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initiation - Page 2

  • Les treize vertus de Benjamin Franklin

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    franklin.jpg« Ce fut vers ce temps que je formai le hardi et difficile projet de parvenir à la perfection morale. » Ainsi s'exprimait Benjamin Franklin (1706-1790) dans ses mémoires (cf. Vie de Benjamin Franklin, écrite par lui-même [Tome 2] suivie de ses œuvres morales, politiques et littéraires, traduction de Jean Henri Castéra, édition F. Buisson, imprimerie librairie, rue Hautefeuille n° 20, 1798, pp. 388 et suivantes).

    Selon le traducteur Castéra (1749-1838), Franklin conçut son ambitieux projet de perfection morale aux alentours de 1730-1731 (voir également Life of Benjamin Franklin; autobiography, continuation, appendix, by Jared Sparks. Carefully compared and assertained to be the first edition, 1843, p. 98). C'est précisément dans ces années là que ce père fondateur des Etats-Unis d'Amérique se fit recevoir franc-maçon au sein de la loge Saint Jean à l'orient Philadelphie. Il avait vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Pour la petite histoire, mais je pense que cette précision a tout de même son importance, Jean Henri Castera était également franc-maçon et avait servi comme officier de dragons aux Amériques et à Saint-Domingue (Haïti). En 1785 il apparaît sur les registres de la loge La Vérité à l'orient de Paris (cf. Alain Le Bihan, Francs-Maçons parisiens du Grand Orient de France, BNF, Mémoires et documents, Paris, 1966, p. 110).

    Le projet de Franklin fit pour la première fois l'objet d'une publication en français en 1798 dans la revue La Décade philosophique littéraire et politique, fondée le 10 floréal an II (29 avril 1794) par Jean Stanislas Andrieux, Charles Armand Aumont, Amaury Pineux Duval, Pierre-Louis Ginguené (un frère de la loge Les Neuf Soeurs à Paris), Joachim Lebreton (expert du Grand Chapitre du Grand Orient en 1805), l'économiste Jean-Baptiste Say et le biologiste Georges Toscan. Il semble donc que cette traduction ne soit pas l'oeuvre de Jean Henri Castéra mais bien celle de Jean-Baptiste Say dont, soit dit en passant, la qualité maçonnique n'est pas établie. En effet, Say avait déjà traduit des écrits de Franklin (cf. « Lettre de Franklin à l'auteur d'un journal : Sur l'art d'économiser le temps et l'argent en se levant et en se couchant avec le soleil », La Décade, 30 fructidor, an III, pp. 549 à 555 ; « Lettre sur le mariage entre jeunes gens », La Décade, 20 Prairial, an V, pp. 483-486 ; « Pétition de la main gauche à tous ceux qui ont des enfants à élever », La Décade, 10 pluviôse, an VI, p. 227- 228).

    Voilà donc pour les origines françaises du texte de Franklin. Pour être tout à fait complet, ce texte sur la perfection morale ne figure pas dans la première édition des mémoires du grand homme (cette première édition date de 1791). Il provient en réalité d'un fragment retrouvé peu de temps après sa mort survenue en 1790. Ce fragment, traduit en français, a été rattaché après coup aux mémoires proprement dites. Le texte sur la perfection morale, qui relate donc une émouvante résolution de jeunesse, a été rédigé en anglais dans les années 1780 lorsque Franklin était ambassadeur des Etats-Unis en France. Il a d'abord été publié en France avant d'être connu aux Etats-Unis.

    Il est temps d'en venir au texte lui-même. Comme je l'ai dit, Benjamin Franklin, fraîchement initié aux mystères maçonniques, avait conçu le projet ambitieux de mener une existence vertueuse.  Il s'était rendu compte que s'il mettait le plus grand soin à se préserver d'une faute, il tombait souvent, sans s'en apercevoir ou bien par simple inattention, dans un autre travers. Parfois, le penchant était trop fort pour être dominé par sa seule raison. Benjamin Franklin en avait donc acquis la conviction qu'il était dans son intérêt de devenir un homme vertueux. Mais il comprit très vite que la conviction était insuffisante pour le prémunir de tout faux pas. Il devait donc joindre la pensée à l'action. Lier le spéculatif à l'opératif. Pour ce faire, Benjamin Franklin décida de rompre avec les mauvaises habitudes, d'en acquérir de bonnes et de s'y affermir pour qu'elles devinssent sans effort la colonne vertébrale de sa conduite. Pour y parvenir, Benjamin Franklin isola treize vertus à pratiquer. Il accola un précepte à chacune (cf. La Décade philosophique, littéraire et politique, n°15, deuxième trimestre, 30 pluviôse An 6 de la République (18 février 1798), pp.345 et suivantes). 

    « 1. SOBRIÉTÉ. Ne mangez pas jusqu'à être appesanti ; ne buvez pas assez pour que votre tête en soit affectée.

    2. SILENCE. Ne dites que ce qui peut-être utile aux autres et à vous-même. Évitez les conversations frivoles.

    3. ORDRE. Que chaque chose ait sa place, et chaque partie de vos affaires son temps.

    4. RÉSOLUTION. Soyez résolu de faire ce que vous devez, et faites sans y manquer, ce que vous avez résolu.

    5. ÉCONOMIE. Ne faites aucune dépense que pour le bien des autres ou pour le vôtre, c'est-à-dire ne dépensez rien mal à propos.

    6. APPLICATION. Ne perdez point de temps; soyez toujours occupé à quelque chose d'utile abstenez-vous de toute action qui ne l'est pas.

    7. SINCÉRITÉ. N'usez d'aucun déguisement nuisible, que vos pensées soient innocentes et justes, et conformez-vous-y quand vous parlez.

    8. JUSTICE. Ne nuisez à personne, soit en lui faisant du tort, soit en négligeant de lui faire le bien auquel vous oblige votre devoir.

    9. MODÉRATION. Évitez les extrêmes ; gardez-vous de vous offenser des torts d'autrui, autant que vous croyez en avoir sujet.

    10. PROPRETÉ. Ne souffrez aucune malpropreté sur votre corps, sur vos habits et dans votre maison.

    11. TRANQUILLITÉ. Ne vous laissez troubler ni par des bagatelles, ni par des accidents ordinaires ou inévitables.

    12. CHASTETÉ. Livrez-vous rarement aux plaisirs de l'amour, n'en usez que pour votre santé ou pour avoir des descendants, jamais au point de vous abrutir ou de perdre vos forces, et jusqu'à nuire au repos et à la réputation de vous ou des autres.

    13. HUMILITÉ. Imitez Jésus et Socrate.

    benjamin franklin,jean henri castéra,charles armand aumont,amaury pineux duval,pierre-louis ginguené,joachim lebreton,jean-baptiste say,georges toscanL'intention de Benjamin Franklin était donc d'acquérir l'habitude de toutes ces vertus et de parvenir ainsi à la maîtrise de ses penchants. Il s'y est employé de manière rigoureuse et méthodique. Plutôt que de se disperser en entreprenant de les acquérir toutes à la fois, il résolut de se concentrer sur l'une d'elles pendant un certain laps de temps. Puis, de passer à la suivante pour lui consacrer son attention pendant le même laps de temps, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il les eût parcourues toutes les treize. Le classement de ces vertus n'était pas le fruit du hasard. Benjamin Franklin y avait longuement réfléchi. Chaque vertu devait en engendrer une autre selon un enchaînement logique (cf. La Décade, op.cit.,  p. 347).

    « Et comme l'acquisition préalable de quelques-unes, pouvait faciliter celle de quelques autres, je les rangeai-dans cette vue comme on vient de voir : la sobriété était la première, parce qu'elle tend à procurer le sang-froid et la netteté de tête Si nécessaires lorsqu'il faut observer une vigilance constante, et se tenir en garde contre l'attrait toujours subsistant des anciennes habitudes, et la force des tentations continuelles. Cette vertu une fois obtenue et affermie, le silence devenait beaucoup plus aisé. Mon désir. étant d'acquérir des connaissances en même-temps que je me perfectionnais dans la vertu, je considérai que, dans la conversation, on y parvenait plutôt par le secours de l'oreille que par celui de la langue ; et voulant, en conséquence, rompre l'habitude qui me gagnait de babiller de faire des pointes et des plaisanteries qui ne pouvaient me rendre admissible que dans des compagnies frivoles, je donnai la seconde place au silence (...) »

    On voit donc que Benjamin Franklin avait dressé un véritable plan de développement personnel qui ne devait rien au hasard. Il voulait devenir l'architecte de son âme (cf. La Décade, op.cit., p. 348).

    « Je conclus alors que, conformément aux avis de Pythagore, contenus dans ses vers d'or, un examen journalier était nécessaire, et pour le diriger j'imaginai la méthode suivante : je fis un petit livre dans lequel j'assignai pour chacune des vertus, une page que je réglai avec de l'encre rouge, de manière qu'elle eût 7 colonnes une pour chaque jour de la semaine, que je marquai dc la lettre initiale de ce jour; je fis sur ces colonnes treize lignes rouges transversales, plaçant au commencement de chacune, la première lettre, d'une des vertus. Dans cette ligne, et à la colonne convenable, je pouvais marquer avec une petit trait d'encre toutes les fautes que, d'après mon examen, je reconnaîtrais avoir commis ce jour-là contre cette vertu. Je pris la résolution de donner pendant une semaine une attention rigoureuse à chacune des vertus successivement ; ainsi de la première, je pris grand soin d'éviter de donner la plus légère atteinte à la Sobriété, abandonnant les autres vertus à leur chance ordinaire ; seulement je marquais chaque soir les fautes du jour : ainsi dans le cas où j'aurais pu pendant la première semaine, tenir nette ma première ligne marquée Sobriété, je regardais l'habitude de cette vertu comme assez fortifiée, et ses ennemis, les penchants contraires, assez affaiblis pour pouvoir hasarder d'étendre mon attention, d'y réunir la suivante, et d'obtenir la semaine d'après deux lignes exemptes de marques. » 

    benjamin franklin,jean henri castéra,charles armand aumont,amaury pineux duval,pierre-louis ginguené,joachim lebreton,jean-baptiste say,georges toscanCette discipline rigoureuse, voire austère, s'inscrit dans une démarche d'édification personnelle remarquable car son auteur ne s'est pas contenté de belles paroles et de belles résolutions. Il s'est organisé concrètement pour atteindre le but qu'il s'était assigné : la perfection morale, c'est-à-dire l'amélioration de soi-même qui est un des piliers fondamentaux de l'initiation maçonnique et un chemin vers le bonheur. Pour décrire cette plénitude intérieure, Franklin semble s'être inspiré de la métaphore du jardin, employée par Voltaire en conclusion de son conte philosophique Candide ou l'optimisme (1759).

    « En procédant ainsi jusqu'à la dernière, je pouvais faire un cours complet en treize semaines, et quatre cours en un an ; de même que celui qui a un jardin à mettre en ordre, n'entreprend pas d'arracher toutes les mauvaises herbes en une seule fois, ce qui excéderait le pouvoir de ses bras et de ses forces  (...) Je devais jouir (je m'en flattais du moins) du plaisir encourageant de voir sur mes pages mes progrès dans la vertu en effaçant successivement les marques de mes lignes, jusqu'à ce qu'à la fin, après plusieurs répétition, j'eusse le bonheur de voir mon livre, entièrement blanc, au bout d'un examen journalier de treize semaines. »

    Franklin considérait aussi que pratiquer la vertu de l'ordre impliquait une maîtrise du temps. Il s'efforçait donc de bien organiser ses journées. Au matin, lorsqu'il se réveillait à cinq heures du matin, il se posait la question : quel bien puis-je faire aujourd'hui ? Le soir, à vingt-deux heures, au moment du coucher, il s'était astreint à répondre à la question suivante : quel bien ai-je fait aujourd'hui ? Il ne faudrait toutefois pas en conclure que Benjamin Franklin était une sorte de surhomme, froid et tout entier absorbé par ce programme de vie exigeant. Lui-même reconnaissait humblement toute la difficulté de cette discipline personnelle (cf. La Décade, op.cit., p. 354).

    « Dans le vrai, je me trouvai incorrigible par rapport à l'Ordre et à présent que je suis devenu vieux, et que ma mémoire est mauvaise, j'en sens vivement le besoin mais, après tout quoique je ne sois jamais arrivé à la perfection à laquelle j'avais tant d'envie de parvenir, et que j'en sois même resté bien loin, cependant mes efforts m'ont rendu meilleur et plus heureux, que je n'aurais été si je n'avais pas formé cette entreprise, comme celui qui tâche de se faire une écriture parfaite, en imitant un exemple gravé, quoiqu'il ne puisse jamais atteindre la même perfection, néanmoins les efforts qu'il fait rendent sa main meilleure et son écriture passable. »

    On a cru parfois déceler dans la démarche de Franklin l'expression d'une éthique protestante. Le sociologue Max Weber a même souligné que le comportement vertueux de Franklin a contribué à forger un « esprit du capitalisme », à savoir une mentalité qui légitime la recherche du profit (cf. Max Weber, Ethique protestante et Esprit du Capitalisme, Paris, 1964). Pourquoi pas ? Mais il me semble cependant que la morale de Franklin est avant tout maçonnique et humaniste car intentionnellement dégagée des contingences religieuses et des dogmes. Cette morale s'adresse en effet à tous les hommes de bonne volonté et désireux de s'améliorer. Benjamin Franklin le dit d'ailleurs explicitement (cf. La Décade, op.cit., p.355) :

    « On remarquera que quoique mon plan ne fût pas entièrement sans rapport avec la religion, il ne s'y trouvait pas de traces d'aucun dogme : je l'avais évité à dessein car j'étais persuadé de l'utilité et de l'excellence de ma méthode ; je croyais qu'elle devait être utile aux hommes quelle que fût leur religion, et me proposais de la publier quelque jour. »

    La religion est ici envisagée sous son angle étymologique. Elle est prosaïquement ce qui relie les hommes les uns aux autres (religio ; religare). Franklin voyait dans sa méthode un moyen de parvenir à l'union fraternelle de tous les hommes.

    benjamin franklin,jean henri castéra,charles armand aumont,amaury pineux duval,pierre-louis ginguené,joachim lebreton,jean-baptiste say,georges toscan,perfection,initiation,amélioration,progrès,franc-maçonnerie,etats-unis d'amérique,voltaire,conscience,travailIl est temps de conclure car je me rends compte que j'ai été probablement un peu long. Mais la qualité du texte de Benjamin Franklin est telle, qu'il eût été dommage de le survoler bien que je sois loin, très loin même, d'avoir pu en montrer ici toutes les richesses. Ce qui est certain en tout cas, c'est que les francs-maçons devraient le lire, notamment ceux qui s'interrogent, qui doutent ou qui, parfois hélas, passent le plus clair de leur temps à se chamailler pour tout et n'importe quoi. Évidemment, je ne dis pas qu'il faut faire comme Franklin. Qui d'ailleurs aurait assez de force d'âme pour y parvenir ? Je dis qu'il faut au moins prendre la mesure du travail d'accomplissement personnel que ce grand homme s'était imposé à lui-même. Benjamin Franklin avait tout simplement pris son initiation maçonnique au sérieux et humblement (La Décade, op.cit., p. 358).

    « Aucune de nos dispositions naturelles n'est peut-être plus difficile à dompter que l'orgueil : qu'on le mortifie, qu'on lui fasse la guerre, qu'on le terrasse, qu'on l'étouffe vivant ; il perce de nouveau ; il se montre de temps en temps : vous l'apercevrez sans doute souvent dans cette histoire, peut-être au moment même où je parle de le subjuguer ; et vous pourrez me retrouver orgueilleux jusque dans mon humilité. »

  • Fred Zeller, l'engagé

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    CPB76054591.jpegEn parcourant un vieux numéro de Logos, périodique du Grand Orient de Belgique, je suis tombé sur cette citation de Fred Zeller (1912-2003) :

    « La qualité de maçons au GODF implique un certain comportement dans la vie et aussi certains choix. Si cela choque des frères, inutile de récriminer et pousser des hauts cris : il existe d'autres obédiences où l'on ne cherche à résoudre aucun problème, où l'on ne se pose aucune question, où l'on ne veut pas entendre parler politique en loge, mais où l'on se contente de se retrouver régulièrement à des agapes fraternelles, où l'on se raconte des gaudrioles en rêvant des étoiles. »

    Si j'en crois l'article de Logos, cette citation serait extraite du dernier ouvrage de Fred Zeller écrit au soir de sa vie (Fred Zeller, Témoin du siècle, de Blum à Trotsky au Grand Orient de France, Grasset, Paris, 2000). Je n'ai pas lu l'ouvrage. Je ne saurais donc l'attester. J'observe simplement que cet illustre frère a éprouvé le besoin de se pencher à deux reprises sur son parcours politique, philosophique et intellectuel puisqu'il avait déjà publié, en 1976, chez Robert Laffont une autobiographie intitulée Trois Points, c'est tout (que j'ai eue l'opportunité de lire, elle). Ce qui, à mon humble avis, en dit long sur la fascination que Zeller devait éprouver pour lui-même.

    Je voudrais revenir sur cette citation qui exprime non seulement la doxa officielle du GODF mais aussi la qualité normative de maçon de l'obédience. Toutes deux se retrouvent ainsi réduites à un certain comportement et à certains choix que Zeller ne parvient cependant à déterminer – et encore en des termes très généraux – que par rapport à d'autres obédiences qu'il évite hypocritement de nommer. Tout cela serait bien inoffensif s'il ne s'agissait que d'une opinion exprimée à titre individuel par un ancien Grand Maître du GODF. Seulement voilà, il n'en est rien. Zeller n'était pas qu'un ancien dignitaire de la rue Cadet. Il fut aussi un homme politique, nourri un temps aux mamelles du trotskisme, idéologie qui favorise « l'esprit binaire » chez ceux qui en sont frappés. L'esprit binaire consiste à diviser le monde en deux camps irréductiblement opposés et que l'on peut décliner à l'infini : les bons d'un côté, les méchants de l'autre ; les exploités et les exploiteurs ; les progressistes et les conservateurs ; les libéraux et les réguliers, etc. Celui qui perçoit le monde de façon binaire a toujours le sentiment d'appartenir au camp du bien. Il est généralement inapte à la nuance et au compromis, car, au fond, la vie se résume pour lui à une lutte incessante qu'il faut absolument gagner. On est avec lui ou contre lui. Il n'y a pas de position médiane possible.

    Je ne dis pas cela par méchanceté ou volonté polémique – on l'aura compris – mais parce que cet esprit binaire transparaît de la citation de Zeller : « si cela choque des frères, inutile de récriminer et pousser des hauts cris : il existe d'autres obédiences (...) ». Ce qui, en d'autres termes, équivaut à dire que s'il se trouve au sein du GODF des francs-maçons en désaccord avec cette ligne de conduite (et j'en suis !), ces derniers doivent se taire ou quitter l'obédience pour trouver asile ailleurs, dans d'autres structures maçonniques où l'on ne fait que raconter des plaisanteries légères et bouffer. Le raisonnement, exprimé de cette manière, apparaît dans toute sa dimension grotesque. Et pourtant, c'est bien celui qui est à l'oeuvre depuis bientôt cinquante ans au sein du GODF. Ce n'est pas un hasard si à partir de la grande maîtrise de Fred Zeller, en 1971, on assisté à une extériorisation croissante et souvent incontrôlée de l'obédience, à une personnalisation de plus en plus marquée du pouvoir exécutif au détriment de la collégialité statutaire, à une insupportable caporalisation des loges, et, parfois, à une politisation intempestive. C'est ce phénomène dangereux que feu le professeur Bruno Etienne appelait « la profanisation du GODF ».

    Pourquoi dangereux ? Parce que ce qui est en cause, c'est la spécificité maçonnique. L'ordre maçonnique est avant toute chose symbolique et initiatique. Son activité centrale, sa raison d'être, consiste à pratiquer des initiations et à transmettre le patrimoine intellectuel, symbolique et philosophique des rites maçonniques. La mission de la franc-maçonnerie est d'offrir un creuset pour que des hommes de cultures, de religions, d'opinions politiques différentes, puissent librement et discrètement travailler, fraterniser et progresser ensemble afin de construire une humanité meilleure et plus éclairée. Ça ne veut pas dire, bien entendu, que les activités maçonniques doivent se limiter à la réflexion sur le symbole et l'initiation. La réflexion sociale est légitime en loge ! Car la loge est dans la Cité. Mais, comme le rappelait un frère belge dans une planche :

    « (…) ce qui fait que la Maçonnerie n'est pas un Rotary, une association de dames patronnesses, un centre d'action laïque, l'Armée du Salut, un Panthéon imaginaire composé de toutes les gloires qui ne furent pas maçons, la caisse d'entraide sociale de la police, un club de joueurs de boules ou un comité organisateur de soupers boudin/compote – activité au demeurant fort honorable – c'est avant tout la réflexion sur le symbole et l'initiation. »

    Il y a mille façons d'être un bon franc-maçon comme il y a mille façons de raconter des gaudrioles et rêver aux étoiles. En étant un bon père, un bon copain, un bon voisin par exemple. En étant quelqu'un en qui on peut compter ; en étant quelqu'un qui n'hésite pas à recadrer celui qui, au cours d'une conversation, dit des méchancetés, des conneries, fait preuve d'intolérance, de racisme, de négation de l'autre. En étant quelqu'un qui combat la violence et accorde du poids à la discussion et au compromis ; quelqu'un qui peut s'engager aussi, s'il en éprouve toutefois le désir, sous diverses formes et en fonction de ses goûts et de sa philosophie ; quelqu'un qui sait que l'homme est divers et multicolore ; quelqu'un qui n'a pas besoin de se sentir chapeauté par les communiqués de presse du Conseil de l'Ordre de son obédience parce qu'il sait se servir de son entendement.

    obédience, GOB, France, Belgique, GODF, peintre, Fred Zeller, Engagement, réflexion,franc-maçonnerie, initiation, J'en reviens à Fred Zeller pour conclure. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, j'ai une immense tendresse pour cet homme que je n'ai pourtant jamais rencontré. Quelle vie ! J'avais d'ailleurs emprunté Trois points c'est tout dans la bibliothèque d'un ami de mon père. En 1989. Je n'avais pas dix-sept ans. Je lui dois donc d'une certaine manière mes premiers émois maçonniques. Son livre m'a mis sur la voie (et quelle voie !). Je me souviens par exemple de ma jubilation de voir la carte d'identité maçonnique de Marceau Pivert (un des mentors politiques de Fred Zeller) au musée du GODF en août 1990. Mais, fort heureusement, j'ai très vite su me défaire de ces reliques, comprenant à mon rythme que la maçonnerie était en réalité un vaste continent à découvrir, bien plus vaste en tout cas que le neuvième arrondissement de Paris. Zeller était en outre artiste peintre. J'ai appris depuis qu'en maçonnerie, il y avait pas mal de « pintaïres » (peintres, en occitan-provençal), c'est-à-dire, au sens figuré, de poseurs, de professionnels de l'affichage, de caméléons aux prétentions diverses (artistiques, politiques, sociales, philosophiques, etc.).

  • Le silence de l'apprenti

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    silence,apprenti,initiation,franc-maçon,progressivité,réflexion,riteLe symbole est un moment de liberté pure de la pensée, l’un des moments les plus personnels qui soit. Or, le symbole est souvent écrasé par la tyrannie des mots. C’est peut-être pour cela qu’on exige le silence de l’apprenti, d’une part, parce qu’il ne connaît rien des usages de la maçonnerie et de sa loge, et qu’il a tout à découvrir ; d’autre part, parce que le silence qu’il doit conserver quelques mois est le mode de formation de l’intime conviction à partir de laquelle il saura déjà, même inconsciemment, s’il se sent capable de poursuivre cette quête toute sa vie.

    Dans la plupart des cas, les apprentis s’efforcent sincèrement de témoigner leur attachement au modèle de l’homme parfait vers lequel ils veulent tendre. Balourds comme la lourde bonne volonté qu'ils affichent. Ils se plaisent à relever les incohérences et les défauts chez les Maîtres sans penser aux leurs. Et quand certains d'entre eux sont entrepris par des Maîtres en rupture qui tentent de les associer à leurs propres désespérances, ils sont entraînés dans ce défaut qui consistent à s’ériger en juges implacables des actions des autres.

    Souvent, les apprentis croient que la langue de bois maçonnique - celle qui permet à beaucoup d’étaler une sagesse qu’ils ne détiennent pas - est ce qu’on attend finalement d’eux. A peine sortis du silence pour présenter une planche, ils se précipitent dans les bouquins dans lesquels sont consignées des définitions arbitraires des symboles. On leur a pourtant dit : « Ici tout est symbole ». Ils répondent dans les faits « ici tout est norme ». Et, de temps en temps, certains errent comme des âmes en peine dans les limbes internautiques en appelant au secours : « Aidez-moi ! Je dois réaliser un travail personnel pour ma loge et, si possible, rédigez-le à ma place ! ».

    Je suis d’autant plus à l’aise pour parler de ces choses-là que j’ai été cet apprenti qui, comme la plupart de ses congénères, est passé à côté de son apprentissage. Je me souviens que toute question devait nécessairement recevoir une réponse. Oui, je me souviens que j’étais assez peu indulgent à l’égard de mes vieux maîtres et de leurs tours de passe-passe (« médite et tu comprendras »). Avec le recul, ils avaient raison de me répondre qu’ils n’avaient pas de réponses à mes questions et qu’à chaque jour suffit sa peine. C’était à moi d’aller au-delà de cette méfiance systématique à l’égard de ce tout ce qui ne m’apparaissait pas immédiatement évident. Mais il aurait fallu que j’en fusse conscient sur la colonne du nord. Avant de me laisser submerger par le « et pourquoi ceci ? Et pourquoi cela ? Et pourquoi le vénérable fait ceci et pas cela ? A quoi ça sert ? Hein, dis-moi toi qui sais etc. », j’aurais dû me donner le temps d’un silence, d’un grand round d’observation, pour être simplement un témoin attentif de ce qui était fait et dit en loge.

  • Le Grand Architecte de l'Univers

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    stainedglass_masonic_compasses.jpgIl y a quelques années, j'ai eu le grand plaisir de compulser des vieux tracés de travaux d'une loge nîmoise fondée en 1784. Je me souviens en particulier du compte-rendu d'un banquet rituel. Dans le procès-verbal, on rappelle à un moment donné que le Vénérable Maître a demandé au Grand Architecte de l'Univers (G∴A∴D∴L'U∴) de bénir le repas.

    Je suis désolé de jouer le couillon de service, mais "bénir" suppose l'action du divin, pas du hasard ou de je ne sais quel autre concept. Il n'y a rien de surprenant. Au XVIIIème siècle, il y avait autour du G∴A∴D∴L'U∴ un consensus. Dans l'esprit des maçons, il s'agissait de Dieu.

    Attention ! n'allons pas en déduire qu'il s'agissait d'un choix idéologique mûrement réfléchi et assumé. La société française de cette époque n'était pas aussi sécularisée qu'aujourd'hui. Dieu ou l'image de Dieu accompagnait les hommes tout au long de leur vie : du berceau (baptême) à la tombe (extrême onction). Pour le dire autrement, le G∴A∴D∴L'U∴ ou Dieu, ça allait de soi.

    Revenons aux Constitutions d'Anderson, ce texte fondateur de la maçonnerie spéculative. Dans la partie réglementaire, l'article premier fait expressément référence à Dieu et à la Religion. Si vous lisez bien le contenu de cette disposition, jamais vous n'y verrez une remise en cause de Dieu, principe transcendant. Par contre, là où vous distinguerez un net infléchissement, c'est sur la notion de religion.

    « […] Mais quoique dans les temps anciens, les maçons fussent obligés, dans chaque pays d’être de la religion de ce pays ou nation, quelle qu’elle fût, aujourd’hui, il a été considéré plus commode de les astreindre seulement à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions, c’est-à-dire d’être des hommes de bien et loyaux ou des hommes d’honneur et de probité quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui aident à les distinguer, par suite de quoi, la maçonnerie devient le Centre de l’Union et le moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à une perpétuelle distance. »

    gadlu,dieu,rite,initiation,franc-maçonnerie,métaphysique,liberté,réflexion,conscienceLa modernité andersonienne ne réside donc pas dans une interprétation floue du concept du G∴A∴D∴L'U∴ qui le réduirait à des approches qu'il n'a jamais eues (ex : le hasard ou je ne sais quel idéal) mais dans une « approche pluraliste et universaliste » du divin (théisme, déisme, panthéisme). Cette modernité réside simplement dans le refus que le G∴A∴D∴L'U∴ soit organiquement apparentée à une religion donnée. Ce qui n'est pas la même chose. La modernité andersonienne est d'ailleurs magnifiquement résumée dans l'épitaphe gravée en français, en grec, en hiéroglyphes égyptiens et en sanscrit sur l'imposant mausolée du F∴ Eugène Goblet d'Alviella (ancien T∴P∴S∴G∴C∴ du Suprême Conseil de Belgique) : « L'être unique a plus d'un nom ». Il est possible d'admirer ce mausolée au cimetière de Court-Saint-Etienne (Belgique)

    Autrement dit, les Constitutions d'Anderson ne remettent pas en cause la notion de Dieu ou d'un ordre monadologique quelconque ou encore d'un principe premier créateur de toute chose. C'est la raison pour laquelle la réaction des Anciens ne s'est pas faite attendre, en Grande Bretagne, avec Laurence Dermott, en France, avec Andrew Ramsay et un peu plus tard Joseph de Maistre. Que proposaient-ils si ce n'est l'inféodation de la maçonnerie à la religion (catholique) ?

    Les Constitutions de 1723 n'ont été qu'une étape. Il me paraît évident qu'elles étaient annonciatrices de changements profonds résultant non seulement de l'évolution des moeurs et des mentalités mais aussi des effets d'un cléricalisme intransigeant (cf. les nombreuses bulles pontificales d'excommunication de l'Ordre maçonnique). A partir du moment où on légitime qu'il y a plusieurs chemins possibles pour approcher l'idée du divin, on légitime aussi la liberté de conscience, et donc la contestation de l'existence du divin. Dès l'instant où le cléricalisme s'insinue dans toutes les sphères de la société, notamment au niveau politique, et se manifeste par son intolérance et son fanatisme, il génère inévitablement le rejet, l'anticléricalisme et le besoin de sécularisation de l'espace social. La franc-maçonnerie a donc exprimé ce besoin irrépressible de liberté de conscience et cette volonté d'émancipation des hommes à l'égard de la religion, notamment en Europe, et plus particulièrement dans les pays à forte tradition catholique romaine. Cette évolution doctrinale, bien sûr, s'est faite progressivement pour aboutir aux importantes réformes de 1872 (en Belgique sous la grande maîtrise du F∴ Auguste Couvreur) et 1877 (en France sous la présidence du F∴ Antoine de Saint-Jean) en faveur de la liberté absolue de conscience et à la suppression de l'invocation obligatoire « à la gloire du Grand Architecte de l'Univers » (A∴L∴G∴D∴G∴A∴D∴L'U∴). Il est apparu que le besoin de tolérance exigeait que cette invocation fût facultative et laissée à la discrétion de chaque loge. Les réformes de 1872 et 1877 n'ont donc pas soudainement surgi du néant et elles ont une signification précise.

    « A la gloire du Grand Architecte de l'Univers ». Il est intéressant de revenir sur cette invocation car les mots ont un sens. Que signifie la gloire ? Assurément pas la célébrité ou la renommée. Mais tout simplement 1) les splendeurs de la manifestation divine et l’irrépressible admiration qu’elle suscite ; 2) les hommages rendus par les créatures à leur Créateur. Le terme de « gloire » est d’ailleurs utilisée abondamment en théologie et en gnoséologie. Et les expressions sont nombreuses. Ne parle-t-on pas de « Trône de gloire » pour désigner la majesté divine ? Ne dit-on pas que le Christ sculpté les bras ouverts sur les frontons des églises est « en gloire » ? Le « séjour de gloire » n’est-il pas une autre manière de désigner le paradis perdu mais néanmoins promis aux croyants ? N’appelle-t-on pas « gloire » les rayons divergents d’un triangle représentant la sainte Trinité ?

    gadlu,dieu,rite,initiation,franc-maçonnerie,métaphysique,liberté,réflexion,conscienceIl est donc inutile de chercher midi à quatorze heures. Le G∴A∴D∴L'U∴ c'est Dieu selon la terminologie du métier. Si le G∴A∴D∴L'U∴ avait été un symbole que chacun pouvait interpréter à sa guise, alors il est bien évident qu'il aurait été complètement absurde, tant pour le G∴O∴ de Belgique que pour le G∴O∴ de France, de le rendre facultatif. Certains francs-maçons soutiennent cette position. Ils évacuent ainsi le contexte historique et la signification réelle de la formule pour mieux accréditer l'idée, au fond, que la suppression de la référence obligatoire au G∴A∴D∴L'U∴ est l'expression d'un matérialisme athée, d'une intolérance à l'égard du sentiment religieux et d'une volonté de détruire la tradition maçonnique. J'ai déjà montré que ce n'était évidemment pas le cas et que l'évolution doctrinale des GG∴OO∴ belge et français a été confortée par la bêtise crasse et les outrances d'une maçonnerie anglo-saxonne radicalement incapable de comprendre le fait maçonnique en dehors d'elle-même (les considérations politiques n'ayant pas été non plus absentes). Je n'y reviendrai donc pas ici.

    Aujourd'hui il est important de se rendre compte que nous vivons, en Belgique et en France du moins, sur une approche « fourre-tout » du G∴A∴D∴L'U∴. Cette approche est certes respectable, je ne dis pas le contraire, mais il faut juste se rappeler qu'elle n'est apparue qu'à la fin du XIXème et au XXème siècle, notamment avec les travaux des FF∴ Oswald Wirth et de Jean Corneloup (il y en a d'autres bien sûr). Les deux que j'ai cités ont contribué à populariser une vision relativiste du G∴A∴D∴L'U∴ pour transformer la formule en symbole et faire ainsi habilement coïncider la tradition maçonnique avec les scrupules de conscience des uns et des autres. Le but est noble et vise la recherche de la tolérance la plus large. 

    Pour ma part, je n'ai aucun problème avec le G∴A∴D∴L'U∴. Ma loge de rite français a choisi de ne pas s'y référer précisément parce qu'elle en connait l'histoire et la signification. Elle appartient de surcroît au G∴O∴D∴F∴ qui se refuse à toute affirmation dogmatique et laisse le soin à chaque franc-maçon de se déterminer librement par rapport à toutes les questions métaphysiques. La qualité de nos travaux ne s'en ressent pas. Nous n'en sommes pas moins réguliers puisque nous respectons nos règles de travail. C'est en tout cas notre spécificité de L∴ qui, je l'admets, peut très bien ne pas convenir à d'autres. Il m'est cependant arrivé maintes fois de visiter des LL∴ où le G∴A∴D∴L'U∴ faisait partie du paysage sans que cela m'ait posé le moindre problème de conscience alors que je suis pourtant, croyez-moi, un athée convaincu.

    3006625972.jpgEn effet, Dieu ou l'idée de Dieu ne me dérange pas. Je conçois tout à fait que la démarche maçonnique puisse envisager la transcendance en fonction d'un corpus symbolique largement emprunté à la Bible. En revanche la croyance obligatoire en Dieu et en sa volonté révélée érigée en pré-requis de l'initiation maçonnique me révulse comme me révulsent ces individus qui se convertissent à la maçonnerie comme d'autres se convertissent à une confession religieuse. Généralement, ces derniers prennent tout au pied de la lettre. Ils découvrent un rite et sont incapables d'en sortir. Ils n'envisagent pas d'autres conceptions que la leur. Tout se réduit à leur approche étriquée et exclusive du sacré. En maçonnerie, ils projettent leur rapport magique et primitif à la transcendance. Ils croient au troc qui consiste à amadouer le divin, souvent représenté de façon anthropomorphique, par de mesquines prières comme si leur petite vie d'initiés méritait je ne sais quelle considération particulière.

    Enfin, lire la Bible ou ouvrir les travaux de loge en présence de ce livre sacré, ne suppose pas que l'on croit littéralement en ce qu'il recèle. C'est un témoignage de l'esprit humain qui en vaut d'autres (c'est d'ailleurs la raison pour laquelle la Bible n'a jamais été exclusive dans les ateliers). Pour s'en persuader, il suffit de prendre un autre exemple. Ainsi, lire et comprendre un mythe gréco-latin n'implique pas chez le lecteur une adhésion ou une croyance en l'existence de Zeus et de toute sa smala olympienne. Pourtant, il fut une époque où les êtres humains pensaient différemment et croyaient réellement en l'existence de ces dieux fantasques et versatiles.