Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

godf - Page 7

  • Alexandre le malheureux

    Imprimer

    chevalier.jpgJe voudrais revenir sur le très beau portrait que Denis Lefebvre a dressé du F∴ Alexandre Chevalier, ancien G∴M∴ du G∴O∴D∴F∴ de septembre 1965 à septembre 1966. Je ne vais volontairement pas entrer dans les détails de cette étude remarquable que vous pourrez lire en intégralité en vous procurant le dernier numéro des Chroniques d’Histoire Maçonnique. Mais je souhaiterais en dire cependant quelques mots, dans la mesure où je crois qu’on peut y trouver les origines de ce que nous vivons au sein du G∴O∴D∴F∴.

    Et que vivons-nous ? Depuis une quarantaine d’années, nous vivons sur l’idée que notre obédience doit être nécessairement et résolument engagée dans le monde profane. Nous constatons que l'exécutif a pris l'habitude de s’exprimer régulièrement et publiquement au nom de ses membres. Parfois – mais c’est très rare - cette expression publique se fait à bon escient, soit parce que le sujet est grave, soit parce que l’urgence commande un positionnement. Mais le plus souvent, cette expression publique est intempestive et inutilement clivante. Et surtout elle ne reflète absolument pas la diversité des opinions au sein des LL∴ de l’Obédience.

    Je prendrai un seul exemple en guise d’illustration. Le 8 octobre dernier, le Conseil de l’Ordre du G∴O∴D∴F∴ a publié un communiqué hostile à la ratification de la charte européenne des langues régionales et minoritaires perçue comme une atteinte intolérable à l’indivisibilité de la République et à l’unité des Français. Mais dans le même temps, vous avez de nombreuses loges du G∴O∴D∴F∴ qui organisent plus ou moins régulièrement des tenues dans des dialectes régionaux. La mienne, par exemple, apprécie de travailler de temps en temps en occitan. Je connais par ailleurs d’excellents FF∴ qui ont à cœur de défendre et de promouvoir la culture et la langue occitanes. Certains d'entre eux ne sont peut-être pas hostiles à la charte européenne contrairement à ce que le communiqué du G∴O∴D∴F∴ pourrait laisser penser. Ce sont pourtant d'excellents républicains. J'ai pu constater, par exemple et à mon grand étonnement, que le conservateur du musée de la franc-maçonnerie parlait remarquablement le patois des Cévennes. Faut-il y voir une marque de défiance à l’égard de l’indivisibilité de la République ? Non bien sûr !

    Si on veut donc qu’une parole publique ait un tant soit peu de valeur, il n’y a pas trente-six solutions : il faut qu’elle demeure rare, exceptionnelle, réfléchie et mesurée. Sinon elle se banalise et cristallise inutilement les oppositions. Elle devient une simple réaction, un gazouillis, un bruit de fond. On finit par ne plus y prêter attention.

    C’est bien parce qu’il pressentait de telles dérives et qu'il redoutait des risques d’instrumentalisation politique de l’Obédience que le F∴ Alexandre Chevalier a été combattu dans les années soixante lorsqu'il a assumé la grande maîtrise et la présidence du Conseil de l'Ordre. Denis Lefebvre écrit (Chroniques d'Histoire Maçonnique, n°76, p. 81) :

    "Dans son message aux Frères du Grand Orient, en septembre 1965, le nouveau Grand Maître ne cache rien de son constat et des ambitions qu'il fixe à l'obédience :

    "Vous voilà revenus dans vos Orients respectifs. Les travaux du Convent 1965 son terminés, des tâches nouvelles vous attendent.

    Vous avez librement débattu des problèmes intéressant l'Ordre et aussi les sociétés humaines. Votre volonté catégorique d'effacer  définitivement certaines taches sera respectée, croyez-moi. Mais je sais aussi que vous voulez que nous tournions définitivement la page sur les séquelles des méthodes que nous avons utilisées jusqu'à ce jour dans l'Ordre.

    La Maçonnerie se fonde sur l'avenir et non sur un passé politique usé. Elle n'est pas un tremplin pour un électoralisme poussiéreux. Elle est une école de réflexion déterminant une certaine qualité des relations humaines."

    Le message est clair : la politique politicienne doit être bannie des temples, même si l'obédience doit être politique, mais au sens plein du terme."

    Pour Chevalier, la Maçonnerie devait demeurer un centre d'union où les opinions les plus diverses pouvaient librement s'exprimer. Elle ne devait pas être, selon ses propres mots, "une succursale de partis, de groupement, ou un conglomérat de clans." (Chroniques d'Histoire Maçonnique, n°76, p.90)

    Quand on se rappelle de certains événements récents, notamment de ceux qui ont eu lieu dans l'entre deux tours des dernières élections régionales, on se rend compte à quel point le F∴ Alexandre Chevalier avait vu juste, lui qui, pourtant, avait engagé le G∴O∴D∴F∴ dans des réflexions sociétales poussées, notamment sur la jeunesse et le planning familial.

    En 1966, le G∴M∴ Chevalier écrivait (Chroniques d'Histoire Maçonnique, n°76, p.87) :

    "Le Grand Orient n'est pas un parti politique, mais une société initiatique, c'est-à-dire faite pour l'homme. Autrement dit, elle développe l'esprit critique, contribue aux améliorations de la dignité de l'homme en exaltant sa personnalité et sa culture."

    Denis Lefebvre montre dans son étude que Chevalier, déjà diminué par la maladie (il mourra en 1969), a été ensuite victime de manoeuvres d'appareil ayant abouti à son lâchage par le Conseil de l'Ordre devant le Convent 1966 (un fait sans précédent selon l'auteur). Chevalier a donc été désavoué par l'exécutif obédientiel qu'il présidait. Alexandre Chevalier a été attaqué par ceux qui voulaient que le G∴O∴D∴F∴ s'engage résolument et de façon visible dans la Cité au risque de se retrouver inféodé à des pensées, des doctrines et des stratégies politiques particulières. Les conditions de l'éviction du F∴ Alexandre Chevalier ont été si expéditives et choquantes que même le F∴ Fred Zeller, pourtant connu pour ses opinions politiques tranchées (il fut le secrétaire particulier de Léon Trotsky), a éprouvé le besoin de rendre justice et hommage au F∴ Alexandre Chevalier dans son autobiographie publiée en 1976 (Fred Zeller, Trois points c'est tout, Robert Laffont).

    En conclusion, la très belle étude de Denis Lefebvre montre à quel point l'Histoire peut éclairer notre présent. Elle remet à l'honneur une grande figure du G∴O∴D∴F∴ injustement oubliée.

    _________

    C'est la fin de l'année, je vais donc faire une petite pause. Je vous souhaite d'excellentes fêtes et vous donne rendez-vous l'année prochaine. Prenez soin de vous et de vos proches.
  • Des Loges hors du commun

    Imprimer

    histoire,franc-maçonnerie,conform edition,nancy,boulangisme,toulon,bonaparte alexandre chevalier,godf,france,cultureChroniques d'Histoire Maçonnique (CHM), c'est la revue de l'Institut d'Etudes et de Recherches Maçonniques (IDERM) du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴). Sans doute moins connue qu'Humanisme ou La Chaîne d'Union, cette revue mériterait pourtant d'être (re)découverte par les maçons. Je viens en tout cas de la lire et je voudrais vous donner l'envie de vous la procurer.

    Dans le numéro 76, les CHM proposent quatre études dont deux sont rassemblées dans le dossier intitulé « Des loges hors du commun ».

    La première étude, écrite par Jean-Claude Couturier, étudie la façon dont les francs-maçons en général, et ceux de Nancy en particulier, ont réagi face à la montée du boulangisme à la fin du XIXe siècle. J'ai d'ailleurs déjà montré à quel point l'émergence politique, aussi soudaine que brève, du « Brav' Général » avait suscité de vives tensions au sein du G∴O∴D∴F∴. En tout cas, Nancy n'a pas été choisie au hasard. La loge « Saint-Jean de Jérusalem », qui existe toujours d'ailleurs, était l'une des plus actives du G∴O∴D∴F∴. En outre, la ville était devenue frontalière suite à la défaite de 1870 qui, comme l'on sait, avait abouti à l'annexion de l'Alsace et d'une grande partie de la Lorraine par l'Allemagne. L'auteur expose les différentes sensibilités politiques présentes dans l'arrondissement de Nancy. Il revient sur le parcours de certaines figures locales, profanes et maçonnes, qui se sont affrontées : Maurice Barrès, Paul Adam, Emile Gouttière-Vernolle, le publiciste Gugenheim, Alexis Schneider, l'ancien député de Nancy, le bouillonnant Gabriel, etc. A cette époque, des approches différentes de la République se sont opposées avec, d'un côté, « les opportunistes », c'est-à-dire des républicains modérés plus préoccupés d'économie que de social et, de l'autre, « les révisionnistes », sensibles à l'idée d'une république césariste, autoritaire et sociale. Cet affrontement a permis au radicalisme de mieux se structurer. Ce mouvement politique et idéologique a tenté par la suite de concilier les progrès économiques avec les progrès sociaux. Il a toujours été profondément attaché à une république parlementaire, au respect des lois constitutionnelles de 1875 et au refus de toute personnalisation excessive du pouvoir. Les maçons, eux, ont dû faire des choix dans cette période agitée.

    La deuxième étude est celle de Jean-Pierre Zimmer. Elle est consacrée à la loge « Les Vrais Amis Réunis d'Egypte » à l'orient de Toulon. Cet atelier est né sous la 1ère République, plus exactement sous le Directoire, durant la campagne de Bonaparte en Egypte. La loge fut fondée à Alexandrie le 28 août 1799 et elle était composée essentiellement de militaires de la marine. De retour en France, la loge s'établit à Toulon, port militaire, qu'elle ne quitta plus jusqu'à sa mise en sommeil aux alentours du mois d'octobre 1845. L'auteur retrace minutieusement la vie de cet atelier. C'est l'occasion également pour lui de revenir sur l'histoire du G∴O∴D∴F∴ dans la première moitié du XIXe siècle (la période napoléonienne, la Restauration et la Monarchie de Juillet). On se rend compte, par exemple, qu'une loge pouvait connaître des variations d'effectifs assez incroyables et qu'on aurait bien du mal à concevoir de nos jours. Ainsi, entre 1806 à 1807, Les Vrais Amis Réunis d'Egypte étaient passés de 48 à 61 membres... Voilà bien une croissance exceptionnelle qui laisserait rêveur n'importe quel Vénérable aujourd'hui. Jean-Pierre Zimmer montre bien cependant que cette loge demeurait fragile. En effet, les Frères sédentaires devaient nécessairement composer avec les Frères militaires qui étaient souvent sur les mers pour plusieurs mois.

    La troisième étude est celle de Jean-Yves Guengant. Elle est tout à fait singulière et passionnante car elle traite d'un pan méconnu de notre histoire. Pendant cinq années, le camp de prisonniers de l'Ile Longue, dans la presqu'île de Crozon (Finistère), a regroupé des milliers de civils arrêtés après la déclaration du guerre d'août 1914. Il s'agissait d'Allemands ou de ressortissants de pays alliés de l'Allemagne, lesquels étaient jugés potentiellement dangereux par les pouvoirs publics français. Jusqu'en 1919, ce camp a accueilli plus de cinq mille prisonniers. Une loge maçonnique a été fondée dans ce camp pendant quelques mois, à partir de janvier 1918. Elle prit le titre distinctif « In Ketten zum Licht » (Des Chaînes à la Lumière). L'auteur montre, de façon émouvante, comment les fondateurs se débrouillèrent pour créer cette loge, réunir le peu de matériel dont ils disposaient pour ouvrir régulièrement. On fit appel également à la mémoire de certains pour le rituel, etc.

    La quatrième étude est un portrait du Dr. Alexandre Chevalier (1910-1969), ancien Grand Maître du G∴O∴D∴F∴ (1965-1966), par Denis Lefebvre. Ce portrait m'a vraiment impressionné parce qu'il m'a permis de découvrir un maçon que je ne connaissais pas. J'avais sans doute déjà lu son nom parmi la liste des Grands Maîtres de l'Obédience mais sans chercher à savoir qui il était. Désormais, je le connais mieux grâce aux Chroniques d'Histoire Maçonnique. Cependant, je ne vais pas en dire davantage parce que j'ai l'intention de consacrer une note à Alexandre Chevalier. Le portrait de Lefebvre recèle en effet bien des enseignements sur le fonctionnement du G∴O∴D∴F∴. En lisant cette étude, j'ai pris conscience que l'oubli dans lequel le Grand Maître Chevalier est tenu, doit beaucoup à ceux qui, par la suite, se sont efforcés de réduire le G∴O∴D∴F∴ à des postures politico-médiatiques (mais ça, c'est un jugement personnel).

    Bref, j'ai passé d'agréables moments de lecture !

    Les Chroniques d'Histoire Maçonnique forment certes une revue savante, mais elles ont aussi vocation à s'adresser à un large public. Point n'est besoin d'être un historien chevronné pour pouvoir les apprécier. Il suffit d'aimer l'histoire en général et l'histoire maçonnique en particulier. Il suffit surtout d'être un peu curieux et d'avoir le désir de connaître le passé, peut-être pour mieux comprendre le présent et mieux anticiper le futur.

    Chroniques d'Histoire Maçonniques, n°76, Des Loges hors du commun, Institut d'Etudes et de Recherches Maçonniques. ISSN 0018-7364. Prix Public 10 €. Pour connaître les conditions d'abonnement, cliquez sur le site de Conform Editions.

  • Savoir raison garder

    Imprimer

    bataille.jpgLe F∴ Christian Bataille, président de la fraternelle parlementaire et député socialiste du nord, a accordé un entretien à François Koch. Lisez-le. C'est délirant surtout quand on songe que cet honorable parlementaire est issu d'une région qui n'aura aucun élu de gauche dans la prochaine assemblée régionale.

    Je crois que le F∴ Bataille est décidément bien mal placé pour faire la leçon de morale au F∴ Masseret qui, lui au moins, a le courage de ses opinions et a fait le choix, en bon républicain, de les porter jusqu'au bout devant les électeurs du Grand Est. Ce dernier l'a dit et redit : il considère qu'il doit y avoir une opposition présente au sein de l'assemblée régionale d'Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Sa position est limpide et logique. Elle ne mérite assurément pas les procès d'intention écoeurants lui sont régulièrement adressés par celles et ceux qui préfèrent la capitulation en rase campagne. Bataille serait plus inspiré de s'interroger sur les résultats obtenus par sa formation politique dans le Nord Pas-de-Calais.

    Mais le plus hallucinant reste la réponse de Bataille à la question « Y aura-t-il des procédures disciplinaires après le second tour des régionales ? »

    « A mon avis, oui, tant au PS qu’au GODF. Comment un frère responsable de l’élection d’un président de région FN, si c’est le cas, pourrait-il ne pas être sanctionné ? »

    Comment ne pas frémir en lisant pareille ineptie ? J'en ai honte pour le président de la Fraternelle parlementaire qui, j'ose le croire, ne s'est probablement pas rendu compte de l'énormité proférée.

    masseret.jpgEn effet, sanctionner Masseret reviendrait à instaurer le délit d'opinion au sein du G∴O∴D∴F∴ ! Ce serait fouler du pied tous les principes maçonniques les plus élémentaires. Ce serait confisquer l'Obédience pour en faire le théâtre de règlements de compte politique mesquins ! C'est en tout cas aussi con que si je préconisais sentencieusement des sanctions à l'encontre des FF∴ qui ont préféré se conformer aux injonctions de la rue de Solferino.

    Chaque F∴ est libre de se déterminer en conscience bon sang !

    Il faut donc savoir raison garder. Masseret ne s'est pas allié au FN ou n'est pas soutenu par lui (on n'est pas dans le même cas que celui de l'ex F∴ Jean-Pierre Soisson dans les années 90 en Bourgogne). Masseret ne prône pas les idées frontistes. C'est précisément tout le contraire ! Le F∴ Masseret a fait le choix courageux de le combattre jusqu'au bout, dans l'honneur et l'indépendance, afin que la gauche démocratique puisse conserver des représentants au niveau régional ! Et c'est pour cette seule raison qu'il est devenu aujourd'hui l'objet de la vindicte de ses camarades de parti. C'est un comble !

    Alors je sais : le risque est effectivement que la liste de Florian Philippot l'emporte (Philippot, ex chevénementiste, faut-il le rappeler ?). Mais comme je l'ai déjà dit, nous sommes en démocratie et si nous voulons que le FN sorte de sa « zone de confort », c'est-à-dire de la posture facile de l'opposant, il doit également mettre les mains dans le cambouis et assumer des responsabilités politiques.

    Ou bien alors il fallait tout simplement interdire le FN si on ne voulait vraiment pas d'un tel scénario. Ce n'est pas le chemin suivi par les pouvoirs publics de droite ou de gauche au cours de ces trente dernières années.

  • La fraternité est parfois une haine vigilante

    Imprimer

    Ronan Loaëc, Gérard Contremoulin, GODF, Michel MaffesoliLe F∴ Gérard Contremoulin a complaisamment relayé sur son blog ce commentaire du F∴ Ronan Loaëc posté sur Facebook à propos du dernier livre du F∴ Michel Maffesoli que je n'ai pas lu.

    ronan loaëc,gérard contremoulin,godf,michel maffesoli

    Ainsi pour Ronan Loaëc, Michel Maffesoli est un triste personnage. Il remet implicitement en cause ses compétences universitaires.

    Ronan Loaëc fait également une allusion putassière à la thèse d'Elizabeth Teissier qui avait défrayé la chronique au début des années 2000 (et qu'il n'a probablement pas lue).

    Je voudrais juste rappeler au passage ce qu'écrivait le F∴ Marcel Bolle de Bal, professeur émérite de l'Université Libre de Bruxelles, président d'honneur de l'Association internationale des sociologues de langue française, dans les colonnes du Soir de Bruxelles, le 20 septembre 2001 :

    "Comme la plupart d'entre eux, je n'ai pas lu cette thèse. Je ne porte donc nul jugement sur la valeur de celle-ci. Non, ce qui me choque, c'est le caractère irrationnel, subjectif, politique de cette réaction démesurée, se parant des oripeaux de la vertu scientifique et du rationalisme conquérant. Affirmer que rédiger une thèse sur l'astrologie comme croyance et fait social, ce serait reconnaître la valeur scientifique de l'astrologie, ce serait justifier la pratique de celle-ci, voila qui revient à interdire de faire une thèse sur l'alcoolisme, la délinquance, les sectes, etc., au prétexte que cela encouragerait ou validerait de telles pratiques. Absurde, non ? Or, en l'occurrence, c'est précisément l'astrologie comme croyance et fait social, et non l'astrologie comme discipline scientifique, qui a fait l'objet de la thèse incriminée. Il s'agit d'une thèse de sociologie, non d'une thèse d'astrologie. Les membres du jury eux-mêmes ont bien précisé qu'à leurs yeux l'astrologie n'était certainement pas une science."

    Mais Loaëc ne s'embarrasse guère de ce genre de nuance...

    L'objet de sa détestation ne se réduit d'ailleurs pas à la personne de Maffesoli mais s'étend de façon plus inquiétante à toutes les loges qui ont l'outrecuidance de l'inviter. Car inviter Maffesoli, pour Loaëc, c'est nécessairement faire preuve de naïveté et de complaisance coupable à l'égard du communautarisme... Et les responsables des ateliers concernés sont ravalés au rang de complice d'une oeuvre de démolition de la République (excusez du peu...).

    Je suis sidéré par cette prose de petit commissaire politique teigneux qui vous dit ce qu'il faut penser, ce qu'il faut lire et qui il faut inviter... 

    Mais le plus grave n'est pas là... Le plus grave c'est quand on songe que l'intéressé a été, l'an dernier, conseiller de l'Ordre délégué à la communication et aux médias du G∴O∴D∴F∴...

    Comment ne pas frémir en y pensant ?...

    Le F∴ Loaëc ferait donc bien de réapprendre les vertus du silence. Cela lui éviterait de dire des conneries.

  • La liberté absolue de conscience

    Imprimer

    ob_4b730e_10423716-670989179602796-8386132840519.jpgL’article 1 de la Constitution du Grand Orient de France énonce :

    « Institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, la franc-maçonnerie a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité.

    Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.

    Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.

    Considérant que les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.

    Elle attache une importance fondamentale à la laïcité.

    Elle a pour devise : liberté, égalité, fraternité. »

    Pour déterminer ce qu’il faut entendre par liberté absolue de conscience, il convient de se référer aux actes des Convents qui, seuls, éclairent le sens et la portée du texte constitutionnel.

    La liberté absolue de conscience est un concept qui a été discuté et voté afin de se substituer aux modifications successives de la Constitution du GODF, en 1849, 1854 et 1865. Cette Constitution affirmait notamment : « La franc-maçonnerie a pour principe l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. »

    La liberté absolue de conscience est donc une notion qui se réfère directement à la vie spirituelle de l’homme.

    Elle est la garantie que la franc-maçonnerie – du moins au Grand Orient de France – s’interdit de singer la religion et de lier les principes généraux de l'Ordre maçonnique aux doctrines religieuses particulières (en l’occurrence : le monothéisme et la migration de l’âme).

    Elle implique que la franc-maçonnerie doit ouvrir ses loges à toutes les opinions et à toutes les conceptions philosophiques, morales ou sociales, et que rien n’est plus contraire à l’Ordre que de classifier les francs-maçons en catégorie d’intérêts, d’opinions ou de doctrines (cf. circulaire du Conseil de l’Ordre du 18 novembre 1901).

    En d'autres termes, le franc-maçon doit être d’abord considéré par ses frères comme tel avant d’être vu sous l’angle de ses opinions particulières. La seule limite est de ne pas proférer des idées qui portent atteinte à la dignité humaine.

    Un croyant, pratiquant de surcroît, peut donc très bien se faire admettre en franc-maçonnerie mais il doit savoir que chez elle il n’y a pas de croyance a priori et que le seul engagement qu’elle préconise de chacun, c’est de penser, discuter et agir suivant sa conscience et sa raison dans le respect des autres.

  • L'infiltration islamiste au sein du G∴O∴D∴F∴. Suite et fin ?

    Imprimer

    islamisme, franc-maçonnerie, extrême droite, Daniel Keller, godf

    Le F Daniel Keller, Grand Maître du G∴O∴D∴F∴, vient de siffler utilement la fin de la récré en dédramatisant les prétendues tentatives d'entrisme d'éléments musulmans intégristes au sein de la plus importante obédience maçonnique française du côté de Lyon et sa région.

    J'ai d'ailleurs montré par l'exemple sur ce blog ce dont il pouvait s'agir en réalité tout en soulignant que le risque zéro n'existait pas bien entendu.

    Je voudrais quand même rappeler que les dernières manifestations d'antimaçonnisme en France ont été l'oeuvre soit de personnes désoeuvrées ou psychologiquement fragiles (cf. le saccage du local de Montélimar dans le département de la Drôme et l'incendie du local de Bernay dans le département de l'Eure) soit de groupuscules fascistes et catholiques intégristes durant le débat parlementaire sur l'élargissement du mariage aux personnes de même sexe.

  • Alain Bauer et le Front National

    Imprimer

    Déclaration hallucinante du F∴ Alain Bauer, ancien Grand Maître du G∴O∴D∴F∴, sur l'antenne de RMC le 1er octobre dernier.

    Alain Bauer fait preuve d'une étrange bienveillance à l'égard de Marine Le Pen ("à ne pas jeter par a priori"), qui préside pourtant un parti politique dont l'idéologie, l'histoire, les discours et les pratiques sont depuis l'origine en dehors des valeurs de la République démocratique, sociale et laïque. Il lui prédit même, non sans imprudence, un succès au premier tour de l'élection présidentielle (comme d'ailleurs nombre de médias qui considèrent déjà que son succès électoral est inéluctable).

    Alain Bauer ne craint pas d'affirmer que les thèses d'extrême droite rencontrent un certain écho chez les francs-maçons, comme si ces derniers étaient en quelque sorte le pâle reflet de l'état de l'opinion française en 2015, comme s'ils étaient réceptifs aux prises de position d'une extrême droite qui les déteste depuis toujours ! Je ne voudrais pas faire de mauvais procès à Alain Bauer, mais il accrédite tout de même implicitement l'idée que le FN a changé avec Marine Le Pen, qu'il est devenu plus structuré politiquement que par le passé, et qu'au fond, il devient désormais fréquentable. Pourtant n'importe quel spécialiste de la sociologie des organisations vous le dira : ce n'est pas parce qu'une organisation partisane change de président, change de nom ou de siège social, qu'elle change fondamentalement de discours et de positionnement politique.

    Mais Bauer va encore plus loin. Il soutient que des francs-maçons sont membres du FN. Si ce qu’il dit est vrai et repose sur des faits établis et vérifiés, si être franc-maçon et frontiste encarté ou sympathisant est devenu aujourd'hui plus un sujet qu'un problème, si rassembler ce qui est épars est conciliable avec le rejet d'autrui en raison de ses origines, alors il me semble qu'Alain Bauer a le devoir, en tant qu’ancien Grand Maître du G∴O∴D∴F∴, de susciter officiellement ce débat au sein de l'obédience au lieu de faire le guignol sur l’antenne de RMC. Car le F Bauer sait parfaitement que la qualité maçonnique est totalement incompatible avec l’appartenance à des associations ou à des partis politiques qui prônent le racisme et la xénophobie.

    Qu'il me soit permis en tout cas de regretter qu'Alain Bauer n'ait pas saisi l'occasion de son passage sur RMC pour réaffirmer avec force et clarté cette incompatibilité fondamentale.

  • De "l'entrisme musulman" au G∴O∴D∴F∴

    Imprimer

    A moi les enfants de la V ! Des terroristes musulmans essaient d'infiltrer le G∴O∴D∴F∴ !

    Depuis plusieurs semaines, c'est l'effervescence dans la région lyonnaise et dans la vallée du Rhône car le G∴O∴D∴F∴ aurait reçu plusieurs candidatures suspectes.

    Vous voulez savoir à quoi ça ressemble une candidature suspecte ?

    (Cliquez sur l'image pour lire)

    terrorisme,islam,godf,franc-maçonnerie,salafisme,paranoïa

    Bref, c'est aussi crédible qu'un mail envoyé par un inconnu qui vous dit qu'il est atteint du cancer en phase terminale et qu'il a décidé comme ça, un beau jour, de vous léguer - oui ! à vous qu'il n'a jamais rencontré - son immense fortune de plus d'un million de dollars.

    Bref, vous l'aurez compris, c'est de la prose d'analphabète et c'est bien le genre de message douteux qui aurait dû être jeté à la corbeille comme tous les autres spams quotidiens. Un non événement en somme.

    En effet, point n'est besoin d'être analyste à la DGSI ou à la DGSE pour flairer le plan foireux à des kilomètres.

    Bref, c'est de l'amateurisme crasseux ou un canular lourdingue.

    "Bijour missié. Ji voudré divinir frimaçon kar ji ti trouve tré genti ? Eské ti pi mi répond tré vit siouplé ?" Non mais franchement... vous n'avez pas envie de rire ?

    Et le drame, vous voulez que je vous dise ? C'est l'excitation avec laquelle ce genre de candidature comico-tragique est accueilli ! Jugez-plutôt ce courrier électronique qui m'a été transféré par un Fpeu regardant sur le secret de la correspondance (mais c'est habituel en maçonnerie... de nombreux FF ne savent pas se servir correctement des mails et constituent des listes qu'ils sont ensuite incapables de gérer... J'ai donc évidemment effacé les adresses).

    (Cliquez sur l'image pour lire)

    terrorisme,islam,godf,franc-maçonnerie,salafisme,paranoïa

    Vous avez bien lu. Il s'agit d'une "candidature habituelle d'entrisme musulman" (sic). Il faut quand même écrire plus vite qu'on ne réfléchit pour proférer une bêtise pareille et, surtout, oublier qu'il y a en maçonnerie de nombreux FF et SS de confession ou de culture musulmane qui n'ont rien à voir, directement ou indirectement, actuellement ou potentiellement, avec des terroristes fanatiques.

    Je vais redevenir un peu plus sérieux maintenant.

    Loin de moi l'idée de réfuter a priori un possible entrisme d'éléments subversifs au sein de la FM en général et du G∴O∴D∴F∴ en particulier. C'est un risque comme un autre. Mais il ne faut pas l'exagérer non plus, surtout s'il se concrétise de façon aussi caricaturale et risible que le premier mail ci-dessus.

    Pour ma part, je trouve qu'il serait urgent et utile de s'interroger sur un autre type d'entrisme : l'entrisme des cons car des cons, il y en a beaucoup et de toutes sortes. Parfois, ils sont difficiles à repérer parce qu'ils forment des cellules dormantes. Mais le plus souvent, ils parlent bruyamment tout en s'agitant beaucoup. Et comme le disait le regretté Audiard, ils osent tout et c'est précisément à ça qu'on les reconnaît.

    Qui pourrait prétendre qu'on a endigué cette menace pour l'Obédience ? Hein ?