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humanisme - Page 2

  • Humanisme n°310 - Voir, est-ce comprendre ?

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    HUM-310-couv.jpgJe viens de recevoir le numéro 310 de la revue Humanisme.

    J'ai commencé à le lire et j'ai déjà repéré quelques articles qui, peut-être, me donneront des idées de notes pour ce blog.

    Le dossier central de ce numéro 310 pose la question suivante : Voir, est-ce comprendre ? 

    Pour répondre à cette question complexe, la revue a fait appel à divers spécialistes et professionnels qui travaillent avec le regard.

    Il y a un docteur spécialiste de l'imagerie médicale, un policier, un spécialiste des médias, un metteur en scène, un psycho-pédagogue, etc.

    Un rapide parcours du sommaire de ce numéro me laisse présager une lecture heureuse et fructueuse.

    J'aurai certainement l'occasion de vous en reparler.

    Humanisme, Revue, GODF, Conform édition

    Humanisme, Revue, GODF, Conform édition

    Je vous rappelle que vous pouvez vous procurer Humanisme au numéro ou vous y abonner en vous connectant sur le site de Conform édition (28 € par an pour la France métropolitaine, 42 € pour le DOM-TOM et l'étranger).

     

  • Les trois courants de la franc-maçonnerie spéculative

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    255114976.jpgAu départ, c’est-à-dire aux alentours de 1717, nous avions une question à la fois simple et révolutionnaire : comment créer un espace dans lequel des hommes de toutes les conditions sociales, politiques et religieuses pourraient se rencontrer pacifiquement (la Grande Bretagne sortait d’une période d’intenses troubles politiques et religieux) ? La Franc-Maçonnerie spéculative a vu le jour pour y répondre. Non pour proposer à ses adeptes une initiation (ce terme n’apparaît à aucun moment dans les Constitutions d’Anderson et la Maçonnerie anglo-saxonne n’a pas ce mot dans son vocabulaire), non pour leur offrir un cadre pour leur perfectionnement spirituel et moral, pas plus pour transformer la société, mais bien pour créer un espace « neutre » dans lequel les individus seraient liés les uns aux autres par des sentiments de fraternité. Ni plus ni moins. Une sorte de « club » d’une nature inédite sans que ce terme soit péjoratif (en effet, un club désigne une association regroupant des personnes ayant des valeurs commune et partageant des intérêts communs). Un club où l’on se doit de respecter prosaïquement l’autorité du magistrat civil (le Souverain) mais qui admet l’idée qu'un de ses membres puisse entrer en rébellion. Un club qui reconnaît l’idée d’un Dieu a-confessionnel, un Grand Architecte, mais qui considère que la seule véritable religion à laquelle ses membres doivent s’astreindre est d’être des hommes bons, loyaux, sincères et honnêtes. Un club qui, pour sa survie dans un monde qui ignore encore en ce début du dix-huitième siècle ce que sont les libertés publiques, demande à ses membres d’être discrets et prudents sur tout ce qui le concerne directement et indirectement. Un club où l’on ne parle ni politique ni religion pour préserver un minimum de concorde. Dans cette perspective, l’Art royal est un art tout d’exécution, plein de pragmatisme, où les joies de la table sont aussi importantes que la tenue elle-même, où l’on fait appel davantage au comportement et aux qualités qu’aux beaux discours et à l’intellect. C’est la base de tout.

    Comme toutes les institutions humaines, des tendances vont alors progressivement apparaître et modeler la Maçonnerie à leur image. Au dix-huitième siècle, l’idée de « l’initiation maçonnique » s'est précisée petit à petit, notamment par la prolifération (anarchique) de systèmes de hauts grades à partir des années 1735-1745 à Bordeaux, à Narbonne, en Avignon, à Marseille, à Lyon etc. Mais ce n’est pas uniquement un phénomène franco-français. En effet, dans les Etats allemands, la Stricte Observance templière du baron de Hund se structure autour de l’idée qu’il existe des « Supérieurs inconnus » au sommet de l’Ordre. En Suède, le mysticisme d’Emmanuel Swedenborg (qui n'a jamais été maçon) va considérablement influencer la maçonnerie scandinave et le courant illuministe d’Avignon via Antoine Pernéty. En France, reprenant à son compte les enseignements de Martinez de Pasqually et de Saint-Martin, le mystagogue Jean-Baptiste Willermoz crée le rite écossais rectifié et défend les pratiques théurgiques. La plupart des créations initiatiques du dix-huitième siècle sont d’essence hermétiste (rosicrucianisme, alchimie…) et mystique (kabbale, templarisme etc.). Et ne parlons même pas de Cagliostro qui, en tant que mage, s’institue « Grand Cophte » d’un rite égyptien de sa composition avec plus de 100 degrés (comprenons 100 degrés, soit autant de breloques et de titres pompeux à vendre aux crédules de service). Chacun y va de son interprétation, de son petit business et, naturellement, chacun considère que son interprétation est la seule valable.

    Ce foisonnement d’idées engendre naturellement des réactions. Certains vont estimer que ces approches détournent la Maçonnerie de sa vocation religieuse et de ses véritables origines. Ce courant, dit des « Anciens », au nom des « Old charges », a combattu énergiquement aussi bien les déviations mystiques que les conceptions qui, en application des Constitutions d’Anderson, prônent l’idée de « morale naturelle ». Ce courant a été très fort en Grande Bretagne (il a imposé d’ailleurs ses vues lors de la fondation de la Grande Loge Unie d’Angleterre en 1813) mais il a compté aussi quelques fameux représentants en Europe (Joseph de Maistre). Ce fut une réussite totale en Angleterre où l’anglicanisme et la maçonnerie ont cheminé de concert (mais de manière moins évidente et plus problématique dès lors que la Grande Bretagne a exporté la Maçonnerie dans son empire colonial). Idem en Scandinavie où le luthéranisme et l’Ordre maçonnique sont très proches (et encore aujourd’hui). Dans les pays catholiques en revanche, ce fut un échec sur toute la ligne en raison de l’hostilité déclarée du Saint-Siège.

    Enfin, nous avons un troisième courant. C’est celui qui s'est détaché des approches purement ésotériques et religieuses du fait maçonnique pour approfondir, de son côté, la tradition andersonienne. Et de creuser l’idée évoquée dans l’acte fondateur de l’Ordre : « la morale naturelle ». Dans le monde profane, ce courant a trouvé des compagnons de route parmi les philosophes des Lumières. Progressivement, ce courant a contesté la conception selon laquelle le symbole cache et révèle à la fois une réalité suprasensible et des desseins divins. Le symbole devient une sorte de métaphore et d’image qui a pour objectif de stimuler la réflexion et d’élever l’esprit. La Maçonnerie devient donc une société qui offre un cadre pour que ses membres tendent vers plus de perfection. Cette approche assigne à l’Ordre une finalité morale, sociale, spirituelle susceptible d’être étendue à tout le genre humain et non à quelques « élus » ou «supérieurs inconnus ». Le Marquis de Luchet, grand ami de Voltaire, écrit : « Quelques fois, il [l’Ordre] a servi de prétexte à la dissipation outrée, comme d’asile au fanatisme, et plus souvent prêté à son régime, ses temples, ses orateurs à la secte des Illuminés. » (Essai sur la secte des Illuminés, p. 164). De même, la religion et la tyrannie politique sont très vite perçues comme des obstacles à la fraternité universelle. Il en découle une pleine confiance dans la perfectibilité humaine sous l’égide de la Raison qui canalise les sentiments et guide l’énergie de chacun vers l'action individuelle.

    Ces trois courants coexistent toujours au sein de la franc-maçonnerie spéculative contemporaine.

  • Le drame des migrants

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    L'actualité tragique de ces derniers mois au sujet des migrants d'Afrique, du Proche Orient et d'Asie, me rappelle un souvenir de voyage. C'était en février 2009 à Ceuta (Sebta en arabe), petite enclave espagnole au Maroc. J'étais en compagnie de plusieurs FF. Nous nous rendions en voiture à Casablanca pour participer aux travaux d'un atelier la GL du Maroc.

    Migrants, Afrique, Maroc, Franc-Maçonnerie, Humanisme, Universalisme, Solidarité, Immigration

    La franc-maçonnerie marocaine organisait au même moment les dix-septièmes rencontres humanistes et fraternelles africaines et malgaches (REHFRAM). Voilà pour le contexte.

    Je me souviens que j'étais particulièrement heureux de ce séjour car c'était la première fois que je mettais les pieds en Afrique. Le choc fut cependant rude car je n'avais nullement anticipé le passage de la frontière. Je me rappelle en particulier de cette corniche surplombant une mer Méditerranée assez agitée et de ce virage qui annonçait le poste frontière, et du même coup l'entrée d'un gigantesque continent de 30 221 532 km².

    Quelle image et quelle sensation à la fois étrange et oppressante !

    Le poste frontière était devant nous avec de part et d'autre un gigantesque mur de fers barbelés derrière lequel des milliers et des milliers d'hommes faisaient les cent pas dans l'attente de l'instant propice pour le franchir. Tous ces gens venaient des profondeurs de l'Afrique. Ils avaient parcouru des milliers de kilomètres, dans des conditions souvent épouvantables, pour se retrouver là, derrière ces barbelés, la terre promise devant eux. Ils étaient là dans l'espoir de trouver, en Europe, une vie meilleure. Ils n'avaient pas quitté pas la terre de leurs ancêtres par caprice ou par simple désir de changer de lieu. Ils avaient quitté leur pays parce que la vie y était matériellement très difficile, voire impossible. Ils avaient quitté leur pays parce que les libertés fondamentales n'y étaient pas garanties. Ils avaient quitté leur pays parce qu'ils n'avaient tout simplement pas d'autres choix s'ils voulaient sauver leur peau. Croyez-moi, cela fait une drôle d'impression d'éprouver physiquement cette extraordinaire attente de milliers d'anonymes dont toutes les pensées semblaient converger vers un seul objectif : passer la frontière coûte que coûte.

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    L'Europe pouvait-elle détourner le regard de ce qui se passait ici, me demandais-je ? Nous étions en 2009 je le rappelle. Pourtant, je savais déjà confusément que cette situation, si surréaliste pour le privilégié que j'étais, ne pouvait que dégénérer rapidement tant que l'Europe ne jetterait pas les bases d'une politique de coopération ambitieuse avec l'Afrique, et plus largement encore, avec toutes les régions du monde qui connaissent actuellement la misère et la guerre.

    Notre intérêt économique et social est de ne pas laisser ces parties du monde livrées à elles-mêmes, saignées par les conflits et submergées trop souvent par les forces du fanatisme religieux. En les aidant à se développer, nous nous développerons aussi. Nous apprendrons de nouvelles formes d'échange et de coopération. Les gens n'auront pas le besoin de partir. Ils construiront l'avenir chez eux avec notre aide. Nous leur apporterons des choses. Ils nous en apporteront d'autres en retour. Pour le bien de l'humanité.

    Je suis convaincu que la France, notamment, a une carte à jouer, infiniment plus subtile et intelligente que la seule influence géostratégique, précisément en raison de son passé commun avec un grand nombre de pays d'Afrique. Nous en sommes loin, hélas, car notre égoïsme et nos petites préoccupations de pays développé, nous empêchent de voir au-delà de nos problèmes économiques et sociaux. Ces derniers sont certes importants à notre petite échelle, j'en conviens, mais ils demeurent malgré tout fondamentalement dérisoires comparés à la misère morale et matérielle qu'endurent les trois-quarts des gens qui vivent sur la planète.

    Je ne suis donc absolument pas surpris de ce qui se passe actuellement. Les phénomènes migratoires ne font que commencer car rien, aucune mer, aucun océan, aucune montagne, aucun désert, aucun mur, aucun fossé, ne peut arrêter un individu réduit à l'extrême nudité du besoin sauf la mort.

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    (Cette note est la 100ème depuis l'ouverture du blog)

  • Ces chères revues du G∴O∴D∴F∴

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    La prochaine émission Divers aspects de la pensée contemporaine, qui aura lieu ce dimanche 1er mars de 9h40 à 10h00 sur les ondes de France Culture, traitera du thème : « Les revues du GODF et les 150 ans de La Chaîne d’Union ». Elle aura pour invité Bernard Chanez, 1er Grand Maître ajoint du Grand Orient de France.

    Il est difficile de ne pas faire le lien avec un courrier que j'ai reçu, il y a quelques jours, me signalant que la revue Joaben du Grand Chapitre Général de France (GCDF) était désormais intégrée dans le catalogue de la société commerciale Conform édition (ce qui est déjà le cas de toutes les revues dont va parler le F Chanez). Ce courrier était également une invitation (pressante ?) à m'y abonner. 

    Je crains donc que l'émission radiophonique de dimanche ne soit, en réalité, qu'un simple encart publicitaire d'une vingtaine de minutes pour vanter auprès des auditeurs les mérites de ces différentes revues et pour les inciter à s'y abonner. Quand on connaît la crise de la presse, qui est aussi celle du livre, on peut raisonnablement penser que l'état de santé des revues du GODF ne soit pas des meilleurs et que le conseil de l'Ordre mène actuellement, et sans oser le dire clairement, une campagne d'abonnement, non seulement auprès de ses propres membres mais aussi du grand public.

    Je ne parlerai pas ici du "grand public". Je me contenterai d'évoquer les membres du GODF dont un grand nombre n'est pas abonné à ces revues. J'en fais partie et j'en ai déjà expliqué les raisons à travers l'exemple d'Humanisme. Et je pense que ce que j'ai écrit en décembre dernier peut fort bien s'appliquer à l'une quelconque des autres revues. Cependant je dois y ajouter une autre chose qui a son importance : leur prix. Il n'est certes pas excessif par rapport à des revues similaires, mais je ne vois pas pourquoi la capitation ne prendrait pas déjà en compte l'abonnement à l'une de ces revues. Je ne vois pas pourquoi il faudrait en plus faire la démarche de s'y abonner. 

    Si je voulais recevoir l'ensemble de ces revues, je serais ainsi obligé de débourser une centaine d'euros supplémentaire qui viendrait s'ajouter à ma capitation et aux frais liés aux activités maçonniques (agapes, frais de déplacement, etc.). Je ne peux financièrement me le permettre. Et je suis persuadé de ne pas être seul dans ce cas. Alors on peut bien écrire des lettres ou faire des émissions sur le thème "abonnez-vous s'il vous plait", ça n'y changera rien. 

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    Ajout du 1er mars 2015

    Je dois malheureusement constater que j'avais vu juste. J'ai écouté l'émission qui s'est réduite à un encart publicitaire pour des revues. Pourquoi gaspiller du temps d'antenne pour ça ? C'est dommage me semble-t-il. Au passage, j'ai relevé une perle du F Chanez qui a répété, par deux fois, que le GM∴ Daniel Keller avait décidé d'un colloque pour le 150ème anniversaire de la revue La Chaîne d'Union. Je ne sais s'il faut attribuer cette formulation maladroite au stress de la prise de parole, mais les FF∴ du G∴ODF∴, dont je fais partie, seront "ravis" en tout cas d'apprendre qu'ils ont un G∴M∴ qui s'occupe et décide de tout, tel un monarque. Ce qui est pour le moins paradoxal dans une Obédience qui n'a jamais fait mystère de son attachement passionné à la République. Nous avons un monarque qui s'exprime dans tous les médias, au nom de l'Obédience, qui écrit tribune vide sur tribune vide dans les journaux (la dernière ayant été publiée dans Mediapart). Un communiquant en somme.

  • L'initiation maçonnique est-elle indélébile ?

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    Je voudrais consacrer cette note au caractère prétendument indélébile de l’initiation maçonnique que certains francs-maçons défendent avec plus ou moins de bonheur et qui consiste à dire : « Une fois maçon, toujours maçon. »

    Il est vrai que cette expression est séduisante mais je crois qu’il est important, justement, d'en mesurer toutes les conséquences. Pour prendre un exemple, voici ce que Licio Gelli, ancien V M∴ de la L P2 de sinistre mémoire, déclarait à la revue Humanisme (n°213, décembre 1993, p.63) à l’occasion d’une interview :

    « -Humanisme : Vous considérez-vous encore comme maçon ?

    -Licio Gelli : « Semel abbas, semper abbas », une fois abbé, abbé pour toujours (1). Une fois maçon, maçon pour toujours. Je le suis au-delà des formules, des obédiences, avec mon âme, devant ma conscience. Avec sérénité et sans fanatisme, comme j’ai vécu toute chose dans ma vie. »

    Gelli peut bien croire ce qu'il veut et postuler le caractère indélébile de l'initiation. Ça n'a rien changé au fait qu'il a été finalement radié du GO d'Italie et que la L∴ P2 a été démolie. L'appartenance maçonnique ne saurait donc dépendre des seuls sentiments personnels. Elle repose sur la reconnaissance des FF∴.

    Pourquoi rappeler cette déclaration de Gelli ?

    Tout simplement pour souligner que l'initiation maçonnique n’a rien d’un sacrement qui confèrerait à celui qui le reçoit une sorte de grâce surnaturelle. Je laisse d'ailleurs cette conception étrange de l'initiation maçonnique aux férus d'occultisme et plus généralement à ceux qui ont une certaine propension à confondre la franc-maçonnerie avec un culte religieux.

    Il faut prendre l'initiation maçonnique pour ce qu'elle est, c'est-à-dire comme le passage ritualisé et symbolique qui mène de l'état de profane à celui de franc-maçon. En d'autres termes, ce passage permet à un individu d'intégrer volontairement et consciemment un groupe d'hommes constitué en loge et, au-delà, un Ordre fondé sur la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même et la liberté absolue de conscience. 

    Il y a une vingtaine d'années, le F Jean-Robert Ragache avait d'ailleurs donné une définition concise mais très claire de l'initiation maçonnique. Il disait :

    "L'initiation, c'est traditionnellement l'intégration au groupe avec une expérience commune, l'expérience d'un passé commun." (2)

    Or qui dit intégration au groupe dit aussi possibilité d'en partir. En effet, la franc-maçonnerie est un Ordre que l'on peut quitter quand on veut et dont on peut même être exclu. Autrement dit, si on ne peut pas défaire ce qui a été, on ne peut pas non plus prétendre être toujours ce que l’on n’est plus.

    Quand on démissionne ou que l'on est exclu de l'Ordre maçonnique, on n'est plus franc-maçon. Il n'y a rien d'extraordinaire à cela. On perd ipso facto sa qualité maçonnique. Cet état n'est pas infamant. Il est tout simplement la conséquence de son comportement, de ses actes ou de ses choix.

    Il y a cependant un cas particulier où la qualité maçonnique est "éternelle". C'est quand un F∴, membre actif ou honoraire d'une L∴, décède. On dit alors est qu'il est "passé à l'O éternel". C'est une manière élégante, non pas de postuler l'existence d'une vie après la mort (3), mais de signifier qu'il est mort "en activités" ou, pour le dire autrement, sans avoir coupé, de son vivant, les liens avec son atelier.

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    (1) Expression latine qui, parait-il, vient de la règle bénédictine. Je ne l'ai pas vérifié. Je pense qu'il s'agit plutôt d'un proverbe d'origine médiévale qui signifie que le sacerdoce est indélébile. La dignité de l'abbé serait perpétuelle même après une démission, même s'il fait d'autres choix de vie, etc. Ce qui est faux, bien entendu. Le père Pascal Vésin, par exemple, en a fait la triste expérience.

    (2) Table ronde du 16 mars 1993, in Les Constitutions d'Anderson, traduction La Tierce (1743), Romillat, Paris, 1993, p.31.

    (3) La F∴M∴ (même celle qui se dit "régulière") ne défend et ne promeut aucune théologie et aucune eschatologie particulières. Elle n'est pas, je le répète, un culte religieux qui aurait un discours ferme et établi sur la nature de Dieu, la destinée de l'homme et la fin des temps.

  • Humanisme

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    En prenant connaissance du sommaire du dernier numéro de la revue Humanisme, je me suis souvenu qu'elle n'était pas ce qu'elle prétendait être : la revue des francs-maçons du Grand Orient de France. D'abord parce qu'elle n'est majoritairement pas constituée d'articles produits par les frères et les loges, ensuite parce que son comité éditorial est désormais entièrement tributaire d'une société commerciale - Conform éditions - qui a racheté, il y a quelques années, le catalogue des regrettées Editions Maçonniques de France (Edimaf) mises en liquidation judiciaire. La capitation au Grand Orient, qui doit avoisiner les 165 €, ne comprend pas l'abonnement à Humanisme. Ce qui est plutôt paradoxal puisque, je le répète, cette revue est censée être celle des francs-maçons du Grand Orient de France. L'abonnement demeure donc à la discrétion de chaque frère ou de chaque loge.

    Résultat ? La revue est relativement peu connue des francs-maçons du Grand Orient. Je fais d'ailleurs partie de ces frères qui ont eu Humanisme entre les mains parce qu'un Vénérable a eu, un jour, l'idée d'y abonner sa loge. Je n'ai jamais pour autant éprouvé le désir d'en être un lecteur régulier. Pourquoi ? Parce que tout simplement je ne m'y reconnais pas. Parce que je ne vois pas ce qui, précisément, en fait la revue du GODF. Parce que je ne vois pas ce qui la distingue fondamentalement d'autres revues "intellectuelles".

    Le malaise ne date pas d'hier. Il est aussi vieux que la revue elle-même. Quand je compulse par exemple des vieux numéros d'Humanisme de la fin des années 1960, je suis bien en peine d'y trouver des traces ou des témoignages de la vie maçonnique, au GODF, à cette époque. Je peux en revanche trouver des études plus ou moins érudites sur la réception de Voltaire au sein de la loge des Neuf Soeurs en 1778 ou sur l'énergie nucléaire en France. Je peux trouver l'inévitable revue des revues, des comptes rendus d'exposition, ou, à l'extrême rigueur, un entretien avec une personnalité du moment. Mais rien qui puisse donner le sentiment d'une revue émanant réellement des profondeurs de l'Obédience. Et d'ailleurs, pour être honnête, ce n'était pas son objectif ! A cette époque, Humanisme n'était pas encore abusivement présentée comme la revue des francs-maçons du Grand Orient de France. Humanisme était le centre de documentation du Grand Orient de France. 

    Une autre preuve de ce malaise ? La circulaire n°815 du 16 décembre 2013 adressée à tous les Vénérables. Elle leur annonce la création d'une nouvelle rubrique d'Humanisme intitulée "Travaux de Loges" et leur demande d'envoyer des "planches abouties" (sic). Dans la même circulaire, le GODF, par l'intermédiaire de son 2e Grand Maître adjoint chargé de la culture, considère in fine que cet "appel au travail (sic) en direction de toutes les Loges de l’Obédience est l’occasion de proposer à chacun d’entre nous de découvrir ou redécouvrir la revue dans son nouveau format, l’abonnement se faisant directement auprès des éditions Conform". Humanisme est présenté comme "un outil d'extériorisation par excellence."

    Quel aveu !

    Non seulement Humanisme semble découvrir, sur le tard, qu'il existe des travaux de loges susceptibles de faire l'objet d'une large diffusion, mais Humanisme a besoin en plus de l'appui logistique du GODF pour faire la publicité de la maison qui l'édite ! De toute évidence, Humanisme n'est vraiment pas la revue des francs-maçons du GODF, mais bien un outil d'extériorisation que l'on a vendu à une société commerciale dans la précipitation de la liquidation judiciaire d'Edimaf. Il est donc assez logique que nombre de frères de l'Obédience s'en détournent.

    Conclusion ? Notre Obédience, qui prétend avoir un avis sur beaucoup de choses, qui s'exprime volontiers dans le monde profane et qui déploie ses activités depuis 1773, est incapable d'avoir un bulletin de liaison correct pour ses propres membres.