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fraternité - Page 4

  • Les francs-maçons et le manifeste des 93

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    Suite au déclenchement de la première guerre mondiale, les convents des obédiences maçonniques n'ont pu avoir lieu, comme d'habitude, au mois de septembre. Ils ont été ajournés sine die. Le Grand Orient de France (GODF) a néanmoins convoqué les délégués des loges de la région parisienne pour une réunion exceptionnelle, le 8 novembre 1914, en son siège du 16 rue Cadet à Paris. Il s'agissait pour la plus ancienne obédience maçonnique française de s'organiser en cette sombre période et, notamment, de manifester sa solidarité à l'égard des frères appelés à faire leur devoir sous les drapeaux. C'est ainsi qu'une caisse de secours, un comité du travail, un bureau de placement et un service de repas ont été mis en place pour les frères et leurs familles. Mais cette réunion a été également l'occasion pour les francs-maçons présents de réagir à l'Appel des intellectuels allemands aux nations civilisées.

    Ce texte, publié le 4 octobre 1914, a été signé par 93 intellectuels d'outre-Rhin parmi lesquels le physicien Max Planck, le juriste Franz von Liszt (le cousin germain du célèbre compositeur), le chimiste Adolf von Bayaer, le musicien Siegfried Wagner (le fils du grand Wagner) ou encore, pour citer un autre exemple, le sculpteur Adolf von Hildebrand. Cet appel, connu également sous le nom de Manifeste des 93, a été rédigé pour soutenir le Kaiser Guillaume II et réfuter les exactions commises par l'armée allemande lors de l'invasion de la Belgique.

    Citons-en un extrait :

    "Il n'est pas vrai que l'Allemagne ait provoqué cette guerre. Ni le peuple, ni le Gouvernement, ni l'empereur allemand ne l'ont voulue. Jusqu'au dernier moment, jusqu'aux limites du possible, l'Allemagne a lutté pour le maintien de la paix. Le monde entier n'a qu'à juger d'après les preuves que lui fournissent les documents authentiques. Maintes fois pendant son règne de vingt-six ans, Guillaume II a sauvegardé la paix, fait que maintes fois nos ennemis mêmes ont reconnu (...) Il n'est pas vrai que nous avons violé criminellement la neutralité de la Belgique. Nous avons la preuve irrécusable que la France et l'Angleterre, sûres de la connivence de la Belgique, étaient résolues à violer elles-mêmes cette neutralité. De la part de notre patrie, c'eût été commettre un suicide que de ne pas prendre les devants."

    On voit que l'appel invoque des "preuves irrécusables" qu'il se garde bien de produire. Il se borne simplement à nier vigoureusement les accusations portées contre l'Allemagne et à rejeter, sans nuance, la faute sur les nations ennemies. Et, malheureusement, il n'est pas non plus exempt de racisme.

    "Ceux qui s'allient aux Russes et aux Serbes, et qui ne craignent pas d'exciter des mongols et des nègres contre la race blanche, offrant ainsi au monde civilisé le spectacle le plus honteux qu'on puisse imaginer, sont certainement les derniers qui aient le droit de prétendre au rôle de défenseurs de la civilisation européenne."

    Les frères du Grand Orient de France ont très mal ressenti le Manifeste des 93. Il faut dire qu'il est d'une étonnante médiocrité eu égard aux qualités des signataires. Comment se fait-il que l'érudition et les talents les plus divers se mettent ainsi au service de la propagande la plus vile ? Comment expliquer pareille situation dans cette Europe de la science et des arts, qui de surcroît se targue volontiers d'être la lumière du monde et l'avant-garde de l'humanité ? Il est certes légitime d'aimer son pays et de vouloir le défendre aussi bien par les armes que par les idées, mais cette inclination naturelle, que l'on peut avoir à l'égard de sa terre, justifie-t-elle les discours nationalistes les plus serviles ?

    "C'est avec un sentiment de profonde tristesse que [la franc-maçonnerie] a vu l'élite intellectuelle de l'Allemagne sanctionner les plus abominables excès d'une barbarie qui n'est plus de notre temps. En lisant cette déclaration (...) on se demande si la pensée civilisatrice qui était la gloire de l'occident n'a pas sombré dans une sorte de philosophie de la guerre que l'on croyait à jamais disparue.

    Les plus grands penseurs de l'Allemagne, hommes d'Etat, savants, philosophes, poètes, artistes, se sont groupés pour faire de la force la plus étonnante apologie, mettant au second plan les conceptions séculaires de la civilisation et de la liberté humaine.

    [la franc-maçonnerie] flétrit tous ces penseurs qui ont mis leur génie, leur talent, au service d'une doctrine qui ferait de la force un dogme religieux et de la violence un dogme politique."

    Le texte voté par les délégués des loges parisiennes se contente d'accuser l'élite allemande parce que celle-ci a commis l'imprudence de signer un appel stupide. Mais elle n'est pas la seule. Les francs-maçons auraient pu fustiger l'élite française qui, elle aussi, a délaissé les livres au profit des règlements militaires. Ils auraient pu également critiquer le manifeste du 21 octobre 1914 signé par une centaine de professeurs britanniques. Mais c'eût été prêter le flanc à la critique et exposer inutilement l'institution maçonnique à la vindicte des nationalistes qui s'étale dans la presse.

    Toutefois, il ne faut pas croire que toute l'élite intellectuelle européenne cautionne la guerre. Le débat est vif sur de nombreux sujets, notamment sur les origines de la guerre, sur les responsabilités des uns et des autres, sur le démantèlement de l'Allemagne en cas de victoire, etc. De nombreuses voix dissidentes, et non des moindres, se sont exprimées contre la guerre même si elles peinent à se faire entendre. En Allemagne, des intellectuels ont refusé de signer l'appel du 4 octobre comme par exemple le jeune physicien Albert Einstein. Les écrivains allemands Thomas et Heinrich Mann ou encore le dramaturge autrichien Stefan Zweig ont réaffirmé leur attachement à la paix comme les français Romain Rolland, Henri Barbusse, Théodore Ruyssen, Jules Romains et Léon Werth. Il en est de même en Italie avec le philosophe Benedetto Croce et en Grande Bretagne avec le mathématicien Bertrand Russel.

    Ces voix dissidentes ne doivent pas être étouffées par celles qui ont l'oreille approbatrice des gouvernements. Elle témoignent toutes du fait que l'humanisme européen n'est pas mort. Elles rappellent la nécessaire indépendance de l'esprit à propos de laquelle Jean Jaurès écrivait dès 1903 dans son Discours à la Jeunesse :

    "Mais un jour vient, et tout nous signifie qu’il est proche, où l’humanité est assez organisée, assez maîtresse d’elle-même pour pouvoir résoudre, par la raison, la négociation et le droit, les conflits de ses groupements et de ses forces. Et la guerre, détestable et grande tant qu’elle est nécessaire, est atroce et scélérate quand elle commence à paraître inutile (... )Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."

    En attendant, en novembre 1914, Jaurès n'est plus. La guerre est là. La raison et la science, célébrées tout au long du siècle précédent, sont en train d'être dépassées par les forces de l'organisation et de la technique. Le nationalisme, originairement fondé sur un besoin d'émancipation des peuples opprimés, est en train de se retourner brutalement contre l'humanité tout entière.

    Comment peut-on encore parler du progrès de l'humanité alors que l'humanité semble disparaitre dans la barbarie d'une guerre mondiale ? La question se pose, mais personne n'a de réponses satisfaisantes à apporter. En novembre 1914, on est en train d'expérimenter physiquement, dans la douleur et les atrocités, un changement d'époque. Le basculement dans le XXe siècle est terriblement difficile. Justement, de quoi ce siècle sera-t-il fait ? La question, là aussi, se pose, mais personne non plus ne peut y répondre.

  • Le Banquet d'Ordre

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    banquet.jpgComme le veut la tradition, ma R∴L∴ s'est réunie pour son banquet d'ordre.

    Ce moment convivial, apprécié de tous les FF∴, rappelle que la franc-maçonnerie spéculative est née, au début du XVIIIe siècle, dans les arrière-salles des tavernes.

    La loge de table clôt habituellement l'année civile.

    Les travaux reprendront force et vigueur en janvier.

  • La montagne est belle

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    Ce samedi, travail de commission pour étudier une question conventuelle et évoquer certains aspects de la vie maçonnique.

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    La réunion a eu lieu chez un F∴ de ma L∴ autour d'un bon repas, précédé du petit apéro qui va bien.

    J'ai passé un excellent moment convivial, fraternel et studieux. J'aime ces instants hors des tenues d'obligation. Ils permettent toujours de resserrer utilement les liens.

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    Sur le chemin, j'ai respiré l'air pur et vivifiant des Cévennes. La montagne était belle en cette journée de décembre. Notre petit atelier grandit à son rythme.

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  • De la fraternité maçonnique

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    La fraternité maçonnique est une appartenance commune à un ordre initiatique, ésotérique et traditionnel.

    Elle n'est pas un sentiment aux termes duquel on décréterait l'amour général et impersonnel.

    Elle peut même être une sorte de paradoxe qui dissimule, parfois, des haines vigilantes (souvenons-nous toujours du mythe de Caïn et d'Abel).

    Si un salaud peut être poli, il peut aussi se montrer fraternel.

    Une fois, j'avais dit cela à un frère d'une loge que je visitais. Ce frère, qui avait pourtant de la fraternité mielleuse plein les lèvres, m'avait verbalement agressé : "Tu n'as strictement rien à faire en maçonnerie."

    Qu'avais-je dit pourtant de si terrible qui m'ait valu un tel rejet ?

    Rien d'autre que de considérer ce que nous sommes sans naïveté et angélisme ostentatoires.