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Livres et revues - Page 5

  • Le système Soral

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    Alain Soral, extrême droite, Robin d'Angelo, Mathieu MolardLe système Soral - Enquête sur un Facho Business est un livre écrit par Robin d'Angelo et Mathieu Molard, deux journalistes du site d'information StreetPress.

    Les auteurs y analysent dans le détail le parcours intellectuel et militant d'Alain Bonnet dit Alain Soral, lequel est devenu en quelques années à peine l'agitateur vedette de l'extrême droite française 2.0. Ils sont des millions, parait-il, à regarder ses vidéos dans lesquelles Soral étale ses délires paranoïaques sur les juifs, les homosexuels, les francs-maçons, les féministes et, plus généralement, sur tous les individus ou groupes d'individus qui ne cadrent pas avec sa vision du monde et de la société.

    D'Angelo et Molard ne sont pas tendres avec celui qui se présente volontiers comme un des grands penseurs contemporains de la dissidence. Baraqué Soral ? Oui mais peureux surtout. Il est le premier à prendre la fuite quand cela tourne mal (il n'a d'ailleurs pas donné suite aux demandes d'interview des journalistes). Homophobe ? Certes, mais surtout adepte du double discours, lui qui n'a jamais caché ses expériences homosexuelles. Ancien communiste ? Peut-être sauf qu'il n'a laissé aucune trace positive de son passage éclair au PCF si ce n'est quelques facéties clownesques au sein d'un fantomatique collectif des travailleurs communistes des médias dont presque personne ne se souvient Place du Colonel Fabien. Journaliste ? Oui. De seconde zone (au magazine féminin 20 ans notamment). Ecrivain ? L'homme a connu quelques succès de plume sans avoir cependant obtenu la reconnaissance qu'il convoitait. Artiste ? Ses tentatives de percer dans le cinéma furent des échecs. Soral n'a jamais pu approcher, même de loin, le succès de sa soeur Agnès qu'il n'a eu de cesse de jalouser. Frontiste ? Oui, parce que le provocateur a surtout plu à Jean-Marie Le Pen "comme un type serait passé avec une plume dans le cul devant son bureau."

    Bref, ce livre expose le parcours sinueux d'un Rastignac de province monté à la Capitale pour tenter d'y assouvir ses ambitions sociales et son incommensurable besoin de reconnaissance. Mais ce livre est aussi une excellente analyse du "système Soral". On y apprend comment Soral est devenu un boutiquier de la haine et comment il est parvenu à réunir autour de sa personne une coalition hétéroclite d'adeptes (étudiants, jeunes chômeurs, petits blancs, français issus de l'immigration, nationalistes, royalistes, néo-nazis, antisémites, skinheads, conspirationnistes, catholiques intégristes, fans de Dieudonné, salafistes, certains défenseurs de la cause palestinienne, anciens trotskistes, nationaux-bolchéviques, etc.). Au sein de son mouvement "Egalité et Réconciliation", Soral mobilise et rassemble. Nicolas Bourgoin, Lucie Choffey, Félix Niesche, Julien Teil, Nicolas Fabre, Marion Sigault ou encore Gilad Atzmon entretiennent avec lui des contacts plus ou moins étroits. Soral vend. Ses bouquins et ses conférences. Mais il fait vendre aussi. Car l'homme est également éditeur et gérant d'une SARL aux activités commerciales florissantes.

    Comment tout ceci va-t-il finir ? Difficile à dire. Les auteurs formulent en tout cas des hypothèses que vous découvrirez en lisant leur livre.

    Robin d'Angelo et Mathieu Molard. Le système Soral. Enquête sur un facho business. Calmann-Lévy. Paris. Septembre 2015. 189 pages. ISBN 978-2-7021-5864-7 1556876 - Prix public 17 €

  • L'homme face au climat

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    Je signale la parution aux éditions Henry de L'Homme face au Climat. Cet ouvrage, publié sous l'égide de la Commission de Réflexion sur le Développement Durable (C.N.R.D.D.) du Grand Orient de France (GODF), est composé d'une sélection des travaux de cette commission issus de dix réunions interobédientielles, de la participation aux Utopiales et au Clipsas, de la conférence de Lyon du 30 mai 2015 et de travaux de francs-maçons accomplis en loge ou en région.

    GODF, Obédience, Développement durable, Cité

    A quelques semaines de la tenue de la 21ème conférence-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP-21), il est important, je crois, de mettre en avant les réflexions de francs-maçons sur ce sujet vaste et complexe qui concerne à la fois les questions environnementales, économiques et sociales.

    Comme le souligne le F Sylvestre C., président de la C.N.R.D.D., "nos habitudes doivent évoluer (...) Cela suppose :

    • de considérer que la planète est le bien commun de tous les hommes et de toutes les espèces vivantes et qu'il faut donc la préserver en privilégiant le recours aux énergies renouvelables,
    • de privilégier l'éducation de tous les humains et le partage des connaissances (...),
    • de mettre en oeuvre une culture de la paix nécessairement liées à la mise en oeuvre volontariste d'une transition énergétique aux objectifs ambitieux quant à la réduction des gaz à effet de serre et aux solidarités à développer en ce qui concerne le partage et l'échange des énergies,
    • d'organiser des débats citoyens sur l'opportunité et les risques de recours à l'énergie nucléaire, tant sur le plan civil que militaire, car elle apparaît de plus en plus comme une épée de Damoclès pour la survie de l'humanité,
    • d'inventer de nouvelles formes d'urbanisme non polluantes qui respecteraient la dignité humaine et faciliteraient un mieux vivre ensemble dans le respect mutuel des cultures"

    Il va de soi que ces pistes de réflexion ne sont pas énoncées limitativement.

    L'Homme face au climat, 4ème publication, juillet 2015, disponible sur le site des éditions Henry. Prix public : 12 €.

  • La part d'ombre de Mircea Eliade

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    En rangeant ma bibliothèque, je suis tombé sur un petit livre de poche de Mircea Eliade que j'avais dû acheter quand j'étais encore au lycée. Il s'intitule Le sacré et le profane. Je ne suis pas sûr de l'avoir lu en totalité. Je n'en garde en tout cas aucun souvenir précis. Je l'ai feuilleté à nouveau quelques dizaines de minutes. J'en ai lu quelques passages. Mais sans conviction et sans cette curiosité qui, peut-être, me le fit acheter il y a vingt-cinq ans. J'associe ce manque d'intérêt au passé fasciste de l'auteur (1).

    Comme bon nombre de jeunes intellectuels roumains, Mircea Eliade a été fasciné par Corneliu Codreanu, le jeune leader de la sinistre Garde de Fer, mort dans la fleur de l’âge en 1938. Mais Eliade ne s'est pas contenté d'une adhésion "contemplative" au totalitarisme fasciste. Il a servi activement cette idéologie qui a abouti, en 1940, au coup d'état du Général Ion Antonescu, allié de Mussolini et de Hitler pendant la seconde guerre mondiale. Il a a été également l'auteur de nombreux articles antimaçonniques dans la revue Vremea. Comment oublier qu'il fut aussi nommé attaché culturel à l'ambassade de Roumanie à Londres et à Lisbonne par le dictateur Antonescu ? Il y a vingt-cinq ans, j'ignorais la part d'ombre de cet historien des religions prolifique dont l'oeuvre est encore révérée par certains francs-maçons oublieux de l'histoire.

    _____________

    (1) Lire le compte rendu de Michael Löwy, « Daniel Dubuisson, Impostures et pseudo-science. L'œuvre de Mircea Eliade », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 131-132 | juillet - décembre 2005, document 132-18, mis en ligne le 26 mars 2006, consulté le 11 février 2015. URL : http://assr.revues.org/3128

  • Humanisme

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    En prenant connaissance du sommaire du dernier numéro de la revue Humanisme, je me suis souvenu qu'elle n'était pas ce qu'elle prétendait être : la revue des francs-maçons du Grand Orient de France. D'abord parce qu'elle n'est majoritairement pas constituée d'articles produits par les frères et les loges, ensuite parce que son comité éditorial est désormais entièrement tributaire d'une société commerciale - Conform éditions - qui a racheté, il y a quelques années, le catalogue des regrettées Editions Maçonniques de France (Edimaf) mises en liquidation judiciaire. La capitation au Grand Orient, qui doit avoisiner les 165 €, ne comprend pas l'abonnement à Humanisme. Ce qui est plutôt paradoxal puisque, je le répète, cette revue est censée être celle des francs-maçons du Grand Orient de France. L'abonnement demeure donc à la discrétion de chaque frère ou de chaque loge.

    Résultat ? La revue est relativement peu connue des francs-maçons du Grand Orient. Je fais d'ailleurs partie de ces frères qui ont eu Humanisme entre les mains parce qu'un Vénérable a eu, un jour, l'idée d'y abonner sa loge. Je n'ai jamais pour autant éprouvé le désir d'en être un lecteur régulier. Pourquoi ? Parce que tout simplement je ne m'y reconnais pas. Parce que je ne vois pas ce qui, précisément, en fait la revue du GODF. Parce que je ne vois pas ce qui la distingue fondamentalement d'autres revues "intellectuelles".

    Le malaise ne date pas d'hier. Il est aussi vieux que la revue elle-même. Quand je compulse par exemple des vieux numéros d'Humanisme de la fin des années 1960, je suis bien en peine d'y trouver des traces ou des témoignages de la vie maçonnique, au GODF, à cette époque. Je peux en revanche trouver des études plus ou moins érudites sur la réception de Voltaire au sein de la loge des Neuf Soeurs en 1778 ou sur l'énergie nucléaire en France. Je peux trouver l'inévitable revue des revues, des comptes rendus d'exposition, ou, à l'extrême rigueur, un entretien avec une personnalité du moment. Mais rien qui puisse donner le sentiment d'une revue émanant réellement des profondeurs de l'Obédience. Et d'ailleurs, pour être honnête, ce n'était pas son objectif ! A cette époque, Humanisme n'était pas encore abusivement présentée comme la revue des francs-maçons du Grand Orient de France. Humanisme était le centre de documentation du Grand Orient de France. 

    Une autre preuve de ce malaise ? La circulaire n°815 du 16 décembre 2013 adressée à tous les Vénérables. Elle leur annonce la création d'une nouvelle rubrique d'Humanisme intitulée "Travaux de Loges" et leur demande d'envoyer des "planches abouties" (sic). Dans la même circulaire, le GODF, par l'intermédiaire de son 2e Grand Maître adjoint chargé de la culture, considère in fine que cet "appel au travail (sic) en direction de toutes les Loges de l’Obédience est l’occasion de proposer à chacun d’entre nous de découvrir ou redécouvrir la revue dans son nouveau format, l’abonnement se faisant directement auprès des éditions Conform". Humanisme est présenté comme "un outil d'extériorisation par excellence."

    Quel aveu !

    Non seulement Humanisme semble découvrir, sur le tard, qu'il existe des travaux de loges susceptibles de faire l'objet d'une large diffusion, mais Humanisme a besoin en plus de l'appui logistique du GODF pour faire la publicité de la maison qui l'édite ! De toute évidence, Humanisme n'est vraiment pas la revue des francs-maçons du GODF, mais bien un outil d'extériorisation que l'on a vendu à une société commerciale dans la précipitation de la liquidation judiciaire d'Edimaf. Il est donc assez logique que nombre de frères de l'Obédience s'en détournent.

    Conclusion ? Notre Obédience, qui prétend avoir un avis sur beaucoup de choses, qui s'exprime volontiers dans le monde profane et qui déploie ses activités depuis 1773, est incapable d'avoir un bulletin de liaison correct pour ses propres membres.

  • La mode des salons du livre maçonnique

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    Sidération. Oui. C'est bien le terme. Je suis sidéré par le nombre de salons consacrés aux livres maçonniques. 

    Je ne discute pas l'idée en soi qui est plutôt bonne. Au début des années 2000, elle était même novatrice. Mais elle a été reprise et s'est banalisée. Désormais, il y a tellement de salons du livre maçonnique que ça en devient ridicule.  Une véritable mode en somme.

    Paris, Limoges, Cannes, Maraussan, Carcassonne, Genève, Bordeaux, Lyon, Toulouse (j'en oublie sûrement) partagent donc peu ou prou la même manifestation avec finalement les mêmes auteurs et les mêmes ouvrages. 

    Ces salons ont même donné lieu récemment à un beau pataquès qui fait aujourd'hui les délices d'un journaliste de L'Express.

    C'est ainsi que Paris verra, en ce mois de novembre 2014, deux salons du livre maçonnique !

    Qui dit mieux ?

    Allez savoir pourquoi, mais ces salons, qui ont tendance à se développer comme les festivals de jazz il y a trente ans, me rappellent l'introduction d'un petit Que sais-je ? (n° 1064) sur la franc-maçonnerie écrit par Paul Naudon et dont la première édition date de 1963. Naudon écrit :

    "Si la franc-maçonnerie est cela, rien que cela [une société philanthropique qui s'efforce de réaliser un idéal de vie sociale], et depuis si longtemps, elle doit être bien connue et, vieille dame, elle ne doit plus susciter les passions. Pourtant, le voile d'Isis qui couvre ses mystères, bien que souvent levé, excite encore les coeurs et intrigue les esprits.

    Malgré le temps aussi et bien que plus de 60 000 ouvrages lui aient été consacrés, la franc-maçonnerie demeure mal connue, surtout dans les pays latins. Beaucoup néanmoins, malgré leur manque d'informations, s'en font - par ouï-dire - une opinion établie et préconçue."

    Naudon constatait déjà que le nombre de livres sur la franc-maçonnerie n'avait aucune influence sur la connaissance que le grand public pouvait se faire de l'Ordre.

    Aujourd'hui, ce nombre a explosé et on ne peut vraiment pas dire que la franc-maçonnerie s'en porte mieux si on en juge la recrudescence de l'antimaçonnisme (tags sur les locaux maçonniques, slogans hostiles, sittings devant les sièges obédientiels, vidéos plus ou moins délirantes publiées sur les plates-formes de partage telles que Youtube ou Dailymotion, etc.).

    Ce constat devrait donc nous inciter à demeurer prudents et humbles, notamment dans notre extériorisation, car plus on publie sur la franc-maçonnerie, plus le plateau de l'ignorance et des préjugés semble s'alourdir.