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etats-unis d'amérique - Page 5

  • De l'augmentation de salaire

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    formation maçonnique,augmentation de salaire,épreuve,franc-maçonnerie,etats-unis d'amérique,marylandQuand un maçon est appelé à passer à un degré plus élevé, l’usage veut qu’il soit testé sur les connaissances du degré qu’il possède. Autrement dit, avant de poursuivre son chemin initiatique, il doit prouver à la loge qu’il connaît les enseignements attachés à son grade. Il passe une sorte d’examen dont la sévérité et la longueur dépend des loges. En France, cet examen est oral.

    Le frère, debout devant les membres de sa loge, doit répondre aux questions posées par le Vénérable. Au Grand Orient, les questions portent généralement 1°) sur la constitution et le règlement général ; 2°) sur le fonctionnement de la loge et/ou sur les différents offices ; et 3°) sur l’instruction du grade proprement dit. En fait, chaque Vénérable procède un peu comme il le sent. Pour le meilleur ou le pire (car on voit de tout, du bon et parfois hélas du pitoyable). Normalement, ça ne devrait pas être une formalité quand on y accorde un minimum de valeur et de sens.

    Je viens de découvrir une méthode qui n’est pas bête du tout même si elle fait un peu scolaire. Aux Etats-Unis d’Amérique, dans l’Etat du Maryland, l’examen est écrit et se fait hors tenue rituelle (cf. l'image ci-dessous que vous pouvez agrandir en cliquant dessus). Le candidat à une augmentation de salaire est spécialement convoqué pour répondre à une série de questions traditionnelles. Il doit déjouer certains pièges, certaines affirmations erronées. Il doit savoir tracer le tableau de loge correspondant à son grade (ce qui peut sembler évident, mais combien de frères en sont-ils réellement capables en France sans hésitation ?). Si le résultat est satisfaisant, le candidat peut prétendre à l’augmentation de salaire. Si le résultat ne l'est pas, le candidat est tout simplement recalé et pourra retenter sa chance ultérieurement.

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    Je ne sais pas en revanche si cet examen écrit est une pratique maçonnique générale au Maryland ou bien circonscrite à quelques loges. Je signale, pour être précis, que les extraits d'examen publiés ci-dessus proviennent d'un atelier de la Grande Loge Régulière du Maryland, une obédience maçonnique noire américaine non reconnue tant par la Grande Loge Prince Hall du Maryland que par la Grande Loge du Maryland. 

  • Et si Trump l'emportait ?

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    Monde, Paix, Danger, etats-unis d'amérique, Donald Trump, Hillary Clinton, Barack Obama, Démocratie, Femmes, FascismeA force d'être focalisés sur les débats franco-français (crise de l'agriculture, présence des migrants à Calais, multiples critiques du gouvernement et de son projet de réforme du code du travail, primaires à droite, montée du FN, etc.), j'ai l'impression que notre pays passe à côté d'un phénomène dont l'onde de choc, si elle se produit, sera infiniment plus importante que tous les problèmes hexagonaux réunis.

    Ce phénomène, c'est la victoire éventuelle de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine en novembre prochain. Certes, nous n'en sommes qu'aux primaires. Les jeux ne sont pas encore faits. Beaucoup de choses peuvent se passer d'ici là. Cependant, force est de constater que ce qui n'apparaissait, hier encore, que comme une hypothèse des plus improbables, est en train, progressivement, de se confirmer. Il n'est pas incongru, désormais, d'envisager sérieusement que Trump soit le candidat du parti républicain à la Maison Blanche et qu'il ait de sérieuses chances de l'emporter.

    La vie politique américaine nous a habitués aux surprises et aux hommes inattendus. Je me souviens ainsi parfaitement de la première que j'ai entendu parler de Barack Obama dans les médias français. Ce devait être en 2007, quelques mois avant le lancement des primaires pour l'élection présidentielle de 2008. A l'époque, personne n'avait vu arriver cet homme à la quarantaine élégante, totalement inconnu en France. Il était évident, pour une majorité de commentateurs de l'époque, que sa couleur de peau et ses origines kényanes ne lui donnaient absolument aucune chance. Pour beaucoup, la candidature du sénateur Obama n'était qu'une candidature de témoignage comme le fut celle du pasteur Jesse Jackson. On a vu la suite...

    Fort de ce précédent, une victoire de Donald Trump est donc tout à fait possible si toutefois le parti républicain ne décide pas de l'écarter en regroupant les suffrages des délégués des autres candidats républicains en lice aux primaires. En effet, l'homme fait très peur y compris au sein de son propre parti ! Ce qui est paradoxal mais au fond parfaitement logique compte tenu des prises de position du turbulent milliardaire mégalomane. Je n'ai pas besoin de revenir sur ses déclarations publiques. Sa présence à la Maison Blanche serait assurément un cauchemar, une menace directe pour la paix du monde ainsi que la promesse d'une déstabilisation inquiétante et rapide du continent américain (son projet de mur à la frontière mexicaine est aussi délirant que le mur construit en Israël). Et je ne parle pas des conséquences sur les relations internationales, notamment avec les pays musulmans, qui risquent même de nous faire regretter Georges W. Bush. C'est dire... Autant remettre le destin du monde dans les mains d'un dangereux malade mental. Cela aurait le même effet. 

    Pour l'instant, j'ai le sentiment que nous vivons dans l'illusion que tout candidat démocrate sera en mesure de l'emporter face à Trump. Il semble, au moment où j'écris ces lignes, que Mme Hillary Clinton soit de loin la mieux placée. Oui mais Clinton est une femme. Et les préjugés machistes, y compris venant de la part d'autres femmes, ont la vie dure. Même aux Etats-Unis d'Amérique. En France, nous en savons aussi quelque chose alors que nous nous targuons abusivement de vivre dans le pays des droits de l'homme. Les femmes politiques font souvent l'objet de procès en incompétence et en faiblesse. Dès lors, même si les sondages paraissent favorables à Hillary Clinton, gageons que Donald Trump, s'il est désigné candidat du parti républicain, ne se gênera pas pour exciter les plus bas instincts et les préjugés les plus sexistes et mettre en doute les compétences de son adversaire. Ce grand malade égocentrique n'en est pas à une énormité près.

    Comment ne pas être inquiet de ce qui est en train de se passer de l'autre côté de l'Atlantique ?

  • Du recrutement maçonnique aux Etats-Unis

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    halleran.jpgLa chute vertigineuse des effectifs de la franc-maçonnerie aux Etats-Unis est un phénomène connu des francs-maçons français. En revanche, les efforts des Grandes Loges américaines pour remédier à cette situation leur sont moins connus. C'est la raison pour laquelle je recommande la lecture de la communication du F∴ Michael A. Halleran, ancien G∴M∴ de la G∴L∴ du Kansas, faite lors de la XIVème conférence mondiale des Grandes Loges Maçonniques Régulières. Cette conférence s'est déroulée du 18 au 21 novembre 2015 à San Francisco (Californie, Etats-Unis d'Amérique).

    Le F∴ Halleran rappelle que ce n'est pas la première fois que la maçonnerie américaine est confrontée, dans son ensemble, à une baisse spectaculaire de ses effectifs. La période antimaçonnique de 1828 à 1838 (notamment suite à l'affaire Morgan), la panique boursière de 1873, la grande dépression des années 1930 etc., ont provoqué une baisse, parfois radicale, des adhésions à la franc-maçonnerie.

    A chaque fois, l'Ordre maçonnique parvenait à se relever de ces périodes creuses, jouissant d'une bonne réputation au sein de la société américaine. Les GG∴LL∴ arrivaient à retrouver des membres sans avoir à mettre en place des politiques de recrutement traditionnellement interdites par les principes maçonniques.

    Mais depuis les années 60, la baisse des effectifs est devenue plus durable. Elle a amené les GG∴LL∴ américaines à s'interroger, puis à remettre ouvertement en cause l'interdiction de recrutement. Selon une majorité de ces GG∴LL∴, il était inutile d'attendre que des hommes se portent candidats aux mystères maçonniques spontanément, librement et volontairement. En revanche, il était plus important à leurs yeux de susciter activement des vocations maçonniques chez des personnes qui n'y auraient jamais songé en l'absence d'une politique de recrutement clairement assumée. Ce que le F∴ Dwight L. Smith, ancien G∴M∴ de la G∴L∴ de l'Indiana, avait ainsi résumé en 1966 :

    « Eh bien, il me semble que tôt ou tard la Maçonnerie devra faire face à la réalité et devra abandonner l’idée stupide qu’un homme bon et très estimé dans sa communauté ne peut pas être invité à déposer une demande d'initiation. »

    Le F∴ Halleran analyse les hésitations des GG∴LL∴ à se lancer dans des politiques de recrutement et décrit ensuite les initiatives les plus notables dans ce domaine. Il y a eu, à partir des années 80, le programme « 2B1ASK1 » (pour en devenir un, demandez à l'un d'entre eux). Ce programme, malgré ses mérites, a été un échec. Cela a conduit les GG∴LL∴ à adopter, dans les années 90, des politiques de recrutement plus directes et agressives. Ainsi, en 1995, Morris L. Fisher, G∴M∴ de la G∴L∴ Kansas,  mit au défi les membres des loges de sa juridiction en ces termes (je souligne) :

    « Recherchez activement dans votre mémoire les noms d’hommes bons que vous connaissez… Demandez à ces personnes si devenir un membre de la plus grande confrérie du monde les intéresse. Si elles manifestent leur intérêt, la porte vous est ouverte pour enclencher le processus de demande. Tant que vous les laissez prendre leur décision, vous ne violez aucune loi maçonnique. »

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    En l’espace de seulement quelques décennies, la franc-maçonnerie américaine est donc passée d’une interdiction formelle de recruter à des déclarations publiques encourageant le recrutement. Ce système a atteint son paroxysme avec la mise en place de deux modes de recrutement absolument inconcevables en Europe.

    Le premier, c'est le recrutement de masse. Il consiste pour une obédience à encourager ses loges à initier de façon intensive et à mutualiser leurs moyens. Les loges se regroupent donc pour initier en même temps et au cours d'une seule et même cérémonie des dizaines, voire des centaines de profanes lorsque c'est techniquement possible. Le plus souvent, ce recrutement est coordonné par la G∴L∴ concernée. Le profane est initié maçon au sein d'un groupe plus ou moins important. Puis, il continue son cheminement au sein de sa L∴ de rattachement (généralement celle qui est géographiquement la plus proche de son domicile).

    Le second mode de recrutement, c'est la one-day class ou l'initiation aux trois degrés symboliques en un seul jour. La one-day class est souvent (mais pas toujours) la conséquence directe et immédiate du recrutement de masse. La plus grande one-day class de l’histoire maçonnique américaine a été organisée par la G∴L∴ de l'Ohio le samedi 27 avril 2002 après une intense campagne publicitaire de deux mois. Dix orients se mobilisèrent. De 550 à 570 loges bleues y participèrent sans compter les ateliers de hauts grades : 7700 profanes environ furent initiés et élevés à la maîtrise le même jour ! Imaginez le programme : 6h15 à 8h00, inscriptions. 8h30 : initiation au 1er degré ; 10h30, réception au grade de compagnon ; 12h : lunch ; 13h : élévation à la maîtrise ; et à partir de 16h00, pour ceux qui le voulaient, réception au sein des hauts grades du rite écossais ancien et accepté ! En un mot : démentiel.

    Le recrutement de masse et la one-day class ne sont cependant pas pratiqués par toutes les GG∴LL∴ américaines. Certaines d'entre elles y sont résolument hostiles. Trente-cinq d'entre elles ont néanmoins franchi le pas (la majorité des Grandes Loges donc). La conclusion du F∴ Michael A. Halleran est sévère et ne manquera pas de faire tousser certains dignitaires américains :

    « le déclin constant des adhésions depuis 1957 a clairement conduit les grandes loges à assumer le pire (…) Il est indéniable que la confrérie s’est fait plaisir au cours du 20ème siècle avec la construction de somptueux temples et autres installations, affirmant la Maçonnerie d’une façon beaucoup plus manifeste que par le passé (ce qui constitue probablement un autre virage doctrinal en soi). Comme il devenait plus visible, l’ordre a pris d’importants engagements philanthropiques, ce qui avait l’avantage concomitant de renforcer la position de la Franc-maçonnerie parmi les profanes. Supporter ces dépenses exigeait une croissance constante des adhésions (…) Un coup d’œil aux adhésions maçonniques en Amérique du nord confirme que ces efforts ont non seulement échoué mais qu’ils ont spectaculairement échoué ; les progrès en découlant sont statistiquement insignifiants. Mais cela ne veut pas dire que ces changements doctrinaux n’ont eu aucun effet. Les conséquences involontaires qui sont une dévaluation de l’ordre, une atteinte à l’expérience initiatique et une rupture avec des siècles de tradition, ont elles-mêmes soulevé des problèmes qui peuvent nécessiter de nouveaux changements doctrinaux pour réparer les dégâts. »

    ________________________

    Lire : XIV World Conference - Communication de Michael Halleran.pdf

    Commentaire personnel

    La communication du F∴ Michael A. Halleran reste très factuelle. Elle se borne à décrire – sans complaisance il est vrai – la situation de la maçonnerie américaine (laquelle demeure diverse). Elle en montre même toute la démesure. Ce faisant, comment se fait-il que les Grandes Loges américaines soient confrontées à une telle érosion de leurs effectifs depuis tant d'années au point d'être acculées à organiser de grands barnums dépourvus de toute valeur initiatique ? Le F∴ Halleran se garde bien de poser la question frontalement. Il semble toutefois qu'un début de réponse puisse être recherché dans les activités même des loges américaines circonscrites essentiellement à la pratique des rites et aux œuvres de charité. Beaucoup de FF∴ américains entrent en maçonnerie comme on entre dans un club plus ou moins folklorique. Ils s'y ennuient et en partent finalement aussi vite qu'ils y sont venus. En outre, comment comprendre quoi que ce soit à la maçonnerie et à la beauté du chemin initiatique quand les récipiendaires peuvent passer, en l'espace de deux ou trois journées à peine, de l'état de profane à celui de 33ème degré du R∴E∴A∴A∴ ?

  • Des deux côtés de l'Atlantique

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    2715604317.jpgLe F∴ Todd E. Creason, dont j'avais déjà parlé, est revenu sur la baisse des effectifs de la F∴M∴ américaine.

    Beaucoup de profanes se font initier, souvent parce qu'ils ont été approchés par des parents, des amis, des collègues. Au départ, les jeunes maçons sont plein de bonne volonté. Ils passent leurs trois grades symboliques sans problème (généralement c'est l'affaire de quelques mois à peine car les loges de rite d'York travaillent essentiellement au grade de maître). Puis, un beau jour ils finissent par disparaître dans l'indifférence générale. Ils démissionnent ou, le plus souvent, ils demeurent absents des travaux.

    Le F∴ Creason propose trois pistes à explorer pour aider les FF∴ à ne pas se décourager et à améliorer leur démarche maçonnique.

    Il faut inviter les FF∴ à s'exprimer. Selon Creason, il faut d'ailleurs commencer dès les enquêtes afin de mieux cerner les motivations et les attentes des candidats. Par la discussion, on peut ainsi répondre éventuellement aux désirs des uns et des autres, prévoir des activités et des actions particulières, et créer une saine émulation qui fidélise les membres.

    Il faut impliquer les FF∴ dans la vie des loges. Et notamment à davantage les associer à l'exécution du rituel et à la vie administrative de l'obédience. On ne vit pas la maçonnerie de la même façon quand on est acteur dans son atelier ou dans son obédience et qu'on ne reste pas assis sur sa colonne en attendant que la tenue se passe.

    Il faut enfin instruire les FF∴ et les éclairer sur le sens de ce qui est dit et fait en loge. Donner du sens à ce que l'on fait participe aussi à la solidité et à la pérennité du groupe. L'instruction maçonnique est essentielle.

    Ce que Creason dit, semble tomber sous le sens. Et pourtant, dans quelle mesure les pistes qu'il évoque, ne sont-elles pas aussi à suivre chez nous de l'autre côté de Atlantique ?

  • Diversité de la F∴M∴ aux Etats-Unis (2)

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    La F∴M∴ américaine a récemment défrayé la chronique pour des raisons sur lesquelles je ne vais pas revenir et qui ont été abondamment commentées sur ce blog et ailleurs.

    Toutefois, j'avais pris soin d'indiquer qu'il fallait se garder de tout jugement hâtif et, surtout, de toute caricature. La F∴M∴ américaine est en effet diverse et elle déploie ses activités sur un très vaste territoire.

    S'il est donc normal de dénoncer les exclusives et les propos rétrogrades, il est également essentiel de relever les bonnes nouvelles quand il y en a.

    Je voudrais donc signaler une information publiée par le F∴Fred Milliken sur son blog. Le 13 novembre dernier, et pour la première fois de leur histoire, des FF∴ de la G∴L∴ du Texas ont assisté ès-qualités à une tenue de la G∴L∴ de Prince Hall du même Etat au cours de laquelle il a été procédé à l'élévation au grade maître de 52 FF∴ compagnons (une méga-cérémonie impossible à concevoir en France) !

    Texas, Etats-Unis d'Amérique, Prince Hall

    Cet événement amplifie le mouvement de rapprochement et de reconnaissance mutuelle des deux juridictions amorcé en 2007.

    Bravo à ces deux obédiences pour cet exemple de fraternité concrète !

  • Etre un bon maçon est la seule récompense

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    creason.jpgVoici un joli petit témoignage du F∴ Todd E. Creason, 33ème, de l'Illinois (Etats-Unis) que je voudrais vous faire partager.

    "Il y a quelques années, j'avais aidé la fille d'un frère passé à l'orient éternel à faire du rangement. Elle avait gardé une malle remplie d'affaires maçonniques et savait pas quoi en faire. Alors je suis allé vérifier. Et je dois reconnaître que je fus surpris de ce que j'y trouvai. Elle était effectivement remplie de choses relatives à la franc-maçonnerie, mais il y avait aussi un nombre considérable de prix maçonniques, de plaques, de certificats, de rubans, de médailles, etc., y compris un couvre-chef de 33ème degré et un certificat d'admission encore roulé dans son tube en carton d'origine. Ce n'était en fin de compte que des trucs moisis dans une vieille malle. Il s'agissait pourtant de distinctions que nombre de FF∴ auraient affiché fièrement. J'ai alors demandé à la fille du défunt pourquoi toutes ces affaires avaient été mises dans cette malle. La fille me répondit que c'était l'endroit où son père mettait apparemment tout ce qu'il avait reçu en franc-maçonnerie. Il n'a jamais rien affiché ostentatoirement. Il n'a jamais fait étalage de son chapeau de 33ème, de ses médailles et cordons maçonniques.

    Je fis remarquer à la fille que le parcours maçonnique de son père avait été remarquable et qu'il était étonnant qu'il l'ait caché dans cette vieille malle. Elle m'avait répondu ceci : "Je me souviens de certaines distinctions reçues par papa. Je sais qu'il était toujours reconnaissant et surpris chaque fois qu'il en recevait mais il m'a toujours dit que ce n'était pas la raison pour laquelle il était devenu franc-maçon. Il disait qu'être un bon maçon a toujours été sa seule récompense. Il n'a jamais eu besoin d'autre chose."

    Pour le F∴ Creason, cette histoire montre que si on fait quelque chose dans l'espoir d'être récompensé, alors on agit pour une mauvaise raison. On ne vient pas en franc-maçonnerie pour collectionner des dignités, des médailles et des tabliers, mais pour travailler humblement sur soi-même avec ses FF∴ dans l'intimité de la L∴. C'est ce que le F∴ Mark Twain, le célèbre auteur des Aventures de Tom Sawyer, formulait ainsi : "Il est mieux de mériter des honneurs que l'on a pas obtenus que de les obtenir sans les avoir mérités."

    decors.jpgLes décors, les rubans, les titres et les grades ne sont que des fictions symboliques qui témoignent d'une ancienneté et d'une progression au sein de la hiérarchie initiatique. En réalité, ces fictions symboliques impliquent plus de devoirs que de droits. Généralement, les vaniteux obnubilés par les apparences, ne savent pas à quoi elles les engagent.

    Ressembler à un franc-maçon parce qu'on porte un tablier ou qu'on est membre d'une L∴, est une chose. Mais être franc-maçon et se comporter comme tel, à chaque minute de son existence, en est une autre. C'est même toute la difficulté de l'initiation que le rite français résume en deux phrases lourdes de sens : "A toute heure, rappelons la grandeur des devoirs que nous nous sommes imposés. A toute heure, soyons prêts à les remplir."

  • Diversité de la F∴M∴ aux Etats-Unis

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    witten.jpgVu d'Europe, la franc-maçonnerie des Etats-Unis d'Amérique apparaît souvent comme un bloc homogène et rigide. Et il est vrai qu'à bien des égards, elle l'est car son attachement aux fondements traditionnels de l'Art Royal - que ce soit la croyance en Dieu, la non-mixité ou l'interdiction d'aborder des sujets politiques et religieux en loge - est loin d'y faire débat contrairement à ce qui se passe au sein de la franc-maçonnerie française. D'où l'image d'ultra-conservatisme des Grandes Loges nord-américaines.

    Pourtant, il faut aller au-delà des apparences car l'honnêteté intellectuelle commande de ne pas caricaturer la franc-maçonnerie américaine et de ne pas la réduire, par exemple, à la seule homophobie de certaines obédiences ou à la ségrégation raciale qui, parfois hélas, sévit encore dans certains Etats fédérés. En effet, la franc-maçonnerie est souvent le reflet des zones géographiques dans lesquelles elle développe ses activités. Aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde.

    Les Etats-Unis d'Amérique, on l'oublie trop souvent, représentent en superficie 17 fois la France. Ils comptent 320 millions d'habitants, dont 1,3 millions de francs-maçons. Il n'est pas sûr que les FF d'Europe aient toujours ces données en tête lorsqu'ils critiquent volontiers la FM des Etats-Unis. La réalité est que si l'Ordre maçonnique aux Etats-Unis est globalement uni sur un plan doctrinal, tous les FF américains ne partagent pas pour autant les mêmes opinions politiques, religieuses et morales. Chaque F a sa propre conception de la vie en société et demeure libre de penser et d'agir comme il l'entend. C'est précisément ce que le F∴ Benjamin Witten, premier surveillant de la R∴L∴ Olympia n°1 de l'O∴ d'Olympia (non loin de Seattle), a utilement rappelé dans un article publié dans la Masonic Tribune, le journal édité par la G∴L∴ de l'Etat de Washington (volume XCV, n°3, printemps 2015, p.10).

    "Les principes et les préceptes de la franc-maçonnerie sont anciens et honorables, et pourtant notre société a changé rapidement au cours de la dernière décennie. Contrairement à de nombreuses loges, notre atelier est plus jeune qu'il ne l'était il y a dix ans. Plus précisément, les hommes de 20 et 30 ans constituent la majorité des membres actifs de notre Loge, et ils viennent en maçonnerie avec leur propre sensibilité."

    Le F Witten constate que les jeunes membres de sa L respectent les usages maçonniques sans difficultés. Et la loge s'adapte aussi de son côté à ce renouvellement des générations, notamment à travers l'usage des nouvelles technologies de l'information. La L doit faire preuve de "cultural adaptation" (adaptation culturelle).

    Witten ajoute : 

    "Cependant, d'autres coutumes ne sont pas suivies par les jeunes maçons. Par exemple, de nombreux jeunes frères consomment occasionnellement de la marijuana (sa vente a été légalisée à Washington) et acceptent les homosexuels. Si ces points de vue ne cadrent avec vos mœurs ou votre religion, fort bien. Mais les préceptes maçonniques prescrivent que chacun d'entre nous suit sa propre boussole morale et n'interdisent pas aux Frères de fumer de la marijuana ou d'être gay. Je vous demande donc de faire preuve de tolérance par rapport à notre façon de voir les choses, comme vous faites preuve de tolérance à l'égard des opinions politiques et religieuses de tout autre Frère."

    Ce sont des propos qui, reconnaissons-le, sont très éloignés de ceux tenus par le G∴M∴ de la G∴L∴ de Géorgie, le F∴ Douglas McDonald Sr. Ils témoignent de la diversité des sensibilités au sein de la FM nord-américaine.

    En tout cas, en publiant le point de vue du F Witten, la GL de l'Etat de Washington, déjà connue pour ses prises de position progressistes, confirme ainsi son attachement à une maçonnerie plurielle, ouverte et tolérante (cf. sa position historique concernant la maçonnerie de Prince Hall),.

  • Etats-Unis d'Amérique : la société avance, la maçonnerie recule

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    Dans le Masonic Messenger d'octobre 2015, l'organe de la G∴L∴  de Géorgie (Etats-Unis d'Amérique), le G∴M∴ Douglas W. McDonald Senior écrit ce monument de connerie :

    "Edict 2015-1 was issued on September 8 declaring that a Freemason is obliged to obey the moral law and Almighty God, the Grand Architect of the Universe, the Father of Abraham, Isaac and Jacob; that basic moral laws are not man-made Edicts or Decrees, but spring from the eternal justice and wisdom of Almighty God; Freemasons must constantly strive to keep their integrity intact, for it is our integrity that holds our way of life together, and when integrity is lost, all is lost; that good moral character is a pre-requisite for admission into Freemasonry (...) and that homosexuality is contrary to the moral law."

    Ce qui peut se traduire ainsi :

    "L'édit 2015-1 a été publié le 8 septembre et énonce que le franc-maçon est obligé d'obéir à la loi morale et à Dieu Tout-Puissant, le Grand Architecte de l'Univers, le Père d'Abraham, Isaac et Jacob ; que les lois morales fondamentales ne résultent pas d'édits ou de décrets artificiels, mais ressortent de la justice éternelle et de la sagesse de Dieu Tout-Puissant. Les francs-maçons doivent constamment s'efforcer de garder leur intégrité intacte, car notre manière de vivre ensemble en dépend, et lorsque l'intégrité est perdue, tout est perdu ; que la bonne moralité est un pré-requis pour l'admission dans la franc-maçonnerie (...) que l'homosexualité est contraire à la loi morale."

    Les homosexuels sont donc exclus de la franc-maçonnerie de cet Etat au nom de la loi morale et du G∴A∴D∴L∴U∴ Tout-Puissant !

    Cet édit inique et honteux, absolument contraire aux principes les plus sacrés de l'Ordre maçonnique, a été commenté par Roger Dachez et la blogueuse La Maçonne. Je ne reviendrai pas sur le fond de leurs analyses respectives que je partage entièrement.

    Je voudrais simplement souligner que cette prise de position consternante et rétrograde témoigne de l'ultra-conservatisme d'une maçonnerie américaine en pleine décroissance et plus que jamais déconnectée des réalités sociales.

    J'ai déjà eu l'occasion de montrer des exemples de cet ultra-conservatisme à travers le combat courageux de William H. Upton en faveur de la reconnaissance de "la maçonnerie nègre", l'interdiction de l'alcool par la G∴L∴ de l'Indiana ou encore les déboires judiciaires du malheureux F∴ Frank J. Haas en Virginie-Occidentale.

    Qu'il me soit permis de rappeler ici que la Cour suprême des États-Unis a rendu, le 26 juin 2015, une décision historique aux termes de laquelle elle a jugé que la Constitution fédérale garantissait aux personnes de même sexe le droit de pouvoir se marier.

    En d'autres termes, l'élargissement du mariage aux personnes de même sexe est devenu désormais un droit constitutionnel. Ce droit a vocation à être reconnu dans tous les Etats américains, y compris dans la très conservatrice Géorgie.

    Mais ce changement social profond et juridiquement irréversible semble avoir échappé au G∴M∴ McDonald. A moins que ce dernier n'ait précisément voulu profiter de la campagne des primaires pour affirmer le rejet de ce changement.

    N'oublions pas, en effet, que les Etats-Unis d'Amérique éliront, l'an prochain, un successeur au Président Obama.