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gldf - Page 2

  • De l'éparpillement obédientiel en France

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    obédience, structure, organisation, morcellement, France, franc-maçonnerie, GODF, GLDf, GLNF, DH, GLFF, GLMU, GLMF, LNF, OITAR, La France n'a pas connu un nombre important d'obédiences maçonniques pendant un longue période. La raison, à mon avis, tient au fait que les obédiences maçonniques résultaient d'une adaptation des loges à ces contraintes extérieures objectives.Elles étaient une réponse à ces contraintes. Voici quelques exemples de contraintes bien connues qui ont engendré de nouvelles formes d'organisations maçonniques.

    Contrainte extérieure   Adaptation des loges   Réponse obtenue
             
    Patrimonialisation de l'office de Vénérable et des loges   Grand Orient de France (1773)   Election libre et annuelle du Vénérable et des officiers
             
    Difficultés d'instaurer et de pérenniser un nouveau rite face à l'hégémonie du GODF
      Suprême Conseil de France (1804)   Pratique du rite écossais ancien et accepté
             
    Refus de l'initiation des femmes   Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain (1893)   Initiation des femmes et mixité
             
    Tutelle encombrante des hauts grades sur les loges symboliques   Grande Loge de France (1894)   Autonomie des loges symboliques
             
    Rupture avec la franc-maçonnerie dite régulière   Grande Loge Nationale Française (1913)   Régularité et reconnaissance internationale
             
    Loges d'adoption souchées sur les loges masculines   Grande Loge Féminine de France (1952)   Autonomie d'une maçonnerie spécifiquement féminine
             
    Isolement de la GLNF en France
      GLNF Opéra (1958)   Régularité et ouverture aux autres obédiences françaises

    Nous avons ci-dessus le paysage maçonnique français d'après guerre. On le constate, chaque obédience était la réponse à des contraintes bien précises. L'adaptation à ces contraintes et la réponse qui a été trouvée, a forgé l'identité et les pratiques de chaque obédience.

    On peut citer d'autres exemples équivalents. Ainsi, la Grande Loge Mixte Universelle (1973) résulte aussi de la volonté d'échapper à la tutelle des ateliers de hauts grades. L'Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal (1974) résulte également de la volonté d'instaurer et de pérenniser un nouveau rite : le rite opératif et chevaleresque de Salomon. La Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française (2012) s'est constituée en vue d'obtenir la reconnaissance de la franc-maçonnerie anglo-saxonne et d'offrir une alternative à la Grande Loge Nationale Française. Cependant, cette capacité d'adaptation des loges n'explique pas tout et notamment l'émiettement continu de la franc-maçonnerie française en obédiences de plus en plus microscopiques et aux différences de plus en plus artificielles. Aujourd'hui, on a le sentiment d'une désorganisation croissante de la franc-maçonnerie française et d'un certain manque de cohésion.

    Comment peut-on expliquer la situation présente ?

    Je crois qu'on ne peut pas se satisfaire d'une approche essentiellement fonctionnaliste ou mécaniste. La psychologie joue sans doute aussi un rôle. En effet, j'ai l'impression aujourd'hui que fonder une obédience devient un idéal en soi. C'est comme si le fait de créer une structure nouvelle allait non seulement satisfaire les aspirations de ceux qui la rejoignent mais aussi gommer tous les problèmes observés ailleurs. Dans ce cadre, l'autre devient un allié. Il participe au même désir de fondation. Je vois en lui de la réciprocité. Grâce à lui, je vais me réaliser dans la nouvelle obédience ou dans la nouvelle loge. Sauf que l'euphorie ne dure qu'un temps. La réalité finit toujours par s'imposer. Pour exister dans une nouvelle structure, il faut savoir rentrer, de temps en temps, en opposition avec l'autre sinon on tombe dans une indifférenciation mortifère. C'est la raison pour laquelle les conflits peuvent devenir aussi forts et passionnés que les sentiments ayant présidé à la création de la nouvelle structure. Il suffit de songer par exemple aux problèmes qui secouent actuellement la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française. Des contraintes finissent par surgir avec le risque finalement de favoriser un autre éparpillement. Je me demande donc si la création de nouvelles obédiences ne provient pas de l'incapacité des loges d'une part, à s'accommoder des contraintes inévitables de l'obédience et d'autre part, à y résister quand c'est nécessaire ou justifié.

    5c8e83c302b72365b8c488b182d26a71.jpgIl convient de remarquer également que la structuration de base de ces nouvelles obédiences se réalise souvent autour de leaders censés les protéger. C'est Pierre de Ribaucourt pour la Grande Loge Nationale Française Opéra, René Guilly pour la Loge Nationale Française, Jacques de Lapersonne pour l'Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal, Paul Gourdot pour la Grande Loge Mixte de France ou, plus près de nous, Simon Giovannaï pour le Grand Orient Traditionnel de Méditerranée, Marcel Laurent pour la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité ou encore Alain Juillet pour la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française.

    Corrélativement, les membres de ces obédiences semblent se comporter de façon régressive en se plaçant sous la protection de ces hommes providentiels incarnant la structure nouvelle. Régressive au sens où les membres perdent leur autonomie de jugement à l'égard du leader. Qui s'émeut, au sein de la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité, de voir l'épouse du Grand Maître en prendre la tête ? En général, plus l'obédience est petite, plus ses membres font tout prévenir l'intrusion de la réalité dans leurs fantasmes. Cela atteint parfois des sommets avec les obédiences égyptiennes qui passent souvent leur temps à s'exclure mutuellement à coup de filiations ou de patentes toutes plus rocambolesques les unes que les autres.

    Je note cependant que cette structuration de base autour du leader est également de plus en plus marquée dans les obédiences les plus importantes. Je suis en effet effaré de constater à quel point les francs-maçons de la Grande Loge Nationale Française semblent considérer que tous leurs problèmes passés sont résolus par la seule action de Jean-Pierre Servel soudainement paré de toutes les vertus alors que celui-ci a pourtant été aux côtés de François Stifani ! C'est la même chose au Grand Orient de France, mon obédience, où je suis chaque fois consterné de voir l'effervescence autour de l'élection du Grand Maître comme si c'était l'acmé de la vie obédientielle. Cette personnalisation excessive de l'obédience m'a toujours semblé baroque alors que son règlement général ne définit pas la fonction de Grand Maître ! Cela est assez paradoxal pour une obédience qui se présente volontiers comme à l'avant-garde républicaine... 

    Enfin, il y a peut-être autre chose à la base de ce manque de cohésion et de logique : la franc-maçonnerie a de moins en moins d'ennemis. Je m'explique. Une structure a souvent besoin d'ennemis pour assurer et maintenir sa cohésion. Elle mobilise ainsi plus facilement ses membres qui demeurent davantage en éveil et unis. Or aujourd'hui, force est de constater que la franc-maçonnerie est plutôt bien acceptée au sein de notre société démocratique, pluraliste et sécularisée. Personne ne réclame son interdiction à part, bien sûr, un seuil incompressible d'extrémistes politiques et religieux ou de paranoïaques du complot dont la capacité de nuisance semble limitée.

    De façon générale, la franc-maçonnerie prend moins de coups parce qu'elle s'est retirée depuis longtemps du forum. Elle a laissé le soin aux partis politiques, aux syndicats, au monde associatif, aux individus d'investir le champ du débat public et de la réaction immédiate aux événements du temps présent. L'énergie que les francs-maçons ont économisé en ne cherchant plus à répondre à leurs détracteurs, est désormais dépensée dans de consternantes querelles de personne ou de chapelle. C'est pourtant dans l'adversité et non dans le confort qu'on peut réellement éprouver la valeur et la solidité des obédiences.

  • Charles Riandey l'obscur

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    Raoul L. Mattéi, Charles Riandey, GLDF, Polémique, Guerre, Collaboration, courage, georges Moerschel, Bernard Faÿ, Henri Camberlin, Jean Marquès-Rivière, J'ai lu avec beaucoup d'intérêt une longue note sur l'histoire mouvementée de la Grande Loge de France publiée sur le blog La Maçonne. Son auteur - Vadabus - analyse les crises qui ont secoué l'obédience de la rue Puteaux en 1953, 1964 et 2003. Il y a cependant un point avec lequel je ne suis pas d'accord avec l'auteur. C'est lorsqu'il s'en prend violemment à Charles Riandey (1892-1976). En effet, voici ce que Vadabus écrit au sujet de l'ancien Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France qui fit le choix de rallier en 1964 la Grande Loge Nationale Française :

    « Qui était ce Charles Riandey à la triste figure ? En utilisant la formule de l’anaphore devenue célèbre voilà comment Charles Riandey pourrait se présenter

    • Moi, Charles Riandey TPSGC du SCDF je suis notoirement connu pour être antisémite ayant déclaré aux autorités policières sous l’Occupation: « J’ai combattu avec beaucoup d’autres, au prix de pénibles épreuves, l’envahissement de la maçonnerie par les Juifs. » (déclaration faite à l'inspecteur S. Moerschel) 
    • Moi, Charles Riandey TPSGC du SCDF, catholique traditionaliste et pétainiste j’ai rencontré LAVAL avec le RP Jésuite Berteloot afin de lui présenter un projet de constitution d’une obédience maçonnique fondamentalement catholique et inféodée à Rome ; c’est Pétain qui refusa ce projet ! »

    Voilà pour la charge de Vadabus. Comme on le voit, elle est particulièrement sévère. J'aimerais toutefois y apporter quelques précisions complémentaires qui permettront, peut-être, d'adoucir le réquisitoire.

    Je ne nie pas a priori que Charles Riandey fut animé de sentiments antisémites. Il ne fut pas le seul, hélas ! D'autres frères, dont la postérité n'a pas retenu les noms, ont également eu ce travers en un temps où la France n'était pas en guerre, sauf peut-être avec elle-même. Je renvoie par exemple à ce que j'ai écrit sur l'antisémitisme en maçonnerie pendant l'affaire Dreyfus. Je ne discute donc pas la réalité des déclarations que Charles Riandey a pu faire, en 1942, à Georges Moerschel qui officiait au Service des Associations Dissoutes (SAD). Il faudrait consulter les procès-verbaux du SAD. Ceci dit, il faut aussi préciser le contexte et indiquer que Georges Moerschel n'était pas une espèce de commissaire Mégret débonnaire. Il s'agissait d'un agent de la Gestapo dont la mission était d'interroger les francs-maçons. Les bureaux de la section de la Gestapo chargée des associations dissoutes étaient dans le septième arrondissement de Paris au numéro 4 du square Rapp. Le square Rapp, c'était donc une adresse à éviter, tout comme celle du 93 rue Lauriston dans le seizième. Quand on y était convoqué, on ne savait jamais dans quel état on allait en ressortir.

    Moerschel était en relation permanente avec le capitaine SS Henri Chamberlin dit Laffont, lui-même placé sous l'autorité de Jean Marquès-Rivière, le scénariste du film Forces Occultes. Georges Moerschel était également en lien avec l'universitaire Bernard Faÿ, antimaçon forcené (cf. Pierre Gastineau, « Double mètre », vie et mort d’un syndicaliste, Alfred Lemaire (1905-1945), Publibook, 2005, p. 126 et suivantes). Les archives retrouvées dans ce lieu sinistre à la Libération ont d'ailleurs révélé que soixante mille personnes avaient été fichées. Six mille personnes ont été inquiétées pour appartenance à une loge ou à une secte. Cinq cent quarante neuf ont été fusillées. Quatre ont été décapitées à la hache et neuf cent quatre-vingt-neuf ont été déportées dans les camps de la mort.

    Tout le monde n'a pas eu non plus le courage du frère Pierre Brossolette qui a préféré se défenestrer plutôt que de parler sous la torture. D'autres francs-maçons interpellés ont eu des comportements moins honorables tout simplement parce qu'ils ont eu peur ou parce qu'ils ont eu le souci de défendre leurs familles et, peut-être, de sauvegarder leurs intérêts matériels (cf. Christophe Cornevin, Les Indics: Cette France de l’ombre qui informe l’État, Flammarion, 2011, en particulier le chapitre 7 « quand les francs-maçons dénoncent leurs frères »). Il est possible que Charles Riandey ait fait partie de ceux là.

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    Je n'entends pas justifier la lâcheté bien sûr mais tout le monde n'a pas non plus vocation au martyre. Dans ces temps troublés, on peut comprendre que certains aient voulu tout simplement sauver leur peau, fût-ce au prix de déclarations regrettables, de renseignements donnés spontanément ou arrachés par la force. Il est toujours aisé de blâmer les actions des hommes après coup, surtout quand on n'a rien à craindre pour sa vie et celle de ses proches.

    Alors Charles Riandey a-t-il été la « crapule »  que décrit Vadabus ? Je me garderai bien de trancher mais il me semble toutefois important de rappeler que Charles Riandey a rejoint la Résistance à partir d'avril 1943. Ce que Vadabus a omis de souligner. J'ignore bien sûr la cause de ce basculement qui résulte peut-être d'une prise conscience progressive de la réalité du régime vichyste et de la traîtrise du maréchal Pétain. Il ne faut pas oublier en effet que Charles Riandey a fait la guerre de 14-18, qu'il a été grièvement blessé après la bataille de la Marne et qu'il a été décoré de la croix de guerre avant d'être démobilisé. Il a donc fait probablement partie de cette génération de Français qui a vu en Pétain le héros de Verdun et le sauveur de la France. Il faut enfin ajouter que Charles Riandey a été arrêté par la Gestapo en juin 1944. Il a été ensuite déporté au camp de Buchenwald en août 1944 (cf. Daniel Ligou, Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie, PUF, Paris, 1991) où périrent 56000 personnes (cf. Robert Antelme, L'Espèce Humaine, tel-Gallimard, Paris, 1947, passim). Il a eu la chance d'en réchapper (cf. Raoul L. Mattéi, Mémoires d'un maçon franc, Dervy, Paris, 2015)

    Bref, Charles Riandey a peut-être fait des choix maçonniques contestables et commis des erreurs d'appréciation. Il a sans doute oeuvré activement à un rapprochement de la GLDF avec la GLNF. Il a probablement cru en la capacité du Suprême Conseil à faire pression sur la GLDF pour l'inciter à rompre avec le GODF. Néanmoins, je pense que ça ne justifie pas que l'on réduise son souvenir à celui d'un antisémite et d'un collaborateur du régime nazi. Le procédé me semble très expéditif et particulièrement injuste.

  • Grande Loge de France (suite et fin)

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    GLDF.jpgJe viens de recevoir un gentil message d'un membre de la Grande Loge de France manifestement chagriné que je sois venu en appui d'un texte écrit par un « collège des invisibles » (dont je ne connais aucun des membres) et publié sur le blog de La Maçonne.

    Ce frère m'indique notamment ceci :

    « Pour ce qui concerne la GLDF, merci de vous y intéresser, je ne commenterais pas vos dires, mais je soulignerai simplement que TOUT ce qui s'est fait ces dernières années a été voté par les convents à une majorité de plus de 80% des délégués des loges... au moins. Que l'orientation prise par mon obédience ne convienne pas à certaines « sensibilités », je peux tout à fait le concevoir, mais il parait évident qu'elle correspond au désir d'une large majorité de frères.. . Quand à ramener « l'esprit » de l'obédience à celui qu'il était au temps de notre dernière guerre des religions, cela me parait aussi abusif que de ramener le GODF à l'esprit de godillot du pouvoir qui a été le sien à certains moments de son histoire (...). »

    Je souhaiterais, sans polémiquer, rappeler les points suivants :

    1°) On peut prendre de très mauvaises décisions même à 80% de majorité. Ce faisant, il ne s'agit pas d'un jugement de valeur de ma part mais d'une réalité que les instances de la Grande Loge de France ont fini par admettre en renonçant à poursuivre des démarches illusoires de reconnaissance auprès de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Je comprends que ces instances aient tenté un rapprochement avec Londres en spéculant sur les déboires de la Grande Loge Nationale Française. Ça fait tellement longtemps qu'elles y travaillent. Elles ont voulu profiter de l'aubaine.

    2°) Il est un fait que la Grande Loge de France - obnubilée par les promesses inconsidérées de quelques Grandes Loges européennes - a cru pouvoir obtenir cette reconnaissance dans le cadre d'une chimérique confédération maçonnique de France. Dans ce but, elle s'est progressivement marginalisée en France au cours des dernières années, par exemple en se désolidarisant de l'Institut Maçonnique de France et du Salon du Livre Maçonnique de Paris ou en édictant une circulaire, pour le moins singulière, sur les intervisites. Je me souviens que cette situation avait créé un certain émoi parmi les frères de la Grande Loge de France. Dans quelle proportion ? Je l'ignore. Suffisamment en tout cas pour qu'il se remarque.

    3°) A titre personnel, j'ai toujours pris soin de pas commenter outre mesure les décisions d'une obédience à laquelle je n'appartiens pas. Ainsi je ne me rappelle pas de m'être particulièrement alarmé de la constitution de la confédération maçonnique de France, probablement parce que j'étais déjà convaincu, comme Michel Barrat, que la montagne accoucherait inévitablement d'une souris. Par ailleurs, il m'est même arrivé de défendre Marc Henry (que je n'ai jamais rencontré) sur ce blog.

    4°) Je n'ai jamais eu l'intention de réduire l'esprit de la Grande Loge de France à la « Belle Epoque », période au cours de laquelle la franc-maçonnerie française fut particulièrement impliquée dans les débats politiques, économiques et sociaux. C'eût été absurde bien entendu. Une obédience évolue avec le temps. En revanche, j'ai voulu rappeler dans ma note, au travers d'Henri Brisson et d'Hégésippe Légitimus, que la réflexion sur des sujets dits « profanes » a toujours fait partie de l'histoire de la Grande Loge de France et qu'elle n'est pas illégitime. Je renvoie également les lecteurs à l'éloge funèbre de Frédéric Desmons par Gustave Mesureur. Il m'a toujours paru utile de rappeler ce passé là car je sais que certains frères de la Grande Loge de France ont tendance à vouloir le gommer ou l'atténuer fortement.

    Pour conclure, je tiens à dire que je n'ai aucun souci particulier avec la Grande Loge de France.

  • GLDF : un souvenir de « La Belle Epoque »

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    3951201225.jpgLa caricature ci-contre représente deux francs-maçons en train d'effectuer l'attouchement de maître. Elle a été publiée en janvier 1901 dans la revue antimaçonnique A bas les Tyrans ! de Paul Copin-Albancelli et Louis Dasté. On y voit à droite Henri Brisson, à l'époque candidat à la présidence de la Chambre des députés. Henri Brisson n'est pas un inconnu pour les lecteurs réguliers de ce blog puisque j'en avais déjà parlé. Il était même au centre des préoccupations des antimaçons de l'époque qui étaient persuadés qu'il avait effectué le signe de détresse à la tribune de la Chambre pour sauver le gouvernement Waldeck Rousseau en 1899. A gauche, on y voit un homme de couleur noire caricaturé de façon raciste (style « Y a bon banania »). Il s'agit d'Hégésippe Jean Légitimus (1868-1944) député socialiste de la Guadeloupe. Il fut le premier noir à siéger dans une assemblée parlementaire française depuis Jean-Baptiste Belley (1747-1805). Et pour la petite histoire, il est l'arrière-grand-père de l'acteur Pascal Légitimus.

    Pour Louis Dasté, il s'agissait de jeter le ridicule sur la gestuelle maçonnique et le discrédit sur les deux députés. Le militant antimaçon s'y était employé en étalant son racisme et son antisémitisme obsessionnels (une prose que le mouvement Civitas ne désavouerait pas aujourd'hui).

    « Telle est la liturgie maçonnique pour le grade de maître. C'est en épelant des mots hébreux (...) et en se livrant à une gymnastique aussi parfaitement absurde que les cérémonies des sorciers nègres, que les soi-disant libres-penseurs des loges se préparent à gouverner la France (...). »

    Il m'a paru utile de diffuser cette caricature car Brisson et Légitimus appartenaient tous deux à la Grande Loge de France. C'était en effet un temps où cette obédience était fortement impliquée dans la réflexion sociale et n'hésitait pas à intervenir dans les débats profanes au risque de s'attirer les foudres des réactionnaires. Aujourd'hui, la Grande Loge de France fait mine de ne pas s'en souvenir et semble obnubilée à l'idée de reconstruire son histoire. Je connais des frères de la Grande Loge qui en sont très affectés. Ça ne signifie pas qu'ils veulent nécessairement une obédience engagée dans les débats politiques et sociaux comme à « La Belle Epoque », mais qu'ils en ont assez des prétentions de la Grande Loge à vouloir incarner une maçonnerie d'élite et régulière au sens anglo-saxon.

    Cette caricature vient donc en appui d'un texte très intéressant publié sur le blog de La Maçonne dont je vous recommande la lecture (même si, personnellement, j'ai quelques doutes sur l'influence qu'il prête au Suprême Conseil de France) :

    « (...) La GLDF pole essentiellement spiritualiste et humaniste encore une fable véhiculée par les dignitaires de l’obédience. De fait la GLDF des premières années fut considérée plus progressiste sur le plan des idées et des comportements sociétaux que le GODF. Il est donc faux de prétendre que la GLDF est le reflet d’une obédience uniquement spiritualiste (dont on se demande ce que cela veut dire sans autre précision), et humaniste ce qu’elle a toujours été, elle fut également dès son origine, et il n’y a pas si longtemps sociétale, ce que les nouveaux dignitaires semblent oublier tellement ils ont le souci de se démarquer du GODF (...) »