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humanisme - Page 2

  • Humanisme n°311. Réinstituer la République

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    humanisme2016.jpgLe numéro 311 d'Humanisme publie un dossier intitulé : « Réinstituer la République ». Sans point d'interrogation. Rien que ça. En toute modestie. Une affirmation donc. Comme les mots ont un sens, j'en ai logiquement déduit que la République avait disparu en France. N'allez pas cependant en déduire que tout est bon à jeter dans ce dossier. Je n'ai pas dit ça. Une chose est sûre en tout cas, c'est que vous y trouverez les mêmes litanies sur la jeunesse, sur le déclin de l'école, des institutions républicaines, de la laïcité, de l'orthographe, etc., que cette revue nous ressert obsessionnellement sur tous les tons depuis des décennies. C'est donc du réchauffé à peine réactualisé. Bref, il s'agit une nouvelle fois d'un numéro très « franco-français », mais du genre « petit pays, petit esprit » recroquevillé sur ses certitudes, nostalgique de sa grandeur passée et désireux de retrouver la République perdue, celle des grands hommes et des grands projets.

    Je voudrais citer cette perle du rédacteur en chef que je trouve très révélatrice de ce « déclinisme » ambiant :

    « Que la République était belle sous l'Empire, disaient les déçus de la Troisième du nom qui l'avaient imaginée si harmonieuse. Or les citoyens pourront-ils seulement dire que la République était belle sous la Cinquième agonisante ? »

    DSC_0250.JPGSi je comprends bien, ça revient à dire que les déçus de la Troisième République (on ne sait pas lesquels) étaient nostalgiques du temps où ils étaient pourchassés sous Napoléon III. Et le rédacteur en chef d'établir un parallèle osée et incongrue avec la Cinquième République « agonisante » (sic). Donc, la conclusion manquante à ce syllogisme, c'est que l'Empire ou la Cinquième République, c'est au fond pareil (même si quelques lignes plus haut le rédacteur en chef nous assure du contraire dans son éditorial ! « Certes nous n'étouffons pas sous l'Empire » Ouf ! Nous l'avons échappé belle...). La conclusion implicite, c'est que les républicains auront toujours le sentiment d'être des cocus de l'histoire (exilés dans leur tête à défaut d'être réellement proscrits), un peu à l'image de ces citoyens qui se sentent systématiquement trahis par les hommes politiques en général et le gouvernement actuel en particulier. En d'autres termes, on retrouve la posture de l'opposant stérile qui voit toujours le verre à moitié vide, qui ne se satisfait jamais de rien et se noie dans les « y a qu'à, faut que ». Vous pensez que j'exagère ? Je ne le crois pas. J'en veux pour preuve ces deux dessins, publiés à la page 21, dont on peut se demander s'ils ont bien leur place dans une revue maçonnique d'une obédience qui prétend respecter la liberté de conscience de ses membres !

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    Mais à ce compte là, pourquoi ne pas aller plus loin dans la provocation en poussant ce raisonnement jusqu'à l'absurde ? En effet, si la République n'est belle que lorsqu'elle n'est pas, pourquoi ne pas alors préconiser une bonne petite dictature en France afin d'inciter les déçus de la République à revoir leurs fondamentaux ? Pourquoi ne pas s'arrêter non plus de respirer afin de mieux percevoir l'importance de l'oxygène ?

    Bref, je trouve que la revue Humanisme distille un état d'esprit pessimiste et inquiétant. D'abord parce qu'elle invite le lecteur à regarder toujours en arrière comme si tout avait été mieux avant. Ce qui, bien évidemment, est stupide. Ensuite parce qu'elle semble totalement déconnectée du monde qu'elle a la prétention d'analyser. En effet, à lire la prose aigrie de la plupart des contributeurs, on finirait par oublier que notre pays est une démocratie, dont les institutions ne fonctionnent pas aussi mal qu'on le prétend, et qui respecte les libertés publiques. Sur les 193 Etats membres de l'ONU, notre pays fait partie de la soixante-dizaine d'Etats démocratiques de la planète. Ce n'est quand même pas mal, non ? En tout cas, il y a pire ailleurs...

    Quand on voit la situation politique et économique des trois quarts de la planète, quand on constate l'extraordinaire souffrance quotidienne d'une majorité d'êtres humains, je me dis que la France, bien arrimée à l'Union européenne, a beaucoup de chance. Les Français cèdent un peu trop souvent à cette facilité de riches qui consiste à se plaindre de tout tout le temps. Quand on est pauvre, réduit à l'extrême nudité du besoin, on ne pense pas. On n'a pas le temps de se plaindre. On survit.

    Si donc on faisait l'effort de temps en temps de regarder autre chose que son nombril, on pourrait alors relativiser sa situation ou, du moins, la remettre en perspective de façon intelligente et mesurée. Il ne s'agit pas d'occulter les problèmes bien sûr (ils existent et sont nombreux), mais d'éviter qu'ils nous aveuglent et nous empêchent égoïstement de regarder ce qui se passe autour de nous à une plus grande échelle.

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    Humanisme, n°311, mai 2016, prix public : 9 €. Pour connaître les conditions d’abonnement, cliquez sur le site de Conform Edition.

  • Les lumières vives et pures de l'ordre maçonnique

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    4035725778.jpgJe recommande vivement la lecture de la remarquable étude de Jean-Luc Lebras sur les (grands et petits) sceaux du Grand Orient de France. Cette étude est publiée dans le dernier numéro des Chroniques d'Histoire Maçonnique. L'auteur analyse l'évolution de ces sceaux qui sont comme des empreintes laissées par l'obédience au fil du temps.

    Dans son introduction, Jean-Luc Lebras indique que les sceaux du Grand Orient de France ne semblent pas avoir fait l'objet d'études historiques et symboliques très abondantes au vingtième siècle contrairement au siècle précédent. Il rappelle que Jean-Marie Ragon de Bettignies (dont j'ai déjà parlé sur ce blog) avait étudié, en 1841, l'évolution des sceaux du Grand Orient pour souligner le suivisme politique de l'obédience.

    Je voudrais justement citer un extrait des propos de Ragon que Lebras rappelle d'ailleurs dans son étude. Le vénérable maître de la loge Les Trinosophes écrit avec une sévérité lucide (cf. Cours philosophique et interprétatif des initiations anciennes et modernes, éd. Berlandier, 1841, p. 381) :

    « Est-ce par reconnaissance pour les services que notre institution a rendus à l'ordre civil que les puissances suprêmes des divers rites maçonniques s'occupent elles-mêmes, de temps à autre, de politique ? Ce n'est pas, toutefois, dans l'intention de voir les membres de l'ordre s'en occuper ; car la place qu'on leur laisse prendre est bien innocente mais ces hauts frères plus politiques que Maçons, et souvent plus esclaves que libres, désirent prouver au gouvernement de chaque année que l'institution qu'ils dirigent marche dans le sens de la politique du jour. Nous ne sommes pas, dans notre France, exempts de ce défaut : en révisant les anciens cachets et les timbres du Grand Orient, lesquels ne devraient offrir que les emblèmes immuables de notre Ordre on y découvre des empreintes maçonnico-profanes qui présentent à l'œil du Maçon étonné les signes variables de l'autorité civile. »

    Ce texte, je le rappelle, a été écrit il y a cent soixante-quinze ans. Il est pourtant d'une étonnante modernité. En effet, comment ne pas y songer quand on voit le Grand Maître du Grand Orient affirmer dans tous les médias, écrits ou audiovisuels, que l'obédience est la gardienne vigilante de l'éthique républicaine ? L'histoire permet de relativiser une telle posture.

    Que montre l'étude des sceaux du Grand Orient ? Que le Grand Orient fut monarchiste sous les rois, impérial sous les empereurs et républicain sous les républiques ! Ce constat devrait donc inciter les responsables de l'obédience à se montrer plus modestes et circonspects dans leur communication publique. Ce constat devrait aussi les inciter à respecter la liberté de conscience des francs-maçons du Grand Orient de France qui n'ont pas besoin qu'on pense et parle à leur place.

    1290289894.jpgCependant, il ne faut pas se méprendre : Ragon de Bettignies, lui-même, préconisait que le maçon s'intéressât à la politique et à la religion. Je dois citer ce passage que tous les francs-maçons devraient connaître et méditer, notamment ceux qui ont la lourde charge de représenter le Grand Orient (cf. op.cit., pp. 376 et 377) :

    « Quoiqu'il soit certain que le Maçon jure obéissance et se conforme exactement aux lois du pays qu'il habite, ainsi que tout sage doit faire, il n'en est pas moins de son devoir de consacrer ses veilles à s'instruire et à éclairer ses concitoyens, soit sur la politique, soit sur la religion ou tout autre sujet sérieux qui intéresse le bien public. Dans nos époques modernes, où le nombre des francs-maçons est considérable, la Maçonnerie, qui s'interdit hautement et de fait, dans ses réunions, tout ce qui a rapport aux matières religieuses et politiques, n'a jamais dû ni pu prendre qu'une part indirecte aux révolutions qui se sont succédé depuis un demi siècle. Nous en avons eu la preuve lors du renversement du gouvernement impérial.
    Les personnages les plus élevés de l'Empire et de l'armée appartenaient à la Franc-Maçonnerie, qui resta toute passive pendant cet orage politique.
    Mais voici la part directe, la seule qu'elle a prise, qu'elle pouvait prendre et qu'elle prendra toujours aux événements passés, présents et à venir : les lumières vives et pures que laissent échapper, dans des séances qui se renouvellent sans cesse, les divers orateurs de cet ordre cosmopolite, éclairent une masse d'individus qui se répandant ensuite dans toutes les classes de la société, y versent continuellement des doctrines salutaires qui font le tour du monde, et combattent, chaque jour et partout, l'erreur et les préjugés qui souillent encore le globe. »

    Ce que Ragon de Bettignies souligne, et qui est absolument fondamental, c'est que la politique en maçonnerie se joue au niveau de la loge et non de l'obédience. La politique en franc-maçonnerie réside dans l'échange de points de vue entre des personnes d'opinions et de sensibilité différentes qui se retrouvent au sein d'un ordre cosmopolite.

    temps, jean-luc lebras,jean-marie ragon de bettignies,histoire,godf,evolution,politique,sceaux,chroniques d'histoire maçonniqueCosmopolite. Le qualificatif est important. Est cosmopolite celui qui est capable de penser en citoyen de l'univers (cosmos : l'univers ; politês : citoyen). Est cosmopolite celui qui, sans renier son identité et ses convictions propres, est capable d'accueillir sereinement la différence. Est cosmopolite celui qui est capable d'envisager des problèmes sous tous les angles. Est cosmopolite celui qui est capable de prospective, qui ne se laisse pas ballotter par l'actualité du jour, qui a la force intellectuelle et morale de voir plus loin que l'immédiateté des choses.

    Les « lumières vives et pures » de la franc-maçonnerie jaillissent de la discussion en tenue ordonnée selon le rite. Elles se manifestent dans la pratique des vertus maçonniques et l'étude. Et c'est ensuite au franc-maçon, librement et discrètement, de se faire l'agent actif du lien social afin de répandre, par un comportement exemplaire, les vérités qu'il a su découvrir et acquérir en loge, conscient que les idées sont comme les ruisseaux qui font les grandes rivières.

  • Churchill ou la réussite d'une vie

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    Parmi les grands hommes de l'histoire, certains furent francs-maçons. Ont-ils été pour autant de grands hommes parce qu'ils étaient francs-maçons ? Evidemment non.
     
    Il suffit de songer à Voltaire initié en 1778, au crépuscule d'une vie bien remplie, à la loge Les Neuf Soeurs de Paris ou à Winston Churchill initié en 1901 au sein de la Loge Studholme n°1591 de Londres qu'il fréquenta épisodiquement.
     
    Il est fort probable que ces deux hommes avaient déjà des prédispositions hors du commun. Ils avaient une passion, un feu intérieur, un désir irrépressible d'être les acteurs conscients de leur vie ainsi qu'une volonté de travailler à l'avènement d'une humanité meilleure et plus éclairée.
     
    Ce faisant, la franc-maçonnerie a quand même fait partie de leur vie à un moment donné. Leur nom y sera associé pour l'éternité.
     
    Il me plait donc de penser que cette rencontre n'a pas été fortuite et qu'elle a exprimé malgré tout une sorte d'évidence comme si les choix et les engagements de chacun d'eux symbolisaient concrètement les valeurs maçonniques.
     
    Je me souviens de cette citation de Churchill (je l'écris de mémoire) : « Une vie réussie tient moins à ce que nous obtenons, qu'à ce que nous donnons. »

    La réussite d'une vie ne se mesure pas à ce que celle-ci peut nous apporter, mais à ce que nous pouvons y mettre. Dès lors, chacun a potentiellement quelque chose à donner quelle que soit sa condition
     
    On peut  par exemple donner de son temps, de ses muscles, de sa sueur, de son sang, de son argent. Chacun porte en lui ce petit plus, aussi infime soit-il, susceptible de faire la différence. Chacun a la capacité d'être un agent actif du lien social même à son petit niveau.
     
    Cette vision résolument optimiste de l'existence, qui n'est sans doute pas étrangère à la pugnacité dont Winston Churchill a su faire preuve durant les heures sombres de notre histoire, me fait songer à ce qui est dit au profane lors de la cérémonie d'initiation :
     
    « Ce qui serait dans un profane une qualité rare ne doit devenir pour un Franc-Maçon que l’accomplissement de son devoir. Chaque occasion d’être utile dont il ne profite pas, est une infidélité. Chaque secours qu’il refuse, est un parjure. »
     
    Winston Churchill n'a pas été, loin s'en faut, d'une assiduité exemplaire en loge. Il a su néanmoins mettre en pratique les vertus maçonniques d'une manière absolument remarquable bien qu'il ait eu aussi sa part d'ombre et de faiblesses (il souffrait notamment d'alcoolisme et de troubles bipolaires). Sa très longue carrière politique a pu également l'amener, parfois, à prendre des décisions contestables. Il n'en demeure pas moins un des grands hommes du vingtième siècle et un des artisans de la victoire contre le fascisme et le nazisme.
     
    Au musée de la Grande Loge Unie d'Angleterre, accessible au grand public, il est possible de voir le tablier de maître de l'ancien premier ministre britannique (cf. photo ci-dessus) avec sa sacoche et sa paire de clés. Il s'agit d'un don fait au musée en janvier 1969, soit quatre ans après sa mort. J'imagine que si ce tablier n'avait eu aucune valeur à ses yeux, jamais il ne l'aurait conservé dans ses affaires personnelles depuis 1902.

  • Humanisme n°310 - Voir, est-ce comprendre ?

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    HUM-310-couv.jpgJe viens de recevoir le numéro 310 de la revue Humanisme.

    J'ai commencé à le lire et j'ai déjà repéré quelques articles qui, peut-être, me donneront des idées de notes pour ce blog.

    Le dossier central de ce numéro 310 pose la question suivante : Voir, est-ce comprendre ? 

    Pour répondre à cette question complexe, la revue a fait appel à divers spécialistes et professionnels qui travaillent avec le regard.

    Il y a un docteur spécialiste de l'imagerie médicale, un policier, un spécialiste des médias, un metteur en scène, un psycho-pédagogue, etc.

    Un rapide parcours du sommaire de ce numéro me laisse présager une lecture heureuse et fructueuse.

    J'aurai certainement l'occasion de vous en reparler.

    Humanisme, Revue, GODF, Conform édition

    Humanisme, Revue, GODF, Conform édition

    Je vous rappelle que vous pouvez vous procurer Humanisme au numéro ou vous y abonner en vous connectant sur le site de Conform édition (28 € par an pour la France métropolitaine, 42 € pour le DOM-TOM et l'étranger).