Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

histoire - Page 3

  • Si loin et si proche de nous

    Imprimer

    1302249349.jpgVoici un daguerréotype probablement réalisé entre 1845 et 1855. Il s'agit du portrait d'un homme relativement jeune, la trentaine environ, à mi-genoux, assis de face, accoudé à une table. Il est marié car il porte une alliance à l'annulaire gauche. Son regard ne trahit aucune émotion particulière. On voit qu'il n'a pas osé sourire. Il est resté concentré car la daguerréotypie était une épreuve physique. En effet, le temps de pose durait – en moyenne – une trentaine de minutes. Le moindre mouvement pouvait nuire irrémédiablement à la prise de vue.

    Il porte costume (un frac ?) visiblement neuf et soigné. On devine une montre de gousset. Ces détails laissent supposer une certaine aisance financière. Il s'agit vraisemblablement d'un bourgeois. En outre, il faut savoir qu'un daguerréotype coûtait cher et que la technique était peu accessible au grand public.

    On ne connaît pas l'identité de cet homme qui était aussi un franc-maçon. Il porte ici un sautoir de Chevalier Rose-Croix. Dix-huitième degré du rite écossais ancien et accepté. Ce cliché confirme le succès grandissant que le rite écossais rencontrait à cette époque dans les chapitres. Il y supplantera d'ailleurs complètement les ordres de sagesse du rite français dans les années 1860 suite à la réforme Murat.

    Il est probable que notre homme devait être très fier d'avoir atteint le sommet de la hiérarchie chapitrale. Peut-être était-il même devenu le Très Sage de son chapitre ? Sinon pourquoi aurait-il éprouvé le besoin d'être immortalisé avec son sautoir ?

    Cette image touchante me fait songer à ce passage de Jean-Baptiste Chemin-Dupontès (un des contemporains de cet homme) qui se désolait, dans ses Cours Pratiques de Franc-Maçonnerie, 4ème cahier (1841), que beaucoup de chapitres négligent les cérémonies et les instructions des différents degrés (cf. pp. 234 et 235) :

    "Les chap∴, sans s’imposer des frais extraordinaires, rempliraient parfaitement ainsi le vœu des rituels, en instruisant leurs membres sur l’ensemble et les détails de tous les gr∴ qui sont dans leurs attributions, et la qualité de R∴C∴ ne se réduirait pas à un vain titre, au droit de porter un cordon brillant."

    Quoi qu'il en soit, ce daguerréotype donne à voir une images très détaillée et très nette. Et cette précision rend ce franc-maçon du milieu du XIXe siècle très proche de nous, de façon assez troublante d'ailleurs.

  • Donner du temps au temps

    Imprimer

    3696247722.jpgLe F∴ Charles Cousin, dont j'ai parlé dans ma note précédente, avait adressé, le 21 septembre 1885, une lettre à toutes les LL∴ du G∴O∴D∴F dans laquelle il annonçait sa démission de la présidence du Conseil de l'Ordre.

    Je ne résiste pas au plaisir de vous en reproduire la conclusion car elle contient une leçon que nous, francs-maçons, devrions tous méditer 130 ans plus tard :

    « Un dernier mot, mes amis, et j'ai fini. Certains candidats, - et je sais que des Maçons se sont laissé prendre à leurs promesses -, certains candidats vous demandent de les nommer pour faire décider et réaliser sans délai la séparation des Églises et de l'Etat : ces hommes qui prétendent refaire en vingt-quatre heures la vieille France, sans tenir compte des droits et des sentiments intimes de sa plus belle moitié, ces hommes se trompent, ou vous trompent. Pour accomplir, sans des déchirements dangereux pour la République, cette réforme indispensable et dont le principe est admis par tous les esprits vraiment libéraux, il faut encore quelques années de préparation et c'est précisément, mes Frères, à cette préparation que la Maçonnerie est en situation et a pour devoir de donner le concours le plus persévérant et le plus énergique.

    Avant tout, réformons et développons l'instruction et l'éducation des femmes, « tout le reste nous viendra par surcroît ».

    C'est le mot de la fin, mes Frères. Si cette homélie, la dernière de votre vieil ami, ne vous a pas trop ennuyés, et si vous l'avez lue jusqu'au bout, recevez ici l'accolade cordiale et fraternelle du Frère Charles Cousin ».

    Attention ! Une lecture trop rapide pourrait induire en erreur. Le F∴ Charles Cousin n’était pas défavorable à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il ne prétendait pas qu’elle était impossible à réaliser. Il pensait simplement que les esprits, en 1885, n'étaient pas encore mûrs. En effet, à cette époque, les lois constitutionnelles de la troisième République avaient à peine dix ans d’existence. Le nouveau régime parlementaire républicain était fragile. Les forces réactionnaires (l’église catholique romaine, les monarchistes et les bonapartistes) étaient puissantes et ne rêvaient que de revenir au pouvoir pour restaurer l’ordre ancien. Cousin redoutait donc qu’une mise en œuvre précipitée de la séparation de l’église et de l’Etat n’entraînât le désordre et la contestation de la jeune République. Pourtant, en écrivant cette lettre d’adieu, Charles Cousin savait pertinemment que le G∴O∴D∴F∴ était en pointe du combat laïque, notamment à l’école publique qui était devenue gratuite et obligatoire en 1881 grâce au F∴ Jules Ferry. Il pensait, comme beaucoup d'hommes de son siècle, que l'éducation des femmes permettait d'amoindrir l'emprise des curés sur les foyers. Il voulait donc simplement que l'on donne du temps au temps et que le travail maçonnique ne soit pas perturbé par les jeux politiques, certes essentiels mais souvent à courte vue. On ne refait pas la vieille France en vingt-quatre heures, écrivait-il. Cousin est décédé en 1894. Il n'a pas vu l'accomplissement de la séparation le 9 décembre 1905, mais il était convaincu qu'elle surviendrait inévitablement un jour car elle s'inscrivait dans un dynamisme historique. Il a donc fallu attendre vingt ans, c'est-à-dire finalement l'avènement d'une nouvelle génération, pour que la séparation devienne une réalité juridique. Le F∴ Cousin a ainsi rappelé, avec lucidité, les vertus de la patience, de la rigueur et de l'observation du corps social, loin des postures politiciennes. Le travail maçonnique s'effectue sur le long terme au sein des loges, pas sur le forum où les mandataires publics font surenchère de promesses. Fais ce que dois, advienne que pourra.

     

  • Sous la porte cochère du Grand Orient

    Imprimer

    4269534018.jpgLa scène suivante s'est passée à Paris, sous la porte cochère de l'Hôtel du Grand Orient de France, au numéro 16 de la rue Cadet. Probablement dans le courant de l'année 1885. Elle est racontée par le F∴ Charles Cousin (Charles Cousin, Racontars illustrés d'un vieux collectionneur, par l'auteur du "Voyage dans un grenier", éd. Librairie de l'art, Paris, 1887, pp. 38 et suivantes). Elle s'intitule "Francs-Maçons et Voyoucrates".

    "Six heures du matin. Le Frère GRIMLER, alsacien, Gardien de l'Hôtel, fume sa vieille pipe sur le pas de la porte, en petite tenue du matin. A deux pas de lui, sur le trottoir, GUGUSSE, la casquette à trois ponts sur l'oreille, le contemple d'un air engageant.

    GRIMLER, rébarbatif : As-tu bientôt fini de me reluquer, feignant ? Allons, passe ton chemin !

    GUGUSSE. C'est-y vous qu'êtes le portier de c'te boîte ?

    GRIMLER. Il n'y a pas de portier ici, crapule ! Je suis le Frère gardien du Grand-Orient, et je vais t'apprendre la politesse.

    GUGUSSE, respectueux et insinuant (il a remarqué la carrure imposante du Frère gardien) : Et pourquoi donc que vous me taperiez dessus ? J'ai une commission que papa m'a donnée pour
    votre boutique, et je viens aux renseignements.

    GRIMLER. Qu'est-ce qu'il fait, ton papa ?

    GUGUSSE. Nous travaillons ensemble. Le jour, on ramasse les bouts de cigare et on ouvre la portière aux aristos ; le soir on fait la recette à la porte des réunions publiques, et on travaille du battoir, quand c'est un bon bougre qui tient le crachoir.

    GRIMLER. C'est du propre !

    GUGUSSE, furieux. De quoi! espèce de larbin! as-tu fini de me mécaniser ? Dis-moi plutôt ousque je pourrai parler à ton grand Chef : c'est pour lui que papa m'a insinué une commission.

    GRIMLER. Notre grand Chef ! Connais pas.

    GUGUSSE. Ton président, que je veux dire. C'est-y pas comme ça que vous l'appelez ?

    GRIMLER. Nous n'en avons plus , pour le quart d'heure.

    GUGUSSE. Eh ben ! l'ancien alors, s'y n'a pas cassé sa pipe. Un vieux, qu'on m'a dit, avec une grosse tête blanche, et tondu à la malcontent. C'est-y ça?

    gugugsse.jpgGRIMLER. Le Frère Cousin ! Il n'est pas venu ici depuis cinq mois. Va le trouver chez lui, si tu veux.

    GUGUSSE. C'est-y vrai, dites, qu'y s'est vendu au Gouvernement, pour embêter les anarchisses ? Y paraît qu'y tartine contre nous , ce bougre-là , dans les gazettes , et qu'y s'a permis de blaguer les réunions publiques. Tu peux y dire que p'pa et moi, nous lui ferons la conduite, la première fois qu'y viendra à Belleville.

    GRIMLER, se contenant. Va toujours! j' t'écoute.

    GUGUSSE. y paraît qu'y blague aussi, dans sa circulaire, ces rossards de radicaux; c'est moi qui m'en bats l'œil! Des sales bourgeois comme eusses et comme ton Cousin, y n'en faut pus, mon vieux, c'est moi qui te le dis! Des jouisseurs, des richards, des exploiteurs du pauvre peup', des gavés, des aristos! Tout ça , et leur Rochefort, et leur Clemenceau, et ce gueux de Tolain surtout le renégat ! tout ça, ain soir en étouffant son perroquet, tout ça c'est de la marchandise pour Bondy ; au dépotoir tas de pourris, au dépotoir ! en attendant la justice du peup, qui te les collera au mur, et pus tôt que pus tard, mon vieux Pipelet!

    GRIMLER. Alors , vous êtes bien décidés, ton papa et toi, à casser les reins au Frère Cousin ?

    GUGUSSE. Fallait pas qu'y y aille! Pourquoi que ce mauvais bou défend à ses frères de voter pour papa et pour les amis ? Faut avoir des rentes maintenant, qu'y dit, pour être député , ou bien prouver qu'on gagne sa pauvre vie en travaillant, comme qui dirait, tous les jours. Malheur en v'là un ami du peup'. On t'en flanquera, mon bonhomme, des ouvriers modèles , qui font seulement pas le lundi avec les camarades!. Malheur! que je te dis, Pipelet. Tu peux l'y aller dire à ton Cousin , son affaire est dans le sac à Bibi ! Dis-moi seulement ousqu'on le rencontre.

    GRIMLER. Tiens! justement, le voici qui vient, derrière toi, sur le trottoir.

    (Gugusse a l'imprudence de se retourner et de faire le jeu de son interlocuteur. Un coup de botte formidable l'enlève à deux pieds du trottoir.)

    Pardon! lui dit GRIMLER, ce n'est pas le Frère Cousin. Je m'étais trompé. Si vous voulez l'attendre dans ma loge, nous continuerons notre petite conversation.

    GUGUSSE, écumant : Merci ! je te revaudrai ça, espèce d'hercule ! Toi et tes francs-maçons, je vous...

    Fin du Dialogue.

    MORALITÉ.

    Un pur trouve toujours un plus pur qui l'emm... argue !"

    _______________

    Un jeune anarchiste, surnommé Gugusse (le clown), vient au Grand Orient de bon matin pour exprimer son mécontentement à Charles Cousin à l'époque président du Conseil de l'Ordre. Il lui reproche son hostilité au mouvement anarchiste. Le dialogue ne permet pas de déterminer ce que le titi des rues parisiennes reproche exactement au "chef" du Grand Orient. On imagine que Charles Cousin avait publiquement soutenu le gouvernement (celui de Ferry ou de Brisson) dans ses critiques du mouvement anarchiste, très actif à l'époque. Les anarchistes prônaient la propagande par le fait, c'est-à-dire une stratégie politique alliant le discours politique au terrorisme, au sabotage, à la reprise individuelle, etc. Nous sommes probablement à quelques semaines des élections législatives d'octobre 1885.

    A six heures du matin, Cousin n'est pas là. Le jeune révolutionnaire tombe donc sur Grimler, le concierge de l'hôtel de la rue Cadet (le F∴ Servant comme disent les francs-maçons). Un colosse bien bâti qui prie le jeune garçon de passer son chemin. S'ensuit le dialogue ci-dessus, manifestement imaginé par Cousin qui n'a pas assisté à la scène et qui s'est sans doute fié au rapport de Grimler. Le ton monte rapidement. Le gringalet est nerveux. Il menace. Il invective. Grimler use alors d'un subterfuge pour détourner l'attention de Gugusse, lui flanquer un grand coup de pied au cul et précipiter la fin d'une conversation sans issue.

    Cousin en tire la leçon suivante : "Un pur trouve toujours un plus pur qui l'em... argue !" La tournure a vieilli et l'on sent que Cousin avait fait ses humanités latines. Nous dirions aujourd'hui plutôt: "Un dur finit toujours par trouver un plus dur que lui qui l'emmerde et conclut" (ici arguer = conclure). Ou mieux : "Qui va à la baffe prend la baffe."

    Cousin.jpgQui était le F∴ Charles Cousin ? Charles, Marie, Gabriel Cousin est né à Avallon dans le département de l’Yonne, le 15 avril 1822.

    Il fit ses études à Paris, au lycée Louis-le-Grand. Brillant élève, il fut lauréat du Concours général. Ses études achevées, Cousin intégra le ministère de l’Instruction publique en 1843, puis la Compagnie des chemins de fer du Nord en 1846 où il fit toute sa carrière professionnelle et dont il finit par devenir le directeur d’exploitation.

    Charles Cousin est un personnage important de la franc-maçonnerie du XIXe siècle, très injustement oublié aujourd’hui, comme c’est souvent le cas, hélas, des personnages remarquables. Vénérable de la R∴L∴ La Clémente Amitié à l’O∴ de Paris, il présida la cérémonie d’initiation d’Emile Littré, Honoré Chavée et Jules Ferry en 1875. Il est ensuite devenu président du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France de 1883 à 1885. Il en démissionna juste avant les législatives d'octobre 1885 pour protester contre les attaques portées par les radicaux contre son ami Jules Ferry. Cousin n'entra jamais en politique et refusa toutes les sollicitations à ce sujet.

    Charles Cousin, aux dires de ses amis fidèles, était un homme jovial et plein d'esprit. Il aimait rire et se surnommait volontiers "le Toqué". Mais comme toujours, les plus rigolos sont souvent ceux qui dissimulent les pensées les plus profondes et l’humanisme le plus généreux. C'est ainsi qu'il conçut l’idée d’une Encyclopédie populaire illustrée qu’il pensa faire distribuer gratuitement au plus grand nombre possible d’écoles. Il n’en eut pas le temps. La mort le surprit à Pont-à-Mousson le 16 septembre 1894.

    Le F∴ Cousin était enfin un grand collectionneur et un bibliophile averti. Il présidait la société des amis du livre. Contrairement à ce qu'on lit parfois, Charles Cousin n'a jamais été le conservateur du musée Carnavalet de Paris. Il ne doit pas être confondu avec Jules Cousin (1830-1899).

  • Faiblesses occultes

    Imprimer

    jean marquès-rivière,collabo,antimaçonnisme,psychiatrie,haine,rené guénon,fascisme

    Je viens d'achever la lecture d'un article passionnant de Denis Andro sur Jean Marquès-Rivière (1903-2000) qui fut, en 1943, le scénariste du célèbre film antimaçonnique « Forces Occultes » (*). Denis Andro analyse le parcours sinueux d'un homme torturé, passé brièvement par la franc-maçonnerie avant de la combattre avec virulence (Marquès-Rivière aurait été membre de la loge Théba de la Grande Loge de France comme René Guénon d'ailleurs).

    En 1930, Jean Marquès-Rivière a une « crise » manifestement retentissante. Voici ce que Denis Andro écrit à ce sujet :

    « Certains historiens de l'occultisme et de l'ésotérisme décrivent cette crise comme le résultat d'un rituel tantrique qui aurait abouti à une forme d'obsession (pour reprendre ici un terme spirite) par une entité du monde intermédiaire. Selon un spécialiste du sivaïsme que nous avons consulté à ce propos, il s'agirait plutôt d'une expression de perturbations psychologiques. Remettons cette crise en en perspective.

    On peut observer que plusieurs protagonistes proches durant cette période de Marquès-Rivière, comme Guénon, traversent également une période de crise personnelle qui se traduit notamment par l'expression de troubles qui seraient dus à des attaques de la « contre-initiation » ; ce milieu est par ailleurs clivé par un conflit entre les « deux tradition », orientale et occidentale : ainsi Tamos – Georges Thomas (1886-1966), responsable du Voile d'Isis, ancien de la Société Théosophique et « protecteur » psychique de Guénon, a à présent un questionnement anti-oriental auquel va momentanément se rallier Marquès-Rivière – qui va chercher un dénouement de sa crise à travers le grand exorciste de l'archidiocèse de Paris Joseph de Tonquédec et le retour au catholicisme.

    Il convient de relever le rôle décisif des croyances en des attaques magiques chez ces hommes ; il mérite sans doute d'être examiné de près, comme un liant entre acteurs de ce domaine mais aussi comme un « langage » à travers lequel s'expriment les conflits – un peu comme dans les sociétés traditionnelles étudiées par les ethnologues. »

    Personnellement, je crois que « le rôle décisif des croyances en des attaques magiques » mérite d'être examiné plutôt sous l'angle de la psychiatrie que de l'ethnologie (je ne suis d'ailleurs pas étonné de noter la présence du nocif René Guénon). En effet, j'ai l'impression que Denis Andro prend un luxe de précautions pour décrire ce qui s'apparente vraisemblablement à un délire paranoïaque. Il me semble évident que Marquès-Rivière avait une condition délirante qui l'a amené à se croire persécuté. Et ce n'est pas un hasard, à mon avis, si la défaite de 1940 et l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, lui ont permis d'exprimer sa psychose à l'échelle du pays tout entier, notamment au travers de sa dénonciation obsessionnelle et irrationnelle du fameux complot judéo-maçonnique. Cette dénonciation lui a permis de se poser en victime déresponsabilisée de ses actes et de ses paroles (l'homme a d'ailleurs fui la France pour échapper à la justice). Comment un tel individu, déjà très atteint psychologiquement, n'aurait-il pas vacillé dans un contexte de guerre et d'intenses bouleversements géopolitiques ?

    ______________

    (*) Denis Andro, Faiblesses occultes. Les incarnations politiques et spirituelles de Jean Marquès-Rivière, Chroniques d'Histoire Maçonnique, n°67, année 2011. A commander chez Conform Edition.

     
    jean marquès-rivière,collabo,antimaçonnisme,psychiatrie,haine,rené guénon,fascisme,denis andro,histoireEn 1943, le film « Forces occultes » sort sur les écrans. Le scénario de ce moyen-métrage de cinquante minutes a été réalisé par deux anciens francs-maçons  : Jean Marquès-Rivière et Jean Mamy (sous le pseudonyme de Paul Riche). Ces hommes se sont tournés du côté des nazis dès 1941 et se sont dépensés sans compter pour éliminer toute résistance au régime vichyste. Marquès-Rivière fuit la France dès la fin de la guerre sentant que ses positions ne lui éviteraient pas la peine capitale. En effet, il fut condamné à mort par contumace. Mamy, lui, a été fusillé en 1949. Marquès-Rivière présenta le film au public parisien le 9 mars 1943. Il vilipenda les Juifs et les francs-maçons dans des termes odieux : « Il est pitoyable que la mémoire si courte des Français leur ait déjà fait oublier les causes profondes de la situation présente. Car, enfin, qui dirigeait le régime pourri qui a ruiné et ensanglanté la France, qui en formait les cadres permanents et reconnus, sinon la Maçonnerie, paravent commode de la juiverie internationale ? » Tant de haine jetée sur les francs-maçons ne fut pas sans conséquence. Le bilan des persécutions a été lourd car sur les soixante mille francs-maçons fichés par la police de Vichy, six mille ont été inquiétés et près de mille ont été déportés dans les camps de concentration ou fusillés.