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antimaçonnisme - Page 2

  • Les droits de l'homme selon Franco

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    Je reproduis ci-dessous un formulaire d'abjuration d'erreurs et de profession de foi en usage dans l'Espagne franquiste. Ce formulaire avait été institué en 1940 par le Tribunal de Répression de la Franc-Maçonnerie et du Communisme. Tout opposant au régime catholico-fasciste du Général Francisco Franco devait le signer pour espérer obtenir une diminution de peine, voire une libération (dans le meilleur des cas). Je rappelle que le fait d'être franc-maçon ou d'avoir appartenu à la franc-maçonnerie était à l'époque un crime passible de mort.

    francolamuerte.jpg

    Voici la traduction de ce document :

    Je soussigné [nom de la personne concernée] ayant devant moi les Saints Evangiles, que je touche de mes mains, et sachant que personne ne peut me sauver en dehors de la Foi que professe, prêche et enseigne la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, au sujet de laquelle je regrette de m'être gravement trompé, car j'ai professé et cru en des doctrines contraires à ses enseignements.

    Maintenant illuminé par la grâce divine, je fais profession de croire que la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine est l'unique et vraie Eglise fondée par Jésus-Christ sur la terre, à laquelle je me soumets de tout mon coeur.

    Je crois en tous les Articles qu'Elle me propose croire ; je réprouve et condamne tout ce qu'Elle réprouve et condamne. ; je suis prêt à observer tous ses commandements et je professe de croire spécialement :

    qu'il n'y a qu'un sel Dieu en trois personnes divines distinctes et égales, à savoir : le Père, le Fils et le Saint Esprit ;

    la doctrine catholique sur l'Incarnation, la Passion, la Mort et la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ et l'union en une personne de nature divine et de nature humaine ; la maternité divine de la Très Sainte Marie, ainsi que sa complète virginité et son immaculée conception ;

    la présence vraie, réelle et substantielle du Corps joint à l'Ame et à la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ dans le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie ;

    les sept Sacrements institués par Jésus-Christ pour la rédemption du genre humain, à savoir : le Baptême, la Confirmation, l'Eucharistie, la Pénitence, l'Extrême Onction, l'Ordre et le Mariage ;

    le purgatoire, la résurrection des morts, la vie éternelle ;

    la Primauté, non seulement d'honneur mais aussi de juridiction du Pontife romain, successeur de Saint Pierre, Premier parmi les Apôtres et vicaire infaillible de Jésus-Christ ; le culte des Saints et de leurs images ;

    l'autorité des traditions apostoliques et ecclésiastiques et des Saintes Ecritures qui ne doivent s'interpréter et se comprendre que dans le sens qu'Elles ont tenu et qu'Elles tiennent de la Saint Mère l'Eglise Catholique ; et tout ce qui a été défini et déclaré par les Saints Canons et par les Conciles oecuméniques, spécialement le Sacro-saint Concile de Trente et par celui du Vatican.

    Par conséquent, d'un coeur sincère et avec une foi non feinte, je déteste et abjure toute erreur, hérésie et secte contraires à ladite Eglise Catholique, Apostolique et Romaine. Que Dieu me vienne en aide, ainsi que Ses Saints Evangiles sur lesquels je pose mes mains.

    Suivent les signatures de la personne concernée et des personnes agissant par délégation de l'évêque.

    Ce qui est frappant dans ce formulaire, c'est qu'il rappelle étrangement les usages de l'Inquisition. L'abjuration consiste à exposer rigoureusement le credo catholique romain, à y adhérer sans réserve et à abandonner ses anciennes croyances. Ce document souligne la violence et les obsessions de la dictature instaurée par le sinistre Francisco Franco avec le soutien de l'Eglise catholique espagnole. Cette dictature a duré de 1939 à 1975. En cette période où il est de bon ton de critiquer l'Union européenne ou d'ironiser sur les impuissances prétendues des démocraties, je crois qu'il est important de se souvenir que notre vieux continent a été confronté à d'horribles régimes politiques qui niaient les libertés publiques et pourchassaient impitoyablement les opposants.

  • La Franc-Maçonnerie et l'abrutissement universel selon Emile Cottinet

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    Emile Cottinet, Franc-Maçonnerie, Art, Pensée, Décadence, antimaçonnismeIl faut se méfier des appréciations sentencieuses et définitives comme celle du poète Emile Cottinet publiée en 1906 dans la revue littéraire L'Idée. Cottinet y déplore la piètre qualité des spectacles et des revues donnés à Paris. Qui en est la responsable selon lui ? La franc-maçonnerie pardi ! Oui, la franc-maçonnerie qui a juré la mort de l'Art et de la Pensée. Bigre !... Cottinet écrit :

    « Et puis n'y a-t-il pas les « Revues », le» fameuses revues qui accaparent actuellement tout le théâtre, en attendant qu'elles l'aient définitivement tué. Elles furent spirituelles, à l'origine, et témoignaient d'une certaine verve amusante et imprévue. Aujourd'hui elles ne sont plus qu'une exhibition de chair fraîche et d'oripeaux galamment troussés. Quand la mystérieuse franc-maçonnerie, qui a juré la mort de l'Art et de la Pensée au profit de l'abrutissement universel, aura transformé la Comédie Française en music-hall, on y entendra encore une  « commère », toute saupoudrée de diamants, demande à une petite femme nue : « Qui êtes-vous, Mademoiselle ? » Et la petite femme répondra : « Je suis le microbe de l'Avarie » ou « la dernière casserole du général André » !

    Cent dix-ans plus tard, il n'y a jamais eu autant de spectacles à Paris qu'aujourd'hui. Des spectacles divers est-il besoin de le souligner ? Il y a toujours les revues du Lido et du Moulin Rouge sans parler de celle, plus récente, du Crazy Horse. Et si la Comédie Française s'aventure, de temps en temps, hors des sentiers battus des classiques, on y joue évidemment les grandes pièces et tragédies du répertoire français. Cette vénérable institution n'est certainement pas devenue un music-hall de la médiocrité.

    La franc-maçonnerie, quant à elle, continue d'exister. Elle ne s'est d'ailleurs jamais aussi bien portée, bien que des paranoïaques actifs lui prêtent toujours de noirs desseins.

    L'Art et la Pensée n'ont pas non plus disparu, n'en déplaise aux inévitables réactionnaires médiatiques de service qui prospèrent et glosent sur le thème de la décadence française comme Cottinet le faisait hier. 

    Emile Cottinet justement. S'il y a une victime de « l'abrutissement universel », c'est bien lui dont la postérité n'a pas retenu le nom et dont les oeuvres semblent irréversiblement tombées dans l'oubli depuis très longtemps.

  • Tuons-les par le rire !

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    Gabriel Jogand-Pagès alias Léo Taxil (1854-1907) est un personnage bien connu de l'histoire de la franc-maçonnerie française. Pendant douze ans, de 1885 à 1897, cet homme originaire de Marseille a défrayé la chronique en exploitant avec talent l'inépuisable veine de l'antimaçonnisme. Connu au départ pour son anticléricalisme virulent, passé brièvement par la franc-maçonnerie au Grand Orient de France, Léo Taxil a surpris son monde en se convertissant soudainement au catholicisme romain.

    Cette entrée théâtrale dans le monde de la religion lui a ensuite permis de raconter sur la franc-maçonnerie de nombreuses sornettes et d'affirmer péremptoirement que le diable en personne assistait aux banquets des francs-maçons pour leur dicter ses ordres. Aidé du docteur Bataille, son complice, Léo Taxil a produit une histoire des plus extravagantes : celle d'une certaine Diana Vaughan, une jeune américaine, dans la vie représentante d'une fabrique de machines à écrire, palladiste et luciférienne repentie.

    Le personnage de Diana Vaughan a fait tourner la tête à tous les journaux religieux. Léo Taxil s'est fait le porte-parole de la belle inconnue, multipliant, au fil de ses publications, les révélations les plus graveleuses sur le rite palladique et ses prétendus liens avec la franc-maçonnerie (messes noires, orgies, sacrifices humains, etc.). Diana Vaughan a tellement occupé les esprits des opposants à la franc-maçonnerie que ces derniers ont réuni des congrès pour examiner son cas, un peu à l'image de ces conciles qui ont tranché la question de l'historicité du Christ ou certains points de doctrine.

    En 1896, l'Eglise catholique romaine a ainsi organisé le congrès antimaçonnique de Trente (Italie). Les spécialistes de l'antimaçonnisme et les représentants de la curie romaine ont débattu du cas Vaughan en présence de Léo Taxil. Ce dernier, pressé de questions, a promis d'apporter les preuves de l'existence de sa protégée. Puis, il a trouvé un prétexte pour quitter précipitamment Trente et remettre à plus tard l'exécution de sa promesse.

    Le congrès de Trente a conclu logiquement en l'inexistence de Diana Vaughan, fort du départ inattendu de son mentor, mais d'autres autorités, notamment les très conservateurs cardinaux Rampolla et Parocchi, ont immédiatement rappelé que le pape Léon XIII avait envoyé sa bénédiction à l'infortunée Diana. Il est fort probable que ni Rampolla ni Parocchi aient jamais cru à la réalité des aventures rocambolesques de la jeune américaine. Ces deux éminences n'étaient pas des imbéciles. Ils ont certainement agi en politiques avisés, conscients de l'effet dévastateur du ridicule qui s'abattrait sur l'Eglise et le pape si jamais la vérité éclatait au grand jour. Le rappel de la suprême consécration papale poursuivait sans doute un objectif précis : imposer le silence aux polémiques qui s'étaient élevées depuis quelques mois entre divers journaux religieux au sujet de la mystérieuse palladiste d'outre-Atlantique.

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    Cependant, la pression n'est pas retombée sur les épaules de Léo Taxil. Elle s'est même accentuée. Afin de mettre un terme définitif à son gigantesque bobard, Taxil s'est alors résolu à faire un ultime coup d'éclat en annonçant, à grands renforts de publicité, la présence de Diana Vaughan à une conférence publique organisée le 19 avril 1897 dans la salle de la Société de géographie de Paris. Une assistance nombreuse s'y est pressée avec naturellement beaucoup de prêtres, de religieux, de francs-maçons et de libres penseurs, de simples curieux aussi. Tous ont attendu, suivant la promesse qui en avait été faite, de rencontrer Diana Vaughan en personne. La séance s'est ouverte aux alentours de 21h00. Or, pas de femme à la tribune. Léo Taxil, en revanche, était là, toisant l'assistance d'un regard amusé. Dès les premières minutes, la réunion a présenté le plus vif intérêt. Taxil a commencé par saluer la perspicacité de ses confrères publicistes les moins crédules pour avouer ensuite que Diana Vaughan n'avait existé que dans son imagination fertile.

    Puis, le conférencier a exposé méticuleusement toute sa stratégie d'enfumage et évoqué sa fausse conversion. Sa confession, son attitude repentante, ses brochures violentes contre la libre-pensée n'ont été pour lui qu'un moyen de pénétrer dans la place, de s'attirer la confiance des religieux afin de mieux les duper ! Et cela a marché au-delà de ses espérances les plus folles. Le pape Léon XIII, lui-même, est tombé dans le panneau. Au cours de sa conférence, Léo Taxil a également tenu à adresser le message suivant aux francs-maçons :

    « Dans les premiers temps, les francs-maçons se sont indignés; ils ne prévoyaient pas que la conclusion, patiemment préparée, serait un universel éclat de rire. Ils me croyaient vraiment enrôlé pour tout de bon. On disait, on répétait que c'était une façon de me venger de la radiation de ma Loge, radiation qui datait de 1881 et dont toute l'histoire, nullement à mon déshonneur, est bien connue : petite querelle soulevée par deux hommes aujourd'hui disparus, et disparus dans des conditions lamentables.

    Non ! je ne me vengeais pas, je m'amusais ; et si l'on examine aujourd'hui les dessous de cette campagne, on reconnaîtra, même chez les francs-maçons qui m'ont été le plus hostiles, que je n'ai porté préjudice à personne.

    Je dirai même que j'ai rendu service à la Maçonnerie française. Je veux dire que ma publication des rituels n'a pas été étrangère, certainement, aux réformes qui ont supprimé des pratiques surannées, devenues ridicules aux yeux de tous maçons amis du progrès. »

    Et Taxil de rappeler que seul l'historien allemand Findel, parmi les francs-maçons de renom, a cru bon de s'alarmer de ses élucubrations, croyant y déceler l'action des jésuites pour discréditer la franc-maçonnerie.

    Fidèle à sa devise « Tuons-les par le rire », Taxil a espéré que cette expérience inédite d'anticléricalisme burlesque s'achève dans un grand éclat de rire universel.

    « Ne vous fâchez pas, mes Révérends Pères, mais riez de bon coeur, en apprenant aujourd'hui que ce qui s'est passé, c'est exactement le contraire de ce que vous avez cru. Il n'y a pas eu, le moins du monde, un catholique se dévouant et explorant sous un faux nez la Haute-Maçonnerie du Palladisme. Mais, par contre, il y a eu un libre-penseur qui, pour son édification personnelle, nullement par hostilité, est venu flâner dans votre camp, non pas durant onze années, mais douze et... c'est votre serviteur. 

    Par le moindre complot maçonnique dans cette histoire, et je vais vous le prouver tout à l'heure. Il faut laisser à Homère chantant les exploits d'Ulysse, l'aventure du légendaire cheval de bois; ce terrible cheval n'a rien à voir dans le cas présent. L'histoire d'aujourd'hui est beaucoup moins compliquée.

    Un beau jour, votre serviteur s'est dit que, étant parti trop jeune pour l'irréligion et peut-être avec beaucoup trop de fougue, il pouvait fort bien ne pas avoir le sentiment exact de la situation; et alors, n'agissant pour le compte de personne, voulant rectifier sa manière de voir, s'il y avait lieu, ne confiant d'abord sa résolution à qui que ce fût, il pensa avoir trouvé le moyen de mieux connaître, de mieux se rendre compte, pour sa propre satisfaction.

    Ajoutez à cela, si vous voulez, un fond de fumisterie dans le caractère ; - on n'est pas impunément fils de Marseille ! - Oui, ajoutez ce délicieux plaisir, que la plupart ignorent, mais qui est bien réel, allez ! cette joie intime que l'on éprouve à jouer un bon tour à un adversaire, sans méchanceté, pour s'amuser, pour rire un brin (...)

    Cependant, je me demande jusqu'à quel point les hauts approbateurs du Palladisme dévoilé auraient le droit de se fâcher aujourd'hui. Quand on s'aperçoit qu'on a été mystifié, le mieux est de rire avec la galerie. Oui, Monsieur l'abbé Garnier ! et, en vous fâchant, vous ferez rire davantage de vous. »

    Il est facile d'imaginer que les religieux présents, à commencer par l'abbé Garnier nommément apostrophé, n'ont pas vraiment eu l'envie de rejoindre le grand parti des rieurs, ni sur le moment ni après... La conférence publique s'est donc très vite achevée dans le plus grand tumulte. Pourtant, Léo Taxil a donné à l’Eglise ce qu’elle avait envie d’entendre. Il l'a d'ailleurs dit lui-même :

    « Plus qu'on ne le croit, il y a des braves gens qui s'imaginent que les lois de la nature sont parfois bouleversées par des esprits bons ou mauvais, et même par de simples mortels. Moi-même, j'ai eu la stupéfaction de m'entendre demander d'opérer un miracle. »

    léo taxil,anticléricalisme,franc-maçonnerie,antimaçonnisme,belle époque,catholicisme,égliseTaxil a donc été pendant des années l’idole des curés de campagne, des lecteurs de La Croix et du Pèlerin, lesquels se faisaient peur à la lecture de ses ouvrages. Il leur a raconté des histoires à dormir debout, de diables, de sociétés secrètes, de terribles conspirations, de femmes lubriques, de rendez-vous orgiaques. Il leur a servi ce que ces religieux voulaient entendre, ce qui était susceptible de correspondre à leurs fantasmes.

    Certes, il est tout à fait possible que Taxil ait voulu se donner le beau rôle sur la fin pour mieux se dédouaner. Il est incontestable qu'il a profité financièrement de ce gigantesque canular. Ses livres se sont bien vendus. Ses conférence ont attiré du monde. Mais comment lui reprocher d'avoir su habilement exploiter la bêtise de ses contemporains ? Reconnaissons quand même qu'il fallait un sacré aplomb, une opiniâtreté et une force de conviction peu communes pour être parvenu à duper ainsi autant de monde.

    Ce faisant, on ne saurait non plus réduire l'entreprise de Léo Taxil aux seules manigances d'un aigrefin de génie. Il y a en effet une dimension politique incontestable dans son action qui n'est peut-être pas suffisamment appréciée à sa juste valeur aujourd'hui. En effet, Léo Taxil a été, par le rire, par la caricature et par l'invraisemblance de ses propos, un terrible pourfendeur de l'obscurantisme et du fanatisme religieux. Et, d'une certaine manière, il a été un promoteur original de la laïcité, à une époque où, ne l'oublions pas, l'Eglise catholique romaine prétendait toujours jouer un rôle politique en France. Une chose est sûre en tout cas, c'est que l'Eglise, par la suite, a rapidement abandonné les outrances délirantes de l'antimaçonnisme vulgaire pour ne s'attacher qu'à affirmer, en droit canonique, l'incompatibilité de la foi catholique avec le relativisme franc-maçonnique.

    Quand on voit aujourd'hui la prégnance de l'antimaçonnisme, quand on constate l'insondable médiocrité de ceux qui, sans cesse, repoussent les limites de la bêtise chaque fois qu'ils accusent la franc-maçonnerie de tous les maux, alors qu'ils ne la connaissent absolument pas, si ce n'est à travers leurs œillères de paranoïaques, comment ne pas se dire que Léo Taxil a eu raison d'agir comme il l'a fait ?

     

    2832493535.pngVoici l'intégralité de l'allocution de Léo Taxil : Discours de Léo Taxil 19 avril 1897.pdf. Le document fait 26 pages.

    Léo Taxil y expose les rouages de sa machination. Le plus terrible, c'est de constater qu'il existe encore en 2016 des imbéciles ou plutôt des malades qui croient encore en la véracité des révélations extraordinaires du facétieux marseillais.

    Certains pensent que Diana Vaughan a bel et bien existé, que tout ce que Taxil a raconté est vrai, que le Vatican n'a pas pu être pris en défaut et que la rétractation publique de l'auteur résulte d'une machination des loges. 

    D'autres, en revanche, ne croient pas aux affabulations de Taxil mais voient dans son discours du 19 avril 1897 la preuve d'un grand complot franc-maçonnique pour détourner l'attention des gens sur les véritables agissements des loges. 

  • Une Galouzeau peut cacher une Villepin

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    Lu sur le site Causeur sous la plume d'une certaine Esperanza Galouzeau :

    « Rassurez-vous, nous n’épiloguerons pas longtemps sur cette diablerie de franc-maçonnerie (sic !). Beaucoup d’encre noire a déjà coulé sur le sujet. Si vous en voulez encore, allez lire le témoignage de Maurice Caillet, vous y trouverez la vraie Lumière (sic !). Ce que nous voulons nous demander ici, c’est si nous n’avons rien de mieux à proposer aux jeunes en quête de sens. Un petit Moati d’aujourd’hui serait-il encore séduit par la franc-maçonnerie ? Ce début de XXIème siècle ne voit-il pas se lever un désir de spiritualité plus grand, plus exigeant ?

    La République ne peut pas se contenter de proposer comme seule espérance une éthique maçonnique paradoxalement caractérisée par son absence d’éthique (sic !) : un relativisme érigé en dogme suprême par le refus d’admettre la loi naturelle et toute autorité́ supérieure à la conscience individuelle. »

    L'auteur n'a pas apprécié la conférence de Daniel Keller et de Serge Moati sur la franc-maçonnerie qui a eu lieu dans une grande école de Paris. C'est son droit le plus strict. En même temps, quand on lit sa conclusion, qui fustige le relativisme maçonnique et fleure bon le dogme catholique traditionaliste (sa référence à Maurice Caillet est éloquente), il est difficile de s'en étonner outre mesure. Mme Esperanza Galouzeau avait déjà manifestement de solides préjugés avant d'assister à cette conférence. Les commentaires de l'article sont d'ailleurs très majoritairement hostiles à la maçonnerie. Ils colportent les préjugés vulgaires que l'on a coutume d'entendre à son sujet. Soit dit en passant je suis toujours sidéré de constater la belle assurance de ces contempteurs de la franc-maçonnerie. Ils projettent leurs désopilants fantasmes paranoïaques sur une institution qu'ils ne connaissent qu'à travers des clichés. Cette bêtise sûre d'elle-même est fascinante car contrairement à l'intelligence, elle n'a aucune limite.

    Le nom de l'auteur a attiré mon attention. Qui est donc cette Esperanza Galouzeau qui s'inquiète ainsi du manque d'éthique de la maçonnerie et de son refus d'admettre la loi naturelle (celle de Dieu) ? J'ai immédiatement pensé à l'ancien premier ministre Dominique Galouzeau de Villepin et j'ai donc fait quelques recherches sur cette famille honorable. J'ai trouvé sur un site de généalogie une jeune Clémence Esperanza Galouzeau de Villepin, fille de M. Patrick Galouzeau de Villepin, un des frères de l'homme politique, et de Mme Jacqueline Crombez de Rémond de Montfort. Il m'a suffi ensuite de faire une recherche croisée sur Google entre le nom de la nièce de Dominique de Villepin et le site Causeur.fr. Et voici ce que j'ai trouvé (preuve que le net est rarement amnésique). Bingo !

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    Et qui est devenu par la suite :

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    En lisant les commentaires sous l'article de Mme (Clémence) Esperanza Galouzeau (de Villepin), j'ai trouvé cette remarque cocasse de quelqu'un, semble-t-il, bien informé.

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    Donc, à en croire ce commentateur, la jeune Clémence serait étudiante à l'ESSEC, une bonne business school privée de Paris. Pour vous donner une idée, l'ESSEC, ce sont des frais d'inscription qui avoisinent les 40500 € pour trois années d'étude... Une paille quoi, qui laisse présager une ébouriffante mixité sociale... Pendant ce temps, je rappelle que l'université publique française, ouverte au plus grand nombre, est la grande sacrifiée. Mais c'est un autre débat... Revenons à notre grande spécialiste de la franc-maçonnerie.

    Comme internet est mon ami, une recherche nominative m'a conduit vers le réseau social professionnel Linkedin. Je suis tombé sur le profil public d'une jolie étudiante de l'ESSEC qui habite dans le très chic (et très cher) seizième arrondissement de Paris où les riches familles cultivent volontiers l'entre soi (je recommande à ce sujet la lecture du livre de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Les ghettos du ghota. Comment la bourgeoisie défend ses espaces, Seuil, Paris, 2007).

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    Serait-ce donc elle, la grande spécialiste de « la suffisance et des insuffisances de la franc-maçonnerie » ? Une jeune aristocrate des beaux quartiers de Paris qui a choisi de réduire la maçonnerie à de vagues impressions suite à une conférence publique donnée à l'ESSEC le 12 janvier dernier.

    Comment dire sans être désobligeant ? Je trouve ce genre d'attitude assez pitoyable de la part d'une femme issue de l'élite (attention ! je n'ai pas dit de l'élite républicaine), c'est-à-dire venant d'un milieu très privilégié et éduqué où l'on devrait cultiver, me semble-t-il, un certain sens de la nuance et un respect de tous les chemins spirituels. On serait en droit de réclamer une réflexion un peu plus construite et étoffée qu'un pauvre article de propagande de bas étage. C'est vraiment dommage.