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etats-unis d'amérique - Page 5

  • Des deux côtés de l'Atlantique

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    2715604317.jpgLe F∴ Todd E. Creason, dont j'avais déjà parlé, est revenu sur la baisse des effectifs de la F∴M∴ américaine.

    Beaucoup de profanes se font initier, souvent parce qu'ils ont été approchés par des parents, des amis, des collègues. Au départ, les jeunes maçons sont plein de bonne volonté. Ils passent leurs trois grades symboliques sans problème (généralement c'est l'affaire de quelques mois à peine car les loges de rite d'York travaillent essentiellement au grade de maître). Puis, un beau jour ils finissent par disparaître dans l'indifférence générale. Ils démissionnent ou, le plus souvent, ils demeurent absents des travaux.

    Le F∴ Creason propose trois pistes à explorer pour aider les FF∴ à ne pas se décourager et à améliorer leur démarche maçonnique.

    Il faut inviter les FF∴ à s'exprimer. Selon Creason, il faut d'ailleurs commencer dès les enquêtes afin de mieux cerner les motivations et les attentes des candidats. Par la discussion, on peut ainsi répondre éventuellement aux désirs des uns et des autres, prévoir des activités et des actions particulières, et créer une saine émulation qui fidélise les membres.

    Il faut impliquer les FF∴ dans la vie des loges. Et notamment à davantage les associer à l'exécution du rituel et à la vie administrative de l'obédience. On ne vit pas la maçonnerie de la même façon quand on est acteur dans son atelier ou dans son obédience et qu'on ne reste pas assis sur sa colonne en attendant que la tenue se passe.

    Il faut enfin instruire les FF∴ et les éclairer sur le sens de ce qui est dit et fait en loge. Donner du sens à ce que l'on fait participe aussi à la solidité et à la pérennité du groupe. L'instruction maçonnique est essentielle.

    Ce que Creason dit, semble tomber sous le sens. Et pourtant, dans quelle mesure les pistes qu'il évoque, ne sont-elles pas aussi à suivre chez nous de l'autre côté de Atlantique ?

  • Diversité de la F∴M∴ aux Etats-Unis (2)

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    La F∴M∴ américaine a récemment défrayé la chronique pour des raisons sur lesquelles je ne vais pas revenir et qui ont été abondamment commentées sur ce blog et ailleurs.

    Toutefois, j'avais pris soin d'indiquer qu'il fallait se garder de tout jugement hâtif et, surtout, de toute caricature. La F∴M∴ américaine est en effet diverse et elle déploie ses activités sur un très vaste territoire.

    S'il est donc normal de dénoncer les exclusives et les propos rétrogrades, il est également essentiel de relever les bonnes nouvelles quand il y en a.

    Je voudrais donc signaler une information publiée par le F∴Fred Milliken sur son blog. Le 13 novembre dernier, et pour la première fois de leur histoire, des FF∴ de la G∴L∴ du Texas ont assisté ès-qualités à une tenue de la G∴L∴ de Prince Hall du même Etat au cours de laquelle il a été procédé à l'élévation au grade maître de 52 FF∴ compagnons (une méga-cérémonie impossible à concevoir en France) !

    Texas, Etats-Unis d'Amérique, Prince Hall

    Cet événement amplifie le mouvement de rapprochement et de reconnaissance mutuelle des deux juridictions amorcé en 2007.

    Bravo à ces deux obédiences pour cet exemple de fraternité concrète !

  • Etre un bon maçon est la seule récompense

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    creason.jpgVoici un joli petit témoignage du F∴ Todd E. Creason, 33ème, de l'Illinois (Etats-Unis) que je voudrais vous faire partager.

    "Il y a quelques années, j'avais aidé la fille d'un frère passé à l'orient éternel à faire du rangement. Elle avait gardé une malle remplie d'affaires maçonniques et savait pas quoi en faire. Alors je suis allé vérifier. Et je dois reconnaître que je fus surpris de ce que j'y trouvai. Elle était effectivement remplie de choses relatives à la franc-maçonnerie, mais il y avait aussi un nombre considérable de prix maçonniques, de plaques, de certificats, de rubans, de médailles, etc., y compris un couvre-chef de 33ème degré et un certificat d'admission encore roulé dans son tube en carton d'origine. Ce n'était en fin de compte que des trucs moisis dans une vieille malle. Il s'agissait pourtant de distinctions que nombre de FF∴ auraient affiché fièrement. J'ai alors demandé à la fille du défunt pourquoi toutes ces affaires avaient été mises dans cette malle. La fille me répondit que c'était l'endroit où son père mettait apparemment tout ce qu'il avait reçu en franc-maçonnerie. Il n'a jamais rien affiché ostentatoirement. Il n'a jamais fait étalage de son chapeau de 33ème, de ses médailles et cordons maçonniques.

    Je fis remarquer à la fille que le parcours maçonnique de son père avait été remarquable et qu'il était étonnant qu'il l'ait caché dans cette vieille malle. Elle m'avait répondu ceci : "Je me souviens de certaines distinctions reçues par papa. Je sais qu'il était toujours reconnaissant et surpris chaque fois qu'il en recevait mais il m'a toujours dit que ce n'était pas la raison pour laquelle il était devenu franc-maçon. Il disait qu'être un bon maçon a toujours été sa seule récompense. Il n'a jamais eu besoin d'autre chose."

    Pour le F∴ Creason, cette histoire montre que si on fait quelque chose dans l'espoir d'être récompensé, alors on agit pour une mauvaise raison. On ne vient pas en franc-maçonnerie pour collectionner des dignités, des médailles et des tabliers, mais pour travailler humblement sur soi-même avec ses FF∴ dans l'intimité de la L∴. C'est ce que le F∴ Mark Twain, le célèbre auteur des Aventures de Tom Sawyer, formulait ainsi : "Il est mieux de mériter des honneurs que l'on a pas obtenus que de les obtenir sans les avoir mérités."

    decors.jpgLes décors, les rubans, les titres et les grades ne sont que des fictions symboliques qui témoignent d'une ancienneté et d'une progression au sein de la hiérarchie initiatique. En réalité, ces fictions symboliques impliquent plus de devoirs que de droits. Généralement, les vaniteux obnubilés par les apparences, ne savent pas à quoi elles les engagent.

    Ressembler à un franc-maçon parce qu'on porte un tablier ou qu'on est membre d'une L∴, est une chose. Mais être franc-maçon et se comporter comme tel, à chaque minute de son existence, en est une autre. C'est même toute la difficulté de l'initiation que le rite français résume en deux phrases lourdes de sens : "A toute heure, rappelons la grandeur des devoirs que nous nous sommes imposés. A toute heure, soyons prêts à les remplir."

  • Diversité de la F∴M∴ aux Etats-Unis

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    witten.jpgVu d'Europe, la franc-maçonnerie des Etats-Unis d'Amérique apparaît souvent comme un bloc homogène et rigide. Et il est vrai qu'à bien des égards, elle l'est car son attachement aux fondements traditionnels de l'Art Royal - que ce soit la croyance en Dieu, la non-mixité ou l'interdiction d'aborder des sujets politiques et religieux en loge - est loin d'y faire débat contrairement à ce qui se passe au sein de la franc-maçonnerie française. D'où l'image d'ultra-conservatisme des Grandes Loges nord-américaines.

    Pourtant, il faut aller au-delà des apparences car l'honnêteté intellectuelle commande de ne pas caricaturer la franc-maçonnerie américaine et de ne pas la réduire, par exemple, à la seule homophobie de certaines obédiences ou à la ségrégation raciale qui, parfois hélas, sévit encore dans certains Etats fédérés. En effet, la franc-maçonnerie est souvent le reflet des zones géographiques dans lesquelles elle développe ses activités. Aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde.

    Les Etats-Unis d'Amérique, on l'oublie trop souvent, représentent en superficie 17 fois la France. Ils comptent 320 millions d'habitants, dont 1,3 millions de francs-maçons. Il n'est pas sûr que les FF d'Europe aient toujours ces données en tête lorsqu'ils critiquent volontiers la FM des Etats-Unis. La réalité est que si l'Ordre maçonnique aux Etats-Unis est globalement uni sur un plan doctrinal, tous les FF américains ne partagent pas pour autant les mêmes opinions politiques, religieuses et morales. Chaque F a sa propre conception de la vie en société et demeure libre de penser et d'agir comme il l'entend. C'est précisément ce que le F∴ Benjamin Witten, premier surveillant de la R∴L∴ Olympia n°1 de l'O∴ d'Olympia (non loin de Seattle), a utilement rappelé dans un article publié dans la Masonic Tribune, le journal édité par la G∴L∴ de l'Etat de Washington (volume XCV, n°3, printemps 2015, p.10).

    "Les principes et les préceptes de la franc-maçonnerie sont anciens et honorables, et pourtant notre société a changé rapidement au cours de la dernière décennie. Contrairement à de nombreuses loges, notre atelier est plus jeune qu'il ne l'était il y a dix ans. Plus précisément, les hommes de 20 et 30 ans constituent la majorité des membres actifs de notre Loge, et ils viennent en maçonnerie avec leur propre sensibilité."

    Le F Witten constate que les jeunes membres de sa L respectent les usages maçonniques sans difficultés. Et la loge s'adapte aussi de son côté à ce renouvellement des générations, notamment à travers l'usage des nouvelles technologies de l'information. La L doit faire preuve de "cultural adaptation" (adaptation culturelle).

    Witten ajoute : 

    "Cependant, d'autres coutumes ne sont pas suivies par les jeunes maçons. Par exemple, de nombreux jeunes frères consomment occasionnellement de la marijuana (sa vente a été légalisée à Washington) et acceptent les homosexuels. Si ces points de vue ne cadrent avec vos mœurs ou votre religion, fort bien. Mais les préceptes maçonniques prescrivent que chacun d'entre nous suit sa propre boussole morale et n'interdisent pas aux Frères de fumer de la marijuana ou d'être gay. Je vous demande donc de faire preuve de tolérance par rapport à notre façon de voir les choses, comme vous faites preuve de tolérance à l'égard des opinions politiques et religieuses de tout autre Frère."

    Ce sont des propos qui, reconnaissons-le, sont très éloignés de ceux tenus par le G∴M∴ de la G∴L∴ de Géorgie, le F∴ Douglas McDonald Sr. Ils témoignent de la diversité des sensibilités au sein de la FM nord-américaine.

    En tout cas, en publiant le point de vue du F Witten, la GL de l'Etat de Washington, déjà connue pour ses prises de position progressistes, confirme ainsi son attachement à une maçonnerie plurielle, ouverte et tolérante (cf. sa position historique concernant la maçonnerie de Prince Hall),.

  • Etats-Unis d'Amérique : la société avance, la maçonnerie recule

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    Dans le Masonic Messenger d'octobre 2015, l'organe de la G∴L∴  de Géorgie (Etats-Unis d'Amérique), le G∴M∴ Douglas W. McDonald Senior écrit ce monument de connerie :

    "Edict 2015-1 was issued on September 8 declaring that a Freemason is obliged to obey the moral law and Almighty God, the Grand Architect of the Universe, the Father of Abraham, Isaac and Jacob; that basic moral laws are not man-made Edicts or Decrees, but spring from the eternal justice and wisdom of Almighty God; Freemasons must constantly strive to keep their integrity intact, for it is our integrity that holds our way of life together, and when integrity is lost, all is lost; that good moral character is a pre-requisite for admission into Freemasonry (...) and that homosexuality is contrary to the moral law."

    Ce qui peut se traduire ainsi :

    "L'édit 2015-1 a été publié le 8 septembre et énonce que le franc-maçon est obligé d'obéir à la loi morale et à Dieu Tout-Puissant, le Grand Architecte de l'Univers, le Père d'Abraham, Isaac et Jacob ; que les lois morales fondamentales ne résultent pas d'édits ou de décrets artificiels, mais ressortent de la justice éternelle et de la sagesse de Dieu Tout-Puissant. Les francs-maçons doivent constamment s'efforcer de garder leur intégrité intacte, car notre manière de vivre ensemble en dépend, et lorsque l'intégrité est perdue, tout est perdu ; que la bonne moralité est un pré-requis pour l'admission dans la franc-maçonnerie (...) que l'homosexualité est contraire à la loi morale."

    Les homosexuels sont donc exclus de la franc-maçonnerie de cet Etat au nom de la loi morale et du G∴A∴D∴L∴U∴ Tout-Puissant !

    Cet édit inique et honteux, absolument contraire aux principes les plus sacrés de l'Ordre maçonnique, a été commenté par Roger Dachez et la blogueuse La Maçonne. Je ne reviendrai pas sur le fond de leurs analyses respectives que je partage entièrement.

    Je voudrais simplement souligner que cette prise de position consternante et rétrograde témoigne de l'ultra-conservatisme d'une maçonnerie américaine en pleine décroissance et plus que jamais déconnectée des réalités sociales.

    J'ai déjà eu l'occasion de montrer des exemples de cet ultra-conservatisme à travers le combat courageux de William H. Upton en faveur de la reconnaissance de "la maçonnerie nègre", l'interdiction de l'alcool par la G∴L∴ de l'Indiana ou encore les déboires judiciaires du malheureux F∴ Frank J. Haas en Virginie-Occidentale.

    Qu'il me soit permis de rappeler ici que la Cour suprême des États-Unis a rendu, le 26 juin 2015, une décision historique aux termes de laquelle elle a jugé que la Constitution fédérale garantissait aux personnes de même sexe le droit de pouvoir se marier.

    En d'autres termes, l'élargissement du mariage aux personnes de même sexe est devenu désormais un droit constitutionnel. Ce droit a vocation à être reconnu dans tous les Etats américains, y compris dans la très conservatrice Géorgie.

    Mais ce changement social profond et juridiquement irréversible semble avoir échappé au G∴M∴ McDonald. A moins que ce dernier n'ait précisément voulu profiter de la campagne des primaires pour affirmer le rejet de ce changement.

    N'oublions pas, en effet, que les Etats-Unis d'Amérique éliront, l'an prochain, un successeur au Président Obama.

  • Le drame de Charleston

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    franck j. haas,etats-unis d'amérique,franc-maçonnerie,racismeLe drame effroyable qui s'est produit cette semaine à Charleston (Caroline du sud) m'oblige à rappeler ici que la Grande Loge de Caroline du Sud fait partie des neuf Grande Loges américaines qui ne reconnaissent toujours pas la Maçonnerie de Prince Hall.

    Je voudrais également souligner la mésaventure du Frère Franck Joseph Haas, ancien Grand Maître de la Grande Loge de la Virginie occidentale, exclu en 2007 parce qu'il avait dénoncé les mesures discriminatoires de son Obédience, notamment à l'encontre des noirs et des personnes handicapées. Dans les loges de la Grande Loge de la Virginie Occidentale, il est par exemple interdit de prêter le traditionnel serment d'allégeance au drapeau américain... 

    Je voudrais citer cette observation du Frère Fred Milliken en date du 26 avril 2010 :

    "If it is illegal to even talk to Prince Hall Masons then it is impossible to ever negotiate recognition.  By codifying non Masonic discourse outside Mainstream Masonry you have institutionalized racism. 

    S'il est même illégal de parler à des maçons de Prince Hall, il est alors à jamais impossible de négocier la reconnaissance. En codifiant un discours non maçonnique en dehors du courant majoritaire de la franc-maçonnerie américaine, vous avez institutionnalisé le racisme."

    Et de poursuivre :

    "Years ago I was told by many a Mason to shut up, stop creating such a ruckus and let time heal all wounds, for in time all those racists and all these divisions will disappear (...) The years have come and gone and now I am a senior citizen (...)  But the racism in Freemasonry and the overbearing, over controlling, tyrannical Grand Lodges are still with us.

    Il y a des années, beaucoup de Maçons m'ont dit de me taire, de cesser de créer un tel chahut, de laisser au temps le soin de guérir les blessures et de faire inexorablement disparaître tous ces racistes et toutes ces divisions (...) Les années ont passé, je suis devenu désormais un homme âgé (...) Mais le racisme en Franc-Maçonnerie et les Grandes Loges dominatrices, pinailleuses, tyranniques sont encore avec nous."

    Le 6 décembre 2010, l'exclusion de Haas a été confirmée par un tribunal civil de Virginie occidentale qui a confirmé que l'ancien Grand Maître avait rompu le pacte social qui le liait à son ancienne Obédience.

    Haas a depuis quitté la Virginie occidentale pour habiter dans l'Ohio où il a rejoint la Grande Loge de cet Etat. Mais cette dernière semble s'être ravisée dans le but de rétablir des relations fraternelles avec la Grande Loge de la Virginie occidentale.

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    Lire aussi : William H. Upton et la franc-maçonnerie nègre aux Etats-Unis d'Amérique.

  • William H. Upton et la franc-maçonnerie nègre aux Etats-Unis d'Amérique

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    15 juin 1898. Tenue de Grande Loge de l'Etat de Washington. Le Frère Thomas M. Reed (1825-1905), Grand Secrétaire de l'Obédience, prend la parole au nom du Comité spécial chargé de déterminer quelle doit être la conduite de la Grande Loge de l'Etat de Washington à l'égard de la franc-maçonnerie nègre aux Etats-Unis d'Amérique (1). Il donne lecture du rapport qui a été rédigé sous l'autorité du très respectable Grand Maître William H. Upton (1854-1906).

    Il s'agit d'un rapport qui expose l'origine des loges nègres aux Etats-Unis et analyse notamment les principaux arguments qui leur on été opposés pour ne pas les reconnaître et ne pas les admettre au sein des Grandes loges, les contraignant ainsi à constituer leurs propres Grandes Loges dites de Prince Hall du nom d'un mulâtre originaire de la Barbade qui, en compagnie de quatorze noirs de Boston, fut initié à la franc-maçonnerie en 1775 et put constituer une loge régulière.  

    Si ce rapport est adopté, le Grand Maître Upton sait qu'il va inévitablement provoquer un tollé parmi les autres Grandes Loges américaines dont un grand nombre sont ouvertement ségrégationnistes. La situation est préoccupante. Par exemple, le 1er octobre 1897, suite à une plainte, un Frère de la Respectable Loge Melissa à l'Orient de Melissa (2), comté de Collin (Texas), a été exclu de l'Ordre pour "offense maçonnique". Son crime ? Avoir accepté de recevoir régulièrement à sa table ses employés nègres et de s'être montré ainsi oublieux de la dignité de sa race. L'exclusion a été ensuite confirmée par la Grande Loge du Texas devant laquelle il fut affirmé, entre autres choses, que l'objet supérieur de la Maçonnerie consiste "à édifier et à maintenir l'humanité de notre grande race" (3).

    Le Grand Secrétaire Reed énonce les résolutions rédigées par Upton qui vont être soumises au vote de la Grande Loge de l'Etat de Washington :

    Attendu que de l'avis de la Grande Loge, la Maçonnerie est universelle ; et qu'il ne fait aucune doute que ni la race, ni la couleur ne font partie des critères qu'il convient d'appliquer pour déterminer l'aptitude d'un candidat à l'initiation aux trois degrés symboliques.

    Attendu que, compte tenu des lois reconnues de l'institution maçonnique, et des faits historiques apparemment bien authentifiés et dignes de foi, la Grande Loge [de l'Etat de Washington] ne saurait nier ou contester le droit de ses Loges, ou des membres de celles-ci, à reconnaître comme frère maçons, des nègres initiés dans des loges qui peuvent avoir pour origine la loge Prince Hall n°459 (...) que la Grande Loge Africaine de Boston, organisée en 1808 - et par la suite connu sous le nom de Grande Loge Prince Hall du Massachusetts - ; que la première Grande Loge Africaine de l'Amérique du Nord et pour le Commonwealth de Pennsylvanie, organisée en 1815 (...) peuvent justement être considérées comme Grandes Loges maçonniques légitimes.

    Attendu que, bien que la Grande Loge [de l'Etat de Washington] ne reconnaisse aucune différence entre frères fondée sur la race ou la couleur, celle-ci reste malgré tout consciente que les races blanches et colorées aux  États-Unis ont à bien des égards montré une préférence pour demeurer séparées et de l'autre. Compte tenu de cette inclination, la Grand Loge [de l'Etat de Washington] juge dans l'intérêt de la maçonnerie de déclarer que si les francs-maçons réguliers d'origine africaine ont le désir d'établir, dans l'État de Washington, des loges entièrement réservées à leurs frères de race (...) et que ces loges s'érigent en Grande Lodge pour une meilleure administration de leurs affaires, la Grande Loge [de l'Etat de Washington] n'y verra pas une atteinte à sa souveraineté (...)" (4).

    Ces résolutions sont adoptées. Le 15 juin 1898, la Grande Loge de l'Etat de Washington est donc la première Grande Loge américaine à reconnaître officiellement et sans condition les Grandes Loges de Prince Hall et à conforter les loges de sa juridiction qui admettent des nègres à l'initiation maçonnique. C'est une décision historique. Mais la réaction de la plupart des autres Grandes Loges américaines ne se fait pas attendre. Comme le redoutait Upton, cette réaction est particulièrement violente et se solde immédiatement par une rupture en chaîne des relations fraternelles (5).

    Trois arguments sont principalement invoqués pour justifier la rupture des relations fraternelles. 

    Le premier argument, c'est le landmark intangible selon lequel il ne peut y avoir qu'une seule Grande Loge par Etat. La question n'est donc pas de savoir si les nègres peuvent être reçus en loge, mais si les Grandes Loges de Prince Hall et les ateliers qui en dépendent peuvent prétendre à une reconnaissance pleine et entière des Grandes Loges américaines officielles. En reconnaissant unilatéralement les Grandes Loges de Prince Hall présentes sur le sol des Etats-Unis, la Grande Loge de l'Etat de Washington a pris la responsabilité de contester l'autorité des autres Grandes Loges sur leur propre territoire. En d'autres termes, si la Grande Loge de l'Etat de Washington veut initier des nègres ou délivrer des patentes à des loges composées totalement ou partiellement de nègres, c'est est son droit le plus strict. Mais elle ne saurait interférer dans les affaires internes aux autres Grandes Loges. Cet argument est celui invoqué, par exemple, par la Grande Loge de Pennsylvanie, qui a pourtant aussi dans sa juridiction des loges de gens de couleurs, à l'appui de sa décision de rupture (6). 

    Le deuxième argument, c'est la souveraineté des Grandes Loges dans la conduite de leurs affaires internes. Chaque Grande Loge est maîtresse chez elle et demeure la source de toute autorité maçonnique sur son territoire. On ne peut donc pas de faire de procès d'intention à une Grande Loge qui n'admet pas de nègres en son sein puisqu'elle a été constituée dans une société où blancs et noirs se côtoient sans se mélanger. Si les loges allaient à l'encontre de ce qui se pratique localement, elles porteraient alors directement atteinte à l'ordre social et seraient perçues comme une menace. Or, le maçon est un sujet paisible respectueux du pouvoir légitime.

    Le troisième argument - si on peut dire - est ouvertement raciste : le nègre n'a pas sa place en maçonnerie. Dans certains Etats américains, notamment du sud (mais pas uniquement), on ne se gêne pas pour exprimer un rejet des nègres en se référant par exemple à Albert Pike (1809-1892), personnage emblématique de la franc-maçonnerie américaine, Grand Commandeur du Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Acepté (juridiction sud des Etats-Unis), mais aussi ancien général confédéré. Celui-ci avait en effet écrit dans une lettre en date du 13 septembre 1875 (7) :

    "La loge de Prince Hall était tout aussi régulière que tout autre loge créée par l'autorité compétente. Elle a parfaitement le droit (comme d'autres loges en Europe l'ont fait) d'établir d'autres Loges et de s'ériger en loge mère. C'est ce qu'ont fait les loges de Berlin, Les Trois Globes et le Royal York, lorsqu'elles sont devenues des Grandes Loges. Je ne suis pas enclin à me mêler de cette affaire. J'ai prêté mon obligation devant des hommes blancs, non devant des nègres. Si je dois accepter des nègres comme frères ou quitter la maçonnerie, je quitterai la maçonnerie. Il vaut donc mieux laisser les choses aller dans le sens où elles doivent aller. Après nous le déluge." 

    Difficile donc d'être plus explicite même si cette lettre fait toujours l'objet de vives controverses entre les historiens américains ! (8)

    Bref, toujours est-il que la Grande Loge de l'Etat de Washington s'est retrouvée, en quelques mois à peine, isolée et désavouée par ses homologues des autres Etats. Sous pression, la Grande Loge de l'Etat de Washington a alors préféré faire machine arrière. Le 13 juin 1899, elle décide d'annuler sa reconnaissance des Grandes Loges de Prince Hall. Le Grand Maître William H. Upton, désavoué par les siens, tente de faire bonne figure au milieu de la lâcheté ambiante. Il écrit de manière quelque peu alambiquée :

    "Cette affaire ne fait-elle pas ressortir l'une des caractéristiques essentielles de la franc-maçonnerie? Lorsque nous voyons une très respectable Grande Loge accueillir avec une faveur particulière un rapport renfermant des expressions qui, autre part et dans l'immense majorité des Grandes Loges, attireraient à leur auteur une prompte réprimande, cela ne met-il pas en évidence cette grande vérité, que la Maçonnerie est "le centre d'union et le moyen de concilier une sincère sincère entre personnes qui, autrement, auraient été à jamais séparées les unes des autres". N'oublions pas ce caractère de la Maçonnerie, lorsque des différences de tempérament ou de milieu, des préjugés de race ou des divergences de conviction nous portent à dénier à d'autres leur liberté d'opinion, ou nous incitent à rompre les liens conciliateurs d'une sincère amitié." (9)

    Il semble que William H. Upton admette que chaque Grande Loge puisse s'organiser comme elle l'entend, mais en même temps il rappelle que la maçonnerie a pour objectif de réunir ce qui est épars. Dans cette perspective, le rejet des nègres et des loges de Prince Hall est une aberration absolument injustifiable. En 1910, le Frère A.G. Pitts de la Respectable Loge Palestine à l'Orient de Detroit (Michigan) a livré son interprétation des propos de William H. Upton. Pour lui, Upton a donné une leçon de tolérance maçonnique. Et pour Pitts, la tolérance maçonnique est nécessairement l'expression d'un relativisme culturel. Il écrit :

    "Ne nous hâtons pas, cependant, de condamner la Grande Loge du Texas et les autres Grandes Loges du Sud. Tirons plutôt du commentaire du "Past Grand Master Upton", une leçon de tolérance maçonnique. Avant tout, j'admets que tout Maçon doit être un homme moral ; mais ce que nous appelons moralité est entièrement matière de convention, convention, de milieu, de latitude et de longitude, de climat, etc. Il se peut qu'un Turc qui serait Maçon puisse passer pour un homme immoral, méritant d'être expulsé delà Maçonnerie, s'il permettait à sa femme de circuler au dehors seule et sans voile. Au contraire, le citoyen de l'un de nos états occidentaux, qui agirait autrement, serait considéré comme immoral et cruel, indigne, par conséquent, de rester Maçon. Je suis encore disposé à entrer dans les vues de la Grande Loge du Texas, pour peu qu'elle affirme, qu'il y a une grosse immoralité au Texas de manger avec un nègre. Mais je ne fais ces concessions qu'à la condition expresse, qu'au Texas et dans les autres Etats du Sud, on voudra bien admettre aussi que les Maçons Français sont les meilleurs juges de ce qui constitue la vraie Maçonnerie en France." (10)

    L'analyse du Frère Pitts porte bien les marques de son temps même si, de nos jours, il arrive que ce relativisme culturel soit invoqué pour justifier l'injustifiable. En tout cas, gageons qu'un tel point de vue, s'il était exprimé aujourd'hui, serait irrecevable et choquerait tous les francs-maçons attachés aux droits de l'homme. En effet, la dignité à laquelle chaque être humain a droit, est universelle et transcende les particularismes culturels, juridiques et sociétaux. 

    Mais au delà de son caractère surannée, l'interprétation de Pitts est surtout fausse. En effet, le Frère William H. Upton n'a jamais cessé de croire à une reconnaissance de la maçonnerie nègre aux Etats-Unis d'Amérique. En témoigne une disposition touchante de son testament : aucun monument ne devait être érigé sur sa tombe tant que maçons blancs et maçons de couleur ne décideraient pas préalablement de se reconnaître comme Frères.

    Il a fallu attendre plus de 80 ans pour que les dernières volontés de William H. Upton se réalisent. En 1947, la Grande Loge du Massachusetts a reconnu la maçonnerie de Prince Hall pour se dédire deux ans plus tard toujours dans le souci de préserver l'unité et l'amitié entre toutes les Grandes Loges américaines.  Ce n'est qu'en octobre 1989 que la Grande Loge du Connecticut a décidé de franchir le pas de reconnaissance, considérant que la doctrine d'une Grande Loge par Etat était un mythe et un dispositif sans fondement.

    En juin 1990, la Grande Loge de l'Etat de Washington a décidé de reconnaître à nouveau la maçonnerie de Prince Hall. Le 8 juin 1991, les dignitaires de la Grande Loge de l'Etat de Washington et ceux de la Grande Loge de Prince Hall de l'Etat de Washington se sont recueillis ensemble sur la tombe de William H. Upton et ce conformément à ses volontés. Un monument a alors été érigé en souvenir de ce moment historique. On peut y lire l'inscription suivante :

    "Ce monument commémore l'accomplissement des volontés de William H. Upton, Très Respectable Passé Grand Maître, selon lesquelles tous les maçons indépendamment de leur couleur de peau doivent demeurer ensemble et se reconnaître comme frères. Cela a été accompli en 1990 par l'action conjointe des Très Puissantes Grandes Loges des Francs-Maçons Libres et Acceptés de l'Etat de Washington et des Francs-Maçons libres et Acceptés de Prince Hall de l'Etat de Washington. Dédié le 8 Juin 1991, Anno lucis 5991."

    Le mouvement de reconnaissance de la franc-maçonnerie nègre ne s'est plus arrêté depuis aux Etats-Unis d'Amérique. Un véritable appel d'air frais. Après le Connecticut et l'Etat de Washington, le Nebraska et le Wisconsin ont rapidement suivi. Aujourd'hui, 42 Grandes Loges américaines reconnaissent les Grandes Loges de Prince Hall et permettent les intervisites. Les 9 Grandes Loges qui ne reconnaissent toujours pas la maçonnerie de Prince Hall sont celles de Louisiane, d'Arkansas, du Mississipi, d'Alabama, de Georgie, de Caroline du Sud, du Tennessee, de Floride et de Virginie de l'Ouest (11). Tous des anciens Etats confédérés où l'esclavage était jadis pratiqué.

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    (1) J'emploie à dessein le terme "nègre" au lieu de "noir" même si l'usage de ce mot en France est devenu  péjoratif. D'abord parce qu'il ne l'a pas toujours été (cf. le courant littéraire et politique de la négritude créé dans l'entre-deux-guerre notamment par le poète Aimé Césaire et l'écrivain Léopold Sendar Senghor). Ensuite parce que c'est le terme qui s'approche le plus du mot utilisé par les maçons anglo-saxons, lesquels parlent de la "negro masonry".

    (2) Cette loge existe toujours. La petite ville de Melissa (un peu moins de 5000 habitants) se situe à l'est de Dallas.

    (3) A.G. Pitts, La question nègre au sein de la Maçonnerie américaine, La Lumière maçonnique, n°6, 1910, pp. 82 et suiv.

    (4) The Freemason's Chronicle, 24 septembre 1898, p.147.

    (5) The Freemason, 26 août 1899, p.433.

    (6) The Freemason, 21 juillet 1899, p.23.

    (7) The Freemason's Chronicle, op.cit., p.147.

    (8) Certains pensent que cette lettre est un faux. D'autres ne contestent pas l'authenticité de cette lettre mais rappellent que Pike y reconnaît expressément la légitimité de la maçonnerie de Prince Hall. Il a été également rappelé que Pike a remis tous les rituels du REAA aux dignitaires de Prince Hall pour que ces derniers puissent constituer leurs propres juridictions de hauts grades. Enfin, les liens entre Pike et le Ku Klux Klan n'ont jamais été établis.

    (9) A.G. Pitts, op.cit, p.83.

    (10) A.G. Pitts, op.cit, p.84.

    (11) En Virginie de l'Ouest, les noirs ne sont toujours pas admis à la Grande Loge de même que les personnes handicapées. En 2005-2006, sous l'impulsion du Grand Maître Franck Joseph Haas, une tentative de changement (connue sous le nom des "réformes Wheeling") a eu lieu mais elle s'est soldée par un échec. Haas s'est publiquement ému des pratiques discriminatoires de la Grande Loge. Il a été exclu de l'Ordre en 2007 pour diffamation. Haas a alors assigné la Grande Loge de Virginie de l'Ouest devant la Justice. Le 16 décembre 2010, Haas a été débouté par le jury du Comté de Kanawha. Il a dû faire appel à la générosité des frères pour faire face à ses frais de justice (près de 30000 dollars). Son combat courageux continue.

  • Les francs-maçonnes mexicaines au XIXe siècle

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    On a toujours l'habitude de présenter l'origine de la franc-maçonnerie mixte et féminine dans le monde en faisant référence à l'initiation de la journaliste féministe Maria Deraismes au sein de la L Les Libres Penseurs au Pecq, près de Versailles (GL Symbolique écossaise) le 14 janvier 1882. Pourtant, c'est une erreur, non que cette initiation n'ait jamais existé, mais plutôt parce qu'elle n'a certainement pas eu le retentissement qu'on lui prête aujourd'hui.

    En effet, il faut rappeler que cinq mois à peine après l'initiation de Maria Deraismes, la L Les Libres Penseurs préféra se dédire et se débarrasser de l'encombrante pétroleuse afin de réintégrer rapidement la GL Symbolique écossaise. La SMaria Deraismes fut donc priée d'aller maçonner ailleurs. Elle n'a donc réintégré la maçonnerie qu'en 1893 au sein du Droit Humain qu'elle fonda avec le FGeorges Martin. Elle mourut l'année suivante. Autant dire que la vie maçonnique de Maria Deraismes, en réalité, s'est réduite à pas grand-chose.

    Mais surtout, il faut bien insister sur le fait que la France n'a pas été le premier pays à voir éclore sur son territoire des loges maçonniques mixtes et féminines. De telles loges existaient déjà au Mexique avant la création du Droit Humain et de la Grande Loge Féminine en France. Je précise : des loges maçonniques et non des loges d'adoption.

    Le 22 avril 1897, le F Theodore Sutton Parvin (1817-1901), ancien Grand Maître de la GL de l'Iowa, a rédigé un rapport sur la situation de la maçonnerie mexicaine. Cet érudit y a abordé, sans détour, la question de la présence des maçonnes au sein de la Grande Diète Symbolique de la République du Mexique, l'obédience fédérale qui a regroupé de 1890 à 1901 presque toutes les GGLL du pays.

    Voici un extrait de ce rapport traduit en 1912 par le F Louis Goaziou, fondateur avec le F Antoine Muzzarelli de la fédération américaine du Droit Humain en 1903 (cf. La Lumière maçonnique, avril 1912, n°28). Je souligne des passages qui me paraissent importants.

    "Une autre objection présentée jusqu'ici pour refuser la reconnaissance de la Grande Diète est qu'elle initiait des femmes. Après avoir examiné soigneusement la Constitution, je n'y ai rien trouvé autorisant l'initiation des femmes. Ce ne fut qu'un an après son organisation, en 1891, que la Grande Diète adopta une loi permettant l'initiation des femmes et de leur accorder des patentes constitutives pour la formation de Loges. Autant que j'ai pu voir et apprendre, deux ou trois seulement des Grandes Loges donnèrent leur sanction à cette loi et en profitèrent. J'ai trouvé des Loges de femmes dans les villes de Mexico et de San Luis Potosi ; c'est-à-dire que j'ai trouvé suspendues aux murs des Loges des Chartes de loges de femmes à côté de Chartes de loges d'hommes se réunissant dans le même Temple. Les Chartes étaient écrites sous la même forme, de la même façon, signées par les mêmes Grands Officiers et portaient le même cachet de la Grande Diète. La seule différence était que les unes portaient des noms de femmes et les autres des noms d'hommes. En examinant le Bulletin Maçonnique, organe officiel de la Grande Diète, de 1891 à 1894, et surtout le numéro de février 1893, qui contient une liste officielle de plus de cent Loges sous l'obédience de la Grande Diète, j'ai trouvé deux Loges de femmes organisées par le Grand Secrétaire lui-même. Dans le Bulletin officiel de février 1892, pages 175-201, il y a la liste des officiers et des membres d'une vingtaine de Loges, toutes sous l'obédience de la Grande Diète, et dans le nombre, se trouve la Loge Marlha Washington n° 156, et le nom du Vénérable est Maria C. Beal et celui de la Secrétaire Josefina S. Rivera. Je connais fort, bien ces dames, la première depuis son enfance. Mme Beall est originaire d'Iowa City, reçut son éducation dans l'Université de l'Etat (où je fus professeur plusieurs années) et après avoir passé ses examens en 1876; partit au Mexique en qualité de missionnaire. Elle s'y maria et son mari était à l'époque vénérable d'une Loge mexicaine. Le père de cette même dame est un éminent docteur et maçon depuis plus de cinquante ans. La secrétaire est la mère du Gouverneur de l'Etat, lui-même Grand Maître de la Grande Loge, et la fille du général Rivera.  Ils m'apprirent, et les Vénérables des Loges de la ville de Mexico, que j'ai visitées me le confirmèrent, que les femmes visitaient à discrétion les Loges masculines.

    Dans toutes les Loges et Grandes Loges que j'ai visitées, j'ai toujours été reçu avec la plus grande courtoisie, et les orateurs m'adressaient d'éloquents discours de bienvenue. En leur répondant, je ne manquais jamais d'attirer l'attention sur cet usage si contraire aux règles de la Maçonnerie américaine et de dire que tant qu'il existerait, la plupart des Grandes Loges américaines refuseraient de reconnaître la Grande Diète. Partout, en conversation privée aussi bien qu'en réunion, je fus informé que la grande majorité des membres et des Loges étaient opposés à cet usage et désirait entrer en relations amicales avec les Maçons américains. Le président Diaz, qui m'honora de deux intéressantes entrevues ainsi que son député, au Conseil Suprême et à la Grande Diète, et plusieurs autres maçons éminents, me dirent la même chose.

    Quelques mois après mon retour aux Etats-Unis, on m'avertit que la Grande Diète avait révoqué la loi autorisant d'initier des femmes. Je répondis que cela ne suffisait pas à satisfaire les maçons américains. Il fallait en outre que la Grande Diète passât une loi révoquant les chartes accordées aux femmes et refusant à celles-ci le droit de visiter les loges masculines. Et c'est, m'a-t-on dit, ce que la Grande Diète a fait depuis. Et je ne vois pas ce qu'elle aurait pu faire de plus. Elle ne peut pas enlever la qualité de Maçonnes aux femmes qui ont été initiées."

    La Grande Diète ne peut enlever la qualité de Maçonnes aux femmes qui ont été initiées... Tel était le constat du F Parvin à l'époque. Force est de constater qu'il s'est pourtant trompé. En effet, dans sa volonté précipitée d'être reconnue par la franc-maçonnerie nord-américaine, la Grande Diète Symbolique de la République du Mexique a été contrainte de sacrifier ses loges mixtes et féminines à partir de 1897. Le FParvin a évoqué dans son rapport la L Marlha Washington n°156. Mais il aurait très bien pu citer aussi les LL féminines Maria Alarcon de Mateos n°27 (fondée avant 1890 à Mexico) et Josefa C. Canton (fondée en 1891 à Nuevo Laredo, ville de l'Etat du Tamaulipas sur les bords du Rio Grande) qui, toutes deux, travaillaient au REAA∴.Les LL∴ mixtes et féminines pratiquaient aussi les rites égyptiens de Memphis ou de Misraïm. Le rite d'York, lui, ne s'est pas ouvert aux femmes, sans doute parce qu'il regroupait à l'époque de nombreux ateliers composés majoritairement de FF nord-américains installés au Mexique.

    Il est également intéressant, je crois, de noter que le rapport du F Parvin a provoqué la colère de nombreux FF mexicains, notamment celle du FRichard E. Chism car il n'y avait pas, au Mexique, de consensus général sur la présence des francs-maçonnes (seules deux ou trois Grandes Loges sur les dix Grandes Loges composant la Grande Diète y étaient véritablement favorables). Chism, un américano-mexicain, dignitaire du REAA, membre de la Grande Loge Fédérale du District de Mexico, était un adversaire acharné de la présence féminine en loge. Celui-ci s'en est pris au F Theodore S. Parvin en des termes particulièrement violents (More Light upon Mexican Symbolic Masonry, 1897, éd. par l'auteur, Mexique, pp. 21 et suivantes).

    "Mr. Parvin, by his ill judged interference in the Masonic affairs in Mexico has embittered our controversies more than any outsiders. He is a good observer but a poor investigator being of advanced age, utterly ignorant of the Spanish language, so deaf he can scarcely understand English and withal, consumed with vanity and self importance. He is described to me by a high Mason in the United States as being "full of venom"and this description seems to fit him exactely." (M. Parvin, par son ingérence inconséquente dans les affaires maçonniques au Mexique, a envenimé nos controverses plus que tout autre intervenant extérieur. Il est un bon observateur, mais un pauvre enquêteur étant d'un âge avancé, totalement ignorant de la langue espagnole, sourd, il ne peut guère comprendre l'anglais et en même temps, bouffi de vanité et sûr de son importance. Il m'a été décrit par un dignitaire maçon des États-Unis comme étant "plein de venin" et cette description semble lui correspondre exactement).

    Et d'ajouter au sujet de l'initiation des femmes au Mexique (on appréciera le sens de la nuance de l'auteur) :

    "The Grand Lodges of the United States are now face to face with one of the greatest Masonic impostures that has been attempted since the days of Cagliostro" (Les Grandes Loges des Etats-Unis sont confrontées à l'une des plus grandes impostures maçonniques qui a été tentée depuis l'époque de Cagliostro).

    Mais quelles qu'aient été les divergences à ce sujet, il n'en demeure pas moins cependant qu'il a existé au Mexique, à la fin du XIXe siècle  un réseau maçonnique mixte et féminin, principalement structuré dans les Etats du centre et du nord du pays. Et ce bien avant la création du DH et de la GLFF. Ce fait historique méritait d'être signalé parce qu'il est remarquable. Il devrait en tout cas inciter les maçons français (maçonnes comprises) à un peu plus de modestie, eux qui se croient souvent à l'avant garde des évolutions maçonniques dans le monde.

    Ce réseau n'a duré tout au plus qu'une dizaine d'années, mais il semble tout de même avoir été actif au sein de l'obédience fédérale (on pense toutefois qu'il y a eu des initiations de femmes plus anciennes et qui remonteraient au début des années 1870).  Ce réseau aurait peut-être pu survivre et continuer à se développer si la franc-maçonnerie nord-américaine ne s'était pas évertuée à vouloir régenter la franc-maçonnerie mexicaine tout comme les Etats-Unis se sont évertués de leur côté à caporaliser l'Amérique latine (cf. la doctrine du big stick promue par le président américain, le F Theodore Roosevelt).