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Laïcité - Page 4

  • Islam et Laïcité. Le regard lucide d'un F∴ belge.

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    Je livre à votre réflexion l'extrait d'une planche du F J. R. de la RL∴ n° La Parfaite Intelligence et l'Etoile Réunies à l'O de Liège (GO de Belgique) dont le titre est Islam et Laïcité :

    "Enfin, les tentations islamistes ne sont pas à nier. Mais il convient de nous rappeler qu'avant d'être des contestations de la laïcité ou la preuve de l'incapacité de l'Islam à s'adapter à la modernité, les tentations islamistes sont des symptômes d'une crise de la société.

    Lorsque les injustices et les inégalités deviennent criantes, lorsque l'exclusion compromet l'avenir d'un grand nombre de jeunes sans formation, de travailleurs sans travail, alors nous ne devons pas nous étonner de voir surgir des solutions radicales et extrémistes.

    Mais dans ce cas, ne nous trompons pas de cible. Ce qui est à dénoncer, c'est plus un dysfonctionnement de notre société qui détruit les hommes qu'une tradition religieuse qui attire sur elle les espoirs de ceux qui n'attendent plus rien de la politique.

    La laïcité a un prix, c'est celui de la justice, de l'égalité des chances et de la fraternité. Si une société ne peut plus payer ce prix, elle ne doit pas s'étonner de voir resurgir des extrémistes de tous ordres (...)"

    J'ai oublié de vous préciser une chose importante. Cette planche d'une très grande lucidité a été écrite et présentée il y a déjà vingt ans...

     

  • Daniel Keller défend une vision de la laïcité qui n'existe pas dans les textes

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    Le blog Hiram.be cite un extrait d'une tribune de Daniel Keller, Grand Maître du Grand Orient de France (GODF), publiée dans l'hebdomadaire Marianne le 23 janvier dernier :

    (…) La laïcité n’a pas pour vocation d’apporter une meilleure connaissance du fait religieux, que ce soit dans le cadre des « livrets de la laïcité », des programmes scolaires ou à travers la création d’établissements privés de théologie musulmane.
    Le moment est venu de rappeler ce qu’est la laïcité à savoir un principe d’organisation de la société fondé sur la séparation des églises et de l’État, de telle sorte que dans l’espace public les confessions restent silencieuses. S’il en est ainsi, ce n’est pas parce que la laïcité serait une antireligion, c’est simplement parce que l’espace public est le terrain à l’intérieur duquel les individus doivent faire l’expérience de leur qualité de citoyen. Et cet exercice exige que l’on se départe des assignations de toute nature qui pèsent sur nous. 
    La laïcité est donc avant tout le creuset de l’éducation à la citoyenneté. Elle est un contenant plus qu’un contenu et elle crée les conditions grâce auxquelles tout individu devrait être en mesure de participer à la communauté des citoyens qui incarne la République. (…)

    Je suis franc-maçon depuis plus de vingt ans, membre d'une loge du GODF et bien évidemment attaché à la laïcité des institutions de la République. Mais je dois dire que je ne me reconnais absolument pas dans cette prise de position qui relève, une fois de plus, d'une communication hasardeuse et mal maîtrisée. Non pas parce qu'elle défend une "vision étriquée" de la laïcité, mais plutôt parce qu'elle défend une vision de la laïcité qui n'existe pas dans le droit positif ! 

    Je ne prendrai qu'un seul exemple, que j'ai déjà eu l'occasion de traiter dans un précédent billet : la prétendue neutralité de l'espace public qui, si l'on en croit Daniel Keller, devrait contraindre les confessions religieuses à rester silencieuses. Quelle curieuse conception de la vie sociale tout de même ! Où le Grand Maître est-il allé pêcher pareille ânerie ? Dans quel texte de loi a-t-il trouvé cette prétendue injonction au silence ? Il peut la chercher longtemps. La réalité juridique est que les religions ont parfaitement le droit d'intervenir dans le débat public. Elles ont parfaitement le droit de défendre les valeurs qui leur sont chères. Leurs représentants sont d'ailleurs consultés dans le cadre de commissions parlementaires au même titre que les représentants des associations laïques ou des obédiences maçonniques. C'est notamment le cas dans le domaine de la bioéthique. De même, il n'est absolument pas interdit à tout citoyen d'exprimer publiquement sa foi.

    Vous ne trouverez aucun texte de loi qui assimile la laïcité à une uniformisation des consciences dans une sorte de neutralité imposée. Depuis le 9 décembre 1905, mais je devrais plutôt dire depuis le début du processsus de sécularisation de l'Etat amorcé dès les années 1880, la laïcité repose sur une conciliation entre, d'une part, les exigences de la vie sociale - qui impliquent notamment l'absence d'inféodation du pouvoir politique à un quelconque ordre religieux - et d'autre part, le libre épanouissement des individus - qui implique le droit de chacun à pouvoir mener son existence selon ses goûts et sa philosophie sans crainte d'être inquiété.

    Aujourd'hui, le GODF s'enferme dans la défense d'une laïcité qui ne correspond ni à l'état actuel du droit ni à l'esprit de ceux qui ont permis son avènement au coeur de la République il y a une centaine d'années. Il est faux de prétendre que la République doit ignorer les religions alors que celle-ci a toujours eu pour objectif de garantir et d'organiser l'exercice public du culte (il faut relire la loi de janvier 1907). De même, la République a toujours eu besoin de trouver des interlocuteurs chez les représentants des cultes, non dans un esprit de soumission, mais pour entretenir un dialogue permanent avec eux.

    La laïcité n'a pas non plus été instaurée en France pour que les citoyens, et notamment les plus jeunes, vivent dans l'ignorance crasse du phénomène religieux. Comment ne pas frémir en lisant la prose de Daniel Keller qui postule que la laïcité n'a pas pour vocation d'apporter une meilleure connaissance du fait religieux ? Comment peut-on tenir un langage pareil quand on a la prétention de parler au nom de la plus grande et la plus ancienne obédience maçonnique française ? Non, contrairement à ce que Daniel Keller semble affirmer, la laïcité ne promeut ni l'ignorance ni l'inculture. Il est par exemple impossible de comprendre 2000 ans de philosophie occidentale sans avoir quelques rudiments de culture religieuse, sans avoir quelques connaissances, même approximatives, des débats théologiques (c'est la raison pour laquelle il n'est pas incongru que le fait religieux puisse faire l'objet d'un enseignement laïque dans les écoles). Il est même impossible d'avoir une vision honnête des origines culturelles et symboliques de la franc-maçonnerie en faisant abstraction de la Bible et de la tradition judéo-chrétienne.

     

  • Jean-Louis Bianco répond à Daniel Keller

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    Trois jours. Il n'aura fallu que trois petits jours à Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la Laïcité (OL), pour répondre à Daniel Keller, Grand Maître du Grand Orient de France (GODF), au sujet des 25 propositions sur la laïcité. La célérité avec laquelle le président Bianco a réagi à l'initiative surprise du GODF (je dis "surprise" car le Convent du GODF n'y a jamais été associé comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire dans ma note précédente) confirme bien que l'OL n'entend pas se laisser déborder par ceux qui considèrent la laïcité comme leur pré carré.

    Avec l'esprit de synthèse qu'on lui connaît, Jean-Louis Bianco a méthodiquement commenté l'inventaire brouillon de mesures préconisées par un groupe inconnu de frères qui s'est arrogé le droit de parler au nom de la plus ancienne obédience maçonnique française. J'invite le lecteur à prendre connaissance de ce courrier qui figure en pièce jointe de cette note. Je retiendrai pour ma part cet extrait :

    "La Commission nationale consultative des droits de l'Homme a par ailleurs rappelé dans son avis du 26 septembre 2013 que "la loi ne saurait se substituer à la jurisprudence dès lors qu'il lui est impossible de résoudre chaque difficulté particulière posée par l'application du principe de laïcité"."

    Ce rappel est capital. La laïcité ne saurait être l'uniformisation des consciences dans une sorte de neutralité chimérique qu'une loi pourrait imposer au citoyen de manière tout aussi illusoire. La laïcité est toujours le résultat d'un compromis entre, d'une part, les exigences de la vie sociale, qui impliquent le respect effectif de l'intérêt général et l'absence d'inféodation du pouvoir politique à un quelconque ordre religieux, et d'autre part, le libre épanouissement des individus, qui implique le droit de chacun à pouvoir mener son existence selon ses goûts et sa philosophie sans crainte d'être inquiété. 

    Il faut donc cesser d'entretenir ce rapport magique à la loi parce qu'il est spécieux de penser que l'on peut régler tous les problèmes, même les plus spécifiques, en édictant de nouvelles normes. Comment ne pas faire référence à la loi absurde sur l'interdiction du port du voile intégral qui non seulement ne concerne qu'une infime minorité de personnes mais a été aussi votée, en réalité, pour des raisons politiciennes et électoralistes ?

    Notre arsenal législatif est suffisamment étoffé pour permettre à la médiation - ou à la justice si aucune conciliation n'est possible - de résoudre les différends. Et s'il peut arriver que notre droit ait des lacunes dans le domaine de la laïcité comme dans d'autres, il faut toujours se souvenir que légiférer n'est jamais un acte anodin ainsi que le président Bianco l'a souligné :

    "(...) l'Observatoire de la laïcité a recommandé de ne pas user de la loi pour répondre à un seul cas particulier et rappelle qu'une option législative, plus large, supposerait, au préalable, une concertation entre groupes politiques parlementaires afin de permettre un débat serein évitant toute instrumentalisation partisane."

    Je ne saurais mieux dire.

    ______________________

    Document :

    lettre-obs-de-la-laicite.pdf

  • Les 25 "propositions du GODF" sur la laïcité

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    Le Grand Orient de France (GODF) a profité du 109e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905 pour rendre public ses 25 propositions sur la laïcité.

    Je n'ai pas le temps de les discuter ici. Si l'occasion se présente, j'y reviendrai peut-être dans de prochaines notes. Disons pour faire vite qu'elles procèdent d'un maximalisme caricatural que j'ai déjà dénoncé il y a quelques semaines sur ce blog.

    Pour le moment, ce n'est pas tellement le fond des propositions qui me préoccupe mais plutôt la méthode cavalière qui préside à leur diffusion aujourd'hui.

    En effet, il faut rappeler un point absolument capital : ces propositions ne sont pas celles du GODF. Le Convent n'a mandaté personne pour rédiger un tel inventaire à la Prévert qu'il n'a de surcroît jamais ratifié. Ces propositions ne peuvent donc émaner officiellement de l'obédience, c'est-à-dire de l'universalité de ses loges.

    Bref, le GODF est une fois de plus victime d'un abus de pouvoir. Il y a des frères qui, en son sein, se permettent de publier, avec la complicité active du Conseil de l'Ordre, des propositions dont les loges n'ont jamais été saisies ! C'est tout bonnement incroyable ! 

    Oui, je parle de "complicité active du Conseil de l'Ordre" car dans sa circulaire du 9 décembre 2014, le Grand Maître Daniel Keller a osé écrire :

    "Il était donc nécessaire et urgent (sic) de formuler un ensemble de propositions couvrant les différents champs d'application du principe de séparation des églises et de l'Etat afin de rappeler les règles (sic) qui doivent nous unir (..) 
    Cette feuille de route doit être reprise par chacun d'entre nous (sic) et nous comptons sur les Loges de l'Obédience pour qu'elles diffusent ces propositions (sic) auprès de l'ensemble des élus locaux des territoires sur lesquels elles rayonnent et en expliquent le bien fondé."

    Le Conseil de l'Ordre s'arroge ainsi le pouvoir de déterminer ce qui est "nécessaire" et "urgent". Ben voyons ! Il se fait l'arbitre des élégances dans le domaine de la laïcité et va même jusqu'à prôner une caporalisation des ateliers et des frères qui "doivent reprendre et diffuser" ces 25 propositions auxquelles ils n'ont jamais été associés !

    Et la liberté absolue de conscience au sein du GODF, on en fait quoi ?

    De qui se moque-t-on ?

    Et puis, quel est but de cette manoeuvre, me direz-vous ?

    Il s'agit sans doute de réaliser un coup médiatique - de "faire le buzz" comme on dit aujourd'hui - et de conforter auprès des pouvoirs publics l'image d'un "GODF laboratoire d'idées". Le problème, c'est que les idées rassemblées dans ces 25 propositions ne remontent pas des profondeurs du GODF et qu'on ne sait pas où se situe exactement le laboratoire qui les a produites. Avouez que c'est légèrement embêtant.

    Ce coup médiatique permanent, il consiste aussi bien à publier 25 propositions sur la laïcité qu'à passer dans Le Petit Journal de Canal + pour faire moderne et jeune.

    Mais il n'y a pas que la recherche du coup médiatique à mon avis. Il y a aussi, selon moi, une volonté de régler le compte de Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène, respectivement président et rapporteur de l'Observatoire National de la Laïcité, qui, l'on s'en souvient, avaient profité de la discussion polémique sur la participation de mères d'élèves voilées aux sorties scolaires pour rappeler l'esprit de la loi du 9 décembre 1905 portant séparation de l'Eglise et de l'Etat.

    "Non, la laïcité, ce n’est pas la neutralité de tous les citoyens, c’est au contraire la garantie donnée à chacun de croire ou de ne pas croire et de l’exprimer dans les limites de l’ordre public. C’est de l’histoire de France que découle la laïcité. Une histoire traversée par des guerres de religions et des persécutions contre les protestants et les juifs qui nous rappelle combien la liberté de conscience garantie par la laïcité est un formidable acquis de la République (...) Cessons les pressions encourageant les "lois d’émotion" (dont la France a toujours été malheureusement experte) et rappelons que la loi du 9 décembre 1905, dont découle pour l’essentiel notre laïcité, a déjà tranché ce débat entre les partisans d’une laïcité qui combattrait les religions et interdirait le port de tout signe religieux, et ceux de la laïcité telle que défendue par Aristide Briand, qui sépare l’État des organisations religieuses tout en garantissant le vivre ensemble quelques soient les opinions ou croyances de chacun."

    Force est de constater que les 25 propositions du GODF sur la laïcité ne sont pas du tout dans le prolongement des propos plein de bon sens de Bianco et Cadène. Au contraire, elles sont inutilement clivantes pour la plupart d'entre elles. Notamment celle visant à l'abrogation du concordat de Bonaparte en Alsace Moselle. C'est d'ailleurs un vieux serpent de mer juridique. En effet, le législateur n'a pas attendu la rue Cadet pour tenter de le remplacer vainement par la loi de 1905. Il s'est heurté à une forte résistance des populations locales qui vécurent - ne l'oublions pas non plus car ce fait a aussi son importance - quarante-huit ans sous souverainté allemande (de 1870 à 1918). C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le Conseil d'Etat a confirmé ce statut dérogatoire en 1925 et, plus récemment, le Conseil constitutionnel en 2013.

    Le pragmatisme juridique est parfois beaucoup plus efficace pour préserver la paix sociale que le maximalisme idéologique.