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etats-unis d'amérique - Page 2

  • De la « trumpisation » des esprits grincheux

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    17888687_10100471679682339_984973694_n.jpg« La loge bleue est la meilleure. Il n'y a pas de meilleures loges que la loge bleue. » Telle semble être l'opinion du président Donald J. Trump qui, pourtant, n'a jamais été initié. Cette curieuse illustration a été publiée par le blog collaboratif américain The Midnight Freemasons à l'appui d'une note écrite par le frère Scott S. Dueball membre de la Grande Loge de l'Illinois. Pourtant l'auteur ne fait aucune allusion au président américain. Son propos consiste essentiellement à relativiser les reproches que certains frères des loges bleues adressent aux frères qui préfèrent fréquenter les ateliers de hauts grades (appendant bodies). 

    « Dès que l'on évoque les juridictions de hauts grades, j'entends souvent l'expression « la loge bleue doit venir en premier ». Cette affirmation vient verrouiller le débat avant même que l'on puisse développer une réponse bien pensée à tout nouveau maçon afin de le renseigner sur les juridictions de hauts grades (...) Je ne discuterai pas cette phrase qui contient une certaine part de vérité. Cependant, quand j'entends cette phrase, je me rends compte qu'elle est utilisée pour signifier quelque chose de différent. De « la loge bleues devrait toujours venir en premier », on passe progressivement à « la loge bleue devrait être la chose la plus importante pour vous » pour arriver finalement à « vous ne devriez rien faire d'autre si vous n'allez pas en loge bleue ». C'est vrai, le rite écossais s'accapare les membres des loges bleues tout comme le rite d'York et le sanctuaire vole membres (...) Le problème est que cette pensée permet aux frèrex de la loge bleue (...) de vous amener à participer aux tenues sans vous offrir quelque chose en retour. Cette croyance se propage afin de vous obliger à venir aux réunions indiquées, participer à des degrés (...). »

    Dueball déplore que les loges bleues s'interrogent insuffisamment sur ce qu'elles proposent à leurs membres. Si les juridictions de hauts grades ont du succès au point de capter à leur profit les membres des loges bleues, c'est parce qu'elles savent se rendre attractives. Les frères préfèrent donc se consacrer à des structures différentes où on leur propose de nouveaux accomplissements et probablement des activités annexes plus intéressantes (notamment une instruction maçonnique plus conséquente et dynamique) que celles des loges bleues. Je vois dans les propos de Scott S. Dueball la dénonciation implicite d'une pauvreté intellectuelle des loges bleues dominées par des frères hostiles à tout changement.

    Est-ce cette indigence intellectuelle que l'auteur a entendu dénoncer au moyen de l'illustration ci-dessus ? C'est tout à fait possible. Voici en tout cas les gardiens sourcilleux de la primauté des loges bleues américaines implicitement comparés à l'inénarrable Trump et leurs affirmations assimilées aux propos manichéens du locataire de la Maison Blanche. Certains se contentent donc de proclamer « la loge bleue d'abord » (Blue Lodge first) comme d'autres braillent sans réfléchir « l'Amérique d'abord  » (America first). Réaffirmer la primauté des loges bleues serait donc rendre sa grandeur à la franc-maçonnerie (Make freemasonry great again) sans aller plus loin que le slogan. Cette « trumpisation » des esprits grincheux consiste à affirmer brutalement des choses sans les démontrer.

    J'ai interrogé le frère Scott S. Dueball sur le sens de cette image pour le moins curieuse. Il a eu la gentillesse de me répondre.

    « Il n'y a pas de rapport sérieux [entre le principe « la loge bleue d'abord » et le président Trump]. Il s'agit moins de démontrer catégoriquement un tel rapport que de faire une allusion humoristique. Trump a souvent tendance à faire étalage de sa supériorité quand il évoque ses objectifs sans apporter de preuves à l'appui de ses affirmations. De la même manière, je trouve que les membres de ma loge se contentent de faire des allégations non étayées selon lesquelles le travail en loge bleue est fondamental, plus pour vous inciter par ce moyen à participer aux tenues que pour vous en montrer la valeur.

    Fraternellement,
    Scott »

  • Le « grumpy » en franc-maçonnerie

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    grumpy.jpgSans doute est-il téméraire et présomptueux de prétendre expliquer ici les problèmes de la franc-maçonnerie des Etats-Unis d'Amérique. Et ce d'autant plus que je ne vis pas aux Etats-Unis et n'ai aucune expérience de la vie maçonnique américaine. Les connaissances que j'ai du sujet sont livresques. Il y manque les fruits de l'expérience. Néanmoins les blogs et les réseaux sociaux permettent de nouer des contacts ou d'être le témoin attentif et silencieux de discussions animées entre les frères d'outre-Atlantique. Ces moyens de communication, qui n'existaient pas il y a encore une vingtaine d'années, permettent de se faire une idée assez objective de la situation.

    Voici une image qui circule sur le web. Elle montre un ancien vénérable maître du rite d'York (le rite majoritaire dans les loges bleues aux Etats-Unis) visiblement agacé que les frères de sa loge ne suivent pas ses directives et ne reproduisent pas à l'identique ce que lui-même a fait lorsqu'il présidait son atelier. Il semble que le phénomène des « Grumpy Past Masters » (anciens vénérable maître grincheux) soit répandu aux Etats-Unis et cause de sérieux problèmes. Est « grumpy » tout frère qui, au-delà des charges maçonniques qu'il assume ou a assumées, considère que les usages maçonniques - la tradition si l'on préfère - ne peuvent évoluer. De façon plus large encore, est « grumpy » ou grincheux tout frère rebelle au changement ou qui se croit si indispensable à sa loge qu'il n'envisage pas que celle-ci puisse vivre et se développer librement sans lui. Est « grumpy » ou grincheux tout frère qui enferme sa loge dans des modalités de fonctionnement qui ne correspondent pas à ses aspirations profondes. Le « grumpy » bride systématiquement tout ce qui pourrait s'apparenter à des innovations. Il est totalement incapable de passer le relais. C'est le vénérable connard ou le con du principe de Wheaton dont j'ai déjà parlé sur ce blog. C'est celui qui cumule les dignités et truste avec ses congénères les fonctions au sein des appareils obédientiels. Le « grumpy » ou grincheux trouve, dans le pseudo-concept de régularité maçonnique, le dogmatisme nécessaire et utile qui lui permet par exemple d'exclure celui qui pense différemment, celui qui a des orientations sexuelles particulières, celui qui souhaite une ouverture plus grande des loges et des obédiences, qui aimerait boire (avec modération) des petits coups durant les agapes ou qui propose des initiatives intéressantes et nouvelles pour le bien de l'Ordre.

    Le « grumpy » ou grincheux ne serait pas un problème un soi s'il n'était pas doté d'une grande capacité de nuisance et s'il ne faisait pas fuir toutes les bonnes volontés qui, chaque année, rejoignent les loges. Le « grumpy » estime qu'il ne faut pas parler politique et religion en loge au nom des anciens devoirs et de la préservation de la fraternité. Pourquoi pas ? Sauf que cette double exclusion lui permet de faire l'un et l'autre. En effet, l'exclusion de la politique des travaux de loge revient à exclure en réalité la modernité, la réflexion critique, la liberté d'expression et la liberté de conscience. Les travaux de loge consistent à ânonner le rituel. Le « grumpy » postule l'inaptitude du franc-maçon à réfléchir, en tenue, sur la vie de la Cité. L'exclusion de la religion lui permet en fait d'imposer la croyance obligatoire en Dieu et de bannir toute expression philosophique étrangère au monothéisme tel qu'il est compris dans la Bible. Les loges tentées de mener une réflexion sociale, ne le peuvent pas alors même qu'elles auraient la capacité de le faire.

    Pour bien comprendre, je vous propose l'exemple d'une loge de l'Etat d'Indiana. Celle-ci pourra organiser des « one-day classes » et participer à des oeuvres de charité. Elle pourra inviter le frère Chris Hodapp à faire des conférences sans doute très instructives sur ses escapades à la Grande Loge de France qu'il a pu fréquenter grâce à l'autorisation du Grand Maître. Mais cette loge ne pourra pas réfléchir aux raisons qui ont amené les citoyens à faire de Mike Pence - l'actuel vice-Président des Etats-Unis - le cinquantième gouverneur de l'Indiana en 2013. Mike Pence, je le rappelle, est un créationniste, un chrétien fondamentaliste d'extrême droite, qui croit que la terre a été créé en six jours il y a quelques milliers d'années et pense que toute la destinée de l'humanité est consignée dans la Bible... Cette loge ne pourra pas non plus proposer à ses membres de l'alcool aux agapes car boire de l'alcool n'est pas convenable. Il y aura toujours un « grumpy » (un ultra-conservateur) apparatchik qui veillera au grain et auquel d'autres feront la révérence pour une charge, une promotion dans un rite, une médaille, etc.

    Ce qui est frappant, c'est de constater à quel point de nombreux frères américains sont conscients de la prédominance du « grumpy » sans pour autant chercher à y mettre un terme. La fuite ou la démission l'emporte souvent sur la résistance comme si cette dernière était jugée vaine d'avance. Je ne sais comment expliquer cette passivité sinon par une incapacité à penser une maçonnerie possible en dehors des structures obédientielles existantes. Au fond, c'est comme si l'esprit de loyauté à l'égard de structures maçonniques sclérosées prévalait sur l'esprit de scission ou d'essaimage. Ce qui n'est pas conforme aux usages n'est pas maçonnique. Cette affirmation est tellement intériorisée chez les frères américains que même les éléments les plus avant-gardistes ne songent à s'en défaire et à voir au-delà des limites (landmarks) que les grincheux leur ont inculquées. 

    Ce phénomène « grumpy » est également très présent en dehors des Etats-Unis. Il est par exemple à l'oeuvre en Grande Bretagne ou en Australie, pays dans lesquels les obédiences nationales se perdent dans des considérations marketing pour juguler la baisse de leurs effectifs au lieu d'envisager la franc-maçonnerie sous l'angle de la liberté et de la souveraineté des loges. Si la tradition ou le respect des usages est important, et parfois fondamental, encore faut-il garder la mesure. Tout est une question de dosage. Un franc-maçon ou une loge a besoin de diversité et de liberté.

    En France, bien sûr, les grincheux existent ! Ils sont également très actifs et peuvent pourrir la vie des ateliers. Mais les francs-maçons hexagonaux ont sans doute un avantage sur eux. Cet avantage est la chance d'avoir un paysage maçonnique divers où coexistent plusieurs manières de concevoir le travail maçonnique. C'est le « bordel gaulois » auquel mon ami Régis Blanchet aimait faire allusion. Et c'est peut-être la raison pour laquelle la franc-maçonnerie française est si dynamique en dépit de l'ostracisme dont elle est frappée par la maçonnerie anglo-saxonne.

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    Je dédie cette note au frère Christophe Habas et lui souhaite un prompt rétablissement. 

  • Etats-Unis : les McMaçons en question

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    ETATS-UNIS D'AMÉRIQUE, RÉGULARITÉ, FRANC-MAÇONNERIE, recrutement

    En janvier 2016, j'avais consacré une note sur le recrutement maçonnique aux Etats-Unis d'Amérique. Sa lecture est utile pour comprendre un des débats qui agite la blogosphère maçonnique nord-américaine et les frères sur les réseaux sociaux : les « McMaçons » (McMasons en anglais). Qui sont-ils ? Des francs-maçons initiés aux termes de procédures de recrutement de masse au cours desquelles ils se sont vus conférer les trois degrés symboliques en un seul jour (one day classes) ! Ces procédures, validées à ce jour par trente-cinq Grandes Loges nord-américaines, ont pour but de juguler la baisse constante des effectifs maçonniques aux Etats-Unis d'Amérique.

    Il se fait que ces McMaçons sont très critiqués par de nombreux frères qui les perçoivent comme des francs-maçons au rabais venus consommer de la franc-maçonnerie comme d'autres consomment un Big Mac. Ces critiques ont suscité les réactions indignées d'autres frères comme celles par exemple de Michael H. Shirley (Grande Loge de l'Illinois) ou encore de Christopher L. Hodapp (Grande Loge de l'Indiana). Les deux rappellent que les McMaçons sont des frères comme les autres et estiment que les procédures de recrutement massif ont malgré tout permis à de nombreuses loges de survivre et de faire face à la chute de leurs effectifs.

    Effectivement les McMaçons ne sont pas responsables du cadre aberrant dans lequel ils ont été initiés. Ils doivent donc être respectés. Cependant, les données démographiques, toutes Grandes Loges américaines confondues, démontrent, sans contestation possible, l'inefficacité des recrutements massifs et des one day classesVoici quelques nombres qui permettent de se faire une idée assez claire de la situation actuelle de la maçonnerie aux Etats-Unis d'Amérique. Ils proviennent du Masonic Service Association of North America (association créée en 1918 par les Grandes Loges américaines).

    En 2005, le nombre de francs-maçons américains était de 1 569 812. Dix ans plus tard, en 2015 donc, ce nombre est tombé à 1 161 253. Ce qui représente une chute de 408 559 membres, soit un peu moins de trois fois et demi la population maçonnique française ! Si on élargit la période à 20 ans (1995-2015), cette chute s'élève à 992 063 membres, soit quasiment un million de membres. Sur une période d'un demi-siècle (1955-2015), la franc-maçonnerie américaine a perdu 2 848 672 membres. Presque trois millions de frères donc ! Je précise que ces nombres ne concernent pas la maçonnerie afro-amércaine de Prince Hall.

    Toutes les Grandes Loges américaines sont affectées et, parfois, de façon absolument spectaculaire comme c'est le cas, par exemple, de la Grande Loge du Texas. De 2010 à 2015, cette dernière a en effet perdu 17 175 membres en dehors de toute scission ou essaimage ! Et si je prends maintenant l'exemple des Grandes Loges de l'Illinois et de l'Indiana pour la même période, obédiences que connaissent parfaitement les frères Shirley et Hodapp, celles-ci ont perdu respectivement 6 238 et 10 929 membres ! Là encore sans qu'une scission ou un essaimage en ait été la cause.

    Le-tonneau-des-dana%C3%AFdes.-John-Willim-Waterhouse.-1903.-236x300.jpgPar conséquent, qu'il y ait parmi les McMaçons des frères sincères et motivés, qui pourrait en douter ? Mais que représentent-ils vraiment par rapport à tous les profanes initiés dans des conditions identiques ? 0,5 % ? 1% ? 2% ? On ne le sait pas. Il est donc plus probable que l'immense majorité initiée à 50 ou 100, parfois même à davantage, dans de grands temples ou dans d'immenses salles, est aussi vite partie qu'elle est venue. Les McMaçons sont donc en fait un des nombreux symptômes d'une franc-maçonnerie nord-américaine qui ne sait plus quoi faire pour retrouver son lustre d'antan et qui a du mal à comprendre ce qui lui arrive. La réalité de cette franc-maçonnerie-là ressemble au tonneau percé des Danaïdes. Bien qu'elle initie à tour de bras, ça ne l'empêche pas de perdre davantage de membres qu'elle n'en recrute. Ce que le frère Todd E. Creason a fort bien mis en lumière lorsqu'il s'est interrogé sur l'absentéisme en loge.

    L'absentéisme justement. Il fait également partie de la réalité maçonnique nord-américaine avec le recrutement massif et les démissions qui en sont le corollaire. Un témoignage permettra de saisir l'ampleur du phénomène : le frère Robert H. Johnson a par exemple indiqué qu'il n'y avait eu que treize frères à son initiation en comptant les officiers de la loge. Le jour de sa réception au grade de compagnon, ces frères étaient quatorze. Puis quinze lors de son élévation à la maîtrise. Quinze peut sembler un résultat décent ou satisfaisant par les temps qui courent, observe-t-il, mais triste quand il songe que sa loge compte trois cents membres !

    Il y a donc bien un gros problème... Justement, quel est-il ? Un peu de patience. Je tenterai de répondre à cette question prochainement.

  • Voici comment Vladimir Poutine instrumentalise la franc-maçonnerie russe

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    bogdaclown.jpgL'instrument dont se sert M. Vladimir Poutine pour contrôler la franc-maçonnerie russe, est connu des lecteurs fidèles de ce blog. Il s'appelle Andreï Vladimirovitch Bogdanov et j'en ai parlé à deux reprises lorsque j'ai rendu compte des activités de la Grande Loge de Russie dans les pays du Caucase et au Kazakhstan. Andreï Bogdanov en est le Grand Maître depuis 2007. Un Grand Maître dont l'élection a été immédiatement contestée par une minorité de frères qui, depuis, a préféré constituer des loges dissidentes, fonder d'autres obédiences ou se placer sous la juridiction d'obédiences libérales et adogmatiques (le Grand Orient de France possède ainsi deux loges en Russie, une à Moscou et une à Saint-Petersbourg, qui se développent chacune dans un contexte assez difficile).

    Depuis toujours en effet, Andreï Bogdanov pratique un curieux mélange des genres puisqu'il est à la fois le dignitaire de la franc-maçonnerie russe, reconnu comme tel par la Grande Loge Unie Angleterre et les Grandes Loges américaines, et un homme très engagé dans la vie politique de son pays.

    Bogdanov a en effet connu son heure de gloire en 2008 lorsqu'il s'est présenté à l'élection présidentielle de la Russie sous les couleurs du Parti démocratique qu'il présidait à l'époque. Il a obtenu un peu plus d'1% des voix face à Dmitri Medvedev, le candidat de Vladimir Poutine. Bogdanov a donc été un opposant pour le moins symbolique, voire utile, à propos duquel le journaliste Tony Halpin écrivait dans l'édition du 29 février 2008 du Times de Londres :

    « Beaucoup de gens soupçonnent que le Kremlin a autorisé Bogdanov à se présenter pour s'assurer qu'il y aurait au moins deux candidats en conformité avec la loi russe ».

    Sur son blog, Fabrice Nodé-Langlois l'avait même qualifié de candidat extraterrestre en faisant une allusion malicieuse aux frères Igor et Grichka Bogdanov (Andreï Bogdanov n'a évidemment aucun lien de parenté avec nos jumeaux hexagonaux) :

    « Jeune -38 ans-, franc-maçon, portant les cheveux longs et frisotés, dans le paysage politique russe, Andrei Bogdanov est assurément un alien. Face au favori Dmitri Medvedev, au nationaliste Vladimir Jirinovski et au communiste Guennadi Ziouganov, il est l'improbable quatrième candidat de la présidentielle du 2 mars.

    Improbable parce que d'emblée, on se demande comment ce parfait inconnu du public russe est parvenu à réunir les 2 millions de signatures nécessaires à tout candidat non représenté au parlement ».

    En 2008, Bogdanov passait pour un homme de centre droit ou de droite. Très libéral tant sur le plan politique qu'économique. Il était jeune et avait un profil atypique. Son sourire en coin, un brin narquois, lui donnait un air décalé et un peu fourbe. Il était en quelque sorte l'expression de l'une des composantes au sein de l'opposition russe aux côtés du communiste Gennady Ziouganov et du nationaliste Vladimir Jirinovski. Bogdanov incarnait l'occidentalisme démocratique en quelque sorte, auréolé, qui plus est, d'une appartenance maçonnique qu'il n'a jamais cherché à cacher bien au contraire.

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    Depuis 2008, la vie politique de Bogdanov est à l'image de sa vie maçonnique. Très intense. Il a tenté de se présenter à la mairie de Sotchi en 2009 (la ville des jeux olympiques d'hiver) avant de se raviser et d'appeler à voter en faveur Anatoly Pakhomov, le candidat soutenu par Russie Unie, le parti du président Poutine. Le Parti démocratique a ensuite explosé. Les partisans de Bogdanov ont alors rejoint le parti Juste Cause. Puis, en 2014, Andreï Bogdanov s'est retrouvé dans un obscur contentieux face à un autre opposant, Alexeï Navalny, récemment condamné pour corruption aux termes d'un procès douteux. Bogdanov, qui avait déposé le nom « Alliance Populaire », a assigné Navalny dont la formation politique utilisait le même nom. Bogdanov a obtenu gain de cause et torpillé ainsi toute la communication de Navalny.

    En 2014, l'ultralibéral Bogdanov a opéré une transformation politique spectaculaire. Il est devenu président - tenez-vous bien - du Parti Communiste de la Justice Sociale créé en 2012. En deux ans à peine, il a donc la pris la tête de cette organisation politique dans laquelle on retrouve par exemple Andreï Brejnev le petit fils de Leonid Brejnev ! Le Parti communiste de la Fédération de Russie, issu des ruines de l'ancien Parti communiste de l'Union Soviétique, s'est élevé contre ce concurrent perçu comme une manipulation du Kremlin. Et de relever que l'acronyme de Parti Communiste de la Justice Sociale, en langue russe, est le même que celui du Parti Communiste de l'Union Soviétique : КПСС. Il y a donc une volonté manifeste d'entretenir la confusion chez les électeurs russes. Le Parti Communiste de la Justice Sociale a par ailleurs présenté des listes dans la plupart des régions aux dernières élections régionales russes de 2015 et aux législatives de 2016.

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    Pour le politologue et journaliste Alexeï Makarkine, le revirement d'Andreï Bogdanov n'est pas surprenant. Il estime que Bogdanov a décidé de se concentrer sur le Parti communiste quand il a constaté que l'idéologie bolchévique et la nostalgie de l'Union soviétique étaient plus porteuses au sein de l'électorat que les principes démocratiques ou le libéralisme économique. Cependant, Makarkine ne va pas jusqu'à affirmer que la soudaine reconversion politique de Bogdanov obéit à un ordre de Poutine mais son silence le laisse pourtant penser. En tout cas, force est de constater qu'Andreï Bogdanov est parvenu, au cours des dix dernières années, à torpiller le mouvement démocratique russe en participant activement à l'émiettement des forces politiques d'opposition. Il a également affaibli les nationalistes (Navalny). Il s'attaque aujourd'hui aux communistes. Pendant ce temps, Timur Bogdanov, le frère d'Andreï Bogdanov, est devenu en 2014 le président du groupusculaire Parti Démocratique de Russie reconstitué en 2012.

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    Une tel activisme et un tel cynisme ne peuvent s'expliquer sans un soutien actif du Président Poutine. Ce dernier d'ailleurs n'a jamais dissimulé une certaine bienveillance à l'égard de Bogdanov. Ce qui est certain en tout cas, c'est que si le Grand Maître de la Grande Loge de Russie était réellement un opposant sérieux à Poutine, il aurait été déjà condamné pénalement pour une infraction de droit commun (comme Alexeï Navalny par exemple) ou assassiné froidement (comme Boris Nemtsov). Et, naturellement, la franc-maçonnerie aurait été interdite sur tout le territoire russe et, corrélativement, dans tous les Etats sous influence politique du Kremlin.

    Après l'intensité des activités politiques du camarade Andreï Bogdanov, il convient de souligner l'intensité des activités maçonniques du frère Bogdanov Andreï. Celui-ci voyage beaucoup. La Grande Loge de Russie semble donc bénéficier de moyens financiers confortables, ou tout au moins suffisants, pour permettre à son Grand Maître de la représenter dans toutes les manifestations maçonniques internationales. Andreï Bogdanov, qui semble avoir avoir une bonne estime de lui-même, prend volontiers la pose. Le compte Instagram de la Grande Loge de Russie est ainsi rempli de photos du Grand Maître en Grande Bretagne, aux Etats-Unis, en Australie, au Kazakhstan, en Georgie, au Venezuela, etc.

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    De temps en temps, Bogdanov se livre à quelques facéties sympathiques. On le voit en costume de St Nicolas ou avec des oreilles de Mickey (cf. les photos ci-dessus). Certaines images rappellent même étrangement le réalisme soviétique des dignitaires communistes d'antan (cf. la photo ci-dessus). Bref, c'est un véritable culte de la personnalité à mille lieux de tout esprit maçonnique véritable. 

    La Grande Loge de Russie s'autorise même quelque audace. C'est ainsi qu'elle a salué très officiellement l'entrée en fonction de Donald J. Trump à la présidence des Etats-Unis d'Amérique en publiant cette image sur son compte Instagram le 20 janvier dernier avec cette légende on ne peut plus explicite : 

    « Поздравляем наших американских братьев с инаугурацией нового Президента США!(Félicitations à nos frères américains pour l'entrée en fonction du nouveau président des Etats-Unis d'Amérique !) »

    trump.jpg

    Ce qui est pour le moins comique quand on connaît les positions, les discours et les décisions de Trump. Les appréciations des francs-maçons américains à son sujet sont très contrastés. Il est donc très étonnant que la Grande Loge de Russie fasse ainsi irruption dans l'actualité politique américaine alors que sa régularité aurait dû l'inciter à conserver une parfaite neutralité. Elle laisse clairement penser que Trump a été le candidat des loges d'une façon ou d'une autre. Ce qui est une ineptie. Mais c'est bien entendu volontaire. En effet, il faut faire oublier les forts soupçons d'ingérence russe dans le processus électoral (piratage informatique). Comment ne pas remarquer non plus une convergence de vue entre l'obédience présidée par Bogdanov et les sentiments de Poutine à l'égard du nouveau locataire de la Maison blanche ?

    Il paraît clair que Vladimir Poutine utilise Andreï Bogdanov pour pénétrer les réseaux maçonniques et nouer des contacts qui peuvent être utiles à la Russie. Andreï Bogdanov semble bien trop intelligent et malin pour n'être qu'une marionnette ou une sorte d'idiot utile. Il n'est pas incongru de l'imaginer en agent du FSB. Bien entendu, il est impossible de le démontrer même si une observation attentive de l'actualité politique russe permet de déceler de nombreux indices troublants. Bogdanov est-il une taupe de Poutine ? La question est donc posée. En tout cas, ce qui a été possible à Cuba avec Castro peut évidemment l'être en Russie avec Poutine. Ce n'est absolument pas un problème en soi.

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    En attendant, que penser de ces dignitaires anglo-saxons qui déroulent le tapis rouge à la Grande Loge de Russie alors qu'ils s'obstinent toujours à ne pas reconnaître l'écrasante majorité des francs-maçons français et belges, notamment les Grands Orients de France et de Belgique ? Sont-ils aveugles et nigauds à ce point ? J'ai bien peur que la réponse soit positive.

  • L'Amérique selon la Grande Loge de New York

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    america.jpgL'art est souvent la meilleure réponse aux laideurs du monde. C'est donc par la voie subtile de l'art que la Grande Loge de New York a entendu délivrer un message de tolérance et de fraternité alors que les Etats-Unis d'Amérique sont actuellement confrontés aux premières mesures prises par Donald J. Trump.

    Sur son site internet, la Grande Loge de New York a donc mis à l'honneur un tableau peint en 1931 par Paul Orban (1896-1974). Ce choix n'est pas innocent. Orban était un artiste d'origine hongroise. Sa famille a fui la pauvreté et émigré aux Etats Unis au début du vingtième siècle.

    Ce tableau, intitulé America, est au musée de la Grande Loge de New York. Il  représente les Etats-Unis, sous la forme d'une femme (la liberté) et d'un aigle (le droit). On voit en dessous les représentants des pays du monde.  America combine religiosité, internationalisme, optimisme politique et référence à l'histoire. Je trouve que ce tableau rappelle un peu La République Universelle de Frédéric Sorrieux (1848) que l'on peut admirer à Paris au musée Carnavalet.

    Les oeuvres de Paul Orban ont souvent illustré les articles de The Masonic Perspectives, l'ancienne revue officielle de la Grande Loge de New York. America a ainsi été utilisé pour un article du frère Parkes Cadman (1865-1936), Grand Chapelain de l'obédience new-yorkaise, publié en octobre 1931.

    paul orban,parkes cadman,art,fraternité,franc-maçonnerie,etats-unis d'amériqueDans cet article, Cadman a écrit  : 

    « Nous, Francs-Maçons, nous aimons notre nation (...) Mais notre amour pour notre pays est plus qu'une simple question d'obligation; cet amour jaillit du cœur même du franc-maçon (...) Nous ne voulons pas une d'une Amérique de vantardise, mais une Amérique d'amour et de respect. Nous voulons que cette terre soit celle des hommes libres, qu'elle devienne le leader moral de l'humanité, qu'elle incite chacun à mener une vie sur un plan plus élevé, qu'elle favorise la moralisation des relations internationales afin que cessent les turbulences de la haine, des préjugés et de la guerre (...) Il est difficile de faire en sorte que tous les hommes soient frères ; tous sont pourtant égaux, sans distinction de race ou de croyance ou de naissance ou de sang. C'est difficile mais c'est fondamentalement américain (...) »

  • La légitimité de Donald Trump en question

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    laurent.jpgAnalyse lumineuse des enjeux de la présidence Trump par Mme Sylvie Laurent sur l'antenne de France Inter ce 20 janvier 2017. Sylvie Laurent a fait sa thèse de littérature américaine à Paris IV sur « le pauvre blanc dans le roman américain ». Elle enseigne à Sciences-po Paris et à l'Université d'Harvard.

    En trois petites minutes, Mme Laurent énonce les problèmes juridiques et politiques extrêmement complexes que pose l'élection de M. Trump à la tête de la première puissance mondiale.

    Et elle insiste notamment sur la légitimité de Trump qui est questionnée sous trois angles :

    1. Trump n'a pas obtenu la majorité des suffrages exprimés mais la majorité des voix des grands électeurs (c'est le suffrage universel indirect).

    2. Il est établi qu'il y a eu une intervention informatique russe dans le processus électoral et il y a donc des doutes sur la sincérité du scrutin.

    3. Trump est noyé dans de colossaux et inextricables conflits d'intérêts (il dirige un empire financier et un pays). Les risques de corruption sont donc majeurs.

    Extrait de l'intervention de Mme Sylvie Laurent ci-dessous :

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    Lire également :

  • La franc-maçonnerie prend position contre la libéralisation du prix des carburants au Mexique

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    Pendant de nombreuses années, le Mexique a préconisé une politique de subvention publique massive des carburants afin de maintenir des prix artificiellement bas. Cette politique a abouti à grever lourdement les finances publiques. Le coût de cette politique de subvention est estimé à plus de 222 milliards de pesos (environ 984 millions d'euros), soit environ 3% du produit intérieur brut du Mexique. M. Enrique Peña Nieto, le président des Etats-Unis du Mexique élu en juillet 2012 pour un mandat de six ans, a décidé de mettre un terme à cette politique de subvention et de libéraliser le prix des carburants à compter du 1er janvier 2017 (+20% pour l'essence et +16% pour le diesel). Le gouvernement fédéral mexicain espère ainsi non seulement réaliser des économies mais aussi faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. Les villes tentaculaires mexicaines sont en effet extrêmement polluées. Le pouvoir exécutif estime que la libéralisation du prix de l'essence contribuera à une baisse du trafic routier et incitera les citoyens à utiliser les transports publics.

    Cette mesure gouvernementale est vivement critiquée par tous ceux qui subissent cette augmentation importante des prix à la pompe. Le pays est en ce moment paralysé par des grèves, des blocages et des agressions. Les tensions sont vives car les citoyens mexicains les plus modestes risquent d'être fortement pénalisés. La Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua vient de publier dans la presse mexicaine un communiqué hostile à la mesure. En voici un extrait :

    « Considérant :

    Que les principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de laïcité ont contribué au développement et au progrès de notre pays, qu'ils ont été et devraient être une référence pour garantir une répartition plus équitable des ressources et des richesses, pour mener des actions en faveur de la paix, de l'équité, du bien-être, pour assurer l'égalité de tous les hommes et la justice sociale. Que la franc-maçonnerie de l'Etat de Chihuahua, humaniste et loin de tout esprit partisan, a exprimé et continue d'exprimer la ferme condamnation de tout acte gouvernemental injuste, non solidaire et contraire aux véritables intérêts du peuple mexicain (...)

    La Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua exprime son rejet total de la politique économique du gouvernement fédéral pour libérer le prix de l'essence dans notre pays parce que cette mesure est disproportionnée et injuste, parce qu'elle ne reflète ni le désir ni la réalité du peuple du Mexique, et parce qu'elle est une régression qui affecte le bien-être des classes sociales les plus vulnérables de notre pays. »

    Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua est une obédience régulière reconnue par la Grande Loge Unie d'Angleterre. Elle siège au sein de la Confédération Maçonnique Inter-américaine comme d'ailleurs toutes les Grandes Loges des Etats-Unis du Mexique, lesquelles sont généralement très laïques, très anticléricales, très impliquées dans la réflexion symbolique et sociale, et profondément pénétrées de l'idéal des Lumières.

    L'Etat de Chihuahua est l'Etat fédéré le plus vaste du Mexique. Le salaire moyen y est de 193 pesos (8,5 euros). Il est également frontalier des Etats-Unis d'Amérique (Texas et Nouveau Mexique) et il risque de s'y produire beaucoup de tensions lorsque Donald Trump entrera effectivement en fonction. En outre, la maçonnerie mexicaine semble hostile à l'attitude du président Peña Nieto jugée trop conciliante à l'égard du nouveau président américain qui, comme on le sait, a mené une campagne électorale ouvertement raciste et xénophobe à l'égard des latinos en général et des Mexicains en particulier.

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    Je précise que la Grande Loge Nationale Française est membre la Confédération Maçonnique Inter-américaine puisque la France est présente dans les Antilles (Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Guyane, etc.). Jean-Pierre Servel est d'ailleurs le vice-président d'un secteur de ladite confédération qui regroupe, outre la Grande Loge Nationale Française, le Grand Orient d'Haïti de 1824, la Grande Loge de Cuba, la Grande Loge de Puerto-Rico et la Grande Loge de la République Dominicaine. Ainsi, lorsque vous entendrez des frères de la Grande Loge Nationale Française critiquer les obédiences hexagonales dites « irrégulières » parce que ces dernières feraient, selon eux, de la politique, vous pourrez leur rappeler que la Grande Loge Nationale Française reconnaît les obédiences mexicaines adeptes, elles aussi, des communiqués de presse.

    Je précise enfin que la Grande Loge Cosmos de l'Etat de Chihuahua est une obédience de rite écossais ancien accepté. Ainsi lorsque vous entendrez des frères de la Grande Loge de France théoriser sur la pureté du rite écossais ancien et accepté et partir dans des raisonnement stratosphériques sur la spiritualité maçonnique, vous pourrez les ramener sur le plancher des vaches et, en vous référant à l'exemple mexicain, leur montrer que les maçons écossais ont aussi dans le monde une longue tradition d'engagement social en faveur des plus démunis et d'implication dans les débats publics profanes.

  • L'axe Miami / La Havane au coeur de grandes manoeuvres maçonniques

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    valdes.jpgLe 10 décembre dernier, la Grand Maître de la Grande Loge de Floride prenait la pose avec le Grand Maître de la Grande Loge de Cuba. C'était, paraît-il, la première fois depuis cinquante six ans qu'un Grand Maître de la Grande Loge de Cuba était accueilli ès qualités par les dignitaires floridiens. Ce qui est sans doute vrai même si ce jugement doit être tempéré : les Grandes Loges de Floride et de Cuba, malgré leur rupture de 2014 à 2016, ont toujours été, peu ou prou, en contact.

    Qu'est-ce qui a bien pu motiver aujourd'hui la Grande de Floride à restaurer des relations fraternelles officielles avec la Grande Loge de Cuba ? Il est peu probable que ce soit la disparition du dictateur Fidel Castro mais plutôt des considérations d'ordre interne. Le 28 décembre prochain, en effet, une rencontre de plusieurs obédiences ou groupements maçonniques est prévue à Miami pour porter le projet de constitution d'une Grande Loge de Cuba dite de l'extérieur, c'est-à-dire regroupant les frères cubains exilés. Le but de cette réunion est de parvenir à l'unité de tous les francs-maçons cubains installés sur le territoire de la Floride.

    Cette perspective ne réjouit absolument pas la Grande Loge de Floride. Celle-ci voit d'un très mauvais oeil l'émergence possible d'une obédience nouvelle sur son territoire, hispanophone de surcroît. La Grande Loge de Cuba de l'extérieur porterait atteinte au landmark - pourtant dépassé - selon lequel il ne saurait y avoir qu'une Grande Loge par Etat. La Grande Loge de Cuba était pourtant favorable à cette création susceptible de gêner l'obédience floridienne. Il est maintenant probable que l'obédience cubaine veuille freiner les ardeurs des frères cubains exilés à la demande de la Grande Loge de Floride. Les frères cubains exilés demeurent relativement respectueux de la Grande Loge de Cuba - l'obédience mère - malgré leur opposition au régime communiste.

    En attendant, certains frères américains ironisent sur ce rapprochement soudain. Ils rappellent que la Grande Loge de Floride reconnaît à nouveau une obédience d'un pays totalitaire alors qu'elle refuse toujours d'établir des relations fraternelles officielles avec la Grande Loge Prince Hall de Floride ! La Grande Loge de Floride fait en effet partie des neuf Grandes Loges américaines (Alabama, Arkansas, Floride, Géorgie, Louisiane, Mississippi, Caroline du sud, Tennessee et Virginie de l'Ouest) qui s'obstinent à ne pas reconnaître la maçonnerie noire américaine.