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gldf - Page 4

  • CMF, soumission et pathologie d'appareil

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    Lu sur Hiram.be cette réaction de Michel Barrat, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France :

    "Je ne suis pas surpris que la GLDF cherche à élargir ses relations, y compris avec des obédiences qui s’inscrivent dans la régularité à l’anglaise, mais le problème c’est qu’il faut alors le faire en relation d’égalité avec ces obédiences, et non pas en se soumettant à leurs principes. Pour moi, c’est une évidence. Si nous avions modifié notre Constitution, nous nous serions soumis à leurs principes. Je ne comprends pas. C’est là le vrai souci."

    Michel Barrat a utilisé le mot juste : soumission. On peut en effet réduire l'aventure rocambolesque de la Confédération Maçonnique de France (CMF) à ce seul terme. Soumission. Ce processus, présenté de manière hypocrite pendant de longs mois, allait insidieusement amener la GLDF à renier son histoire et ses spécificités pour faire allégeance aux principes de la régularité anglo-saxonne dans l'espoir de recueillir les avantages d'une reconnaissance maçonnique internationale. 

    J'y ajouterai un autre terme : pathologie. Car ce qui s'est passé illustre aussi la pathologie d'appareil, à moins qu'il ne s'agisse tout simplement de la pathologie de certains individus. Je n'invente rien et cite cet autre passage de Michel Barrat :

    "D’un côté on écrivait des textes où l’on disait vous n’avez plus le droit de visiter le GODF et les obédiences libérales, mais d’un autre on disait on ne peut pas vous en empêcher mais si vous le faites vous serez simplement parjure à votre serment. Ce n’est pas d’une honnêteté intellectuelle totale. Après on a accusé des Frères qui comme moi ont dénoncé cela de manquer à leurs serments. C’est invraisemblable…"

    Invraisemblable. Oui. Sans aucun doute. Tellement invraisemblable même que cela en devenait absurde et fou. Pathologique donc. Il suffit de relire la fameuse circulaire 35 diffusée le 7 mai 2014 par le Conseil fédéral et à laquelle Barrat fait implicitement allusion. On y coupe les cheveux en quatre. On y dit ne pas vouloir de rupture avec les autres Obédiences françaises tout en insistant lourdement sur les caractéristiques des "tenues initiatiques" ou "rituelles" des loges de la GLDF (sous-entendant qu'il n'y en aurait pas en dehors des Obédiences formant la CMF). C'est au mieux de la casuistique, au pire des éléments d'un discours sectaire à des années lumière de ce que la GLDF a toujours été.

    Je n'insiste pas davantage sur cet aspect et n'entends pas accabler outre mesure la GLDF car il faut avoir l'humilité, sinon la lucidité, de reconnaître qu'aucune Obédience n'est à l'abri de subir, un jour, pareille dérive pour n'importe quel motif. Il faut donc se défier de tous ces intégristes en tablier, souvent incultes et prétentieux, qui passent le plus clair de leur temps à expliquer aux autres la "bonne" façon de comprendre et de pratiquer l'Art royal. Nombre d'entre eux réduisent les rites à leurs petites manies et confondent initiation et conversion à un ordre religieux, spécificités et reconnaissance. Ils sont occupés à dresser des typologies ou des classifications, à distribuer les bons et les mauvais points, à séparer le bon grain de l'ivraie, à mettre des barrières, à exclure et, finalement, à saper les fondements de l'Ordre qui reposent pourtant sur une expression que tout maître maçon connaît : réunir ce qui est épars.

     

  • Réunir ce qui est épars

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    Il semblerait que la Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB) ait sommé la Grande Loge de France (GLDF) de préciser ses positions au sujet de la Confédération Maçonnique de France (CMF) et des relations avec les Obédiences dites "irrégulières". 

    Trois réflexions que je vous livre en vrac.

    1°) La GLRB est une obédience ultra minoritaire en Belgique. Par conséquent, ce qu'elle peut penser, dire ou faire n'intéresse quasiment personne outre-Quiévrain. Je ne dis pas cela par méchanceté mais parce que c'est tout simplement la réalité. Je connais très bien la Belgique, pour des raisons personnelles, et notamment la franc-maçonnerie de ce pays. J'ai été membre, plusieurs années, d'une loge du Grand Orient de Belgique (GOB), l'obédience "historique" du pays. Je puis témoigner de la profonde marginalité dans laquelle la GLRB s'est enfoncée dès sa création en 1979 car, contrairement à ce qui se passe en France, les maçons belges, notamment les dignitaires, sont bien moins hypocrites que leurs homologues français. "Irréguliers" et "réguliers" ne se fréquentent généralement pas. Dès lors, les "réguliers" belges ont beau avoir des relations fraternelles avec la majorité des francs-maçons dans le monde, ils demeurent isolés dans leur propre pays.

    2°) La GLRB sait qu'elle a perdu la partie. L'appel de Bâle est un cuisant échec. Elle cherche désormais un prétexte pour rompre. La Grande Loge Nationale Française (GLNF) est en effet à nouveau reconnue. Les charognards qui pensaient déjà s'en disputer les restes, sont aujourd'hui Gros-Jean comme devant. Ils s'obstinent et vivent dans le déni. La GLDF s'est ainsi enfermée dans une casuistique réglementaire que personne ne comprend à commencer d'ailleurs par bon nombre de ses loges. La GLAMF, elle, a signé un protocole administratif avec - Horresco referens ! - le Grand Orient de France (GODF).  La Grande Loge Indépendante de France (GLIF) est dans les choux. La Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) et la Loge Nationale Française (LNF) ont déserté depuis longtemps une CMF en pleine dérive.

    3°) Mais ce qui est sans doute le plus terrible, et finalement le plus navrant, dans ces guerres picrocholines, au delà même des positionnements ou des stratégies des uns et des autres, c'est que tout est mis en oeuvre pour séparer les frères. C'est cette volonté assumée d'exclure son prochain en lui collant des étiquettes sur le dos. C'est cette volonté de réduire à tout prix la franc-maçonnerie aux landmarks dont la liste et les fondements historiques demeurent largement discutés par les historiens. Réunir ce qui est épars - comme le préconisent les Constitutions d'Anderson depuis 1723 - c'est forcément réunir différentes conceptions de l'Art royal.

  • La Terre ne s'arrêtera pas de tourner

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    Je n'épiloguerai pas outre mesure sur les inquiétudes provoquées par la crainte d'une éventuelle rupture entre de la GLDF avec le GODF.

    Laissons aux députés de la GLDF le soin de donner à leur obédience l'orientation qu'ils souhaitent !

    Laissons-les offrir au Conseil fédéral une porte de sortie honorable après le fiasco retentissant de la Confédération Maçonnique de France.

    De toute manière, si le vote des députés aboutit à une rupture (ce dont je doute), la Terre ne s'arrêtera pas de tourner...

    Un petit mot, maintenant, sur la Confédération Maçonnique de France (CMF) qui semble motiver toutes les manoeuvres actuelles.

    Il faut être clair à ce sujet : la CMF est morte depuis que la Grande Loge Unie d'Angleterre a restauré ses relations avec une GLNF qui, pourtant, n'en a toujours pas fini avec ses vieux démons

    La CMF est une coquille vide qui ne peut même pas prétendre être une "usine à sautoirs".

    Elle ne renvoie, en effet, à aucune réalité maçonnique tangible. Elle n'a même pas l'ambition d'aboutir à la fusion de la GLDF et de la GLAMF.

    C'est même tout le contraire !

    En effet, la GLDF et la GLAMF s'en disputent âprement le contrôle sous le regard de cinq grandes loges européennes qui se sont imprudemment immiscées dans les affaires françaises comme si notre pays était vierge de toute présence maçonnique.

    Lien permanent Catégories : Obédience
  • Henry, Dachez et moi

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    Une mise au point d'entrée de jeu. J’aime beaucoup Roger Dachez et respecte infiniment son travail scrupuleux d’historien qui va souvent à l'encontre des idées préconçues et des légendes colportées sur les origines de la Franc-Maçonnerie. Je voudrais cependant exprimer ici un désaccord à propos d’un billet publié sur son excellent blog « Pierre Vivantes ». Dachez répond, sans toutefois le nommer, à Marc Henry, Grand Maître de la Grande Loge de France (GLDF), qui avait déclaré au journal La Montagne, le 14 octobre dernier :

    "La Grande loge n'a jamais été mixte de son histoire. Le rite que nous pratiquons ne comprend que des figures masculines. Nous pensons, à tort ou à raison, que le domaine de l'initiation doit se faire sans mixité."

    Pourtant, le Grand Maître de la GLDF n'a rien dit d'extraordinaire que nous ne sachions déjà. Marc Henry enfonce même des portes ouvertes. En effet, il n'existe pas dans les rites maçonniques, en tous les cas dans ceux pratiqués en France, de figures féminines remarquables qui conforteraient l'approche favorable à la mixité. On peut s'en désoler certes, mais le fait est là et on ne saurait le relativiser sous prétexte de vouloir  - éventuellement - profiter d'une polémique pour régler un différend qui, soit dit en passant, n'a rien à voir avec la mixité.

    Roger Dachez écrit dans son billet du 20 octobre 2014 :

    "Le même Paul, du reste, enseignait à tous les chrétiens, me semble-t-il, les trois vertus théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité (ou l’Amour). L’iconographie postérieure unanime a toujours représenté ces trois vertus sous l’aspect de trois femmes : l’une portant la croix (la Foi), une autre soutenant une ancre (l’Espérance) et la troisième allaitant des enfants (la Charité). Ces trois femmes figurent du reste sur le tableau de loge au premier grade en Grande-Bretagne. Est-il possible d'en déduire que l’exercice de ces vertus est réservée aux femmes et que les hommes en seraient incapables ?"

    Je ne sache pas que Marc Henry ait affirmé le contraire en postulant que les femmes étaient incapables de foi, d'espérance et de charité. Je ne sache pas non plus qu'il ait mis en doute la validité de l'initiation des soeurs. Il s'est borné à rappeler le choix de son obédience en faveur de la non-mixité. Sauf erreur ou omission de ma part, ce choix est identique à celui de la Loge Nationale Française dont Roger Dachez est membre depuis bientôt 30 ans.

    Par contre, je sais que Paul, auquel Roger Dachez se réfère, avait une approche bien singulière des femmes et de leur rôle au sein des communautés chrétiennes. Roger Dachez y fait une timide allusion ("Paul - peu supect de féminisme ! -") pour ne retenir que l'union de tous les êtres humains en Jésus-Christ. Je renvoie toutefois le lecteur à la première Epître de Paul aux Corinthiens dont je citerai simplement ces quelques versets :

    "[3] Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l'homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ. [4] Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef. [5] Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef: c'est comme si elle était rasée. [6] Car si une femme n'est pas voilée, qu'elle se coupe aussi les cheveux. Or, s'il est honteux pour une femme d'avoir les cheveux coupés ou d'être rasée, qu'elle se voile. [7] L'homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu'il est l'image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l'homme. [8] En effet, l'homme n'a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l'homme; [9] et l'homme n'a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l'homme. [10]"

    On ne pouvait donc pas choisir plus mauvaise référence à mon avis. Quant à l'iconographie "unanime" (sic) censée représenter la foi, la charité et l'espérance, relevons que celle-ci n'est pas connue ou à tout le moins répandue dans la franc-maçonnerie d'Europe continentale plus qu'à demi-détachée de la stricte tradition chrétienne. Roger Dachez le reconnaît d'ailleurs :

    "Ces trois femmes figurent du reste sur le tableau de loge au premier grade en Grande-Bretagne."

    Bref, que les vertus théologales soient représentées sous les traits de femmes tant dans l'iconographie chrétienne que dans une certaine iconographie maçonnique, principalement en usage dans les rituels anglo-saxons, ne me dérange pas le moins du monde. Pour autant, ça ne dit pas en quoi l'opinion de Marc Henry est irrecevable sur le fond (comment d'ailleurs aurait-il pu argumenter dans le cadre d'un entretien journalistique ?). J'ajoute que si la maçonnerie utilise le symbole, on peut alors voir dans ces trois femmes plein d'autres choses, sans nécessairement les réduire à la seule allégorie des vertus théologales. Et puis enfin si cette allégorie des vertus théologales est présumée jouer un rôle particulier, on peut se demander pourquoi alors les francs-maçons anglo-saxons n'acceptent toujours pas la mixité et pourquoi ils persistent à ne pas recevoir les soeurs ès-qualités à leurs travaux...

    Dachez évite soigneusement de se poser la question même s'il se plait à souligner, dans le corps de son brillant article, la pratique anglo-saxonne d'une vieille cérémonie maçonnique de souche écossaise mettant, paraît-il, l'impétrant en présence de la Reine de Saba. Admettons. Peut-on cependant généraliser à partir d'une particularité rituélique ? Je ne le pense pas.

    En réalité, les contre-exemples ne sont absolument pas concluants même si je ne résiste pas au plaisir de citer certains originaux qui croient déceler dans "La Veuve" l'expression de je ne sais quelle mixité consubstantielle aux rites maçonniques. Peu leur importe d'ailleurs que la mère d'Hiram ne joue aucun rôle dans les rites maçonniques pourvu que le détail insignifiant puisse venir au secours de leur mauvaise foi. Celle-ci les pousse parfois jusqu'aux confins de l'absurdité. Je voudrais en citer un exemple tragique. Je l'ai trouvé dans une revue que je pensais a priori sérieuse. Il s'agit de la revue Joaben éditée par le Grand Chapitre Général du Grand Orient de France que j'ai l'honneur de fréquenter (cf. Joaben, n°19, juillet 2013, p. 105). Il s'agit d'un long poème assez grotesque et prétentieux. Je me contenterai d'en retranscrire ici un extrait (je souligne en gras) :

    "Où es-tu maintenant, Ô Hirame, ma soeur !
    Sans toi je poursuivrai le Grand Oeuvre en souffrance.
    Quand donc Hommes et Femmes sauront-ils d'un seul coeur,
    Ensemble et au grand jour travailler en confiance ?
    (...)
    Sans trop savoir pourquoi, le soldat Joaben
    S'est assis sur le sol est s'est mis à pleurer :

    Psalmodiant sans arrêt le nouveau mot de maître :
    FEMME, FEMME, FEMME, FEMME, FEMME, FEMME..."

    Si Hiram, l'homme, ne peut-être femme, alors on va en sexualiser le prénom. Et hop ! le tour est joué. Hiram devient Hirame (vous apprécierez au passage toute la subtilité de la lettre "e" qui fait toute la différence). Quant à Joaben, il est décrit comme un soldat libidineux chantant du Serge Lama en attendant, peut-être, de changer de sexe et de s'appeler un jour Joabenne.

    Je n'exagère pas. Ce poème a été publié, comme je l'ai dit, dans la revue d'une juridiction maçonnique connue et reconnue. Je ne sais toujours pas, en revanche, s'il faut en rire ou en pleurer et si cette publication doit plus à l'admiration sincère du comité de rédaction pour les qualités littéraires de l'auteur, qu'au désir d'instrumentaliser astucieusement une poésie pour la cause de la mixité érigée en norme idéale du travail maçonnique. Je voudrais enfin souligner qu'il m'est arrivé aussi d'entendre, dans les loges, de savantes exégèses de frères sur la nécessaire féminisation (sic) de nos usages. Ce qui, au passage, tendrait à reconnaître implicitement que l'univers maçonnique est loin d'être assexué contrairement à ce que certains prétendent péremptoirement.

    De toute façon, je reviendrai ultérieurement - et si j'en ai le loisir bien sûr - sur ce sujet épineux qui, trop souvent, laisse la part belle aux controverses passionnées.