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Livres et revues - Page 4

  • Physiologie du franc-maçon

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    La franc-maçonnerie, avec ses rites et ses pratiques, suscite souvent l'amusement au dix-neuvième siècle. Les ouvrages sur le sujet abondent. Parmi ces livres, je voudrais signaler celui de Pluchonneau ainé publié aux éditions Charles Warée en 1841 et qui a fait l'objet d'une réédition en 1998 si je me trompe pas. Il s'intitule Physiologie du franc-maçon. Ce n'est pas ce qu'on pourrait appeler un ouvrage antimaçonnique, mais plutôt un ouvrage satirique. Si pour Pluchonneau l'admission dans une loge se résume en « quelques mots mystérieux, une peignée, des torgnoles et un charivari à rompre le tympan », il décrit les usages maçonniques et les moeurs des maçons comme un biologiste exposerait le fruit de ses observations (l'auteur a fait exactement pareil avec les marins - Physiologie du marin (1843) - et les esclaves des colonies - Physiologie des nègres dans leur pays (1842) - ouvrage dans lequel il préconise, avec Hippolyte Maillard, l'abolition progressive de l'esclavage).

    Voici en tout cas ce qu'il écrit au sujet du franc-maçon (pp. 17 et suivantes) :

    « Le franc-maçon, dans toute l'acception du terme, a de la religion mais il préfère la morale expliquée et parfois mise en pratique dans son temple, à celle de l'éloquence de la chaire évangélique.

    Les jours de séance sont pour lui des solennités ; aussi dès cinq heures du soir le voyez-vous à sa toilette ; il fait sa barbe, endosse l'habit noir de rigueur, donne lui-même un coup de brosse à ses bottes, relève le col de sa chemise, embrasse sa famille en lui disant : « Je vais en loge, nous avons aujourd'hui une question de haute importance à traiter. » Et il part malgré les observations de sa femme que ces absences réitérées n'amusent pas toujours.

    Chemin faisant, il heurte tout le monde car il ne distingue pas les objets et prépare son discours, connaissant les propositions qui doivent être émises dans la réunion, et il arrive sur les marches du temple, croyant dans sa bonne foi à l'influence qu'il aura pour détruire les abus de la congrégation ou les destinées du monde. »

    C'est tellement bien vu, écrit et senti, que je me demande si le facétieux Pluchonneau n'a pas été maçon. Il décrit en tout cas admirablement le sentiment d'euphorie que l'on peut éprouver avant la tenue, quand on est dans l'attente de retrouver son atelier et ses frères, quitte parfois à leur prêter une influence fantasmagorique sur le cours des choses. Ça sent un vécu que n'altère pas la conclusion de l'ouvrage (pp.117 et suiv.) :

    « (...) si la Maçonnerie symbolique est belle par le bien qu'elle fait en secret, les aumônes qu'elle répand, fruit de ses collectes à chaque tenue, elle a aussi son côté ridicule et ses déceptions.

    Le ridicule qui s'y rattache, c'est qu'on ne comprend pas que des hommes sérieux, dont l'intelligence et le temps seraient mieux employés dans l'industrie qu'ils professent que dans une séance de la loge, puissent assister hebdomadairement, et cela pendant quatre à cinq heures, au débat d'une question futile qui ne changera ni les hommes ni les principes, qui n'établira rien et dont la solution, au moment de se séparer, est tout entière en ces mots :

    « Nous examinerons cela attentivement à la prochaine séance dont le secrétaire rédigera le procès-verbal. »

    En ce qui concerne les déceptions, elles appartiennent toutes aux récipiendaires, qui croient puiser dans la Maçonnerie des renseignements surhumains, des révélations occultes, des principes de droiture et de vertu qui malheureusement ne s'y rencontrent pas toujours, car partout où il y a des hommes, il y a des passions ; et partout où il y a des passions, il y a de l'arbitraire et des fautes.

    Le chapitre des questions indiscrètes qu'il doit subir, n'est pas non plus le moins pénible pour le Franc-Maçon, obligé, qu'il est, de taire ce qu'il n'a pas dit, et de cacher ce qu'il n'a pas vu. Position fort pénible, car il en coûte d'avouer que l'on ne sait rien, et l'on préfère garder un silence mystérieux.

    Lecteurs, mes amis, tâtez-vous le pouls maintenant ; vous connaissez le fort et le faible de l'institution. Si le coeur vous en dit, courez à la rue de Grenelle-Saint-Honoré (1), puis quarante jours après, si l'on vous reconnaît sans peur et sans reproche, comme Bayard, vous serez initiés aux mystères de la confrérie. - Ainsi soit-il. »

    Pluchonneau écrit pour les profanes, mais dans quelle mesure n'écrit-il pas aussi pour lui ? Il y a en effet dans cette prose alerte et élégante juste ce qu'il faut d'ironie. L'auteur évite de colporter les fables relatives aux crimes, aux complots, aux messes noires qui font habituellement le régal des antimaçons. Il se contente de décrire une institution qu'il trouve étrange et décalée par rapport à son temps (eh oui déjà !). Les explications qu'il donne du fonctionnement d'une loge maçonnique sont souvent tirées par les cheveux. Elles demeurent malgré tout honnêtes et documentées dans l'ensemble. Pluchonneau se moque gentiment de l'apprenti maçon à travers le personnage fictif de Frédéric Badoulard, épicier parisien fraîchement initié au sein de la loge Les Trinosophes (2). Badoulard est gentil mais con. Il porte sur ses épaules le lourd fardeau d'une initiation qu'il n'a pas comprise. Badoulard, à peine initié, convoite déjà le grade de chevalier rose-croix, quitte à négliger son affaire au grand désespoir de sa femme Clotilde.  

    Bref, je vois dans la Physiologie du franc-maçon du bon Pluchonneau toutes les interrogations d'un homme qui donne l'impression d'être passé à côté de son initiation à force de s'épuiser à chercher une signification rationnelle aux usages maçonniques et un sens aux motivations des personnages dont il brosse les portraits. L'essentiel est ailleurs et réside dans le travail sur soi et dans l'importance que l'on accorde à son propre cheminement spirituel au sein de la franc-maçonnerie. Le côté léger et comique de l'ouvrage révèle donc son côté superficiel. C'est la raison pour laquelle ce livre est intéressant. Il témoigne de la vie maçonnique monotone sous la monarchie de Juillet.

    Pluchonneau ainé, Physiologie du franc-maçon, éd. Charles Warée, Paris, 1841. Dans le domaine public. Consultable et téléchargeable sur Gallica.

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    (1) Ancien siège du Grand Orient de France.

    (2) La loge Les Trinosophes, fondée le 15 octobre 1816, était l'une des loges du Grand Orient les plus en vue au dix-neuvième siècle . Elle eut pour premier Vénérable Maître Jean-Marie Ragon de Bettignies dont je vous ai déjà parlé. Je me demande si la référence aux Trinosophes dans l'ouvrage de Pluchonneau n'est pas un indice que l'auteur ait pu appartenir à cet atelier.

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    Voici le testament (moral et philosophique) du brave Frédéric Badoulard. Comme le montre Pluchonneau aîné, la réflexion de Badoulard est terre à terre et désolante. Elle est cependant celle d'un petit commerçant libéral, généreux et attaché à liberté d'expression.

    « Testament de Frédéric Badoulard, épicier au Marais, rue Boucherat, 26.

    Aujourd'hui, etc., étant sain d'esprit et pas trop rassuré pour mon pauvre corps, j'ai écrit de ma main propre et signé de ma griffe, mes dernières dispositions au cas où je ne sortirais pas en entier du guêpier où je me suis fourré.

    Art. 1er. Je lègue à ma bonne Clotilde tout le chicorée qui se trouve dans mon magasin.

    Art. 2. A ma fille Lucrèce que je veux qu'on élève par la douceur, tout mon sucre candi et mes oranges du Portugal.

    Art. 3. A mon ami Alphonse Duperrier, mon parrain à la loge, le reste de mes dragées et un baril d'harengs saurs, sachant combien il aime ce poisson de mer quand il est frais.

    Art. 4. En ce qui est de liqueurs, et voulant reconnaître l'utile intervention du Journal des Débats dans le système actuel, je lègue mon esprit aux rédacteurs de sa politique.

    Art. 5. Tout mon raisiné sera pour les tartines de la Presse. »

  • Chroniques d'histoire maçonnique 77 : ce que nous disent les sceaux du GODF

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    Je signale la parution du numéro 77 des Chroniques d'Histoire Maçonnique, revue publiée sous l'égide de l'institut d'études et de recherches maçonniques (I.D.E.R.M.). J'y suis abonné. Comme je n'ai pas encore reçu ce numéro (ce qui ne saurait tarder), je reproduis ici littéralement la présentation qu'en a faite le comité de rédaction de la revue. Je reviendrai éventuellement sur ce numéro dès que je l'aurai lu (j'ai hâte notamment de lire le portrait de Jean Palou, un frère qui a eu un bref mais très intense et sinueux parcours maçonnique...).

    « Ce numéro 77 des Chroniques d'Histoire Maçonnique s'ouvre sur une passionnante étude de Philippe Besson sur la franc-maçonnerie pendant une période tragique et fondatrice des Etats-Unis modernes, la guerre de Sécession. Plusieurs épisodes montrent comment les loges - qui, depuis l'affaire Morgan, en 1826, se sont cantonnées à la sociabilité et à l'action philanthropique - vont réagir face à un contexte si tendu que le maintien de la neutralité politique est devenu impossible.

    Notre dossier est consacré à une importante recherche de Jean-Luc Lebras sur les sceaux successivement utilisés par le Grand Orient de France, de 1773 à aujourd'hui. Comme on va le découvrir, dans une petite image, le sceau concentre beaucoup d'enjeux d'identité. Ceux-ci renseignent l'historien sur les rapports du Grand Orient de France avec son contexte politique et maçonnique. Ne se limitant pas à une approche sigillographique, l'auteur montre aussi comment le sceau a été lu et analysé, y compris par les ennemis de la franc-maçonnerie.

    2520392524.jpgLes deux portraits de ce numéro éclairent les relations, trop souvent oubliées - notamment pour la fin du XIXe et le XXe siècle -, de la franc-maçonnerie avec le monde de l'art et de la création. François Cavaignac nous propose d'abord un complément à la biographie du peintre Edouard Béliard, un artiste qui participa aux débuts de l'impressionnisme aux côtés de son ami Camille Pissarro. Il nous montre que ses convictions républicaines s'enracinaient dans un engagement maçonnique.  Quelques décennies plus tard, il y a aussi eu des ponts entre le Surréalisme et les Loges. On se souvient de l'article pionnier de Jean-Pierre Lassalle (Histoire Littéraire 1, 2000) ou de l'étude de Pascal Bajou sur Philippe Soupault franc-maçon (CHM n°56). David Nadeau inaugure ici une série sur les surréalistes d'après guerre qui ont été membres de la Loge Thebah : premier portrait, Jean Palou.

    Pour conclure, Marc Labouret a mis au jour deux étonnants « documents métalliques ». »

    Pour commander ce numéro ou vous abonner aux Chroniques d'Histoire Maçonnique, il vous suffit de vous rendre sur le site de Conform Edition. Offre découverte au numéro à partir de 9 € et abonnement annuel (2 numéros) à 18 €.

     

  • Critica Masonica. Extrême droite et ésotérisme

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    jean-pierre bacot,stéphane françois,christophe bourseiller,paul-eric blanrue,jean-pierre servel,jean-marc vivenza,joseph de maistre,martinès de pasqualy,louis-claude de saint-martin,jean-baptiste willermoz,gérard encausse,rené guénon,arturo reghini,julius evola,rudolf von sebottendorff,philippe baillet,extrême droite,franc-maçonnerie,glnf,godf,georges godinet,fabienne pichard du pageLe F∴ Jean-Pierre Bacot, rédacteur en chef de la revue Critica Masonica, a eu la gentillesse de m'envoyer le numéro spécial de janvier 2016 consacré à l'ésotérisme et l'extrême droite. Un sujet qui, à titre personnel, m'a toujours passionné. Ce numéro spécial a été entièrement rédigé par Stéphane François, politologue et historien des idées, qui étudie depuis des idées la nébuleuse des droites radicales en France et en Europe. Les principaux axes thématiques de recherches de Stéphane François portent sur l'étude politico-historique des droites radicales et plus particulièrement de la Nouvelle Droite, ce courant doctrinal protéiforme nourri depuis janvier 1968 à la fois par le Groupe de Recherche et d'Etudes pour la Civilisation Européenne (G.R.E.C.E.) et par le Club de l'Horloge. Stéphane François s'intéresse aussi aux sous-cultures que les droites radicales ont investi par un entrisme massif : le mouvement skinhead, la culture gabber aux Pays-Bas, le néo-paganisme, le racialisme völkish ou encore l'ésotérisme. C'est d'ésotérisme que François traite essentiellement dans ce numéro spécial de 170 pages de Critica Masonica dont voici le sommaire :

    • Introduction
    • Qu'est-ce que l'ésotérisme ?
    • L'antimodernisme d'extrême droite
    • La Nouvelle Droite et la « Tradition »
    • Tradition et extrême droite, le cas des éditions Pardès
    • Franc-Maçonnerie et extrême droite
    • Alexandre Douguine et l'extrême droite française
    • Néo-paganisme et nazisme
    • Des ovnis et des nazis
    • Au-delà du vent du nord : réflexions sur le paganisme d'extrême droite
    • L'extrême droite, le nordicisme et les indo-européens
    • Y a-t-il une culture d'extrême droite ?
    • Conclusion.

    Comme le souligne la revue Critica Masonica dans la présentation de ce numéro spécial, chacun des articles rédigé par Stéphane François a fait l'objet d'un livre à part entière. Le lecteur pourra donc éventuellement regretter que tel ou tel aspect d'un thème n'ait pas été suffisamment développé. Mais que le comité de rédaction de Critica Masonica se rassure ! Ce numéro spécial est absolument passionnant. Je crois que sa réussite majeure tient précisément à l'esprit de synthèse de Stéphane François. L'auteur écrit sans fioritures. Ses articles sont rédigés clairement. Il parvient à vulgariser et clarifier des concepts parfois ardus que l'usage tend à confondre allègrement (ésotérisme, occultisme, tradition). Les notes de bas de page sont abondantes et contiennent toutes les sources qui permettront au lecteur d'approfondir le sujet s'il en ressent la nécessité.

    Stéphane François aide le lecteur à mettre en perspective toutes ces idées politiques d'extrême droite et à les inscrire dans une dynamique historique (rejet des Lumières au profit de l'illuminisme, nostalgie de l'ordre ancien ou d'un âge d'or perdu, rejet de la modernité, obsession de la décadence, culte de la tradition primordiale, croyance en une histoire cyclique, croyance en un ethno-différentialisme aboutissant souvent au racisme, croyance en la possibilité de former une élite spirituelle susceptible de guider la société, rejet de la quantité, détestation de la démocratie, etc.).

    Les lecteurs réguliers et fidèles du blog « 3,5,7 et plus » connaissent déjà un peu ces notions que j'ai abordées – certes de façon succincte – dans des notes consacrées à René Guénon dont l'oeuvre exerce toujours aujourd'hui une sorte de magistère moral en franc-maçonnerie (notamment en France, en Italie et en Espagne) pour des raisons qui m'ont toujours paru étranges. Bien évidemment, j'ai lu l'article consacré à la franc-maçonnerie et l'extrême droite. Après avoir rappelé l'existence d'un fort antimaçonnisme d'extrême droite (notamment catholique romain), Stéphane François montre qu'il existe aussi depuis l'origine, au sein de la franc-maçonnerie, un vieux courant antimoderne fondé sur la notion de « tradition primordiale », d'initiation transmise de maître à disciple au sein de structures initiatiques régulières. Cette vision de la franc-maçonnerie, essentiellement religieuse et hostile à toute sécularisation, s'inscrit dans le sillage de penseurs et d'idéologues, francs-maçons ou non et plus ou moins importants, tels que Joseph de Maistre, Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin, Jean-Baptiste Willermoz, Gérard Encausse, Joséphin Peladan, René Guénon, Arturo Reghini, Julius Evola, Rudolf von Sebottendorf et, plus récemment, Jean-Marc Vivenza dont certains ouvrages ont été pubiés aux éditions Pardès fondées en 1982 par Georges Godinet et Fabienne Pichard du Page (cette maison d'édition du « traditionnalisme-révolutionnaire » a par exemple publié tous les ouvrages du théoricien fasciste Julius Evola traduits par Philippe Baillet).
    jean-pierre bacot,stéphane françois,christophe bourseiller,paul-eric blanrue,jean-pierre servel,jean-marc vivenza,joseph de maistre,martinès de pasqualy,louis-claude de saint-martin,jean-baptiste willermoz,gérard encausse,rené guénon,arturo reghini,julius evola,rudolf von sebottendorff,philippe baillet,extrême droite,franc-maçonnerie,glnf,godf,georges godinet,fabienne pichard du page

    Stéphane François reste cependant à un niveau d'observateur et d'universitaire. Il y manque peut-être – comment dire ? – l'expérience qui permettrait de donner un peu de vie à son analyse. A moins qu'il ne s'agisse, pour lui, d'éviter les ornières des polémiques stériles (ce que je peux comprendre tout à fait). Pour ce faire, je conseille de doubler la lecture du numéro spécial de Critica Masonica par celle du petit livre-témoignage de Christophe Bourseiller, spécialiste lui aussi des milieux undergrounds, marginaux et extrémistes, intitulé « Un maçon franc. Récit secret » (éditions Alphée). Le témoignage de Bourseiller permet, à mon avis, de compléter utilement les développements théoriques de Stéphane François.

    Dans cet ouvrage publié en 2010, Bourseiller revient sur ses années passées au sein de la Grande Loge Nationale Française (G∴L∴N∴F∴) dans une loge qu'il n'hésite pas à qualifier de fasciste et de profondément influencée par les idées de Guénon et d'Evola. Il raconte ses expériences et pérégrinations au sein d'une obédience sectaire, obsédée par la pureté de la régularité, qui se définit elle-même comme un ordre et interdit toujours à ses membres de fréquenter d'autres loges ne relevant pas de sa juridiction. Christophe Bourseiller raconte sa visite d'une loge évolienne qui a chassé toute référence hébraïque de son rituel. Il raconte sa visite d'une loge d’aristocrates où l'on glose entre soi sur les vertus de la noblesse. Il fréquente aussi des loges du régime écossais rectifié où l'on exige des postulants qu'ils soient baptisés et défendent la sainte religion chrétienne. Il y pratique le rite émulation où la tenue s'apparente à un office religieux. Surtout, il se rend compte que la G∴L∴N∴F, qui prétend chasser la politique de ses temples, chasse en réalité de ses rangs toute pratique démocratique et toute idée de modernité. Il est évident, selon lui, que la G∴L∴N∴F∴ est profondément travaillée par les idées de la Nouvelle Droite que Stéphane François analyse brillamment dans Critica Masonica.

    Christophe Bourseiller fait état de la présence de ce courant d'extrême droite au sein de la G∴L∴N∴F∴. Cette présence s'est doublée d'un recrutement massif et aveugle, à partir des années 80 et 90, qui a abouti au développement d'un affairisme incontrôlé. C'est ce système qui a fini par éclater sous la grande maîtrise de François Stifani en 2010. Ce système est-il en train de se reconstruire après l'éviction de Stifani ? Certains le pensent et estiment que tous les malheurs de la G∴L∴N∴F∴ ne peuvent évidemment avoir pour unique cause l'action d'un seul homme. D'autres relèvent que l'actuel Grand Maître, Jean-Pierre Servel, a défendu une vision clairement guénonienne de la franc-maçonnerie en tenue de grande loge, lors de l'installation de François Stifani en 2007. Enfin, comment ne pas s'interroger sur la participation surprenante de ce même Jean-Pierre Servel à un « documentaire » sur la franc-maçonnerie co-réalisé en 2015 par le sulfureux Paul-Eric Blanrue, proche des milieux négationnistes ?

    Il y a donc bien, qu'on le veuille ou pas, une présence active de l'extrême droite au sein de la G∴L∴N∴F∴ et dans certains cénacles maçonniques plus confidentiels, tout comme d'ailleurs il existe depuis longtemps, au sein du Grand Orient de France (G∴O∴D∴F∴), un noyau d'extrême gauche également très actif (notamment de sensibilité trostkiste). Ce qui ne laisse pas d'interroger sur le rapprochement surprenant de ces deux obédiences, l'année dernière, bien qu'il ne faille pas y voir, à mon sens, le résultat de l'action souterraine de ces courants politiques antagonistes (sinon on sombrerait évidemment dans un conspirationnisme de bas étage), mais plutôt une alliance circonstancielle d'appareils destinée à marginaliser les obédiences qui ont tenté l'aventure chimérique de la Confédération Maçonnique de France (CMF).

    Naturellement, comme le sommaire le montre, le numéro spécial de Critica Masonica ne se réduit pas à la seule franc-maçonnerie. De très nombreux aspects de l'ésotérisme d'extrême droite sont analysés par Stéphane François. Je conseille donc vivement la lecture de ce numéro spécial à toute personne désireuse d'en savoir davantage sur un thème qui demeure malgré tout relativement peu connu. Que la revue Critica Masonica et Stéphane François soient remerciés pour ce travail considérable de vulgarisation qui ne peut qu'inspirer l'admiration et le respect !

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    Critica Masonica. Extrême droite et ésotérisme : retour sur un couple toxique. Numéro spécial janvier 2016. 170 pages. ISSN 221-278X. Prix public 20 €. Pour commander la revue au numéro ou pour s'y abonner, vous pouvez vous rendre sur le blog de la revue.

  • Humanisme n°310 - Voir, est-ce comprendre ?

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    HUM-310-couv.jpgJe viens de recevoir le numéro 310 de la revue Humanisme.

    J'ai commencé à le lire et j'ai déjà repéré quelques articles qui, peut-être, me donneront des idées de notes pour ce blog.

    Le dossier central de ce numéro 310 pose la question suivante : Voir, est-ce comprendre ? 

    Pour répondre à cette question complexe, la revue a fait appel à divers spécialistes et professionnels qui travaillent avec le regard.

    Il y a un docteur spécialiste de l'imagerie médicale, un policier, un spécialiste des médias, un metteur en scène, un psycho-pédagogue, etc.

    Un rapide parcours du sommaire de ce numéro me laisse présager une lecture heureuse et fructueuse.

    J'aurai certainement l'occasion de vous en reparler.

    Humanisme, Revue, GODF, Conform édition

    Humanisme, Revue, GODF, Conform édition

    Je vous rappelle que vous pouvez vous procurer Humanisme au numéro ou vous y abonner en vous connectant sur le site de Conform édition (28 € par an pour la France métropolitaine, 42 € pour le DOM-TOM et l'étranger).