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  • La querelle des Anciens et des Modernes selon Richard Berman

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    Laurence Dermott.jpgDans une de mes notes précédentes, j'ai fait référence à un article consacré à l'historien Richard (Ric) Berman publié dans le dernier numéro de Freemasonry Today (n°35), la revue officielle de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Je voudrais à présent revenir sur le fond de ses propos qui éclairent sous un jour nouveau la fameuse querelle des Anciens et des Modernes. L'auteur y a d'ailleurs consacré un livre qui, sauf erreur ou omission de ma part, n'a pas encore fait l'objet d'une traduction en français (Ric Berman, Schism, The Battle that forged Freemasonry, Sussex Academic Press, 2013-2014, passim). Je rappelle que cette querelle s'est soldée par un schisme profond au sein de la franc-maçonnerie anglaise. Ce schisme a duré soixante deux ans, de 1751 à 1813. La réconciliation entre la Grande Loge des Anciens et la Grande Loge des Modernes a donné naissance à la Grande Loge Unie d'Angleterre que nous connaissons aujourd'hui.

    Cette querelle est relativement peu connue des francs-maçons français qui la réduisent souvent à des divergences religieuses. C'est aussi mon cas. J'ai toujours eu ainsi une inclination naturelle et une sympathie spontanée à l'égard du latidudinarisme des Modernes qui m'a souvent paru comme une préfiguration de la liberté de conscience telle qu'elle a été proclamée, un siècle plus tard, par le Grand Orient de Belgique en 1871 et par le Grand Orient de France en 1877. En revanche, j'ai toujours eu du mal avec le théisme des Anciens. Je n'ai pas fondamentalement changé d'opinion et de vision des choses mais je dois quand même reconnaître que les analyses de Berman m'ont permis de comprendre ce schisme de manière beaucoup plus large en considérant cette fois les classes sociales auxquelles appartenaient les premiers francs-maçons.

    Que dit Berman ? Que la franc-maçonnerie anglaise a connu en son sein une sorte de lutte des classes sous l'effet conjugué de l'industrialisation croissante de l'Angleterre et du phénomène d'exode rural. Cette révolution industrielle et cet exode rural ont poussé vers les villes de nombreuses personnes de condition modeste. Un certain nombre d'entre elles a rejoint les loges maçonniques, notamment à Londres, pour participer à cette forme originale de sociabilité et se construire une vie nouvelle. Les aristocrates anglais ont été donc obligés de composer avec l'émergence d'une classe moyenne ou d'une petite bourgeoisie au sein des ateliers (commerçants, artisans, employés, professions libérales, etc.). La coexistence a été compliquée, voire conflictuelle.

    A l'industrialisation et à l'exode rural, Bergman ajoute un troisième phénomène : l'immigration économique. Ce fut notamment le cas des Irlandais. Bergman rappelle que la venue des Irlandais en Angleterre, notamment à Londres, a été problématique à bien des égards. Ces derniers, de religion catholique romaine, ont été souvent victimes de xénophobie et de racisme de la part de la population anglaise. Les Irlandais étaient perçus comme des sous-hommes. Ils étaient souvent caricaturés sous des traits simiesques. Richard Bergman souligne que la franc-maçonnerie anglaise, miroir de la société, ne fut hélas pas insensible à ce sentiment anti-Irlandais. D'où des tensions sociales, politiques et religieuses en son sein.

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    Le travail de Richard Berman permet de mieux comprendre le personnage de Laurence Dermott (1720-1791) que je vois désormais sous un tout autre angle. Ce jeune Irlandais, venu s'installer en Angleterre pour ses affaires en 1748, a fréquenté dans un premier temps une loge londonienne pour très vite s'en détacher et rejoindre une loge dissidente formée par des membres de la diaspora irlandaise et, peut-être, des gens de « basse extraction sociale » que les gentlemen de la capitale répugnaient à côtoyer en loge. Au lieu de faire profil bas et de vivre honteusement une « maçonnerie de déclassés », Laurence Dermott a compris que la meilleure des défenses était l'attaque. Il a eu le génie de jeter les bases d'une obédience concurrente à la Grande Loge d'Angleterre et de l'appeler « Grande Loge d'Angleterre des Anciens » (Antient Grand Lodge of England) pour mieux souligner son antériorité et donc sa supériorité sur la Grande Loge d'Angleterre de 1717 désormais qualifiée de « Moderne » par dérision. Les « Modernes » veulent-ils jouer les arbitres des élégances maçonniques ? Qu'à cela ne tienne ! Dermott s'est évertué à démontrer que ces dernier étaient en réalité en rupture avec les « anciens devoirs » (old charges) formant l'assise de la véritable franc-maçonnerie. Dermott ne leur a rien laissé passer. Il a pris soin de contester frontalement tous les leurs usages pour en substituer de nouveaux (ex : inversion des colonnes J et B, des mots de passe, des marches, etc.).

    Laurence Dermott a exposé et théorisé son combat maçonnique dans Ahiman Rezon (1751). Il est difficile de comprendre cet ouvrage en faisant abstraction du contexte social et politique. Laurence Dermott s'est engagé dans un débat violent sur la légitimité maçonnique. Autrement dit, ce que les Modernes ont exprimé sur un plan maçonnique (discrimination dans les admissions, absence de démocratie dans les loges, préjugés sociaux et politiques, etc.), les Anciens se sont empressés de le contester énergiquement, parfois même avec agressivité. Dermott est donc parvenu à renverser habilement le sentiment élitaire au profit de la dissidence. Pour le dire encore autrement, Dermott est parvenu à affirmer la légitimité maçonnique de la classe moyenne et à l'opposer frontalement aux classes sociales dominantes qui formaient alors la maçonnerie moderne (aristocratie et grande bourgeoisie anglaises). Dès 1751, grâce à Ahiman Razon, Laurence Dermott est arrivé à fédérer de nombreuses loges dissidentes sur tout le territoire anglais : une trentaine de loges en 1753 ; une quarantaine en 1754 et plus de deux cents loges dans les années 1780 ! C'est la raison pour laquelle Ahiman Rezon est un livre déroutant. Dermott y critique certes le latitudinarisme des Modernes mais il y défend aussi la démocratie au sein des loges, notamment au travers de la libre élection des officiers (sujet sensible et important qui, je le rappelle, a abouti en France à la fondation du Grand Orient en 1773). 

    Comment expliquer le succès rapide et durable des Anciens sur les Modernes ? Selon Richard Berman, ce succès doit beaucoup d'une part à l'ingéniosité de ses membres et surtout à leur capacité de se projeter dans une dimension réellement universelle. La Grande Loge des Anciens a su par exemple profiter de la dynamique de l'empire britannique. Elle a ainsi favorisé les contacts entre les frères, même les plus éloignés, par un moyen très simple : le diplôme maçonnique utilisé comme moyen de reconnaissance et donc de passeport. Cet instrument de voyage a notamment permis de tisser et maintenir des contacts, par exemple avec les frères irlandais installés en Amérique du Nord. Petit à petit, le tissus relationnel de la Grande Loge des Anciens s'est élargi à d'autres régions du monde alors que la Grande Loge des Modernes, sûre de son importance et obsédée par le maintien de ses prérogatives, s'est au contraire embourbée dans une bureaucratie interne et dans des préjugés de classe.

    Le succès de la Grande Loge des Anciens tient d'autre part au fait que cette obédience a beaucoup encouragé la solidarité économique et sociale entre ses membres. Laurence Dermott, par exemple, accordait énormément d'importance à la charité et à la capacité des loges de lever des fonds et de mutualiser leurs moyens pour venir au secours des frères dans le besoin. Il est évident que cette manière d'envisager le travail maçonnique a exercé un certain attrait sur les frères les plus fragiles ou sur ceux qui ont vu dans la franc-maçonnerie le moyen de s'élever socialement. La Grande Loge des Anciens a ainsi permis d'offrir un cadre aux aspirations d'un nombre croissant de francs-maçons. Ceci dit, il ne faudrait pas en déduire que la Grande Loge des Anciens formait « une sorte d'obédience prolétarienne » ou un club d'entraide. Ce serait évidemment caricatural. La réalité est infiniment plus subtil. Les enjeux politiques n'étaient évidemment pas absents. En effet, dès 1756, les aristocraties irlandaise et écossaise ont investi la Grande Loge des Anciens, trop heureuses sans doute de pouvoir faire contrepoids à l'aristocratie anglaise. Les nobles irlandais et écossais ont ainsi favorisé les liens fraternels officiels entre la Grande Loge des Anciens, la Grande Loge d'Irlande (1725) et la Grande Loge d'Ecosse (1736). L'isolement de la Grande Loge des Modernes est devenu devenu à peu près complet en 1773.

    949407037.jpgCe schisme a eu un impact considérable sur le devenir de la franc-maçonnerie outre-Manche. En 1813, lorsque les deux tendances se sont réconciliées, la nouvelle alliance s'est naturellement faite au profit de la majorité issue de la Grande Loge des Anciens. On retrouve en effet dans les pratiques maçonniques actuelles de la Grande Loge Unie d'Angleterre certaines axes fondamentaux des Anciens : une rigidité doctrinale qui n'exclut pas certains accommodements et une pratique développée de la charité sous forme d'aides financières et logistiques à de nombreuses œuvres de bienfaisance. Pour autant, deux cent trois ans après la grande réconciliation, la « lutte des classes » subsiste bel et bien au sein de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Pour Richard Berman, elle se perçoit notamment dans le caractère hétérogène de la franc-maçonnerie britannique. Il indique (cf. Freemasonry Today, op.cit., p. 61) :

    « There is a very broad base of members, but some lodges continue to be elitist while others are far more accessible and more middling in their membership. It's a picture of society. » (Il y a une base très large de membres, mais certaines loges continuent d'être élitistes pendant que d'autres sont plus accessibles et plus mélangées dans leur composition. C'est une image de la société).

    En ce tricentenaire de la naissance de la franc-maçonnerie spéculative, le travail original de Richard Berman permet à la Grande Loge Unie d'Angleterre de gratter les plaies de son identité. 

    Je précise que Richard Berman est titulaire pour 2016 des conférences prestoniennes (« prestonian lecturers »). Ces conférences ont lieu, chaque année, sous l'égide de la Grande Loge Unie d'Angleterre. William Preston (1742-1818) avait prévu une disposition testamentaire en faveur de la Grande Loge Unie d'Angleterre subordonnant l'envoi en possession de son legs à l'organisation annuelle de conférences destinées à parfaire l'éducation maçonnique des frères.

  • Grande Loge de France (suite et fin)

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    GLDF.jpgJe viens de recevoir un gentil message d'un membre de la Grande Loge de France manifestement chagriné que je sois venu en appui d'un texte écrit par un « collège des invisibles » (dont je ne connais aucun des membres) et publié sur le blog de La Maçonne.

    Ce frère m'indique notamment ceci :

    « Pour ce qui concerne la GLDF, merci de vous y intéresser, je ne commenterais pas vos dires, mais je soulignerai simplement que TOUT ce qui s'est fait ces dernières années a été voté par les convents à une majorité de plus de 80% des délégués des loges... au moins. Que l'orientation prise par mon obédience ne convienne pas à certaines « sensibilités », je peux tout à fait le concevoir, mais il parait évident qu'elle correspond au désir d'une large majorité de frères.. . Quand à ramener « l'esprit » de l'obédience à celui qu'il était au temps de notre dernière guerre des religions, cela me parait aussi abusif que de ramener le GODF à l'esprit de godillot du pouvoir qui a été le sien à certains moments de son histoire (...). »

    Je souhaiterais, sans polémiquer, rappeler les points suivants :

    1°) On peut prendre de très mauvaises décisions même à 80% de majorité. Ce faisant, il ne s'agit pas d'un jugement de valeur de ma part mais d'une réalité que les instances de la Grande Loge de France ont fini par admettre en renonçant à poursuivre des démarches illusoires de reconnaissance auprès de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Je comprends que ces instances aient tenté un rapprochement avec Londres en spéculant sur les déboires de la Grande Loge Nationale Française. Ça fait tellement longtemps qu'elles y travaillent. Elles ont voulu profiter de l'aubaine.

    2°) Il est un fait que la Grande Loge de France - obnubilée par les promesses inconsidérées de quelques Grandes Loges européennes - a cru pouvoir obtenir cette reconnaissance dans le cadre d'une chimérique confédération maçonnique de France. Dans ce but, elle s'est progressivement marginalisée en France au cours des dernières années, par exemple en se désolidarisant de l'Institut Maçonnique de France et du Salon du Livre Maçonnique de Paris ou en édictant une circulaire, pour le moins singulière, sur les intervisites. Je me souviens que cette situation avait créé un certain émoi parmi les frères de la Grande Loge de France. Dans quelle proportion ? Je l'ignore. Suffisamment en tout cas pour qu'il se remarque.

    3°) A titre personnel, j'ai toujours pris soin de pas commenter outre mesure les décisions d'une obédience à laquelle je n'appartiens pas. Ainsi je ne me rappelle pas de m'être particulièrement alarmé de la constitution de la confédération maçonnique de France, probablement parce que j'étais déjà convaincu, comme Michel Barrat, que la montagne accoucherait inévitablement d'une souris. Par ailleurs, il m'est même arrivé de défendre Marc Henry (que je n'ai jamais rencontré) sur ce blog.

    4°) Je n'ai jamais eu l'intention de réduire l'esprit de la Grande Loge de France à la « Belle Epoque », période au cours de laquelle la franc-maçonnerie française fut particulièrement impliquée dans les débats politiques, économiques et sociaux. C'eût été absurde bien entendu. Une obédience évolue avec le temps. En revanche, j'ai voulu rappeler dans ma note, au travers d'Henri Brisson et d'Hégésippe Légitimus, que la réflexion sur des sujets dits « profanes » a toujours fait partie de l'histoire de la Grande Loge de France et qu'elle n'est pas illégitime. Je renvoie également les lecteurs à l'éloge funèbre de Frédéric Desmons par Gustave Mesureur. Il m'a toujours paru utile de rappeler ce passé là car je sais que certains frères de la Grande Loge de France ont tendance à vouloir le gommer ou l'atténuer fortement.

    Pour conclure, je tiens à dire que je n'ai aucun souci particulier avec la Grande Loge de France.

  • La Grande Loge Unie d'Angleterre et les pommes pourries

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    pomme.jpgDans le dernier numéro de Freemasonry Today, revue de la Grande Loge Unie d’Angleterre, il y a un petit article consacré aux travaux d’un groupe dénommé « Membership Focus Group » ou « MPF ». Ce groupe est chargé de réfléchir sur les raisons qui amènent de plus en plus de frères à démissionner de la franc-maçonnerie. On y apprend qu'une enquête a été menée auprès des loges de la Grande Loge Unie d'Angleterre pour mieux cerner les causes du phénomène.

    Il ressort de cette enquête que les problèmes de comportement individuel sont une des raisons de la désaffection de nombreux maçons. Il semble que le maçon démissionne moins parce qu’il est en désaccord avec son obédience que parce qu’il est d’abord confronté à des difficultés relationnelles avec un ou plusieurs frères de sa loge.

    Le MPF observe notamment :

    • Que les jeunes frères craignent les vieux francs-maçons généralement bien intentionnés mais dont les comportements sont parfois jugés autoritaires.
    • Les problèmes d’intimidation au sein des loges sont souvent le fait de frères dominateurs qui assument des offices et un grand nombre de responsabilités disproportionnées au sein et en dehors des ateliers.
    • Les démissions sont le résultat de tensions internes, de comportements hypocrites et dominateurs de vieux frères qui n’agissent pas toujours de manière maçonnique.

    Et de préciser sévèrement : « it only takes bad apple to turn the entire barrel sour » (Il suffit d'une pomme pourrie pour gâter tout le tas).

    Voici également d’autres points clés de cette enquête :

    • Environ 3/4 des maçons de la GLUA interrogés considèrent que le fait de fréquenter des frères qui respectent les autres et qui sont respectés en retour, est la condition sine qua non pour être heureux en franc-maçonnerie.
    • Plus de 31% des frères nouvellement initiés estiment que leurs attentes ne sont pas pleinement satisfaites.
    • Plus de 10% des maçons démissionnent dans les deux ans de leur initiation.

    La Grande Loge Unie d’Angleterre semble désireuse de tirer des enseignements de cette enquête. Elle souhaite :

    • que les comportements inadaptés soient repérés plus tôt ;
    • que les frères qui rencontrent des difficultés relationnelles, n’hésitent pas à en parler au lieu de s’isoler et, finalement, de démissionner silencieusement ;
    • que les frères soient encouragés à davantage se respecter les uns les autres, ce qui peut passer par des sensibilisations au moyen de programmes de développement personnel.

    Ce faisant l’obédience tempère les résultats de l'enquête en insistant sur les deux points suivants :

    • Les faits dénoncés ne sont pas aussi étendus et systématiques. Ils demeurent relativement rares.
    • La franc-maçonnerie est une association d’individus et il est malheureusement inévitable que des conflits surgissent en son sein comme dans n’importe quelle autre association humaine.

    4125329699.jpgIl est dommage que Freemasonry Today n'ait pas publié l'ensemble de l'enquête car je suppose que les démissions ne sauraient s'expliquer uniquement par des difficultés relationnelles entre jeunes et vieux francs-maçons (vieux au sens, bien sûr, des années d'appartenance). J'imagine qu'il y a d'autres raisons qui peuvent expliquer les démissions.

    Quand plus de 10% des frères nouvellement initiés démissionnent dans les deux ans de leur admission, c'est bien qu'il y a un sérieux problème. En effet, il faut savoir qu'une loge en Grande Bretagne se réunit ordinairement bien moins souvent qu'une loge française (7 à 8 tenues annuelles, généralement de septembre à mars-avril, en Angleterre, contre 20 tenues, de septembre à juin, en France). Ça signifie donc que de nombreux maçons anglais quittent la franc-maçonnerie au bout d'une petite dizaine de tenues à peine (je n'ai pas compté les tenues de loges d'instruction où on ne fait que répéter les cérémonies).

    Peut-on réduire ces pertes d'effectifs uniquement aux problèmes relationnels ? Ça paraît un peu court. Ne peut-on pas y voir aussi la conséquence d'une insatisfaction grandissante des frères à l'égard du travail maçonnique tel qu'il est conçu et pratiqué outre-Manche ? C'est possible surtout quand on songe aux quelque 31% de frères nouvellement initiés qui estiment que leurs besoins demeurent insatisfaits.

  • Le Brexit, un Waterloo de la franc-maçonnerie ?

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    glua.jpgJe ne suis pas l'auteur de l'expression dont je me suis servi pour le titre de cette note. Je l'ai empruntée à Francis Frankeski qui a écrit un court billet d'humeur sur le blog Hiram. Je vous invite à le lire. Il y indique notamment : 

    « Ce Brexit est quelque part le Waterloo de la franc-maçonnerie et ne cherchons pas de boucs émissaires, nous avons tous notre part de responsabilité même en part infime dans ce que nous pouvons constater chaque jour : l’abaissement de la Fraternité, le délitement de la Solidarité, le rejet de l’Egalité, les reculs multiples de la Liberté. »

    Je passerai rapidement sur le paradoxe de l’expression. Waterloo, du point de vue britannique, n’est pas une défaite mais une victoire.

    Ceci dit, il ne faut pas imputer à la franc-maçonnerie en général et à la britannique en particulier des responsabilités qui ne lui incombent pas.

    Ne peut-on pas voir tout de même dans le Brexit une forme d'impuissance de la franc-maçonnerie à diffuser ses valeurs en Europe ? Je ne le crois pas. En effet, pourquoi reprocher le Brexit à la franc-maçonnerie et pas aux autres associations, aux églises, aux clubs services, etc. ? Ce reproche me paraît d'autant plus absurde que la franc-maçonnerie n’a évidemment pas le monopole des grandes valeurs.

    En outre, il faut rappeler que la Grande Loge Unie d’Angleterre ne se mêle jamais des questions politiques. C’est sa tradition. Elle en a même fait un landmark. Pendant la campagne référendaire, elle est donc logiquement restée silencieuse.

    Lors de sa communication trimestrielle en date du 8 juin dernier, le pro-Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre n’a fait aucune allusion à l’éventualité du Brexit. Il s’est contenté d’évoquer les commémorations du 300ème anniversaire de la maçonnerie spéculative qui auront lieu l’an prochain. Et il a précisé que les frères  auront le droit de porter en loge la médaille du tricentenaire… On est (très) loin des turbulences de la politique britannique.

    Brexit, Grande Bretagne, France, Union européenne, GODF, GLUA, France, démocratieNéanmoins le Brexit aurait-il pu être évité si les francs-maçons britanniques s’étaient davantage impliqués dans la réflexion sociale comme c’est l’usage au Grand Orient de France ? Je ne le crois pas non plus.

    En effet, il faut éviter la condescendance à l’égard de nos frères britanniques même si ces derniers en manifestent parfois à notre égard. Il convient de rappeler que les loges britanniques soutiennent de très nombreuses œuvres de bienfaisance. Elles ont souvent une action sociale opérative bien plus systématique et efficace que celle de nos loges hexagonales qui aiment s'enivrer de belles idées et de concepts généreux.

    Et puis il faut considérer les enseignements de l'histoire maçonnique. Que nous apprennent-ils ? Que la réflexion sociale au sein des loges, aussi féconde et légitime soit-elle, n’a jamais prémuni un pays des tentations de repli et des dangers du nationalisme.

    Ainsi le Grand Orient de France n’a pas empêché la montée du fascisme en France dans l’entre-deux-guerres pas plus que l’avènement du Régime Vichyste après la capitulation de 1940 alors qu'il était pourtant très impliqué dans la vie de la Cité sous la Troisième République.

    Bref, le travail maçonnique n'est pas programmatique. Il ne dépend nullement des circonstances du temps présent ou de l'actualité profane. Il est un effort constant d'amélioration de soi au sein d'une communauté d'individus partageant ce même désir d'élévation morale et spirituelle. Ce n'est pas du nombrilisme. C'est simplement le principe lucide en vertu duquel toute prétention à vouloir améliorer la société passe fondamentalement par la volonté de s'améliorer soi-même. Tout le reste n'est que de la posture.