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etats-unis d'amérique - Page 5

  • Lionel Richie dans les pas d'Adams, Washington et «Richie» Brown

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    richie.jpgLa photo ci-contre circule sur le réseau Facebook sans plus d'explication. Elle semble extraite d'une brochure ou d'une revue éditée par la G∴L∴ Prince Hall de l'Etat d'Alabama. Le grand maître de l'époque, le Dr. William O. Jones, était professeur à l'Université de Tuskegee (je reviendrai sur cette institution).

    Lionel Richie, vedette internationale bien connue, est officiellement remercié pour sa contribution financière pour la rénovation du siège de l'obédience. Son don est conséquent : 30 000 $ (mais aux Etats-Unis, ce genre de don n'étonne personne).

    Il est précisé que le chanteur a été initié en 2008 au sein de la R∴L∴ Lewis Adams n°67. Cet atelier se réunit à l'O∴ de Tuskegee (Alabama).

    Allons plus loin. Et essayons de voir un peu au-delà de ce cliché. Et posons-nous cette question : qui était Lewis Adams ?

    Lewis Adams était un afro-américain né en Alabama, plus précisément dans le comté de Macon, le 27 octobre, 1842. Il a passé les premières années de sa vie comme jeune esclave dans une plantation où il a notamment appris la cordonnerie et le travail du cuir et des métaux. On ne sait pas vraiment grand-chose de ses jeunes années si ce n'est qu'il a appris à lire, écrire et compter. Il semble qu'il parlait aussi plusieurs langues.

    Après la guerre de sécession et l'abolition de l'esclavage en 1865, Lewis Adams a quitté la plantation où il vivait pour ouvrir un magasin dans la ville de Tuskegee. Là, avec son épouse Sallie, Lewis Adams a formé les jeunes noirs aux métiers du cuir et des métaux (cordonnerie, bourrellerie, ferblanterie).

    lewis adams.jpgAdams pensait qu'il était absolument primordial que les noirs accèdent à l'éducation et aux différents savoirs afin de devenir des citoyens à part entière. Il a milité auprès de l'Etat de l'Alabama et des autorités du comté de Macon pour la création d'une école normale ouverte aux noirs.

    En 1881, il obtient gain de cause avec l'aide déterminante de Booker T. Washington (1856-1915). L'école normale de Tuskegee est devenue depuis l'université de Tuskegee. Elle joue un rôle important dans la formation intellectuelle et morale des élites noires américaines.

    Lewis Adams s'est éteint le 30 avril 1905. Trois ans après sa mort, une loge fut fondée à Tuskegee au nom et sous auspices de la G∴L∴ Prince Hall d'Alabama. Cette R∴L∴ a pris le titre distinctif de Lewis Adams et a reçu sa charte de fondation le 20 août 1908.

    booker T. Washington, lionel richie,franc-maçonnerie,etats-unis d'amérique,prince hall,tuskegee,alabama,lewis adams,john louis brown,guerre de sécessionJ'en viens maintenant à Lionel Richie. L'auteur compositeur interprète, né à Tuskegee, est issu d'une famille déjà sensible à l'idéal maçonnique et à la promotion des droits de l'homme. Son arrière-grand-père du côté de la branche maternelle, John Louis Brown dit « Richie », avait été un militant politique de la cause des afro-américains pendant et après la guerre de sécession, tout comme Lewis Adams.

    Au dix-neuvième siècle, Brown avait été également le fondateur et le chef d'une société fraternelle d'inspiration maçonnique dont le nom était « Knights of the Wise Men » (Les Chevaliers des Hommes Sages). Cet ordre d'afro-américains, dont le siège était basé à Chattanooga (Tennessee), procédait à des initiations. John L. « Richie » Brown en avait rédigé les rituels en trois degrés calqués sur ceux de la franc-maçonnerie. Le chanteur avait eu la surprise de découvrir cet ancêtre lors de sa participation, au début de l'année 2011, à l'émission de télévision « Who do you think you are ? » (Qui pensez-vous être ?) sur la chaîne NBC.

    Je suis sûr maintenant que vous n'écouterez plus « Say You, Say Me » de la même manière.

    Say You, Say Me (Dis Toi, dis Moi)lionel richie,franc-maçonnerie,etats-unis d'amérique,prince hall,tuskegee,alabama,lewis adams,john louis brown,guerre de sécession

    [Chorus]
    [Refrain]
    Say you, say me, say it for always
    Dis toi, dis moi, dis le pour toujours
    That's the way it should be
    C'est ainsi que ça devrait être
    Say you, say me, say it together
    Dis toi, dis moi, disons le ensemble
    Naturally
    Naturellement

    I had a dream I had an awesome dream
    J'ai fait un rêve, une rêve impressionant
    People in the park playing games in the dark

    Dans le parc, des gens jouaient dans l'obscurité
    And what they played was a masquerade
    Et le jeu qu'ils jouaient était une mascarade
    And from behind of walls of doubt a voice was crying out
    Et par derrière des murs de doute une voix poussait des cris

    [Chorus]
    [Refrain]

    As we go down life's lonesome highway
    Alors que nous descendons cette route solitaire qu'est la vie
    Seems the hardest thing to do is to find a friend or two
    La chose la plus dure semble être de trouver un ami ou deux
    A helping hand some one who understand
    Une main tendue quelqu'un qui comprend
    That when you feel you've lost your way
    Quand tu sens que tu t'es égaré
    You've got some one there to say I'll show you
    Il y a quelqu'un là pour te guider

    [Chorus]
    [Refrain]

    So you think you know the answers, oh no
    Ainsi tu penses que tu connais les réponses, oh non
    The whole world has got you dancing
    Le monde entier te fait danser
    That's right I'm telling you
    C'est exact je te le dis
    It's time to start believing, oh yes
    Il est temps de commencer à le croire, oh oui
    Believing who you are you are a shining star
    Crois en toi tu es une étoile qui brille

    [Chorus]
    [Refrain]

    Say it together, naturally
    Disons le ensemble, naturellement

     

  • Joseph « Thayendanegea » Brant, le frère inattendu

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    fraternité, john mackinstry,joseph brant,thayendanegea,etats-unis d'amérique,sir william johnson,canada,angleterre,françois-timoléon bègue-clavel,légendes, symbole, reconnaissanceAu dix-neuvième siècle, il y avait incontestablement une fascination pour les mystérieux liens de solidarité et d'amitié susceptibles de naître entre des francs-maçons en situation de péril imminent. La littérature maçonnique de ce temps fourmille d'anecdotes où des francs-maçons ont eu la vie sauve parce qu'ils ont su se reconnaître comme tels en utilisant, à temps et à bon escient, le fameux signe de détresse qui a, par la suite, fait couler tant d'encre chez les obsessionnels du complot.

    Grâce à ces histoires, souvent légendaires faute de sources documentaires fiables, les écrivains maçons ont entendu démontrer que la franc-maçonnerie transcendait les clivages partisans. Je voudrais revenir ici sur l'une d'entre elles que rapporte François-Timoléon Bègue-Clavel dans son livre Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie et des sociétés secrètes (1843). L'auteur écrit (cf. pp. 282 et suivantes) :

    « Ce n'est pas seulement parmi les peuples civilisés que la franc-maçonnerie inspire de pareils dévouements ; elle agit aussi, avec non moins de force, sur l'âme même des sauvages. Pendant la guerre des Anglais et des Américains, le capitaine Mac Kinsty, du régiment des Etats-Unis commandé par le colonel Paterson, fut blessé deux fois et fait prisonnier par les Iroquois à la bataille des Cèdres, à trente milles au-delà de Montréal, sur le Saint-Laurent. Son intrépidité comme officier de partisans avait excité les terreurs et le ressentiment des Indiens, auxiliaires des Anglais, qui étaient déterminés à lui donner la mort et à le dévorer ensuite. Déjà la victime était liée à un arbre et environnée de broussailles qui allaient devenir son bûcher. L'espérance l'avait abandonnée. Dans l'égarement du désespoir, et sans se rendre compte de ce qu'il faisait, le capitaine proféra ce mystique appel dernière ressource des maçons en danger. Alors, comme si le ciel fut intervenu entre lui et ses bourreaux, le guerrier Brandt, qui commandait les sauvages, le comprit et le sauva. Cet Indien, élevé en Europe, y avait été initié aux mystères de la franc-maçonnerie. Le lien moral qui l'unissait à un frère fut plus fort que la haine de la race blanche, pour laquelle pourtant il avait renoncé aux douceurs et aux charmes de la vie civilisée. Il le protégea contre la fureur des siens, le conduisit lui-même à Québec, et le remit entre les mains des maçons anglais, pour qu'ils le fissent parvenir sain et sauf aux avant-postes américains. Le capitaine Mac Kinsty devint plus tard général dans l'armée des Etats-Unis. Il est mort en 1822. »

    Bien entendu, il ne faut pas se formaliser outre mesure des propos racistes de Bègue-Clavel. Ils sont conformes aux préjugés de l'époque. En tout cas, l'auteur a cru déceler dans ce fait remarquable la preuve que la franc-maçonnerie était susceptible d'adoucir les moeurs, même à ses yeux les plus grossiers et les moins civilisés, et de rapprocher des ennemis mortels. Il y a néanmoins, comme on va le voir, beaucoup de fantaisie et d'inexactitudes dans ce que Bègue-Clavel rapporte (notamment des imprécisions sur l'orthographe des patronymes).

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    Le guerrier iroquois dont Bègue-Clavel parle dans son livre a bien existé. C'était un Mohawk loyaliste. Un personnage de l'histoire américano-canadienne. Il s'appelait Thayendanegea (1743-1807) mais reçut le nom chrétien de Joseph Brant après avoir été baptisé dans la religion anglicane. Dans sa jeunesse, il fut le protégé de Sir William Johnson (1715-1774), le surintendant britannique des Indiens d'Amérique du Nord, qui était extrêmement populaire auprès des tribus indiennes. Johnson était franc-maçon et ancien Grand Maître provincial de la colonie de New York. Après le décès de son épouse Catherine en 1759, William Johnson se maria avec Molly, la soeur de Joseph Brant.

    Brant fit des études dans un Collège du Connecticut. C'était un lettré parfaitement anglophone et assimilé. Il participa logiquement à la guerre aux côtés des Anglais contre les indépendantistes américains et les Français où il acquit une solide réputation de guerrier (pour ses ennemis, Brant était the monster Brant, un être cruel, brutal, sanguinaire, anthropophage). Habile stratège, Joseph Brant parvint à fédérer en 1775 les six nations iroquoises contre les indépendantistes américains. Brant fut cependant contraint de s'exiler en Ontario (Canada) après la fin de la guerre, en 1783, qui déboucha sur l'indépendance politique des treize colonies d'Amérique du nord. A la fin de sa vie, Joseph Brant se consacra à la propagation du christianisme au sein des nations iroquoises. Il traduisit notamment les Actes des Apôtres en langue mohawk. Il mourut en 1807.

    C'est au cours de son voyage en Angleterre que Joseph « Thayendanegea » Brant fut initié aux trois grades symboliques de la franc-maçonnerie, en avril 1776, au sein des loges londoniennes Falcon et Hirams Cliftonians. La tradition dit qu'il reçut son tablier des mains du roi George III. Il n'a donc jamais pu participer à la fameuse bataille des Cèdres à laquelle Bègue-Clavel a fait allusion dans son ouvrage. En effet, cette bataille eut lieu en mai 1776. Or, Brant ne retourna en Amérique que fin juillet 1776. Il lui était matériellement impossible de rencontrer le capitaine MacKinstry dans les circonstances décrites par Bègue-Clavel. Il s'agit donc très certainement d'une invention ou en tout cas d'une histoire largement enjolivée. Dans son livre The Iroquois in the American Revolution (ed. Syracuse University Press, New York, 1972), Barbara Graymonts écrit (p.94) :

    « There has been long erroneous belief that Joseph Brant participated in the action at the Cedars. William L. Stone, Brant's biographer, claimed that Brant was there and that he saved Captain John MacKinstry from being burned at the stake by the Indians. Brant was actually in England at the time and did not return to America until the end of July 1776. Stone's error was an honest one. He based his story on the testimony of one George MacKinstry, a descendant of Captain John MacKinstry. The latter might have been saved by an Indian, but it was not Brant. »

    On trouve d'ailleurs des variantes de cet épisode mais avec un autre officier. Ce qui confirme son caractère légendaire. C'est ainsi que l'on a pu affirmer que lors de l'attaque de Cherry Valley, en 1778, le lieutenant colonel William Stacy (1734-1802) avait été épargné par Joseph Brant parce qu'il s'était fait reconnaître franc-maçon auprès de lui. Là non plus, il n'y a aucune source fiable comme le signale Allan Eckert (cf. The Wilderness War: A Narrative. Winning of America Series. Volume 4. Ashland, Kentucky : Jesse Stuart Foundation. p. 461–462).

    fraternité, john mackinstry,joseph brant,thayendanegea,etats-unis d'amérique,sir william johnson,canada,angleterre,françois-timoléon bègue-clavel,légendes, symbole, reconnaissanceOn est donc dans un procédé narratif censé mettre en évidence la nature fabuleuse de l'appartenance maçonnique puisque celle-ci est supposée pouvoir éventuellement sauver la vie de celui qui s'en prévaut, à la condition toutefois que la bonne fortune veuille que l'agresseur fréquente lui aussi les loges (ce qui, reconnaissons-le quand même, amenuise considérablement les chances de survie).

    Je pense cependant que toutes ces histoires de soldats prêts à succomber sous les coups de l'adversaire, de voyageurs sans défense attaqués en pleine mer par de méchants corsaires, etc., et qui arrivent à s'en sortir in extremis en raison d'une appartenance maçonnique commune avec leurs agresseurs, poursuivaient aussi un but pédagogique inconscient. Inconscient dans le sens où les auteurs ne s'en sont pas rendus compte.

    Que s'agissait-il de montrer ? Tout simplement que le franc-maçon doit parfaitement bien connaître les signes, mots et attouchements des grades auxquels il a été initié s'il veut pouvoir être reconnu comme tel. Si le franc-maçon les maîtrise de manière satisfaisante, alors il ne pourra jamais être seul et ignoré d'un frère quand bien même il n'aurait pas d'autres moyens de prouver son appartenance. De façon plus générale, ces petites histoires ne font que souligner l'importance du symbole dans les rapports fraternels. Et pour ce qui concerne l'histoire de l'iroquois Brant, celle-ci montre qu'il ne faut pas trop vite juger sur les apparences car la fraternité peut parfois prendre les traits d'un visage inattendu.

  • Le respect des règles

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    hastings.jpgJe rebondis sur la réponse du Grand Maître de la Grande Loge du Tennessee en date du 14 mars dernier pour vous livrer cette petite réflexion.

    Faisons tout d'abord abstraction de l'objet du débat : l'incompatibilité qu'il pourrait y avoir entre l'appartenance maçonnique et certaines orientations sexuelles. Et concentrons-nous plutôt sur un autre de ses aspects tout aussi important parce qu'il le détermine d'une certaine façon : le respect des règles.

    Si sur le fond la position de la Grande Loge du Tennessee est moralement contestable, sur la forme en revanche, elle semble parfaitement cohérente. Le Grand Maître Hastings rappelle - à tort ou à raison - que la décision de la Grande Loge du Tennessee a été prise en application d'une disposition réglementaire votée il y a trente ans.

    Par conséquent, seuls ceux habilités à voter aujourd'hui les lois internes de la Grande Loge du Tennessee peuvent défaire ce qui a été voté il y a trente ans. Autrement dit, les lois qui régissent la vie de la Grande Loge du Tennessee forment le pacte social des loges qui la constituent. Elles sont l'expression de sa souveraineté inaliénable. Les autres obédiences n'ont donc pas à s'immiscer dans cette vie interne même si celle-ci peut heurter, choquer ou inquiéter.

    Bien évidemment, j'écris cela avec les précautions d'usage car je n'ai évidemment pas tous les éléments pour pouvoir en juger. Cependant, dans n'importe quelle obédience sérieuse, il appartient à chaque loge de vérifier si l'admission d'un profane est susceptible de poser des problèmes réglementaires. Dans le cas qui nous préoccupe, on peut se demander si la loge concernée a interrogé la Grande Loge du Tennessee avant d'initier ce couple homosexuel, ne serait-ce déjà que pour mettre en évidence le caractère contestable de certaines dispositions réglementaires. En fonction de la réponse de l'obédience, cette loge aurait pu éventuellement en tirer toutes les conclusions pour elle même (ex : ajourner l'initiation et demander une modification réglementaire ; procéder à l'initiation et prendre son autonomie en devenant une loge sauvage ou en rejoignant une autre obédience plus libérale comme par exemple la George Washington Union ou le Grand Orient des Etats-Unis si toutefois ce dernier existe toujours). Je ne pense qu'elle l'ait fait sauf erreur de ma part.

    S'il apparaît que cette loge a enfreint les règles de son obédience (du latin, obedientia, obéissance), alors on ne peut pas tout à fait être étonné que l'obédience ait cherché à les faire respecter bien que celles-ci, une fois encore, puissent apparaître totalement surannées et en complet décalage avec la société. Après tout, c'est à ceux qui ont le pouvoir de changer les règles au sein de la Grande Loge du Tennesse, à prendre leurs responsabilités s'ils estiment devoir le faire

    Posons-nous enfin une question toute simple. Que fait et que dit la loge qui a initié ce couple homosexuel ? Je n'ai pas l'impression qu'on l'entende beaucoup. Je n'ai pas non plus l'impression - mais je peux me tromper - qu'elle soit spécialement entrée en résistance. Pourtant, elle a bien été à l'initiative de ce qui est devenu un sacré merdier. Les malheureux Mark Henderson et Dennis Clark ont été bannis. Un peu comme le fut d'ailleurs Maria Deraismes par la loge alpicoise Les Libres Penseurs qui l'initia en 1882 au mépris des règles de la Grande Loge Symbolique Ecossaise.

    Ce qu'il faut comprendre, c'est que le respect des règles n'est pas l'expression d'une rigidité mentale. Ce respect est au contraire la condition sine qua non de la cohésion du groupe. Les procédures, comme l'écrivait Benjamin Constant, sont les divinités tutélaires de la liberté. Sans les règles, il n'y a que de l'arbitraire. Sans les règles, c'est la loi du plus fort qui prévaut. L'arbitraire naît toujours des petits arrangements même si on les fait pour une cause juste.

    Un Frère me disait il y a quelques jours : "L'important, c'est l'esprit de la règle, pas la règle." Ben voyons ! C'est précisément au nom de cet "esprit de la règle" qu'on en arrive souvent à faire n'importe quoi, comme par exemple demander à une loge de voter alors que le vote n'est pas à l'ordre du jour et n'a pas été annoncé dans la convocation aux travaux. 

    rg.jpg"L'esprit de la règle", c'est cette commodité qui permet à ceux qui s'en prévalent d'imposer en réalité leurs vues à tout un atelier. On appelle cela la politique du fait accompli. Ceci dit, j'en conviens, les règles ne sont pas toutes justes ou toutes indiscutables. Ce qui se passe au Tennessee en est une illustration parmi d'autres. C'est la raison pour laquelle il n'est pas interdit d'avoir l'intelligence de les changer en suivant la procédure prévue pour cela et à la condition, bien sûr, qu'il se trouve une majorité pour le faire. 

    Enfin, quand je lis la lettre du Grand Maître Hastings, qui rappelle que la décision contestée s'appuie sur une disposition réglementaire vieille d'une trentaine d'années, je ne peux m'empêcher d'éprouver un sentiment d'étonnement admiratif devant une telle stabilité réglementaire, surtout quand  je pense à la constitution et au règlement général de ma propre obédience qui changent aussi souvent que le code général des impôts sous l'effet de continuelles modifications pas toujours inspirées. C'est comme si la stabilité réglementaire était devenue suspecte. Que l'on y songe. L'instabilité réglementaire favorise l'arbitraire, le juridisme abscons, les phraseurs pervers et chicaneurs, et les tribuns d'assemblée prompts aux manipulations en tous genres.

    Pour en revenir à la situation de la Grande Loge du Tennessee, celle-ci va se réunir, semble-t-il, en fin de mois. Je suis loin d'être un spécialiste de la franc-maçonnerie américaine, mais je ne pense pas trop m'avancer quand même en disant que cette obédience maintiendra sa position. Comment pourrait-il en être autrement ? Elle aura beau jeu de rappeler qu'elle fonctionne ainsi depuis des années, qu'elle n'est pas la seule (on beaucoup parlé de la Grande Loge de la Géorgie, mais on oublie que la Grande Loge du Kentucky est dans la même situation) et, surtout, elle peut déjà constater que d'autres Grandes Loges défendent une position intermédiaire comme, par exemple, la Grande Loge du Wisconsin. Dans un courrier en date du 16 mars 2016, Franklin J. Struble, son Grand Maître, rappelle que la Grande Loge du Wisconsin ne se préoccupe pas des orientations sexuelles de ses membres mais qu'elle respecte l'indépendance et la souveraineté des autres Grandes Loges. En d'autres termes, il faut respecter les choix des Grandes Loges mises sur la sellette et ne pas s'immiscer dans leurs affaires internes. C'est donc dire à quel point le respect des règles est fondamental aux yeux des obédiences américaines. Parmi ces règles non négociables, il y a la souveraineté des Grandes Loges.

    Voilà où nous en sommes aujourd'hui. Il reste à savoir si on va vers une profonde division de la maçonnerie américaine, opposant progressistes et conservateurs, ou bien vers une normalisation des relations entre Grandes Loges lorsque la pression médiatique sera retombée. Je pense, pour ma part, que nous assisterons à une normalisation car ce n'est évidemment pas la première fois que l'on assiste à de telles bisbilles entre Grandes Loges. Il y a donc peut-être, dans ce contexte particulier, une carte à jouer pour la maçonnerie libérale (prise dans son acception la plus large) si toutefois cette dernière parvient à intéresser et à fédérer les loges ou les francs-maçons américains les plus insatisfaits et les plus ouverts d'esprit.

  • Franc-Maçonnerie et Homosexualité aux Etats-Unis (3)

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    Par l'intermédiaire de son Grand Maître, la Grande Loge du Tennessee a réagi aux suspensions dont elle fait l'objet de la part de certaines Grandes Loges américaines depuis février dernier. Comme on pouvait s'y attendre, la Grande Loge du Tennessee oppose non seulement une fin de non recevoir mais suspend également ses relations fraternelles avec les Grandes Loges qui ont condamné son attitude. 

    Ci-dessous, le décret  2016-1 qui suspend les relations avec la Grande Loge de Californie. Je vous fais grâce des autres.

    TNCA1.jpg

    J'ajoute la lettre d'accompagnement du Grand Maître qui explique la position de sa Grande Loge. Elle tient en quelques mots : la Grande Loge du Tennessee est maîtresse chez elle et fait appliquer les dispositions de son règlement. Je suppose que la section du règlement à laquelle le Grand Maître Hastings se réfère est celle qui pose problème. Il indique que cette section a été votée par sa Grande Loge il y a trente ans. Seul un vote supprimant cette section pourrait permettre à la Grande Loge de changer sa position actuelle. Le Grand Maître ne précise pas si ce vote de suppression est prévu. Cela m'étonnerait.

    TNDC2 (1).jpg

    Il ne serait pas étonnant en revanche que cette fermeté incite les autres Grandes Loges américaines à temporiser et à attendre pour voir dans quelle direction le vent dominant va souffler. Lors de la XIVème conférence mondiale des Grandes Loges Maçonniques Régulières, du 18 au 21 novembre 2015 à San Francisco, je rappelle que tout ce débat n'avait pas été évoqué....