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franc-maçonnerie - Page 5

  • Deux femmes au chevet de la franc-maçonnerie australienne

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    74831059.jpgElle s'appelle Jane Sydenham-Clarke et, depuis septembre 2016, cette directrice marketing et fille de franc-maçon est devenue le directeur exécutif de la Grande Loge Unie de l'Etat de Victoria (Australie), obédience régulière et donc strictement masculine. Elle est la deuxième femme à s'être vue confier un tel poste après Marie-Louise MacDonald, manager spécialiste en stratégie concurrentielle, qui s'occupe, elle, de la Grande Loge de l'Australie de l'Ouest depuis novembre 2012.

    A l'instar de Mme MacDonald, Mme Sydenham-Clarke a été désignée à ce poste pour remplir les missions les plus larges : moderniser l'image de la franc-maçonnerie et, à travers une politique de communication entièrement repensée, parvenir à susciter de nouvelles adhésions chez les citoyens australiens de l'Etat fédéré de Victoria, notamment les plus jeunes.

    Il faut dire que Mmes MacDonald et Sydenham-Clarke ont du pain sur la planche. Si la baisse des effectifs aux Etats-Unis d'Amérique et en Grande Bretagne est un phénomène connu des francs-maçons français, la baisse des effectifs en Australie, en revanche, l'est beaucoup moins. Pourtant, elle est tout aussi préoccupante. Que l'on en juge. Dans les années 1960, les francs-maçons étaient en effet 110.000 sur tout le continent australien. Cinquante ans plus tard, les six Grandes Loges australiennes regroupent à peine 41000 membres ! Soit une chute de près de 40 %. L'âge moyen du franc-maçon australien est de 67 ans. Il y a donc péril en la demeure.

    Ces deux profanes doivent donc :

    • gérer administrativement et financièrement les deux obédiences, y compris les structures associées (maisons de retraite, logements sociaux, etc.) ;
    • superviser leurs orientations stratégiques ;
    • valoriser davantage les diverses actions philanthropiques soutenues par les francs-maçons ;
    • s'adresser davantage aux jeunes gens  ;
    • et mieux communiquer sur les spécificités et l'identité de la franc-maçonnerie afin de la démarquer des autres associations profanes.

    philanthropie.jpgA vrai dire, je ne suis pas sûr que ces différentes actions diffèrent fondamentalement de ce qui est pratiqué en Grande Bretagne et aux Etats-Unis d'Amérique depuis une quinzaine d'années. On est ici dans le marketing pur et dur. Cette stratégie est d'ailleurs loin d'avoir démontré son efficacité. Je me demande par exemple ce que les profanes peuvent bien penser de ces photographies où l'on voit des frères prendre la pose avec des responsables d'oeuvres caritatives lors de cérémonies de remise de chèques. Elles inondent les réseaux sociaux. Mais que disent-elles de la franc-maçonnerie en tant que telle ? Rien. Au contraire, ces photographies alimentent la confusion entre franc-maçonnerie et club services. Je suis même persuadé que de nombreux candidats potentiels sont réticents à l'idée de rejoindre une loge, considérant qu'ils seront sans cesse sollicités pour mettre la main au portefeuille. Comment s'étonner après que les gens réduisent la franc-maçonnerie à une association composée essentiellement de riches notables philanthropes ou de messieurs aisés ?

    Si je ne suis pas sûr de l'efficacité de ces mesures, c'est surtout parce qu'on n'y retrouve aucune réflexion de fond sur le travail maçonnique. Y-a-t-il vraiment une volonté de faire un état des lieux objectif et lucide sur les raisons qui amènent, chaque année, autant de frères à démissionner de la franc-maçonnerie ? Il est permis de se poser la question car, comme le souligne Todd E. Creason, un frère américain, il est inutile que les loges s'entêtent à initier tant qu'elles n'ont pas compris les raisons de la désaffection qui les frappe. J'ai pourtant montré que la Grande Loge Unie d'Angleterre, touchée elle aussi par la baisse des effectifs, s'était lancée dans une vaste enquête auprès de ses membres. Il n'est pas sûr que cela aboutisse à des mesures susceptibles d'inverser la courbe des adhésions. En effet, la Grande Loge Unie d'Angleterre s'est bien gardée de réfléchir sur le travail des loges, préférant insister plutôt sur les comportements personnels qui, au sein des ateliers, engendrent des problèmes relationnels et des démissions en cascade.

    franc-maçonnerie,australie,régularité,franceEn réalité - et les blogs maçonniques anglo-saxons en témoignent parfois - beaucoup de frères, notamment les plus jeunes, s'ennuient dans des loges. Celles-ci se réunissent, dans le meilleur des cas, six ou sept fois l'an pour pratiquer le rite et initier aux trois degrés symboliques. Les discussions sur la politique et la religion y sont totalement proscrites. Les réflexions philosophiques et sociales y sont rares au profit d'une sociabilité de club. 

    Revenons à la situation australienne. Il paraît évident qu'une réflexion de fond sur le travail des loges ne peut être conduite par ces deux profanes même très expérimentées en marketing. Cette réflexion incombent aux francs-maçons australiens. S'ils ne la mènent pas eux-mêmes, personne d'autre ne le fera à leur place. En effet, il suffit par exemple de constater que Mme Sydenham-Clarke n'est pas prête à susciter des débats qui pourraient indisposer les dignitaires australiens. Ainsi, quand elle est interrogée, le 3 novembre dernier, par le Herald Sun sur l'absence de mixité au sein de la maçonnerie australienne, elle préfère botter en touche ou répondre par des banalités :

    « [La mixité en loge] est une question qui fait dépenser beaucoup d'oxygène à beaucoup d'autres personnes (...) Les femmes jouent déjà un rôle très important dans la franc-maçonnerie et elles ont de nombreuses occasions de participer. Plus je fais l'expérience du monde maçonnique, plus je vois le rôle important que les femmes y jouent, non dans les rituels formels de la loge, mais ces derniers constituent une très petite partie des activités maçonniques. »

    Mme Sydenham-Clarke souligne que les femmes apportent à la maçonnerie leur capacité à créer du lien, même en dehors d'une présence effective en loge. Et de préciser aussi que les épouses de maçons ont une bonne opinion de la maçonnerie car les maris reviennent des loges meilleurs et plus heureux. Difficile de faire plus convenable et plus convenu ! En même temps, comment lui reprocher une telle prudence ? En effet, nous savons fort bien en France que la mixité pas une solution en soi pour combattre l'érosion des adhésions et attirer de nouveaux membres. Les obédiences mixtes françaises sont loin d'avoir des effectifs pléthoriques. Même le Grand Orient de France n'a pas profité numériquement de son ouverture aux femmes. Et puis Mme Sydenham-Clarke doit être surtout consciente qu'elle n'a aucune légitimité pour porter un tel débat au sein d'une obédience qui, de toute façon, n'y est pas réceptive pour des raisons de régularité.

    Mme Sydenham-Clarke et Mme MacDonald agissent, l'une et l'autre, sous le contrôle d'un conseil d'administration. Elles s'occupent du redressement des obédiences qui les emploient comme elles auraient pu tout aussi bien s'occuper du redressement d'une chaîne de restaurants ou d'une usine de fabrication de pneus. 

  • La franc-maçonnerie portugaise rend hommage à Mário Soares

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    GOL, Portugal, Mário Soares, franc-maçonnerie, hommage, Union européenneMário Alberto Nobre Lopes Soares est décédé le 7 janvier 2017 à l'âge de 92 ans à l'hôpital de la Croix-Rouge de Lisbonne où il avait été hospitalisé depuis la mi-décembre 2016. Le gouvernement a déclaré trois jours de deuil national.

    Mário Soares a assumé les plus hautes fonctions et sa vie se confond avec l'histoire de la démocratie portugaise. Il a combattu la dictature. Il fut le fondateur du parti socialiste, ministre des affaires étrangères après la révolution du 25 avril 1974 dite des oeillets, premier ministre de 1976 à 1978 et de 1983 à 1985.

    Le gouvernement de Mário Soares a demandé l'adhésion à la Communauté économique européenne en 1977. Cette adhésion est devenue effective en 1986. Mário Soares a ensuite remporté à deux reprises les élections présidentielles. Il a quitté la vie politique active en 1996.

    Mário Soares était franc-maçon. Il avait été initié au sein de la loge Les Compagnons Ardents de la Grande Loge de France, en 1972, lorsqu'il était réfugié politique dans notre pays. Il s'est mis en sommeil, plus tard, lorsque ses responsabilités politiques l'ont totalement accaparé.

    Les obédiences portugaises - le Grand Orient Lusitanien notamment - ont  rendu hommage au grand homme et souligné que la contribution du Dr Mario Soares à la construction d'un Portugal démocratique restera toujours une référence historique. Pour la franc-maçonnerie portugaise, Mário Soares a été un défenseur énergique de la liberté, de l'égalité, de la fraternité et de la démocratie sociale.

     

  • La franc-maçonnerie prend position contre la libéralisation du prix des carburants au Mexique

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    Pendant de nombreuses années, le Mexique a préconisé une politique de subvention publique massive des carburants afin de maintenir des prix artificiellement bas. Cette politique a abouti à grever lourdement les finances publiques. Le coût de cette politique de subvention est estimé à plus de 222 milliards de pesos (environ 984 millions d'euros), soit environ 3% du produit intérieur brut du Mexique. M. Enrique Peña Nieto, le président des Etats-Unis du Mexique élu en juillet 2012 pour un mandat de six ans, a décidé de mettre un terme à cette politique de subvention et de libéraliser le prix des carburants à compter du 1er janvier 2017 (+20% pour l'essence et +16% pour le diesel). Le gouvernement fédéral mexicain espère ainsi non seulement réaliser des économies mais aussi faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. Les villes tentaculaires mexicaines sont en effet extrêmement polluées. Le pouvoir exécutif estime que la libéralisation du prix de l'essence contribuera à une baisse du trafic routier et incitera les citoyens à utiliser les transports publics.

    Cette mesure gouvernementale est vivement critiquée par tous ceux qui subissent cette augmentation importante des prix à la pompe. Le pays est en ce moment paralysé par des grèves, des blocages et des agressions. Les tensions sont vives car les citoyens mexicains les plus modestes risquent d'être fortement pénalisés. La Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua vient de publier dans la presse mexicaine un communiqué hostile à la mesure. En voici un extrait :

    « Considérant :

    Que les principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de laïcité ont contribué au développement et au progrès de notre pays, qu'ils ont été et devraient être une référence pour garantir une répartition plus équitable des ressources et des richesses, pour mener des actions en faveur de la paix, de l'équité, du bien-être, pour assurer l'égalité de tous les hommes et la justice sociale. Que la franc-maçonnerie de l'Etat de Chihuahua, humaniste et loin de tout esprit partisan, a exprimé et continue d'exprimer la ferme condamnation de tout acte gouvernemental injuste, non solidaire et contraire aux véritables intérêts du peuple mexicain (...)

    La Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua exprime son rejet total de la politique économique du gouvernement fédéral pour libérer le prix de l'essence dans notre pays parce que cette mesure est disproportionnée et injuste, parce qu'elle ne reflète ni le désir ni la réalité du peuple du Mexique, et parce qu'elle est une régression qui affecte le bien-être des classes sociales les plus vulnérables de notre pays. »

    Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua est une obédience régulière reconnue par la Grande Loge Unie d'Angleterre. Elle siège au sein de la Confédération Maçonnique Inter-américaine comme d'ailleurs toutes les Grandes Loges des Etats-Unis du Mexique, lesquelles sont généralement très laïques, très anticléricales, très impliquées dans la réflexion symbolique et sociale, et profondément pénétrées de l'idéal des Lumières.

    L'Etat de Chihuahua est l'Etat fédéré le plus vaste du Mexique. Le salaire moyen y est de 193 pesos (8,5 euros). Il est également frontalier des Etats-Unis d'Amérique (Texas et Nouveau Mexique) et il risque de s'y produire beaucoup de tensions lorsque Donald Trump entrera effectivement en fonction. En outre, la maçonnerie mexicaine semble hostile à l'attitude du président Peña Nieto jugée trop conciliante à l'égard du nouveau président américain qui, comme on le sait, a mené une campagne électorale ouvertement raciste et xénophobe à l'égard des latinos en général et des Mexicains en particulier.

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    Je précise que la Grande Loge Nationale Française est membre la Confédération Maçonnique Inter-américaine puisque la France est présente dans les Antilles (Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Guyane, etc.). Jean-Pierre Servel est d'ailleurs le vice-président d'un secteur de ladite confédération qui regroupe, outre la Grande Loge Nationale Française, le Grand Orient d'Haïti de 1824, la Grande Loge de Cuba, la Grande Loge de Puerto-Rico et la Grande Loge de la République Dominicaine. Ainsi, lorsque vous entendrez des frères de la Grande Loge Nationale Française critiquer les obédiences hexagonales dites « irrégulières » parce que ces dernières feraient, selon eux, de la politique, vous pourrez leur rappeler que la Grande Loge Nationale Française reconnaît les obédiences mexicaines adeptes, elles aussi, des communiqués de presse.

    Je précise enfin que la Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua est une obédience de rite écossais ancien accepté. Ainsi lorsque vous entendrez des frères de la Grande Loge de France théoriser sur la pureté du rite écossais ancien et accepté et partir dans des raisonnement stratosphériques sur la spiritualité maçonnique, vous pourrez les ramener sur le plancher des vaches et, en vous référant à l'exemple mexicain, leur montrer que les maçons écossais ont aussi dans le monde une longue tradition d'engagement social en faveur des plus démunis et d'implication dans les débats publics profanes.

  • Les francs-maçons argentins et l'église catholique romaine

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    orlando.jpgLe frère Nicolás Orlando Breglia, Grand Maître de la Grande Loge d'Argentine, a accordé un long entretien au quotidien El Tribuno. Breglia est revenu sur les rapports compliqués entre la franc-maçonnerie et l'Eglise catholique romaine. Il a également fait part de son opinion sur le Pape François, son compatriote.

    « Il y a deux grands courants maçonnique. Le premier est saxon, monarchiste, conservateur et théiste, le second est latin, républicain, laïque, démocratique et profondément social. Ce second courant a eu une grande influence dans le processus émancipateur. Quels drapeaux a brandi la franc-maçonnerie ? Ceux de la république démocratique, laïque, sociale et inclusive.
    Les francs-maçons ont été anticléricaux, non pas opposés à l'Eglise catholique mais contre l'instrumentalisation de la foi dans la sphère publique et politique (...) Lorsque le pape expose ses positions et dit: « Je suis un républicain, laïque, démocrate et anticlérical », anticlérical dans le sens où il est contre l'utilisation de la foi dans l'exercice d'une fonction publique
    s, (...) nous ne pouvons pas être contre (...) Nous sommes les fidèles défenseurs de la république. Nous sommes contre tout autoritarisme. Le pape, en ce moment, partage des valeurs communes avec nous. »

    Le Pape François s'est en effet exprimé à plusieurs reprises sur la laïcité, dans le courant de l'année 2016, notamment à propos de la France. Il a ainsi estimé par exemple qu'« une laïcité saine comprend une ouverture à toutes les formes de transcendance, selon les différentes traditions religieuses et philosophiques. La recherche de la transcendance n’est pas seulement un fait, mais un droit. » Quoi que l'on pense de l'appréciation du Pape sur ce sujet, il n'en demeure pas moins qu'elle tranche totalement par rapport à celle de ses prédécesseurs. François n'a-t-il pas dit : « de nos jours, un Etat se doit d’être laïque » ? On imagine aisément que cette position ne doit pas être du goût des prélats les plus conservateurs.

    Interrogé sur les jésuites (ordre auquel le Pape appartient), très présents en Argentine, le Grand Maître Breglia a précisé :

    « Les jésuites ont de nombreux points de contact avec la franc-maçonnerie, même si nous nous nous sommes opposés de nombreuses fois (...) Cependant nous divergeons d'eux parce que nous ne sommes pas dogmatiques. Nous ne croyons pas en des vérités absolues ou à la prédestination d'une société. Nous croyons que l' homme est l'architecte de son propre destin. Et que la société est construite sur la base de vérités relatives. »

    Cette réaction est intéressante parce qu'elle met en évidence la complexité de la réalité maçonnique. En effet, bien que reconnue par la Grande Loge Unie d'Angleterre, et donc régulière au sens des landmarks de 1929, la Grande Loge d'Argentine ne s'inscrit absolument pas dans le courant saxon que le Grand Maître Breglia qualifie de monarchiste, conservateur et théiste. Les convictions maçonniques exposées par le Grand Maître de la Grande Loge d'Argentine sont à bien des égards plus proches de celle du Grand Orient de France que de celles de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Il existe bien sûr des obédiences libérales argentines, donc non reconnues par Londres. Ces obédiences libérales sont mixtes et, pour l'une d'entre elles, féminine. En Amérique latine, la présence des femmes en loge est effectivement la réelle ligne de partage entre « réguliers » et « irréguliers ». Ceci n'exclut nullement, sur le terrain, des relations fraternelles.

    En fait, on voit que chaque obédience agit en fonction de sa propre histoire et de celle du pays dans lequel elle déploie ses activités. Ainsi la Grande Loge d'Argentine est une obédience profondément laïque et anticléricale bien que régulière aux yeux de la Grande Loge Unie d'Angleterre (cette dernière, de façon pragmatique, reconnaît l'obédience qui regroupe la majorité des francs-maçon argentins). L'Argentine est en effet sous un régime concordataire après une histoire institutionnelle mouvementée. Le clergé local est globalement hostile aux francs-maçons qui ont souffert sous la dictature militaire. 

  • A propos de ma note sur Michel Deneken

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    Ma note consacrée à la polémique relative à l'élection du professeur Deneken à la présidence de l'Université de Strasbourg semble avoir été bien relayée sur les réseaux sociaux. Au moment où j'écris ces lignes, elle a été appréciée près d'une centaine de fois rien que sur le réseau facebook. C'est sans précédent ou presque pour ce blog dont l'audience - je suis lucide - reste malgré tout assez confidentielle.

    Ces partages sont-ils plus le fait de francs-maçons que de profanes ? Je l'ignore. Quoi qu'il en soit, j'y vois un signe évident de ras-le-bol à l'égard des communiqués de presse comminatoires du Grand Orient de France. Ces communiqués outrepassent généralement l'objet social de l'obédience défini par l'article premier de sa Constitution. 

    Il n'en demeure pas moins que je suis fier d'être un franc-maçon du Grand Orient de France. Et c'est bien parce que je suis attaché à mon obédience que je déplore ses dérapages incontrôlés et plus particulièrement le procès en sorcellerie que certains tentent aujourd'hui de mener en son nom contre ce théologien catholique alsacien que je ne connais pas et dont je n'avais d'ailleurs jamais entendu parler avant que son élection ne défraye la chronique.

    Je voudrais maintenant adresser quelques mots à ceux de mes frères qui ricanent volontiers à propos de la théologie. Qu'il me soit permis de leur rappeler qu'il est impossible d'être sensibilisé aux deux mille cinq cents ans de philosophie occidentale sans avoir une connaissance, même approximative, des grands débats théologiques.

    Il convient également de souligner que notre vocabulaire est pétri de théologie. Je citerai par exemple le mot « théorie » (du grec theos : Dieu et orein : observer) qui signifie étymologiquement « observer les oeuvres de Dieu ». Une théorie désignait aussi dans l'Antiquité une députation d'une cité grecque participant à une fête religieuse. Comme on peut le voir, la théologie n'est donc jamais bien loin de la philosophie et, plus largement encore, de la spéculation intellectuelle. Or la franc-maçonnerie, y compris au Grand Orient, est spéculative...

    Il faut également relever que la pratique maçonnique est influencée par la théologie sans que nous nous en rendions toujours compte. Il suffit par exemple de songer à ces spéculations, souvent admises dans les milieux maçonniques, selon lesquelles l'initiation maçonnique, assimilée à un sacrement, serait indélébile par nature. Il ne viendrait pas non plus à l'idée d'aucune obédience de remettre en cause la validité d'une initiation conférée par un vénérable maître exclu, bien plus tard, de l'Ordre maçonnique pour des raisons pénales. Or cette approche n'est autre que celle que l'Eglise catholique a consacrée, en 300 après Jésus-Christ, lors de la querelle avec les évêques donatistes. Ainsi, la validité d'un sacrement est indépendante de celui qui l'administre.

    On voit qu'il s'agit d'opinions et de croyances (dogme, du grec dogma : opinion, croyance) érigées en vérités intangibles. Le dogme s'inscrit ensuite dans un ensemble de présupposés et de croyances admis par une communauté d'individus (du grec doxa : opinion), d'où les mots « orthodoxie » et « hétérodoxie ». Ces croyances et opinions peuvent être librement discutées au sein de la communauté maçonnique (encore que cela dépende du degré d'ouverture des loges). Par exemple, en ce qui concerne le caractère indélébile de l'initiation, je me rattache à « l'hérésie » (du grec hairesis : action de prendre, faire un choix) qui refuse d'assimiler initiation maçonnique et sacrement.

    En revanche, je pense en effet que la validité de l'initiation ne dépend absolument pas de la qualité de celui qui la confère dès l'instant où il a la légitimité nécessaire. La malhonnêteté, par exemple, ne se transmet pas comme un virus. Ce n'est pas parce que on a eu la malchance d'avoir été initié dans une loge présidée par un vénérable, qui s'est révélé être un vilain coco, que l'initiation n'est pas valable ou de moindre valeur.

    Bref, on le voit, ces débats sont beaucoup moins simples qu'il n'y paraît...

    Quant à celles et ceux qui s'offusquent volontiers du dogmatisme de la théologie, je voudrais leur dire que les dogmes catholiques de l'existence de Dieu, de la trinité, de la vocation de l'homme à la perfection ou encore de l'infaillibilité pontificale, ont pour écho d'autres dogmes, bien laïques ceux là, de la liberté de conscience, de l'amélioration matérielle et morale et du perfectionnement intellectuel et social de l'humanité ou encore de l'infaillibilité du suffrage universel (liste non exhaustive). 

    Par conséquent, il faut faire attention à ne pas commettre l'erreur commune qui consiste à croire que nous, maçons du Grand Orient, nous ne serions pas dogmatiques au motif que notre obédience prétend refuser toute affirmation dogmatique ! Il faut avoir présent à l'esprit que la proclamation de ce refus est elle-même hautement dogmatique, c'est-à-dire qu'elle est une des vérités intangibles qui fonde la cohésion des loges du Grand Orient. Si les frères du Grand Orient avaient vraiment voulu refuser toute affirmation dogmatique, alors jamais ils n'auraient eu besoin d'inscrire ce refus à l'article premier de leur Constitution !

    Enfin, et pour en revenir à l'élection parfaitement légale de M. Michel Deneken à la présidence de l'université de Strasbourg, il me paraît utile de rappeler aux laïques les plus intransigeants, voire les plus intolérants, l'article cinq de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 qui fait partie, comme tous les autres, du bloc de constitutionnalité de notre République démocratique, sociale et laïque.

    « La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas. »

    A méditer en guise de conclusion.

    _________

    Ajout du 21 décembre 11h00

    Un lecteur fidèle m'indique qu'il n'est pas d'accord avec l'étymologie du mot théorie. Il est vrai que theorein signifie observer, contempler. Thea désigne plus la vue que theos Dieu. Il s'agirait donc littéralement et de manière redondante d'observer avec le sens de la vue. C'est en d'autres termes la science de la contemplation comme le théatre, theatron, est lieu où l'on regarde. Mais pour la pensée prélogique, puis la pensée logique née avec la raison philosophique, et a fortiori pour la théologie, il s'agit d'observer le sensible ou le réel qui exprime la manifestation du divin (ou des dieux). Il me revient en tête cette « démonstration » de l'existence de Dieu par saint Anselme. Je vais l'énoncer avec mes mots sous la forme d'un syllogisme parce qu'elle illustre la contemplation spéculative telle qu'elle pouvait s'entendre chez les docteurs de l'Eglise : Dieu est perfection. Or le monde qui nous entoure est perfection. Donc Dieu existe. Quant à la pertinence de la démonstration, alors là c'est autre chose... C'est une affaire de foi. A noter que la virulence avec laquelle l'hérésie cathare (bogomile, publicaine, des bonshommes, etc.) a été combattue par l'église catholique tient beaucoup au fait que l'église cathare rejetait le monde matériel et sensible perçu comme l'oeuvre du mal et du démon.

  • Le Grau du Roi rend hommage à la mémoire d'André Quet

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    quet1.jpgLe samedi 10 décembre, au Grau du Roi (Gard), petite ville de pêcheurs et station balnéaire sur les bords de la Méditerranée, l'école élémentaire du Repausset est devenue l'école élémentaire André Quet. Je ne vais pas revenir sur la vie et les engagements d'André Quet (1922-2014) qui sont très bien résumés sur le site internet de la commune du Grau du Roi.

    Je voudrais plutôt évoquer ici très brièvement le franc-maçon du Grand Orient de France. Je n'ai aucune légitimité particulière pour le faire. Je n'étais pas de ses intimes mais je l'ai toutefois côtoyé plusieurs années sur les colonnes des loges nîmoises L'Echo du Grand Orient, où il fut initié dans les années soixante et dont il fut le vénérable, et La Bienfaisance qu'il rejoignit plus tard.

    Je conserve, pour ma part, le souvenir d'un homme à l'esprit vif, brillant et clair comme son écriture. Je me rappelle qu'il était très attaché à la réflexion sociale en loge qui était à ses yeux une des spécificités du Grand Orient dont il fut, d'ailleurs, l'un des conseillers de l'Ordre. Je garde le souvenir d'un homme tolérant, engagé au service des autres, d'un républicain et d'un laïque convaincu. 

    André respectait la tradition et le rite maçonniques mais il les considérait comme des moyens, des outils, des objets de réflexion. Quand des frères prenaient la parole en loge pour exalter le symbolisme ou exposer un point de vue qu'il estimait un peu trop ésotérique à son goût, André, en bon rationaliste, intervenait systématiquement pour les ramener sur le plancher des vaches et rappeler la nécessité d'une franc-maçonnerie engagée au coeur de la Cité. André Quet aimait le débat. Il avait une excellente capacité de synthèse qui lui permettait de résumer en quelques phrases tout ce qui s'était dit sur les colonnes.

    Ancien instituteur et directeur d'école, André Quet avait aussi un sens pédagogique développé. C'était certainement la raison pour laquelle il appréciait le contact avec les apprentis et les compagnons. Il était d'ailleurs souvent chargé de dispenser l'instruction maçonnique en salle humide pendant que la loge procédait aux augmentations de salaire. Il aimait aussi participer activement aux commissions chargées de traiter les questions annuelles posées par le Convent.

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    Je suis heureux que la commune du Grau du Roi ait rendu un si bel hommage à la mémoire de cet homme apprécié de tous.

  • Ramón Franco a-t-il été franc-maçon ?

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    ramon franco.jpgLe 5 novembre 2016, le journal El Español a publié une interview très intéressante de l'ancien ministre socialiste Jerónimo Saavedra, par ailleurs franc-maçon au sein de la Grande Loge d'Espagne. Celui-ci est revenu sur son parcours politique et sur les raisons qui l'ont amené à rejoindre la franc-maçonnerie. Il y expose ses convictions et sa conception toute personnelle de l'Art royal. Interrogé par la journaliste sur les persécutions dont la franc-maçonnerie fut victime sous la dictature franquiste, Saavedra a déclaré ce qui suit:

    « Vous êtes-vous demandé, mademoiselle, et je me le suis demandé plusieurs fois aussi, comment il a été possible que des choses aussi distinctes que la franc-maçonnerie et le communisme aient été poursuivies par le même tribunal dans ce pays ? Il suffit de songer, par exemple, que ceux qui ont brûlé le plus d'églises et de couvents ont été les anarchistes, et que lorsqu'une loi a été votée pour réprimer ces actes, celle-ci a visé uniquement les francs-maçons et les communistes sans mentionner qui que ce soit d'autre. Le fanatisme religieux de l'après-guerre [civile] a fini sans doute de contribuer à la diabolisation de la franc-maçonnerie et ce contre toute logique, puisque les francs-maçons n'ont jamais attaqué personne, ni les prêtres ni les religieuses, ni que que ce soit. Le fait que le frère du dictateur [Francisco Franco], l'aviateur Raymond Franco, indocile et tête brûlée, ait été franc-maçon a peut-être eu aussi une influence. Il n'est pas impossible que Francisco Franco ait tenté, lui aussi, de rejoindre la maçonnerie et qu'il en ait été rejeté. Faut-il y voir l'origine de son animosité à l'égard de la maçonnerie ? »

    Le 1er octobre 1936, le général Franco a assumé tous les pouvoirs de l'État et, dès la fin de la guerre civile le 1er avril 1939, il a étendu à tout le territoire espagnol, la loi de février 1939 sur les responsabilités politiques, laquelle a été suivie, le 1er mars 1940, par la loi de répression de la franc-maçonnerie et du communisme et, encore un peu plus tard, par la loi sur la sécurité d'Etat. Il est vrai, comme le souligne le frère Saavedra, que la lutte contre la franc-maçonnerie et le communisme a été l'une des grandes obsessions de la dictature franquiste alors que ces deux mouvements d'idée n'ont pourtant jamais été structurellement liés sauf, bien entendu, dans les théories complotistes dont les fascistes ont toujours été friands. Ces deux mouvements étaient d'autant moins liés que la troisième internationale marxiste-léniniste, je le rappelle, avait interdit aux communistes de fréquenter les loges. Cette interdiction de la double appartenance était d'ailleurs l'un des rares points d'accord entre staliniens et trotskistes. Quoi qu'il en soit, la répression a été particulièrement féroce en Espagne.

    L'acharnement contre les francs-maçons a été présenté par les franquistes comme une réponse aux exactions commises par les républicains contre les nationalistes et le clergé catholique. S'il est vrai que des actes de violence furent commis en avril-mai 1931, ils n'ont cependant jamais pris les proportions évoquées par la presse conservatrice espagnole et étrangère. En réalité, ces actes de violence n'ont pas été le fait que d'un seul camp politique. Entre avril 1931 et juillet 1936, 2225 assassinats politiques ont été perpétrés. Ces assassinats ont été commis aussi bien par les anarchistes que par les militaires, les gardes civils et autres gardes d’assaut. La violence politique, sous la république espagnole, ne s'est jamais exercée de façon ininterrompue. Elle a connu aussi des moments de répit. Les regains de violence ont été provoqués par la radicalisation des forces politiques de droite comme de gauche et par l’incapacité des institutions républicaines à les contenir. Cette violence s'est évidemment généralisée pendant la guerre civile, laquelle fit environ 400 000 morts et contraignit plusieurs centaines de milliers d'Espagnols à l'exil.

    ramón franco,francisco franco,espagne,france,gustave fabius de champville,albert vigneau,bernard faÿ,jerónimo saavedraJ'en viens maintenant à Ramón Franco (1896-1938), le jeune frère du dictateur espagnol. J'avoue que ne m'étais jamais intéressé à cet homme avant de lire l'interview de Jerónimo Saavedra. En me documentant, j'ai été ainsi surpris d'apprendre que Ramón (le benjamin) était aux antipodes des idées de ses frères Francisco (le cadet) et Nicolas (l'aîné). En effet, Ramón a été un républicain fervent dont les convictions l'ont d'ailleurs conduit en prison sous la dictature de Miguel Primo de Rivera. Il a d'ailleurs été élu député aux Cortes et siégé dans les rangs de la gauche républicaine catalane. Ramón Franco a également établi des liens avec les mouvements révolutionnaires andalous. Le jeune Franco a été aussi l'un des héros de l'aviation espagnole après sa traversée de l'Atlantique Sud à bord de l'hydravion « Plus Ultra » en 1926. Plus Ultra (Plus loin), c'est non seulement la devise nationale de l'Espagne mais aussi le titre distinctif d'un atelier fondé originairement à Paris en 1913 par des exilés espagnols au nom et sous les auspices de la Grande Loge de France tout comme les loges « Francisco Ferrer » (1910) et « Rafla Libera » (1913). Ramón Franco y fut initié, paraît-il, par le vénérable Gustave Fabius de Champville (1865-1946) ainsi que le rapporte Albert Vigneau (cf. La Loge Maçonnique, Paris, Les Nouvelles Éditions Nationales, 1935. Réédition aux éditions du Trident en 2011, p.64-65). Ce témoignage est cependant sujet à caution car Vigneau, certes initié au sein de la Grande Loge de France, est tombé au milieu des années trente dans l'antimaçonnisme virulent pour des raisons politiques (il fut l'un des collaborateurs de Bernard Faÿ et condamné à 20 ans de prison). Il faudrait donc vérifier l'exactitude de cette initiation dans les archives de la Grande Loge ou de la Bibliothèque Nationale de France si tant est qu'elles n'aient pas été détruites ou volées pendant l'occupation allemande. Néanmoins l'appartenance maçonnique de l'impétueux militaire espagnol est de l'ordre du possible. Ses engagements politiques, ses amitiés, son parcours de vie en faisait un candidat potentiel bien qu'il ait fini par s'engager aux côtés de son frère pendant la guerre civile, comme le fit de par exemple le général républicain Gonzalo Queipo de Llano. Sa mort accidentelle le 28 octobre 1938 au-dessus des eaux de Majorque alimente en tout cas bien des spéculations. Si le général Francisco Franco n'a jamais condamné publiquement les positions de son frère, il est toutefois possible que l'entourage immédiat du dictateur n'ait pas cru à la sincérité de ce ralliement et se soit chargé de faire éliminer l'imprévisible Ramón.

    J'aime assez l'idée que Ramón Franco ait été franc-maçon comme le philosophe José Ortega y Gasset ou le politique Rodrigó Soriano même si je n'y crois pas vraiment. Tous trois ont connu l'exil pour s'être activement opposés au roi Alphonse XIII et au directoire présidé par Primo de Rivera. Tous trois se sont fréquentés à Paris et ont donc pu rejoindre l'une des trois loges d'exilés espagnols en activités à cette époque. Il est donc tentant d'aller dans le sens de Jerónimo Saavedra et de voir dans la haine que le Caudillo vouait aux franc-maçons la détestation de son frère décédé, voire une vengeance pour avoir été écarté lui-même des rangs de la franc-maçonnerie. Les haines les plus dévastatrices ont parfois pour cause des faits insignifiants. Néanmoins la ficelle est tout de même un peu grosse. L'opinion de Saavedra semble plus relever d'un scénario de film que de la réalité historique. 

    Le saviez-vous ? Jerónimo Saavedra a créé la polémique en septembre dernier en participant, en décors, à une procession maçonnique publique organisée dans les rues de Santa Cruz de la Palma à l'occasion de la cérémonie d'allumage des feux de la loge « Abora » n°87 au nom et sous les auspices de la Grande Loge d'Espagne (obédience régulière). Saavedra, à 80 printemps, en est le Vénérable Maître. Cette procession est une première en Espagne. Le clergé catholique local et une partie de la droite espagnole y ont vu une provocation.

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    L'évêque Bernardo Tavares s'est ainsi opposé à la célébration d'une messe dans l'église Mère du Sauveur en la mémoire des francs-maçons de l'île persécutés. Les délégations maçonniques se sont néanmoins rassemblées sur la place-parvis et ont fleuri le buste de Manuel Díaz Hernández (1774 -1863), un ancien prêtre catholique de cette paroisse, dont la légende veut qu'il ait appartenu à la franc-maçonnerie (cette appartenance n'est pas démontrée). Saavedra a fait un discours dans lequel il a rappelé le rôle joué par la franc-maçonnerie aux Iles Canaries. Il a rappelé les persécutions sous le régime franquiste et souligné la prégnance du fanatisme religieux, de l'intolérance, de l'exploitation des femmes et du rejet des étrangers. Face à ces phénomènes, Saavedra a indiqué que les francs-maçons devaient se battre avec les armes de l'éducation et de la culture. 

  • Le Plan Universités de la Grande Loge Unie d'Angleterre

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    Les obédiences françaises s'interrogent depuis longtemps sur les moyens de rendre la franc-maçonnerie plus attractive auprès des jeunes gens. Elles ont organisé cette année au moins deux manifestations : un colloque sur la jeunesse, à Paris, à l'initiative de la Grande Loge de France et de la Grande Loge Féminine de France et un rassemblement de jeunes maçons à Montpellier sous l'égide du Grand Orient de France. Toutefois, ces manifestations ne semblent pas avoir rencontré le succès escompté. L'âge moyen du franc-maçon français avoisine toujours les 55-60 ans. Bien qu'il y ait toujours eu des jeunes gens initiés en franc-maçonnerie (j'ai été dans ce cas), ces derniers restent très minoritaires. Faut-il s'en désoler ? Très franchement, je n'en sais rien. En tout cas, ça n'a jamais été pour moi une source de préoccupation particulière, probablement parce que j'ai toujours été convaincu que l'initiation à la franc-maçonnerie était fondamentalement le résultat d'une démarche personnelle. L'âge n'a rien à y voir même s'il peut être un critère dans le choix souverain des loges. 

    grande bretagne,glua,jeunesse,franc-maçonnerie,loges,universitésCeci dit, il me paraît intéressant de signaler ici la manière dont la franc-maçonnerie britannique agit vis-à-vis de la jeunesse. En effet, confrontée elle aussi à un vieillissement de ses effectifs, la Grande Loge Unie d'Angleterre a lancé le Plan Universités (Universities Scheme). De quoi s'agit-il ? Il s'agit d'un réseau de loges universitaires, c'est-à-dire de loges qui recrutent ordinairement dans le milieu de l'enseignement supérieur. Ce réseau est présidé par Sir David Wootton, assistant Grand Maître, ancien lord-maire de Londres et avocat dans le profane.

    Le Plan Universités est inspiré de l'expérience de deux loges implantées dans des villes universitaires prestigieuses depuis près de deux cents ans : la loge Apollo Lodge University n°357 fondée en 1818 à l'orient d'Oxford et la loge Isaac Newton University Lodge n°1161 fondée en 1861 à l'orient de Cambridge. Ces deux loges ont initié plusieurs milliers de jeunes hommes à la franc-maçonnerie. Le Plan Universités a donc pour objectif de favoriser l'accès des étudiants à la franc-maçonnerie. Depuis son lancement en 2005, ce plan regroupe une soixantaine de loges basées essentiellement en Angleterre, au Pays de Galles et en Afrique du sud (la Grande Loge Unie d'Angleterre y possède un district). 

    En voici la liste plutôt impressionnante :

    Pour toutes les universités et écoles d'enseignement supérieur de Londres

    • University of London Lodge N°. 2033
    • Rahere Lodge N°. 2546
    • Lodge of Honor and Generosity No. 165
    • Phoenix Lodge No. 173
    • Ravensbourne Royal Arch Chapter No. 1601
    • Duke of Cornwall Lodge No. 1839
    • University of London Lodge No. 2033
    • Aesculapius Lodge No. 2410
    • University of Durham Lodge No. 3030
    • Trinity College Dublin Lodge No. 3153
    • Lodge of Good Fellowship No. 3655
    • Gray's Inn Lodge No. 4938
    • Old Johnian Lodge No. 5282
    • St Cecilia Lodge No. 6190
    • Tetragon Lodge No. 6302

    Université Anglia Ruskin 

    • Boswells Lodge No. 7759

    Université de Brighton

    • Brighton & Hove Civic Lodge No. 5223

    Université Brunel

    • Ruislip St. Martin's Lodge No. 9125

    Université de Buckingham

    • Grenville Lodge No. 1787

    Buckinghamshire Université Nouvelle

    • Marlow Lodge No. 2752

    Université Christ Roi de Canterbury, Université du Kent  et Université de Greenwich

    • St Augustine Lodge No. 972
    • The Pentangle Lodge No. 1174

    Universide Chichester

    • Lodge of Union No. 38

    Université d'Essex

    • Ostrea Lodge No. 8209

    Université de Hertfordshire

    • Salisbury Union Lodge No. 767

    Université d'Oxford

    • Apollo University Lodge No. 357
    • Oxford and Cambridge Lodge No. 1118

    Université Oxford Brookes 

    • Blockley Lodge No. 6345

    Université de Portsmouth

    • Domus Dei Lodge No. 5151

    Université de Reading

    • Grey Friars Lodge No. 1101

    Université de Southampton

    • Southampton University Lodge No. 7022

    Université du Surrey

    • Onslow Lodge No. 2234
    • Woodside Lodge No. 6441

    Université du Sussex

    • Brighton & Hove Civic Lodge No. 5223

    Université de Winchester

    • William of Wykeham Lodge No. 1883

    Université de Cambridge

    • Isaac Newton University Lodge No. 859
    • Alma Mater Lodge No. 1492
    • Oxford and Cambridge Lodge No. 1118

    Université d'East Anglia

    • Bowers Lodge No. 4865

    Université de Bolton

    • Goulburn Menturia Lodge No. 3478

    Université de Chester

    • University Lodge of Chester No. 4477

    Université de Lancaster

    • City of Lancaster Lodge No. 281

    Université de Liverpool

    • University Lodge of Liverpool No. 4274

    Université de Manchester

    • Old Mancunians' with Mount Sinai Lodge No. 3140
    • De Montfort University
    • Castle of Leicester Lodge No. 7767

    Université de Derby

    • Hartington Lodge No. 1085
    • Phoenix Lodge of Saint Ann No. 1235

    Université de Leicester

    • Wyggeston Lodge No. 3448

    Université Lincoln

    • St Hugh Lodge No. 1386

    Université Loughborough 

    • Lodge of Science and Art No. 8429

    Université de Nottingham

    • Daybrook Lodge No. 5522

    Université du Staffordshire

    • Universities Lodge of Staffordshire No. 9907

    Université de Birmingham et Coventry

    • University of Birmingham Lodge No. 5628

    Université de Bangor

    • St David's Lodge No. 384

    Université de Cardiff

    • Universities Lodge, Cardiff No. 5461

    Universités et établissements d'enseignement supérieur d'Afrique du Sud

    • Singleton Lodge No. 8399
    • President Lodge No. 8053
    • Golden West Lodge No. 6689
    • University Lodge of the West Indies No. 7128
    • Universitas Lodge No. 9917


    david wootton, grande bretagne,glua,jeunesse,franc-maçonnerie,loges,universitésOn retrouve dans ces loges non seulement des étudiants, des membres des universités (corps enseignant, personnel administratif), des anciens étudiants, mais aussi des maçons exerçant autres professions. Certaines de ces loges sont liées historiquement aux universités. D'autres ne le sont pas mais font l'effort d'ouvrir leurs colonnes aux jeunes. 
    La Grande Loge Unie d'Angleterre applique des règles spécifiques aux loges de ce réseau. Ainsi, tous les francs-maçons âgés de moins de 25 ans bénéficient d'une cotisation réduite de moitié. Le but est de rendre la franc-maçonnerie accessible aux plus jeunes.

    Je suis dans l'incapacité de dire si le Plan Universités de la Grande Loge Unie d'Angleterre est une réussite ou pas. Il est en effet difficile d'en mesurer l'impact concret sur la vie maçonnique en Angleterre et en Afrique du sud. Les informations manquent. Ce plan témoigne en tout cas d'un esprit de club et de réseautage que les francs-maçons français réprouvent généralement, considérant que la franc-maçonnerie est essentiellement un ordre initiatique, ésotérique et traditionnel. Il convient également de remarquer que le recrutement de la Grande Loge Unie d'Angleterre est assez réducteur car tous les jeunes hommes ne fréquentent évidemment pas l'enseignement supérieur. J'imagine que si de nombreux jeunes universitaires sont initiés dans les loges anglo-saxonnes, ils doivent être tout aussi nombreux à en démissionner. En effet, comment susciter et entretenir le sentiment d'appartenance maçonnique quand toutes ces loges se réunissent en moyenne quatre à six fois par an et uniquement pour procéder à des installations de collège ou à des cérémonies ?

    Quelles que soient les critiques que l'on peut faire au sujet de cette action entreprise par la Grande Loge Unie d'Angleterre, comment ne pas être malgré tout admiratif devant le volontarisme et le pragmatisme de nos frères d'outre-Manche ? En France, les dignitaires des obédiences maçonniques parlent de la jeunesse comme d'une abstraction. Attirer les jeunes dans les loges est un objectif qu'ils évoquent prudemment pour ne pas être taxés de prosélytisme. En outre, les loges françaises sont généralement réticentes à l'égard de ces recrutements ciblés qui ressemblent à des objectifs marketing. Parler par exemple de la possibilité d'instaurer une capitation différenciée en fonction de l'âge est souvent un sujet de crispations. Au Grand Orient de France, nombreux sont les frères qui considèrent que la capitation différenciée en fonction de l'âge ou des moyens financiers serait de nature à introduire une rupture de l'égalité de traitement entre les membres de l'obédience (je le pense aussi). Au final, les obédiences françaises sont condamnées à ne rien faire.

    De l'autre côté de la Manche au contraire, la franc-maçonnerie anglo-saxonne ne s'embarrasse guère de grandes discussions théoriques sur la jeunesse. Elle agit. Peut-être de façon critiquable mais elle agit. Elle s'est ainsi donnée les moyens de ses ambitions. De manière tout à fait pragmatique, elle a échafaudé une stratégie particulière : un réseau de loges qui pratique la capitation différenciée. Cependant, le pragmatisme et l'action ne font pas tout car le travail maçonnique, tel qu'il se conçoit en Grande Bretagne, est fort différent de ce qu'il est en France. Réduit essentiellement aux cérémonies, le travail dans les loges britanniques doit probablement apparaître bien ennuyeux pour des jeunes initiés qui débutent dans la vie et qui ont sans doute bien d'autres préoccupations en tête que les usages maçonniques.