Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Livres et revues - Page 4

  • La franc-maçonnerie face aux totalitarismes

    Imprimer

    franc-maçonnerie, magazine, médias, newsJe vous signale la parution du prochain numéro de Franc-Maçonnerie magazine consacré à la franc-maçonnerie face aux totalitarismes.

    Quand je pense que les adversaires de la maçonnerie (souvent plein d'indulgence pour les deux messieurs de la couverture ci-contre) se plaisent à en dénoncer le caractère prétendument secret et subversif, je ne saurais trop leur conseiller de se procurer ce magazine chez leurs marchands de journaux , voire de s'y abonner !

    Plus sérieusement maintenant, je dois reconnaître que Franc-Maçonnerie magazine a réussi son pari osé : celui de proposer au grand public un périodique généraliste consacré à la franc-maçonnerie, soigneusement documenté, richement illustré et distribué dans les kiosques, les bureaux de tabac presse, les librairies, les espaces culturels des grandes surfaces, etc.

    A titre personnel, je ne croyais pas à cette aventure quand le premier numéro est sorti en novembre 2009. Six ans et quarante-cinq numéros plus tard, il est grand temps que je révise mon jugement ! Franc-Maçonnerie magazine est devenu un titre de référence.

    En attendant de retrouver le numéro 45 dans les kiosques, Conform édition vous le propose en avant-première pour 7,95 € (port inclus).

     

  • Questions à l'étude des loges

    Imprimer

    GODF, Franc-Maçonnerie, LogeChaque année, le Convent (l'assemblée générale) du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴) pose une série de questions aux loges de l'obédience.

    • La première question concerne un sujet d'intérêt général.
    • La deuxième est relative à un sujet maçonnique.
    • La troisième est consacrée à la laïcité.
    • La quatrième est consacrée à la paix.
    • Et la cinquième question est spécialement destinée aux loges hors métropole.

    Règlementairement, chaque loge doit répondre à au moins deux questions. Mais rien n'interdit à toute loge qui le désire d'en traiter davantage.

    Les questions conventuelles sont un temps fort de la vie du G∴O∴D∴F∴. J'ai toujours trouvé stimulant de savoir que toutes les loges de l'obédience planchaient sur les mêmes sujets à la même période.

    Il arrive parfois que des FF∴ s'interrogent sur l'utilité de ces questions. Justement. Il ne faut pas raisonner de façon utilitariste. Il ne faut pas davantage raisonner en terme d'immédiateté. Je prendrai une image. Quand les bâtisseurs de cathédrales commençaient un édifice, ils savaient qu'ils n'en verraient pas le clocher. Ça ne les empêchait nullement de se mettre à l'ouvrage.

    Eh bien, d'une certaine façon, il en est de même pour les questions à l'étude des loges. Nous ne sommes pas dans l'opératif mais dans le spéculatif. Les synthèses régionales sont un aperçu du ressenti des loges à un moment donné et sur des sujets bien spécifiques. Et chaque loge est en soi un petit microcosme singulier d'individus riches de leurs différences. Ces synthèses offrent donc des pistes de réflexion, défendent des idées et des principes, posent des jalons pour une pensée humaniste au sein de la société. Ces synthèses peuvent éventuellement inspirer des décideurs publics ou privés. Ou pas d'ailleurs. Qu'importe qu'il n'y ait pas de prolongements concrets immédiats ! L'essentiel est qu'il y ait eu réflexion collective. Cette réflexion nourrit la loge et le maçon. Il faut donc laisser les idées cheminer librement au rythme du corps social. C'est aussi ça le travail maçonnique. Fais ce que dois, advienne que pourra.

    Quand je suis entré en maçonnerie, il y a bientôt 24 ans, le résultat de cette oeuvre commune se perdait dans les comptes-rendus des Convents et trouvait sa place dans les archives. Depuis trois ans, ce résultat fait enfin l'objet d'une édition grand public. C'est une excellente chose ! Maçons et profanes pourront ainsi y trouver un bon aperçu du travail des loges. Il est dommage cependant que les synthèses sur la question maçonnique n'y figurent pas. Ce parti-pris éditorial repose sans doute sur la volonté de préserver l'intimité du questionnement initiatique. C'est un choix qui se défend même si, à titre personnel, je le considère quelque peu artificiel eu égard au nombre d'ouvrages publiés chaque année sur la franc-maçonnerie.

    Questions à l'étude des loges n°3, synthèses année 2014-2015, Grand Orient de France, collection Horizons Maçonniques, prix public 9 €. A commander chez Conform édition.

  • La face cachée des contes

    Imprimer

    La chaîne d'union, godf, glnf, contesLa Chaîne d'Union est la revue d'études maçonniques, philosophiques et symboliques publiée par le Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴). Son numéro 74, sorti en octobre dernier, est consacré à la face cachée des contes avec des articles de Jacques Chaboud, Jean-Louis Coy, Stéphane Korsia-Meffre, Emmanuel Pierrat, Xavier-Laurent Salvador et Michel Watier.

    Je dois cependant reconnaître que je n'ai pas spécialement accroché aux propos des différents contributeurs, sans doute parce que je ne suis plus suffisamment sensible aux contes qui ont bercé mon enfance. C'est peut-être un effet de la vieillesse... Je préfère en effet le réel ou le vraisemblable aux mondes imaginaires et enchanteurs.

    En outre, j'ai toujours eu du mal avec les interprétations psychologisantes et symboliques des contes. Ces extrapolations d'adultes sur des histoires destinées à de jeunes enfants, m'ont toujours paru tortueuses. Elles privilégient des interprétations et des analogies complexes au détriment de la simplicité des récits. Dans quelle mesure ces extrapolations n'aboutissent-elles pas à donner aux contes des significations qu'ils n'ont jamais eues ? Comment ne pas se poser cette question après avoir lu les savantes exégèses de Pierrat sur Peau d'Ane, de Korsia-Meffre sur le Petit Prince ou de Watier sur Blanche-Neige ?

    Je m'interroge sur la pertinence de ces interprétations. Où s'arrête le sens des contes et où commence la liberté interprétative ? Ces questions, j'en suis conscient, sont terriblement compliquées. En effet, sémiologues et linguistes savent que l'on peut interpréter à l'infini une histoire conçue par son auteur comme absolument univoque. A l'inverse, on peut lire de façon univoque un texte que son auteur a voulu infiniment interprétable. Et parfois, il est même possible de découvrir des sens que l'auteur ignorait ! D'où l'inépuisable débat sur les limites de l'interprétation.

    On trouve également dans ce numéro 74 de La Chaîne d'Union un article sur la colonne d'harmonie compagne de l'initiation ainsi que des comptes-rendus de lecture. On y trouve surtout une longue interview croisée des Grands Maîtres du G∴O∴D∴F∴ et de la G∴L∴N∴F∴ en marge des rencontres La Fayette de mai 2015. Cette interview confirme la personnalisation excessive et inquiétante des appareils obédientiels. Sur le fond, on n'y apprend pas grand-chose. Sur la forme, on ne peut qu'être admiratif devant ce bel exercice de langue de bois maçonnique. Il est d'ailleurs très regrettable que La Chaîne d'Union n'ait pas profité de cette interview pour publier un article distancié et prospectif sur ces rencontres La Fayette afin de tenter de déterminer si elles sont véritablement un moment historique ou bien au contraire une simple opération de communication.

    La Chaîne d'Union, n°74, octobre 2015, prix public : 10 €. Pour connaître les conditions d’abonnement, cliquez sur le site de Conform Edition.

     

    Je ne pensais pas publier d'ici l'année prochaine, mais je me devais de faire ce petit compte-rendu de lecture par courtoisie pour Sylvain. Qu'il soit vivement remercié de son envoi. Il m'a finalement donné l'envie de m'abonner aux Chroniques, à Humanisme et à la Chaîne d'Union.
  • Humanisme n°309. Le français : trop de mots ?

    Imprimer

    humanisme1.jpgJe viens de prendre connaissance du dernier numéro d’Humanisme. Il s’agit du numéro 309. Je vais être honnête. Je ne l’ai pas entièrement lu faute de temps à l'exception de quelques articles. Ma lecture se poursuit donc. Je peux cependant vous livrer quelques impressions générales.

    Sur la forme, j’ai noté des évolutions sensibles car ça faisait longtemps que je n'avais pas eu cette revue entre les mains. La maquette de la revue est vraiment soignée. Je regrette cependant la petite taille de la police, qui permet certes de faire des revues moins épaisses, mais rend parfois la lecture difficile, surtout pour les bigleux dans mon genre. C'est un petit défaut qui, je pense, gagnerait à être corrigé.

    Sur le fond maintenant. Là en revanche, j’ai quelques réserves. Notamment en ce qui concerne l’éditorial de Samuel Tomei qui résume la construction européenne en quelques phrases lapidaires. Il semblerait que cet éditorial ait agacé un certain nombre de FF∴. Je comprends cet agacement. Humanisme prétend être la revue des francs-maçons du G∴O∴D∴F∴. Or, le G∴O∴D∴F∴ proclame la liberté absolue de conscience de ses membres. Il est donc impossible de porter atteinte à cette liberté par un éditorial, par un communiqué de presse ou par toute autre forme d’expression publique. Je sais que beaucoup ne partagent pas cette opinion, mais la polémique autour de cet éditorial tendrait pourtant à me donner raison. Il aurait donc simplement fallu que Samuel Tomei prenne la précaution de préciser que son éditorial n’exprimait qu’une opinion personnelle et n’engageait nullement Humanisme et le G∴O∴D∴F∴. Ça n’a pas été fait. C’est regrettable surtout au moment où l'obédience a choisi de recourir, à grands frais, aux services d'un chargé de mission spécialisé dans les questions européennes. Mais bon, on ne va pas non plus en faire un caca nerveux. L’erreur est humaine. Je fais donc une suggestion. Il faudrait que dans les numéros à venir d'Humanisme, il soit précisé au tout début la chose suivante : "Tous les articles publiés dans Humanisme n'engagent que leurs auteurs."

    Je n’ai pas non plus spécialement apprécié le petit jeu qui consiste à publier des articles dits de riposte dans lesquels les auteurs se répondent, parfois avec agressivité et prétention, sur des sujets, je ne dis pas inintéressants, mais tellement spécialisés qu’ils sont parfois assez difficiles à comprendre. Enfin, en ce qui me concerne, je dois reconnaître que j’ai été très vite largué par la polémique entre Michèle Riot-Sarcey et Dominique Desmûriers sur la théorie du genre (je pense qu'ils ne partiront pas en vacances ensemble ces deux là) et par celle entre Patrice Jean et Samuel Tomei sur la féminisation ou la systématique bipartition de la langue (j'ai d'ailleurs trouvé cette dernière controverse particulièrement délirante mais, hélas, symptomatique du "mixisme" bien-pensant qui a fini par s'imposer dans l'obédience en 2010 et qui a maintenant la prétention d'imposer à tous une véritable novlangue).

    Sinon ce numéro 309 contient un dossier intéressant intitulé « Le français : trop de mots ? ». Il est composé d'articles de grande qualité. Charles Coutel (Le travail de Péguy sur les mots), Catherine Kintzler (L’alphabet libérateur), Jean-Robert Ragache (Des mots… le mot juste…), Christophe Devillers (A la poursuite du diamant langagier), Alexandre Dorna (Victor Klemperer et la compréhension de la langue du nazisme), et Bruno Fuligni (Parlez-vous Républicain ?). Ça vole haut. Il faut parfois s'accrocher.

    humanisme2.jpgJe citerai enfin le reste des articles (j'en ai peut-être oublié) :

    • Vous avez dit « Gouvernance » ? de Bruno Fuligni,
    • La difficile évolution du système éducatif français, par Hélios Privat,
    • Culture et économie, même combat ! par Léo Romand-Monnier,
    • Quand les Lumières s’éteignent, la régression postmoderne, par Jean-Pierre Sakoun (un article qui devrait intéresser Michel Maffesoli),
    • Le pape François et l’écologie, par Charles Conte,
    • Pour un humanisme modeste, par Daniel Campagne,
    • Le rôle des francs-maçons dans la Résistance en Creuse, par Olivier Verguet,
    • Jean Zay : une action dans l’esprit des Lumières, par Alain Vernet,
    • La logique troublante de Poutine, par Jacques Sardes,
    • Du réel à l’illusion : images du fait divers, par Jean-Louis Coy,
    • Dissonances2 : le courant Wallon, par Jean Kriff.

    Humanisme, n°309, novembre 2015, prix public : 10 €. Pour connaître les conditions d’abonnement, cliquez sur le site de Conform Edition.

     

  • Des Loges hors du commun

    Imprimer

    histoire,franc-maçonnerie,conform edition,nancy,boulangisme,toulon,bonaparte alexandre chevalier,godf,france,cultureChroniques d'Histoire Maçonnique (CHM), c'est la revue de l'Institut d'Etudes et de Recherches Maçonniques (IDERM) du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴). Sans doute moins connue qu'Humanisme ou La Chaîne d'Union, cette revue mériterait pourtant d'être (re)découverte par les maçons. Je viens en tout cas de la lire et je voudrais vous donner l'envie de vous la procurer.

    Dans le numéro 76, les CHM proposent quatre études dont deux sont rassemblées dans le dossier intitulé « Des loges hors du commun ».

    La première étude, écrite par Jean-Claude Couturier, étudie la façon dont les francs-maçons en général, et ceux de Nancy en particulier, ont réagi face à la montée du boulangisme à la fin du XIXe siècle. J'ai d'ailleurs déjà montré à quel point l'émergence politique, aussi soudaine que brève, du « Brav' Général » avait suscité de vives tensions au sein du G∴O∴D∴F∴. En tout cas, Nancy n'a pas été choisie au hasard. La loge « Saint-Jean de Jérusalem », qui existe toujours d'ailleurs, était l'une des plus actives du G∴O∴D∴F∴. En outre, la ville était devenue frontalière suite à la défaite de 1870 qui, comme l'on sait, avait abouti à l'annexion de l'Alsace et d'une grande partie de la Lorraine par l'Allemagne. L'auteur expose les différentes sensibilités politiques présentes dans l'arrondissement de Nancy. Il revient sur le parcours de certaines figures locales, profanes et maçonnes, qui se sont affrontées : Maurice Barrès, Paul Adam, Emile Gouttière-Vernolle, le publiciste Gugenheim, Alexis Schneider, l'ancien député de Nancy, le bouillonnant Gabriel, etc. A cette époque, des approches différentes de la République se sont opposées avec, d'un côté, « les opportunistes », c'est-à-dire des républicains modérés plus préoccupés d'économie que de social et, de l'autre, « les révisionnistes », sensibles à l'idée d'une république césariste, autoritaire et sociale. Cet affrontement a permis au radicalisme de mieux se structurer. Ce mouvement politique et idéologique a tenté par la suite de concilier les progrès économiques avec les progrès sociaux. Il a toujours été profondément attaché à une république parlementaire, au respect des lois constitutionnelles de 1875 et au refus de toute personnalisation excessive du pouvoir. Les maçons, eux, ont dû faire des choix dans cette période agitée.

    La deuxième étude est celle de Jean-Pierre Zimmer. Elle est consacrée à la loge « Les Vrais Amis Réunis d'Egypte » à l'orient de Toulon. Cet atelier est né sous la 1ère République, plus exactement sous le Directoire, durant la campagne de Bonaparte en Egypte. La loge fut fondée à Alexandrie le 28 août 1799 et elle était composée essentiellement de militaires de la marine. De retour en France, la loge s'établit à Toulon, port militaire, qu'elle ne quitta plus jusqu'à sa mise en sommeil aux alentours du mois d'octobre 1845. L'auteur retrace minutieusement la vie de cet atelier. C'est l'occasion également pour lui de revenir sur l'histoire du G∴O∴D∴F∴ dans la première moitié du XIXe siècle (la période napoléonienne, la Restauration et la Monarchie de Juillet). On se rend compte, par exemple, qu'une loge pouvait connaître des variations d'effectifs assez incroyables et qu'on aurait bien du mal à concevoir de nos jours. Ainsi, entre 1806 à 1807, Les Vrais Amis Réunis d'Egypte étaient passés de 48 à 61 membres... Voilà bien une croissance exceptionnelle qui laisserait rêveur n'importe quel Vénérable aujourd'hui. Jean-Pierre Zimmer montre bien cependant que cette loge demeurait fragile. En effet, les Frères sédentaires devaient nécessairement composer avec les Frères militaires qui étaient souvent sur les mers pour plusieurs mois.

    La troisième étude est celle de Jean-Yves Guengant. Elle est tout à fait singulière et passionnante car elle traite d'un pan méconnu de notre histoire. Pendant cinq années, le camp de prisonniers de l'Ile Longue, dans la presqu'île de Crozon (Finistère), a regroupé des milliers de civils arrêtés après la déclaration du guerre d'août 1914. Il s'agissait d'Allemands ou de ressortissants de pays alliés de l'Allemagne, lesquels étaient jugés potentiellement dangereux par les pouvoirs publics français. Jusqu'en 1919, ce camp a accueilli plus de cinq mille prisonniers. Une loge maçonnique a été fondée dans ce camp pendant quelques mois, à partir de janvier 1918. Elle prit le titre distinctif « In Ketten zum Licht » (Des Chaînes à la Lumière). L'auteur montre, de façon émouvante, comment les fondateurs se débrouillèrent pour créer cette loge, réunir le peu de matériel dont ils disposaient pour ouvrir régulièrement. On fit appel également à la mémoire de certains pour le rituel, etc.

    La quatrième étude est un portrait du Dr. Alexandre Chevalier (1910-1969), ancien Grand Maître du G∴O∴D∴F∴ (1965-1966), par Denis Lefebvre. Ce portrait m'a vraiment impressionné parce qu'il m'a permis de découvrir un maçon que je ne connaissais pas. J'avais sans doute déjà lu son nom parmi la liste des Grands Maîtres de l'Obédience mais sans chercher à savoir qui il était. Désormais, je le connais mieux grâce aux Chroniques d'Histoire Maçonnique. Cependant, je ne vais pas en dire davantage parce que j'ai l'intention de consacrer une note à Alexandre Chevalier. Le portrait de Lefebvre recèle en effet bien des enseignements sur le fonctionnement du G∴O∴D∴F∴. En lisant cette étude, j'ai pris conscience que l'oubli dans lequel le Grand Maître Chevalier est tenu, doit beaucoup à ceux qui, par la suite, se sont efforcés de réduire le G∴O∴D∴F∴ à des postures politico-médiatiques (mais ça, c'est un jugement personnel).

    Bref, j'ai passé d'agréables moments de lecture !

    Les Chroniques d'Histoire Maçonnique forment certes une revue savante, mais elles ont aussi vocation à s'adresser à un large public. Point n'est besoin d'être un historien chevronné pour pouvoir les apprécier. Il suffit d'aimer l'histoire en général et l'histoire maçonnique en particulier. Il suffit surtout d'être un peu curieux et d'avoir le désir de connaître le passé, peut-être pour mieux comprendre le présent et mieux anticiper le futur.

    Chroniques d'Histoire Maçonniques, n°76, Des Loges hors du commun, Institut d'Etudes et de Recherches Maçonniques. ISSN 0018-7364. Prix Public 10 €. Pour connaître les conditions d'abonnement, cliquez sur le site de Conform Editions.

  • La France étroite

    Imprimer

    la-france-étroite-300x456.pngJe viens d’achever le dernier ouvrage de Michel Maffesoli et Hélène Strohl. Ce livre semble donner des boutons à certains FF∴. Pourtant, il ne mérite pas l’opprobre dont certains fossiles de notre Obédience le couvrent sans en avoir lu une seule ligne. Il s’inscrit dans le droit fil de l’œuvre du sociologue et l’on y retrouve toutes les notions que l’universitaire étudie depuis plus de quarante ans : tribus, nomadisme, empathie, communautés, être-en-commun, socialité, post-modernité, affrèrement, etc.

    Mais le livre a les défauts de ses ambitions. Il part dans tous les sens car son objet est large, beaucoup trop large. J’ai eu l’impression, au fil des pages, d’être confronté à d’interminables répétitions et redondances noyées dans des adages latins, des néologismes et des jeux de mots vaguement lacaniens (ex p. 75 : "homo eroticus fait la nique à homo economicus").

    Hélène Strohl, quant à elle, donne des illustrations concrètes des principes exposés par Michel Maffesoli. Cela va des concours de la fonction publique, de la décentralisation, en passant par le conseillisme allemand de l'entre-deux-guerres, la famille, jusqu'au cyber-échangisme et au selfie... Bigre ! Là aussi, le lecteur est confronté à un inventaire à la Prévert.

    Alors oui, bien sûr, il me semble avoir compris le message essentiel du livre : la modernité a vocation à être dépassée. Mieux : elle est déjà dépassée par le sentiment communautaire lorsqu’on se donne la peine d’observer, en toute neutralité, le fait social. En effet, on ne peut plus réduire toute chose à l'unité dans nos sociétés. Empiriquement, l’hétérogénéité reprend force et vigueur. On assiste à l'affirmation des différences, des localismes divers, des spécificités langagières et idéologiques, de l'altérité,  etc.

    En regardant ce qui est, on se rend compte que ce qui fait lien ne passe plus par les valeurs abstraites de l’universalisme, de l’Homme, du contrat social, des Lumières, mais par l’affect, l’émotion, le pacte que les « vrais gens » scellent entre eux, les solidarités multiformes ou encore le sentiment d’appartenance à des communautés dont les auteurs donnent d’ailleurs une typologie assez bizarre dans le corps de l’ouvrage (cf. pp 116 et suivantes : les tradis, les exibs, les fans, les victimes qui se tiennent les coudes, les "à l'assaut du monde", les croyants, etc.). C'est sûr que ça fait tout de suite moins austère que les classes sociales ou les catégories socio-professionnelles que tout le monde connaît plus ou moins.

    Pour les auteurs, l’Homme abstrait, éclairé par les lumières de l’entendement, n’existe pas. Il s’agit d’une construction idéologique dépassée. Les hommes oui. Et ils ont tous leur part d’ombre. On ne peut pas donner tort aux auteurs sur ce point. Le « vouloir-vivre ensemble » ne saurait en effet se réduire à une formule incantatoire. Ce qui fait société passe par des expériences concrètes, par la vie, par la capacité de chacun à exister singulièrement, parfois de façon contradictoire, mais avec suffisamment d’empathie pour coexister harmonieusement avec les autres. On ne peut pas voir correctement le réel à travers des concepts. Il faut d'abord longuement observer avant de juger. Ce n'est qu'après que l'on peut commencer à élaborer des grilles de lecture. C'est ainsi que l'on peut parvenir à prendre la mesure de la société, véritable corps vivant. Il est effectivement important que les auteurs rappellent cette exigence.

    Cependant, il me semble que Maffesoli et Strohl accordent beaucoup trop d’importance aux phénomènes des réseaux sociaux, au commerce équitable, aux formes d’économie parallèles (ex : le co-voiturage), à l’expression émotionnelle des foules (dans le cadre de manifestations), aux multiples solidarités qui peuvent naître au sein des communautés (spirituelles, religieuses, culturelles, musicales, vestimentaires, etc.,). Si je fais abstraction des cyber-communautés, dont l’existence résulte des progrès récents de l’informatique, je me demande si les autres phénomènes sociaux décrits par les auteurs n’existaient pas déjà avant, même sous d'autres formes. Les modes vestimentaires se sont succédé de tout temps comme d'ailleurs les styles musicaux avec des intensités variables. L’émotionnel a toujours eu une place importante au sein des sociétés humaines en général et de la nôtre en particulier. Il y a toujours eu des communautés, à commencer par les communautés villageoises qui ont joué un si grand rôle dans notre vieux pays rural. Je ne parle même pas des religions, notamment de la catholique romaine, dont la force a été canalisée, puis domptée par la sécularisation progressive de la société. En fait, en lisant ce bouquin, je me suis donc très vite demandé si la post-modernité, dont se prévalent Maffesoli et Strohl, n’était pas en réalité un concept marketing susceptible d'être fortement relativisé par les historiens. Dans quelle mesure chaque époque n'a pas sécrété des formes particulières de pluralisme ?

    Je regrette en outre que Maffesoli et Strohl réduisent la laïcité à un intégrisme uniformisateur des consciences. En même temps, je comprends leur point de vue quand je lis ou entends certaines prises de position d'individus qui parlent d'une laïcité fantasmée parce qu'ils n'ont, en fait, jamais pris la peine et la précaution de lire les lois en vigueur. Je l'ai assez déploré sur ce blog. Il n'en demeure pas moins que je ne crois pas qu'il faille répondre à ces excès par d'autres excès qui n'apportent finalement pas grand-chose et qui auraient même tendance à amoindrir l'argumentation. Je prendrai un seul exemple : les procès d'intention adressés tout au long du livre par les auteurs aux élites, à l'Etat, à tout ce qui peut symboliser, directement ou indirectement, l'unité et l'indivisibilité d'une République présentée comme déconnectée du réel. Ce qui est pour le moins assez paradoxal venant de la part d'un mandarin de la Sorbonne et d'une ancienne élève de l'ENA qui appartiennent évidemment à l'élite républicaine.

    Maffesoli et Strohl proposent néanmoins une réflexion tout à fait stimulante. Enfin, j'ai bien apprécié les allusions au symbolisme franc-maçonnique qui parsèment l'ouvrage. Ceux qui ne se contentent pas d'épeler, mais qui font l'effort de lire et d'écrire, sauront les repérer aisément.

    Michel Maffesoli, Hélène Strohl, "La France Étroite : Face À L'intégrisme Laïc, L'idéal Communautaire" , Ed. du Moment, date de sortie 12.11.2015, 16.95€.

  • Mohicans. Connaissez-vous Charlie ?

    Imprimer

    Mohicans, Denis Robert, Philippe Val, Charlie Hebdo, Hara Kiri, Presse, Liberté d'expressionJe viens d'achever la lecture de Mohicans, le dernier livre du journaliste d'investigation Denis Robert. Une lecture qui me laisse un goût d'autant plus amer qu'elle s'est terminée sur fond d'attentats sanglants à Paris, dix mois après ceux qui ont décimé une grande partie de l'équipe du journal satirique Charlie Hebdo et des clients de l'hypermarché kasher de la Porte de Vincennes.

    Il ne faut pas se méprendre sur le livre de Denis Robert. Il s'agit d'abord et surtout d'un vibrant hommage à François Cavanna et, dans une moindre mesure, à Georges Bernier alias Le Professeur Choron, co-fondateurs, dans les années 1960, d'une presse satirique inédite en France, axée sur l'humour noir sans concession - « bête et méchant » - et sur l'anticonformisme social, moral et religieux, à travers deux titres devenus aujourd'hui emblématiques : Hara-Kiri et Charlie. Ces deux titres ont connu plusieurs périodes et plusieurs formats. Il s'agit ensuite du récit méthodique d'une captation de « l'esprit Choron-Cavanna » amorcée, dès 1992, par le chansonnier Philippe Val à coups de statut de société et d'habiles cessions de droits aux termes desquels les historiques du journal ont été progressivement mis sur la touche et placardisés.

    Ces deux aspects du livre sont intimement mêlés et on les retrouve tout au long des 303 pages. Denis Robert excelle dans l'art de passer de l'un à l'autre. L'auteur sait rappeler la franche camaraderie naïve et sans arrière-pensées des premières équipes pour mieux souligner le calcul et la froideur des plus récentes. « L'esprit bricolage » des années 60, 70 et 80 contraste avec les contrats et les montages juridiques des années 90 et 2000. Le côté débrouille des origines, longuement rappelé par l'auteur, n'a rien à voir avec les plantureuses plus-value réalisées par les quelques associés de la SARL éditrice de Charlie (et qui se chiffrent à plusieurs centaines de milliers d'euros). Il n'y a donc plus, selon Denis Robert, de filiation entre le discours anar, écolo, antimilitariste et anticonformiste du Charlie des origines avec celui tenu par le Charlie Hebdo au cours des 25 dernières années.

    Le livre de Denis Robert traite également des caricatures de Mahomet. L'auteur ne discute pas le bien-fondé de la publication régulière de caricatures du prophète de l'Islam par l'hebdomadaire satirique depuis 2006. C'est un choix éditorial et une volonté de lutter contre l'obscurantisme religieux qui, après tout, s'inscrit parfaitement dans le combat du journal satirique contre les superstitions et le fanatisme religieux sous toutes ses formes.

    Il émet en revanche un certain nombre de constats liés à toutes les campagnes médiatiques de Charlie Hebdo contre l'islamisme. Il rappelle qu'elles ont été un filon économique pour Charlie Hebdo confronté à une crise de son lectorat et à une chute inquiétante de ses ventes. Les numéros les plus polémiques ont été des succès commerciaux et ont permis aux éditions Rotatives de réaliser d'énormes gains (plus d'un million d'euros). Ces gains ont profité non pas aux salariés du journal, mais aux quatre associés des éditions Rotatives, à savoir Philippe Val, Cabu, Bernard Maris et le comptable Eric Portheault (Val cèdera ensuite ses parts à Charb et Riss en 2009). Cependant, ces succès commerciaux ont été ponctuels. Ils n'ont pas permis à Charlie Hebdo d'inverser durablement l'érosion de ses lecteurs et de ses ventes. Les causes sont multifactorielles et l'auteur montre qu'elles sont en grande partie liées aux choix éditoriaux et aux tensions sociales au sein de l'équipe du journal. Le licenciement du dessinateur Siné, accusé à tort d'antisémitisme, a été une cause de fracture au sein de Charlie Hebdo et, au-delà de Charlie Hebdo, au sein des journalistes professionnels et des dessinateurs de presse. Les révérences appuyées de Philippe Val à Nicolas Sarkozy ont définitivement jeté le trouble et la nomination du premier par le second à la présidence de France Inter, en 2009, a entériné la rupture avec le lectorat traditionnel de Charlie Hebdo.

    Ce faisant, Mohicans n'est pas un énième livre sur la liberté d'expression, sur ses limites et les attentats de janvier 2015. C'est d'abord, comme je l'ai dit, un ouvrage sur « l'esprit Charlie », celui des historiques du journal « bête et méchant ». C'est aussi le récit d'une amitié tumultueuse entre Cavanna et Choron et enfin l'histoire d'une captation d'héritage par Philippe Val, habilement conseillé par son ami Richard Malka, avocat au barreau de Paris.

    Denis Robert montre que Charlie était mort bien avant les terribles attentats qui l'ont si cruellement frappé le 7 janvier. Il montre que les débats internes à Charlie Hebdo continuent de plus belle et que les sommes colossales engrangées depuis l'attentat n'ont fait qu'exacerber les tensions au sein de l'équipe. Cette dernière s'interroge publiquement sur l'identité et l'avenir du journal.

    Le livre de Denis Robert est agréable à lire. J'ai néanmoins préféré tous les chapitres consacrés à l'histoire de Hara-Kiri et de Charlie Hebdo. Les passages plus polémiques – et qui ont trait à l'histoire récente – sont instructifs mais je ne suis pas sûr que Val et l'avocat Malka méritent toujours le rôle de gros méchants que Denis Robert leur prête.

    En effet, Val et Malka n'ont rien fait d'illégal – d'ailleurs Denis Robert ne prétend pas le contraire – . Ils me donnent au contraire l'impression d'avoir compris que Charlie Hebdo devait être juridiquement structuré pour survivre à l'épreuve du temps, dans un secteur de la presse en crise depuis, grosso modo, le début des années 80. La maîtrise du titre du journal en fait partie. La presse se vend mal et Charlie Hebdo a toujours souffert d'une désorganisation interne et, disons-le, de la gestion pour le moins légère du professeur Choron, mort surendetté (Cavanna, lui, n'était pas versé dans la gestion mais dans l'écriture ; il laissait Choron le soin de s'occuper du volet administratif et financier qui le rebutait).

    Val et Malka ont très vite compris qu'on n'édite pas un journal à vocation nationale comme des collégiens font un fanzine. Il faut une ligne éditoriale la plus construite et la plus cohérente possible. Il faut un contenu qui aille justement au-delà du lourdingue et de l'humour bête et méchant (par exemple, Le Canard Enchaîné doit autant son succès à son esprit facétieux qu'à la rigueur de ses enquêtes). Il faut une structure administrative et financière solide. Les salariés (journalistes et administratifs) doivent aussi être payés en fin de mois. Il faut donc que les choses tournent le mieux possible sous peine de mettre très vite la clé sous la porte. Cela exige un pragmatisme dont les historiques du journal semblent avoir souvent manqué. Il est enfin normal que ceux qui investissent et prennent un risque économique pour faire vivre au quotidien une entreprise, perçoivent des dividendes en fonction du bénéfice réalisé. Après, bien entendu, il y a tout le reste dont parle Denis Robert  : les choix éditoriaux, les querelles de personnes, les rendez-vous manqués, les impairs et les erreurs. Avec pour fil conducteur le regard impuissant de François Cavanna conscient de la fin irrémédiable d'une époque.

    Denis Robert, Mohicans. Connaissez-vous Charlie ?, éd. Julliard, Paris, novembre 2015, 303 pages. ISBN 978-2-260-02901-4. Prix public : 19,50 €

  • Le Salon du Livre et de la Culture Maçonniques de Toulouse

    Imprimer

    J'ai été gentiment sollicité par le FGérard Soulier, conseiller de l'Ordre du GODF, pour annoncer le prochain salon du livre et de la culture maçonniques qui aura lieu, pour la quatrième fois, à Toulouse, à la Médiathèque Espaces Vanel, les 21 et 22 novembre 2015.

    salon.jpg

    Ce salon, ouvert à tous et dont l'entrée est gratuite, est considéré comme le premier salon maçonnique en province en terme d'importance. Il s'agit, comme je l'ai dit, de la quatrième édition. Le dernier a vu passer près de 2200 visiteurs. Ce qui est considérable pour ce genre de manifestation !

    Ce salon associe le livre (présence de deux libraires, un spécialisé et un généraliste, Ombres blanches de Toulouse) et la musique (de nombreuses séquences musicales sont proposées aux visiteurs).

    Les organisateurs proposent également des expositions d’objets maçonniques et d'oeuvres d’art.

    Cette année, le salon sera axé en direction des jeunes avec un focus bande dessinée (le dessinateur et scénariste Didier Convard sera présent). Il y aura également d'autres invités parmi lesquels je citerai notamment Claude Darche, Blandine Kriegel, Roger Dachez, Pascal Vésin, Jiri Pragman ou Alain Subrebost. Il y aura également plusieurs tables rondes dont une sur les "réseaux sociaux et la Franc-Maçonnerie".

    Voici le programme du weekend :

    salon1.jpg

    Par conséquent, si vous avez la chance d'être sur Toulouse les 21 et 22 novembre 2015, courez vite au salon du livre et de la culture maçonniques ! Vous y passerez un agréable moment fraternel et convivial.

    Une petite réflexion pour conclure. L'an dernier, sur fond de polémique parisienne, j'écrivais que les salons du livre maçonnique m'apparaissaient comme une mode (car force est de constater qu'il y en a beaucoup, de toutes sortes, et que tous ne perdureront probablement pas). Je dois cependant reconnaître aujourd'hui qu'ils sont bel et bien devenus des rendez-vous culturels incontournables qui participent d'une saine extériorisation des obédiences maçonniques (du moins quand ces dernières ont la sagesse de travailler ensemble).

    __________

    Lire aussi :

    Interview de Gérard Soulier (Franc-Maçonnerie magazine).pdf