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Personnalités - Page 3

  • Voici comment Vladimir Poutine instrumentalise la franc-maçonnerie russe

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    bogdaclown.jpgL'instrument dont se sert M. Vladimir Poutine pour contrôler la franc-maçonnerie russe, est connu des lecteurs fidèles de ce blog. Il s'appelle Andreï Vladimirovitch Bogdanov et j'en ai parlé à deux reprises lorsque j'ai rendu compte des activités de la Grande Loge de Russie dans les pays du Caucase et au Kazakhstan. Andreï Bogdanov en est le Grand Maître depuis 2007. Un Grand Maître dont l'élection a été immédiatement contestée par une minorité de frères qui, depuis, a préféré constituer des loges dissidentes, fonder d'autres obédiences ou se placer sous la juridiction d'obédiences libérales et adogmatiques (le Grand Orient de France possède ainsi deux loges en Russie, une à Moscou et une à Saint-Petersbourg, qui se développent chacune dans un contexte assez difficile).

    Depuis toujours en effet, Andreï Bogdanov pratique un curieux mélange des genres puisqu'il est à la fois le dignitaire de la franc-maçonnerie russe, reconnu comme tel par la Grande Loge Unie Angleterre et les Grandes Loges américaines, et un homme très engagé dans la vie politique de son pays.

    Bogdanov a en effet connu son heure de gloire en 2008 lorsqu'il s'est présenté à l'élection présidentielle de la Russie sous les couleurs du Parti démocratique qu'il présidait à l'époque. Il a obtenu un peu plus d'1% des voix face à Dmitri Medvedev, le candidat de Vladimir Poutine. Bogdanov a donc été un opposant pour le moins symbolique, voire utile, à propos duquel le journaliste Tony Halpin écrivait dans l'édition du 29 février 2008 du Times de Londres :

    « Beaucoup de gens soupçonnent que le Kremlin a autorisé Bogdanov à se présenter pour s'assurer qu'il y aurait au moins deux candidats en conformité avec la loi russe ».

    Sur son blog, Fabrice Nodé-Langlois l'avait même qualifié de candidat extraterrestre en faisant une allusion malicieuse aux frères Igor et Grichka Bogdanov (Andreï Bogdanov n'a évidemment aucun lien de parenté avec nos jumeaux hexagonaux) :

    « Jeune -38 ans-, franc-maçon, portant les cheveux longs et frisotés, dans le paysage politique russe, Andrei Bogdanov est assurément un alien. Face au favori Dmitri Medvedev, au nationaliste Vladimir Jirinovski et au communiste Guennadi Ziouganov, il est l'improbable quatrième candidat de la présidentielle du 2 mars.

    Improbable parce que d'emblée, on se demande comment ce parfait inconnu du public russe est parvenu à réunir les 2 millions de signatures nécessaires à tout candidat non représenté au parlement ».

    En 2008, Bogdanov passait pour un homme de centre droit ou de droite. Très libéral tant sur le plan politique qu'économique. Il était jeune et avait un profil atypique. Son sourire en coin, un brin narquois, lui donnait un air décalé et un peu fourbe. Il était en quelque sorte l'expression de l'une des composantes au sein de l'opposition russe aux côtés du communiste Gennady Ziouganov et du nationaliste Vladimir Jirinovski. Bogdanov incarnait l'occidentalisme démocratique en quelque sorte, auréolé, qui plus est, d'une appartenance maçonnique qu'il n'a jamais cherché à cacher bien au contraire.

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    Depuis 2008, la vie politique de Bogdanov est à l'image de sa vie maçonnique. Très intense. Il a tenté de se présenter à la mairie de Sotchi en 2009 (la ville des jeux olympiques d'hiver) avant de se raviser et d'appeler à voter en faveur Anatoly Pakhomov, le candidat soutenu par Russie Unie, le parti du président Poutine. Le Parti démocratique a ensuite explosé. Les partisans de Bogdanov ont alors rejoint le parti Juste Cause. Puis, en 2014, Andreï Bogdanov s'est retrouvé dans un obscur contentieux face à un autre opposant, Alexeï Navalny, récemment condamné pour corruption aux termes d'un procès douteux. Bogdanov, qui avait déposé le nom « Alliance Populaire », a assigné Navalny dont la formation politique utilisait le même nom. Bogdanov a obtenu gain de cause et torpillé ainsi toute la communication de Navalny.

    En 2014, l'ultralibéral Bogdanov a opéré une transformation politique spectaculaire. Il est devenu président - tenez-vous bien - du Parti Communiste de la Justice Sociale créé en 2012. En deux ans à peine, il a donc la pris la tête de cette organisation politique dans laquelle on retrouve par exemple Andreï Brejnev le petit fils de Leonid Brejnev ! Le Parti communiste de la Fédération de Russie, issu des ruines de l'ancien Parti communiste de l'Union Soviétique, s'est élevé contre ce concurrent perçu comme une manipulation du Kremlin. Et de relever que l'acronyme de Parti Communiste de la Justice Sociale, en langue russe, est le même que celui du Parti Communiste de l'Union Soviétique : КПСС. Il y a donc une volonté manifeste d'entretenir la confusion chez les électeurs russes. Le Parti Communiste de la Justice Sociale a par ailleurs présenté des listes dans la plupart des régions aux dernières élections régionales russes de 2015 et aux législatives de 2016.

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    Pour le politologue et journaliste Alexeï Makarkine, le revirement d'Andreï Bogdanov n'est pas surprenant. Il estime que Bogdanov a décidé de se concentrer sur le Parti communiste quand il a constaté que l'idéologie bolchévique et la nostalgie de l'Union soviétique étaient plus porteuses au sein de l'électorat que les principes démocratiques ou le libéralisme économique. Cependant, Makarkine ne va pas jusqu'à affirmer que la soudaine reconversion politique de Bogdanov obéit à un ordre de Poutine mais son silence le laisse pourtant penser. En tout cas, force est de constater qu'Andreï Bogdanov est parvenu, au cours des dix dernières années, à torpiller le mouvement démocratique russe en participant activement à l'émiettement des forces politiques d'opposition. Il a également affaibli les nationalistes (Navalny). Il s'attaque aujourd'hui aux communistes. Pendant ce temps, Timur Bogdanov, le frère d'Andreï Bogdanov, est devenu en 2014 le président du groupusculaire Parti Démocratique de Russie reconstitué en 2012.

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    Une tel activisme et un tel cynisme ne peuvent s'expliquer sans un soutien actif du Président Poutine. Ce dernier d'ailleurs n'a jamais dissimulé une certaine bienveillance à l'égard de Bogdanov. Ce qui est certain en tout cas, c'est que si le Grand Maître de la Grande Loge de Russie était réellement un opposant sérieux à Poutine, il aurait été déjà condamné pénalement pour une infraction de droit commun (comme Alexeï Navalny par exemple) ou assassiné froidement (comme Boris Nemtsov). Et, naturellement, la franc-maçonnerie aurait été interdite sur tout le territoire russe et, corrélativement, dans tous les Etats sous influence politique du Kremlin.

    Après l'intensité des activités politiques du camarade Andreï Bogdanov, il convient de souligner l'intensité des activités maçonniques du frère Bogdanov Andreï. Celui-ci voyage beaucoup. La Grande Loge de Russie semble donc bénéficier de moyens financiers confortables, ou tout au moins suffisants, pour permettre à son Grand Maître de la représenter dans toutes les manifestations maçonniques internationales. Andreï Bogdanov, qui semble avoir avoir une bonne estime de lui-même, prend volontiers la pose. Le compte Instagram de la Grande Loge de Russie est ainsi rempli de photos du Grand Maître en Grande Bretagne, aux Etats-Unis, en Australie, au Kazakhstan, en Georgie, au Venezuela, etc.

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    De temps en temps, Bogdanov se livre à quelques facéties sympathiques. On le voit en costume de St Nicolas ou avec des oreilles de Mickey (cf. les photos ci-dessus). Certaines images rappellent même étrangement le réalisme soviétique des dignitaires communistes d'antan (cf. la photo ci-dessus). Bref, c'est un véritable culte de la personnalité à mille lieux de tout esprit maçonnique véritable. 

    La Grande Loge de Russie s'autorise même quelque audace. C'est ainsi qu'elle a salué très officiellement l'entrée en fonction de Donald J. Trump à la présidence des Etats-Unis d'Amérique en publiant cette image sur son compte Instagram le 20 janvier dernier avec cette légende on ne peut plus explicite : 

    « Поздравляем наших американских братьев с инаугурацией нового Президента США!(Félicitations à nos frères américains pour l'entrée en fonction du nouveau président des Etats-Unis d'Amérique !) »

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    Ce qui est pour le moins comique quand on connaît les positions, les discours et les décisions de Trump. Les appréciations des francs-maçons américains à son sujet sont très contrastés. Il est donc très étonnant que la Grande Loge de Russie fasse ainsi irruption dans l'actualité politique américaine alors que sa régularité aurait dû l'inciter à conserver une parfaite neutralité. Elle laisse clairement penser que Trump a été le candidat des loges d'une façon ou d'une autre. Ce qui est une ineptie. Mais c'est bien entendu volontaire. En effet, il faut faire oublier les forts soupçons d'ingérence russe dans le processus électoral (piratage informatique). Comment ne pas remarquer non plus une convergence de vue entre l'obédience présidée par Bogdanov et les sentiments de Poutine à l'égard du nouveau locataire de la Maison blanche ?

    Il paraît clair que Vladimir Poutine utilise Andreï Bogdanov pour pénétrer les réseaux maçonniques et nouer des contacts qui peuvent être utiles à la Russie. Andreï Bogdanov semble bien trop intelligent et malin pour n'être qu'une marionnette ou une sorte d'idiot utile. Il n'est pas incongru de l'imaginer en agent du FSB. Bien entendu, il est impossible de le démontrer même si une observation attentive de l'actualité politique russe permet de déceler de nombreux indices troublants. Bogdanov est-il une taupe de Poutine ? La question est donc posée. En tout cas, ce qui a été possible à Cuba avec Castro peut évidemment l'être en Russie avec Poutine. Ce n'est absolument pas un problème en soi.

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    En attendant, que penser de ces dignitaires anglo-saxons qui déroulent le tapis rouge à la Grande Loge de Russie alors qu'ils s'obstinent toujours à ne pas reconnaître l'écrasante majorité des francs-maçons français et belges, notamment les Grands Orients de France et de Belgique ? Sont-ils aveugles et nigauds à ce point ? J'ai bien peur que la réponse soit positive.

  • La franc-maçonnerie portugaise rend hommage à Mário Soares

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    GOL, Portugal, Mário Soares, franc-maçonnerie, hommage, Union européenneMário Alberto Nobre Lopes Soares est décédé le 7 janvier 2017 à l'âge de 92 ans à l'hôpital de la Croix-Rouge de Lisbonne où il avait été hospitalisé depuis la mi-décembre 2016. Le gouvernement a déclaré trois jours de deuil national.

    Mário Soares a assumé les plus hautes fonctions et sa vie se confond avec l'histoire de la démocratie portugaise. Il a combattu la dictature. Il fut le fondateur du parti socialiste, ministre des affaires étrangères après la révolution du 25 avril 1974 dite des oeillets, premier ministre de 1976 à 1978 et de 1983 à 1985.

    Le gouvernement de Mário Soares a demandé l'adhésion à la Communauté économique européenne en 1977. Cette adhésion est devenue effective en 1986. Mário Soares a ensuite remporté à deux reprises les élections présidentielles. Il a quitté la vie politique active en 1996.

    Mário Soares était franc-maçon. Il avait été initié au sein de la loge Les Compagnons Ardents de la Grande Loge de France, en 1972, lorsqu'il était réfugié politique dans notre pays. Il s'est mis en sommeil, plus tard, lorsque ses responsabilités politiques l'ont totalement accaparé.

    Les obédiences portugaises - le Grand Orient Lusitanien notamment - ont  rendu hommage au grand homme et souligné que la contribution du Dr Mario Soares à la construction d'un Portugal démocratique restera toujours une référence historique. Pour la franc-maçonnerie portugaise, Mário Soares a été un défenseur énergique de la liberté, de l'égalité, de la fraternité et de la démocratie sociale.

     

  • Alberto Bachelet Martinez ou le désir de liberté et de justice

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    bachelet.jpgQuelques mots sur le frère Alberto Bachelet Martinez (1923-1974), général de brigade de l'armée de l'air chilienne, décédé dans une prison de Santiago où il avait subi la torture comme tous ses compagnons d'infortune. Dans sa cellule, ce proche du président Salvador Allende a appris son exclusion de la Grande Loge du Chili après vingt-huit ans d'appartenance. Bachelet a alors écrit une lettre au vénérable de sa loge en décembre 1973 :

    « Cette exclusion a été un arrachement douloureux (...) Vénérable Maître, ce qui m'est arrivé ces derniers mois n'était pas pour vous un mystère. Cependant, dans les moments les plus difficiles, aucun frère (...) n'a essayé de tendre la main au frère déchu et à sa famille. C'est de la lâcheté morale. Vous, Vénérable Maître, vous avez oublié les principes de fraternité et de solidarité avec ceux qui en ont besoin. »

    Et d'ajouter :

    « Vous avez eu à tuer le frère Bachelet, parce qu'il travaillait à côté du frère Allende, parce qu'il était fidèle comme un frère et un ami, parce qu'il était fidèle à la Constitution, parce qu'il était loyal envers le peuple, parce qu'il était juste et conforme à ses principes, les mêmes qui sont contenus dans les trois degrés de la Maçonnerie. »

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    Le 19 octobre 1973, le général Bachelet a écrit une lettre émouvante à son fils Alberto, aujourd'hui décédé, qui demeurait à l'époque en Australie. Bien qu'usé par les mauvais traitements, Bachelet a eu la force d'exprimer non seulement sa confiance en l'Homme mais aussi sa sidération devant la violence de ces militaires qu'il avait pourtant côtoyés durant toute sa carrière ou dont il avait participé à la formation.

    « Après une longue période, peut-être un millier d'années, c'est la première lettre que je t'écris. Dites mille ans, comme tu pourrais dire dix mille ou cent mille (...) Quand on a subi l'expérience de l'oppression, de la détention au secret pendant une longue période, quand on a essuyé des accusations infondées formulées par de vrais criminels, quand on a subi les trahisons de gens que l'on pensait être ses amis, alors on ne pense plus, mais on se dit que quelque chose ne va pas, que le monde est fou. Je suis cassé de l'intérieur, mais dans ces moments où je suis moralement disloqué, je n'ai jamais su haïr personne. J'ai toujours pensé que l'être humain est l'être le plus merveilleux de cette création et qu'il doit être respecté en tant que tel (...) »

    Le 11 mars 1974, la veille de sa mort, il a adressé ces quelques mots à Angela Jeria son épouse :

    « (...) Mon désir est de vous voir, d'être avec vous, de regarder dans le vide, l'horizon libre (...) l'homme cesse d'être un loup pour l'homme lorsque la liberté, l'égalité et la justice sociale deviennent des faits concrets (...) »

    Dans la nuit du 11 au 12 mars 1974, le général Bachelet a été extrait une nouvelle fois de sa cellule. Ses geôliers lui ont mis une cagoule sur la tête et l'ont contraint à rester debout sans bouger pendant des heures sous peine de recevoir une balle dans les jambes. Son coeur, déjà fragile, a fini par lâcher.

    Je ne voudrais pas que l'on croie que je veuille faire dans cette note le procès des frères de la Grande Loge du Chili. Certains ont été très courageux. D'autres pas. Certains ont peut-être été de belles crapules. Mais ce qui est sûr, c'est que la plupart d'entre eux ont pu sauver leur peau et maintenir au Chili les activités maçonniques dans un contexte difficile et incertain. D'autres frères, en revanche, n'ont pas eu d'autre choix que l'exil.

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    Non, j'aimerais que cette petite évocation du général Bachelet soit plutôt perçue comme une marque d'espoir et de confiance dans l'avenir. En effet, en 2013, la Grande Loge du Chili a courageusement reconnu que l'exclusion du général Bachelet de ses rangs avait été injuste et infondée. Elle l'a donc symboliquement réintégré en son sein en lui conférant à titre posthume le statut de membre honoraire.

    Le 18 octobre 2014, Mme Michelle Bachelet Jeria, présidente de la République du Chili, est d'ailleurs venue assister au convent de la Grande Loge du Chili au cours duquel un vibrant hommage a été rendu à son père, un peu plus de quarante ans après sa tragique disparition. Devant la Grande Loge assemblée, elle est ainsi revenue avec humour et tendresse sur les circonstances particulières qui avaient amené son père à entrer en maçonnerie en 1945 à l'âge de 22 ans :

    « Mon grand-père maternel fut un franc-maçon très actif. Quand mon père est allé demander la main de ma mère, mon grand-père maternel lui a alors dit, « écoute, entre d'abord en franc-maçonnerie, puis tu négocieras ». Et la vérité est que mon père fut non seulement très amoureux de ma mère mais aussi de la franc-maçonnerie, un lieu où il a fait toute sa vie, un endroit qu'il aimait, où il était très engagé et où il a développé sa personnalité (...) »

    augusto pinochet; franc-maçonnerie,chili,alberto bachelet,pardon,humanisme,souvenir,michelle bachelet,salvador allendeJe voudrais profiter de l'évocation du général Bachelet Martinez pour faire une mise au point sur le sinistre général Augusto Pinochet Ugarte dont l'appartenance maçonnique est souvent mise en exergue pour mieux souligner la tragédie du coup d'Etat du 11 septembre 1973 fomenté contre un autre maçon, le président Salvador Allende Gossens. Pourtant, la réalité est bien plus triviale. Certes, Pinochet a bien été initié au sein de la loge Victoria n°15, orient de San Bernardo, de la Grande Loge du Chili le 28 mai 1941 à l'âge de 25 ans, peut-être sur les recommandations d'Osvaldo Hiriart Corvalán son beau-père, mais son passage en loge a été anecdotique. Augusto Pinochet n'a pas dépassé le grade de compagnon. Sa loge l'a radié le 24 octobre 1942 parce qu'il ne payait pas sa cotisation et n'assistait jamais aux tenues. Autant dire que Pinochet n'a jamais rien compris à la franc-maçonnerie. Les valeurs maçonniques lui sont demeurées parfaitement étrangères. Il est donc parfaitement incongru de comparer le parcours maçonnique éclair de Pinochet aux trente-huit ans de maçonnerie active de Salvador Allende, fils et petit-fils de maçon valparaisien, ou aux vingt-huit ans de maçonnerie active d'Alberto Bachelet.
  • Le Grau du Roi rend hommage à la mémoire d'André Quet

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    quet1.jpgLe samedi 10 décembre, au Grau du Roi (Gard), petite ville de pêcheurs et station balnéaire sur les bords de la Méditerranée, l'école élémentaire du Repausset est devenue l'école élémentaire André Quet. Je ne vais pas revenir sur la vie et les engagements d'André Quet (1922-2014) qui sont très bien résumés sur le site internet de la commune du Grau du Roi.

    Je voudrais plutôt évoquer ici très brièvement le franc-maçon du Grand Orient de France. Je n'ai aucune légitimité particulière pour le faire. Je n'étais pas de ses intimes mais je l'ai toutefois côtoyé plusieurs années sur les colonnes des loges nîmoises L'Echo du Grand Orient, où il fut initié dans les années soixante et dont il fut le vénérable, et La Bienfaisance qu'il rejoignit plus tard.

    Je conserve, pour ma part, le souvenir d'un homme à l'esprit vif, brillant et clair comme son écriture. Je me rappelle qu'il était très attaché à la réflexion sociale en loge qui était à ses yeux une des spécificités du Grand Orient dont il fut, d'ailleurs, l'un des conseillers de l'Ordre. Je garde le souvenir d'un homme tolérant, engagé au service des autres, d'un républicain et d'un laïque convaincu. 

    André respectait la tradition et le rite maçonniques mais il les considérait comme des moyens, des outils, des objets de réflexion. Quand des frères prenaient la parole en loge pour exalter le symbolisme ou exposer un point de vue qu'il estimait un peu trop ésotérique à son goût, André, en bon rationaliste, intervenait systématiquement pour les ramener sur le plancher des vaches et rappeler la nécessité d'une franc-maçonnerie engagée au coeur de la Cité. André Quet aimait le débat. Il avait une excellente capacité de synthèse qui lui permettait de résumer en quelques phrases tout ce qui s'était dit sur les colonnes.

    Ancien instituteur et directeur d'école, André Quet avait aussi un sens pédagogique développé. C'était certainement la raison pour laquelle il appréciait le contact avec les apprentis et les compagnons. Il était d'ailleurs souvent chargé de dispenser l'instruction maçonnique en salle humide pendant que la loge procédait aux augmentations de salaire. Il aimait aussi participer activement aux commissions chargées de traiter les questions annuelles posées par le Convent.

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    Je suis heureux que la commune du Grau du Roi ait rendu un si bel hommage à la mémoire de cet homme apprécié de tous.