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antimaçonnisme - Page 2

  • Faiblesses occultes

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    Je viens d'achever la lecture d'un article passionnant de Denis Andro sur Jean Marquès-Rivière (1903-2000) qui fut, en 1943, le scénariste du célèbre film antimaçonnique « Forces Occultes » (*). Denis Andro analyse le parcours sinueux d'un homme torturé, passé brièvement par la franc-maçonnerie avant de la combattre avec virulence (Marquès-Rivière aurait été membre de la loge Théba de la Grande Loge de France comme René Guénon d'ailleurs).

    En 1930, Jean Marquès-Rivière a une « crise » manifestement retentissante. Voici ce que Denis Andro écrit à ce sujet :

    « Certains historiens de l'occultisme et de l'ésotérisme décrivent cette crise comme le résultat d'un rituel tantrique qui aurait abouti à une forme d'obsession (pour reprendre ici un terme spirite) par une entité du monde intermédiaire. Selon un spécialiste du sivaïsme que nous avons consulté à ce propos, il s'agirait plutôt d'une expression de perturbations psychologiques. Remettons cette crise en en perspective.

    On peut observer que plusieurs protagonistes proches durant cette période de Marquès-Rivière, comme Guénon, traversent également une période de crise personnelle qui se traduit notamment par l'expression de troubles qui seraient dus à des attaques de la « contre-initiation » ; ce milieu est par ailleurs clivé par un conflit entre les « deux tradition », orientale et occidentale : ainsi Tamos – Georges Thomas (1886-1966), responsable du Voile d'Isis, ancien de la Société Théosophique et « protecteur » psychique de Guénon, a à présent un questionnement anti-oriental auquel va momentanément se rallier Marquès-Rivière – qui va chercher un dénouement de sa crise à travers le grand exorciste de l'archidiocèse de Paris Joseph de Tonquédec et le retour au catholicisme.

    Il convient de relever le rôle décisif des croyances en des attaques magiques chez ces hommes ; il mérite sans doute d'être examiné de près, comme un liant entre acteurs de ce domaine mais aussi comme un « langage » à travers lequel s'expriment les conflits – un peu comme dans les sociétés traditionnelles étudiées par les ethnologues. »

    Personnellement, je crois que « le rôle décisif des croyances en des attaques magiques » mérite d'être examiné plutôt sous l'angle de la psychiatrie que de l'ethnologie (je ne suis d'ailleurs pas étonné de noter la présence du nocif René Guénon). En effet, j'ai l'impression que Denis Andro prend un luxe de précautions pour décrire ce qui s'apparente vraisemblablement à un délire paranoïaque. Il me semble évident que Marquès-Rivière avait une condition délirante qui l'a amené à se croire persécuté. Et ce n'est pas un hasard, à mon avis, si la défaite de 1940 et l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, lui ont permis d'exprimer sa psychose à l'échelle du pays tout entier, notamment au travers de sa dénonciation obsessionnelle et irrationnelle du fameux complot judéo-maçonnique. Cette dénonciation lui a permis de se poser en victime déresponsabilisée de ses actes et de ses paroles (l'homme a d'ailleurs fui la France pour échapper à la justice). Comment un tel individu, déjà très atteint psychologiquement, n'aurait-il pas vacillé dans un contexte de guerre et d'intenses bouleversements géopolitiques ?

    ______________

    (*) Denis Andro, Faiblesses occultes. Les incarnations politiques et spirituelles de Jean Marquès-Rivière, Chroniques d'Histoire Maçonnique, n°67, année 2011. A commander chez Conform Edition.

     
    jean marquès-rivière,collabo,antimaçonnisme,psychiatrie,haine,rené guénon,fascisme,denis andro,histoireEn 1943, le film « Forces occultes » sort sur les écrans. Le scénario de ce moyen-métrage de cinquante minutes a été réalisé par deux anciens francs-maçons  : Jean Marquès-Rivière et Jean Mamy (sous le pseudonyme de Paul Riche). Ces hommes se sont tournés du côté des nazis dès 1941 et se sont dépensés sans compter pour éliminer toute résistance au régime vichyste. Marquès-Rivière fuit la France dès la fin de la guerre sentant que ses positions ne lui éviteraient pas la peine capitale. En effet, il fut condamné à mort par contumace. Mamy, lui, a été fusillé en 1949. Marquès-Rivière présenta le film au public parisien le 9 mars 1943. Il vilipenda les Juifs et les francs-maçons dans des termes odieux : « Il est pitoyable que la mémoire si courte des Français leur ait déjà fait oublier les causes profondes de la situation présente. Car, enfin, qui dirigeait le régime pourri qui a ruiné et ensanglanté la France, qui en formait les cadres permanents et reconnus, sinon la Maçonnerie, paravent commode de la juiverie internationale ? » Tant de haine jetée sur les francs-maçons ne fut pas sans conséquence. Le bilan des persécutions a été lourd car sur les soixante mille francs-maçons fichés par la police de Vichy, six mille ont été inquiétés et près de mille ont été déportés dans les camps de concentration ou fusillés.
  • "La France Maçonnique" : le retour

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    Mon compteur de visites s'affole depuis quelques jours. Grâce au F Géplu du blog de référence Hiram.be, j'en ai compris les raisons. Il semble que ma note sur le teaser n°2 du  documentaire "La France Maçonnique" (tremblez ! bonnes gens) ait fortement déplu à l'un de ses obscurs promoteurs qui tient un blog à la ligne éditoriale complotiste (la présentation est tortueuse, prenez une aspirine...).

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    Merci en tout cas de cette publicité ! Je n'en attendais pas tant. Qu'il me soit permis d'y voir un retour de bon procédé car cela permet de faire croire qu'il y a une effervescence - que dis-je ? - une panique chez les francs-maçons... Comme si le documentaire allait révéler de terribles secrets... Comme si ma note donnait en quelque sorte l'alerte à la meute des "frères la gratouille" qui, dans l'ombre, contrôle tous les rouages de la société française (gniark... gniark...).

    Mon pauvre ami... si seulement tu savais... N'étant évidemment le porte-parole de personne et encore moins de mes FF et SS en franc-maçonnerie, je crains, hélas, de te décevoir, et de ne pas aller dans le sens de ta paranoïa, en te disant qu'il y a de très fortes chances, pour ne pas dire une quasi-certitude, que la sortie de ce film passe totalement inaperçue tant dans la société, que dans les milieux maçonniques, lesquels ont bien d'autres préoccupations que les considérations de Ratier, Dieudonné, Le Gallou, et compagnie.

    Sur le fond, tu qualifies mon article de puant, de diffamatoire et de délateur. Evidemment, rien de tel. Ma note se borne à constater brièvement le parcours politico-intellectuel des réalisateurs, puis des intervenants qui apparaissent dans l'extrait. Et le moins que l'on puisse dire est que la plupart de ces personnes ne sont pas connues pour la modération de leurs analyses et de leurs engagements publics. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je me suis étonné d'y voir figurer Jean Solis car j'ai de la considération pour l'auteur et l'éditeur. J'ai donc pris la liberté d'exprimer cet étonnement et mes doutes sur les orientations de ce documentaire.

  • Canton du Valais (Suisse) : l'appartenance maçonnique des élus en question

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    Le Grand Conseil du Canton du Valais (Suisse) a le projet d'obliger les élus valaisans à révéler leur appartenance aux organes de direction ou de surveillance de corporations, entreprises, établissements ou fondations de droit privé ou de droit public ainsi qu'aux clubs services ou loges maçonniques.

    Cette obligation de dévoilement (des élus, des magistrats, etc.) est une vieille lune qui repose, en réalité, sur les sentiments antimaçonniques les plus tenaces selon lesquels l'appartenance à une loge maçonnique est en soi un acte nocif susceptible de porter atteinte à l'ordre public.

    Dans sa grande sagesse, et parce que c'est aussi le droit, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) de Strasbourg a rappelé, dans un arrêt du 31 mai 2007, que cette obligation déclarative contrevenait directement aux articles 11 et 14 de la convention européenne des droits de l'homme (cf. l'arrêt Grande Oriente d'Italia di Palazzo Giustiniani c/ Italie, ci-dessous).

    Cette obligation déclarative est discriminatoire et n'est fondée sur aucune justification objective et raisonnable si ce n'est sur des fantasmes relatifs aux soi-disant pouvoirs occultes de la franc-maçonnerie.

    On peut se demander par exemple pourquoi les élus appartenant à des églises ou à d'autres associations sans but lucratif échapperaient à cette obligation déclarative souhaitée par le Grand Conseil valaisan.

    Enfin, cette obligation de dévoilement est une atteinte directe au respect de la vie privée et à la liberté d'association également protégés par la convention européenne des droits de l'homme.

    Le Canton du Valais, membre de la Confédération Helvétique, ne peut l'ignorer puisque la Suisse est membre du Conseil de l'Europe depuis 1963 et a ratifié la convention européenne des droits de l'homme en 1974.

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    A consulter :

    arrêt CEDH.pdf

  • Un succès inquiétant

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    Visiblement, ma note sur Serge Abad-Gallardo rencontre un grand succès. C'est même l'effervescence du côté de nos voisins d'outre-Quiévrain depuis que le quotidien La Libre Belgique a consacré un article au Ravi de Narbonne, lequel est devenu, dans le monde catholique, un sujet de curiosité en quelques mois à peine.

    Je relève également que mon autre note consacrée au groupe catholico-fascistoïde Les Brigandes est régulièrement consultée. C'est une bonne chose.

    J'ose espérer que ces notes puissent un peu contrebalancer le déluge de conneries sentencieuses de ces individus et, surtout, montrer l'inanité de leur démarche fondée sur les clichés les plus éculés de l'antimaçonnisme.

    Il est grand temps, à mon avis, que les obédiences maçonniques se préoccupent sérieusement de cette inquiétante remontée de l'antimaçonnisme dans notre pays, soixante ans après la fin de la deuxième guerre mondiale.

     

  • La propagande antimaçonnique de M. Serge Abad-Gallardo : classique, désespérante et prévisible

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    69Fiche.pngIl s'appelle Serge Abad-Gallardo. Il a été initié dans une loge du Droit Humain (DH). Il a démissionné de la franc-maçonnerie vingt ans plus tard suite à sa redécouverte du Christ. Il vit et travaille à Narbonne.

    M. Abad-Gallardo a écrit un ouvrage sur cette étonnante conversion. Il donne maintenant des conférences sur le sujet. Il accorde volontiers des interviews sur son parcours spirituel dans la franc-maçonnerie qu'il juge radicalement incompatible avec la foi catholique. La franc-maçonnerie incarne pour lui la folie humaniste qui prétend se passer de Dieu. Elle est relativiste. Elle est source d'erreur. Elle prétend transformer la société et les hommes. Elle veut bouleverser l'ordre de la création voulu par Dieu.

    Je ne peux pas donner tort à M. Abad-Gallardo. Effectivement, la franc-maçonnerie est radicalement incompatible avec toutes les idéologies - religieuses mais aussi politiques - qui réduisent le monde à elles-mêmes et qui prétendent être la source de toute vérité. La franc-maçonnerie s'adresse à des cherchants, pas à des individus qui espèrent y trouver je ne sais quelle espèce de révélation d'ordre surnaturel. On est initié à la franc-maçonnerie. On ne s'y convertit pas. Or, M. Abad-Gallardo avait besoin de se convertir. Il s'est manifestement trompé en rejoignant la franc-maçonnerie et semble avoir mis du temps à s'en rendre compte. Maintenant, pour paraphraser une chanson célèbre, il ne pense pas : il prie. Grand bien lui fasse ! Je suis heureux pour lui. 

    Je pense pour ma part que la vérité est nécessairement plurielle. La vérité passe évidemment par le regard de l'autre, par l'échange, par le travail en commun et par la réflexion. La vérité a évidemment besoin de l'altérité. Elle ne descend pas toute faite du ciel. De même, la société bouge. La société évolue. Les idées voyagent à l'instar des hommes. Et effectivement, rien de ce qui est humain ne saurait être étranger au franc-maçon.

    M. Abad-Gallardo, en quête d'absolu, a préféré changer de voie. C'est son droit le plus strict. Et je respecte ses convictions mêmes si elles sont aux antipodes des miennes. Seulement voilà, ce qui, au fond, n'aurait pu être que l'évolution (ou la régression c'est selon) d'un individu, se transforme en pantalonnade. Que M. Abad-Gallardo brûle ce qu'il a aimé est une chose. Qu'il se complaise dans la caricature grotesque de la franc-maçonnerie en est une autre. Il utilise tous les bons vieux clichés traditionnels de l'antimaçonnisme catholique sans la moindre nuance. C'en est presque une faute de goût. Je trouve en effet qu'il en fait trop. C'est ce côté "too much" qui, à mes yeux, rend sa démarche suspecte, comme s'il jouait un rôle en quelque sorte. 

    J'ai vraiment du mal à croire qu'un homme qui a consacré vingt ans de sa vie à la franc-maçonnerie puisse en être réduit à se comporter vis-à-vis de la religion comme s'est comportée ma défunte grand-mère. Mais ma grand-mère, elle, a eu des circonstances atténuantes. Elle n'a pas fait d'études. Elle a été obligée de travailler durement toute son existence. La vie ne lui a pas non plus laissé l'opportunité de lire beaucoup de livres et de se cultiver. Sa foi était néanmoins paisible et résultait plus d'un déterminisme social teinté de superstition que d'une réflexion approfondie. Il n'y a jamais eu en tout cas chez elle le désir de convertir son prochain. D'ailleurs eût-elle voulu le faire que les mots ne seraient pas venus à sa bouche. M. Abad-Gallardo, lui, met son intelligence au service d'une propagande antimaçonnique d'un classicisme désespérant et prévisible.

    Oui, c'est désespérant et prévisible car le cas de M. Abad-Gallardo n'est pas exceptionnel. En effet, il y a des précédents. Je pense à Jules Doinel et à Léo Taxil beaucoup plus connu. Je pense aussi à John SalzaJim Shaw (à ne pas confondre avec l'artiste contemporain du même nom), Burkhardt Gorissen ou encore à Maurice Caillet. Tous des anciens francs-maçons. Tous des pourfendeurs, sur le tard, de la franc-maçonnerie parce qu'ils ont rencontré un jour le petit Jésus qui leur a dessillé les yeux et les a sortis de l'erreur. 

    Je ne veux nullement être désobligeant vis-à-vis d'eux. Cependant, beaucoup ont eu des parcours objectivement chaotiques laissant clairement entrevoir d'importantes faiblesses psychologiques, pour ne pas dire davantage. Et je n'insiste pas sur ceux dont la conversion tonitruante a révélé une volonté brouillonne de se venger ou de régler mesquinement des comptes. Je me garderai bien de trancher en ce qui concerne M. Abad-Gallardo. Je rappellerai simplement que celui-ci a trouvé son chemin de Damas en même temps que son chemin de croix du côté de Narbonne où, avec d'autres, il a défrayé la chronique pour des choses bien moins spirituelles. Je n'en dirai pas davantage. Je laisse à chacun le soin de tirer ses propres conclusions.

  • Antimaçonnisme : hélas oui. C'est sérieux !

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    Jean-Dominique Reffait, qui se présente comme membre du GODF, a publié sur le site Boulevard Voltaire un article intitulé : "Anti-maçonnisme : est-ce bien sérieux ?"

    Je vous invite à le lire. 

    J'avoue pour ma part que ce court article, très bien rédigé par ailleurs, m'a laissé sur ma faim. En effet, l'auteur semble réduire l'antimaçonnisme au "domaine du fantasme, de l’exécration irrationnelle, de l’ignorance crasse soutenue par des témoignages aussi évasifs". Il parait minorer la dangerosité de l'antimaçonnisme principalement à cause de son côté guignolesque et de son incapacité à poser de vrais débats au sujet de la franc-maçonnerie. L'antimaçonnisme, un gag ? Vraiment ?

    Cette analyse est un peu courte pour au moins trois raisons.

    1°) Reffait se trompe d'angle de vue. Il prend le sien, ce qui l'amène à aborder le sujet avec un peu trop de condescendance. C'est une très grave erreur d'analyse, me semble-t-il. Reffait oublie simplement que la propagande antimaçonnique ne s'adresse ni aux francs-maçons ni à leurs adversaires, mais à tous ceux qui n'ont pas d'idées préconçues sur le sujet ou bien alors à ceux qui, déjà, ont un a priori négatif qu'il s'agit de conforter et de renforcer. Et là, peu importe le côté guignolesque de l'antimaçonnisme. Peu importe l'exécration irrationnelle, l'ignorance crasse soutenue par des témoignages évasifs. Plus le mensonge est gros, mieux il passe. Plus la caricature est grotesque, mieux elle s'imprime dans les esprits.

    2°) Reffait évacue complètement le contexte politique, social et économique. Cela dit, ce n'était pas l'objet de son propos et je suis conscient qu'il est difficile de tout traiter en quelques paragraphes. L'antimaçonnisme, qui est une des multiples résurgences du complotisme, prospère toujours dans un contexte de crise. Dans un monde de plus en plus complexe, où l'interdépendance économique est de plus en plus importante, les gens peinent à identifier un centre décisionnel. Ils cherchent des responsables à la situation présente. Ils cherchent des boucs émissaires qui permettent de tout simplifier. Les francs-maçons font partie de ces boucs-émissaires au même titre que les juifs, les roms, les noirs, les arabes, les musulmans (qu'on réduit souvent aux arabes), les homosexuels etc. 

    3°) Reffait ne dit pas un mot sur les réseaux sociaux et l'internet. Il ne s'agit pas de taper sur ces nouvelles technologies bien sûr, mais de constater qu'elles facilitent considérablement la diffusion de l'antimaçonnisme. Il suffit de le vérifier en tapant "franc-maçonnerie" sur Youtube. La grande majorité des vidéos mise à la disposition des internautes est souvent du pur délire. Les quelques vidéos sérieuses sur le sujet sont noyées dans la masse. Le ratio est vite fait. Sur vingt vidéos par page, vous en avez au moins les trois quarts qui sont un ramassis de conneries paranoïaques. Il faut donc se mettre en lieu et place des internautes confrontés à ces vidéos. Un grand nombre saura sans doute faire la part des choses. Mais combien d'entre eux prendront pour argent comptant cette propagande antimaçonnique ? Combien d'entre eux ont la capacité de prendre du recul, de mettre en perspective, de percevoir la manipulation ? Il faut se poser la question et ce d'autant plus que l'actualité récente a, hélas, démontré la formidable crédulité des gens, notamment la fragilité des plus jeunes (cf. les ravages de la propagande islamiste qui, elle aussi, s'adonne volontiers à l'antimaçonnisme parce qu'elle voit dans la franc-maçonnerie une succursale du judaïsme et du sionisme).

    Alors oui, pour ces trois raisons au moins, l'antimaçonnisme est à prendre au sérieux même si Jean-Dominique Reffait a amplement raison d'en montrer le côté désopilant. Cependant il ne faut jamais sous-estimer ses adversaires, surtout lorsqu'ils manipulent parfaitement les médias alternatifs (on sait que de plus en plus de gens ne s'informent aujourd'hui que par le biais de l'ordinateur).

    Et surtout, il ne faut pas se laisser berner par le côté apparemment anodin et inoffensif de la propagande antimaçonnique. Reprenons par exemple à nouveau la vidéo des Brigandes et évacuons justement l'image, la mise en scène grotesque, les têtes de cochon, les Marie-Chantal en tablier de soubrette. Fermons simplement les yeux et écoutons la chanson. On se rendra compte à quel point les paroles sont extraordinairement violentes et que le sourire des jolies Coco Girls est justement là pour détourner l'attention en faisant croire qu'il s'agit d'une blague de potaches. Ce genre de sourire, je m'en méfie. Les nazis, eux aussi, savaient sourire. Ça ne les empêchait nullement de tuer dans la minute d'après. Et puis, comme l'a écrit Emil Cioran dans La Tentation d'exister :

    "Pour savoir si quelqu'un est guetté ou non par la folie, vous n’avez qu’à observer son sourire. En retirez-vous une impression voisine du malaise ? Sans crainte alors, improvisez-vous psychiatre. Est suspect le sourire qui n’adhère pas à un être et qui paraît venir d’ailleurs, d’un autre ; il vient en effet d’un autre, du dément qui attend, se prépare et s’organise avant de se déclarer."

  • Les turbulents héritiers de l'antimaçonnisme

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    La vidéo des Brigandes, manifestement, interpelle beaucoup de FF sur la toile. Le F Geplu du Blog maçonnique Hiram.be m'a ainsi demandé mon avis sur un message qu'il a reçu de ce groupe d'activistes. Il a eu la gentillesse d'en publier un extrait. D'autres s'interrogent sur la qualité de la réalisation, sur de possibles complicités internes, sur le lieu aussi (s'agit-il d'un temple maçonnique ou d'une reconstitution et où se situe-t-il ?) et enfin sur le matériel et la documentation qu'il a fallu aux Brigandes et à ceux qui sont derrière pour mettre au point cette vidéo. Peut-être parviendra-t-on, un jour, à en savoir davantage sur ce mystérieux groupe qui ne porte pas les maçons en son coeur.

    Je voudrais revenir brièvement ici sur l'aspect "documentation" qui semble inquiéter certains lecteurs du blog. C'est vrai que Les Brigandes semblent beaucoup connaître de choses sur la FMmême si ces connaissances sont mises au service d'une propagande contre ellePourtant, il n'y a rien de surprenant à cela. Si l'antimaçonnisme a toujours charrié son lot impressionnant de crétins, il a pu aussi prospérer grâce à gens curieux et, parfois, très cultivés.

    Tenez ! Le profane Bernard Faÿ par exemple. Ce brillant universitaire,  nommé administrateur général de la Bibliothèque nationale en 1940, était un spécialiste reconnu du dix-huitième siècle et de la franc-maçonnerie. Mais c’était surtout fondamentalement un idéologue d’extrême droite et un antisémite virulent qui savait pertinemment que si les faits ne corroboraient pas son idéologie, il fallait s’arranger pour qu’ils lui fussent conformes. C'est la raison pour laquelle il n'a pas hésité à prendre des libertés avec l’histoire et à présenter l'Ordre maçonnique de façon grotesque et inquiétante au grand public. C'est ce qu'il fit avec l'exposition maçonnique du Petit Palais à Paris dès octobre 1940 et, un an plus tard, dans la revue mensuelle qu'il dirigea jusqu'en 1944 -  Les Documents Maçonniques - (cette revue est tombée récemment dans le domaine public et elle est désormais consultable en ligne sur le site de la Bibliothèque Nationale de France). 

    Un autre exemple. Le F Jean-Baptiste Bidegain. C'était au départ un maçon estimable qui a viré à l’antimaçonnisme le plus sournois au début du XXème siècle, alors même qu’il avait été secrétaire général adjoint du GODF. Le drame de cet homme intelligent et cultivé, son calvaire intime même, fut de mettre ensuite son talent d’écriture, son esprit d’analyse et son expérience maçonnique au service d'une ambition dévorante et d'un besoin de reconnaissance jamais assouvi. Il a voulu se venger de ceux dont ils estimaient qu’ils avaient intrigué contre lui au sein de l’appareil du GODF lors du départ du secrétaire général, Narcisse-Amédée Vadecard. Lui, l'adjoint, guignait le poste. Il ne l'a pas obtenu. Il a choisi de trahir le GODF pour collaborer avec les milieux monarchistes et catholiques. Il est devenu l'informateur du député nationaliste Guyot de Villeneuve en 1904 et fut à l'origine de l'affaire des fiches qui provoqua un grave scandale à l'époque mais qui, aujourd'hui, s'explique très bien eu égard au contexte politique (on était encore en pleine affaire Dreyfus et les républicains avaient, à juste raison, de sérieux doutes sur la loyauté d'une partie des officiers). 

    De façon générale, ce qui m'a toujours interpellé, c'est moins la propagande que les propagandistes. On trouve souvent des personnes cultivées qui mettent sciemment tout leur talent, tout leur savoir au service du mensonge et de mesquins règlements de compte. Il faut en particulier se souvenir de tous ces parcours, de tous ces hommes qui furent les ennemis actifs de l'Ordre maçonnique. Certains d'entre eux furent sur les colonnes (comme quoi l'ennemi n'est pas toujours celui qu'on croit). Ils sont des sources d'inspiration pour bon nombre d'adversaires de la FM.

    Avec Les Brigandes, Bernard Faÿ, Edouard Drumont, Jules Guérin, Mgr Jouin, Charles Maurras, Maurice Barrès, Paul Riche, Jean Marquès-Rivière, Jean-Baptiste Bidegain, Jules Doinel et tant d'autres, ont à nouveau de turbulents héritiers.

  • Les Marie-Chantal et la Loge des Jacobins

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    Un groupe de Marie-Chantal, appelé Les Brigandes, fait semble-t-il parler de lui grâce à une petite vidéo publiée sur le net. On n'y voit pas les jeunes femmes à la messe selon le rite de Saint-Pie X - ce qui semble être pourtant leur milieu naturel - mais en loge, en tablier de soubrette de Coco Girl (on sent que le réalisateur de la vidéo a des références) et portant fièrement des sautoirs cousus main.

    Dans ce lieu, ce drôle de collège des officiers pousse la chansonnette. Les paroles sont un ramassis de clichés antimaçonniques popularisés par l'abbé Augustin Barruel à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle et abondamment relayés depuis par l'extrême droite catholique (on sent d'ailleurs dans les voix fluettes des jeunes femmes une longue pratique des cantiques). Les participants à cette "tenue" ont des têtes de cochon et de bélier.

    Il semble qu'il y ait aussi un homme à tête de rat faisant office de grand gourou et portant une étole de prêtre (Que voulez-vous ? il faut ce qu'il faut quand on organise une messe noire...).

    On voit donc qu'on est en plein dans "l'intelligence", la "finesse" et la "nuance"...

    Si la forme détonne quelque peu et se veut ironique, le fond, lui, reste désespérément le même. On y retrouve, comme je l'ai dit, le prêt à penser traditionnel de l'extrême droite catholique concernant la franc-maçonnerie.

      • La tenue vaguement sexy et l'attitude aguicheuse des Marie-Chantal suggère implicitement que la loge est un lieu de stupre et de débauche (c'est plutôt drôle de voir ces jolies jeunes femmes BCBG, probablement très culs pincés, se poser ainsi en objet sexuel... Un fantasme ?)  ;
      • Le bandeau sur les yeux pour signifier le secret, les magouilles et le complot (alors que les loges sont déclarées en préfecture et que les obédiences ont pignon sur rue... avouez quand même qu'on peut faire mieux en matière de secret, de magouilles et de complot).
      • Les individus à têtes de rat, de bélier et de cochon suggèrent les rites sataniques (je suis étonné que le réalisateur de la vidéo n'ait pas pensé à mettre quelques foetus sanguinolants en plastique pour suggérer l'avortement et des poupées pour l'infanticide... ça aurait donné un petit côté gore sympa).
      • La faucille et le marteau dans le delta lumineux suggère la collusion entre la franc-maçonnerie et le bolchevisme (détail assez désopilant quand on sait que la franc-maçonnerie a été interdite et les francs-maçons pourchassés dans tous les pays communistes, à l'exception de Cuba... mais allez expliquer ça à des cons...).

    Pour le reste, ce sont les accusations stupides d'usage contre la République (libertoc, égalitoc et fraternitoc) et, donc, la démocratie. Inutile d'insister davantage et de perdre son temps à vouloir décortiquer cet étalage d'inculture et de préjugés.

    J'attends maintenant la prochaine vidéo et la prochaine chansonnette. A quand la même chose dans une synagogue ou une mosquée ? Je crois que là j'attendrai longtemps. Je pense en effet que nos "Brigandes" ne se risqueront pas à la propagande ouvertement antisémite, islamophobe et raciste car elles savent qu'elles s'exposeraient alors à des poursuites pénales sans parler du scandale qu'elles provoqueraient.

    C'est tellement plus facile de se lâcher contre la franc-maçonnerie car l'antimaçonnisme, même le plus outrancier, même le plus con, n'est pas condamnable en France. Cela permet donc à l'extrême droite de montrer son véritable visage et de s'adonner librement à ses obsessions. Il faut dire qu'elle en meurt d'envie depuis 1945...

    Conclusion ?

    Nous vivons bel et bien un changement d'époque. Les digues, qui avaient été construites contre le fascisme après la deuxième guerre mondiale et l'occupation, sont en train de céder sous le poids de l'oubli. Les témoins directs du régime vichyste, en tous les cas ceux qui en ont un souvenir conscient,  sont aujourd'hui âgés et disparaissent. Bientôt, cette période noire appartiendra entièrement à l'histoire. Et la lutte idéologique pour la reconstruction de ce passé va redoubler d'intensité.

    On le voit bien avec cette vidéo apparemment anodine (mais en apparence seulement). Elle charrie tous les préjugés qui, hier, ont motivé les interdictions, le retour du cléricalisme, les atteintes aux libertés publiques, les parodies de justice, les exclusions, les rafles, les déportations...