4Belgium et Dieudonné ! Je suis pour le droit à la caricature et au "blasphème". Et aussi pour l’interdiction des signes religieux à l’école et dans les services publics. Mais au nom des mêmes valeurs laïques, je suis aussi pour que nos concitoyens musulmans soient respectés, et que le culte et la culture islamiques soient traités à égalité avec les autres. Ce qui n’est pas le cas actuellement."

    La polémique semble donc prendre de l'ampleur chez nos voisins d'outre-Quiévrain et je constate, non sans soulagement, que nombre de FF∴ belges n'ont pas l'intention de laisser la F∴M∴ être instrumentalisée par des analyses simplistes fondées sur la peur et le rejet de l'autre.

    Pour lire l'intégralité de l'interview, cliquez sur le lien ci-dessous:

    Interview Le soir 28/09/2015 islamophobie.pdf

  • De la formation des imams

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    Afin d’assurer la formation d’imams en France et d’éviter le développement dans l’espace public de tout discours extrémiste, les pouvoirs publics de la République française ont estimé nécessaire d'organiser une formation pour les imams. Les contours de cette formation doivent être définis et précisés. Elle pourra comprendre un enseignement théologique, mais aussi et surtout une présentation historique et contextualisée de l’islam, de ses fondements doctrinaux, culturels et cultuels, d'une approche exégétique du texte coranique et des autres sources secondaires. L'objectif est de favoriser une approche pluridisciplinaire de l'Islam tout en l'ancrant dans les valeurs civiques et républicaines. C'est la raison pour laquelle je salue la déclaration conjointe signée samedi dernier par la France et le Maroc. 

    Contrairement à ce qu'affirme péremptoirement et bruyamment un esprits inquiet, il ne s'agit pas pour les pouvoirs publics d'exercer je ne sais quel magistère moral et juridique sur les actes des imams de France. Il s'agit de créer les conditions permettant à l'Islam de se développer harmonieusement en France comme n'importe quelle autre religion et de faire en sorte que nos compatriotes musulmans (et les musulmans ayant d'autres nationalités) puissent bénéficier de ministres du culte formés et compétents. Il s'agit aussi de changer le regard que l’on porte habituellement sur la population musulmane de notre pays. Ce regard est en grande partie déterminé par les conditions historiques et les caractéristiques sociologiques de la population musulmane. En France, cette population est l'enfant non assumée de la colonisation et la fille d’une immigration amorcée après la seconde guerre mondiale.

    L'Islam est la deuxième confession religieuse en France. Il serait temps de s'en rendre compte et de prendre à bras le corps les problèmes auxquels il est confronté. On peut citer parmi ces problèmes (la liste n'est évidemment pas exhaustive) :

    • le faible nombre de lieux de culte décents ;
    • la radicalisation de certains discours au sein de la communauté musulmane dont les causes sont multifactorielles et complexes : exclusion sociale ; chômage ; décrochage scolaire ; désoeuvrement ; perte d'influence des partis et des syndicats et plus largement du mouvement associatif comme moyen de mobilisation ; influences extérieures de pays non démocratiques ; inculture ; parfois problèmes mentaux graves, etc. ;
    • l'absence d'une administration interne au culte musulman qui permettrait de le structurer, d'y assurer une discipline ordinale et de le représenter auprès des pouvoirs publics.

    Je l'ai déjà dit maintes fois : la République a toujours été interventionniste dans la gestion des cultes en France parce que celle-ci a besoin d'interlocuteurs. La laïcité, qui a pour corollaire la séparation, ne signifie pas que l'Etat ignore les cultes sur le territoire national et que les cultes ignorent l'Etat garant de l'intérêt général et de la paix sociale.

  • Crèche de la Mairie de Béziers : la LDH déboutée par le Tribunal administratif de Montpellier

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    La Ligue des droits de l'homme (LDH) a publié le communiqué suivant :

    "Le tribunal administratif de Montpellier vient de valider la présentation d’une scène religieuse au sein de la mairie de Béziers.

    Les juges administratifs prétendent justifier leur décision par le fait qu’ils n’auraient trouvé aucune volonté de privilégier une religion dans cette représentation chrétienne. Les juges n’ont pas à se livrer à une psychanalyse du maire de Béziers pour appliquer la loi et restituer à une mairie sa destination laïque.

    La LDH relèvera d’autant plus appel de cette décision qu’elle est de nature à justifier un peu plus les discriminations de toute nature.

    Paris, le 16 juillet 2015"

    Le communiqué de la LDH est excessif. Au lieu de s'en prendre maladroitement aux juges, la LDH aurait mieux fait de s'interroger sur la manière dont elle et son avocat ont argumenté leur mémoire et présenté le cas d'espèce devant le tribunal administratif. La LDH a sans doute voulu faire de la crèche de la mairie de Béziers un exemple d'atteinte paroxystique au principe de la laïcité dont elle a également entendu souligner l'absolue primauté. Et elle s'est trompée. Oui, elle s'est trompée parce qu'elle a oublié, au passage, que la laïcité, telle qu'elle l'entend, n'est pas la laïcité de notre droit positif. C'est une erreur que les laïques les plus intransigeants commettent souvent. Cette erreur a été aussi très probablement confortée par la nécessité politique de taper sur le sulfureux maire de Béziers apparenté FN.

    Il faut, une fois de plus, revenir sur la laïcité tel qu'elle s'est progressivement construite et étoffée dans nos textes de loi depuis 1880. En France, la laïcité n'a jamais été l'uniformisation des consciences dans une sorte de neutralité chimérique que la loi imposerait au citoyen. La laïcité a toujours été le résultat d'un compromis entre, d'une part, l'absence d'inféodation du pouvoir politique à un quelconque ordre religieux, et d'autre part, le droit de chacun à pouvoir mener son existence selon ses goûts et sa philosophie sans crainte d'être inquiété. La laïcité n'est pas davantage la neutralité de l'espace public en général et des halls de mairie en particulier. En République, l'espace public n'est jamais neutre. C'est au contraire le lieu de la libre expression des convictions politiques, sociales et religieuses, des modes vestimentaires, des goûts, des tendances, etc. L'espace public, c'est précisément le brassage des idées, le métissage, la rencontre avec celui qui diffère de soi et peut parfois heurter, déranger, inquiéter même. Ce n'est donc pas l'effacement de l'individu dans le corps social, ce n'est pas davantage l'uniformisation de la pensée. La seule limite à cette liberté publique est le trouble manifeste et illicite à l'ordre public, notion juridique très encadrée et que les tribunaux administratifs apprécient strictement.

    C'est très exactement ce que les juges administratifs ont dit en relevant l'absence d'intention discriminatoire de la part du Maire de Béziers et la non existence d'un trouble illicite à l'ordre public. Les juges administratifs ont estimé que la crèche, constituée à l'occasion de la fête de Noël, est ici un élément culturel auquel ne s'attache aucun message religieux prosélyte. La représentation de cette scène religieuse dans le hall de la mairie ne signifie absolument que le citoyen est obligé d'adhérer au message chrétien. Il ne signifie pas davantage l'adhésion de la municipalité de Béziers au christianisme. C'est simplement un élément culturel, traditionnel et symbolique qui rappelle les origines de la fête de Noël. Ni plus ni moins. Notre République démocratique, sociale et laïque a d'ailleurs été suffisamment sage et éclairée pour ne pas l'abolir. Elle en a même fait un jour férié légal !

    Pour s'en convaincre, il suffit de prendre un autre symbole ou une autre personnage que le petit Jésus dans sa mangeoire : le Père Noël. Mettre le Papa Noël dans le hall d'une mairie, ce n'est évidemment pas faire l'éloge de la crédulité et ce n'est pas davantage vouloir inféoder la République à l'idée que le Père Noël existerait ! C'est représenter un personnage consubstantiellement attaché à Noël et aux fêtes de fin d'année. Ce personnage fait partie de notre paysage culturel.

    Je suis persuadé que le jugement du Tribunal administratif de Montpellier eût été tout à fait différent si le maire de Béziers avait accompagné l'installation de cette crèche de propos haineux, discriminatoires, vexatoires et s'il s'était en plus livré à des provocations ayant entraîné des manifestations, des bagarres, voire des émeutes. Or, de tels éléments objectifs n'ont pas été démontrés par les plaignants. C'est exactement ce qui s'est passé pour le prétendu fichage des élèves musulmans à Béziers : en mai dernier, le Tribunal administratif avait jugé que l'association plaignante n'en avait pas prouvé la réalité.

    La LDH a l'intention d'interjeter appel.

  • Islam et Laïcité. Le regard lucide d'un F∴ belge.

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    Je livre à votre réflexion l'extrait d'une planche du F J. R. de la RL∴ n° La Parfaite Intelligence et l'Etoile Réunies à l'O de Liège (GO de Belgique) dont le titre est Islam et Laïcité :

    "Enfin, les tentations islamistes ne sont pas à nier. Mais il convient de nous rappeler qu'avant d'être des contestations de la laïcité ou la preuve de l'incapacité de l'Islam à s'adapter à la modernité, les tentations islamistes sont des symptômes d'une crise de la société.

    Lorsque les injustices et les inégalités deviennent criantes, lorsque l'exclusion compromet l'avenir d'un grand nombre de jeunes sans formation, de travailleurs sans travail, alors nous ne devons pas nous étonner de voir surgir des solutions radicales et extrémistes.

    Mais dans ce cas, ne nous trompons pas de cible. Ce qui est à dénoncer, c'est plus un dysfonctionnement de notre société qui détruit les hommes qu'une tradition religieuse qui attire sur elle les espoirs de ceux qui n'attendent plus rien de la politique.

    La laïcité a un prix, c'est celui de la justice, de l'égalité des chances et de la fraternité. Si une société ne peut plus payer ce prix, elle ne doit pas s'étonner de voir resurgir des extrémistes de tous ordres (...)"

    J'ai oublié de vous préciser une chose importante. Cette planche d'une très grande lucidité a été écrite et présentée il y a déjà vingt ans...