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  • Critica Masonica. Extrême droite et ésotérisme

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    jean-pierre bacot,stéphane françois,christophe bourseiller,paul-eric blanrue,jean-pierre servel,jean-marc vivenza,joseph de maistre,martinès de pasqualy,louis-claude de saint-martin,jean-baptiste willermoz,gérard encausse,rené guénon,arturo reghini,julius evola,rudolf von sebottendorff,philippe baillet,extrême droite,franc-maçonnerie,glnf,godf,georges godinet,fabienne pichard du pageLe F∴ Jean-Pierre Bacot, rédacteur en chef de la revue Critica Masonica, a eu la gentillesse de m'envoyer le numéro spécial de janvier 2016 consacré à l'ésotérisme et l'extrême droite. Un sujet qui, à titre personnel, m'a toujours passionné. Ce numéro spécial a été entièrement rédigé par Stéphane François, politologue et historien des idées, qui étudie depuis des années la nébuleuse des droites radicales en France et en Europe. Les principaux axes thématiques de recherches de Stéphane François portent sur l'étude politico-historique des droites radicales et plus particulièrement de la Nouvelle Droite, ce courant doctrinal protéiforme nourri depuis janvier 1968 à la fois par le Groupe de Recherche et d'Etudes pour la Civilisation Européenne (G.R.E.C.E.) et par le Club de l'Horloge. Stéphane François s'intéresse aussi aux sous-cultures que les droites radicales ont investi par un entrisme massif : le mouvement skinhead, la culture gabber aux Pays-Bas, le néo-paganisme, le racialisme völkish ou encore l'ésotérisme. C'est d'ésotérisme que François traite essentiellement dans ce numéro spécial de 170 pages de Critica Masonica dont voici le sommaire :

    • Introduction
    • Qu'est-ce que l'ésotérisme ?
    • L'antimodernisme d'extrême droite
    • La Nouvelle Droite et la « Tradition »
    • Tradition et extrême droite, le cas des éditions Pardès
    • Franc-Maçonnerie et extrême droite
    • Alexandre Douguine et l'extrême droite française
    • Néo-paganisme et nazisme
    • Des ovnis et des nazis
    • Au-delà du vent du nord : réflexions sur le paganisme d'extrême droite
    • L'extrême droite, le nordicisme et les indo-européens
    • Y a-t-il une culture d'extrême droite ?
    • Conclusion.

    Comme le souligne la revue Critica Masonica dans la présentation de ce numéro spécial, chacun des articles rédigé par Stéphane François a fait l'objet d'un livre à part entière. Le lecteur pourra donc éventuellement regretter que tel ou tel aspect d'un thème n'ait pas été suffisamment développé. Mais que le comité de rédaction de Critica Masonica se rassure ! Ce numéro spécial est absolument passionnant. Je crois que sa réussite majeure tient précisément à l'esprit de synthèse de Stéphane François. L'auteur écrit sans fioritures. Ses articles sont rédigés clairement. Il parvient à vulgariser et clarifier des concepts parfois ardus que l'usage tend à confondre allègrement (ésotérisme, occultisme, tradition). Les notes de bas de page sont abondantes et contiennent toutes les sources qui permettront au lecteur d'approfondir le sujet s'il en ressent la nécessité.

    Stéphane François aide le lecteur à mettre en perspective toutes ces idées politiques d'extrême droite et à les inscrire dans une dynamique historique (rejet des Lumières au profit de l'illuminisme, nostalgie de l'ordre ancien ou d'un âge d'or perdu, rejet de la modernité, obsession de la décadence, culte de la tradition primordiale, croyance en une histoire cyclique, croyance en un ethno-différentialisme aboutissant souvent au racisme, croyance en la possibilité de former une élite spirituelle susceptible de guider la société, rejet de la quantité, détestation de la démocratie, etc.).

    Les lecteurs réguliers et fidèles du blog « 3,5,7 et plus » connaissent déjà un peu ces notions que j'ai abordées – certes de façon succincte – dans des notes consacrées à René Guénon dont l'oeuvre exerce toujours aujourd'hui une sorte de magistère moral en franc-maçonnerie (notamment en France, en Italie et en Espagne) pour des raisons qui m'ont toujours paru étranges. Bien évidemment, j'ai lu l'article consacré à la franc-maçonnerie et l'extrême droite. Après avoir rappelé l'existence d'un fort antimaçonnisme d'extrême droite (notamment catholique romain), Stéphane François montre qu'il existe aussi depuis l'origine, au sein de la franc-maçonnerie, un vieux courant antimoderne fondé sur la notion de « tradition primordiale », d'initiation transmise de maître à disciple au sein de structures initiatiques régulières. Cette vision de la franc-maçonnerie, essentiellement religieuse et hostile à toute sécularisation, s'inscrit dans le sillage de penseurs et d'idéologues, francs-maçons ou non et plus ou moins importants, tels que Joseph de Maistre, Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin, Jean-Baptiste Willermoz, Gérard Encausse, Joséphin Peladan, René Guénon, Arturo Reghini, Julius Evola, Rudolf von Sebottendorf et, plus récemment, Jean-Marc Vivenza dont certains ouvrages ont été pubiés aux éditions Pardès fondées en 1982 par Georges Godinet et Fabienne Pichard du Page (cette maison d'édition du « traditionnalisme-révolutionnaire » a par exemple publié tous les ouvrages du théoricien fasciste Julius Evola traduits par Philippe Baillet).
    jean-pierre bacot,stéphane françois,christophe bourseiller,paul-eric blanrue,jean-pierre servel,jean-marc vivenza,joseph de maistre,martinès de pasqualy,louis-claude de saint-martin,jean-baptiste willermoz,gérard encausse,rené guénon,arturo reghini,julius evola,rudolf von sebottendorff,philippe baillet,extrême droite,franc-maçonnerie,glnf,godf,georges godinet,fabienne pichard du page

    Stéphane François reste cependant à un niveau d'observateur et d'universitaire. Il y manque peut-être – comment dire ? – l'expérience qui permettrait de donner un peu de vie à son analyse. A moins qu'il ne s'agisse, pour lui, d'éviter les ornières des polémiques stériles (ce que je peux comprendre tout à fait). Pour ce faire, je conseille de doubler la lecture du numéro spécial de Critica Masonica par celle du petit livre-témoignage de Christophe Bourseiller, spécialiste lui aussi des milieux undergrounds, marginaux et extrémistes, intitulé « Un maçon franc. Récit secret » (éditions Alphée). Le témoignage de Bourseiller permet, à mon avis, de compléter utilement les développements théoriques de Stéphane François.

    Dans cet ouvrage publié en 2010, Bourseiller revient sur ses années passées au sein de la Grande Loge Nationale Française (G∴L∴N∴F∴) dans une loge qu'il n'hésite pas à qualifier de fasciste et de profondément influencée par les idées de Guénon et d'Evola. Il raconte ses expériences et pérégrinations au sein d'une obédience sectaire, obsédée par la pureté de la régularité, qui se définit elle-même comme un ordre et interdit toujours à ses membres de fréquenter d'autres loges ne relevant pas de sa juridiction. Christophe Bourseiller raconte sa visite d'une loge évolienne qui a chassé toute référence hébraïque de son rituel. Il raconte sa visite d'une loge d’aristocrates où l'on glose entre soi sur les vertus de la noblesse. Il fréquente aussi des loges du régime écossais rectifié où l'on exige des postulants qu'ils soient baptisés et défendent la sainte religion chrétienne. Il y pratique le rite émulation où la tenue s'apparente à un office religieux. Surtout, il se rend compte que la G∴L∴N∴F, qui prétend chasser la politique de ses temples, chasse en réalité de ses rangs toute pratique démocratique et toute idée de modernité. Il est évident, selon lui, que la G∴L∴N∴F∴ est profondément travaillée par les idées de la Nouvelle Droite que Stéphane François analyse brillamment dans Critica Masonica.

    Christophe Bourseiller fait état de la présence de ce courant d'extrême droite au sein de la G∴L∴N∴F∴. Cette présence s'est doublée d'un recrutement massif et aveugle, à partir des années 80 et 90, qui a abouti au développement d'un affairisme incontrôlé. C'est ce système qui a fini par éclater sous la grande maîtrise de François Stifani en 2010. Ce système est-il en train de se reconstruire après l'éviction de Stifani ? Certains le pensent et estiment que tous les malheurs de la G∴L∴N∴F∴ ne peuvent évidemment avoir pour unique cause l'action d'un seul homme. D'autres relèvent que l'actuel Grand Maître, Jean-Pierre Servel, a défendu une vision clairement guénonienne de la franc-maçonnerie en tenue de grande loge, lors de l'installation de François Stifani en 2007. Enfin, comment ne pas s'interroger sur la participation surprenante de ce même Jean-Pierre Servel à un « documentaire » sur la franc-maçonnerie co-réalisé en 2015 par le sulfureux Paul-Eric Blanrue, proche des milieux négationnistes ?

    Il y a donc bien, qu'on le veuille ou pas, une présence active de l'extrême droite au sein de la G∴L∴N∴F∴ et dans certains cénacles maçonniques plus confidentiels, tout comme d'ailleurs il existe depuis longtemps, au sein du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴), un noyau d'extrême gauche également très actif (notamment de sensibilité trostkiste). Ce qui ne laisse pas d'interroger sur le rapprochement surprenant de ces deux obédiences, l'année dernière, bien qu'il ne faille pas y voir, à mon sens, le résultat de l'action souterraine de ces courants politiques antagonistes (sinon on sombrerait évidemment dans un conspirationnisme de bas étage), mais plutôt une alliance circonstancielle d'appareils destinée à marginaliser les obédiences qui ont tenté l'aventure chimérique de la Confédération Maçonnique de France (CMF).

    Naturellement, comme le sommaire le montre, le numéro spécial de Critica Masonica ne se réduit pas à la seule franc-maçonnerie. De très nombreux aspects de l'ésotérisme d'extrême droite sont analysés par Stéphane François. Je conseille donc vivement la lecture de ce numéro spécial à toute personne désireuse d'en savoir davantage sur un thème qui demeure malgré tout relativement peu connu. Que la revue Critica Masonica et Stéphane François soient remerciés pour ce travail considérable de vulgarisation qui ne peut qu'inspirer l'admiration et le respect !

    ________

    Critica Masonica. Extrême droite et ésotérisme : retour sur un couple toxique. Numéro spécial janvier 2016. 170 pages. ISSN 221-278X. Prix public 20 €. Pour commander la revue au numéro ou pour s'y abonner, vous pouvez vous rendre sur le blog de la revue.

  • La face cachée des contes

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    La chaîne d'union, godf, glnf, contesLa Chaîne d'Union est la revue d'études maçonniques, philosophiques et symboliques publiée par le Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴). Son numéro 74, sorti en octobre dernier, est consacré à la face cachée des contes avec des articles de Jacques Chaboud, Jean-Louis Coy, Stéphane Korsia-Meffre, Emmanuel Pierrat, Xavier-Laurent Salvador et Michel Watier.

    Je dois cependant reconnaître que je n'ai pas spécialement accroché aux propos des différents contributeurs, sans doute parce que je ne suis plus suffisamment sensible aux contes qui ont bercé mon enfance. C'est peut-être un effet de la vieillesse... Je préfère en effet le réel ou le vraisemblable aux mondes imaginaires et enchanteurs.

    En outre, j'ai toujours eu du mal avec les interprétations psychologisantes et symboliques des contes. Ces extrapolations d'adultes sur des histoires destinées à de jeunes enfants, m'ont toujours paru tortueuses. Elles privilégient des interprétations et des analogies complexes au détriment de la simplicité des récits. Dans quelle mesure ces extrapolations n'aboutissent-elles pas à donner aux contes des significations qu'ils n'ont jamais eues ? Comment ne pas se poser cette question après avoir lu les savantes exégèses de Pierrat sur Peau d'Ane, de Korsia-Meffre sur le Petit Prince ou de Watier sur Blanche-Neige ?

    Je m'interroge sur la pertinence de ces interprétations. Où s'arrête le sens des contes et où commence la liberté interprétative ? Ces questions, j'en suis conscient, sont terriblement compliquées. En effet, sémiologues et linguistes savent que l'on peut interpréter à l'infini une histoire conçue par son auteur comme absolument univoque. A l'inverse, on peut lire de façon univoque un texte que son auteur a voulu infiniment interprétable. Et parfois, il est même possible de découvrir des sens que l'auteur ignorait ! D'où l'inépuisable débat sur les limites de l'interprétation.

    On trouve également dans ce numéro 74 de La Chaîne d'Union un article sur la colonne d'harmonie compagne de l'initiation ainsi que des comptes-rendus de lecture. On y trouve surtout une longue interview croisée des Grands Maîtres du G∴O∴D∴F∴ et de la G∴L∴N∴F∴ en marge des rencontres La Fayette de mai 2015. Cette interview confirme la personnalisation excessive et inquiétante des appareils obédientiels. Sur le fond, on n'y apprend pas grand-chose. Sur la forme, on ne peut qu'être admiratif devant ce bel exercice de langue de bois maçonnique. Il est d'ailleurs très regrettable que La Chaîne d'Union n'ait pas profité de cette interview pour publier un article distancié et prospectif sur ces rencontres La Fayette afin de tenter de déterminer si elles sont véritablement un moment historique ou bien au contraire une simple opération de communication.

    La Chaîne d'Union, n°74, octobre 2015, prix public : 10 €. Pour connaître les conditions d’abonnement, cliquez sur le site de Conform Edition.

     

    Je ne pensais pas publier d'ici l'année prochaine, mais je me devais de faire ce petit compte-rendu de lecture par courtoisie pour Sylvain. Qu'il soit vivement remercié de son envoi. Il m'a finalement donné l'envie de m'abonner aux Chroniques, à Humanisme et à la Chaîne d'Union.
  • L'idéologie guénonienne appliquée à la Franc-Maçonnerie

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    guenongrandmaitre.jpgJe joins à la présente note un discours prononcé par le F∴ Jean-Pierre Servel, à l'époque Grand Orateur, après l'installation de François Stifani à la grande maîtrise de la Grande Loge Nationale Française (G∴L∴N∴F∴) le 1er décembre 2007.

    Je n'aurais pas pu trouver meilleure illustration des aberrations de l'idéologie guénonienne appliquée à la franc-maçonnerie.

    Je remercie le F∴ Joaben de m'avoir transmis copie de ce texte délirant, prononcé deux ou trois ans avant que la G∴L∴N∴F∴ n'implose et ne défraye la chronique en en mettant partout.

    J'ai surligné les passages les plus dingues.

    Dans ce texte, Jean-Pierre Servel ne se contente pas de cirer les pompes de François Stifani. Il expose un système obédientiel autoritaire dans lequel le G∴M∴ est une sorte d'intercesseur entre Dieu et les hommes et impose sa volonté à l'ensemble des FF∴. Il faut donc aller au-delà de la forme obséquieuse pour s'attacher au fond des propos. Celui qui – ne l'oublions pas - est devenu l'actuel Grand Maître de la G∴L∴N∴F∴ y défend les idées suivantes (j'en ai repéré sept... parce que ça fait bien et que c'est symbolique) :

     

    1. Le Grand Maître est lié, par serment, à la Tradition primordiale qui est le fondement, le contenu et le but de son autorité indiscutable.

    2. Le Grand Maître est l'ultime trait d'union entre Dieu, Grand Architecte de l'Univers, et les hommes.

    3. Le Grand Maître peut certes consulter, mais son pouvoir est seul source de cohérence et d'autorité. Ce qui, implicitement, revient à dire qu'il peut passer outre l'avis de ceux qu'il consulte et agir comme bon lui semble.

    4. Voter contre un Grand Maître ou contre l'impulsion qu'il entend donner à l'Ordre n'a aucun sens et ne peut procéder que d'un esprit de dérision. Tout Frère en désaccord doit partir sans bruit et sans trahir.

    5. Tout pouvoir vient d'en haut, donc toute prérogative procède nécessairement du Grand Maître qui, éventuellement, peut déléguer aux Grands Maîtres provinciaux.

    6. Une ordre initiatique ne peut être démocratique. L'élection est une illusion. Un Vénérable Maître est apparemment élu par ses Frères. En réalité, il n'a été élu que parce qu'il y a eu l'assentiment du Grand Maître ou, à défaut, celui du Grand Maître provincial de la province concernée.

    7. Il est moralement et réglementairement inconcevable que le Grand Maître s'écarte des landmarks intangibles de l'Ordre et du fonctionnement traditionnel de l'obédience.

    Délicieux... Ça donne envie... On sent le souffle décoiffant d'une vibrante spiritualité... Je plaisante bien sûr car, en réalité, il y a de quoi frémir devant cette resucée de la conception guénonienne du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Je comprends à présent pourquoi l'extrême droite y a ses entrées.

    Bref, je vous laisse imaginer les conséquences d'un tel système obédientiel dans les mains de cons...

    Moi en tout cas si j'étais gangster, je signerais tout de suite. Je me dépêcherais de cirer les pompes de mon chef et me rendrais indispensable. Je me ferais fort de devenir la voix de mon G∴M∴ provincial et l'âme damnée du G∴M∴ national. Je ne manquerais pas non plus de me distinguer par mes platitudes, mes flatteries et ma capacité à devenir le paillasson de mes supérieurs. Je me dépêcherais d'appartenir à une dizaine de loges, d'en fonder une autre dizaine et de cumuler les grades et les rites. Je jouerais des coudes avec d'autres cons pour être vu du Chef jusqu'à ce qu'il suggère de façon pressante aux FF∴ de ma L∴ de me bombarder V∴M∴ au nom du G∴A∴D∴L∴U∴ et de la tradition traditionnelle. Avec un peu d'organisation et de méthode, je ne quitterais jamais plus le premier maillet. Et tant pis pour ceux qui ne seraient pas d'accord avec ce choix. J'attendrais enfin fébrilement le soutien "d'en haut" pour atteindre les sommets de la hiérarchie ordinale. J'investirais dans un beau tablier doré.

    En conclusion, je me pose une question. Le G∴O∴D∴F∴ a-t-il vraiment intérêt à s'exposer médiatiquement aux côtés de la G∴L∴N∴F∴ même pour faire payer à la G∴L∴D∴F∴ la calamiteuse et rocambolesque aventure de CMF ? J'en doute très fortement.

    _____________

    Lire :

    Discours de JP Servel décembre 2007.pdf

  • Hypocrisie d'appareils : les rencontres maçonniques La Fayette

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    J'ai écouté ce dimanche 3 mai 2015 l'émission Divers Aspects de la Pensée contemporaine diffusée sur France Culture. Le Grand Orient de France (GODF) avait invité, dans le cadre de son temps de parole, René Rampnoux, 3ème Grand Maître Adjoint du Grand Orient de France et Jean-François Variot, Grand Orateur de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) pour parler des rencontres maçonniques La Fayette qui auront lieu le 28 mai prochain.

    Je ne vais pas répéter ici ce que j'ai déjà écrit au sujet de ce colloque parisien. Je dirai simplement que cette écoute confirme le sentiment selon lequel ce rapprochement aussi précipité que circonstanciel vise surtout à marginaliser les obédiences qui, l'année dernière, ont tenté l'aventure chimérique de la Confédération Maçonnique de France. 

    Les intervenants ont longuement tourné autour du pot en maniant la langue de bois maçonnique avec dextérité. Chacun a ainsi rappelé les spécificités de son obédience. Chacun a insisté sur l'importance de ces rencontres inédites. Chacun a indiqué que le GODF et la GLNF n'entretenaient pas de relations officielles (quel scoop !). Chacun a enfin brièvement disserté sur le mythe, le logos, la spiritualité. Bref, les coutumes du GODF et de la GLNF divergent et divergent c'est énorme comme le disait le regretté Pierre Desproges.

    On ressort donc de cette écoute avec l'impression bizarre d'un ronronnement sans grand intérêt. Ah si ! Jean-François Variot a quand même souligné que ces rencontres avaient vocation à se répéter. Les promesses n'engageant que ceux qui y croient, nous verrons bien l'année prochaine. Demain est un autre jour...

    Mais pourquoi de telles rencontres maintenant en mai 2015 après un siècle de développement séparé ? Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui une telle rencontre est possible ? Qu'en attend-on ? Ces rencontres sont-elles des caprices de Grand Maître ou procèdent-elles d'un mouvement plus profond et plus durable ? Pourquoi ces rencontres n'aboutissent-elles pas à un rapprochement sur le terrain entre les loges des deux obédiences ? Pourquoi lie-t-on encore spécificité et reconnaissance ? Que pense la Grande Loge Unie d'Angleterre de ce colloque si toutefois elle en pense quelque chose ?

    Ce sont ces questions là qui, je le crois, intéressent prioritairement les FF et ce sont précisément ces questions là - concrètes, est-il besoin de le souligner ? - qui n'ont pas été posées.

  • Les loges d'études et de recherche

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    Le blog Hiram a annoncé la création d'une nouvelle L à Reims dont le titre distinctif sera "Humanisme et Perspectives".

    Il s'agit d'une L d'études et de recherche. Le règlement général du GODF définit ce type d'atelier de la façon suivante

    "La Loge d'Etudes et de Recherche a pour vocation de réunir des Frères membres de l'Obédience autour d'un sujet intéressant la Maçonnerie en général et / ou l'Ordre en particulier."

    En clair, une L d'études et de recherche n'initie pas. Elle a pour objet l'étude d'un sujet en particulier. Elle agrège des FF désireux de travailler sur le sujet qui a motivé sa création. 

    Bon, ce que je vais dire n'engage que moi et risque de ne pas faire plaisir aux promoteurs du projet, mais je considère que les LL d'études et de recherche sont des aberrations maçonniques.

    En effet, une L normalement constituée réfléchit sur tous les sujets. Rien ne lui interdit non plus d'approfondir un sujet pendant plusieurs années. Mais elle a également pour devoir d'initier des profanes et d'en faire de bons maçons. Le travail maçonnique, c'est celui que l'on fait sur soi-même. Ce n'est pas l'acquisition d'un savoir cumulatif. Du temps où je m'occupais de l'instruction des jeunes maçons dans ma L, j'aimais leur dire ceci pour les bouger, surtout lorsqu'ils commençaient à préparer leurs premiers exposés (leurs "planches" comme on dit en maçonnerie) :

    "Parler de tolérance, de justice et de fraternité à la manière des professeurs de philosophie, ce n'est pas ce qu'on vous demande ; ce qu'on vous demande, c'est d'être tolérant, juste et fraternel le plus possible et c'est de puiser dans le travail de la L, dans les échanges avec les FF∴, dans leurs expériences, des éléments qui participeront à votre propre édification morale et intellectuelle. L'Art royal, c'est quelque chose d'artisanal. Ce n'est pas de la sophistique pour des esprits mondains et superficiels. C'est un art tout d'exécution. Difficile. Parce qu'il vous oblige à concilier la pensée et l'action. A agir en homme de pensée et à penser en homme d'action."

    Cantonner un atelier à la seule production intellectuelle, c'est donc oublier le sens même de la démarche maçonnique, et ce d'autant plus qu'on ne peut pas dire que les LL d'études et de recherche françaises se distinguent généralement par leurs travaux. Bref, on dit souvent (et à juste raison d'ailleurs) aux AA et aux CC que les LL ne sont pas des écoles, des universités ou des cours du soir et on se rend compte finalement que les Obédiences favorisent la création de pseudo-loges qui se prennent pour des centres de recherche.

    Je me souviens qu'il existait au GODF une L de ce genre à Paris dont le nom était Léonard de Vinci. Lors de sa création, au milieu des années 90, celle-ci avait l'ambition de devenir une L∴ d'études et de recherche sauf que, si je ne m'abuse, le règlement général de l'époque ne reconnaissait pas encore ce type d'atelier. Le GODF∴ compte aujourd'hui 7 LL d'études et de recherche pour un effectif total avoisinant une centaine de FF.

    Très bien. Mais pour quels résultats ?

    Il n'y a pas que le GODF dans cette situation. Je pense aussi à la GLDF qui avait créé dans les années 90 sa propre L d'études et de recherche - Jean Scot Erigène n°1000 - dont, personnellement, je n'ai pas lu le moindre travail (la GLDF abrite depuis d'autres LL de recherche) même si je sais que cet atelier a édité plusieurs numéros d'une revue.

    C'est déjà plus concret.

    Mais bon, de vous à moi, quel en est fondamentalement l'intérêt et, surtout, quelle est la part du travail effectué réellement par les FF∴ de ces LL ? Sont-ils sagement assis ? Ou bien leurs prises de parole participent-elles vraiment du travail d'étude et de la recherche ? En quoi le cadre d'une L∴ au travail apporte-t-il quelque chose de différent par rapport à ce que font ordinairement tous les ateliers de France et de Navarre ?

    Bref, je n'ai jamais vraiment compris à quoi servait ce genre de loge. Si vous invitez des spécialistes de tel ou tel domaine à parler en loge et que vous vous engagez à publier leurs communications quelques temps après, vous ne faites rien d'autre qu'un travail éditorial que les universitaires et autres organisateurs de colloques connaissent bien. Qu'y a-t-il de spécifiquement maçonnique ?

    Lorsque je résidais en Belgique, j'avais également fréquenté les travaux d'une L de recherche bruxelloise - L'Ane d'Or n°63 de la Grande Loge de Belgique - qui, à l'époque, ne produisait rien de particulier mais réunissait pourtant des frères qui avaient l'ambition de réfléchir sur la maçonnerie. Nous n'étions pas beaucoup sur les colonnes. Une petite dizaine et encore je suis généreux. Je ne sais pas non plus ce que cette L, au demeurant très sympathique, est devenue aujourd'hui. Je suppose qu'elle existe toujours. A-t-elle produit quelque chose de remarquable ?

    La palme des LL d'études et de recherche revient incontestablement à la microscopique Loge Nationale Française (LNF) qui ne compte pas moins dix loges d'études et de recherche alors qu'elle revendique à peine trois cents membres ! Je pense que nombre d'entre elles sont en réalité des coquilles vides.

    Il faut donc en revenir aux sources et se poser la question : "qu'est-ce qu'une L d'études et de recherche ?" Il s'agit d'une forme spécifique de loge qui est apparue au XIXe siècle en Grande Bretagne dans un but précis :

    • soit pour codifier un rite et fortifier ainsi l'unité de la maçonnerie britannique après des décennies de schisme entre les anciens et les modernes (ce que fit la L Emulation of Improvement en créant le style émulation)
    • soit pour pallier l'absence de travaux autres que rituéliques (c'est ce que fait la L Quatuor Coronati de Londres ; elle réfléchit et publie depuis 1886 sur l'histoire et symbolisme maçonniques).

    Pour le dire autrement, une L d'études et de recherche se comprend tout à fait dans les Obédiences dites "régulières" où l'essentiel du travail des LL se borne à faire vivre les rites et les tradition. Dans les LL prétendument "régulières", on fait donc principalement de la cérémonie, à la différence des LL dites "irrégulières" où les conférences et les échanges sont nombreux et variés.

    Dans un tel contexte, on peut comprendre que certains maçons réguliers aient pu éprouver le désir de faire autre chose et d'adapter le cadre maçonnique à la production intellectuelle. La L Quatuor Coronati est connue pour l'excellence de ses travaux et bénéficie d'un réseau étendu de membres correspondants. En France, la L parisienne Villard de Honnecourt, de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), poursuit un but identique et se distingue par la publication d'une revue de maçonnologie de très bonne qualité.

    Conclusion. Les LL d'études et de recherche en France ne marchent pas de façon générale, non parce que les maçons français ont une inaptitude à la recherche, mais tout simplement parce que l'écrasante majorité des ateliers de notre pays permet déjà aux FF et aux SS d'échanger sur tous les sujets sans qu'il y ait besoin de structures particulières.

    Alors comment expliquer leur développement depuis une vingtaine d'années ? C'est très simple. Les LL∴ d'études et de recherche participent aux stratégies d'image des Obédiences (c'est flagrant en ce qui concerne la petite LNF). Une L d'études et de recherche, ça donne une image intellectuelle. Pour le dire autrement, une L d'études et de recherche, ça fait bien dans le décor même si celle-ci n'étudie et ne recherche pas grand-chose.

    De toute façon, qui ira le vérifier ?

  • Historique ?

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    Un colloque, organisé conjointement par le GODF et la GLNF, est annoncé pour le 28 mai prochain. Il n'en fallait pas davantage pour que l'on crie à "l'événement historique." Est-ce vraiment le cas ? Ou bien faut-il y voir un pitoyable règlement de compte visant à "punir" et à "isoler" la GLDF après la rocambolesque affaire de la CMF ?

    Je n'ai pas la réponse n'étant pas dans le secret des dieux, mais je comprends que l'on s'interroge car la ficelle paraît tout de même un peu grosse, notamment depuis l'interview de Jean-Pierre Servel, Grand Maître de la GLNF, par le blog Hiram.be. Le dignitaire ne suggère-t-il pas, en filigrane, qu'entre son obédience et le GODF il n'y a rien ? Ne dit-il pas, sous couvert d'une fausse humilité, que la GLNF et le GODF ont le mérite d'avoir chacun des positions diamétralement opposées mais claires ? C'est donc bien la GLDF qui est implicitement visée, elle qui, pendant des mois et de façon fort imprudente, a tenté de jouer sur tous les tableaux au point de s'y perdre elle-même. Sans doute l'a-t-elle bien cherché... mais bon...

    On pourrait donc se réjouir de l'initiative et considérer que tout ce qui rapproche est bon à prendre. Et en même temps, comment ne pas douter de la sincérité du rendez-vous annoncé ? En effet, qu'est-ce qu'un colloque parisien va bien pouvoir changer à la situation qui prévaut actuellement entre les frères de la GLNF et du GODF, lesquels ne peuvent toujours pas - du moins officiellement - se fréquenter en loge ? La réponse va de soi, me semble-t-il. Elle tient en un mot : rien. Car oui, il ne faut rien en attendre si ce n'est un coup médiatique sans lendemain.

    Je crains donc que les francs-maçons (quelles que soient leurs obédiences) soient les seuls dindons de cette farce et que l'hypocrisie ait encore de beaux jours devant elle.

     

    Lien permanent Catégories : Obédience
  • Il faut que tout change pour que rien ne change

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    Le blog Hiram.be, toujours aussi bien informé, relate une sombre affaire de gros sous du côté de Marseille. Cela concerne, une fois encore, la Grande Loge Nationale Française (GLNF), laquelle, depuis années, se distingue malheureusement par des affaires aussi complexes que méandreuses.

    Il ne s'agit pas pour moi, vous l'aurez compris, d'accabler la GLNF. Elle se débrouille très bien toute seule. En tout cas, cette ténèbreuse affaire d'escroquerie et de prébendes diverses montre plus qu'un long discours qu'il ne suffit pas de changer de Grand Maître et de replâtrer la façade pour assainir une maison infestée de parasites.

    Les escrocs, les profiteurs et les affairistes en tout genre savent toujours s'adapter aux changements et se couler dans les nouveaux moules. Ils font aujourd'hui la révérence à Servel comme ils la firent hier à Stifani et avant hier à Foellner et Charbonniaud. Il n'y a que les sots, les (faux) naïfs, les aveugles ou les anglo-saxons qui croient que les choses ont changé rue Christine de Pisan....

    Ce fait divers, qui cause assurément du tort à la GLNF, me fait irrésistiblement songer à la formule de l'ambitieux Tancrède dans Le Guépard, le fameux roman de Tomasi di Lampedusa, brillamment adapté au cinéma en 1963 par le talentueux Visconti.

    "Si nous voulons que tout reste tel quel, il faut que tout change" (Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi !)

    C'est peu ou prou ce que l'éditeur Jean Solis disait en février 2010 dans un message vidéo :

    "Ceux là qui attendent une stratégie légaliste en quelque sorte, dans le système, ne peuvent utiliser que les ressorts même du système, au moment voulu, pour virer un homme [François Stifani] qui n'est que le produit de ce système, et mettre quelqu'un d'autre à la place de cet homme qui va poursuivre l'oeuvre du système."

    Rien ne semble avoir vraiment changé à la GLNF, bien que le changement apparent ait été entériné en fanfare. Faut-il s'en étonner ? Non bien sûr. Il est inutile, en effet, de se livrer à une partie de chaises musicales si le gouvernement obédientiel demeure structurellement dans toutes ses insuffisances démocratiques, sans réels contre-pouvoirs internes ou sans instances de contrôle. Si le système est vérolé de l'intérieur, à tous les étages, si même il se renforce à cause d'un recrutement laissant à désirer, à quoi bon le réformer de l'intérieur ? Tôt ou tard, il finira par renouer avec sa véritable nature. Les comportements qu'on ne voulait plus voir, réapparaitront en d'imprévisibles résurgences. Et c'est sans doute ce qui est en train de se passer actuellement...