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La Cité - Page 5

  • Un monde s'effondre devant nos yeux

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    2946435243.jpgLe 3 mars dernier, je posais la question « Et si Trump l'emportait ? » :

    « A force d'être focalisés sur les débats franco-français (crise de l'agriculture, présence des migrants à Calais, multiples critiques du gouvernement et de son projet de réforme du code du travail, primaires à droite, montée du FN, etc.), j'ai l'impression que notre pays passe à côté d'un phénomène dont l'onde de choc, si elle se produit, sera infiniment plus importante que tous les problèmes hexagonaux réunis. Ce phénomène, c'est la victoire éventuelle de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine en novembre prochain. »

    9 novembre. Nous y sommes. La démocratie a parlé. Donald Trump l'a emporté contre toute attente. Le pire est désormais devant nous. Les Etats-Unis d'Amérique vont avoir pour président un provocateur démagogue, raciste et incontrôlable.

    Comment la société américaine va-t-elle bien pouvoir surmonter une campagne électorale aussi clivante ?

    Le monde entre dans une période des plus incertaines comme l'a noté cette nuit M. Gérard Araud, ambassadeur de France aux Etats-Unis sur son compte personnel twitter (il semble que le diplomate ait depuis effacé son twitt) :

    Vertige... C'est bien le mot...

  • Mieux vaut Attard que jamais ?

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    françois koch,isabelle attard,jean-michel baylet,godfLe député écologiste du Calvados, Mme Isabelle Attard, a publiquement accusé M. Jean-Michel Baylet d'avoir commis des violences graves sur une de ses anciennes collaboratrices. Les faits remonteraient à 2002 et auraient été classés sans suite par la justice. Pour le Parquet, il n'y aurait donc pas eu matière à poursuite. Qu'à cela ne tienne ! M. François Koch de l'hebdomadaire L'Express s'est saisi du sujet et y a consacré une note sur son blog. Voici ce que le journaliste écrit :

    « Jean-Michel Baylet, Ministre de l’Aménagement du Territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales depuis février dernier, a été accusé par la députée Isabelle Attard, ex-EELV, d’avoir agressé physiquement une collaboratrice, accusation formulée en pleine séance de l’Assemblée nationale. Le ministre qui a présidé pendant vingt le Parti radical de gauche est une figure franc-maçonne du Sud-Ouest, membre du GODF. Il l’est l’un des deux frères du GODF du gouvernement Valls, avec Jean-Yves Le Drian (Valls lui-même ayant quitté l’obédience, comme Jean-Vincent Placé). »

    L'appartenance maçonnique de Jean-Michel Baylet est effectivement de notoriété publique. Et alors ? Que vient-elle faire ici ? Quel rapport y a-t-il entre les accusations de Mme Attard et l'appartenance de M. Baylet au Grand Orient ? Quelle valeur informative ce rappel ajoute-t-il aux affirmations de Mme Attard ? M. Koch se garde bien de l'expliquer. Se risquerait-il à faire systématiquement allusion à la confession religieuse de ministres cités dans des fait divers ? Imaginez le tollé qu'un tel procédé provoquerait !

  • Le faux débat de l'identité nationale

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    Politique, Alain Ducasse, Alain Delon, Argent, République, Hervé Mariton, Jérôme Chartier, Catherine Dumas

    Le discours relatif au patriotisme et à l'identité nationale est profondément hypocrite. Je vais vous le démontrer. Pour ce faire, il faut remonter en juin 2008. Il y a un peu plus de huit ans, M. Alain Ducasse, un des grands chefs de la gastronomie française, qui résidait depuis des années à Monaco, avait choisi de devenir monégasque. C'était son droit le plus strict. Conformément à la Convention de Strasbourg du 6 mai 1963 signée dans le cadre du Conseil de l’Europe (à ne pas confondre avec l’Union européenne), il avait été institué un mécanisme de perte automatique de la nationalité d’origine en cas d’acquisition volontaire de la nationalité d’un autre Etat contractant. La Principauté de Monaco et la France sont membres du Conseil de l’Europe. En devenant monégasque, Ducasse savait donc qu’il allait perdre sa nationalité française. Grand bruit dans le Landerneau politique.

    Je me souviens que des parlementaire s'étaient servis de cette affaire, à la fin du mois de juin 2008, pour réclamer la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Le député Jérôme Chartier avait ainsi lancé sur les ondes ce cri du cœur : « Alain Ducasse a donné le signal, assez d’idéologie ! »  La sénatrice Catherine Dumas avait déclaré pour sa part que « la France est une nouvelle fois victime de sa fiscalité excessive. Après nos artistes, nos sportifs et nos grands chefs d’entreprises, l’ISF s’attaque désormais à nos artisans de renom et de talent ».  Le député Hervé Mariton (qui est candidat à l'élection présidentielle de 2017) avait émis ce jugement : « si nos dispositifs (fiscaux) étaient aussi excessifs que les socialistes l’ont dit, Ducasse ne serait pas parti. Si Ducasse est parti, c’est que les socialistes n’avaient pas raison »Selon ces parlementaires, il aurait donc fallu que les Français plaignent ou portent le deuil coupable de toutes les personnes fortunées qui avaient fait le choix de quitter le pays et, parfois, de prendre une autre nationalité pour payer moins d'impôts (ainsi de M. Alain Delon devenu Suisse par filiation fiscale alors que je rappelle qu'il fut le premier « people » à reconnaître publiquement ses sympathies politiques lepénistes ; on se souvient aussi des tergiversations de M. Bernard Arnault relatives à sa demande de nationalité belge). 

    Par conséquent, « l’affaire Ducasse », que tout le monde a oubliée aujourd'hui, a révélé une conception hypocrite de la nationalité et du patriotisme. Elle consiste à invoquer l'identité nationale chaque fois qu’il s’agit de causer d’immigration et de l'évacuer totalement quand il est question d'argent et de protection du patrimoine ! En effet, au lieu de s’interroger par exemple sur ce que peut représenter le sentiment patriotique aujourd’hui, sur ce qui peut amener un individu à être sincèrement attaché à la France et à le manifester simplement et sobrement, ou encore sur ce qui peut amener une personne à venir d’un pays lointain pour s’installer en France avec sa famille et y reconstruire sa vie, eh bien vous avez des représentants de la classe politique française qui préfèrent parler à la place de pognon, de pression fiscale excessive, d’exil, de « fuite des cerveaux », de « fuite des entrepreneurs » et de « fuite de créateurs de richesses » dans le but de justifier implicitement l'évasion fiscale, voire la fraude fiscale.

    J'espère donc que les citoyens ne se laisseront pas berner, une nouvelle fois, par le faux débat de l'identité nationale.

  • La peur de l'islam

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    averroes.jpgL'islam fait peur. Il effraie de plus en plus de gens. C'est une évidence qui s'appuie sur des faits objectifs. Il ne se passe pas un jour sans que les médias n'évoquent la tragédie des attentats commis en France, la radicalisation de ceux qui les ont perpétrés ou qui ont l'intention d'en perpétrer de nouveaux, les crimes de Daesh, l'influence du salafisme, la polémique relative au burkini, etc.

    Interrogeons cette peur. Je crois qu'elle s’appuie sur une triple confusion :

    • la confusion de l’islam (la religion en tant que telle) et de l'islamique (tout ce qui a un rapport direct ou indirect avec l'islam) avec l’islamisme (l’instrumentalisation politique de l’islam) ;
    • la confusion entre les musulmans et les arabes (tous les musulmans ne sont pas arabes) ;
    • la confusion entre les musulmans et les étrangers (comme s’il était impossible d’être musulman et de nationalité française).

    Cette triple confusion conduit à opérer des associations d’idées dévastatrices du style :

    Islam = musulmans = arabes = étrangers = barbus = charia = terrorisme = repli = non assimilation = danger.

    Progressivement, l’idée d’une dangerosité spécifique à l’islam se propage un peu partout en occident.  Certains essayent de la trouver dans les sourates du Coran et les hadiths. D’autres, de façon beaucoup plus délirante, tentent d’en voir la marque dans les « rues arabes », c'est-à-dire dans certains quartiers cosmopolites de nos agglomérations où les populations d'origine étrangère (principalement africaines) se sont (ou ont été) installées.

    Bref, l’islam est réduit à ses formes intégristes et à son incompatibilité prétendue avec l’occident. Ses aspects obscurantistes sont systématiquement mis en avant. Beaucoup de gens estiment qu’il est contraire à la démocratie et à la laïcité. L’islam est volontiers désigné comme un élément extérieur à la société occidentale. Il n’est pas rare qu’on lui oppose « l’identité chrétienne » de l’Europe ou encore la liberté de penser qui, entend-on parfois, serait une caractéristique propre à la civilisation occidentale.

    Or, les interactions ont été nombreuses entre « la terre d’islam » et ce que l’on appelle « la chrétienté ». Je ne parle pas des guerres, des invasions, des croisades et de tout ce qui est généralement repris dans les livres d’Histoire. Je veux parler bien sûr des interactions positives, notamment des influences intellectuelles, celles dont on ne parle quasiment jamais.

    Il faut ainsi rappeler que les intellectuels musulmans ont recueilli, traduit et commenté les textes grecs (philosophiques et scientifiques) que l’Occident chrétien avait perdus ou interdits. Ce travail de redécouverte, c’est la « falsafa » (la philosophie islamique fondée sur l’héritage de l’Antiquité classique).

    Aristote, Platon, Pythagore, Empédocle, Galien, Proclus, pour ne s’en tenir qu’à ces quelques exemples, ont été redécouverts en Occident, au Moyen Age, via le travail des intellectuels musulmans tels que al-Kindi (dit Alchindius), al-Farabi (dit Alpharabius), ibn Sinā (dit Avicenne), al-Rāzi, ibn Bādja (dit Avempace), ou ibn Rouchd (le célèbre Averroès de Cordoue).

    Le cas d’Averroès est intéressant.

    Profondément influencé par la lecture d’Aristote, Averroès considère que le Coran s’adresse à tous les hommes, aussi bien à ceux qui raisonnent qu’à ceux qui se contentent d’en suivre les préceptes sans aucune distance critique.

    Il en déduit qu’on peut lire le Coran en philosophe et qu’on a donc légitimement le droit de l’interpréter et de le commenter.

    Bien plus encore, Averroès de Cordoue a été l’un des premiers intellectuels à faire une distinction claire entre la foi et la raison et à postuler l’existence d’un intellect commun à tous les hommes.

    Cette séparation entre la foi et la raison (ou la connaissance) a eu pour effet politique de populariser l’idée de la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel (sur laquelle repose la laïcité contemporaine).

    Cette idée de séparation a provoqué une vive réaction en occident parmi les Docteurs de l’Eglise.

    Guillaume d’Auvergne, Henri de Gand, Alexandre de Hales, saint Bonaventure, Vital du Fourou, le pétaradant Raymond Lulle (la liste n’est nullement exhaustive) se sont inscrits contre cette culture aristotélicienne transmise par les intellectuels musulmans. Tous se rattachaient à l’enseignement théocratique de saint Augustin et critiquaient le principe d’un intellect commun. Tous refusaient, d’une part, la séparation entre la foi et la connaissance et, d’autre part, la séparation entre le temporel et le spirituel.

    Cependant, malgré les critiques, malgré les menaces des bûchers et les excommunications, de nombreux penseurs chrétiens furent influencés par les différents apports de la « falsafa ». Je citerai par exemple Boèce de Dacie, Siger de Brabant, Jean de Jandun, saint Thomas d’Aquin, Marsile de Padoue, ou Pietro d’Albano (là aussi, liste non exhaustive).

    En assurant la diffusion des auteurs grecs, les penseurs musulmans ont permis à l’occident de se réapproprier ce patrimoine philosophique. Réciproquement, la philosophie grecque a favorisé, au sein même de l’islam, l’émergence d’une démarche critique et le goût pour le commentaire et l’exégèse des textes sacrés.

    Je pense que cet héritage doit être valorisé si du moins les pouvoirs publics veulent aider rationnellement les Français de confession musulmane à structurer l'islam en France.