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extrême droite - Page 2

  • La franc-maçonnerie et les alertes Google

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    Comme beaucoup d'internautes, j'utilise le système des alertes proposées par Google Actualités sur les thèmes ou mots clefs qui m'intéressent. En fonction du paramétrage choisi, je suis donc informé une fois par jour des nouvelles publications susceptibles sur les thèmes ou mots clefs que j'ai sélectionnés. La franc-maçonnerie fait évidemment partie de ces thèmes.  Google opère en principe une sélection des sites d'information. Or, il n'est pas rare que je reçoive de la part du moteur de recherches un mail d'alerte tel que celui-ci :

    capture.jpg

    Pourtant Médias Presse Infos n'est pas une agence de presse ou le site d'un organe de presse. Il s'agit d'un site de propagande d'extrême droite proche de Civitas, parti politique d'intégristes catholiques dirigé par Alain Escada, un agitateur venu de Belgique. Médias Presse Infos se présente comme un site de « réinformation » censé aller à contre courant des grands médias. En réalité cette réinformation est tout simplement de la désinformation. Ainsi que le note le blog Icezine :

    « La stratégie est clairement de cristalliser toutes les haines, les ressentiments, même contradictoires, et de faire monter cette colère générale. Les plus faibles, les plus manipulables peuvent basculer d’une idée plus ou moins noble (défendre l’environnement, les animaux, défendre son droit à la religion …) à une haine viscérale de l’autre, de la différence. D’autres sites se sont construits sur le même modèle, les articles se copiant les uns les autres et constituant ainsi une galaxie de la désinformation haineuse. »

    Médias Presse Infos est très réceptif aux thèses complotistes. Ses contributeurs écrivent donc régulièrement sur la franc-maçonnerie avec cette gravité qui sied aux gens qui font semblant de parler savamment de choses qu'ils ne connaissent pas. Et comme le site Médias Presse Infos est parvenu à se faire passer pour ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire pour un site d'informations classique, au même titre que les sites des organes de presse traditionnels, Google relaie automatiquement sa propagande nauséabonde.

    La capture d'écran ci-dessus concerne une alerte Google reçue à 18h06 le 5 novembre 2016. Si j'en crois ce message, il n'y a eu ce jour qu'un seul article de presse publié avec le mot clef « francs-maçons ». Il n'y a pas eu de publications contenant le mot « franc-maçonnerie », autre mot clef que j'avais défini pour mes alertes. On peut constater que cet article unique provient du site de propagande Médias Presse Infos et son titre annonce la couleur : La LICRA chez les francs-maçons pour toujours plus d'immigration.

    En l'espèce, Médias Presse Infos s'est contenté de diffuser la vidéo du discours d'Alain Jakubowicz, président de la Licra, au dîner annuel de la Grande Loge de France et suggère que la LICRA est aux mains de la franc-maçonnerie ou, du moins, qu'elle est son alliée et que les deux organisations oeuvrent ensemble en faveur de l'immigration. Grâce à un simple titre d'article, Médias Presse Infos parvient ainsi à glisser dans l'esprit des lecteurs les idées de complot, d'invasion étrangère, de lobby anti-France. Elle accrédite la thèse du grand remplacement relayée par la « fachosphère ». 

    Quand on a un minimum de culture générale ou politique, on comprend vite le message implicite qui se cache derrière ce genre d'article. On ne se laisse pas piéger par cette propagande haineuse. Or combien d'internautes prennent pour argent comptant ce qu'ils lisent sur le web, y compris ce que peuvent diffuser des sites tels que Médias Presse Infos ? Combien sont-ils à partager des articles provenant de ce genre de sites sur les réseaux sociaux ? Comment ne pas s'étonner que les équipes de Google Actualités se laissent ainsi abuser alors qu'elles sont normalement censées vérifier la pertinence des sites qu'elles indexent ?

  • Les droits de l'homme selon Pétain

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    Suite à ma note sur le formulaire d'abjuration d'erreurs et de profession de foi en usage sous l'Espagne franquiste, Hervé, un fidèle lecteur du blog, qui me suit également sur Twitter (@blog357), m'a gentiment transmis le document ci-dessous. Il m'a autorisé à le reproduire.

    petainGODF.jpg

    Il s'agit d'un formulaire de l'Etat français qui faisait suite à l'interdiction de la franc-maçonnerie le 13 août 1940.

    Les fonctionnaires devaient le remplir pour déclarer qu'ils n'étaient pas francs-maçons. Ce formulaire a été édité en 1941 par la préfecture de la Seine et Marne. On notera la mention curieuse de la société théosophique qui n'est pas du tout maçonnique (ce détail avait dû échapper à Bernard Faÿ et ses sbires).

    Je soussigné, déclare sous la foi du serment, avoir fait partie comme [officier ou membre] de la Société du Grand Orient de France, de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Nationale Indépendante, de l'Ordre Mixte International Le Droit Humain, de la Société Théosophique, du Grand Prieuré des Gaules, de l'une quelconque des filiales desdites sociétés, ou de toute autre société visée par la loi du 13 août 1940 : Orient ou Vallée (ou localité) de...... et avoir cessé d'en faire partie le ...... 19...... pour les raisons suivantes (démission, mise en sommeil, radiation, etc.).

    Je m'engage sur l'honneur à ne plus faire partie d'aucune des Sociétés mentionnées ci-dessus ou de leurs filiales, dans le cas où elles viendraient à se reconstituer directement ou non.

    A...... le ......1941

    Je rappelle que les fonctionnaires francs-maçons étaient systématiquement révoqués de la fonction publique. Les fausses déclarations étaient évidemment sanctionnées pénalement.

    Hervé m'a précisé que son grand-père était à l'époque directeur du service de la population de la ville de Melun où il avait été muté.

    Détail cocasse : le grand-père d'Hervé était membre de la R∴L∴ La Cosmopolite à l'O∴ de Vichy (G∴O∴D∴F∴). Ça ne s'invente pas !

  • Critica Masonica. Extrême droite et ésotérisme

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    jean-pierre bacot,stéphane françois,christophe bourseiller,paul-eric blanrue,jean-pierre servel,jean-marc vivenza,joseph de maistre,martinès de pasqualy,louis-claude de saint-martin,jean-baptiste willermoz,gérard encausse,rené guénon,arturo reghini,julius evola,rudolf von sebottendorff,philippe baillet,extrême droite,franc-maçonnerie,glnf,godf,georges godinet,fabienne pichard du pageLe F∴ Jean-Pierre Bacot, rédacteur en chef de la revue Critica Masonica, a eu la gentillesse de m'envoyer le numéro spécial de janvier 2016 consacré à l'ésotérisme et l'extrême droite. Un sujet qui, à titre personnel, m'a toujours passionné. Ce numéro spécial a été entièrement rédigé par Stéphane François, politologue et historien des idées, qui étudie depuis des idées la nébuleuse des droites radicales en France et en Europe. Les principaux axes thématiques de recherches de Stéphane François portent sur l'étude politico-historique des droites radicales et plus particulièrement de la Nouvelle Droite, ce courant doctrinal protéiforme nourri depuis janvier 1968 à la fois par le Groupe de Recherche et d'Etudes pour la Civilisation Européenne (G.R.E.C.E.) et par le Club de l'Horloge. Stéphane François s'intéresse aussi aux sous-cultures que les droites radicales ont investi par un entrisme massif : le mouvement skinhead, la culture gabber aux Pays-Bas, le néo-paganisme, le racialisme völkish ou encore l'ésotérisme. C'est d'ésotérisme que François traite essentiellement dans ce numéro spécial de 170 pages de Critica Masonica dont voici le sommaire :

    • Introduction
    • Qu'est-ce que l'ésotérisme ?
    • L'antimodernisme d'extrême droite
    • La Nouvelle Droite et la « Tradition »
    • Tradition et extrême droite, le cas des éditions Pardès
    • Franc-Maçonnerie et extrême droite
    • Alexandre Douguine et l'extrême droite française
    • Néo-paganisme et nazisme
    • Des ovnis et des nazis
    • Au-delà du vent du nord : réflexions sur le paganisme d'extrême droite
    • L'extrême droite, le nordicisme et les indo-européens
    • Y a-t-il une culture d'extrême droite ?
    • Conclusion.

    Comme le souligne la revue Critica Masonica dans la présentation de ce numéro spécial, chacun des articles rédigé par Stéphane François a fait l'objet d'un livre à part entière. Le lecteur pourra donc éventuellement regretter que tel ou tel aspect d'un thème n'ait pas été suffisamment développé. Mais que le comité de rédaction de Critica Masonica se rassure ! Ce numéro spécial est absolument passionnant. Je crois que sa réussite majeure tient précisément à l'esprit de synthèse de Stéphane François. L'auteur écrit sans fioritures. Ses articles sont rédigés clairement. Il parvient à vulgariser et clarifier des concepts parfois ardus que l'usage tend à confondre allègrement (ésotérisme, occultisme, tradition). Les notes de bas de page sont abondantes et contiennent toutes les sources qui permettront au lecteur d'approfondir le sujet s'il en ressent la nécessité.

    Stéphane François aide le lecteur à mettre en perspective toutes ces idées politiques d'extrême droite et à les inscrire dans une dynamique historique (rejet des Lumières au profit de l'illuminisme, nostalgie de l'ordre ancien ou d'un âge d'or perdu, rejet de la modernité, obsession de la décadence, culte de la tradition primordiale, croyance en une histoire cyclique, croyance en un ethno-différentialisme aboutissant souvent au racisme, croyance en la possibilité de former une élite spirituelle susceptible de guider la société, rejet de la quantité, détestation de la démocratie, etc.).

    Les lecteurs réguliers et fidèles du blog « 3,5,7 et plus » connaissent déjà un peu ces notions que j'ai abordées – certes de façon succincte – dans des notes consacrées à René Guénon dont l'oeuvre exerce toujours aujourd'hui une sorte de magistère moral en franc-maçonnerie (notamment en France, en Italie et en Espagne) pour des raisons qui m'ont toujours paru étranges. Bien évidemment, j'ai lu l'article consacré à la franc-maçonnerie et l'extrême droite. Après avoir rappelé l'existence d'un fort antimaçonnisme d'extrême droite (notamment catholique romain), Stéphane François montre qu'il existe aussi depuis l'origine, au sein de la franc-maçonnerie, un vieux courant antimoderne fondé sur la notion de « tradition primordiale », d'initiation transmise de maître à disciple au sein de structures initiatiques régulières. Cette vision de la franc-maçonnerie, essentiellement religieuse et hostile à toute sécularisation, s'inscrit dans le sillage de penseurs et d'idéologues, francs-maçons ou non et plus ou moins importants, tels que Joseph de Maistre, Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin, Jean-Baptiste Willermoz, Gérard Encausse, Joséphin Peladan, René Guénon, Arturo Reghini, Julius Evola, Rudolf von Sebottendorf et, plus récemment, Jean-Marc Vivenza dont certains ouvrages ont été pubiés aux éditions Pardès fondées en 1982 par Georges Godinet et Fabienne Pichard du Page (cette maison d'édition du « traditionnalisme-révolutionnaire » a par exemple publié tous les ouvrages du théoricien fasciste Julius Evola traduits par Philippe Baillet).
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    Stéphane François reste cependant à un niveau d'observateur et d'universitaire. Il y manque peut-être – comment dire ? – l'expérience qui permettrait de donner un peu de vie à son analyse. A moins qu'il ne s'agisse, pour lui, d'éviter les ornières des polémiques stériles (ce que je peux comprendre tout à fait). Pour ce faire, je conseille de doubler la lecture du numéro spécial de Critica Masonica par celle du petit livre-témoignage de Christophe Bourseiller, spécialiste lui aussi des milieux undergrounds, marginaux et extrémistes, intitulé « Un maçon franc. Récit secret » (éditions Alphée). Le témoignage de Bourseiller permet, à mon avis, de compléter utilement les développements théoriques de Stéphane François.

    Dans cet ouvrage publié en 2010, Bourseiller revient sur ses années passées au sein de la Grande Loge Nationale Française (G∴L∴N∴F∴) dans une loge qu'il n'hésite pas à qualifier de fasciste et de profondément influencée par les idées de Guénon et d'Evola. Il raconte ses expériences et pérégrinations au sein d'une obédience sectaire, obsédée par la pureté de la régularité, qui se définit elle-même comme un ordre et interdit toujours à ses membres de fréquenter d'autres loges ne relevant pas de sa juridiction. Christophe Bourseiller raconte sa visite d'une loge évolienne qui a chassé toute référence hébraïque de son rituel. Il raconte sa visite d'une loge d’aristocrates où l'on glose entre soi sur les vertus de la noblesse. Il fréquente aussi des loges du régime écossais rectifié où l'on exige des postulants qu'ils soient baptisés et défendent la sainte religion chrétienne. Il y pratique le rite émulation où la tenue s'apparente à un office religieux. Surtout, il se rend compte que la G∴L∴N∴F, qui prétend chasser la politique de ses temples, chasse en réalité de ses rangs toute pratique démocratique et toute idée de modernité. Il est évident, selon lui, que la G∴L∴N∴F∴ est profondément travaillée par les idées de la Nouvelle Droite que Stéphane François analyse brillamment dans Critica Masonica.

    Christophe Bourseiller fait état de la présence de ce courant d'extrême droite au sein de la G∴L∴N∴F∴. Cette présence s'est doublée d'un recrutement massif et aveugle, à partir des années 80 et 90, qui a abouti au développement d'un affairisme incontrôlé. C'est ce système qui a fini par éclater sous la grande maîtrise de François Stifani en 2010. Ce système est-il en train de se reconstruire après l'éviction de Stifani ? Certains le pensent et estiment que tous les malheurs de la G∴L∴N∴F∴ ne peuvent évidemment avoir pour unique cause l'action d'un seul homme. D'autres relèvent que l'actuel Grand Maître, Jean-Pierre Servel, a défendu une vision clairement guénonienne de la franc-maçonnerie en tenue de grande loge, lors de l'installation de François Stifani en 2007. Enfin, comment ne pas s'interroger sur la participation surprenante de ce même Jean-Pierre Servel à un « documentaire » sur la franc-maçonnerie co-réalisé en 2015 par le sulfureux Paul-Eric Blanrue, proche des milieux négationnistes ?

    Il y a donc bien, qu'on le veuille ou pas, une présence active de l'extrême droite au sein de la G∴L∴N∴F∴ et dans certains cénacles maçonniques plus confidentiels, tout comme d'ailleurs il existe depuis longtemps, au sein du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴), un noyau d'extrême gauche également très actif (notamment de sensibilité trostkiste). Ce qui ne laisse pas d'interroger sur le rapprochement surprenant de ces deux obédiences, l'année dernière, bien qu'il ne faille pas y voir, à mon sens, le résultat de l'action souterraine de ces courants politiques antagonistes (sinon on sombrerait évidemment dans un conspirationnisme de bas étage), mais plutôt une alliance circonstancielle d'appareils destinée à marginaliser les obédiences qui ont tenté l'aventure chimérique de la Confédération Maçonnique de France (CMF).

    Naturellement, comme le sommaire le montre, le numéro spécial de Critica Masonica ne se réduit pas à la seule franc-maçonnerie. De très nombreux aspects de l'ésotérisme d'extrême droite sont analysés par Stéphane François. Je conseille donc vivement la lecture de ce numéro spécial à toute personne désireuse d'en savoir davantage sur un thème qui demeure malgré tout relativement peu connu. Que la revue Critica Masonica et Stéphane François soient remerciés pour ce travail considérable de vulgarisation qui ne peut qu'inspirer l'admiration et le respect !

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    Critica Masonica. Extrême droite et ésotérisme : retour sur un couple toxique. Numéro spécial janvier 2016. 170 pages. ISSN 221-278X. Prix public 20 €. Pour commander la revue au numéro ou pour s'y abonner, vous pouvez vous rendre sur le blog de la revue.

  • Les idéologues du rejet

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    Les idéologues du rejet cultivent le ressentiment et chacun sait que le ressentiment est la matrice des haines les plus tenaces et les plus recuites. Ils n'ont jamais pardonné 1789 et le renversement de l'ordre ancien.

    Leur ressentiment s'exprime à l’égard de la République, du parlementarisme, du capitalisme (générateur de socialisme en réponse), du cosmopolitisme, des juifs, des noirs, des arabes, des homosexuels, des protestants, des musulmans, des francs-maçons, etc. (liste non exhaustive).

    Cette contre culture politique s’est exprimée avec, en son sein, des trajectoires singulières d’individus plus ou moins opportunistes, plus ou moins violents, plus ou moins travaillés par la haine de l'autre et le sens grandiose de leur personne.

    Tous ces idéologues du rejet ont vécu dans la hantise du complot et de ceux qu’ils devaient démasquer. Ils n’ont fait que mettre en pratique ce que le F∴ Joseph de Maistre (eh oui... un maçon ultramontain, réactionnaire et surtout maniaco-dépressif) avait écrit d’une plume hallucinée dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg : « LE REMEDE DU DESORDRE SERA LA DOULEUR ».

    Selon eux, la rédemption devait donc passer par l’épée, par le retour musclé de l’ordre social voulu par Dieu parce qu’il avait été sacrilège de le remplacer par une « République […] née de la fermentation putride de tous les crimes amoncelés » (toujours la prose de ce bon Joseph en exil quand il était dans ses phases maniaques).

    Depuis les années 1790, les contempteurs de la République sont préparés à en découdre. Ils se sont mutuellement encouragés par leurs livres, leurs libelles. Un grand nombre été dans l'attente frénétique d’une restauration intégrale de l’ancien régime. D'autres ont imaginé des voies nouvelles : le fascisme et le national-socialisme.

    Avec le progrès de la technique, les idéologues ont abandonné l'épée et ont opté naturellement pour l'efficacité des flingues, des schlagues, des grenades.

    La défaite en 1940 a été pour eux « la divine surprise » et l’occasion inespérée de mettre en pratique ce que leur éducation et leurs maîtres leur avaient appris depuis plus de 150 ans. Ils ont pu enfin exclure, ostraciser, déporter, tuer et modeler le pays en fonction de leurs obsessions tout en léchant les bottes de l'occupant nazi.

    Puis, ils ont perdu en 1945. Certains ont été fusillés. Certaines ont été tondues. L'indignité nationale en a flétri d'autres. Beaucoup, en réalité, s'en sont tirés en faisant le gros dos, en se taisant prudemment, ou tout simplement, en ayant pu bénéficier d'une clémence des autorités dictée par les impératifs politiques de la réconciliation nationale.

    Nos idéologues du rejet ont malgré tout pu poursuivre leur oeuvre de haine progressivement. D'abord dans la confidentialité. Puis à nouveau au grand jour. Et de façon plus marquée en faisant brutalement irruption sur la scène politique lors des élections européennes de 1984.

    Nos idéologues ont inévitablement fait des petits. Certains d'entre eux se glorifient de pisser ou d'arracher aux petites heures de la nuit les arbres de la laïcité ou de la liberté. On a le courage que l'on peut.

    Ils tentent aujourd'hui de reconstruire l'Histoire en dénaturant les faits, en les niant purement et simplement et en se présentant comme les victimes du système. Ils prospèrent en fait sur l'oubli du plus grand nombre et sur l'instrumentalisation de toutes les peurs. Ils tentent d'habiller leur idéologie poussiéreuse d'habits neufs. Ils se veulent modernes alors qu'ils sont vieux. Ils se présentent sous un jour avenant dans les médias alors qu'ils n'attendent en réalité que le moment propice pour à nouveau reléguer, exclure, déporter et massacrer au nom de l'ordre naturel des choses, au nom de leur médiocrité, au nom d'une France fantasmée et ethniquement pure.