Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

La Cité - Page 3

  • Le point d'équilibre de la République

    Imprimer

    république,politique,cité,bloc,aristide briand,joseph caillaux,jean jaurès

    Il est beaucoup question aujourd'hui de recomposition politique. L'expression est à la mode. On l'entend partout en cette période électorale. Il est vrai que les grands partis ont du plomb dans l'aile pour tout un ensemble de raisons qu'il serait fastidieux d'analyser ici. Les lignes semblent bouger en tout cas. S'agit-il pour autant d'une recomposition politique ou bien simplement d'un retour de la République à son point d'équilibre ?

    Je m'explique. Chaque fois que la République a été en danger, menacée par la force brutale des extrêmes, les républicains attachés à la démocratie et aux libertés publiques ont su se rassembler dans une grande fédération trans-partisane. Sous la Révolution, cette fédération s'appelait « le Marais » composé d'abord par les Girondins, puis la Terreur passée par les Thermidoriens. Sous les deuxième et troisième Républiques, le Marais a pris différents noms : tantôt désigné sous l'étiquette de parti des « libéraux » ou des « radicaux », tantôt désigné sous celle de « centre gauche ».  

    C'est ce « Marais » aux limites fluctuantes qui, qu'on le veuille ou non, a construit la République en la prémunissant des aventures révolutionnaires sans issue. Même si comparaison n'est pas raison et que chaque époque obéit à un contexte historique donné, je trouve néanmoins que la situation politique française actuelle ressemble étrangement à celle qui prévalait dans les premières années du vingtième siècle lorsque la République était menacée à sa droite par des réactionnaires décidés à l'abattre et à lui substituer un régime autoritaire et à sa gauche par des socialistes résolument hostiles à toute participation gouvernementale et désireux de faire une révolution de type marxiste.

    Les républicains ont su aller au-delà des clivages pour se rassembler et jeter les bases du premier parti politique français les 21, 22 et 23 juin 1901 : le parti républicain, radical et radical-socialiste. S'y côtoyaient des gens venus de la droite et de la gauche, des gens venus de milieux modestes ou fortunés autour d'idées fortes : la défense de la République, la laïcité, le respect de la propriété privée, le désir de travailler à l'avènement d'une société solidaire d'hommes libres. Des ralliements ou en tout cas des compagnonnages ont fait jaser à l'époque : je pense notamment à celui du socialiste Aristide Briand. Le secrétaire de Jean Jaurès fut vivement conspué par ses anciens camarades pour avoir accepté de participer à l'exercice du pouvoir. On qualifia Briand de « Jaune » (traître, servile, suppôt du patronat en argot). On le prétendit de droite. Je pense également au ralliement de Joseph Caillaux, ce grand bourgeois fortuné, homme d'affaires passé par l'inspection générale des finances. Caillaux fut la bête noire des réactionnaires qui virent en lui un traître à sa condition sociale.

    république,politique,cité,bloc,aristide briand,joseph caillaux,jean jaurès

    Aristide Briand fut le rapporteur éloquent de la loi du 9 décembre 1905 portant séparation de l'Eglise et de l'Etat. Joseph Caillaux parvint, à la veille de la première guerre mondiale, à faire voter l'instauration de l'impôt progressif sur le revenu et à profondément réformer le système fiscal du pays (il y eut plus de cent cinquante propositions de loi entre 1880 et 1914 !). La République moderne doit beaucoup à ces hommes politiques pragmatiques, injustement oubliés, qui ont su dépasser les clivages pour réformer la France en profondeur et concilier la libre initiative économique avec l'indispensable justice sociale.

    Je demeure persuadé que Jean Jaurès - qui, contrairement à ce que l'on croit trop souvent, n'était pas le secrétaire général de la SFIO (il s'agissait de Louis Dubreuilh) - était intimement convaincu que ces ralliements allaient dans le sens de l'histoire et de l'intérêt général mais qu'il lui était impossible d'y engager la SFIO tout entière parce que celle-ci ne l'aurait pas suivi à cause du poids politique interne des maximalistes et des idéologues protestataires hostiles à toute participation gouvernementale. L'assassinat de Jaurès le 31 juillet 1914, puis le déclenchement de la première guerre mondiale quelques jours plus tard, n'ont pas permis à cette logique politique d'aboutir. Les législatives de mai 1914, nettement remportée par la gauche, a vu ses effets tués dans l'oeuf : « l'union sacrée » face à l'ennemi l'a emporté sur tout autre considération.

    La franc-maçonnerie fut une cheville ouvrière de ce « bloc républicain » qui, par la suite, se morcela en diverses chapelles (Alliance démocratique, Fédération Républicaine, Radicaux, Radicaux Socialistes) plus ou moins concurrentes mais souvent amenées à collaborer et à gouverner ensemble par les règles du régime parlementaire classique et les modalités de scrutin. Il convient de rappeler que de nombreux francs-maçons et de nombreuses loges, aussi bien du Grand Orient que de la Grande Loge, étaient adhérentes des comités radicaux.

  • Une heure avec Manuel Valls

    Imprimer

    valls1.jpgEn 2008, j'étais descendu à Nîmes écouter une intervention de Mme Ségolène Royal qui apportait, à l'époque, un ton nouveau en politique. Elle était le chef de file de la motion E et guignait le poste de premier secrétaire du PS.

    Je n'étais pas un béni oui-oui de la dame mais j'avoue qu'elle ne manquait pas de courage face aux attaques parfaitement dégueulasses dont elle faisait l'objet. Elle digérait sa défaite de 2007.

    Durant le meeting, j'avais fait la connaissance d'un gars originaire de la Lozère qui travaillait à Evry. Il était membre de la section socialiste de la ville dont Manuel Valls était le maire.

    Après le meeting, je me souviens que mon comparse lui avait adressé un grand signe de la main :

    « -Oooooooh ! Mâââaânu ! Putain ça va ?! »

    Et Valls de répondre, les yeux écarquillés :

    « -Oh mais c'est toi ? qu'est-ce que tu fous là ? » 

    Et Manuel Valls vînt vers nous. Il n'en revenait pas de voir un de ses camarades de la section d'Evry dans ce meeting nîmois. Nous avons discuté de tout et de rien comme si nous nous connaissions depuis toujours. Je n'avais jamais rencontré de mandataire public aussi disponible dans la discussion même si j'avais déjà eu l'occasion de rencontrer Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon (également étonnants de proximité).

    Mon comparse était profane. Pour ma part, j'étais sur la réserve devant Valls dont je savais qu'il avait fréquenté le Grand Orient à un moment donné. Le maire d'Evry était en sommeil. A quoi cela aurait-il servi de me dévoiler ? A rien.

    Je me souviens que Vincent Peillon était en retrait. Muet comme une carpe. Il s'emmerdait ostensiblement. Ségolène Royal, elle, gérait les militants qui jouaient des coudes pour lui parler. Raide. Le sourire crispée.

    Pour terminer. Une photo. Ironie de l'histoire. On y voit le révolutionnaire en retrait (Jean-Luc Mélenchon). L'adepte tardif du revenu universel (Benoît Hamon). Et le prétendu réactionnaire (Manuel Valls). Je n'ai pas cerclé de rouge l'actuel premier secrétaire du PS (Jean-Christophe Cambadélis), l'actuel commissaire européen (Pierre Moscovici) et l'actuel président de l'assemblée nationale (Claude Bartolone). 

    2008,manuel valls,socialisme,cité,souvenir

    Et en avant-plan, l'ancien premier ministre Michel Rocard (paix à ses cendres).

  • La légitimité de Donald Trump en question

    Imprimer

    laurent.jpgAnalyse lumineuse des enjeux de la présidence Trump par Mme Sylvie Laurent sur l'antenne de France Inter ce 20 janvier 2017. Sylvie Laurent a fait sa thèse de littérature américaine à Paris IV sur « le pauvre blanc dans le roman américain ». Elle enseigne à Sciences-po Paris et à l'Université d'Harvard.

    En trois petites minutes, Mme Laurent énonce les problèmes juridiques et politiques extrêmement complexes que pose l'élection de M. Trump à la tête de la première puissance mondiale.

    Et elle insiste notamment sur la légitimité de Trump qui est questionnée sous trois angles :

    1. Trump n'a pas obtenu la majorité des suffrages exprimés mais la majorité des voix des grands électeurs (c'est le suffrage universel indirect).

    2. Il est établi qu'il y a eu une intervention informatique russe dans le processus électoral et il y a donc des doutes sur la sincérité du scrutin.

    3. Trump est noyé dans de colossaux et inextricables conflits d'intérêts (il dirige un empire financier et un pays). Les risques de corruption sont donc majeurs.

    Extrait de l'intervention de Mme Sylvie Laurent ci-dessous :

    ____________

    Lire également :

  • Jean-François Daraud ou le cynisme politique

    Imprimer

    daraud.jpgJ'étais au courant depuis plusieurs semaines du ralliement public de M. Jean-François Daraud à la cause lepéniste. Je n'en ai rien dit jusqu'à présent, considérant qu'il ne m'appartenait pas de divulguer l'identité d'un franc-maçon actif. Celui-ci vient de faire l'objet d'une exclusion du Grand Orient de France. Elle a été rendue publique. 

    Il semble que l'intéressé ne soit pas du tout content cette exclusion et qu'il l'ait fait savoir au cours d'une conférence de presse après s'être dérobé par une pirouette devant la justice ordinale dont il dépend. Ce qui en dit long sur l'ego du bonhomme. Comme si le quidam allait se préoccuper du destin maçonnique de M. Daraud. Néanmoins, il faut prêter attention à son argumentation et ne pas la prendre à la légère car elle est tout à fait pernicieuse.

    « Je suis totalement scandalisé de voir qu'une association, qui prône la fraternité, la tolérance et l'ouverture, décide de m'exclure alors que cela correspond exactement à ce que j'ai dit lors de ma présentation aux législatives. Le Grand Orient me reproche de faire de la politique mais ce sont eux qui en font ! Je ne vais pas laisser les choses comme ça »

    Pourtant M. Darraud, du haut de ses vingt années de maçonnerie, sait qu'il a signé avant son initiation, comme tout membre du GODF, un engagement précis : on ne peut être franc-maçon du Grand Orient de France et appartenir à une association xénophobe et raciste. D'ailleurs je note que même l'extrême droite historique est déboussolée. Le site d'extrême droite Le Libre Penseur est même ouvertement désolé de ce ralliement qu'il qualifie de farce :

    « Oui, c’est le FN nouveau, sauce maçonnique et LGBT. À ce rythme, on ne donne pas cher de l’avenir de ce parti qui a renié toute son histoire. Ces dissensions internes verront bientôt une explosion en plusieurs groupes, au moins deux : l’ancienne école et la nouvelle de Marine/Philippot/Collard. Pour corser le tout, ce monsieur refuse de se faire exclure du GODF et veut donc déposer plainte, car il estime que cette décision est incompatible avec les droits de la République, la Cour des droits de l’homme et la Cour européenne ! Quelle farce… »

    Oui. C'est une farce. 

    Précisons maintenant les choses. Ce n'est pas parce que le Grand Orient de France proclame la liberté absolue de conscience qu'il n'existe pas des caractères propres à l'obédience. Sinon cela reviendrait, au nom de cette même liberté, à admettre tout le monde, y compris celui qui déclare ne pas partager les valeurs maçonniques ! Ce qui serait bien évidemment absurde.

    La fraternité, la tolérance et l'ouverture ne sont pas sans limites dès lors que le pacte social de l'obédience est fondé sur des valeurs humanistes claires radicalement incompatibles avec les thèses de l'extrême droite.

    L'argumentation de M. Daraud aurait été recevable s'il n'avait pas été averti avant son initiation de l'incompatibilité qui aujourd'hui a provoqué son exclusion. Or, M. Daraud le savait parfaitement. Il a donc franchi cyniquement le Rubicon en toute connaissance de cause sentant qu'il lui serait politiquement profitable de rallier Marine Le Pen dont on nous serine sur tous les tons, comme une évidence, qu'elle sera au deuxième tour de l'élection présidentielle.

    M. Daraud a promis de ne pas laisser les choses ainsi. Il va en référer à son avocat. Grand bien lui fasse ! Qu'espère au juste cet homme avide de pouvoir ? Une réintégration dans une obédience et une loge qui ne veulent plus de lui ?

    bauer.jpgCe faisant, je ne peux m'empêcher de penser que Daraud n'a fait que mettre en pratique ce qu'un ancien dignitaire du Grand Orient a imprudemment déclaré au micro des Grandes Gueules de RMC le 1er octobre 2015 :

    Résumons les propos du frère Bauer :

    • Marine Le Pen ne doit pas être rejetée par a priori car elle est plus structurée politiquement que ne l'était son père qui était un pur provocateur ;
    • Marine Le Pen sera au second tour de la présidentielle ;
    • l'interdiction pour un maçon d'appartenir au FN ou à ses satellites est moins un problème qu'un sujet ;
    • il y a des maçons au FN ou proches des idées du FN ;
    • ces francs-maçons sont à l'image de l'état de l'opinion française.

    Comment ne pas être troublé par les déclarations de l'ancien grand maître du Grand Orient de France ? Elles ressemblent étrangement à une sorte de justification donnée à tous celles et ceux qui, dans les loges, seraient tentés par un tel ralliement.

    _______________

    Ajout du 22/12/2016 à 14h30

    Il semble que l'exclusion n'ait pas été prononcée, M. Darrot ayant été seulement entendu devant la justice obédientielle.