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etats-unis d'amérique - Page 4

  • La franc-maçonnerie francophone aux Etats-Unis d'Amérique

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    Virginie, Louisiane, franc-maçonnerie, Etats-Unis d'Amérique, HistoireJe vais vous raconter l'histoire d'une loge d'origine francophone des Etats-Unis d'Amérique. Elle est connue aujourd'hui sous le titre distinctif de Fraternal Lodge. Elle porte le numéro 53 sur le tableau de la Grande Loge de Virginie.

    Tout a commencé par la venue à Richmond, capitale de l'Etat de Virginie, de Jean René Charles Huberson. Ce jeune Français avait traversé l'Atlantique pour enseigner la langue de Molière. Huberson était également franc-maçon du Grand Orient de France. Il avait été initié au sein de la Respectable loge L'Etoile de la Gironde à l'Orient de Bordeaux (sauf erreur de ma part, je pense que cette loge bordelaise n'existe plus).

    Très rapidement, Huberson conçut le projet de fonder une loge maçonnique francophone à Richmond. Le 1er mai 1849, il a fondé et constitué provisoirement la Respectable Loge de Saint-Jean, sous le titre distinctif de Loge Française. Huberson avait réussi à trouver sur place huit frères francophones (V. Favier, Robert Duquesne, P.A.H, Sébastien Delarue, Michel Delarue, François Delarue, Jean-Baptiste Petit et Pierre Devaux).

    Le 12 Juillet 1849, la Loge Française décida, à l'unanimité de ses membres, de solliciter une patente auprès du Grand Orient de France. Les réunions avaient lieu dans le sous-sol de la maison appartenant à Sebastien Delarue.

    En 1849, Richmond était une petite ville de 27000 habitants. Le milieu maçonnique était restreint. La nouvelle de la création d'une loge de Français est vite parvenue aux oreilles des dignitaires de la Grande Loge de Virginie qui décidèrent de rencontrer les fondateurs de cette loge sauvage. A l'initiative du frère Rosier, Vénérable de la Loge Saint-Johns n°36, parfaitement bilingue, une délégation de la Grande Loge de Virginie se rendit à la loge d'Huberson le 1er novembre 1849.

    Après plusieurs rencontres, ces illustres visiteurs parvinrent à convaincre les fondateurs de demander une charte à la Grande Loge de Virginie. Le 23 août 1850 eut lieu une cérémonie de régularisation. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Probablement que, hormis Huberson, aucun des fondateurs n'avait été initié régulièrement !

    Le 17 décembre 1850 la loge Française reçut sa charte et fut officiellement agrégée à la Grande Loge de Virginie sous le numéro 53 en présence des Grands Officiers de l'obédience et de nombreux visiteurs. Les francs-maçons présents chantèrent La Marseillaise. On disposa à l'orient les drapeaux des Etats-Unis et la France. La cérémonie d'installation fut suivie des traditionnelles agapes fraternelles.

    Très rapidement, la Loge Française dut faire des concessions pour pouvoir travailler selon les usages de la Grande Loge de Virginie. Elle fut obligée de modifier son règlement intérieur afin de le rendre compatible aux usages américains. Elle dut donc abandonner le rite français pour adopter le rite d'York. Ce qui contraignit les frères Huberson, Rosier et Descayrac à en effectuer la traduction et à l'enseigner aux membres francophones. Il faut savoir en effet que les Grandes Loges américaines avaient décidé, dès les années 1840-1850, d'uniformiser le plus possible les usages maçonniques afin de faciliter les reconnaissances.

    À la fin de 1852, Huberson repartit en France. J'ignore les raisons de ce départ. Mal du pays ? Problèmes familiaux ? Santé précaire ? Divergences sur les orientations données au travail maçonnique ? Toujours est-il que le départ d'Huberson a certainement favorisé l'anglicisation rapide de la petite loge. Huberson, à ma connaissance, n'a pas joué de rôle maçonnique notable en France.    

    En effet, le 24 juillet 1854, la loge Française eut l'honneur de poser la première pierre de l'Eglise Méthodiste Unie. La pose de pierres angulaire est une cérémonie inconnue des loges françaises. Il paraît que ce fut la seule fois que la langue française a été employée à la pose d'une pierre angulaire en Virginie et, peut-être, aux Etats-Unis. Noyée dans un environnement maçonnique exclusivement anglophone, la loge Française ne résista pas bien longtemps. A partir de 1857, les tracés des travaux furent rédigés en anglais. Elle traversa tant bien que mal la douloureuse guerre de sécession (Richmond était la capitale des Etats confédérés). Puis, en 1890, l'atelier changea son titre distinctif pour adopter celui qui est toujours le sien aujourd'hui : Fraternal Lodge.

    etoilepolaire.jpgJ'ai lu sur un excellent blog que la Fraternal Lodge est la loge francophone la plus ancienne des Etats-Unis d'Amérique. C'est inexact.

    Beaucoup de loges francophones furent fondées en Amérique du Nord dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle. Je ne parle pas ici du Canada, mais des territoires qui, progressivement, vont constituer les Etats-Unis d'Amérique. Je pense donc notamment en Louisiane qui allait en 1800 de la Louisiane jusqu'au Montana ! Ce territoire gigantesque fut vendu aux Etats-Unis par la France en 1803.

    La Louisiane actuelle est devenue un Etat fédéré en 1812. Sous les auspices de la Grande Loge de Louisiane, il existe des loges dont les titres distinctifs français ont été conservés notamment à la Nouvelle Orléans : Etoile Polaire n°1 (créée en 1794) ou Persévérance n° 4 (créée en 1806 à Saint-Domingue ; elle déménagea à Cuba après l'indépendance haïtienne ; et enfin elle s'établit à la Nouvelle Orléans).

    Ces loges, originairement francophones, sont devenues anglophones pour survivre. Est-ce le refus de l'anglicisation qui a conduit la loge Concorde n°3 (fondée en 1798) à disparaître ? Je ne sais pas. Toujours est-il qu'il n'y a plus de loge n°3 sur le tableau d'ordre de la Grande Loge de Louisiane. La loge Parfaite Union, une autre loge francophone, est devenue Perfect Union et s'est retrouvée en tête de tableau à égalité avec Etoile Polaire. Une autre loge francophone, Charité n°93, est devenue Charity. Je n'en ai pas retrouvé la trace.

    Il n'en demeure pas mois que tous ces ateliers originellement francophones ont fait partie des loges fondatrices d'un éphémère Grand Orient de Louisiane fondé en 1812 qui, à son tour, a donné naissance à la Grande Loge de Louisiane. Etoile Polaire comme Perfect Union et Persévérance ont la spécificité d'avoir conservé la patente du rite français et du rite écossais alors que toutes les autres loges symboliques louisianaises ont été constituées au seul rite d'York. Ces loges sont qualifiées aujourd'hui de loges rouges (allusion au grade de chevalier rose-croix, 4ème ordre du rite français, 18ème degré du rite écossais) par les maçons louisianais.

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    Ces loges témoignent donc d'une présence maçonnique française aux Etats-Unis bien antérieure à celle d'Huberson et ses frères de Virginie. Je ne sais pas s'il existe actuellement des loges uniquement composées de Cajuns, notamment dans les districts où la population francophone est encore significative (St Martin, Vermilion et Evangeline où les francophones avoisinent les 18%).

    La maçonnerie francophone est également représentée aux Etats-Unis par la maçonnerie haïtienne qui y est bien vivante et active (plus particulièrement à New York). Le Grand Orient de France, quant à lui, y est représenté depuis 1900. Il compte aujourd'hui quatre loges qui portent le flambeau de la maçonnerie libérale dans un océan de régularité (Sur la côte est, L'Atlantide, loge doyenne, à New York, La Fayette 89 à Washington ; sur la côte ouest, Pacifica à San Francisco et Art et Lumière à Los Angeles).

  • Ernest Borgnine, l'homme au grand coeur

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    borgnine.jpgLe 8 juillet prochain, cela fera quatre ans que le F Ernest Borgnine a rejoint l'O éternel. Il fait partie de ces gueules du cinéma américain qu'on n'oublie pas. Et c'est là l'ironie de l'histoire car cet homme au grand coeur a d'abord été révélé au public pour ses rôles de méchant dans quatre chefs d'oeuvre du cinéma : Tant qu'il y aura des hommes en 1953, Un homme est passéVera Cruz et Johnny Guitare en 1954. Il a obtenu l'Oscar du meilleur acteur en 1955 pour le film Marty dans un rôle où ne l'attendait pas.

    Je me souviens surtout de l'acteur de séries télévisées. L'adolescent que j'étais dans les années 80 aimait Borgnine alias Dominic Santini, le gentil copilote du ténébreux Jan-Michael Vincent alias « Springfellow » Hawke dans la série Supercopter.

    Borgnine était franc-maçon actif. Un vieux franc-maçon. Initié en 1950. Il appartenait à deux loges bleues. Hollywood Lodge n°355 à l'O de Tarzana (GL de Californie) et Abingdon Lodge n°48 à l'O d'Abingdon (GL de Virginie). Il était également membre du Suprême Conseil du REAA des Etats-Unis d'Amérique (juridiction sud) depuis 1963 et il en était 33ème honoraire depuis 1983. Borgnine était un philanthrope. Il soutenait plus particulièrement le centre de Richmond qui s'occupe des problèmes d'orthophonie et de pathologies vocales des enfants.

    Le centre culturel et événementiel des ateliers écossais de Long Beach (Californie) a pris le nom de Théâtre Ernest Bognine. A cette occasion, une plaque commémorative a été inaugurée en présence de l'acteur (photo ci-contre).

  • Lionel Richie dans les pas d'Adams, Washington et «Richie» Brown

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    richie.jpgLa photo ci-contre circule sur le réseau Facebook sans plus d'explication. Elle semble extraite d'une brochure ou d'une revue éditée par la G∴L∴ Prince Hall de l'Etat d'Alabama. Le grand maître de l'époque, le Dr. William O. Jones, était professeur à l'Université de Tuskegee (je reviendrai sur cette institution).

    Lionel Richie, vedette internationale bien connue, est officiellement remercié pour sa contribution financière pour la rénovation du siège de l'obédience. Son don est conséquent : 30 000 $ (mais aux Etats-Unis, ce genre de don n'étonne personne).

    Il est précisé que le chanteur a été initié en 2008 au sein de la R∴L∴ Lewis Adams n°67. Cet atelier se réunit à l'O∴ de Tuskegee (Alabama).

    Allons plus loin. Et essayons de voir un peu au-delà de ce cliché. Et posons-nous cette question : qui était Lewis Adams ?

    Lewis Adams était un afro-américain né en Alabama, plus précisément dans le comté de Macon, le 27 octobre, 1842. Il a passé les premières années de sa vie comme jeune esclave dans une plantation où il a notamment appris la cordonnerie et le travail du cuir et des métaux. On ne sait pas vraiment grand-chose de ses jeunes années si ce n'est qu'il a appris à lire, écrire et compter. Il semble qu'il parlait aussi plusieurs langues.

    Après la guerre de sécession et l'abolition de l'esclavage en 1865, Lewis Adams a quitté la plantation où il vivait pour ouvrir un magasin dans la ville de Tuskegee. Là, avec son épouse Sallie, Lewis Adams a formé les jeunes noirs aux métiers du cuir et des métaux (cordonnerie, bourrellerie, ferblanterie).

    lewis adams.jpgAdams pensait qu'il était absolument primordial que les noirs accèdent à l'éducation et aux différents savoirs afin de devenir des citoyens à part entière. Il a milité auprès de l'Etat de l'Alabama et des autorités du comté de Macon pour la création d'une école normale ouverte aux noirs.

    En 1881, il obtient gain de cause avec l'aide déterminante de Booker T. Washington (1856-1915). L'école normale de Tuskegee est devenue depuis l'université de Tuskegee. Elle joue un rôle important dans la formation intellectuelle et morale des élites noires américaines.

    Lewis Adams s'est éteint le 30 avril 1905. Trois ans après sa mort, une loge fut fondée à Tuskegee au nom et sous auspices de la G∴L∴ Prince Hall d'Alabama. Cette R∴L∴ a pris le titre distinctif de Lewis Adams et a reçu sa charte de fondation le 20 août 1908.

    booker T. Washington, lionel richie,franc-maçonnerie,etats-unis d'amérique,prince hall,tuskegee,alabama,lewis adams,john louis brown,guerre de sécessionJ'en viens maintenant à Lionel Richie. L'auteur compositeur interprète, né à Tuskegee, est issu d'une famille déjà sensible à l'idéal maçonnique et à la promotion des droits de l'homme. Son arrière-grand-père du côté de la branche maternelle, John Louis Brown dit « Richie », avait été un militant politique de la cause des afro-américains pendant et après la guerre de sécession, tout comme Lewis Adams.

    Au dix-neuvième siècle, Brown avait été également le fondateur et le chef d'une société fraternelle d'inspiration maçonnique dont le nom était « Knights of the Wise Men » (Les Chevaliers des Hommes Sages). Cet ordre d'afro-américains, dont le siège était basé à Chattanooga (Tennessee), procédait à des initiations. John L. « Richie » Brown en avait rédigé les rituels en trois degrés calqués sur ceux de la franc-maçonnerie. Le chanteur avait eu la surprise de découvrir cet ancêtre lors de sa participation, au début de l'année 2011, à l'émission de télévision « Who do you think you are ? » (Qui pensez-vous être ?) sur la chaîne NBC.

    Je suis sûr maintenant que vous n'écouterez plus « Say You, Say Me » de la même manière.

    Say You, Say Me (Dis Toi, dis Moi)lionel richie,franc-maçonnerie,etats-unis d'amérique,prince hall,tuskegee,alabama,lewis adams,john louis brown,guerre de sécession

    [Chorus]
    [Refrain]
    Say you, say me, say it for always
    Dis toi, dis moi, dis le pour toujours
    That's the way it should be
    C'est ainsi que ça devrait être
    Say you, say me, say it together
    Dis toi, dis moi, disons le ensemble
    Naturally
    Naturellement

    I had a dream I had an awesome dream
    J'ai fait un rêve, une rêve impressionant
    People in the park playing games in the dark

    Dans le parc, des gens jouaient dans l'obscurité
    And what they played was a masquerade
    Et le jeu qu'ils jouaient était une mascarade
    And from behind of walls of doubt a voice was crying out
    Et par derrière des murs de doute une voix poussait des cris

    [Chorus]
    [Refrain]

    As we go down life's lonesome highway
    Alors que nous descendons cette route solitaire qu'est la vie
    Seems the hardest thing to do is to find a friend or two
    La chose la plus dure semble être de trouver un ami ou deux
    A helping hand some one who understand
    Une main tendue quelqu'un qui comprend
    That when you feel you've lost your way
    Quand tu sens que tu t'es égaré
    You've got some one there to say I'll show you
    Il y a quelqu'un là pour te guider

    [Chorus]
    [Refrain]

    So you think you know the answers, oh no
    Ainsi tu penses que tu connais les réponses, oh non
    The whole world has got you dancing
    Le monde entier te fait danser
    That's right I'm telling you
    C'est exact je te le dis
    It's time to start believing, oh yes
    Il est temps de commencer à le croire, oh oui
    Believing who you are you are a shining star
    Crois en toi tu es une étoile qui brille

    [Chorus]
    [Refrain]

    Say it together, naturally
    Disons le ensemble, naturellement

     

  • Joseph « Thayendanegea » Brant, le frère inattendu

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    fraternité, john mackinstry,joseph brant,thayendanegea,etats-unis d'amérique,sir william johnson,canada,angleterre,françois-timoléon bègue-clavel,légendes, symbole, reconnaissanceAu dix-neuvième siècle, il y avait incontestablement une fascination pour les mystérieux liens de solidarité et d'amitié susceptibles de naître entre des francs-maçons en situation de péril imminent. La littérature maçonnique de ce temps fourmille d'anecdotes où des francs-maçons ont eu la vie sauve parce qu'ils ont su se reconnaître comme tels en utilisant, à temps et à bon escient, le fameux signe de détresse qui a, par la suite, fait couler tant d'encre chez les obsessionnels du complot.

    Grâce à ces histoires, souvent légendaires faute de sources documentaires fiables, les écrivains maçons ont entendu démontrer que la franc-maçonnerie transcendait les clivages partisans. Je voudrais revenir ici sur l'une d'entre elles que rapporte François-Timoléon Bègue-Clavel dans son livre Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie et des sociétés secrètes (1843). L'auteur écrit (cf. pp. 282 et suivantes) :

    « Ce n'est pas seulement parmi les peuples civilisés que la franc-maçonnerie inspire de pareils dévouements ; elle agit aussi, avec non moins de force, sur l'âme même des sauvages. Pendant la guerre des Anglais et des Américains, le capitaine Mac Kinsty, du régiment des Etats-Unis commandé par le colonel Paterson, fut blessé deux fois et fait prisonnier par les Iroquois à la bataille des Cèdres, à trente milles au-delà de Montréal, sur le Saint-Laurent. Son intrépidité comme officier de partisans avait excité les terreurs et le ressentiment des Indiens, auxiliaires des Anglais, qui étaient déterminés à lui donner la mort et à le dévorer ensuite. Déjà la victime était liée à un arbre et environnée de broussailles qui allaient devenir son bûcher. L'espérance l'avait abandonnée. Dans l'égarement du désespoir, et sans se rendre compte de ce qu'il faisait, le capitaine proféra ce mystique appel dernière ressource des maçons en danger. Alors, comme si le ciel fut intervenu entre lui et ses bourreaux, le guerrier Brandt, qui commandait les sauvages, le comprit et le sauva. Cet Indien, élevé en Europe, y avait été initié aux mystères de la franc-maçonnerie. Le lien moral qui l'unissait à un frère fut plus fort que la haine de la race blanche, pour laquelle pourtant il avait renoncé aux douceurs et aux charmes de la vie civilisée. Il le protégea contre la fureur des siens, le conduisit lui-même à Québec, et le remit entre les mains des maçons anglais, pour qu'ils le fissent parvenir sain et sauf aux avant-postes américains. Le capitaine Mac Kinsty devint plus tard général dans l'armée des Etats-Unis. Il est mort en 1822. »

    Bien entendu, il ne faut pas se formaliser outre mesure des propos racistes de Bègue-Clavel. Ils sont conformes aux préjugés de l'époque. En tout cas, l'auteur a cru déceler dans ce fait remarquable la preuve que la franc-maçonnerie était susceptible d'adoucir les moeurs, même à ses yeux les plus grossiers et les moins civilisés, et de rapprocher des ennemis mortels. Il y a néanmoins, comme on va le voir, beaucoup de fantaisie et d'inexactitudes dans ce que Bègue-Clavel rapporte (notamment des imprécisions sur l'orthographe des patronymes).

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    Le guerrier iroquois dont Bègue-Clavel parle dans son livre a bien existé. C'était un Mohawk loyaliste. Un personnage de l'histoire américano-canadienne. Il s'appelait Thayendanegea (1743-1807) mais reçut le nom chrétien de Joseph Brant après avoir été baptisé dans la religion anglicane. Dans sa jeunesse, il fut le protégé de Sir William Johnson (1715-1774), le surintendant britannique des Indiens d'Amérique du Nord, qui était extrêmement populaire auprès des tribus indiennes. Johnson était franc-maçon et ancien Grand Maître provincial de la colonie de New York. Après le décès de son épouse Catherine en 1759, William Johnson se maria avec Molly, la soeur de Joseph Brant.

    Brant fit des études dans un Collège du Connecticut. C'était un lettré parfaitement anglophone et assimilé. Il participa logiquement à la guerre aux côtés des Anglais contre les indépendantistes américains et les Français où il acquit une solide réputation de guerrier (pour ses ennemis, Brant était the monster Brant, un être cruel, brutal, sanguinaire, anthropophage). Habile stratège, Joseph Brant parvint à fédérer en 1775 les six nations iroquoises contre les indépendantistes américains. Brant fut cependant contraint de s'exiler en Ontario (Canada) après la fin de la guerre, en 1783, qui déboucha sur l'indépendance politique des treize colonies d'Amérique du nord. A la fin de sa vie, Joseph Brant se consacra à la propagation du christianisme au sein des nations iroquoises. Il traduisit notamment les Actes des Apôtres en langue mohawk. Il mourut en 1807.

    C'est au cours de son voyage en Angleterre que Joseph « Thayendanegea » Brant fut initié aux trois grades symboliques de la franc-maçonnerie, en avril 1776, au sein des loges londoniennes Falcon et Hirams Cliftonians. La tradition dit qu'il reçut son tablier des mains du roi George III. Il n'a donc jamais pu participer à la fameuse bataille des Cèdres à laquelle Bègue-Clavel a fait allusion dans son ouvrage. En effet, cette bataille eut lieu en mai 1776. Or, Brant ne retourna en Amérique que fin juillet 1776. Il lui était matériellement impossible de rencontrer le capitaine MacKinstry dans les circonstances décrites par Bègue-Clavel. Il s'agit donc très certainement d'une invention ou en tout cas d'une histoire largement enjolivée. Dans son livre The Iroquois in the American Revolution (ed. Syracuse University Press, New York, 1972), Barbara Graymonts écrit (p.94) :

    « There has been long erroneous belief that Joseph Brant participated in the action at the Cedars. William L. Stone, Brant's biographer, claimed that Brant was there and that he saved Captain John MacKinstry from being burned at the stake by the Indians. Brant was actually in England at the time and did not return to America until the end of July 1776. Stone's error was an honest one. He based his story on the testimony of one George MacKinstry, a descendant of Captain John MacKinstry. The latter might have been saved by an Indian, but it was not Brant. »

    On trouve d'ailleurs des variantes de cet épisode mais avec un autre officier. Ce qui confirme son caractère légendaire. C'est ainsi que l'on a pu affirmer que lors de l'attaque de Cherry Valley, en 1778, le lieutenant colonel William Stacy (1734-1802) avait été épargné par Joseph Brant parce qu'il s'était fait reconnaître franc-maçon auprès de lui. Là non plus, il n'y a aucune source fiable comme le signale Allan Eckert (cf. The Wilderness War: A Narrative. Winning of America Series. Volume 4. Ashland, Kentucky : Jesse Stuart Foundation. p. 461–462).

    fraternité, john mackinstry,joseph brant,thayendanegea,etats-unis d'amérique,sir william johnson,canada,angleterre,françois-timoléon bègue-clavel,légendes, symbole, reconnaissanceOn est donc dans un procédé narratif censé mettre en évidence la nature fabuleuse de l'appartenance maçonnique puisque celle-ci est supposée pouvoir éventuellement sauver la vie de celui qui s'en prévaut, à la condition toutefois que la bonne fortune veuille que l'agresseur fréquente lui aussi les loges (ce qui, reconnaissons-le quand même, amenuise considérablement les chances de survie).

    Je pense cependant que toutes ces histoires de soldats prêts à succomber sous les coups de l'adversaire, de voyageurs sans défense attaqués en pleine mer par de méchants corsaires, etc., et qui arrivent à s'en sortir in extremis en raison d'une appartenance maçonnique commune avec leurs agresseurs, poursuivaient aussi un but pédagogique inconscient. Inconscient dans le sens où les auteurs ne s'en sont pas rendus compte.

    Que s'agissait-il de montrer ? Tout simplement que le franc-maçon doit parfaitement bien connaître les signes, mots et attouchements des grades auxquels il a été initié s'il veut pouvoir être reconnu comme tel. Si le franc-maçon les maîtrise de manière satisfaisante, alors il ne pourra jamais être seul et ignoré d'un frère quand bien même il n'aurait pas d'autres moyens de prouver son appartenance. De façon plus générale, ces petites histoires ne font que souligner l'importance du symbole dans les rapports fraternels. Et pour ce qui concerne l'histoire de l'iroquois Brant, celle-ci montre qu'il ne faut pas trop vite juger sur les apparences car la fraternité peut parfois prendre les traits d'un visage inattendu.

  • Le respect des règles

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    hastings.jpgJe rebondis sur la réponse du Grand Maître de la Grande Loge du Tennessee en date du 14 mars dernier pour vous livrer cette petite réflexion.

    Faisons tout d'abord abstraction de l'objet du débat : l'incompatibilité qu'il pourrait y avoir entre l'appartenance maçonnique et certaines orientations sexuelles. Et concentrons-nous plutôt sur un autre de ses aspects tout aussi important parce qu'il le détermine d'une certaine façon : le respect des règles.

    Si sur le fond la position de la Grande Loge du Tennessee est moralement contestable, sur la forme en revanche, elle semble parfaitement cohérente. Le Grand Maître Hastings rappelle - à tort ou à raison - que la décision de la Grande Loge du Tennessee a été prise en application d'une disposition réglementaire votée il y a trente ans.

    Par conséquent, seuls ceux habilités à voter aujourd'hui les lois internes de la Grande Loge du Tennessee peuvent défaire ce qui a été voté il y a trente ans. Autrement dit, les lois qui régissent la vie de la Grande Loge du Tennessee forment le pacte social des loges qui la constituent. Elles sont l'expression de sa souveraineté inaliénable. Les autres obédiences n'ont donc pas à s'immiscer dans cette vie interne même si celle-ci peut heurter, choquer ou inquiéter.

    Bien évidemment, j'écris cela avec les précautions d'usage car je n'ai évidemment pas tous les éléments pour pouvoir en juger. Cependant, dans n'importe quelle obédience sérieuse, il appartient à chaque loge de vérifier si l'admission d'un profane est susceptible de poser des problèmes réglementaires. Dans le cas qui nous préoccupe, on peut se demander si la loge concernée a interrogé la Grande Loge du Tennessee avant d'initier ce couple homosexuel, ne serait-ce déjà que pour mettre en évidence le caractère contestable de certaines dispositions réglementaires. En fonction de la réponse de l'obédience, cette loge aurait pu éventuellement en tirer toutes les conclusions pour elle même (ex : ajourner l'initiation et demander une modification réglementaire ; procéder à l'initiation et prendre son autonomie en devenant une loge sauvage ou en rejoignant une autre obédience plus libérale comme par exemple la George Washington Union ou le Grand Orient des Etats-Unis si toutefois ce dernier existe toujours). Je ne pense qu'elle l'ait fait sauf erreur de ma part.

    S'il apparaît que cette loge a enfreint les règles de son obédience (du latin, obedientia, obéissance), alors on ne peut pas tout à fait être étonné que l'obédience ait cherché à les faire respecter bien que celles-ci, une fois encore, puissent apparaître totalement surannées et en complet décalage avec la société. Après tout, c'est à ceux qui ont le pouvoir de changer les règles au sein de la Grande Loge du Tennesse, à prendre leurs responsabilités s'ils estiment devoir le faire

    Posons-nous enfin une question toute simple. Que fait et que dit la loge qui a initié ce couple homosexuel ? Je n'ai pas l'impression qu'on l'entende beaucoup. Je n'ai pas non plus l'impression - mais je peux me tromper - qu'elle soit spécialement entrée en résistance. Pourtant, elle a bien été à l'initiative de ce qui est devenu un sacré merdier. Les malheureux Mark Henderson et Dennis Clark ont été bannis. Un peu comme le fut d'ailleurs Maria Deraismes par la loge alpicoise Les Libres Penseurs qui l'initia en 1882 au mépris des règles de la Grande Loge Symbolique Ecossaise.

    Ce qu'il faut comprendre, c'est que le respect des règles n'est pas l'expression d'une rigidité mentale. Ce respect est au contraire la condition sine qua non de la cohésion du groupe. Les procédures, comme l'écrivait Benjamin Constant, sont les divinités tutélaires de la liberté. Sans les règles, il n'y a que de l'arbitraire. Sans les règles, c'est la loi du plus fort qui prévaut. L'arbitraire naît toujours des petits arrangements même si on les fait pour une cause juste.

    Un Frère me disait il y a quelques jours : "L'important, c'est l'esprit de la règle, pas la règle." Ben voyons ! C'est précisément au nom de cet "esprit de la règle" qu'on en arrive souvent à faire n'importe quoi, comme par exemple demander à une loge de voter alors que le vote n'est pas à l'ordre du jour et n'a pas été annoncé dans la convocation aux travaux. 

    rg.jpg"L'esprit de la règle", c'est cette commodité qui permet à ceux qui s'en prévalent d'imposer en réalité leurs vues à tout un atelier. On appelle cela la politique du fait accompli. Ceci dit, j'en conviens, les règles ne sont pas toutes justes ou toutes indiscutables. Ce qui se passe au Tennessee en est une illustration parmi d'autres. C'est la raison pour laquelle il n'est pas interdit d'avoir l'intelligence de les changer en suivant la procédure prévue pour cela et à la condition, bien sûr, qu'il se trouve une majorité pour le faire. 

    Enfin, quand je lis la lettre du Grand Maître Hastings, qui rappelle que la décision contestée s'appuie sur une disposition réglementaire vieille d'une trentaine d'années, je ne peux m'empêcher d'éprouver un sentiment d'étonnement admiratif devant une telle stabilité réglementaire, surtout quand  je pense à la constitution et au règlement général de ma propre obédience qui changent aussi souvent que le code général des impôts sous l'effet de continuelles modifications pas toujours inspirées. C'est comme si la stabilité réglementaire était devenue suspecte. Que l'on y songe. L'instabilité réglementaire favorise l'arbitraire, le juridisme abscons, les phraseurs pervers et chicaneurs, et les tribuns d'assemblée prompts aux manipulations en tous genres.

    Pour en revenir à la situation de la Grande Loge du Tennessee, celle-ci va se réunir, semble-t-il, en fin de mois. Je suis loin d'être un spécialiste de la franc-maçonnerie américaine, mais je ne pense pas trop m'avancer quand même en disant que cette obédience maintiendra sa position. Comment pourrait-il en être autrement ? Elle aura beau jeu de rappeler qu'elle fonctionne ainsi depuis des années, qu'elle n'est pas la seule (on beaucoup parlé de la Grande Loge de la Géorgie, mais on oublie que la Grande Loge du Kentucky est dans la même situation) et, surtout, elle peut déjà constater que d'autres Grandes Loges défendent une position intermédiaire comme, par exemple, la Grande Loge du Wisconsin. Dans un courrier en date du 16 mars 2016, Franklin J. Struble, son Grand Maître, rappelle que la Grande Loge du Wisconsin ne se préoccupe pas des orientations sexuelles de ses membres mais qu'elle respecte l'indépendance et la souveraineté des autres Grandes Loges. En d'autres termes, il faut respecter les choix des Grandes Loges mises sur la sellette et ne pas s'immiscer dans leurs affaires internes. C'est donc dire à quel point le respect des règles est fondamental aux yeux des obédiences américaines. Parmi ces règles non négociables, il y a la souveraineté des Grandes Loges.

    Voilà où nous en sommes aujourd'hui. Il reste à savoir si on va vers une profonde division de la maçonnerie américaine, opposant progressistes et conservateurs, ou bien vers une normalisation des relations entre Grandes Loges lorsque la pression médiatique sera retombée. Je pense, pour ma part, que nous assisterons à une normalisation car ce n'est évidemment pas la première fois que l'on assiste à de telles bisbilles entre Grandes Loges. Il y a donc peut-être, dans ce contexte particulier, une carte à jouer pour la maçonnerie libérale (prise dans son acception la plus large) si toutefois cette dernière parvient à intéresser et à fédérer les loges ou les francs-maçons américains les plus insatisfaits et les plus ouverts d'esprit.

  • Franc-Maçonnerie et Homosexualité aux Etats-Unis (3)

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    Par l'intermédiaire de son Grand Maître, la Grande Loge du Tennessee a réagi aux suspensions dont elle fait l'objet de la part de certaines Grandes Loges américaines depuis février dernier. Comme on pouvait s'y attendre, la Grande Loge du Tennessee oppose non seulement une fin de non recevoir mais suspend également ses relations fraternelles avec les Grandes Loges qui ont condamné son attitude. 

    Ci-dessous, le décret  2016-1 qui suspend les relations avec la Grande Loge de Californie. Je vous fais grâce des autres.

    TNCA1.jpg

    J'ajoute la lettre d'accompagnement du Grand Maître qui explique la position de sa Grande Loge. Elle tient en quelques mots : la Grande Loge du Tennessee est maîtresse chez elle et fait appliquer les dispositions de son règlement. Je suppose que la section du règlement à laquelle le Grand Maître Hastings se réfère est celle qui pose problème. Il indique que cette section a été votée par sa Grande Loge il y a trente ans. Seul un vote supprimant cette section pourrait permettre à la Grande Loge de changer sa position actuelle. Le Grand Maître ne précise pas si ce vote de suppression est prévu. Cela m'étonnerait.

    TNDC2 (1).jpg

    Il ne serait pas étonnant en revanche que cette fermeté incite les autres Grandes Loges américaines à temporiser et à attendre pour voir dans quelle direction le vent dominant va souffler. Lors de la XIVème conférence mondiale des Grandes Loges Maçonniques Régulières, du 18 au 21 novembre 2015 à San Francisco, je rappelle que tout ce débat n'avait pas été évoqué....

  • Franc-Maçonnerie et Homosexualité aux Etats-Unis (2)

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    De l'autre côté de l'Atlantique, les positions rétrogrades des Grandes Loges de la Géorgie et du Tennessee à l'égard de l'homosexualité, provoquent des remous de plus en plus importants. Les maçons américains sont fébriles sur les réseaux sociaux et n'hésitent pas à exprimer leur incompréhension et leur désapprobation.

    Parmi tous les témoignages publiés sur internet, j'ai choisi de traduire dans les grandes lignes (avec mes faibles moyens) et de partager un extrait d'une vidéo réalisée par le Frère Mikie Da Poet de la Grande Loge de l'Illinois le 8 mars dernier. Elle exprime bien l'idéal de notre Ordre.

    Si la traduction ne se fait pas automatiquement, cliquez sur l'icône en bas à droite qui se trouve à côté de celui de Youtube.

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    La désapprobation, comme vous le verrez, se fait toujours en des termes mesurés. Da Poet le dit : il faut y mettre de la diplomatie. Je ne suis pas sûr cependant que ça soit suffisant.

    Mais bon, comme on peut le lire souvent dans les conclusions des rédactions en manque d'inspiration : "Bref, l'avenir nous le dira."

    _______________

    Mise à jour 16 mars 15:41

    Le blog Hiram diffuse une réponse de la Grande Loge de la Géorgie que l'on peut résumer ainsi en s'inspirant de la réaction d'un ancien président de la République française : "Ça m'en touche une sans faire bouger l'autre."

    Il y a donc de fortes chances que la Grande Loge du Tennessee soit sur cette même ligne assez couillue. Wait and see.
  • Franc-Maçonnerie et Homosexualité aux Etats-Unis

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    georgia-bans-gay-masons-300x162.jpgLa décision des Grandes Loges de Géorgie et du Tennessee affirmant l'incompatibilité entre l'homosexualité et l'appartenance maçonnique a incité certaines Grandes Loges à rompre leurs relations fraternelles. C'est le cas, à ce jour, des Grandes Loges de Washington DC et de Californie et, en Europe, de la microscopique Grande Loge Régulière de Belgique. Il y en aura peut-être d'autres à l'avenir. Ces ruptures interviennent dans un contexte très particulier qu'il convient de rappeler sous peine, me semble-t-il, de ne rien comprendre à ce qui se passe outre-Atlantique.

    1°) LCour suprême des États-Unis a rendu, le 26 juin 2015, une décision historique aux termes de laquelle elle a jugé que la Constitution fédérale garantissait aux personnes de même sexe le droit de pouvoir se marier. En d'autres termes, l'élargissement du mariage aux personnes de même sexe est devenu désormais un droit constitutionnel. Ce droit a vocation à être reconnu dans tous les Etats américains, y compris dans la très conservatrice Géorgie. Cet arrêt historique, notamment dans ses répercussions sur les pratiques maçonniques de certaines juridictions, a fait l'objet d'une analyse intéressante des Frères Jon Ruark et Jason Richards.

    2°) En octobre 2015, les Grandes Loges de Géorgie et du Tennessee, par l'intermédiaire de leurs Grands Maîtres, ont exprimé des positions homophobes aujourd'hui dénoncées. Le Grand Maître de la Grande Loge de Géorgie a dit que l'homosexualité était un pêché. Le Grand Maître de la Grande Loge du Tennessee a viré un couple de frères gays. Quoi  qu'il en soit, on est dans « la finesse » et « l'intelligence » (je mets des guillemets car tous les lecteurs ne comprennent pas l'ironie).

    3°) Nous sommes en pleine campagne des primaires pour la désignation des candidats à la présidence des Etats-Unis d'Amérique. C'est une des plus violentes primaires depuis des décennies. On assiste à une radicalisation du discours politique aussi bien à gauche (Bernie Sanders) qu'à droite (Donald Trump en particulier).

    4°) Le 13 février 2016, la mort soudaine d'Antonin Scalia, juge ultraconservateur à la Cour suprême des Etats-Unis d'Amérique a crispé un peu plus la campagne des primaires. La plus haute juridiction peut pencher désormais du côté des juges progressistes si toutefois le président Barack Obama nomme un nouveau juge inamovible avant l'élection présidentielle de novembre prochain. Les conservateurs américains, notamment les fondamentalistes chrétiens hostiles à l'Etat fédéral, voient évidemment dans ce basculement un péril mortel pour « les valeurs de l'Amérique éternelle ». 

    5°) Les résultats des primaires en Géorgie et au Tennessee valent mieux qu'un long discours et montrent à quel point ces deux Etats sont politiquement homogènes et ultraconservateurs (les gouverneurs et les sénateurs y sont tous républicains ; la majorité à la chambre de ces deux Etats y est nettement républicaine). Les républicains drainent les électeurs (1 275 601 en Géorgie, 834 939 au Tennessee). Trump est le grand gagnant, Bush a fait moins de 5%. L'escroc raciste David Duke, ancien dirigeant du Ku Klux Klan, a d'ailleurs officiellement apporté son soutien au turbulent milliardaire. Les démocrates ont moins mobilisé (757 340 en Géorgie et 365 637 au Tennessee) mais ont largement désigné Hillary Clinton. Je vous passe les détails des chiffres parce que les primaires sont un processus complexe. Le nombre de délégués n’est pas égal dans tous les Etats et varie selon les partis. Idem du mode de scrutin.

     

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    A votre avis, pour qui le maçon (blanc) moyen de ces deux Etats a-t-il voté ? J'ai une petite idée que je vous livre brute de décoffrage : pour un excité grossier, vulgaire et raciste aux cheveux jaunes et plein de pognon. Le maçon (afro-américain) moyen, lui, a probablement voté Clinton même s'il peut rester sentimentalement attaché au parti républicain pour des raisons historiques (Abraham Lincoln, le célèbre président abolitionniste, fut membre du parti républicain). Comment voulez-vous, dans une telle configuration politique, que les Grandes Loges de Géorgie et du Tennessee se remettent en question ? C'est à mon avis difficile à envisager. Ces dernières doivent bien se moquer des ruptures annoncées. Ces obédiences reflètent les mentalités locales. Et encore quand je dis « locales », il faut avoir présent à l'esprit que le Tennessee est plus vaste que le Portugal. La Géorgie est plus grande que la Grèce ! Les Grandes Loges de Washington  DC et de Californie, qui ont annoncé la rupture de leurs relations, sont distantes respectivement de 1000 et 3500 km environ ! Pour prendre une comparaison, il y a plus de distance entre Atlanta (capitale de la Géorgie) et Sacramento (capitale de la Californie) qu'entre Paris et Moscou ou Paris et Istanbul ! Ce sont des échelles que nous, européens et Français, avons bien du mal à nous représenter. C'est vous dire aussi le peu d'impact que peuvent avoir nos indignations outre-Atlantique...

    C'est la raison pour laquelle je ne crois pas que nous sommes en train d'assister à un « ouragan maçonnique » comme Roger Dachez a pu le prétendre en novembre dernier, mais plutôt à une tempête dans un verre d'eau. Je m'avance peut-être un peu trop, mais je pense qu'il est impossible d'anticiper la suite des événements tant que l'élection présidentielle n'est pas achevée et que les tensions politiques ne sont pas un peu retombées. De toute façon, je ne m'attends pas à une révolution dans les pratiques maçonniques des deux obédiences mises à l'index.

    Pourquoi ?

    Parce que la position des Grandes Loges du Tennessee et de la Géorgie, aussi scandaleuse soit-elle, exprime probablement une composition sociologique majoritairement blanche, vieille, religieuse, conservatrice, raciste et homophobe. Je précise que je ne suis pas dans la caricature sinon comment expliquer que les deux grands maîtres concernés aient pris le risque d'exprimer un tel rejet des homosexuels ? Il ne me semble pas non plus que ces deux Grandes Loges soient secouées en ce moment par des protestations internes particulières. Il n'y a guère de surprise dans de telles structures. Je vais prendre un exemple pour qu'on comprenne mieux. Si vous prenez une loge majoritairement composée de cons, il ne faut pas s'attendre à un miracle : vous aurez tout simplement affaire à une loge de cons. Le miracle ne pourrait éventuellement survenir que si ses membres décidaient éventuellement de prendre enfin l'initiation au sérieux en remettant en cause leurs opinions et leurs certitudes ou en les confrontant aux valeurs maçonniques. Autrement dit : en travaillant sur eux-mêmes dans un esprit de tolérance et d'ouverture. On peut rêver. Après tout la maçonnerie n'enseigne-t-elle pas que tous les hommes sont perfectibles pourvu qu'ils le veuillent ?

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    Après les considérations politiques et sociologiques, il faut à présent parler des aspects juridiques. Je ne connais pas le droit américain fédéral et encore moins le droit de la Géorgie et du Tennessee. Je raisonne en droit français. Juridiquement, une obédience maçonnique est une association. Le contrat d’association comporte une sorte d’affectio societatis qui laisse les membres libres de se choisir. Une association, qui plus est si elle est « fermée » (c'est-à-dire lorsque l'adhésion ne peut pas  être spontanée et doit être préalablement acceptée par les membres), a le droit de refuser discrétionnairement telle ou telle adhésion. On pourrait objecter que le refus d’adhésion est impossible s'il traduit une discrimination prohibée par la loi. Or je ne vois pas comment on pourrait contraindre une association à accepter des personnes dont elle ne veut pas sans porter atteinte à la liberté d'association elle-même. Ne serait-il pas saugrenu, en effet, de forcer, au nom de la lutte contre les discriminations, l'adhésion d'un membre qui ne respecterait pas les critères déterminés a priori par l'association ? Imagine-t-on forcer judiciairement l'adhésion de pêcheurs à une association de chasse ou des extrémistes de droite à une association de défense des droits de l'homme ou encore des athées à une association cultuelle ? Non évidemment.

    En réalité, la difficulté n'est pas dans le contrôle judiciaire des adhésions. Elle réside plutôt dans le contrôle judiciaire des exclusions. La liberté d’adhésion implique en effet la liberté de demeurer associé. Une obédience peut donc juridiquement interdire l'adhésion de certaines catégories de personne. C'est d'ailleurs déjà le cas. Pensons aux obédiences non mixtes ou bien à celles qui n'acceptent pas les athées, les extrémistes, les racistes, les antisémites, etc. En revanche, une obédience peut plus difficilement exclure des catégories de personnes déjà présentes en son sein. En clair, une obédience pourrait réglementairement affirmer l'incompatibilité entre la qualité maçonnique et les penchants homosexuels sauf si elle compte déjà des homosexuels parmi ses membres. C'est à ce niveau là que les obédiences de Géorgie et du Tennessee ont éventuellement du souci à se faire. C'est à ce niveau là qu'elles pourraient être assignées devant les tribunaux par certains de leurs membres exclus. Mais quel franc-maçon homosexuel de Géorgie ou du Tennessee sera prêt à se battre publiquement sur le terrain judiciaire face à des obédiences qui ne veulent pas de lui ? Par conséquent, même si une décision de justice lui donne gain de cause, quelle pression hostile s'abattra sur le franc-maçon réintégré ? Il est facile d'imaginer l'ambiance à son retour. Par conséquent, le changement ne pourra survenir que si les obédiences concernées prennent conscience qu'il est grand temps pour elles de réviser leur position pour être en phase avec les évolutions de la société. Et si cette nécessité de changement interne se manifeste, ce processus prendra inévitablement du temps.