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laïcité - Page 2

  • Polémique autour de l'élection d'un théologien à la tête de l'université de Strabourg

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    deneken.jpgC’est une particularité à laquelle aucun texte juridique en France ne s’oppose : M. Michel Deneken, enseignant de théologie et prêtre, est le président nouvellement élu à une très large majorité de l’université de Strasbourg (26 voix contre 9). Les opposants au nouveau président élu n’en ont pas fait un argument de campagne, comme le souligne le quotidien L'Alsace. Ils ont considéré qu'il était plus important d'interpeller M. Michel Deneken sur le bilan financier et humain de l‘équipe sortante dont il faisait partie. M. Michel Deneken était en effet le vice-président de l'université de Strasbourg depuis huit ans sans que personne ne s'en émeuve, à commencer par ceux qui crient bruyamment au scandale aujourd'hui.

    En tant que laïque, je suis ulcéré de lire ces communiqués vengeurs qui non seulement s'en prennent violemment à une décision démocratique du conseil d'administration d'une université publique mais aussi remettent en cause la probité morale et intellectuelle d'un homme parce qu'il est théologien et curé. Un président d'université n'a pas pour fonction de diriger les recherches de ses collègues enseignants. Il est là pour participer activement à la gestion administrative et financière de l'université et à son rayonnement intellectuel.

    J'ai honte de voir la laïcité défendue ainsi. Le 16 décembre, le Grand Orient de France, mon obédience, s'est fendu d'un communiqué de presse qui participe, hélas, pleinement du procès d'intention quasi-diffamatoire que certains laïques font au professeur Deneken. Son titre est éloquent : un théologien catholique n'a pas qualité pour présider une université publique. Ah bon ? Et en vertu de quelle loi ? Comme si l'université française n'abritait pas déjà en son sein un seuil incompressible de charlatans dans plein d'autres disciplines... Et d'en revenir encore et toujours à l'obsession concordataire, cette particularité juridique locale héritée de quarante ans d'annexion allemande, que la Troisième République, pourtant tant célébrée par le GODF, n'a jamais remise en cause... Dois-je rappeler que sous la Troisième République, on trouvait aussi des curés dans les assemblées parlementaires ? 

    Ce communiqué est d'autant plus pernicieux que le Conseil de l'Ordre n'y apparaît pas. Sur la forme, le communiqué se présente comme celui du Grand Orient de France. On ne sait donc pas qui a écrit ce brûlot au nom de l'obédience. On ne sait pas qui s'est arrogé le droit de parler au nom de ses membres. Par conséquent, au lieu de dénoncer brutalement la décision du conseil d'administration d'une université publique française, le Grand Orient de France serait plus avisé de respecter sa constitution et son règlement général, à commencer par la liberté absolue de conscience de ses membres. Sans doute ferait-il là oeuvre utile.

  • Ali Margarot ou la crainte du déshonneur

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    Laïcité, France, Nîmes, Gard, Ali Margarot, GODF, République, église catholique, église réformée, La fête qu'Ali Margarot avait organisée pour sa famille et ses amis, le 19 avril 1885, s'était pourtant bien déroulée. Le Maire de Nîmes avait fait venir autour de lui celles et ceux qu'il appréciait. Dans le jardin de sa propriété, il se promenait entre les groupes d'invités. Margarot avait eu un mot gentil pour chacun, charmeur et brillant comme à l'accoutumée. Lorsqu'un des invités le prenait par le bras pour commenter l'actualité, lui présenter une doléance ou exprimer une opinion sur la situation politique locale, Margarot prenait le temps de l'écouter et de lui répondre. Aucune des personnes présentes ce jour là n'aurait pu anticiper le drame. Dans la nuit du 19 au 20 avril 1885, Ali Margarot se tira une balle dans la tête. Le premier maire républicain de Nîmes avait donc choisi brutalement de tirer sa révérence à la stupéfaction de tous. Il avait quarante-six ans.

    Ali Jacques Etienne Auguste Margarot est né à Nîmes le 28 juillet 1838 de l'union d'Auguste Jean Margarot (1808-1874), un banquier négociant fortuné, et d'Elisabeth Elisa Pauc (1808-1885). Il avait une soeur de trois ans sa cadette : Valentine. Le prénom Ali peut surprendre dans ce milieu protestant. Il s'agit peut-être d'une contraction d'Alibert, d'Albert ou d'Alfred ou éventuellement d'une erreur d'état civil. Elie est peut-être devenu Ali suite à l'indélicatesse ou l'incompréhension d'un officier d'état civil. 

    Ali Margarot vécut à Nîmes toute sa jeunesse. Vers 1857, le jeune Margarot quitta Nîmes pour aller faire ses études de droit à Paris. Là bas, il se lia d'amitié avec Léon Gambetta (1838-1882) avec lequel il fréquenta les milieux républicains de la capitale alors que nous étions - il faut le rappeler - sous le second Empire. Son diplôme de droit en poche, Ali Margarot est revenu à Nîmes, au quai de la fontaine, pour travailler avec son père et reprendre la banque familiale. Il s'inscrivit aussi au barreau de Nîmes.

    laïcité,france,nîmes,gard,ali margarot,godf,république,église catholique,église réformée,frédéric desmons,edmond about,léon gambettaAli Margarot rejoignit les opposants à Napoléon III. Il avait une parole vive, une tête aristocratique et fine, une instruction complète, une intelligence rare et une sorte de séduction innée qui l'avaient immédiatement rendu populaire chez les républicains gardois.

    C'est probablement dans les années 1860 qu'Ali Margarot se fit recevoir franc-maçon au sein de la loge L'Echo du Grand Orient à l'orient de Nîmes où il fréquenta peut-être le pasteur Frédéric Desmons (1832-1910) qui y fut initié le 8 mars 1861. En réalité, on ne connaît pas la date de l'initiation d'Ali Margarot car la liasse et les tableaux de la loge nîmoise pour la période 1857-1900 ont été enlevés du fonds maçonnique de la Bibliothèque Nationale de France par les nazis (cf. Daniel Ligou, Frédéric Desmons et la Franc-Maçonnerie sous la Troisième République, éd. Gédalge, Paris, 1966, p. 57). Il est probable que Margarot avait trouvé en loge les relais nécessaires à son action politique au service de la cause républicaine bien que L'Echo du Grand Orient (fondé en 1857) fût à l'origine bonapartiste comme d'ailleurs la plupart des ateliers maçonniques du Grand Orient sous la période autoritaire du second Empire.

    Ali Margarot versa totalement et passionnément dans la politique après la chute du second Empire. A Nîmes, à partir de 1871, il devint le principal opposant à Adolphe Blanchard, le maire royaliste. Il ne ménagea alors ni son argent ni sa peine pour arriver à établir définitivement à Nîmes l'influence républicaine. Il finança un journal de combat, Le Gard républicain qui devint ensuite L'Union Républicaine du Midi. Il institua des bibliothèques, des cours populaires et des réunions ouvrières. Lorsque la République fut définitivement hors de danger, Margarot put enfin compter sur l'appui résolu du gouvernement et de la préfecture du Gard. Le royaliste Blanchard fut ainsi contraint de démissionner en 1880 pour avoir refusé de fêter le 14 juillet devenu officiellement fête nationale cette année là. Ali Margarot fut nommé maire par décret le 5 novembre 1880 sous l'étiquette républicaine. Il fut aussi le premier maire élu par le conseil municipal de Nîmes en 1882. 

    laïcité,france,nîmes,gard,ali margarot,godf,république,église catholique,église réformée,frédéric desmonsA la tête de la municipalité, Ali Margarot soutint des projets urbanistiques d'aménagement du centre ville. Laïque convaincu, il fit appliquer sans faiblir la loi Ferry sur l'enseignement laïque, gratuit et obligatoire. Il soutint le projet de création du muséum d'histoire naturelle de la ville sur le boulevard des Calquières devenu boulevard Amiral Courbet (ce muséum a été inauguré en 1895). Républicain intransigeant, il combattit le régionalisme des félibres, souvent catholiques et royalistes. Inutile de préciser que la politique nîmoise était extrêmement clivée à l'époque. Les haines étaient tenaces et s'exprimaient parfois sous des formes inattendues et comiques. Un contributeur de la revue de poésie, La Muse française, raconte ainsi cette anecdote (cf. « Lettres d'un provincial. Pompes funèbres », La Muse française, juillet 1929, p. 494 et suivantes) :

    « Un de mes amis, qui habitait Nîmes et qui n'approuvait point la manière d'administrer du maire que cette ville avait alors et qui s'appelait Ali Margarot, avait un chien et une chienne qu'il nomma, le chien Margarot et la chienne Ali. Dans une ville comme Nîmes tout se sait, surtout les choses que l'on crie dans la rue. On finit donc par savoir à la mairie de quels noms mon ami avait appelé ses chiens. On s'en divertit peut-être, mais, officiellement, il fallut s'en indigner et faire cesser un tel scandale. Mon ami fut mandé au cabinet de Monsieur le Commissaire central qui lui exprima son étonnement, son mécontentement et lui fit commandement de changer, sans délai, les noms sacrilèges. Sans se demander si Monsieur le Commissaire avait le droit d'exiger un tel changement, mon ami promit de le faire. Il tint sa promesse en appelant désormais son chien Ali et sa chienne Margarot. »

    En 1885, Ali Margarot était alors au sommet de sa carrière. Il siégeait au conseil de l'Ordre du Grand Orient de France en compagnie de Frédéric Desmons et Charles Cousin. Sans doute aurait-il joué un rôle plus important au niveau national s'il n'était pas mort prématurément. Les circonstances en ont décidé autrement. En effet, Ali Margarot avait un secret de plus en plus lourd à porter : la banque, dont il avait hérité de son père, avait fait de mauvais investissements. Margarot s'était rendu compte, mais tardivement, qu'il était difficile de mener de front une carrière professionnelle et une carrière politique. Margarot n'a pas su ou voulu choisir. Quand le maire de Nîmes comprit que la liquidation judiciaire de son établissement bancaire devenait inéluctable, il préféra alors se donner la mort plutôt que d'affronter le déshonneur de cette situation. Le 23 avril 1885, le docteur H.-M. Vincent, l'un de ses intimes, écrivit dans Le XIXème siècle, le quotidien anciennement dirigé par Edmond About :

    « [Nîmes] est, cette bonne ville, une ville unique, férocement divisée, avec, dans toutes les mémoires, le souvenir sanglant des vieilles guerres de religion. A Nîmes, il n'y a ni républicains, ni réactionnaires, mais des « protestants » et des « catholiques », et cet abîme creusé entre les habitants n'est pas seulement moral; des quartiers sont carlistes et des quartiers radicaux ; on dit d'un citoyen qu'il est « de l'enclos Rey » ou « de la Placette », suivant qu'il attend avec impatience la restauration des Bourbons ou qu'il marque un profond mépris pour la « légitimité » (...)

    Jeune, riche, aimable autant qu'on peut l'être, il sut, lui l'élégant, le lettré, vivre auprès du peuple, partager ses joies et ses tristesses, encourager les malheureux, soutenir les pauvres; avocat, il ne plaidait point, mais il travaillait à compléter son instruction, très vaste, et suivait assidûment les séances des loges maçonniques dont il faisait partie. Ainsi il contribuait à organiser la difficile victoire du parti républicain dans le Gard (...) 

    La mort de cet homme de bien a plongé dans le deuil la ville tout entière ; on n'aime pas à moitié, au pays d'Elysée Méraut, et je pourrais citer mille détails touchants de l'affection profonde dont les Nîmois l'entouraient. Des causes de cette mort, qui fut, hélas ! volontaire, je ne veux dire ici qu'un mot. M. Ali Margarot, banquier, avait mis sa bourse au service de la cause qu'il servait ; il était de ceux qui comprennent le dévouement à la manière antique, sans exceptions ni réserves, et il meurt pour n'avoir jamais su refuser un service. Quels que soient, devant cette tombe entr'ouverte, nos regrets et notre tristesse, nous ne saurions trouver, contre le vaillant qui nous a si brutalement quittés, une parole de blâme. »

    Le souvenir d'Ali Margarot s'est effacé avec le temps. La ville de Nîmes ne lui a même pas dédié la plus petite impasse.

  • L'observatoire de la laïcité

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    2716407929.jpgIl a été institué auprès du Premier ministre un observatoire de la laïcité en vertu d'un décret en date du 25 mars 2007. La mission de l'observatoire de la laïcité est d'assister le gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité dans les services publics.

    La mission de l'observatoire de la laïcité prend quatre formes principales :

    1. Il réunit les données, produit et fait produire les analyses, études et recherches permettant d'éclairer les pouvoirs publics sur la laïcité.
    2. Il peut saisir le Premier ministre de toute demande tendant à la réalisation d'études ou de recherches dans le domaine de la laïcité.
    3. Il peut proposer au Premier ministre toute mesure qui lui paraît permettre une meilleure mise en oeuvre de ce principe, notamment pour assurer l'information des agents publics et des usagers des services publics.
    4. Il peut être consulté par le Premier ministre ou les ministres sur des projets de textes législatifs ou réglementaires.

    Outre son président, nommé par décret pour une durée de quatre ans, l'observatoire est composé:

    a) Du secrétaire général du ministère de l'intérieur :
    - du secrétaire général du ministère de la justice ;
    - du directeur général de l'administration et de la fonction publique ;
    - du directeur de l'hospitalisation et de l'organisation des soins ;
    - du directeur des affaires juridiques au ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche ;
    - du directeur des affaires politiques, administratives et financières du ministère de l'outre-mer ;
    - du conseiller pour les affaires religieuses au ministère des affaires étrangères ;

    b) De deux députés et de deux sénateurs désignés respectivement par le président de l'Assemblée nationale et le président du Sénat ;

    c) Et de dix personnalités désignées en raison de leur compétence et de leur expérience.

    En outre, il est important de souligner que l'observatoire de la laïcité n'est pas une autorité administrative indépendante. Il ne dispose donc pas de pouvoirs réglementaires et coercitifs propres lui permettant d'agir en toute indépendance au nom de l'Etat dans le domaine de la laïcité. Sa mission, qui s'exerce collégialement, est essentiellement de documenter, de conseiller et d'assister le gouvernement sur toutes les questions relatives à la laïcité.

    Ce rappel de la nature juridique de l'observatoire de la laïcité est important car il permet de relativiser grandement les reproches qui lui sont régulièrement adressés par une minorité d'ultras laïques toujours prompts à caricaturer son action. En effet, si l'observatoire de la laïcité est régulièrement consulté par le gouvernement, il faut insister sur le fait que ce dernier demeure parfaitement libre de ne pas se ranger à ses avis. L'observatoire réfléchit et conseille. Il n'impose jamais.

    C'est la raison pour laquelle il convient aussi de relativiser les divergences qui se sont exprimées en son sein. Sur l'ensemble de ces membres, seuls trois ont exprimé leur défiance à l'égard du travail de l'observatoire. Il s'agit des députés Françoise Laborde (PRG) et Jean Glavany (PS) et de Patrick Kessel issu de la société civile (et accessoirement ancien Grand Maître du Grand Orient). Je ne conteste pas à ce triumvirat le droit de défendre une position très minoritaire. En revanche, je m'interroge sur ce comportement qui consiste à vouloir arracher par la polémique publique et les prises de position catastrophistes, ce qui n'a pas été obtenu aux termes d'une discussion collégiale au sein de l'observatoire. 

    Cette attitude très franco-française est inquiétante. On la retrouve d'ailleurs dans le domaine politique, syndical et associatif. Les lieux de discussion, d'échange et de délibération sont de moins en moins respectés par celles et ceux qui n'y obtiennent pas satisfaction. Les désaccords sont alors étalés en place publique et livrés au jugement du tribunal de l'opinion publique. Cette façon expéditive de procéder affaiblit automatiquement les lieux de discussion, d'échange et de délibération et donc, plus généralement, le fonctionnement démocratique dans notre pays.

    La force de la caricature est telle aujourd'hui, qu'elle finit toujours par modeler la perception que l'on a des choses. L'observatoire de la laïcité est hélas victime aujourd'hui de la caricature. Il fait l'objet de critiques injustes alors que son travail, pourtant accessible en ligne, est d'une très grande qualité. De très nombreuses associations l'ont d'ailleurs salué parmi lesquelles la ligue de l'enseignement, la libre pensée et la ligue des droits de l'homme

  • Civitas devient un parti politique. Et alors ?

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    2696720412.jpgSur son blog, Gérard Contremoulin s'insurge contre le nouveau statut de l'organisation intégriste catholique Civitas qui est désormais devenue un parti politique. Il juge que ce changement de statut est inacceptable et relaye une pétition à destination des pouvoirs publics. Le blog Hiram semble sur la même longueur d'ondes. En ce qui me concerne, je ne vois pas où est le scandale. Ça fait longtemps que cette organisation d'extrême droite occupe le terrain politique. On a pu le constater pendant les manifestations contre le mariage pour tous en 2013. Sa transformation en parti politique clarifie donc sa situation. Nous savons désormais qu'il s'agit d'un parti politique d'extrême droite, composé de fondamentalistes catholiques, racistes, homophobes, antisémites et antimaçons comme à la Belle Epoque. Un de plus qui s'ajoute aux quelque 400 partis politiques immatriculés en France parmi lesquels on compte de nombreux groupuscules d'extrême droite.

    Et après ? Où est le problème ? Pense-t-on sérieusement mieux défendre la République en refusant à Civitas le statut de parti politique ? Je crois, une fois de plus, qu'il faut se garder de toute réaction épidermique même si je reconnais qu'il est difficile de garder son calme et de ne pas rire devant les élucubrations de l'agitateur belge Alain Escada. Il convient, je pense, de remettre les choses à de plus justes proportions en rappelant notamment qu'un parti politique n'est rien d'autre qu'une association loi 1901 à caractère politique. Pour disposer de la personnalité morale et de la capacité juridique, l'association doit être déclarée en préfecture ou en sous-préfecture et cette déclaration doit être publiée au Journal officiel des associations et des fondations d’entreprises (JOAFE). Les pouvoirs publics contrôlent ensuite si l'association a satisfait aux obligations déclaratives et elles délivrent un récépissé.

    Concernant maintenant la législation sur le financement des partis politiques, il faut souligner que celle-ci ne s'applique pas n'importe comment. Pour en bénéficier, il faut soit créer une association de financement (association loi 1901) ayant pour objet exclusif de recueillir les fonds destinés au financement des activités politiques du parti, soit désigner un mandataire financier, personne physique déclarée en préfecture.

    Les partis politiques reçoivent deux types de financement. Un privé et un public.

    Le financement privé regroupe les cotisations des adhérents et des élus, les dons des personnes physiques (les dons de personnes morales, comme les entreprises par exemple, sont interdits). S'il existe des illuminés prêts à donner du pognon pour adhérer et soutenir financièrement Civitas, c'est leur droit le plus strict. En démocratie, chacun a le droit d'avoir ses opinions et de s'organiser pour les promouvoir. Il est donc normal que les dons engendrent un avantage fiscal dès l'instant où cette association est devenue légalement un parti politique.

    Le financement public, lui, prend la forme d'aides. Mais là attention ! Les aides ne sont pas octroyées automatiquement. La législation s'est considérablement durcie. Le financement public est conditionné par le respect des obligations comptables et financières définies par la législation en matière de financement des partis politiques. Le respect de ces obligations est vérifié par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. L’aide est attribuée aux partis politiques en fonction de leurs résultats aux élections législatives. Les candidats doivent avoir obtenu au moins 1% des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions de métropole ou au moins 1% des suffrages exprimés dans l’ensemble des circonscriptions d’outre-mer. En clair, il faut que Civitas présentent des candidats au niveau national et obtiennent 1% dans au moins 50 circonscriptions ou dans l'ensemble des circonscriptions d'outre-mer. Et à mon avis, ce n'est pas pour demain car en pratique cette double condition est très difficile à remplir... Alors si on ajoute à cela le discours fondamentaliste et ultra-violent de cette organisation, c'est carrément mission impossible (sauf miracle... donc Alain Escada devra beaucoup prier et allumer des tonnes de cierges pour qu'il se produise).

    Reste l'argument relatif à la dangerosité de Civitas. Je suis d'accord : Civitas et composée d'intégristes de la pire espèce. Ils sont au christianisme ce que les salafistes sont à l'islam. Cependant, ce n'est pas parce que ce sont des allumés qu'ils n'ont pas le droit d'avoir des activités politiques. Pour autant, ils n'ont pas le droit d'agir n'importe comment. Comme toute association loi 1901, un parti politique peut en effet s'exposer à une dissolution s’il a été formé en vue d’une cause ou d’un objet illicite, contraire aux lois, aux bonnes moeurs, ou qui aurait pour but de porter atteinte à l’intégrité du territoire national et à la forme républicaine du gouvernement. La dissolution peut être prononcée par décret en Conseil des ministres ou par le tribunal de grande instance. Ce faisant, l'expérience montre que les dissolutions sont inefficaces et c'est la raison pour laquelle elles demeurent relativement rares. Il faut généralement que le parti politique ait été à l'origine de voies de fait, de troubles graves à l'ordre public, etc. Et puis, les dissolutions n'empêchent absolument pas un parti politique interdit de se reconstituer sous un autre nom. Enfin, les services de renseignement n'aiment guère ces dissolutions qui compliquent généralement la surveillance.

  • Du dialogue entre les institutions républicaines et les religions

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    Le collectif laïque a encore frappé. Voici son communiqué en date du 16 juin dernier :

    Le Collectif laïque condamne fermement le contournement de la laïcité que constitue la mise en place d’un dialogue institutionnel du Président et des groupes politiques du Sénat avec des responsables des cultes.

    La loi de séparation des Églises et de l’État (art.2), confortée par la Constitution, exclut expressément toute reconnaissance des cultes par la République. En revanche, des auditions de représentants associatifs ou de courants philosophiques et religieux par les commissions ressortissent (sic) des travaux parlementaires normaux.

    Cette décision vient s’ajouter à de nombreuses dérives du même type constatées dans les collectivités territoriales.

    Nos concitoyens, croyants ou non, attachés à la laïcité et à la démocratie ne peuvent accepter que des dignitaires religieux soient considérés par des élus du peuple comme qualifiés pour s’exprimer en leur nom.

    Enfin, nous refusons que les conceptions régressives de la vie en société (opposition à l’IVG ; à l’égalité devant le mariage, au droit de mourir dans la dignité, à l’égalité entre les hommes et les femmes…), portées par des responsables religieux puissent s’imposer par le biais de ces réunions institutionnalisées, comme elles le font dans plusieurs pays européens.

    Que s'est-il passé ? Vous allez le voir. Une terrible révolution. Jugez plutôt. Voici le communiqué de presse du 11 mai 2016 qui a enflammé ces gardiens autoproclamés et chatouilleux de la laïcité.

    Le Président du Sénat, Gérard Larcher, a réuni aujourd’hui, pour la première fois, les Présidents des groupes du Sénat et les représentants des cultes.

    Selon lui, le dialogue entre les autorités politiques et les autorités religieuses de France doit être à la hauteur des défis que la République et notre communauté nationale doivent relever.

    Après un long échange, les participants se sont engagés à instituer un dialogue périodique, respectueux de la Laïcité, entre le Parlement et les cultes.

    Ce dialogue permettra des échanges sur des sujets de société sur lesquels le Parlement sera amené à se prononcer.

    Tous les groupes politiques du Sénat ont été associés à cette rencontre ! Y compris les communistes (plus que détachés de toute inféodation religieuse).

    359375460.jpgLe Sénat a simplement posé le cadre général d'un dialogue périodique entre les représentants des cultes et la Haute Assemblée. Il a été affirmé que ce dialogue devra être respectueux de la laïcité. Difficile d'être plus explicite! Pour le reste, je renvoie le lecteur au rapport que M. Gérard Larcher, président du Sénat, a remis à M. François Hollande, président de la République, le 15 avril 2015. Il s'intitule La Nation française, un héritage en partage. Je rappelle que des obédiences maçonniques françaises ont été auditionnées pour les besoins de ce rapport (GODF, DH, GLFF, GLDF, GLNF) au même titre que des représentants de cultes, des universitaires, etc.

    En fait, j'ai l'impression que le Collectif laïque s'est laissé piéger par l'effet d'annonce de la présidence du Sénat. Il ne s'agit évidemment pas de contourner la laïcité en permettant aux religions d'imposer leurs vues aux parlementaires. Il s'agit simplement de créer un espace de rencontre au sein duquel parlementaires et représentants des cultes auront la possibilité de dialoguer sur des sujets de société sur lesquels le Sénat et l'Assemblée Nationale seront appelés à légiférer. En effet, aucune disposition légale ne l'interdit. Il n'est pas non plus anormal et scandaleux que la Haute Assemblée veuille nouer un dialogue régulier avec les représentants des cultes reconnus par la République dans une période où, comme on le sait, la France est confrontée à l'inquiétante résurgence de l'obscurantisme et du fondamentalisme religieux.

    Pourquoi donc le pouvoir législatif s'écarterait-il d'un tel dialogue alors qu'il le pratique, comme le pouvoir exécutif, depuis 1905 ? Que craint le Collectif laïque au juste ? Que du fin fond d'obscures sacristies, que de l'arrière salle des synagogues ou que du haut des minarets, les religieux dictent leurs volontés aux parlementaires ? Pourquoi le Collectif laïque ne traite-t-il pas les parlementaires d'idiots tant qu'il y est ? Au lieu  donc d'être systématiquement dans une posture critique, le Collectif laïque ferait mieux de s'interroger sur des stratégies pour être associé concrètement à ce dialogue avec les institutions républicaines. En effet, je ne peux m'empêcher de relever que le Collectif laïque, en tant que tel, n'a pas été auditionné dans le cadre du rapport Larcher. Il n'a même pas envoyé de contribution. Tout est dit...

    Je pense en conclusion que la laïcité a besoin d'individus pragmatiques, de fins juristes au sens politique aigu et non de doctrinaires qui surréagissent n'importe comment sur des non événements dans des collectifs hétéroclites. La laïcité en France, c'est la laïcité éclairée telle qu'elle a été promue par Aristide Briand, par Henri Brisson et tous les autres. Cette laïcité là instaure le dialogue permanent avec les cultes et tous les mouvements philosophiques comme la franc-maçonnerie. Elle n'est pas un concept politique historiquement figée. Elle s'est toujours adaptée aux nécessités du temps et aux évolutions de la société française. Elle n'est pas cette laïcité pleurnicharde qui se pense en permanence comme une citadelle assiégée, vit dans l'obsession de sa propre disparition et postule l'uniformisation des consciences.

  • Tuons-les par le rire !

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    Gabriel Jogand-Pagès alias Léo Taxil (1854-1907) est un personnage bien connu de l'histoire de la franc-maçonnerie française. Pendant douze ans, de 1885 à 1897, cet homme originaire de Marseille a défrayé la chronique en exploitant avec talent l'inépuisable veine de l'antimaçonnisme. Connu au départ pour son anticléricalisme virulent, passé brièvement par la franc-maçonnerie au Grand Orient de France, Léo Taxil a surpris son monde en se convertissant soudainement au catholicisme romain.

    Cette entrée théâtrale dans le monde de la religion lui a ensuite permis de raconter sur la franc-maçonnerie de nombreuses sornettes et d'affirmer péremptoirement que le diable en personne assistait aux banquets des francs-maçons pour leur dicter ses ordres. Aidé du docteur Bataille, son complice, Léo Taxil a produit une histoire des plus extravagantes : celle d'une certaine Diana Vaughan, une jeune américaine, dans la vie représentante d'une fabrique de machines à écrire, palladiste et luciférienne repentie.

    Le personnage de Diana Vaughan a fait tourner la tête à tous les journaux religieux. Léo Taxil s'est fait le porte-parole de la belle inconnue, multipliant, au fil de ses publications, les révélations les plus graveleuses sur le rite palladique et ses prétendus liens avec la franc-maçonnerie (messes noires, orgies, sacrifices humains, etc.). Diana Vaughan a tellement occupé les esprits des opposants à la franc-maçonnerie que ces derniers ont réuni des congrès pour examiner son cas, un peu à l'image de ces conciles qui ont tranché la question de l'historicité du Christ ou certains points de doctrine.

    En 1896, l'Eglise catholique romaine a ainsi organisé le congrès antimaçonnique de Trente (Italie). Les spécialistes de l'antimaçonnisme et les représentants de la curie romaine ont débattu du cas Vaughan en présence de Léo Taxil. Ce dernier, pressé de questions, a promis d'apporter les preuves de l'existence de sa protégée. Puis, il a trouvé un prétexte pour quitter précipitamment Trente et remettre à plus tard l'exécution de sa promesse.

    Le congrès de Trente a conclu logiquement en l'inexistence de Diana Vaughan, fort du départ inattendu de son mentor, mais d'autres autorités, notamment les très conservateurs cardinaux Rampolla et Parocchi, ont immédiatement rappelé que le pape Léon XIII avait envoyé sa bénédiction à l'infortunée Diana. Il est fort probable que ni Rampolla ni Parocchi aient jamais cru à la réalité des aventures rocambolesques de la jeune américaine. Ces deux éminences n'étaient pas des imbéciles. Ils ont certainement agi en politiques avisés, conscients de l'effet dévastateur du ridicule qui s'abattrait sur l'Eglise et le pape si jamais la vérité éclatait au grand jour. Le rappel de la suprême consécration papale poursuivait sans doute un objectif précis : imposer le silence aux polémiques qui s'étaient élevées depuis quelques mois entre divers journaux religieux au sujet de la mystérieuse palladiste d'outre-Atlantique.

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    Cependant, la pression n'est pas retombée sur les épaules de Léo Taxil. Elle s'est même accentuée. Afin de mettre un terme définitif à son gigantesque bobard, Taxil s'est alors résolu à faire un ultime coup d'éclat en annonçant, à grands renforts de publicité, la présence de Diana Vaughan à une conférence publique organisée le 19 avril 1897 dans la salle de la Société de géographie de Paris. Une assistance nombreuse s'y est pressée avec naturellement beaucoup de prêtres, de religieux, de francs-maçons et de libres penseurs, de simples curieux aussi. Tous ont attendu, suivant la promesse qui en avait été faite, de rencontrer Diana Vaughan en personne. La séance s'est ouverte aux alentours de 21h00. Or, pas de femme à la tribune. Léo Taxil, en revanche, était là, toisant l'assistance d'un regard amusé. Dès les premières minutes, la réunion a présenté le plus vif intérêt. Taxil a commencé par saluer la perspicacité de ses confrères publicistes les moins crédules pour avouer ensuite que Diana Vaughan n'avait existé que dans son imagination fertile.

    Puis, le conférencier a exposé méticuleusement toute sa stratégie d'enfumage et évoqué sa fausse conversion. Sa confession, son attitude repentante, ses brochures violentes contre la libre-pensée n'ont été pour lui qu'un moyen de pénétrer dans la place, de s'attirer la confiance des religieux afin de mieux les duper ! Et cela a marché au-delà de ses espérances les plus folles. Le pape Léon XIII, lui-même, est tombé dans le panneau. Au cours de sa conférence, Léo Taxil a également tenu à adresser le message suivant aux francs-maçons :

    « Dans les premiers temps, les francs-maçons se sont indignés; ils ne prévoyaient pas que la conclusion, patiemment préparée, serait un universel éclat de rire. Ils me croyaient vraiment enrôlé pour tout de bon. On disait, on répétait que c'était une façon de me venger de la radiation de ma Loge, radiation qui datait de 1881 et dont toute l'histoire, nullement à mon déshonneur, est bien connue : petite querelle soulevée par deux hommes aujourd'hui disparus, et disparus dans des conditions lamentables.

    Non ! je ne me vengeais pas, je m'amusais ; et si l'on examine aujourd'hui les dessous de cette campagne, on reconnaîtra, même chez les francs-maçons qui m'ont été le plus hostiles, que je n'ai porté préjudice à personne.

    Je dirai même que j'ai rendu service à la Maçonnerie française. Je veux dire que ma publication des rituels n'a pas été étrangère, certainement, aux réformes qui ont supprimé des pratiques surannées, devenues ridicules aux yeux de tous maçons amis du progrès. »

    Et Taxil de rappeler que seul l'historien allemand Findel, parmi les francs-maçons de renom, a cru bon de s'alarmer de ses élucubrations, croyant y déceler l'action des jésuites pour discréditer la franc-maçonnerie.

    Fidèle à sa devise « Tuons-les par le rire », Taxil a espéré que cette expérience inédite d'anticléricalisme burlesque s'achève dans un grand éclat de rire universel.

    « Ne vous fâchez pas, mes Révérends Pères, mais riez de bon coeur, en apprenant aujourd'hui que ce qui s'est passé, c'est exactement le contraire de ce que vous avez cru. Il n'y a pas eu, le moins du monde, un catholique se dévouant et explorant sous un faux nez la Haute-Maçonnerie du Palladisme. Mais, par contre, il y a eu un libre-penseur qui, pour son édification personnelle, nullement par hostilité, est venu flâner dans votre camp, non pas durant onze années, mais douze et... c'est votre serviteur. 

    Par le moindre complot maçonnique dans cette histoire, et je vais vous le prouver tout à l'heure. Il faut laisser à Homère chantant les exploits d'Ulysse, l'aventure du légendaire cheval de bois; ce terrible cheval n'a rien à voir dans le cas présent. L'histoire d'aujourd'hui est beaucoup moins compliquée.

    Un beau jour, votre serviteur s'est dit que, étant parti trop jeune pour l'irréligion et peut-être avec beaucoup trop de fougue, il pouvait fort bien ne pas avoir le sentiment exact de la situation; et alors, n'agissant pour le compte de personne, voulant rectifier sa manière de voir, s'il y avait lieu, ne confiant d'abord sa résolution à qui que ce fût, il pensa avoir trouvé le moyen de mieux connaître, de mieux se rendre compte, pour sa propre satisfaction.

    Ajoutez à cela, si vous voulez, un fond de fumisterie dans le caractère ; - on n'est pas impunément fils de Marseille ! - Oui, ajoutez ce délicieux plaisir, que la plupart ignorent, mais qui est bien réel, allez ! cette joie intime que l'on éprouve à jouer un bon tour à un adversaire, sans méchanceté, pour s'amuser, pour rire un brin (...)

    Cependant, je me demande jusqu'à quel point les hauts approbateurs du Palladisme dévoilé auraient le droit de se fâcher aujourd'hui. Quand on s'aperçoit qu'on a été mystifié, le mieux est de rire avec la galerie. Oui, Monsieur l'abbé Garnier ! et, en vous fâchant, vous ferez rire davantage de vous. »

    Il est facile d'imaginer que les religieux présents, à commencer par l'abbé Garnier nommément apostrophé, n'ont pas vraiment eu l'envie de rejoindre le grand parti des rieurs, ni sur le moment ni après... La conférence publique s'est donc très vite achevée dans le plus grand tumulte. Pourtant, Léo Taxil a donné à l’Eglise ce qu’elle avait envie d’entendre. Il l'a d'ailleurs dit lui-même :

    « Plus qu'on ne le croit, il y a des braves gens qui s'imaginent que les lois de la nature sont parfois bouleversées par des esprits bons ou mauvais, et même par de simples mortels. Moi-même, j'ai eu la stupéfaction de m'entendre demander d'opérer un miracle. »

    léo taxil,anticléricalisme,franc-maçonnerie,antimaçonnisme,belle époque,catholicisme,égliseTaxil a donc été pendant des années l’idole des curés de campagne, des lecteurs de La Croix et du Pèlerin, lesquels se faisaient peur à la lecture de ses ouvrages. Il leur a raconté des histoires à dormir debout, de diables, de sociétés secrètes, de terribles conspirations, de femmes lubriques, de rendez-vous orgiaques. Il leur a servi ce que ces religieux voulaient entendre, ce qui était susceptible de correspondre à leurs fantasmes.

    Certes, il est tout à fait possible que Taxil ait voulu se donner le beau rôle sur la fin pour mieux se dédouaner. Il est incontestable qu'il a profité financièrement de ce gigantesque canular. Ses livres se sont bien vendus. Ses conférence ont attiré du monde. Mais comment lui reprocher d'avoir su habilement exploiter la bêtise de ses contemporains ? Reconnaissons quand même qu'il fallait un sacré aplomb, une opiniâtreté et une force de conviction peu communes pour être parvenu à duper ainsi autant de monde.

    Ce faisant, on ne saurait non plus réduire l'entreprise de Léo Taxil aux seules manigances d'un aigrefin de génie. Il y a en effet une dimension politique incontestable dans son action qui n'est peut-être pas suffisamment appréciée à sa juste valeur aujourd'hui. En effet, Léo Taxil a été, par le rire, par la caricature et par l'invraisemblance de ses propos, un terrible pourfendeur de l'obscurantisme et du fanatisme religieux. Et, d'une certaine manière, il a été un promoteur original de la laïcité, à une époque où, ne l'oublions pas, l'Eglise catholique romaine prétendait toujours jouer un rôle politique en France. Une chose est sûre en tout cas, c'est que l'Eglise, par la suite, a rapidement abandonné les outrances délirantes de l'antimaçonnisme vulgaire pour ne s'attacher qu'à affirmer, en droit canonique, l'incompatibilité de la foi catholique avec le relativisme franc-maçonnique.

    Quand on voit aujourd'hui la prégnance de l'antimaçonnisme, quand on constate l'insondable médiocrité de ceux qui, sans cesse, repoussent les limites de la bêtise chaque fois qu'ils accusent la franc-maçonnerie de tous les maux, alors qu'ils ne la connaissent absolument pas, si ce n'est à travers leurs œillères de paranoïaques, comment ne pas se dire que Léo Taxil a eu raison d'agir comme il l'a fait ?

     

    2832493535.pngVoici l'intégralité de l'allocution de Léo Taxil : Discours de Léo Taxil 19 avril 1897.pdf. Le document fait 26 pages.

    Léo Taxil y expose les rouages de sa machination. Le plus terrible, c'est de constater qu'il existe encore en 2016 des imbéciles ou plutôt des malades qui croient encore en la véracité des révélations extraordinaires du facétieux marseillais.

    Certains pensent que Diana Vaughan a bel et bien existé, que tout ce que Taxil a raconté est vrai, que le Vatican n'a pas pu être pris en défaut et que la rétractation publique de l'auteur résulte d'une machination des loges. 

    D'autres, en revanche, ne croient pas aux affabulations de Taxil mais voient dans son discours du 19 avril 1897 la preuve d'un grand complot franc-maçonnique pour détourner l'attention des gens sur les véritables agissements des loges. 

  • Le regard perdu de Marius Lepage

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    lepage.jpgLa photographie ci-contre est celle de Marius Lepage (1902-1972). On la trouve, parait-il, dans l'édition de 1978 de l'ouvrage de Jean Tourniac Vie et perspectives de la Franc-Maçonnerie traditionnelle, aux édition de Dervy. Je n'ai pu le vérifier, ne possédant pas l'ouvrage. Il semblerait que cette photographie ait été prise en 1954 lorsque Marius Lepage a accueilli en loge le père Eugraph Kowalevsky de l'Eglise orthodoxe russe, lequel a été ultérieurement sacré évêque de l’Eglise Catholique Orthodoxe de France sous le nom de Monseigneur Jean. Malgré quelques recherches, je n'ai pu obtenir d'informations sur cet événement qui puisse corroborer l'année. J'ai donc des doutes parce que Marius Lepage, sauf erreur de ma part, semble porter ici des décors d'officier provincial de la Grande Loge Nationale Française. Si tel est le cas, la photographie ne peut être que postérieure à 1963.

    Mais passons. Cette photographie me frappe pour une tout autre raison. Le regard de Lepage y est étrange. Il paraît absent, digne certes puisqu'il est à l'ordre, mais fatigué, comme si ses pensées les plus intimes l'avaient absorbé tout entier et entraîné loin du moment présent. Je crois déceler même de la mélancolie dans ses yeux fixes. Comment ne pas songer aux propos de Claude Lepage, son neveu, qui est revenu en 2013 sur les démêlés de son oncle avec le Grand Orient de France après la tenue blanche à laquelle avait participé, en 1961, le R.P. Michel Riquet sj. (1898-1993) ?

    « A partir de ce jour, sa vie est devenue décroissante. Sa condamnation par le Grand Orient, ce fut un coup d'épée terrible. Progressivement, il perdait la foi, il perdait la vie. Il s'est laissé mourir on peut dire. D'ailleurs c'est pas pour rien qu'il a créé, pour se sauver lui-même, la loge Ambroise Paré à l'orient de Laval. Pourquoi Ambroise Paré ? Parce qu'Ambroise Paré était un chirurgien de Laval qui a soigné quatre rois, mais dont la devise était « Je le soignais, Dieu l'a guéri. ». Parce que lui se sentait en déperdition. Il se sentait intellectuellement progressivement mourir. Il a choisi Ambroise Paré parce que sa devise lui convenait parfaitement, à savoir qu'il espérait qu'en recréant une autre loge, ça lui redonnerait la flamme qu'il avait perdue à la suite de sa condamnation. »

    3101309652.jpgJe rappelle que cette tenue blanche, autorisée pourtant par le Grand Orient de France, avait suscité de virulentes critiques au sein de l'Obédience parce qu'elle avait eu un énorme retentissement. En effet, des maçons de la France entière se déplacèrent pour y assister comme par exemple Charles Hernu (cf. Jean Guisnel, Charles Hernu ou la République au coeur, Fayard, Paris, 1993). Et se déplacer à Laval dans les années 60, c'était une expédition...

    Des « Frères » aux opinions extrémistes virent alors dans cette initiative, manifestement couronnée de succès, une intolérable menée cléricale contre le Grand Orient et la laïcité. Ils portèrent plainte contre Marius Lepage qui, malgré ses trente-cinq années de maçonnerie mises au service du Grand Orient de France, fut sommé de répondre de ses actes devant une instance disciplinaire. Lepage fut blanchi, bien sûr, mais ses détracteurs persistèrent dans leur dénigrement. Lucide mais mortifié de l'injustice qui le frappait, Marius Lepage préféra quitter le Grand Orient pour fonder une autre loge, considérant probablement que le Conseil de l'Ordre du Grand Orient l'avait insuffisamment défendu face à ses détracteurs. Ce qui ne semble guère étonnant. On en a vu un autre exemple avec le doux et paisible docteur Alexandre Chevalier, Grand Maître désavoué comme un malpropre après de puériles manœuvres menées contre lui au sein du Conseil de l'Ordre en 1966.

    Je retrouve donc toute cette période sombre de malentendus dans le regard perdu de Marius Lepage. Sur la photographie, l'homme donne l'impression d'avoir perdu la foi maçonnique, celle qui l'a fait vibrer et grâce à laquelle il a donné le meilleur de lui-même pour développer l'art royal dans un département rural à la tradition cléricale fortement ancrée. Lui qui fut abandonné par ses parents et recueilli par son oncle, a dû une nouvelle fois éprouver cet insupportable sentiment de délaissement. Il a eu probablement l'impression - fondée ou pas c'est un autre problème - que la famille du Grand Orient de France lui avait tourné le dos. Il est pour moi l'exemple même de la tolérance telle que la définissait l'humoriste Pierre Doris (1919-2009) : 

    « Tolérance : c'est quand on connaît des cons et qu'on ne dit pas les noms. » 

    Marius Lepage est de ceux qui ont préféré s'éloigner discrètement pour taire les noms, estimant sans doute qu'il valait mieux être économe de son mépris en raison du grand nombre de nécessiteux. 

  • De la religion dans les relations de travail

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    Travail, Laïcité, Loi, Liberté, RépubliqueChacun est libre d'apprécier ou pas l'action des pouvoirs publics actuels. Mais il faut quand même prendre garde à la critique démagogique qui confine souvent à la désinformation pure et simple. C'est notamment ce qui est en train de se passer avec l'article 6 du projet de la « loi travail », plus connue encore sous le nom de la « loi El Khomri ». Cet article 6 dispose :

    « La liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. »

    Il n'en fallait pas davantage pour que certains y décèlent un inquiétant recul de la laïcité ou redoutent l'entrée en fanfare du communautarisme dans l'entreprise. Cet article, pourtant, ne fait que synthétiser les principes de la jurisprudence. Il s'inscrit dans le cadre des articles 9 de la convention européenne des droits de l'homme et L.1121-1 et L.1321-3 du code du travail. En soi, l'article 6 du projet de loi n'apporte donc rien de nouveau si ce n'est qu'il consacre ce qui existe déjà dans le droit positif.

    En l'état actuel du droit, un salarié de droit privé peut fort bien être contraint par son employeur de retirer un signe religieux, une tenue inappropriée, etc., pour autant que ce retrait soit justifié par les nécessités de la fonction, par la nature de la tâche à accomplir ou par des raisons de sécurité ou de représentation. De même, un employeur peut refuser au salarié des congés liés ou non à des raisons religieuses si ce refus est justifié par la continuité du service, par une forte activité ou par des circonstances exceptionnelles.

    Pour les fonctionnaires, les magistrats, pour les contractuels de droit public, pour les salariés de droit privé d'une entreprise délégataire de service public, le régime est différent. La neutralité est la règle parce que les missions sont d'intérêt général et effectuées soit sous l'autorité directe de l'autorité publique, soit sous son contrôle. L'article 6 du projet de loi n'est pas principiel, c'est-à-dire qu'il n'a pas pour objectif d'ériger un nouveau principe à partir duquel tout le droit du travail est appelé à évoluer. C'est précisément le contraire. L'article 6 résulte des principes dégagés par la pratique juridique. Ni plus ni moins. Il n'y a donc pas de recul de la laïcité. Au contraire, j'y vois son affirmation dans le souci de conjuguer la liberté des convictions religieuses et philosophiques avec le respect du lieu et des relations de travail.

    De toute façon, il faut être conscient que les relations de travail peuvent donner lieu à de multiples contentieux, y compris sur le terrain de la manifestation des convictions religieuses sur le lieu de travail. Un salarié peut être en conflit avec son patron sur le sujet. Un patron peut être en conflit avec un salarié à ce propos. La loi s'applique à la lumière de chaque affaire. La balance entre des intérêts opposés, le conflit entre deux libertés et le principe de proportionnalité par rapport à l'objectif poursuivi, ne sont pas des notions à manier avec maximalisme quand on est dans une société laïque et démocratique. Il n'y a que dans les dictatures que les lois sont à sens unique. Les jugements peuvent donc être différents, sans nécessairement être contradictoires en droit, car chaque cas d'espèce est unique. Ce n'est pas un phénomène nouveau quoi qu'on en dise. Cela se vérifie en droit du travail comme dans n'importe quelle autre branche du droit.