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  • Hommage à la mémoire de M. Jacques Hamel

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    hamel.jpgMes pensées émues et fraternelles vont à M. Jacques Hamel, 86 ans, curé à Saint-Etienne-du-Rouvray, assassiné lâchement par un jeune islamiste de 19 ans alors qu'il disait tranquillement la messe.

    Elles s'adressent également à tous les habitants de cette commune durement éprouvée par cette terrible nouvelle.

    Il me paraît important de souligner que M. Hamel participait aussi à un comité interconfessionnel avec le comité régional du culte musulman.

    L'assassin voulait donc clairement s'en prendre à ce vieil homme dévoué et apprécié de tous, parce qu'il symbolisait la volonté de service et de dialogue oecuménique.

    Je voudrais aussi souligner la grande dignité avec laquelle les autorités catholiques ont réagi à cette affreuse nouvelle. Elle contraste avec la fébrilité de certains politiciens cyniques prompts à la polémique et désireux d'exploiter électoralement tous les drames qui frappent notre pays.

    La France ne sera forte que si elle demeure rassemblée dans le respect des valeurs de tolérance, de respect mutuel et de liberté de conscience.

    Il me vient à l'esprit cet extrait du poème de Kipling :

    Si tu peux conserver ton courage et ta tête
    Quand tous les autres les perdront,
    Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
    Seront à tout jamais tes esclaves soumis
    Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
    Tu seras un Homme, mon fils.

    Que nous restions lucides face à ceux qui prônent la haine et les surenchères simplistes de toutes sortes, c'est tout le mal que je nous souhaite !

  • Les citoyens face à l'imprévu

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    parisien.jpg

    Je voudrais remercier M. Olivier Beaumont, journaliste au Parisien, pour son article rédigé avec deux de ses confrères après l'attentat du 14 juillet à Nice. Je ne vais pas en rajouter sur ces femmes et hommes politiques qui ont cyniquement fait le choix de polémiquer sur des cadavres d'innocents alors qu'ils savent pertinemment, du moins pour certains d'entre eux, que la sécurité absolue est un mythe.

    Je voudrais plutôt revenir dans cette note sur un fait divers qui a eu lieu, dans la soirée du 19 juillet, à la Gare du Nord à Paris et dont la presse s'est fait l'écho. Le trafic ferroviaire a été totalement interrompu pendant quatre heures à cause notamment d'un incendie sur un transformateur électrique provoqué, selon la SNCF, par un acte de malveillance. On déplore également des vols de câbles en cuivre.

    Les réactions provoquées par ce fait divers en disent long sur l'état d'esprit inquiétant d'une partie de nos compatriotes. Ces réactions rappellent en tout cas étrangement celles de ces quelques politiciens mises en évidence par Le Parisien.

    Sous l'oeil complaisant des caméras des JT et des chaînes d'information continue, on a ainsi pu voir et entendre les habituelles rengaines des voyageurs excédés. Incapables de voir plus loin que leur petit cas personnel de citoyen contrarié, les inévitables geignards s'en sont donné à coeur joie en critiquant l'entreprise publique et ses salariés.

    voyageurs.jpg

    Quand je vois un spectacle aussi affligeant d'usagers prompts à la critique et à la recherche frénétique de responsables, comment ne pas penser aux interventions de ces politiciens démagogues jouant de façon obscène aux inspecteurs des travaux finis chaque fois qu'un cas de force majeure, une situation exceptionnelle ou un drame se produit dans notre pays ?

    Et j'en arrive à me demander si certains de nos compatriotes (je dis bien certains car je ne veux évidemment pas généraliser) sont bien conscients que la vie est fondamentalement un risque et qu'elle est aussi un parcours jalonné d'obstacles.

    Je n'ose croire qu'ils soient si nombreux à être incapables de réagir rationnellement face à l'adversité au point d'éprouver le besoin d'être maternés comme des enfants en bas âge.

    Quand leur dira-t-on enfin que la sécurité à 100 % n'existe pas? Quand admettront-ils enfin qu'il est impossible d'anticiper et de régler tous les problèmes, en quelques minutes ou en quelques heures, même avec la meilleure volonté du monde ?

  • Nice tristesse

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    Je présente mes condoléances les plus attristées aux familles et aux proches des victimes du terrible attentat perpétré à Nice le 14 juillet 2016.

    Je m'associe à leur peine et à leur douleur.

    Je souhaite également un prompt rétablissement à toutes les personnes qui ont été blessées physiquement et/ou psychologiquement dans cette tragédie épouvantable.

    Que la sagesse préside aux décisions des pouvoirs publics.

    Et que notre grand pays sache se rassembler dans le respect des valeurs de la République et dans un esprit de concorde universelle !

    A (re)lire : Terreur dans l'Hexagone

     

  • Le Brexit, un Waterloo de la franc-maçonnerie ?

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    glua.jpgJe ne suis pas l'auteur de l'expression dont je me suis servi pour le titre de cette note. Je l'ai empruntée à Francis Frankeski qui a écrit un court billet d'humeur sur le blog Hiram. Je vous invite à le lire. Il y indique notamment : 

    « Ce Brexit est quelque part le Waterloo de la franc-maçonnerie et ne cherchons pas de boucs émissaires, nous avons tous notre part de responsabilité même en part infime dans ce que nous pouvons constater chaque jour : l’abaissement de la Fraternité, le délitement de la Solidarité, le rejet de l’Egalité, les reculs multiples de la Liberté. »

    Je passerai rapidement sur le paradoxe de l’expression. Waterloo, du point de vue britannique, n’est pas une défaite mais une victoire.

    Ceci dit, il ne faut pas imputer à la franc-maçonnerie en général et à la britannique en particulier des responsabilités qui ne lui incombent pas.

    Ne peut-on pas voir tout de même dans le Brexit une forme d'impuissance de la franc-maçonnerie à diffuser ses valeurs en Europe ? Je ne le crois pas. En effet, pourquoi reprocher le Brexit à la franc-maçonnerie et pas aux autres associations, aux églises, aux clubs services, etc. ? Ce reproche me paraît d'autant plus absurde que la franc-maçonnerie n’a évidemment pas le monopole des grandes valeurs.

    En outre, il faut rappeler que la Grande Loge Unie d’Angleterre ne se mêle jamais des questions politiques. C’est sa tradition. Elle en a même fait un landmark. Pendant la campagne référendaire, elle est donc logiquement restée silencieuse.

    Lors de sa communication trimestrielle en date du 8 juin dernier, le pro-Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre n’a fait aucune allusion à l’éventualité du Brexit. Il s’est contenté d’évoquer les commémorations du 300ème anniversaire de la maçonnerie spéculative qui auront lieu l’an prochain. Et il a précisé que les frères  auront le droit de porter en loge la médaille du tricentenaire… On est (très) loin des turbulences de la politique britannique.

    Brexit, Grande Bretagne, France, Union européenne, GODF, GLUA, France, démocratieNéanmoins le Brexit aurait-il pu être évité si les francs-maçons britanniques s’étaient davantage impliqués dans la réflexion sociale comme c’est l’usage au Grand Orient de France ? Je ne le crois pas non plus.

    En effet, il faut éviter la condescendance à l’égard de nos frères britanniques même si ces derniers en manifestent parfois à notre égard. Il convient de rappeler que les loges britanniques soutiennent de très nombreuses œuvres de bienfaisance. Elles ont souvent une action sociale opérative bien plus systématique et efficace que celle de nos loges hexagonales qui aiment s'enivrer de belles idées et de concepts généreux.

    Et puis il faut considérer les enseignements de l'histoire maçonnique. Que nous apprennent-ils ? Que la réflexion sociale au sein des loges, aussi féconde et légitime soit-elle, n’a jamais prémuni un pays des tentations de repli et des dangers du nationalisme.

    Ainsi le Grand Orient de France n’a pas empêché la montée du fascisme en France dans l’entre-deux-guerres pas plus que l’avènement du Régime Vichyste après la capitulation de 1940 alors qu'il était pourtant très impliqué dans la vie de la Cité sous la Troisième République.

    Bref, le travail maçonnique n'est pas programmatique. Il ne dépend nullement des circonstances du temps présent ou de l'actualité profane. Il est un effort constant d'amélioration de soi au sein d'une communauté d'individus partageant ce même désir d'élévation morale et spirituelle. Ce n'est pas du nombrilisme. C'est simplement le principe lucide en vertu duquel toute prétention à vouloir améliorer la société passe fondamentalement par la volonté de s'améliorer soi-même. Tout le reste n'est que de la posture.

  • Les droits de l'homme selon Pétain

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    Suite à ma note sur le formulaire d'abjuration d'erreurs et de profession de foi en usage sous l'Espagne franquiste, Hervé, un fidèle lecteur du blog, qui me suit également sur Twitter (@blog357), m'a gentiment transmis le document ci-dessous. Il m'a autorisé à le reproduire.

    petainGODF.jpg

    Il s'agit d'un formulaire de l'Etat français qui faisait suite à l'interdiction de la franc-maçonnerie le 13 août 1940.

    Les fonctionnaires devaient le remplir pour déclarer qu'ils n'étaient pas francs-maçons. Ce formulaire a été édité en 1941 par la préfecture de la Seine et Marne. On notera la mention curieuse de la société théosophique qui n'est pas du tout maçonnique (ce détail avait dû échapper à Bernard Faÿ et ses sbires).

    Je soussigné, déclare sous la foi du serment, avoir fait partie comme [officier ou membre] de la Société du Grand Orient de France, de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Nationale Indépendante, de l'Ordre Mixte International Le Droit Humain, de la Société Théosophique, du Grand Prieuré des Gaules, de l'une quelconque des filiales desdites sociétés, ou de toute autre société visée par la loi du 13 août 1940 : Orient ou Vallée (ou localité) de...... et avoir cessé d'en faire partie le ...... 19...... pour les raisons suivantes (démission, mise en sommeil, radiation, etc.).

    Je m'engage sur l'honneur à ne plus faire partie d'aucune des Sociétés mentionnées ci-dessus ou de leurs filiales, dans le cas où elles viendraient à se reconstituer directement ou non.

    A...... le ......1941

    Je rappelle que les fonctionnaires francs-maçons étaient systématiquement révoqués de la fonction publique. Les fausses déclarations étaient évidemment sanctionnées pénalement.

    Hervé m'a précisé que son grand-père était à l'époque directeur du service de la population de la ville de Melun où il avait été muté.

    Détail cocasse : le grand-père d'Hervé était membre de la R∴L∴ La Cosmopolite à l'O∴ de Vichy (G∴O∴D∴F∴). Ça ne s'invente pas !

  • Du dialogue entre les institutions républicaines et les religions

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    laïcité, France, Sénat, Parlement, François Hollande, Gérard Larcher, République, Collectif laïque, religions

    Le collectif laïque a encore frappé. Voici son communiqué en date du 16 juin dernier :

    Le Collectif laïque condamne fermement le contournement de la laïcité que constitue la mise en place d’un dialogue institutionnel du Président et des groupes politiques du Sénat avec des responsables des cultes.

    La loi de séparation des Églises et de l’État (art.2), confortée par la Constitution, exclut expressément toute reconnaissance des cultes par la République. En revanche, des auditions de représentants associatifs ou de courants philosophiques et religieux par les commissions ressortissent (sic) des travaux parlementaires normaux.

    Cette décision vient s’ajouter à de nombreuses dérives du même type constatées dans les collectivités territoriales.

    Nos concitoyens, croyants ou non, attachés à la laïcité et à la démocratie ne peuvent accepter que des dignitaires religieux soient considérés par des élus du peuple comme qualifiés pour s’exprimer en leur nom.

    Enfin, nous refusons que les conceptions régressives de la vie en société (opposition à l’IVG ; à l’égalité devant le mariage, au droit de mourir dans la dignité, à l’égalité entre les hommes et les femmes…), portées par des responsables religieux puissent s’imposer par le biais de ces réunions institutionnalisées, comme elles le font dans plusieurs pays européens.

    Que s'est-il passé ? Vous allez le voir. Une terrible révolution. Jugez plutôt. Voici le communiqué de presse du 11 mai 2016 qui a enflammé ces gardiens autoproclamés et chatouilleux de la laïcité.

    Le Président du Sénat, Gérard Larcher, a réuni aujourd’hui, pour la première fois, les Présidents des groupes du Sénat et les représentants des cultes.

    Selon lui, le dialogue entre les autorités politiques et les autorités religieuses de France doit être à la hauteur des défis que la République et notre communauté nationale doivent relever.

    Après un long échange, les participants se sont engagés à instituer un dialogue périodique, respectueux de la Laïcité, entre le Parlement et les cultes.

    Ce dialogue permettra des échanges sur des sujets de société sur lesquels le Parlement sera amené à se prononcer.

    Tous les groupes politiques du Sénat ont été associés à cette rencontre ! Y compris les communistes (plus que détachés de toute inféodation religieuse).

    359375460.jpgLe Sénat a simplement posé le cadre général d'un dialogue périodique entre les représentants des cultes et la Haute Assemblée. Il a été affirmé que ce dialogue devra être respectueux de la laïcité. Difficile d'être plus explicite! Pour le reste, je renvoie le lecteur au rapport que M. Gérard Larcher, président du Sénat, a remis à M. François Hollande, président de la République, le 15 avril 2015. Il s'intitule La Nation française, un héritage en partage. Je rappelle que des obédiences maçonniques françaises ont été auditionnées pour les besoins de ce rapport (GODF, DH, GLFF, GLDF, GLNF) au même titre que des représentants de cultes, des universitaires, etc.

    En fait, j'ai l'impression que le Collectif laïque s'est laissé piéger par l'effet d'annonce de la présidence du Sénat. Il ne s'agit évidemment pas de contourner la laïcité en permettant aux religions d'imposer leurs vues aux parlementaires. Il s'agit simplement de créer un espace de rencontre au sein duquel parlementaires et représentants des cultes auront la possibilité de dialoguer sur des sujets de société sur lesquels le Sénat et l'Assemblée Nationale seront appelés à légiférer. En effet, aucune disposition légale ne l'interdit. Il n'est pas non plus anormal et scandaleux que la Haute Assemblée veuille nouer un dialogue régulier avec les représentants des cultes reconnus par la République dans une période où, comme on le sait, la France est confrontée à l'inquiétante résurgence de l'obscurantisme et du fondamentalisme religieux.

    Pourquoi donc le pouvoir législatif s'écarterait-il d'un tel dialogue alors qu'il le pratique, comme le pouvoir exécutif, depuis 1905 ? Que craint le Collectif laïque au juste ? Que du fin fond d'obscures sacristies, que de l'arrière salle des synagogues ou que du haut des minarets, les religieux dictent leurs volontés aux parlementaires ? Pourquoi le Collectif laïque ne traite-t-il pas les parlementaires d'idiots tant qu'il y est ? Au lieu  donc d'être systématiquement dans une posture critique, le Collectif laïque ferait mieux de s'interroger sur des stratégies pour être associé concrètement à ce dialogue avec les institutions républicaines. En effet, je ne peux m'empêcher de relever que le Collectif laïque, en tant que tel, n'a pas été auditionné dans le cadre du rapport Larcher. Il n'a même pas envoyé de contribution. Tout est dit...

    Je pense en conclusion que la laïcité a besoin d'individus pragmatiques, de fins juristes au sens politique aigu et non de doctrinaires qui surréagissent n'importe comment sur des non événements dans des collectifs hétéroclites. La laïcité en France, c'est la laïcité éclairée telle qu'elle a été promue par Aristide Briand, par Henri Brisson et tous les autres. Cette laïcité là instaure le dialogue permanent avec les cultes et tous les mouvements philosophiques comme la franc-maçonnerie. Elle n'est pas un concept politique historiquement figée. Elle s'est toujours adaptée aux nécessités du temps et aux évolutions de la société française. Elle n'est pas cette laïcité pleurnicharde qui se pense en permanence comme une citadelle assiégée, vit dans l'obsession de sa propre disparition et postule l'uniformisation des consciences.

  • Le légendaire signe de détresse d'Henri Brisson

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    brisson.jpgLa prétendue influence politique de la Franc-Maçonnerie a toujours fait couler beaucoup d'encre, notamment dans les milieux d'extrême droite ordinairement réceptifs aux théories complotistes. On cite souvent à titre d'exemple l'intervention du frère Henri Brisson à la tribune de l'Assemblée Nationale le 26 juin 1899. Le député radical y aurait fait le célèbre « signe de détresse ». Il aurait donc devant ses collègues 1°) croisé les doigts, paumes vers l’avant, tendu les bras au-dessus de sa tête, face vers le ciel, 2°) renversé son corps en arrière et 3°) lancé un tonitruant « À moi les enfants de la Veuve ! ».

    Grâce à ce signe et à cet appel, Henri Brisson aurait ainsi obtenu le ralliement de tous les députés francs-maçons présents dans l'hémicycle et sauvé le ministère Waldeck-Rousseau. Le problème, c'est que Brisson n'a jamais agi de la sorte sauf bien entendu dans l'imagination fertile des antimaçons toujours à la recherche du détail qui accréditerait l'existence du grand complot des loges. Voici ce que le député Henri Brisson a réellement déclaré devant la Chambre :

    « Je demande à la Chambre la permission de lui dire en deux mots pourquoi je ne m'abstiens pas.

    Après les catastrophes redoutables auxquelles nous avons assisté il y a vingt-neuf ans et qu'on rappelait tout à l'heure, j'ai été le premier à proposer l'amnistie. Mais alors nous ne rusions ni avec les hommes, ni avec les choses,ni avec les mots.

    Proposer l'amnistie, ce n'était pas proposer seulement de faire rentrer certains citoyens dans la cité, c'était proposer l'oubli des drames et des tragédies de la guerre civile, l'oubli des haines et des rancunes. Notre but était d'éteindre par la générosité et par la bonté les cendres encore brûlantes de la guerre civile et de fonder, sur le sol renouvelé, la République rêvée.

    Cette République, presque tous les républicains qui sont montés la tribune, nous accordent qu'il y a lieu de la défendre. La question est de savoir si, pour défendre la République, on va faire une majorité par ici (la droite), c'est-à-dire avec ceux qui ont passé trente ans à esayer de la détruire, ou si on la fera avec tous les braves républicains qui siègent de l'autre côté.

    Quant à moi, je n'hésite pas : le gouvernement promet de défendre la République, je lui donne mon vote, et j'invite tous ceux sur lesquels je puis avoir quelque influence à voter, je ne dis pas pour le gouvernement, mais pour la République. »

    On le constate. Pas de signe de détresse. Pas d'appel théâtral aux enfants de la Veuve. Mais une phrase finalement bien anodine qui laisse plutôt entrevoir les intenses négociations qui ont eu lieu au sein des différents groupes politiques républicains dans un contexte de crise politique aiguë : « (...) et j'invite tous ceux sur lesquels je puis avoir quelque influence à voter, je ne dis pas pour le gouvernement, mais pour la République. » Dans l'esprit des antimaçons, l'influence revendiquée par Brisson s'est donc transformée en appel subliminal aux députés francs-maçons. Puis, l'appel subliminal est devenu à son tour signe de détresse. Comme quoi, les légendes tiennent à peu de choses... 

    Il faut se souvenir que le ministère Waldeck-Rousseau était né dans la douleur en juin 1899. En effet, les modérés craignaient fortement la présence du socialiste Alexandre Millerand au sein du gouvernement. Les socialistes quant à eux, contestaient la présence au ministère de la Guerre du Général Gaston de Gallifet, le fusilleur de la Commune. Quelques mois plus tôt, le 23 février 1899 exactement, lors des obsèques du président Emile Loubet, Paul Déroulède et les nationalistes avaient fomenté un putsch contre la République qui avait lamentablement échoué. L'affaire Dreyfus n'en finissait pas non plus de défrayer la chronique. Bref, l'atmosphère politique était extrêmement tendue.

    Henri Brisson, dont l'appartenance maçonnique était de notoriété publique, n'aurait évidemment jamais pris le risque de se comporter de façon aussi grotesque devant la représentation nationale. Henri Brisson était pragmatique. En homme politique averti, il voulait que le centre-gauche et la gauche s'unissent et évitent de se perdre dans des querelles oiseuses sur les personnes de Gallifet et de Millerand. L'objectif primordial était à ses yeux la défense de la République face aux nationalistes et aux cléricaux de droite.

  • La lettre de Jules Prunelle

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    Le Grand Orient de France a diffusé une vidéo sur l'hommage rendu aux martyrs de la Commune. Celui-ci a eu lieu au cimetière du Père Lachaise devant le mur des fédérés le 1er mai dernier. Cette vidéo circule sur les plates-formes de streaming et les réseaux sociaux. Je voudrais à mon tour diffuser une lettre du Frère Jules Prunelle (1818-1904), ancien vénérable de la Loge parisienne Mutualité. Elle date du 30 avril 1871 et a été envoyée aux principaux organes de presse parisiens. Jules Prunelle n'était pas foncièrement hostile à la Commune qui était au départ, il faut le rappeler, un mouvement patriotique et communal, c'est-à-dire un mouvement visant à permettre aux parisiens d'élire librement un conseil municipal après la défaite de 1870. Mais il avait assisté à son inexorable radicalisation et il était maintenant soucieux que le bras de fer entre les insurgés et le gouvernement d'Adolphe Thiers ne remette pas en cause l'établissement de la République en France. Jules Prunelle était membre fondateur de l'Association des défenseurs de la République, constituée en décembre 1870, aux côtés notamment de Georges Clemenceau, maire du dix-huitième arrondissement.

    Citoyen lucide et attaché aux libertés publiques, Jules Prunelle était parfaitement conscient que le mouvement communard était une impasse politique. Il craignait les meneurs les plus extrêmes dont les idées révolutionnaires risquaient de nourrir le parti de la peur et de l'ordre. Prunelle était aussi de ceux qui pensaient que la rébellion parisienne face au pouvoir légitime de l'Assemblée nationale élue le 8 février 1871, allait inévitablement aboutir à un putsch de l'armée, à une réaction bonapartiste, voire à un retour des royalistes au pouvoir.

    Franc-Maçon averti, Prunelle avait bien vu que ces mêmes révolutionnaires avaient instrumentalisé politiquement la franc-maçonnerie parisienne. Il était à ses yeux totalement inconcevable que la franc-maçonnerie ne respecte pas le pouvoir légitime et devienne partie prenante d'une guerre civile.

    « Paris, 30 avril 1871.

    Monsieur,

    Je viens de lire dans le Journal officiel de la Commune le compte-rendu d'une manifestation de francs-maçons qui a eu lieu hier, sons le prétexte défaire de la conciliation entre Paris et Versailles, mais en réalité — c' est facile à voir — pour engager la franc-maçonnerie tout entière à prendre parti dans un horrible conflit qui, pour le malheur de tous, dure depuis trop longtemps déjà.

    Permettez-moi, monsieur, comme franc-maçon, de protester ici de toute mon énergie contre celte prétention. Il n'appartient ni à plusieurs de parler au nom de la franc-maçonnerie, de se substituer à elle et de dénaturer son esprit. La franc-maçonnerie est essentiellement démocratique, pacifique et libérale — il n'y a pas un seul initié qui ne le sache — son rôle dans la lutte actuelle était donc tout tracé : calmer les adversaires,pour arriver sincèrement à les réconcilier.

    Plusieurs des manifestants en ont jugé autrement, oubliant que, dans le camp de ceux qu'ils traitent d'ennemis, il se trouve grand nombre de francs-maçons ; ils ont, par leurs discours, jeté de l'huile sur le feu — et, usurpant un droit qui ne leur appartient pas, transformé nos bannières de paix en étendards de guerre civile — et voulu engager toute la maçonnerie dans un conflit monstrueux.

    Ne serait-il pas temps enfin qu'en franc-maçonnerie, comme en politique, on supprimât tout espace d'usurpation, en laissant à chacun son droit intact et la faculté, dès lors, d'exprimer sa volonté ? Ce serait là,probablement, la fin de toutes les luttes qui nous agitent si douloureusement.

    Recevez, monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués.

    JULES PRUNELLE,

    ex-vénérable de la loge Mutualité. »

    Jules Prunelle savait que tout était perdu et que les jours du mouvement insurrectionnel étaient désormais comptés depuis que le gouvernement à Versailles avait invalidé les élections du conseil communal de Paris. Les éléments les plus modérés avaient alors préféré obéir aux injonctions du gouvernement et ils avaient démissionné du conseil, laissant Paris aux mains des plus extrémistes (Varlin, Vallès, Clément, etc.). Prunelle connaissait par coeur la capitale. Il voyait bien que les soldats de la Garde Nationale, mal attifés, mal nourris et plein de lassitude, n'avaient pas envie de se battre et encore moins de mourir pour des doctrinaires d'extrême gauche. Ce que ces soldats souhaitaient, comme tout le peuple de Paris d'ailleurs, c'était la fin des hostilités et, autant que faire se peut, la reprise d'une vie normale après la défaite du pays face à la Prusse.communards,commune de paris,jules prunelle,france

    Il faut se mettre dans la peau de Jules Prunelle qui avait pris connaissance de la manifestation maçonnique du 28 avril, comme il l'a écrit, en lisant le Journal Officiel de la Commune ! On peut comprendre qu'il se soit senti trompé, lui qui, comme beaucoup d'autres frères, croyaient à la mission conciliatrice des loges. Or, voici que ces dernières avaient été entraînées malgré elles dans le conflit par des frères, plus politiques que maçons, qui s'étaient rendus en délégation, étendards au vent, sur les murs d'enceinte de la capitale pour proclamer à la face du monde ce mensonge selon lequel l'Ordre maçonnique soutenait l'insurrection. Comment Jules Prunelle, petit maçon perdu au milieu de la foule, aurait-il pu se taire devant une telle forfaiture et une telle fuite en avant ? Comment aurait-il pu se taire, lui le républicain, l'ami de Clemenceau, alors qu'il sentait confusément que les jours de mai allaient être épouvantables et qu'une répression sanglante allait s'abattre sur Paris ?

    Je m'interroge. Comment se fait-il qu'en 2016 les obédiences maçonniques présentes au cimetière du Père Lachaise ne se souviennent pas aussi de ces frères républicains qui, tel Jules Prunelle, avaient été d'une extraordinaire clairvoyance au milieu de ces terribles événements ? Comment se fait-il qu'elles préfèrent célébrer aujourd'hui, de façon quelque peu caricaturale, le souvenir de ces doctrinaires qui ont fini par se faire dévorer par ce peuple qu'ils défendaient (il faut en effet se rappeler des derniers instants tragiques du pauvre Eugène Varlin, lynché et éborgné par la foule des prolétaires, avant d'être fusillé par la troupe sans jugement rue des Rosiers) ?

    communards,commune de paris,jules prunelle,franceAprès la lettre de Jules Prunelle, il me semble utile de reproduire celle que le frère Ernest Hamel (1826-1898), ancien Vénérable de la Loge L'Avenir, avait adressée à l'un de ses successeurs au premier maillet. Hamel était historien. Un biographe de Robespierre et un spécialiste de la Révolution française. Il fut un opposant républicain actif sous le second Empire et un proche du socialiste Louis Blanc. Ce n'était donc pas un mollasson. Mais lui aussi était d'une lucidité rare sur le devenir de la Commune et sur l'action entreprise par ces frères qui plantèrent des étendards de loge Porte Maillot.

    « Au Vénérable de la Loge l'Avenir Orient de Paris.

    Cher Vénérable,

    J'apprends avec tristesse que dans une réunion, à laquelle je n'ai pu assister, il a été décidé que la maçonnerie planterait son drapeau sur les remparts de Paris, et que dans le cas où il viendrait à être troué par une balle, elle se jetterait en corps dans la lutte.

    Cette réunion a, selon moi, dépassé son droit, en engageant de la sorte la franc-maçonnerie.

    Que, comme citoyen, chacun de ses membres adopte tel parti qu'il lui conviendra d'adopter, c'est son droit; mais, comme corporation, la franc-maçonnerie ne saurait, sans être infidèle à sa loi primordiale, quitter le terrain de la conciliation basée sur la reconnaissance de nos franchises municipales.

    C'est sous l'impression de cette idée conciliatrice qu'elle a envoyé deux délégations à Versailles, et l'adoption du rapport de ses derniers délégués impliquait virtuellement la continuation des tentatives d'apaisement et de concorde.

    Là était le véritable rôle de la franc-maçonnerie, qui ne doit pas oublier qu'elle a des adeptes dans les deux camps.

    Comme maçon et comme membre de la délégation nommée en vue d'une conciliation possible, je ne crois pas devoir la suivre dans la voie nouvelle où l'on semble l'engager, et j'ai la certitude de rester en cela le serviteur dévoué de la République démocratique, une et indivisible.

    ERNEST HAMEL, ex-vénérable de la loge l'Avenir. »