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  • Philippe Foussier et le combat laïque

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    Laïcité, Philippe Foussier, Jean-Louis Bianco, Observatoire de la laïcité, france, franc-maçonnerie, GODFLors d'une conférence de presse, le frère Philippe Foussier a adopté une rhétorique guerrière pour le moins incongrue. Le Grand Maître du Grand Orient de France, a ainsi déclaré qu'il y avait « nécessité d'un réarmement républicain » et « nécessité de repartir à l'offensive » (sic) dans le domaine de la laïcité. Bigre ! Rien que ça. Et de préciser que « si, depuis l’instauration de la République et les grandes conquêtes laïques, démocratiques et sociales qui lui sont dues (sic), la franc-maçonnerie a pu donner le sentiment d’un relatif assoupissement, alors, l’heure a sonné de son réveil et le temps est venu de la reprise de ses combats» (sic).

    Passons sur la récupération lourdingue de la laïcité par le Grand Maître du Grand Orient. L'oeuvre laïque a en effet fédéré depuis toujours des républicains de diverses sensibilités. Tous ne furent pas francs-maçons loin s'en faut. Méfions-nous également des va-t-en guerre et de ceux qui usent et abusent de la rhétorique militaire en croyant asseoir leurs propos et leur donner ainsi plus de force. C'est souvent un signe de faiblesse et d'un manque de sang-froid car la défense de la laïcité exige au contraire de la tranquillité d'esprit, de la mesure et du pragmatisme.

    Il faut donc bien mesurer le sens des propos du Grand Maître. Philippe Foussier défend et promeut une approche essentiellement offensive de la laïcité comme si d'un côté, la société française, livrée aux fanatiques, était devenue un immense champ de ruines, et de l'autre, les pouvoirs publics avaient fui leurs responsabilités. La réalité est évidemment bien plus complexe. Il ne s'agit évidemment pas de nier les problèmes lorsqu'ils se posent :  pressions religieuses diverses, port de signes religieux ostentatoires par des agents du service public, radicalisation de certains individus, terrorisme, etc.  Il s'agit de tordre le cou à cette idée saugrenue selon laquelle la laïcité serait en quelque sorte une notion monolithique à imposer au corps social par la contrainte, sans nuances, sans possibilité de régimes dérogatoires .En effet, la laïcité a toujours été le résultat d'un compromis permanent entre, d'une part, les exigences de la vie sociale, qui impliquent le respect effectif de l'intérêt général et l'absence d'inféodation du pouvoir politique à un quelconque ordre religieux, et d'autre part, le libre épanouissement des individus, qui implique le droit de chacun à pouvoir mener son existence selon ses goûts et sa philosophie sans crainte d'être inquiété. La laïcité n'est pas et ne sera jamais l'uniformisation des consciences dans une sorte métaphysique républicaine.

    Il faut savoir que le Comité Laïcité République, dont Philippe Foussier est l'un des dirigeants, a systématiquement dénigré et caricaturé le travail colossal effectué depuis quatre ans par l'Observatoire de la Laïcité présidé par Jean-Louis Bianco. Au début 2016, il y a même eu une tentative de déstabilisation de cet organisme.  Il ne faut surtout pas y déceler la manifestation d'un lobbying maçonnique car de très nombreux francs-maçons soutiennent l'orientation générale de l'Observatoire de la Laïcité y compris au Grand Orient de France. Je rappelle toutefois que ce débat violent et âpre au sein même du mouvement laïque a amené les trois plus anciennes associations laïques du pays - la ligue de l'enseignement (1866), la fédération nationale de la libre pensée (1890) et la ligue des droits de l'homme (1898). - à soutenir publiquement l'Observatoire de la Laïcité en janvier 2016. 

    Je vois donc pour ma part dans les propos offensifs de Philippe Foussier une volonté de relancer la polémique de 2016 dans l'espoir de remporter la bataille conceptuelle de la laïcité pour en imposer une approche idéologique face à une approche juridique pratique et souple dont les lois et la jurisprudence témoignent d'ailleurs dans de nombreux domaines (éducation, vie publique, vie professionnelle, etc.). Au sein du Grand Orient de France, il n'y a jamais eu de consensus sur une définition figée de la laïcité. La notion est même en débat permanent. Chaque année en effet, la laïcité fait l'objet d'une question spécifique à l'étude des loges. Ce qui permet aux différentes sensibilités de s'exprimer. Philippe Foussier peut donc penser ce qu'il veut. Ses propos n'engagent pas les loges du Grand Orient de France.

  • De la démission de Pierre de Villiers

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    villiers.jpgJe fais partie de ceux qui n'ont pas du tout apprécié l'irruption brutale et inappropriée du général Pierre de Villiers - le frère du politicien « très modéré » Philippe de Villiers - dans les arbitrages budgétaires du gouvernement civil de la France. Il n'était évidemment pas dans son rôle : c'est au ministre de la défense de défendre son budget ! Le chef d'état-major, lui, s'occupe de la stratégie militaire et des opérations en cours. Il assiste le président de la République dans le domaine de l'action militaire. C'est la raison pour laquelle le chef de l'Etat, démocratiquement élu, doit pouvoir compter sur sa loyauté et sa réserve. 

    L'obligation de loyauté et de réserve n'est pas de pure forme. Elle ne signifie pas que le chef d'état major ne peut pas exprimer des opinions personnelles. Il est le plus haut conseiller du chef de l'Etat dans le domaine militaire. Celui-ci demeure donc libre de ses opinions mais il doit y mettre cependant les formes et, surtout, les réserver en priorité au président de la République qui est son supérieur hiérarchique immédiat. Au lieu de ça, le général de Villiers est allé faire un esclandre devant une commission parlementaire. Il a accumulé les maladresses en politisant son rôle. Il n'a pas non plus hésité à étaler ses états d'âme sur son blog malgré le recadrage du chef de l'Etat. Un tel manque de sang froid, de rigueur et d'élégance montre de toute évidence que Pierre de Villiers n'était pas l'homme de la situation. Je suis donc satisfait de sa démission. Villiers est sans doute un excellent militaire mais d'une espèce que je n'aime guère parce qu'elle dissimule ses particules, ses titres nobiliaires et ses habitus sociaux et politiques rances d'Ancien Régime. 

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    A lire aussi : La République et les Généraux

  • La mixité au Grand Orient de France

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    La blogueuse La Maçonne a consacré un article sur le désenchantement des soeurs du Grand Orient de France. Je voudrais aborder à mon tour ce sujet délicat et le traiter non pas à travers des exemples et des témoignages de tiers mais sur la base de mon expérience de franc-maçon actif du Grand Orient de France (GODF). J'ai été délégué de mon atelier lors du fameux convent de Vichy en 2010 aux termes duquel les loges ont obtenu la liberté d'initier des femmes et d'affilier des soeurs. J'ai suivi attentivement la plupart des débats et controverses qui l'ont précédé. J'ai donc la faiblesse de penser que mon approche du sujet peut présenter un intérêt. Cependant, je tiens à préciser que ce je vais dire n'est que le reflet de ma propre subjectivité. Je ne prétends nullement détenir la vérité mais exprimer plus simplement ma part de vérité. La présente note doit donc être considérée comme un simple témoignage.

    Pour traiter la question de présence féminine au sein du GODF, il est nécessaire de la débarrasser du vernis pseudo philosophique dont elle a été enveloppée et de la remettre dans son contexte. D'abord, il est important de relever que cette présence féminine ne résulte pas de l'irrépressible besoin de l'obédience de s'adjoindre le concours de la « moitié de l'humanité » pour être en phase avec ses valeurs pas plus que de répondre aux doléances particulières de francs-maçonnes errant dans les ténèbres dans l'attente que le GODF les accueille. Sinon l'ouverture aux femmes aurait été évidemment réalisée beaucoup plus tôt dans l'histoire de l'obédience. En réalité, l'ouverture du GODF aux femmes résulte de considérations beaucoup plus terre à terre. Dans les années 2000, le GODF, plus exactement son Conseil de l'Ordre, y a vu un moyen de conserver son leadership numérique au sein du paysage maçonnique français. A cette époque, le GODF était préoccupée par la montée en puissance de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) qui avait doublé ses effectifs en moins de 20 ans. C'est donc dans l'espoir de contrecarrer la progression de la GLNF que le Conseil de l'Ordre du GODF a commencé à prêter une oreille plus attentive aux revendications de quelques loges politisées et turbulentes très minoritaires sur l'accueil des soeurs et l'initiation des femmes. Ces revendications ont été tout simplement perçues comme une opportunité d'élargir le recrutement.

    Mais comment susciter cette ouverture pleine de promesses sans effaroucher les loges du GODF ? Comment y parvenir sans risquer une scission ? Comment l'obtenir sans inquiéter en retour les autres obédiences mixtes et féminines ? Il suffit de mettre en oeuvre conjointement les cinq stratégies suivantes.

    1°) Cultiver l'art du double discours. Le Conseil de l'Ordre excelle généralement dans ce genre d'exercice : fermeté officielle, respect du règlement général d'un côté ; souplesse officieuse, accommodements avec les règles de l'autre. Et lorsque les risques d'affrontements sont trop élevés, il botte en touche en refilant la patate chaude à la Chambre Suprême de Justice Maçonnique qui s'est ainsi retrouvée avec le pouvoir exorbitant d'interpréter le règlement général et d'empiéter sur les prérogatives du Convent. Pour ma part, je n'ai jamais vraiment cru en l'indépendance des juges de la CSJM et en leur capacité de rendre des arrêts ou des avis qui intéressent le devenir de l'obédience sans interférences de l'exécutif. Le Conseil de l'Ordre et la CSJM se réunissent rue Cadet. Une telle promiscuité géographique rend les contacts et les pressions inévitables. Par conséquent la CSJM a soutenu tout et son contraire. Et réciproquement comme l'aurait dit Pierre Dac. Au lieu de se déclarer incompétente, la CSJM a rendu des avis qui ont outrepassé ses missions et jeté le trouble. Elle s'est comportée comme une sorte de conseil constitutionnel qu'elle n'est pas.

    2°) Faire croire que la revendication de la mixité est celle de la base. Je me souviens que l'un des deux conseillers de l'Ordre de ma région avait reçu quelques vénérables à son domicile, dans le courant de l'été 2010, pour leur apporter la bonne parole. J'ai fait partie de ces invités. Pour quelle raison ? Je l'ignore. J'imagine que ma jeunesse m'avait automatiquement rangé dans la catégorie des pro-mixité. Ce que j'ai entendu lors de cette réunion a été hallucinant. C'était du style : « On ne peut pas aller contre le sens de l'histoire (...) Le GODF ne peut pas prôner des valeurs de tolérance et de liberté et continuer à refuser l'affiliation et l'initiation des femmes (...) Le GODF va être traîné devant les tribunaux et il sera condamné pour discrimination (...) Il y a des femmes qui veulent travailler dans une obédience comme la nôtre et non au DH ou à la GLFF (...) Nous devons inventer la maçonnerie du XXIe siècle (...) Nous devons tourner le dos au sexisme, au sentiment que nous pratiquons une sorte d'Apartheid etc. ». Je ne me souviens pas avoir reçu de consignes expresses du canari local mais son discours était néanmoins limpide : il vaut mieux un bon vote qu'un mauvais procès. A charge pour nous ensuite de « bien voter » et de se faire autour de nous les messagers de la volonté de l'exécutif. Il s'agissait aussi d'obtenir implicitement des délégués qu'ils votent selon leur ressenti et non en fonction de la volonté majoritaire de leurs loges. Bien évidemment, je me suis conformé au mandat impératif que j'avais reçu de ma loge, à savoir de ne pas voter en faveur de l'affiliation des soeurs et de l'initiation des femmes.

    3°) Faire croire que le Conseil de l'Ordre n'a aucune prise sur les propositions de modification du règlement général. Il est difficile d'affirmer que le Conseil de l'Ordre a appuyé la mixité au sein du GODF en raison du double discours permanent. On peut en effet partir du principe que l'ouverture désirée résulte d'une revendication de certaines loges. Seulement voilà, l'exécutif aurait pu facilement temporiser. La commission voeux et règlement aurait pu également choisir de ne pas retenir des demandes de modification en faveur de la mixité, considérant qu'elles avaient été rejetées les années précédentes. Au lieu de ça, le problème a resurgi chaque année ou presque, tel un serpent de mer. Le Conseil de l'Ordre n'a donc jamais vraiment cherché à calmer le jeu. La mixité est devenue rapidement une obsession récurrente. Elle est revenue systématiquement sur le tapis (de loge) et les frères ont dû se la coltiner jusqu'à la nausée. Il faut ajouter que le Conseil de l'Ordre a une capacité d'influence sur les voeux et les modifications réglementaires. Il lui est aisé d'en susciter de nouveaux en faisant croire qu'ils sont spontanés. Il n'est pas le seul d'ailleurs à agir ainsi. Même les commissions conventuelles ou permanentes n'hésitent pas à susciter des voeux et des modifications réglementaires comme en témoigne ce mail que j'ai reçu dans le courant de cette année (cliquez pour agrandir).

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    Pourtant il me semble que les seules propositions de modification qu'un atelier doit soutenir, sont celles qui ont été spontanément introduites dans le sac aux propositions par les frères de la loge, sans ingérence extérieure, puis votées après discussion.

    4°) Présenter le Conseil de l'Ordre comme le garant de l'unité du GODF. Aux mixistes et à leurs adversaires les outrances et les imprécations ; au Conseil de l'Ordre la voix de la raison, celle de l'entre-deux qui, seule, permet de sauver l'essentiel, c'est-à-dire l'unité de l'obédience. Dans les couloirs du Convent de Vichy, je peux vous dire que ça s'est agité. Je me rappelle d'un dialogue avec un jeune délégué très habile. Un véritable VRP aux arguments parfaitement rodés qui me rappelaient irrépressiblement le discours du canari local entendu quelques semaines plus tôt. Il tenait à peu près ce langage : « Il ne s'agit pas d'imposer la mixité mais de permettre aux loges qui le souhaitent de devenir mixtes (...) Chaque loge pourra conserver la maîtrise de son recrutement (...) Une loge strictement non mixte pourra le rester (...). » Ce qui revenait à soutenir que le GODF pouvait être non mixte tout en l'étant sans l'être... Comprenne qui pourra. 

    5°) Maîtriser l'ordre du jour du Convent. Je n'irai pas jusqu'à prétendre que l'ordre du jour a été modifié pour prendre les délégués par surprise. Honnêtement, je ne m'en souviens pas et je n'ai pas les éléments non plus pour juger. De toute façon, les minutes des débats du Convent ont perdu leur qualité d'antan. Plus ramassés aujourd'hui que par le passé, les actes du Convent peuvent être facilement expurgés de tout élément gênant d'autant plus qu'il n'y a pas de possibilité de contrôler le travail de retranscription. La seule chose que je peux attester en revanche, c'est bien la manière dont j'ai vécu les choses. Tout semble s'être décidé en fin d'après midi, voire en tout début de soirée. C'était un jeudi je crois. Nous avions passé l'après-midi entière à examiner des modifications réglementaires toutes plus inintéressantes les unes que les autres. Il y en avait plus d'une centaine. Les propositions étaient présentées par paquets de dix ou vingt (je ne sais plus) par le rapporteur de la commission voeux et règlements, lequel en préconisait soit l'adoption soit le rejet. Puis, il y avait les interventions au lutrin. Chaque fois une dizaine. Souvent pour ne rien dire. Puis on passait aux votes des délégués après les conclusions de l'orateur. Et ainsi de suite. Interminable. Une véritable torture car il faisait une chaleur à crever. Compte tenu du retard accumulé, il me semble que le président du Convent avait évoqué la possibilité de repousser la fin de l'examen des voeux et règlements au vendredi matin, à la fraîche, afin de permettre aux délégués d'examiner plus confortablement la modification réglementaire qui devait changer à tout jamais le GODF. C'est donc avec cette annonce en tête que nous avions fait la dernière pause de la journée. Il ne restait plus qu'un ou deux paquets de modifications réglementaires à examiner. Ça sentait la quille. Je me souviens que certains délégués, complètement fatigués, avaient d'ailleurs préféré retourner à leurs hôtels, considérant qu'ils avaient suffisamment donné durant la journée. Je me souviens donc avoir été complètement désarçonné lorsque j'ai constaté que la modification que tout le monde attendait pour le lendemain, a été finalement mise au vote en fin de journée. Les délégués l'ont votée comme des robots, sans se rendre compte que c'était LA modification qui avait fait tant parler. Il l'ont votée écrasés par la chaleur et la fatigue, pressés d'en finir, pressés d'aller prendre une douche et passer une bonne soirée entre frères dans les restaurants vichyssois. Puis, on a eu droit aux rapports des autres commissions dont celle chargée du développement durable qui n'intéresse quasiment personne. Le rapporteur choisi était - comme c'est étonnant ! - Olivia C., la soeur transsexuelle qui avait été l'une des causes de tout le bavardage subi pendant des années. Olivia est montée au lutrin. Elle a commencé son propos en confiant à l'assemblée son émotion de pouvoir s'exprimer en tant que soeur du GODF. Puis Olivia a fini d'endormir la salle sur le développement durable. Toute cette mise en scène avait été parfaitement orchestrée si bien que je suis reparti du Convent avec le sentiment d'un enfumage en règle.

    Il ne faut cependant pas croire que je conserve un mauvais souvenir de toute cette période même si, au fond de moi, je reste intimement persuadé que la mixité au GODF a plus été arrachée pour satisfaire des objectifs statistiques que réellement obtenue pour des raisons philosophiques. Elle a été arrachée aux termes d'une intense campagne interne et confortée par des pseudos arguments juridiques qui, de mon point de vue, ne tenaient absolument pas la route mais que la majorité n'a pas cherché à réfuter pour se ménager un peu de tranquillité. Bref, les jeux sont faits maintenant. Tout retour en arrière est impossible. Nous en sommes donc exactement à la situation rapportée par La Maçonne.

    1°) Sept ans après l'ouverture aux femmes, force est de constater qu'il n'y a pas eu l'afflux escompté de soeurs et de femmes profanes. Le GODF a gagné des membres certes mais à la marge car ces nouvelles adhésions compensent d'abord les départs (décès, démissions, affiliations vers d'autres obédiences) avant de constituer véritablement une augmentation significative d'effectifs. Les obédiences mixtes et féminines ont plutôt bien résisté malgré la décision du GODF. La GLNF, elle, a explosé en plein vol en 2011 anéantissant du même coup les craintes d'un dépassement.

    2°) Sept ans après, les soeurs peinent à faire leur place au GODF. Dans les loges qui les affilient, elles sont souvent des faire valoir, des gages pratiques de progressisme. On leur confie parfois des plateaux mais rares sont celles qui assument des responsabilités décisionnelles majeures. Ça viendra peut-être avec le temps. Pour ma part, je pense que les femmes au GODF resteront encore longtemps cantonnées à des rôles mineurs parce qu'on ne crée pas, en réalité, un état d'esprit de mixité dans une obédience qui ne l'a jamais connu et pratiqué depuis 1773. Il y faut plus qu'un vote. Il y faut une adhésion véritable qui n'existe pas. Le GODF n'est pas une obédience mixte comme le DH, la GLMU ou la GLMF.

    3°) Sept ans après, il n'y a pas eu de scission du GODF. Les loges masculines majoritaires semblent s'accommoder de la situation présente, persuadées d'avoir obtenu les garanties nécessaires au maintien de leurs spécificités. Jusqu'à quand ? Je vais prendre le risque d'un pronostic. Jusqu'au jour où certaines soeurs, aidées par certains frères, commenceront à agiter la parité pour réclamer des places dans les différentes instances en raison de leur seul sexe et à exiger l'accès aux travaux des loges strictement masculines. C'est là qu'on pourra mesurer vraiment ce qu'il reste de la liberté des loges masculines du GODF que le Conseil de l'Ordre prétend garantir. Je ne suis pas sûr qu'un tel compromis boiteux résiste longtemps. Après un séisme, il y a toujours des répliques. J'en veux pour preuve ce commentaire édifiant (pour ne pas dire plus) publié sous l'article de La Maçonne. On le doit à un certain Loaec (tiens tiens ça me rappelle le patronyme d'un ancien conseiller de l'Ordre...) :

    « (...) Les femmes au GODF ne « font pas la vaisselle » : nombre d'entre elles sont officiers de leur loge ou VM. Et les Juridictions de hauts grades sont désormais grandes ouvertes à leur venue…
    Certaines régions font de la résistance, notamment le sud-est: mais c'est aussi là que l'on trouve encore des frères pour déplorer la déchristianisation de la maçonnerie, le droit de vote des femmes, voire pour défendre les thèses du FN (...) » 

    Ainsi, résister à la mixité serait l'apanage de certaines régions maçonniques, notamment situées au sud de la Loire. Dans le sud, c'est connu, il y a beaucoup de maçons machistes et frontistes vivant dans la nostalgie d'une franc-maçonnerie chrétienne. Ce qui, bien entendu, n'existe pas au nord de la Loire où tous les francs-maçons sont absolument parfaits comme Loaec. On peut certes rire de cette étrange association de préjugés caricaturaux qui exprime une insupportable condescendance à l'égard des frères méridionaux du GODF. Pourtant, cette connerie sûre d'elle-même ne me fait pas rire du tout. J'y vois même en germes les procès d'intention que certains « frères » ne manqueront pas d'adresser demain à ceux qui s'opposeront à leur projet de faire de la mixité la norme obligatoire du travail maçonnique au sein du GODF.

  • L'Académie de la Connaissance Maçonnique

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    certifié.jpgJe ne vais pas revenir ici sur l'excellent article du frère Emerek le Fol à propos de l'Académie de la Connaissance Maçonnique instituée pour les francs-maçons de la Loge Nationale Française et de la Loge Nationale Mixte Française. Je comprends tout a fait que cette structure suscite à la fois des interrogations et des inquiétudes. Cette académie au nom pompeux donne en effet l'impression de réduire l'initiation maçonnique à une procédure de certification ou à une validation des acquis de l'expérience. La bibliographie imposée, partielle et surtout partiale, s'apparente également à de la vente forcée même si l'Académie précise que la procédure de certification est fondée sur le volontariat. Ouf ! Il reste cependant à déterminer si, dans les faits, le volontarisme ne va pas se transformer insidieusement en forte incitation. Quoi qu'il en soit, nous allons assister sous peu à l'émergence de « francs-maçons certifiés ». Cependant, on peut dire avec un peu d'ironie que le projet de cette académie s'inscrit dans le prolongement d'une activité maçonnique traditionnelle car la remise de médailles et de diplômes est aussi vieille que la franc-maçonnerie. Dès le dix-huitième siècle, certains frères entreprenants et malins l'avaient bien compris et su en faire commerce.

    Je vais plutôt tenter ici d'élargir le sujet. « L'Académie de la Connaissance Maçonnique » dit en effet s'inspirer d'expériences anglaises et américaines comparables. Or, elle se garde bien d'expliquer le rôle et les missions de ces structures anglo-saxonnes qui font office en quelque sorte de centres de formation permanente. Il faut donc expliquer l'origine de ces structures et rappeler notamment que la franc-maçonnerie, en Grande Bretagne aux Etats-Unis et dans d'autres pays anglo-saxons, est en crise profonde en dépit des apparences. Les loges, dans leur grande majorité, ne parviennent pas à retenir leurs membres. De nombreux frères se plaignent du manque de formation maçonnique. Au rite d'York par exemple (majoritaire aux Etats-Unis), les loges travaillent ordinairement au grade de maître. Donc, les frères passent les trois grades symboliques très rapidement, parfois même le même jour, pour des raisons structurelles : les nouveaux membres servent non seulement à compenser les démissionnaires ou les absents mais aussi à empêcher la mise en sommeil des loges (et encore, ce n'est pas toujours le cas). En outre, les loges se réunissent moins fréquemment qu'en France. Pratiquer la franc-maçonnerie outre-Manche et outre-Atlantique, c'est donc d'abord exécuter impeccablement par coeur le rituel (sans compter le soutien aux oeuvres de bienfaisance). Le temps d'instruction, c'est le temps consacré à l'apprentissage du texte ; c'est le temps consacré à la maîtrise des déplacements en loge ; c'est le temps consacré à l'agencement des différentes cérémonies, à l'exécution parfaite des signes, mots et attouchements, etc.

    Or, apprendre un texte n'est pas forcément le comprendre. Et c'est encore moins l'interpréter et conserver une distance critique vis-à-vis de lui. Quand on est dans la reproduction à l'identique de ce qui se fait depuis toujours, quand on est dans la conservation obsessionnelle des formes, il est difficile de se sentir pleinement à l'aise et libre dans sa démarche spirituelle. Il suffit de lire les blogs de nos frères américains pour se rendre compte que cette façon de pratiquer la franc-maçonnerie est peu satisfaisante. Beaucoup se plaignent de devoir répéter et transmettre sans comprendre la logique des choses. Beaucoup doivent se contenter des explications sommaires de quelques maîtres grincheux. C'est donc pour favoriser l'exégèse des rituels, la lecture comparée des textes, leur mise en perspective, l'étude de l'histoire maçonnique, des symboles et des traditions - bref ce que recouvre en gros la maçonnologie - que des formations maçonniques ont été mises en place non seulement aux Etats-Unis mais aussi en Grande Bretagne. Ces formations ont été créées le plus souvent avec le soutien de Grandes Loges pressées de trouver enfin la solution miracle à l'érosion continue de leurs effectifs. Le but de ces formations est de répondre à l'insatisfaction croissante des frères. C'est la raison pour laquelle, en France, de telles structures n'ont aucun sens puisque les loges sont censées effectuer ce travail d'explication et d'analyse par le biais des surveillants et de l'expert. D'ailleurs les américains ont un qualificatif pour désigner ce travail : c'est le travail maçonnique « à l'européenne ». 

    En revanche, là où les maçons hexagonaux auraient des choses à apprendre des frères américains et britanniques, c'est évidemment sur l'agencement et l'exécution des cérémonies. En France, nous lisons majoritairement le rituel. Nous n'apprenons quasiment rien par coeur. Donc, nous retenons très peu. Dès lors, les usages se perdent souvent parce qu'ils ne sont pas suffisamment répétés et intégrés. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les cérémonies d'un même grade peuvent varier sensiblement au sein d'un même atelier d'un vénérable à l'autre. Certains vénérables choisissent d'ajouter unilatéralement tel ou tel détail pour combler l'indigence de rituels rédigés par d'obscurs hiérarques. D'autres préfèrent au contraire retrancher certaines pratiques jugées désuètes, parfois expéditivement, si bien qu'il n'y a plus de permanence rituelle. Le plus souvent, on improvise et on tâtonne en pleine cérémonie parce qu'on n'a pas suffisamment répété. Le maître des cérémonies de mon atelier a une belle formule qui résume beaucoup de choses :

    « Quand je ne sais plus où j'en suis, je tourne, je tourne, je continue à tourner et je cherche les yeux du vénérable ; à un moment donné, je comprends qu'il faut s'arrêter là.»

    En fait, en France, chaque loge fait sa bouillie dans son coin pour le meilleur et pour le pire. Il ne faut surtout pas croire que les loges d'obédiences dites « traditionnelles » s'en sortent forcément mieux. J'en ai vu certaines écrasées par le poids d'un rituel bien trop lourd pour elles. De façon générale, le niveau d'exécution des cérémonies maçonniques en France est assez moyen pour ne pas dire médiocre. Et je ne prétends surtout pas être au-dessus du niveau moyen. J'ai cependant maçonné longtemps en Belgique. Je peux donc vous dire d'expérience qu'une initiation chez nos voisins est autrement plus impressionnante qu'en France. Ce n'est pas parce que les maçons belges sont supérieurs aux maçons français ; c'est parce que les maçons belges travaillent et répètent plus sérieusement que les maçons français. Les frères et les soeurs belges préparent les cérémonies. Ils lisent le rituel comme nous mais ils n'hésitent pas à pratiquer de temps en temps le par coeur si les nécessités particulières d'une cérémonie l'exigent (ex : obscurité du temple, questions/réponses entre l'expert et le couvreur, etc.). Ils sont attentifs à la tenue vestimentaire, à la solennité des formes, à l'esthétique du moment. Ils font l'effort de venir aux répétitions qui n'ont pas lieu dans le désordre trente minutes avant l'ouverture des travaux. ll n'y a pas de secret. Juste du travail, un peu de rigueur et de la considération pour ce qui est à accomplir.

    En guise de conclusion et pour sourire un peu, je vais donner un filon aux marchands du temple. Il y a un créneau à prendre en France mais dans le domaine de la scénographie maçonnique. Avis aux petits malins ! Vous pourriez ainsi créer une « Académie de la Connaissance Maçonnique Pratique des Rites » et proposer aux loges des formations - à des tarifs fraternels bien sûr ! - visant à les accompagner dans l'exécution des tenues et des différentes cérémonies. Des comédiens, des metteurs en scène, des musiciens, des ingénieurs du son et de la lumière pourraient leur venir utilement en aide. Une procédure de certification ISO 9001 pourrait même être envisagée. Allez vite enregistrer le nom à l'I.N.P.I. avant que quelqu'un d'autre n'en profite !