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franc-maçonnerie - Page 4

  • Jean-Claude Casabianca, le maçon franc

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    casabianca.jpgIl y a des frères qui vous marquent plus que d'autres ou dont vous savez à l'avance que vous n'aurez aucune difficulté à vous rappeler de la voix, du visage ou de la démarche. C'est le cas de Jean-Claude Casabianca. J'ai été son premier surveillant et je lui ai succédé au vénéralat au sein de la loge nîmoise La Bienfaisance.

    « Casa » était un personnage clivant. Soit on l'aimait, soit on le détestait. Il était difficile de rester dans la demi-mesure et de ne pas avoir un avis tranché à son sujet.

    Je faisais partie pour ma part de ceux qui l'appréciaient, sans doute parce que je le connaissais et que je ne pouvais donc pas être offusqué du langage fleuri qu'il employait parfois dans le feu d'une conversation.

    Si Jean-Claude était clivant, c'est parce qu'il avait une grande qualité (ou un grand défaut, tout dépend comme on voit la chose) : il était incapable de dissimuler ou de travestir sa pensée. Il disait ce qu'il pensait, sans circonvolutions, sans fioritures, sans aucune espèce de diplomatie ou de stratégie. Sa franchise désarmante pouvait provoquer parfois quelques grincements de dents.

    Je me souviens par exemple l'avoir vu traverser la salle humide de la loge pour aller à la rencontre d'un frère avec lequel il avait une forte divergence. Il lui avait signifié ses quatre vérités. Quand il n'aimait pas quelqu'un, il le lui disait en face. Et parfois, cela pouvait être brut de décoffrage.

    Chez Casa, l'inconscient pouvait également prendre le dessus.

    Je me souviens ainsi de cette tenue à l'issue de laquelle une sympathique vénérable d'une loge du Droit Humain, bien portante pour ne pas dire bien en chair, avait transmis les salutations fraternelles de son atelier.

    Je sentais que Casa était un peu contrarié parce qu'il n'était pas spécialement rompu à cet exercice de style ennuyeux où l'on se fait des politesses à n'en plus finir alors qu'il est tard et que les agapes attendent les frères des colonnes. Il avait pourtant cru trouver la formule idoine en exprimant sa satisfaction : « Merci ma soeur ! avec toi, l'atelier a une amie de poids. »

    Je vous laisse imaginer les ricanements sur les colonnes...

    Chaque fois que Jean-Claude sentait qu'il avait commis une maladresse ou qu'une situation lui échappait, il aimait répéter : «  Tu sais, moi je ne suis pas un intellectuel... Moi je ne suis qu'un terrassier. »

    La dernière fois où nous avons vraiment collaboré, c'est lorsque Jean-Claude s'était porté candidat au Conseil de l'Ordre. En tant que vénérable, je ne m'étais pas senti en droit de le dissuader même si je savais qu'il n'avait aucune chance de l'emporter.

    Je dois dire qu'il m'avait agréablement surpris lors de sa prise de parole devant le congrès régional. Alors que les autres candidats avaient parlé comme des hommes politiques sans âme, avec des professions de foi bien calibrées et calculées, Jean-Claude Casabianca, lui, s'était exprimé tout simplement avec son coeur et ses tripes. Avec honnêteté et spontanéité. Je me souviens qu'il avait fait forte impression.

    En ce début d'année 2017, je viens d'apprendre que Jean-Claude Casabianca a rejoint l'orient éternel. Je suis triste de ce départ et présente mes condoléances à sa famille.

    Il me reste donc en mémoire une voix, un visage, une démarche.

    Au revoir Jean-Claude et merci pour tout !

  • L'Espresso et l'abolition de la franc-maçonnerie

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    aboliamo.jpg

    Je me dois de revenir à nouveau sur la situation à laquelle la franc-maçonnerie est confrontée en Italie. Dans son édition du 12 février 2017, l'hebdomadaire L'Espresso a provoqué une  polémique qui a entrainé immédiatement une réaction très énergique du Grand Orient d'Italie par la voix du Grand Maître Stefano Bisi.

    Le célèbre hebdomadaire italien a publié en effet un long article de Gianfrancesco Turano, journaliste et romancier, intitulé (excusez du peu) : « Abolissons la Franc-Maçonnerie ». Cet article n'est pourtant pas une enquête. Il s'agit plutôt d'un rappel de tout ce que l'on dit ou de tout ce que l'on a pu dire en Italie sur les liens présumés entre les milieux criminels et les loges de Calabre, sur les auditions des responsables d'obédiences maçonniques par la commission parlementaire anti-mafia et sur l'accès au fichier contenant l'identité et les coordonnées de leurs membres. Turano est revenu inévitablement sur l'affaire de la loge P2 et sur l'affaire Occhionero qui a défrayé récemment la chronique. Il a rappelé enfin les enquêtes judiciaires en cours et en a conclu, de manière provocatrice, que la franc-maçonnerie devrait être abolie.

    L'Espresso ne réclame pas l'interdiction de la franc-maçonnerie mais semble plutôt avoir fait un coup éditorial à travers cet article. Le procédé est malgré tout brutal car L'Espresso est une véritable institution en Italie. Ce titre de la presse italienne a participé à tous les grands combats de société. Pour faire une comparaison avec la France, c'est comme si le Nouvel Observateur, hebdomadaire de gauche et de centre gauche, publiait un dossier similaire avec un titre choc.

    Dans un communiqué de presse, publié le jour même de la sortie de l'hebdomadaire, le Grand Maître du Grand Orient d'Italie a contre-attaqué :

    « Je suis désolé et inquiet qu'un hebdomadaire de grandes traditions, entré dans l'histoire de notre pays, qui a participé, au cours de ses soixante-deux années d'existence, à de grandes batailles comme le divorce, les droits civils, les luttes contre la corruption et les malversations, qui est dirigé par des hommes à fort principes laïques, ait décidé de se livrer une telle esbroufe [l'expression utilisée par Bisi est « tigre de papier »]. Quand on fait le choix de publier des titres comme « Abolir la franc-maçonnerie », vous ne pouvez que considérer l'intention purement idéologique de frapper le berceau de la pensée libre ; eh bien, je crois que la démocratie et de la liberté d'association sont vraiment en danger.

    Alors que l'Italie est engluée dans une crise sans fin, alors que, malheureusement, les partis politiques sont de plus en plus en crise et risquent d'être vaincus par le populisme démagogique de certains mouvements, on ne peut être qu'étonné de l'attention soudaine portée sur la franc-maçonnerie qui continue à être un sujet confortable et sûr pour cacher les vrais problèmes du pays.

    L'idée de chasse à l'homme est toujours confortée par la demande par la Commission anti-Mafia de produire les listes de maçons, par la tentative vulgaire et anti-juridique de ne pas nous remettre les documents de l'enquête Cordova archivée en 2000 et par l'attention morbide des médias. Mais les francs-maçons du Grand Orient d'Italie ont réussi à surmonter bien d'autres épreuves et à ne pas s'incliner devant les fascistes et défaitistes qui complotent toujours dans l'ombre. Maintenant, face à cette nouvelle tentative maladroite de discréditer la franc-maçonnerie et de l'anéantir, elle sera prête à se battre partout car elle ne porte pas atteinte à la plus grande loi de notre Constitution : le droit de la penser librement, droit qui est depuis trois cents ans le point de repère des francs-maçon. Nous ne nous laisserons pas intimider et influencer par quiconque. »

    Je comprends parfaitement la vive réaction de Stefano Bisi. Le Grand Maître du Grand Orient d'Italie exprime une lassitude devant ces reportages commandés par les rédactions selon les idées du moment. L'article de Gianfrancisco Turno n'apporte rien de nouveau. Il ne contient aucune révélation particulière.

    On sent que ce dossier a été publié dans le but de satisfaire les lecteurs et de provoquer, dans le landerneau politique italien, du « clash » ou du « buzz » comme on dit maintenant. On donne aux gens ce qu'ils veulent savoir plutôt que ce qu'ils doivent savoir. La franc-maçonnerie fait vendre. Son côté mystérieux alimente les fantasmes. Stefano Bisi déplore, à juste raison, qu'un hebdomadaire aussi emblématique que L'Expresso ait décidé d'exciter les instincts et les fantasmes des gens et de produire ce que l'opinion demande.

    espresso.jpgCe qui est grave, c'est de se rendre compte que les préjugés demeurent malgré le passé fasciste du pays et malgré la jurisprudence confirmée de la Cour européenne des droits de l'homme sur la liberté de la vie privée, la liberté de conscience, la liberté d'association et le secret d'appartenance.

    Aujourd'hui le fait d'être franc-maçon est toujours un sujet de controverses. Ce qui est grave, c'est de constater que pour une partie de l'opinion publique italienne, le fait d'être membre d'une loge maçonnique fait de vous un criminel, un mafieux, un individu qui a juré allégeance à des puissances obscures, un traitre, etc. Et peu importe que les obédiences aient des instances disciplinaires. Peu importe qu'elles radient des francs-maçons ayant commis des actes contraires aux lois.

    Au nom de la soi-disant transparence démocratique, des parlementaires, des journalistes, des partis politiques (souvent populistes), des citoyens réclament, avec cette bonne conscience ostentatoire, un fichage public d'autres citoyens en raison de leur appartenance maçonnique. Ils réclament une transparence à laquelle ils ne voudraient pas consentir eux-mêmes s'ils étaient visés.

    On a vu également un phénomène similaire en Suisse, pays où l'extrême droite est forte.

    En France, cette actualité ne semble pas inquiéter outre mesure les obédiences maçonniques. Elles devraient pourtant se sentir un peu plus concernées car elles ne sont pas à l'abri de cette révolution réactionnaire qui semble gagner, petit à petit, le continent européen. En effet, n'y a-t-il pas de quoi avoir peur quand on voit les scores que les instituts de sondage donnent à Marine Le Pen et au Front National ?

  • Voici comment Vladimir Poutine instrumentalise la franc-maçonnerie russe

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    bogdaclown.jpgL'instrument dont se sert M. Vladimir Poutine pour contrôler la franc-maçonnerie russe, est connu des lecteurs fidèles de ce blog. Il s'appelle Andreï Vladimirovitch Bogdanov et j'en ai parlé à deux reprises lorsque j'ai rendu compte des activités de la Grande Loge de Russie dans les pays du Caucase et au Kazakhstan. Andreï Bogdanov en est le Grand Maître depuis 2007. Un Grand Maître dont l'élection a été immédiatement contestée par une minorité de frères qui, depuis, a préféré constituer des loges dissidentes, fonder d'autres obédiences ou se placer sous la juridiction d'obédiences libérales et adogmatiques (le Grand Orient de France possède ainsi deux loges en Russie, une à Moscou et une à Saint-Petersbourg, qui se développent chacune dans un contexte assez difficile).

    Depuis toujours en effet, Andreï Bogdanov pratique un curieux mélange des genres puisqu'il est à la fois le dignitaire de la franc-maçonnerie russe, reconnu comme tel par la Grande Loge Unie Angleterre et les Grandes Loges américaines, et un homme très engagé dans la vie politique de son pays.

    Bogdanov a en effet connu son heure de gloire en 2008 lorsqu'il s'est présenté à l'élection présidentielle de la Russie sous les couleurs du Parti démocratique qu'il présidait à l'époque. Il a obtenu un peu plus d'1% des voix face à Dmitri Medvedev, le candidat de Vladimir Poutine. Bogdanov a donc été un opposant pour le moins symbolique, voire utile, à propos duquel le journaliste Tony Halpin écrivait dans l'édition du 29 février 2008 du Times de Londres :

    « Beaucoup de gens soupçonnent que le Kremlin a autorisé Bogdanov à se présenter pour s'assurer qu'il y aurait au moins deux candidats en conformité avec la loi russe ».

    Sur son blog, Fabrice Nodé-Langlois l'avait même qualifié de candidat extraterrestre en faisant une allusion malicieuse aux frères Igor et Grichka Bogdanov (Andreï Bogdanov n'a évidemment aucun lien de parenté avec nos jumeaux hexagonaux) :

    « Jeune -38 ans-, franc-maçon, portant les cheveux longs et frisotés, dans le paysage politique russe, Andrei Bogdanov est assurément un alien. Face au favori Dmitri Medvedev, au nationaliste Vladimir Jirinovski et au communiste Guennadi Ziouganov, il est l'improbable quatrième candidat de la présidentielle du 2 mars.

    Improbable parce que d'emblée, on se demande comment ce parfait inconnu du public russe est parvenu à réunir les 2 millions de signatures nécessaires à tout candidat non représenté au parlement ».

    En 2008, Bogdanov passait pour un homme de centre droit ou de droite. Très libéral tant sur le plan politique qu'économique. Il était jeune et avait un profil atypique. Son sourire en coin, un brin narquois, lui donnait un air décalé et un peu fourbe. Il était en quelque sorte l'expression de l'une des composantes au sein de l'opposition russe aux côtés du communiste Gennady Ziouganov et du nationaliste Vladimir Jirinovski. Bogdanov incarnait l'occidentalisme démocratique en quelque sorte, auréolé, qui plus est, d'une appartenance maçonnique qu'il n'a jamais cherché à cacher bien au contraire.

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    Depuis 2008, la vie politique de Bogdanov est à l'image de sa vie maçonnique. Très intense. Il a tenté de se présenter à la mairie de Sotchi en 2009 (la ville des jeux olympiques d'hiver) avant de se raviser et d'appeler à voter en faveur Anatoly Pakhomov, le candidat soutenu par Russie Unie, le parti du président Poutine. Le Parti démocratique a ensuite explosé. Les partisans de Bogdanov ont alors rejoint le parti Juste Cause. Puis, en 2014, Andreï Bogdanov s'est retrouvé dans un obscur contentieux face à un autre opposant, Alexeï Navalny, récemment condamné pour corruption aux termes d'un procès douteux. Bogdanov, qui avait déposé le nom « Alliance Populaire », a assigné Navalny dont la formation politique utilisait le même nom. Bogdanov a obtenu gain de cause et torpillé ainsi toute la communication de Navalny.

    En 2014, l'ultralibéral Bogdanov a opéré une transformation politique spectaculaire. Il est devenu président - tenez-vous bien - du Parti Communiste de la Justice Sociale créé en 2012. En deux ans à peine, il a donc la pris la tête de cette organisation politique dans laquelle on retrouve par exemple Andreï Brejnev le petit fils de Leonid Brejnev ! Le Parti communiste de la Fédération de Russie, issu des ruines de l'ancien Parti communiste de l'Union Soviétique, s'est élevé contre ce concurrent perçu comme une manipulation du Kremlin. Et de relever que l'acronyme de Parti Communiste de la Justice Sociale, en langue russe, est le même que celui du Parti Communiste de l'Union Soviétique : КПСС. Il y a donc une volonté manifeste d'entretenir la confusion chez les électeurs russes. Le Parti Communiste de la Justice Sociale a par ailleurs présenté des listes dans la plupart des régions aux dernières élections régionales russes de 2015 et aux législatives de 2016.

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    Pour le politologue et journaliste Alexeï Makarkine, le revirement d'Andreï Bogdanov n'est pas surprenant. Il estime que Bogdanov a décidé de se concentrer sur le Parti communiste quand il a constaté que l'idéologie bolchévique et la nostalgie de l'Union soviétique étaient plus porteuses au sein de l'électorat que les principes démocratiques ou le libéralisme économique. Cependant, Makarkine ne va pas jusqu'à affirmer que la soudaine reconversion politique de Bogdanov obéit à un ordre de Poutine mais son silence le laisse pourtant penser. En tout cas, force est de constater qu'Andreï Bogdanov est parvenu, au cours des dix dernières années, à torpiller le mouvement démocratique russe en participant activement à l'émiettement des forces politiques d'opposition. Il a également affaibli les nationalistes (Navalny). Il s'attaque aujourd'hui aux communistes. Pendant ce temps, Timur Bogdanov, le frère d'Andreï Bogdanov, est devenu en 2014 le président du groupusculaire Parti Démocratique de Russie reconstitué en 2012.

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    Une tel activisme et un tel cynisme ne peuvent s'expliquer sans un soutien actif du Président Poutine. Ce dernier d'ailleurs n'a jamais dissimulé une certaine bienveillance à l'égard de Bogdanov. Ce qui est certain en tout cas, c'est que si le Grand Maître de la Grande Loge de Russie était réellement un opposant sérieux à Poutine, il aurait été déjà condamné pénalement pour une infraction de droit commun (comme Alexeï Navalny par exemple) ou assassiné froidement (comme Boris Nemtsov). Et, naturellement, la franc-maçonnerie aurait été interdite sur tout le territoire russe et, corrélativement, dans tous les Etats sous influence politique du Kremlin.

    Après l'intensité des activités politiques du camarade Andreï Bogdanov, il convient de souligner l'intensité des activités maçonniques du frère Bogdanov Andreï. Celui-ci voyage beaucoup. La Grande Loge de Russie semble donc bénéficier de moyens financiers confortables, ou tout au moins suffisants, pour permettre à son Grand Maître de la représenter dans toutes les manifestations maçonniques internationales. Andreï Bogdanov, qui semble avoir avoir une bonne estime de lui-même, prend volontiers la pose. Le compte Instagram de la Grande Loge de Russie est ainsi rempli de photos du Grand Maître en Grande Bretagne, aux Etats-Unis, en Australie, au Kazakhstan, en Georgie, au Venezuela, etc.

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    De temps en temps, Bogdanov se livre à quelques facéties sympathiques. On le voit en costume de St Nicolas ou avec des oreilles de Mickey (cf. les photos ci-dessus). Certaines images rappellent même étrangement le réalisme soviétique des dignitaires communistes d'antan (cf. la photo ci-dessus). Bref, c'est un véritable culte de la personnalité à mille lieux de tout esprit maçonnique véritable. 

    La Grande Loge de Russie s'autorise même quelque audace. C'est ainsi qu'elle a salué très officiellement l'entrée en fonction de Donald J. Trump à la présidence des Etats-Unis d'Amérique en publiant cette image sur son compte Instagram le 20 janvier dernier avec cette légende on ne peut plus explicite : 

    « Поздравляем наших американских братьев с инаугурацией нового Президента США!(Félicitations à nos frères américains pour l'entrée en fonction du nouveau président des Etats-Unis d'Amérique !) »

    trump.jpg

    Ce qui est pour le moins comique quand on connaît les positions, les discours et les décisions de Trump. Les appréciations des francs-maçons américains à son sujet sont très contrastés. Il est donc très étonnant que la Grande Loge de Russie fasse ainsi irruption dans l'actualité politique américaine alors que sa régularité aurait dû l'inciter à conserver une parfaite neutralité. Elle laisse clairement penser que Trump a été le candidat des loges d'une façon ou d'une autre. Ce qui est une ineptie. Mais c'est bien entendu volontaire. En effet, il faut faire oublier les forts soupçons d'ingérence russe dans le processus électoral (piratage informatique). Comment ne pas remarquer non plus une convergence de vue entre l'obédience présidée par Bogdanov et les sentiments de Poutine à l'égard du nouveau locataire de la Maison blanche ?

    Il paraît clair que Vladimir Poutine utilise Andreï Bogdanov pour pénétrer les réseaux maçonniques et nouer des contacts qui peuvent être utiles à la Russie. Andreï Bogdanov semble bien trop intelligent et malin pour n'être qu'une marionnette ou une sorte d'idiot utile. Il n'est pas incongru de l'imaginer en agent du FSB. Bien entendu, il est impossible de le démontrer même si une observation attentive de l'actualité politique russe permet de déceler de nombreux indices troublants. Bogdanov est-il une taupe de Poutine ? La question est donc posée. En tout cas, ce qui a été possible à Cuba avec Castro peut évidemment l'être en Russie avec Poutine. Ce n'est absolument pas un problème en soi.

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    En attendant, que penser de ces dignitaires anglo-saxons qui déroulent le tapis rouge à la Grande Loge de Russie alors qu'ils s'obstinent toujours à ne pas reconnaître l'écrasante majorité des francs-maçons français et belges, notamment les Grands Orients de France et de Belgique ? Sont-ils aveugles et nigauds à ce point ? J'ai bien peur que la réponse soit positive.

  • Italie : franc-maçonnerie et transparence

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    OI, ITALIE, FRANC-MAÇONNERIE, STEFANO BISI, MATTEO RENZI, CRISE, ROSY BINDI, LICIO GELLIDepuis l'affaire de la loge Propaganda Due, plus connue sous le nom de P2, les anti-maçons italiens sont obsédés par l'influence néfaste qu'ils prêtent à la franc-maçonnerie sur la vie politique, sociale et économique de leur pays. Ils vivent dans l'idée que l'une des causes de cette influence néfaste réside dans le secret d'appartenance. Cette idée a pu être confortée par une perquisition du domicile de Licio Gelli, le 17 mars 1981, au cours de laquelle la police a mis la main sur la liste de 962 membres de la P2. Cette liste comprenait un nombre important de parlementaires, de ministres et anciens ministres, de hauts fonctionnaires, de membres des services secrets, d'entrepreneurs ou encore des journalistes. Depuis, les adversaires de la franc-maçonnerie sont persuadés qu'il suffirait de publier les listes de maçons pour en finir avec ce qu'ils appellent la « massomafia ». Ils oublient pourtant que la P2 a été suspendue par le Grand Orient d'Italie en 1976 et que cette suspension n'a nullement empêché Licio Gelli, son Vénérable Maître, de poursuivre des activités illégales.

    Une trentaine d'années après l'affaire de la P2, la franc-maçonnerie italienne est à nouveau sommée de rendre des comptes. Il lui est reproché d'être infiltrée par la Ndrangheta, la mafia calabraise, sans que cette infiltration ait été pourtant attestée par des éléments probants. Il suffit qu'un Mammasantissima (responsable mafieux en Calabre) croise le chemin d'un franc-maçon pour que les suspicions les plus folles apparaissent et laissent présager une collaboration entre les réseaux mafieux et les réseaux maçonniques. Une commission parlementaire anti-mafia, présidée par Mme Rosy Bindi - une politicienne venue des rangs de l'ancienne Démocratie chrétienne - a entendu les principaux responsables des obédiences maçonniques de la Péninsule. Elle leur a demandé de produire la liste de leurs adhérents. Sans succès. Il convient en effet de souligner que Stefano Bisi, Grand Maître du Grand Orient d'Italie (23000 frères répartis dans 850 loges), a refusé au nom de la liberté d'association et du respect de la vie privée. Il ainsi déclaré :

    « Malheureusement, nous déplorons toujours la persistance d'un préjugé antimaçonnique au sein de la société italienne : donner les noms des membres du Grand Orient d'Italie serait les mettre dans un grand embarras et ce serait prendre le risque de les exposer à une chasse aux sorcières (...) Le secret d'appartenance est garanti par la loi sur la vie privée. Même les partis politiques, les associations et les syndicats ne sont pas tenus de révéler l'identité de leurs membres. Chaque fois qu'il y a eu un scandale, personne n'est allé leur demander de divulguer les noms de leurs membres. Pourquoi ce qui vaudrait pour les autres, serait pas d'application pour nous ? (...) Je considère cette demande comme une forme de persécution. »

    3427145976.jpgEt d'ajouter :

    « Nos principes et les qualités requises pour devenir franc-maçon sont bien expliqués sur notre site internet. Nos règles sont connues et d'une totale transparence. Ceux qui viennent au Grand Orient d'Italie pour des motifs intéressés n'auront pas l'aide des frères (...) Nous, francs-maçons, sommes les premiers à avoir un intérêt à bloquer l'infiltration de la mafia. Parmi les conditions requises pour être admis dans la franc-maçonnerie, il y a l'obligation d'avoir un casier judiciaire vierge. Je ne suis ni juge ni officier de police. Je ne peux pas déterminer si certaines personne appartiennent à la mafia si l'autorité judiciaire ne me le dit pas (...) Chaque fois qu'il y a un soupçon d'infiltration d'un criminel et que nous en sommes avertis, nous prenons alors des mesures disciplinaires (...) »

    Antonio Binni, Grand Maître de la Grande Loge d'Italie (8000 membres dont 40% de femmes répartis en 510 loges), est sur la même ligne :

    «Je ne peux pas accéder à cette demande, il y a une loi sur la protection des renseignements personnels »

    Le Grand Maître de la Grande Loge d'Italie a souligné la nature exorbitante de cette demande. Comment des parlementaires peuvent-ils insister à ce point pour que les obédiences maçonniques violent une loi votée par le Parlement en 2003 ?

    En revanche, Fabio Venzi, Grand Maître de la Grande Loge Régulière d'Italie (3500 frères répartis en 310 loges), s'est dit prêt à collaborer avec la commission parlementaire.

    « Je suis prêt à publier la liste sur notre site. Cela enlèverait toute réserve à ceux qui voient toujours la corruption dans le monde de la franc-maçonnerie »

    Cependant, il n'est pas du tout sûr que les frères de cette obédience apprécient la déclaration pour le moins surprenante de leur Grand Maître. Venzi a-t-il parlé trop vite sans réfléchir aux implications concrètes de ses propos ? C'est fort possible. En attendant, il aurait dû se souvenir de la mésaventure qui est arrivée à l'un de ses prédécesseurs, le frère Giuliano Di Bernardo en 1993. Ce dernier, à l'époque Grand Maître du Grand Orient d'Italie, avait sérieusement songé à remettre aux autorités judiciaires le fichier des adhérents de son obédience. Di Bernardo avait été poussé, dit-on, par la Grande Loge Unie d'Angleterre. Cependant, Di Bernardo a été désavoué et amené à démissionner du Grand Orient d'Italie. Il est ensuite parti avec quelque trois cents frères fonder la Grande Loge Régulière d'Italie dont, soit dit en passant, il n'est plus membre depuis 2002 (il est devenu Grand Maître d'un ordre ésotérique appelé « Dignity Order » qui semble n'avoir aucun caractère maçonnique). Venzi devrait donc méditer les leçons du passé.

    bisi bindi.jpg

    Quoi qu'il en soit, la commission parlementaire anti-mafia a souhaité obtenir rapidement les listes des membres des différentes obédiences. Cependant, il est hautement improbable qu'elle obtienne satisfaction car sa demande pose des problèmes juridiques considérables qui vont bien au-delà des postures de Mme Bindi à qui l'on prête des ambitions politiques nationales. La présidente de la commission parlementaire a beau se répandre dans la presse au sujet de prétendus risques de collusions maçonnico-mafieuses, force est de constater qu'il n'y a pas, aujourd'hui en Italie, de francs-maçons inculpés et déférés à ce titre devant les tribunaux. Et même s'il n'y en avait eu qu'un seul, ça n'aurait pas établi pour autant l'adhésion et le soutien actif d'obédiences maçonniques dans des activités illégales et pénalement répressibles. Il suffit par exemple de songer à la récente affaire Occhionero pour laquelle des francs-maçons italiens, et non des moindres, ont été victimes de cyber-espionnage.

    Bref, comme souvent, il faut ramener les choses à de plus justes proportions. Au sein de l'ordre maçonnique, il peut toujours y avoir des brebis galeuses comme il peut y avoir, au sein de l'Eglise catholique romaine, dont Mme Bindi est proche, des prêtres pédophiles, des escrocs ou d'autres criminels de droit commun. Ça ne signifie pas que tous les francs-maçons et tous les ecclésiastiques sont à ranger dans le même sac. Dans un cas comme dans l'autre, l'honnêteté intellectuelle commande d'éviter les généralisations abusives qui sèment le trouble dans les esprits et menacent les libertés publiques parmi lesquelles la liberté d'association. 

    La franc-maçonnerie italienne aujourd'hui. Comme en France, l'Italie n'a jamais connu de tradition maçonnique unifiée même si la création de l'Italie moderne en 1870 a incité les rites à travailler sous l'égide du Grand Orient, l'obédience historique fondée en 1805. Il y a bien eu unité à un moment donné mais celle-ci a été de courte durée. En 1908, il y a eu en effet une scission entre deux tendances : la tendance de la maçonnerie dite du « Palazzo Giustiniani » (nom de l'ancien siège du Grand Orient) et la tendance de la maçonnerie dite du « 47 Piazza del Gesù » (nom de l'ancien siège de la Grande Loge). La première tendance est attachée à une maçonnerie engagée dans la réflexion sociale. Elle demeure fortement impliquée dans le combat en faveur de la sécularisation de la société italienne. La deuxième tendance est attachée à une maçonnerie essentiellement spiritualiste et en retrait des débats profanes. Les activités maçonniques ont été interdites sous l'Italie fasciste de 1925 à 1945. Les obédiences italiennes historiques ont repris leurs activités après la fin de la seconde guerre mondiales. De nouvelles obédiences sont apparues. Le morcellement s'est accru. Chaque fédération de loges, en fonction de sa sensibilité, s'est réclamée soit de la maçonnerie du « Palazzo Giustiniani » soit de la maçonnerie de la « Piazza del Gesù ». Néanmoins, ces deux tendances n'ont rien à voir avec les notions de régularité et d'irrégularité. En effet, le Grand Orient d'Italie (« Palazzo Giustiniani ») a longtemps été reconnu par la Grande Loge Unie d'Angleterre, plus exactement jusqu'en 1993, et il espère d'ailleurs recouvrer un jour cette reconnaissance. La Grande Loge d'Italie (« Piazza del Gesù »), elle, est membre fondateur du CLIPSAS et mixte depuis 1956. Le lecteur trouvera ci-dessous une liste non exhaustive d'obédiences maçonniques.

    Nom Date de fondation
    Site Web
    Grand Orient d'Italie 1805  GOI 
    Sérénissime Grande Loge du Rite Symbolique Italien 1859 (a rejoint le GOI en 1922 tout en conservant une certaine autonomie) SGLRSI
    Grande Loge d'Italie des Francs-Maçons Anciens et Acceptés 1908  GLI
    Fédération italienne du Droit humain 1916 DH
    Grande Loge Mère C.A.M.E.A. 1958 CAMEA
    Grande Loge Unie d'Italie 1974  
    Grande Loge d'Italie de la Maçonnerie universelle 1978  
    Grand Orient Italien de la Stricte Observance 1979  
    Grande Loge Nationale des Francs-Maçons d'Italie 1979 GLNI
    Grande Loge féminine d'Italie 1990 GLFI 
    Ordre symbolique du rite egyptien 1992  
    Grande Loge régulière d'Italie 1993 GLRI
    Grande Loge Unie Indépendante d'Italie 2005 GLUIA
    Grande Loge italienne d'Ancienne Observance 2007 GLIO 
    Grande Loge Traditionnelle d'Italie 2011 GLTI