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franc-maçonnerie - Page 5

  • Le « père du blues » et le vieux franc-maçon

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    handy.jpgWilliam Christopher Handy (1873-1958) est l'un des musiciens les plus influents de l'histoire de la musique américaine du vingtième siècle. Il est passé à la postérité pour avoir popularisé le blues. Il est parvenu à lui donner une dimension universelle alors que ce style musical était originellement cantonné aux afro-américains victimes de la ségrégation raciale. Handy a été surnommé affectueusement « le père du blues ».

    Handy était également franc-maçon et trente-troisième du rite écossais ancien et accepté. On peut voir son diplôme de maître au WC Handy Home and Museum de la ville de Florence, en Alabama. Pourtant, dans son autobiographie publiée en 1941 (Father of the Blues. An Autobiography, 1941, rééd. Da Capo Paperback, 1969), Handy n'évoque pas son appartenance maçonnique. Il n'analyse pas les motivations qui l'ont amené à frapper à la porte du temple. Et pourtant, il relate un incident qui a eu lieu dans une petite ville du Mississipi où il s'était produit avec ses musiciens. Handy n'en précise pas la date. L'incident semble s'être produit bien avant qu'il ne s'installe à New York en 1918. Donc bien avant qu'il ne soit initié au sein de la loge Hiram n°4 de la Grande Loge Prince Hall de New York à laquelle il est demeuré fidèle sa vie durant.

    « Mon groupe jouait dans un dancing de Batesville, Mississippi, quand un type désoeuvré s'en est pris à un de mes gars et l'a frappé. J'ai immédiatement protesté auprès du patron du dancing mais avant que celui-ci ne puisse intervenir, le type m'a frappé à l'oeil. Il y a eu une période de désordre. Lorsque ça s'est calmé, nous avons repris notre concert, mais le type m'attendait dehors. Quand le concert s'est achevé, le type s'est ramené avec un fouet bien décidé à s'en servir contre moi.

    Quelqu'un m'a crié : « barre-toi mec ! »

    Si je l'avais fait, j'aurais pu être abattu. Au lieu de ça, j'avais décidé de mourir au combat. Pendant ce temps, une foule de gens s'est massée autour de nous, parmi elle un homme honnête de Sardes nommé Maddox. Je me souviens de M. Maddox. Parce qu'il avait les cheveux très roux et parce qu'il a été pour moi un sauveur venu du ciel. Il s'est interposé et calmé les garçons du coin, en les dispersant, en leur rappelant que j'avais joué pour eux. Puis il se tourna vers le type au fouet.

    « Frappe-moi si tu l'oses », lui a-t-il dit. « J'ai fait plus de choses pour toi que Handy ». Puis il l'a fait tomber et l'a corrigé.

    Quelqu'un m'a dit de courir à nouveau. Je ne me sentais pas de me barrer ainsi. Au lieu de ça, je me suis levé et j'ai regardé la bagarre (...) Puis, j'ai demandé protection au marschall de la ville. Il s'est bien foutu de moi et il est allé au contraire aider l'homme qui m'avait frappé. Sans endroit où aller, je me suis alors enfui et la chasse au nègre a commencé.

    3923310294.jpgToute la nuit je me suis caché dans les champs. Puis le matin, engourdi par le froid, je suis allé vers une maison, frapper au carreau d'une cuisine où se trouvait un homme blanc âgé et je lui ai alors expliqué la situation dans laquelle je me trouvais. Il était franc-maçon. Après m'avoir offert un copieux petit-déjeuner, il s'est armé d'un fusil à double canon et m'a conduit au train dans son buggy [carriole à deux places tirée par un cheval].

    Pendant que nous étions en route, il me promet avec fierté:  « t'inquiète pas, si ce type montre sa gueule, je te promets que je vais la lui trouer à coup de chevrotines. » 

    Quand je suis finalement monté à bord du train, j'ai été soulagé de revoir tous les gars de mon groupe. Ils avaient rejoint la gare par le sud. Ils étaient tous armés. Sachant ce qui s'était passé, le chef de train les avait armés de pistolets qu'il avait acquis des passagers et du personnel du train (...) »

    J'aime assez l'idée que William C. Handy ait associé la franc-maçonnerie à ce fait divers qui aurait pourtant pu très mal se terminer pour lui. Il aurait certainement pu évoquer quantité d'autres souvenirs. Or, quand il a pris la plume à l'âge de 67 ou 68 ans pour revenir sur les grandes étapes de sa vie, l'image de ce vieux blanc, assis tranquillement dans sa cuisine, s'est imposée. L'inconnu était franc-maçon. Comment Handy l'a-t-il su alors qu'il était sans doute profane à l'époque ? Nul ne le sait. Il ne donne aucun détail. Ce qui est sûr, c'est que de nombreux musiciens afro-américains étaient francs-maçons et ne s'en cachaient pas. Handy en avait probablement croisé. Une bague ou un symbole dans la maison ou un autre détail a donc peut-être suffi à dévoiler le vieux blanc qui a sauvé Handy du lynchage.

    D'une certaine manière, ce fait divers rappelle ces histoires d'hommes en péril qui trouvent chez des inconnus - souvent perçus comme des ennemis - une main secourable et fraternelle inattendue

  • Albert Balagué, le roc

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    Albert Balague.jpg

    La photo ci-dessus est celle du frère Albert Balagué et a été prise durant une chaude soirée d'été dans la région nîmoise en 1998 ou 1999. Je voudrais dire quelque mots sur Albert Balagué. Il est né le 19 septembre 1919 à Barcelone (Espagne) dans une famille libertaire et franc-maçonne. Martin Marti, son grand-père maternel, était membre de la loge Lealtad et communiste libertaire. C'est donc tout naturellement qu'Albert Balagué est devenu militant anarchiste dès l'âge de 15 ans. Il a participé avec ses oncles aux premiers combats de la guerre civile contre les troupes franquistes au sein de la colonne Libertad, puis il a intégré au mois de décembre 1936 les Brigades Internationales au sein de la treizième BI Dombrowsky. Albert s'est battu à Guadalajara, Brunete, Teruel. Il fut blessé deux fois. Pendant sa convalescence, il a fait la connaissance d'André Marty et d'André Malraux.

    Lorsque les troupes républicaines ont été vaincues, Albert Balagué a été contraint de fuir. Il est passé en France le 21 février 1939 où il a été interné au camp d’Argelès comme de nombreux autres réfugiés espagnols. Son grand-père Martin Marti, lui, est mort assassiné par les franquistes sur son lit d'hôpital le 23 mars 1939. Quand la France déclara la guerre à l'Allemagne nazie, Albert Balagué s'est immédiatement engagé dans le onzième régiment de la Légion étrangère. Il a participé aux combats de mai et juin 1940. Il a été fait prisonnier en juin 1940 et interné au stalag XVII B. Il a été ensuite transféré le 28 novembre 1941 au camp de concentration de Mauthausen sous le matricule 4504 dont il n'est sorti que le 5 mai 1945. Quatre ans et demi d'enfer. Il y a côtoyé le jésuite Michel Riquet qui, quelques années plus tard, oeuvra en faveur du rapprochement de l'église catholique romaine et de la franc-maçonnerie.

    A la Libération Albert Balagué s'est installé à Nîmes où se trouvaient énormément de réfugiés politiques espagnols. Il a milité à l’Union rationaliste et aux Citoyens du monde et c'est dans ce cadre qu'il a rencontré des francs-maçons. Il a été initié en 1953 au sein de la loge nîmoise n°920 L'Arc-en-Ciel de l'Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain, puis il a rejoint en 1962 la loge L'Echo du Grand Orient. A la fin des années 1960, Balagué a effectué plusieurs voyages en Catalogne où il avait gardé des contacts avec le mouvement libertaire. Là-bas, il a contribué activement à la réorganisation clandestine de loges maçonniques et, grâce à des complicités au sein de l'administration des douanes françaises, il est même parvenu à y acheminer des armes.

    C'est au sein de la loge L'Echo du Grand Orient, où j'ai été initié en mai 1992, que j'ai fait la connaissance d'Albert Balagué. Comme j'étais très jeune, il me prit sous son aile sans chichi et sans blabla car Albert Balagué parlait un sabir franco-espagnol qui le rendait difficilement compréhensible. Il s'exprimait donc peu. Jeune apprenti, j'ai eu l'honneur que l'on me confie très vite le soin de dire quelques mots lors de la célébration de ses quarante ans de maçonnerie, en mai ou juin 1993, en présence du très illustre frère Rafael Villaplana Fuentes, Grand Commandeur du Suprême Conseil d'Espagne, et de nombreuses délégations maçonniques espagnoles et françaises. Je ne sais plus ce que j'avais dit d'une voix tremblante à cette occasion. Des banalités probablement. Je me souviens en revanche qu'Albert Balagué avait les larmes aux yeux parce qu'il n'en revenait pas que l'on ait pu penser à lui de cette façon. Il était gêné d'être le centre de l'attention. J'ai appris beaucoup plus tard que l'organisation de ce jubilé n'avait pas été une mince affaire. Certains vieux grincheux de la loge n'y auraient pas été favorables pour des raisons réglementaires. Et d'estimer qu'Albert Balagué n'avait pas quarante ans de présence effective et continue au Grand Orient de France... 

    Albert Balagué ne parlait pas de lui-même. En tout cas pas en public. Il n'aimait pas évoquer les luttes du passé. Il n'avait pas non plus l'esprit ancien combattant, toujours à la ramener avec ses guerres et ses morts. De temps en temps, il évoquait pudiquement quelques noms et alors son regard s'illuminait. La captivité à Mauthausen l'avait profondément marqué mais il n'était pas du genre à s'y apesantir. Il me donnait plutôt l'impression d'aimer la vie et le présent. Cet homme au visage buriné par les épreuves et les engagements était vraiment une force de la nature. C'était pour moi un roc indestructible, le genre de gars sur lequel on pouvait s'appuyer sans crainte et en toutes circonstances. Albert n'était pas un doctrinaire. Loin de là. Ce n'était pas le libertaire de salon qui faisait semblant d'avoir lu Proudhon et Bakounine et qui évoquait des révolutions qu'il n'avait pas faites. Je n'ai jamais parlé en tout cas de politique avec lui. Je suppose qu'il s'était adouci avec le temps et que la franc-maçonnerie n'avait pas été pour rien dans cette évolution personnelle. Je me souviens qu'il aimait dire :

    « Moi la maçonnerie, yé connais pas. Ma les maçons, yé connais. Y a beaucoup des cons hein. Ma y en a quand même des buons. C'est les buons maçons qui soun importants, qué l'on sé souvient. Pas les cons. Ça non. »

    Ou encore :

    « La maçonnerie yé connais pas. Ma les maçons si. C'est pour ça que yé n'ai yamais été déçou par la maçonnerie. Ma par les maçons si. »

    tablierbalague.jpg

    Il m'avait raconté un jour comment on travaillait en loge dans l'Espagne franquiste et notamment à Barcelone. Les frères se réunissaient dans les grandes artères de la cité catalane, en plein jour, puis marchaient en petits groupes éloignés les uns des autres comme si de rien n'était. Et là, au sein des petits groupes, ils s'enseignaient à voix basse les tuilages des trois grades qu'ils avaient appris par coeur et se donnaient des nouvelles. C'est ainsi qu'ils procédaient aux initiations et aux augmentations de salaire. Le fait de travailler de cette manière sur la voie publique présentait l'avantage de pouvoir vite se disperser en cas d'intervention de la police politique du régime. Ils ne laissaient pas de traces. Un local, même clandestin, était perçu comme une possible souricière. Conserver des décors maçonniques même chez soi était trop risqué. La peur de la dénonciation était constante. Sous Franco, appartenir à la franc-maçonnerie était passible de mort.

    J'ai ensuite continué à côtoyer Albert Balagué sur les colonnes de la loge nîmoise La Bienfaisance où je fus affilié en compagnie de Christian Bellanger, son gendre, dans un contexte mouvementé pour la franc-maçonnerie gardoise. A l'époque, j'avais le cul entre deux chaises. Je m'étais installé à Bruxelles en septembre 1994 pour faire une spécialisation mais ne pensais y rester que deux ans. C'est pour cela que j'avais donc conservé mon appartenance au Grand Orient de France. La Bienfaisance s'était installée provisoirement dans les locaux la loge Les Enfants du Verseau du Droit Humain à Saint-Géniès de Malgoirès à une vingtaine de kilomètres au nord de Nîmes. C'est dans le petit temple de Saint-Géniès que j'ai été élevé à la maîtrise le 21 décembre 1995. Suite à mon élévation, Albert Balagué m'a offert un tablier de maître déjà usé. Il est tout simple et ne paye pas de mine. Mon parrain, lui, m'a offert le ruban de maître sans aucune broderie, pas même une équerre et un compas. Je les porte toujours. Je n'en ai jamais changé (désolé pour les marchands de décors, je ne suis vraiment pas un bon client). Je me souviens qu'Albert était tout content et qu'il m'avait dit à peu près ceci :

    « Sois touyours fier dé lé porter. Ca cé lo symbol dé trabail dou maçon. Tou es libré. Sourtout sois un buon maçon pour les autres maçons, apprentis y coumpagnons. Et pas un con, hein. »

    J'ignore si je suis parvenu à mettre en application les conseils d'Albert. Je m'y suis efforcé en tout cas du mieux que j'ai pu... mais j'ai certainement encore beaucoup de chemin à faire et beaucoup de choses à apprendre.

    Albert Balagué est passé à l'orient éternel le 3 juillet 2000 à l'âge de 81 ans. Ça fait bientôt dix-sept ans. Je n'en reviens pas. Le temps passe si vite ! Albert repose au cimetière de Rodilhan près de Nîmes aux côtés de Mercedes, son épouse, mais aussi de Yolande, sa fille, et de Christian, son gendre, trop tôt disparus.

  • Une tenue mémorable

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    harry.jpg

    En faisant du classement, je suis tombé sur cette lettre de voeux envoyée par le vénérable maître de mon ancienne loge bruxelloise. Elle est datée du 19 décembre 2001. Elle est accompagnée de la mention manuscrite suivante :

    « Merci de ton soutien, de ton humour, de ce courant qui passe entre nous. Bises à ta compagne. Harry. »

    Cette mention manuscrite a une histoire que je vais vous raconter.

    Chaque fois que j'ai assumé un plateau dans un atelier, j'ai toujours mis un point d'honneur à l'assurer avec loyauté et sérieux. A cette époque, les frères de ma loge avaient décidé de me confier le plateau (« la stalle » comme on dit outre-Quiévrain) de l'orateur.

    Il faut dire que la charge d’orateur, en Belgique, est beaucoup plus lourde qu’en France où elle a souvent perdu de sa superbe. En effet, outre le respect et l’application du règlement, les morceaux d’architecture de bienvenue ou de première instruction (lors des initiations et des augmentations de salaire), l’orateur en Belgique doit conclure après chaque planche présentée en Loge et, dans mon atelier d'alors, il est chargé de procéder aux interrogatoires de profanes.

    Cet office exige donc rigueur et droiture. En effet, si on est rebelle aux textes réglementaires, si on a une tendance naturelle à transiger avec les règles ou, au contraire, à être trop rigide alors on a toutes les chances d’être un orateur malheureux. Il est difficile, en effet, de concilier les exigences de l’individu avec les impératifs d’une communauté. Il faut être suffisamment ferme pour préserver la cohésion du groupe (qui procède d’une tradition initiatique) tout en étant suffisamment souple pour que chaque membre s’y sente libre. L'orateur est exposé à la critique. Il est souvent sollicité. Il faut qu'il se montre réactif.

    Cet office nécessite aussi, à mon avis, une bonne culture générale et maçonnique. Encore que cela puisse se discuter… Quoi qu'il en soit le plus important à mes yeux est de ne pas sombrer dans l’attitude du moralisateur, du sophiste qui réduit la maçonnerie à un art de penser purement verbal. A quoi sert-il en effet de faire un morceau d’architecture sur la fraternité ou de se livrer à je ne sais quelle exégèse d’un point du rituel si, en tant qu’orateur, on est incapable d’écouter son prochain ? L'orateur ne doit évidemment pas utiliser le pouvoir de la parole pour ironiser sur tel frère, pour condamner tel autre, pour relever les maladresses d’encore un autre. Il est le gardien de la loi, des us et coutumes de l’Ordre. Il doit donc en incarner impérativement l’esprit par son comportement.

    Je peux vous assurer que cette fonction est difficile. En Belgique, les collèges des officiers (les « commissions des officiers dignitaires » comme on dit là-bas) ne sont renouvelés que tous les trois ans. Et mon atelier se réunissait tous les vendredis (ce qui est probablement encore le cas aujourd'hui). Ce qui représentait de septembre à juin quarante tenues solennelles d'obligation ! 

    Au plateau d'orateur, j'ai toujours fait en sorte d’être « l’âme damnée » de mon vénérable. Celui-ci pouvait donc se reposer entièrement sur moi. D'où la mention manuscrite ci-dessus qui fait allusion à une tenue où le conférencier invité avait tout simplement oublié de venir ! Imaginez la tête du vénérable. Il était devenu liquide. Il venait d’être élu au grand dam de la vieille garde de l’atelier qui lui avait préféré un autre frère. Il était donc attendu au tournant. Nous étions tous attendus au tournant. Donc pas de droit à l’erreur. La légitimité du collège était en jeu. Dans un atelier qui comptait une quarantaine de présents en moyenne (et parfois bien davantage), il était important d'éviter les polémiques.

    Avant que la tenue ne commence, le vénérable, l'expert (en Belgique, il siège aussi à l'orient), les surveillants et moi, avions alors improvisé un petit conciliabule pour trouver rapidement une alternative. Il a d’abord fallu brièvement rassurer le vénérable et lui rappeler qu'il n'était absolument pas responsable de l'absence du conférencier. Nous lui avons répété qu'il était le boss, le premier maillet et qu'il ne devait pas donner l’impression de subir ce qui se passait. Nous étions là pour l'aider à gérer cette situation difficile.

    L'expert a eu soudain une idée lumineuse. Nous avons décidé d'improviser un débat sur un thème suffisamment passe-partout pour que chacun puisse se sentir concerné : l'extériorisation. Je devais présenter au pied-levé un point de vue suffisamment tranché pendant cinq-dix minutes. Ce que j'ai fait. J’ai donc balancé une série de lieux communs de manière provocante. La maçonnerie belge étant ordinairement très discrète, moi, transfuge du Grand Orient de France, j'ai alors surjoué le maçon hexagonal qui croit avoir chié le monde tous les matins. J'ai donc évidemment fait l'apologie de ce qui se faisait en France et regretté la prudence des obédiences belges.

    L’expert a ensuite demandé la parole et m’a descendu en flamme en soutenant l'exact contraire pendant plusieurs minutes. Ensuite la parole a été donnée aux colonnes. Le succès a été foudroyant ! Les colonnes ont tout de suite mordu à l'hameçon. Les interventions ont été très nombreuses et surtout très diverses. Le débat a duré plus d'une heure sans le moindre temps mort. Même les taiseux et les timides, ordinairement écrasés par les tribuns des colonnes, se sont exprimés. Cette tenue, qui s'annonçait catastrophique, fut au contraire une belle réussite. Le vénérable, rassuré par ce qui se passait sous ses yeux, a été impérial. Je le sentais heureux. Et les clins d’œil entre les officiers ont fait le reste. 

  • Etats-Unis : les McMaçons en question

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    ETATS-UNIS D'AMÉRIQUE, RÉGULARITÉ, FRANC-MAÇONNERIE, recrutement

    En janvier 2016, j'avais consacré une note sur le recrutement maçonnique aux Etats-Unis d'Amérique. Sa lecture est utile pour comprendre un des débats qui agite la blogosphère maçonnique nord-américaine et les frères sur les réseaux sociaux : les « McMaçons » (McMasons en anglais). Qui sont-ils ? Des francs-maçons initiés aux termes de procédures de recrutement de masse au cours desquelles ils se sont vus conférer les trois degrés symboliques en un seul jour (one day classes) ! Ces procédures, validées à ce jour par trente-cinq Grandes Loges nord-américaines, ont pour but de juguler la baisse constante des effectifs maçonniques aux Etats-Unis d'Amérique.

    Il se fait que ces McMaçons sont très critiqués par de nombreux frères qui les perçoivent comme des francs-maçons au rabais venus consommer de la franc-maçonnerie comme d'autres consomment un Big Mac. Ces critiques ont suscité les réactions indignées d'autres frères comme celles par exemple de Michael H. Shirley (Grande Loge de l'Illinois) ou encore de Christopher L. Hodapp (Grande Loge de l'Indiana). Les deux rappellent que les McMaçons sont des frères comme les autres et estiment que les procédures de recrutement massif ont malgré tout permis à de nombreuses loges de survivre et de faire face à la chute de leurs effectifs.

    Effectivement les McMaçons ne sont pas responsables du cadre aberrant dans lequel ils ont été initiés. Ils doivent donc être respectés. Cependant, les données démographiques, toutes Grandes Loges américaines confondues, démontrent, sans contestation possible, l'inefficacité des recrutements massifs et des one day classesVoici quelques nombres qui permettent de se faire une idée assez claire de la situation actuelle de la maçonnerie aux Etats-Unis d'Amérique. Ils proviennent du Masonic Service Association of North America (association créée en 1918 par les Grandes Loges américaines).

    En 2005, le nombre de francs-maçons américains était de 1 569 812. Dix ans plus tard, en 2015 donc, ce nombre est tombé à 1 161 253. Ce qui représente une chute de 408 559 membres, soit un peu moins de trois fois et demi la population maçonnique française ! Si on élargit la période à 20 ans (1995-2015), cette chute s'élève à 992 063 membres, soit quasiment un million de membres. Sur une période d'un demi-siècle (1955-2015), la franc-maçonnerie américaine a perdu 2 848 672 membres. Presque trois millions de frères donc ! Je précise que ces nombres ne concernent pas la maçonnerie afro-amércaine de Prince Hall.

    Toutes les Grandes Loges américaines sont affectées et, parfois, de façon absolument spectaculaire comme c'est le cas, par exemple, de la Grande Loge du Texas. De 2010 à 2015, cette dernière a en effet perdu 17 175 membres en dehors de toute scission ou essaimage ! Et si je prends maintenant l'exemple des Grandes Loges de l'Illinois et de l'Indiana pour la même période, obédiences que connaissent parfaitement les frères Shirley et Hodapp, celles-ci ont perdu respectivement 6 238 et 10 929 membres ! Là encore sans qu'une scission ou un essaimage en ait été la cause.

    Le-tonneau-des-dana%C3%AFdes.-John-Willim-Waterhouse.-1903.-236x300.jpgPar conséquent, qu'il y ait parmi les McMaçons des frères sincères et motivés, qui pourrait en douter ? Mais que représentent-ils vraiment par rapport à tous les profanes initiés dans des conditions identiques ? 0,5 % ? 1% ? 2% ? On ne le sait pas. Il est donc plus probable que l'immense majorité initiée à 50 ou 100, parfois même à davantage, dans de grands temples ou dans d'immenses salles, est aussi vite partie qu'elle est venue. Les McMaçons sont donc en fait un des nombreux symptômes d'une franc-maçonnerie nord-américaine qui ne sait plus quoi faire pour retrouver son lustre d'antan et qui a du mal à comprendre ce qui lui arrive. La réalité de cette franc-maçonnerie-là ressemble au tonneau percé des Danaïdes. Bien qu'elle initie à tour de bras, ça ne l'empêche pas de perdre davantage de membres qu'elle n'en recrute. Ce que le frère Todd E. Creason a fort bien mis en lumière lorsqu'il s'est interrogé sur l'absentéisme en loge.

    L'absentéisme justement. Il fait également partie de la réalité maçonnique nord-américaine avec le recrutement massif et les démissions qui en sont le corollaire. Un témoignage permettra de saisir l'ampleur du phénomène : le frère Robert H. Johnson a par exemple indiqué qu'il n'y avait eu que treize frères à son initiation en comptant les officiers de la loge. Le jour de sa réception au grade de compagnon, ces frères étaient quatorze. Puis quinze lors de son élévation à la maîtrise. Quinze peut sembler un résultat décent ou satisfaisant par les temps qui courent, observe-t-il, mais triste quand il songe que sa loge compte trois cents membres !

    Il y a donc bien un gros problème... Justement, quel est-il ? Un peu de patience. Je tenterai de répondre à cette question prochainement.

  • Arthur Haulot ou l'amour d'aimer

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    haulot.jpgL'arrière-grand-père de ma compagne est un martyr de la Résistance. Sa fille, la grand-mère donc, sachant que j'aimais l'histoire et écouter ses souvenirs de jeunesse, m'a donné toute la série de Christian Bernadac parue à la fin des années 60 et consacrée à la déportation.

    Un de ces livres évoque ces médecins allemands, ces professeurs d'Université, ces scientifiques choisis par Heinrich Himmler, acceptés par Adolf Hitler, qui renièrent toutes les règles déontologiques de leur profession et pratiquèrent des expériences absolument abominables sur des déportés voués à l'esclavage ou à l'extermination.

    Parmi ces déportés, le belge et militant socialiste Arthur Haulot. J'ai été saisi de lire ce qui lui était arrivé lorsque le médecin SS Plottner du camp de concentration de Dachau lui avait administré de hautes doses de mescaline, un puissant vaso-dilatateur.

    Hitler, dans sa paranoïa, espérait beaucoup de cette substance pour faire parler tous les ennemis du régime lors des interrogatoires. Haulot avait donc été un des cobayes de ce criminel SS adepte des nouvelles drogues et des traitements médicaux absurdes. Lui-même en parlait avec distance, presque scientifiquement, ce qui témoigne non seulement d'une très grande force de caractère mais aussi d'une lucidité peu commune (cf. C. Bernadac, Les médecins maudits, éd. France-Empire, Paris, 1967, p. 82 et suiv.).

    « J'estime que les expérience faites à Dachau ont démontré ceci :

    1. L'absorption du produit, surtout si elle se fait sans que le patient en ait conscience, doit immanquablement amener chez lui un état d'affolement qui le prive, au plus fort de la crise, de toute espèce de résistance spirituelle.

    2. On peut obtenir du patient, dans ces conditions,je ne dirai pas n'importe quel aveu, mais n'importe quelle déclaration.

    Sans doute, par hasard, peut-on obtenir que le patient dévoile une vérité qu'il voudrait cacher mais, beaucoup plus généralement, on obtiendra simplement de lui qu'il souscrive à n'importe quelle accusation portée contre lui, même la plus invraisemblable, parce que son seul désir n'est pas du tout de se débarrasser d'un secret, mais bien plus simplement d'échapper à la souffrance intolérable que lui cause l'obligation de s'isoler du rêve créé par la drogue.»

    Oui, j'en ai été saisi parce que j'ai brièvement côtoyé Arthur Haulot au sein de la loge bruxelloise Action et Solidarité n°1 du Grand Orient de Belgique. Jeune expatrié, j'avais en effet atterri par hasard dans cette loge que j'ai visité ensuite assez régulièrement avant de m'affilier à une autre. Et c'est là que j'y ai croisé cet homme qui était pour moi à l'époque un parfait inconnu. En effet, j'ignorais tout de lui, de son parcours politique, de ses engagements. J'ai vite appris qu'il s'agissait de quelqu'un d'important, une sorte de conscience de gauche si l'on veut (car l'expression est galvaudée), mais rien de plus.

    Ce qui m'avait frappé chez lui, c'était son extraordinaire jeunesse d'esprit et son ouverture aux autres. Comment ne pas être intrigué par cet homme qui avait tardivement accepté d'entamer une démarche maçonnique ? Je revois encore ce grand chauve au regard pénétrant malgré des problèmes oculaires, fort gaillard en dépit d'un âge respectable, ceint de son tablier d'apprenti ou de compagnon (je ne sais plus), écoutant sagement les instructions, les morceaux d'architecture et les interventions sur les colonnes.

    Quoi qu'il en soit, comment aurais-je pu imaginer que ce grand corps, près duquel je me suis trouvé sur la colonne du nord, avait enduré de telles souffrances ? Ça fait drôle de se dire que l'on a croisé quelqu'un d'aussi courageux et d'aussi modeste. Et surtout doté d'une telle énergie vitale ! Je me souviens en particulier de son inquiétude devant les résurgences de l'extrême droite en Europe (notamment le Vlaams Blok en Belgique et le FN en France). 

    Arthur Haulot est passé à l'orient éternel en 2005. 

    christian bernadac,bruxelles,belgique,franc-maçonnerie,nazisme,résistance,arthur haulot,gobJE NE VEUX PAS QUITTER TA MAIN

    C’est avec la fraîcheur de source de ta paume
    que je veux avancer le plus, le plus loin
    plus loin qu’il me sera par les dieux accordé
    de vivre et de lutter
    tu es la joie plus haute de mon âme,
    le feu plus pur de mon combat, de mon envie
    de ma volonté de roc et de roseau
    d’emmener l’homme vers l’avenir

    Je ne veux pas quitter ta main

    S’il devait advenir que tu me laisses sans cette joie
    qui coule dans mon sang à remonte courant
    vers le centre lui-même, et l’âme, et l’espérance
    c’est le sens impalpable de ma destinée
    qui s’assécherait
    comme le ruisseau détourné de sa source

    Je ne veux pas quitter ta main

    J’ai besoin de l’amour quoi sourd à chaque instant
    de ce creux de ta paume,
    de la pointe des doigts,
    du destin ignoré des lignes arabesques
    tracées à même peau pour dire le destin

    Je ne veux pas quitter ta main

    Tant que j’aurai ta main dans la mienne soudée
    je serai le lutteur ironique et puissant
    s’imaginant peut-être incurver des données
    du malheur des humains
    je serai celui-là qui tient haute la tête
    quand les vents les plus noirs soufflent sur la forêt,
    quand le cœur s’épouvante aux colères des dieux
    Je serai celui-là qui sait s’amenuiser
    jusqu’à l‘ombre de soi
    mais tient le seul filin qui rattache la terre
    à l’espoir du matin .

    Je ne veux pas quitter ta main

    Ta main m’est talisman de durée et de rêve,
    certitude opposée à tous les démentis
    à toutes les faiblesses,
    à tous les abandons.
    Pour tout ce qui m’exalte et qui me justifie
    pour tout ce que je veux être encore demain.
    pour ce monde à jamais à toujours découvrir
    pour ces espoirs jetés en avant du malheur

    pour cette flamme encore à brûler dans mes veines
    pour ce chant espéré attendu et voulu
    pour cette simple foi de charbonnier candide
    pour cet amour d’aimer qui emporte mes pas

    Je ne veux pas quitter ta main.

    - Arthur Haulot -

  • Photo de famille

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    Le frère Frédéric C. m'a transmis un souvenir de famille. Une nuée de canaris immortalisée dans le Grand Temple Groussier rue Cadet à Paris. Il devait s'agir de la première séance plénière du Conseil de l'Ordre en 1979. On voit que les costumes sont d'époque. On y reconnaît notamment à l'avant plan Roger Leray, Grand Maître, Jacques Mitterrand - qui n'avait aucun lien de parenté avec François Mitterrand - et l'historien Paul Gourdot.

    Roger Leray venait de succéder à Michel Baroin (le père de François Baroin ) à la grande maîtrise. L'élection du jeune Michel Baroin avait été mal vécue. Cet ancien commissaire à la D.S.T. puis sous-préfet, et enfin président de la GMF, avait succédé en 1977 à Serge Behar à la tête du Grand Orient. Il avait annoncé la couleur dès son entrée en fonction, déclarant qu'il n'était pas un homme politique et que le Grand Orient ne devait subir l'influence d'aucun parti, d'aucun groupement, d'aucun homme politique. Ambiance...

    Pourtant Baroin ne dissimulait pas ses amitiés : il était proche d'Edgar Faure, dont il fut le collaborateur. Il était également lié à Eugène Chambon, de la Grande Loge Nationale Française, qui s'appliquait, par la fraternelle du Carrefour de l'Amitié, à mettre en relation des maçons radicalisants et gaullistes... Baroin était également un ami personnel de Jacques Chirac. Il devait certainement savoir que ses fréquentations agaçaient certains dignitaires de la rue Cadet. Il n'est d'ailleurs pas incongru de penser que cela l'amusait de bousculer ainsi les habitudes des anciens. Michel Baroin, sémillant quadragénaire, avait bénéficié de la division persistante des socialistes au sein du Grand Orient. Ce qui lui avait permis de s'imposer à la surprise générale. Il s'était allié au docteur Edmond Corcos, socialiste proche de Michel Rocard, lui-même poussé par Fred Zeller l'ancien trotskiste. C'était, paraît-il, un curieux équipage.

    Bien que la photographie ne le montre pas, l'atmosphère était alors à la reprise en main du Grand Orient par l'aile gauche du Conseil de l'Ordre composée de socialistes de la tendance mitterrandiste. Il faut se rappeler du contexte. En 1979-1980, on s'acheminait péniblement vers la fin du septennat de M. Valéry Giscard d'Estaing sur fond de diamants centrafricains, d'avions renifleurs et de ministre suicidé de deux balles dans la tête. La monarchie giscardienne n'était pas encore contrariée. Le chef de l'Etat courtisait d'ailleurs ostensiblement la franc-maçonnerie. Tantôt Giscard jetait son dévolu sur la Grande Loge de France : il avait ainsi fait savoir qu'il était prêt à se faire initier mais à des conditions finalement jugées inacceptables. Tantôt Giscard donnait des signes au Grand Orient en acceptant par exemple de recevoir Roger Leray à l'Elysée.

    Cette période était aussi celle de l'union de la gauche, des grandes espérances, de l'attente des lendemains qui chantent et des mesures censées changer la vie. Au Grand Orient, certains avaient fait ce choix en faveur de la gauche tandis que d'autres au contraire, plus à droite ou plus modérés, gaullistes ou radicaux, pas forcément minoritaires en tout cas, redoutaient de voir l'arrivée des communistes au pouvoir.

    Au Grand Orient, Roger Leray, accompagné de Jacques Mitterrand, oeuvrait activement en faveur d'une accentuation de la politisation de l'obédience. Il voulait tirer un trait sur la parenthèse Baroin et souhaitait une relance de l'extériorisation amorcée par les Grands Maîtres Anxionnaz, Mitterrand et Zeller à la croisée des années 60 et 70. L'année 1980 fut donc celle des colloques organisés par le Conseil de l'Ordre à Cannes, Bourges ou Paris sur les problèmes de l'énergie, la laïcité, le travail et le chômage. 

    Parmi les canaris, il y avait Pierre C. que j'ai eu la joie de connaître dans les années 90 lorsque j'étais un tout jeune franc-maçon. J'aimais discuter avec lui parce qu'il n'hésitait pas à bousculer les brontosaures locaux. Il ne se la jouait pas vieux sage qui murmure de façon sibylline les yeux fermés : « médite... et tu comprendras ». Il avait ce côté gentiment provocateur et irrévérencieux qui le rendait immédiatement sympathique. Son passage au Conseil de l'Ordre l'avait en quelque sorte prémuni des attaques de quelques aigris du cru. Je me rappelle d'un frère qui m'avait glissé à l'oreille sur le ton de la plaisanterie : « fais gaffe, il est au RPR. » Pierre était aussi un ami de Michel Baroin disparu accidentellement en 1987. Je me souviens qu'il m'avait parlé un peu de son expérience au Conseil de l'Ordre mais sans trop entrer dans les détails, de peur peut-être de briser les illusions du jeune maçon que j'étais. Il est le seul sur la photo qui ne fixe pas du tout l'objectif. Son regard semble attiré par quelque chose d'autre. Son fils Frédéric a l'impression qu'il se marre. C'est fort possible.

    En 1979-1980, j'avais sept ans, l'âge de raison. Je venais d'entrer au CE1. Je regardais à la TV l'Ile aux Enfants et les Visiteurs du Mercredi. En ce temps, il suffisait de me donner un bâton pour qu'il devienne dans mes mains une épée, une canne, une baguette magique. J'étais loin, très loin, de ces messieurs graves que l'on voit sur la photo. La disparition brutale de mon grand-père maternel cette année-là m'avait juste fait prendre conscience que l'homme était mortel et qu'il n'y avait aucun échappatoire à ce scandale.

  • Maçons d'Europe, ouvrez les yeux!

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    Tandis que les obédiences du monde entier s'apprêtent à célébrer le tricentenaire de la naissance de la franc-maçonnerie spéculative, les obédiences italiennes, elles, luttent pour la sauvegarde de leur honneur et de la liberté d'association. Le 2 mars 2017, la commission parlementaire anti-mafia a unanimement demandé au service central d'investigation sur la criminalité organisée de la Guardia di Finanza d'effectuer une perquisition aux sièges du Grand Orient d'Italie et des autres obédiences maçonniques pour y saisir les listes de tous leurs membres en Calabre et en Sicile.

    La commission parlementaire a donné cet ordre en dehors de toute procédure judiciaire alors même que les prétendus liens entre la mafia calabraise et la franc-maçonnerie n'ont jamais pu être établis. Cette commission parlementaire a donc pris le risque insensé de livrer la franc-maçonnerie italienne à l'opprobre publique. Elle a de surcroît décidé d'aller à l'encontre de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, pourtant très ferme sur la protection de la liberté d'association et du respect de la vie privée. Cette jurisprudence résulte déjà d'une condamnation de l'Italie suite une plainte du Grand Orient d'Italie devant la juridiction de Strasbourg. Il semble que l'on s'achemine vers un nouveau marathon judiciaire.

    Puisque la commission parlementaire anti-mafia veut des noms de francs-maçons, en voici : Theodat Albanie, Carlo Avolio, Umberto Bucci, Silvio Campanile, Silvano Canalis, Giuseppe Celani, Renato Fabbri, Fiorino Fiorini, Manlio Gelsomini, Umberto Grains, Mario Magri, Placido Martini, Attilio Paliani, John Rampulla, Umberto Scattoni, Mario Tapparelli, Angelo Vivanti, Giulio Volpi et Carlo Zaccagnini.

    Ces noms sont ceux de dix-neuf frères, appartenant aussi bien au Grand Orient d'Italie qu'à la Grande Loge d'Italie, massacrés par les nazis à la Fosse Ardeatine le 24 mars 1944 en compagnie de plus de trois cent trente autres innocents. Ces dix-neufs frères font partie des cadavres identifiés avec ceux de soixante-quinze juifs, trente-neuf officiers et sous-officiers et soixante-huit communistes.

    conti.jpgIl conviendrait d'y ajouter le nom du frère Lando Conti, maire de Florence, assassiné froidement en 1986 par les Brigades Rouges sans oublier celui du profane Filippo Salsone, sergent de la police pénitentiaire de Calabre, assassiné la même année par un tueur de la Ndrangheta, la mafia locale et ce quasiment sous les yeux de son fils Antonino Salsone, à l'époque adolescent, et actuel président du collège des Vénérables Maîtres de la Lombardie (Grand Orient d'Italie). Aujourd'hui encore, l'assassinat dont a été victime Filippo Salsone n'a toujours pas été puni. Que faut-il dire à son fils ? Qu'il devrait avoir honte d'appartenir à une organisation ayant soi-disant des collusions avec cette mafia calabraise qui a abattu son père ?

    La vérité est que les francs-maçons italiens et leurs proches ont versé leur sang pour construire l'Italie moderne et établir la République autour des grandes libertés publiques. Ils ont été victimes du fascisme et du nazisme. Ils ont été victimes du terrorisme et du crime organisé. Ils ont été des victimes du devoir parce qu'ils portent et défendent des valeurs d'humanisme, de tolérance et de laïcité.

    Il est donc grand temps que les francs-maçons d'Europe ouvrent les yeux et réagissent par rapport à ce qui se se passe en Italie dans l'indifférence générale. Doit-on rappeler ici le célèbre poème du pasteur Martin Niemöller que les nazis ont finalement arrêté parce qu'il n'y avait plus de communistes, de sociaux-démocrates, de syndicalistes et de juifs pour le défendre ?

    Quand je vois que le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France est capable de publier ordinairement des communiqués de presse, je me dis qu'il serait un peu plus inspiré d'exprimer sa solidarité à l'égard des obédiences transalpines en ce tricentenaire de la franc-maçonnerie spéculative. Car n'oublions pas que ce qui se passe maintenant chez nos voisins, pourrait fort bien se passer chez nous demain.

    italie,union européenne,franc-maçonnerie,antimaçonnisme,goi,gliLe saviez-vous ? Le Grand Maître du Grand Orient d'Italie met par tradition une chaînette autour du cou qui tranche avec les larges sautoirs à la française ou les colliers à l'anglo-saxonne.

    Quelle en est l'origine ? Et pourquoi ce symbole ?

    Ce bijou a été sauvé par un frère pendant la période fasciste. Les temples étaient en effet mis à sac par les chemises noires du Parti National Fasciste.

    Pour éviter que les fascistes dérobent ce bijou, ce frère l'a dissimulé au péril de sa vie dans les langes de son fils nouveau né.

    C'est donc en mémoire de cette sombre période, durant laquelle les francs-maçons ont été activement pourchassés, que ce bijou est devenu l'un des insignes du Grand Maître du Grand Orient d'Italie.

     

  • Visite du Président de la République au Grand Orient de France

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    A l'occasion de la célébration du tricentenaire de la naissance de la franc-maçonnerie spéculative, le Grand Orient de France a eu l'honneur d'accueillir en son siège de la rue Cadet un Président de la République en fonction pour la première fois de son histoire. M. François Hollande est venu échanger quelques minutes avec le Grand Maître Christophe Habas, visiter le musée de la franc-maçonnerie et prononcer un discours.

    Par cette visite au Grand Orient de France, M. le Président de la République a rendu un hommage appuyé à la franc-maçonnerie. Il a souligné son implication dans la renaissance et la consolidation de la République dans notre pays. Il a signalé son engagement en faveur de la laïcité. La fierté ressentie par les représentants de l'obédience en cette solennelle occasion est tout à fait compréhensible. Il est réconfortant de voir le rôle central joué par le Grand Orient de France dans le paysage maçonnique français. La reconnaissance que M. le Président de la République lui a témoigné au nom de la Nation, est un message très fort alors que notre obédience est injustement ostracisée par la Grande Loge Unie d'Angleterre et la communauté maçonnique universelle depuis 1877.

    Néanmoins, ce serait une erreur d'oublier que le franc-maçon est d'abord un citoyen paisible et respectueux du magistrat civil (art. 2 des Constitutions d'Anderson de 1723) avant d'être respectueux de la forme républicaine des institutions de l'Etat. Il n'est pas inutile en effet de rappeler que le Grand Orient a toujours su s'accommoder des changements de régime politique en étant royaliste sous les rois et impérial sous les empereurs. Bref, il est fondamental de rappeler que la franc-maçonnerie, ordre initiatique, ésotérique et traditionnel, transcende les régimes politiques. Si l'essentiel aujourd'hui est que les pouvoirs publics garantissent les droits de l'homme et les libertés publiques, il n'en a pas toujours été ainsi dans le passé. Au cours de son histoire, la franc-maçonnerie a été contrainte de composer avec des régimes autoritaires pour pouvoir survivre.

    (Je profite de cette note pour vous souhaiter une bonne année 6017 !)

    JF.jpgLe cadeau du Grand Orient de France à M. le Président de la République. La « Marianne » conçue en 1881 par le sculpteur franc-maçon Paul Lecreux (1826-1894) dit « Jacques France » est devenue l’emblème de la République. Il s'agit originairement d'une commande pour la Loge La Bonne Foi à Saint-Germain-en-Laye. L’œuvre a connu un succès rapide au point d'avoir été adoptée officiellement par le Grand Orient de France le 9 janvier  1882. Jacques France a également proposé en 1885 sa célèbre Marianne en médaillon de 18 cm de diamètre, en bronze patiné. C'est ce médaillon qui a été offert à M. François Hollande, Président de la République.