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Laïcité - Page 3

  • Crèche de la Mairie de Béziers : la LDH déboutée par le Tribunal administratif de Montpellier

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    La Ligue des droits de l'homme (LDH) a publié le communiqué suivant :

    "Le tribunal administratif de Montpellier vient de valider la présentation d’une scène religieuse au sein de la mairie de Béziers.

    Les juges administratifs prétendent justifier leur décision par le fait qu’ils n’auraient trouvé aucune volonté de privilégier une religion dans cette représentation chrétienne. Les juges n’ont pas à se livrer à une psychanalyse du maire de Béziers pour appliquer la loi et restituer à une mairie sa destination laïque.

    La LDH relèvera d’autant plus appel de cette décision qu’elle est de nature à justifier un peu plus les discriminations de toute nature.

    Paris, le 16 juillet 2015"

    Le communiqué de la LDH est excessif. Au lieu de s'en prendre maladroitement aux juges, la LDH aurait mieux fait de s'interroger sur la manière dont elle et son avocat ont argumenté leur mémoire et présenté le cas d'espèce devant le tribunal administratif. La LDH a sans doute voulu faire de la crèche de la mairie de Béziers un exemple d'atteinte paroxystique au principe de la laïcité dont elle a également entendu souligner l'absolue primauté. Et elle s'est trompée. Oui, elle s'est trompée parce qu'elle a oublié, au passage, que la laïcité, telle qu'elle l'entend, n'est pas la laïcité de notre droit positif. C'est une erreur que les laïques les plus intransigeants commettent souvent. Cette erreur a été aussi très probablement confortée par la nécessité politique de taper sur le sulfureux maire de Béziers apparenté FN.

    Il faut, une fois de plus, revenir sur la laïcité tel qu'elle s'est progressivement construite et étoffée dans nos textes de loi depuis 1880. En France, la laïcité n'a jamais été l'uniformisation des consciences dans une sorte de neutralité chimérique que la loi imposerait au citoyen. La laïcité a toujours été le résultat d'un compromis entre, d'une part, l'absence d'inféodation du pouvoir politique à un quelconque ordre religieux, et d'autre part, le droit de chacun à pouvoir mener son existence selon ses goûts et sa philosophie sans crainte d'être inquiété. La laïcité n'est pas davantage la neutralité de l'espace public en général et des halls de mairie en particulier. En République, l'espace public n'est jamais neutre. C'est au contraire le lieu de la libre expression des convictions politiques, sociales et religieuses, des modes vestimentaires, des goûts, des tendances, etc. L'espace public, c'est précisément le brassage des idées, le métissage, la rencontre avec celui qui diffère de soi et peut parfois heurter, déranger, inquiéter même. Ce n'est donc pas l'effacement de l'individu dans le corps social, ce n'est pas davantage l'uniformisation de la pensée. La seule limite à cette liberté publique est le trouble manifeste et illicite à l'ordre public, notion juridique très encadrée et que les tribunaux administratifs apprécient strictement.

    C'est très exactement ce que les juges administratifs ont dit en relevant l'absence d'intention discriminatoire de la part du Maire de Béziers et la non existence d'un trouble illicite à l'ordre public. Les juges administratifs ont estimé que la crèche, constituée à l'occasion de la fête de Noël, est ici un élément culturel auquel ne s'attache aucun message religieux prosélyte. La représentation de cette scène religieuse dans le hall de la mairie ne signifie absolument que le citoyen est obligé d'adhérer au message chrétien. Il ne signifie pas davantage l'adhésion de la municipalité de Béziers au christianisme. C'est simplement un élément culturel, traditionnel et symbolique qui rappelle les origines de la fête de Noël. Ni plus ni moins. Notre République démocratique, sociale et laïque a d'ailleurs été suffisamment sage et éclairée pour ne pas l'abolir. Elle en a même fait un jour férié légal !

    Pour s'en convaincre, il suffit de prendre un autre symbole ou une autre personnage que le petit Jésus dans sa mangeoire : le Père Noël. Mettre le Papa Noël dans le hall d'une mairie, ce n'est évidemment pas faire l'éloge de la crédulité et ce n'est pas davantage vouloir inféoder la République à l'idée que le Père Noël existerait ! C'est représenter un personnage consubstantiellement attaché à Noël et aux fêtes de fin d'année. Ce personnage fait partie de notre paysage culturel.

    Je suis persuadé que le jugement du Tribunal administratif de Montpellier eût été tout à fait différent si le maire de Béziers avait accompagné l'installation de cette crèche de propos haineux, discriminatoires, vexatoires et s'il s'était en plus livré à des provocations ayant entraîné des manifestations, des bagarres, voire des émeutes. Or, de tels éléments objectifs n'ont pas été démontrés par les plaignants. C'est exactement ce qui s'est passé pour le prétendu fichage des élèves musulmans à Béziers : en mai dernier, le Tribunal administratif avait jugé que l'association plaignante n'en avait pas prouvé la réalité.

    La LDH a l'intention d'interjeter appel.

  • Philippe Guglielmi s'énerve pour rien

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    Je ne vais pas revenir sur le fond de cette dispute de cour d'école qui est exposé chez François Koch ou chez Jean-Laurent Turbet, lequel confirme, une fois de plus, ses talents de cire-pompes.

    Les propos du député socialiste du Val d'Oise, Philippe Doucet, n'ont rien de choquant. Certes, le parlementaire a grossi le trait. Sa typologie concernant les défenseurs de la laïcité est un peu caricaturale. Sa référence aux maçons est sans doute maladroite. Mais c'est pour marquer les esprits à propos d'une situation sur laquelle j'ai d'ailleurs beaucoup écrit dans le cadre de ce blog. Il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Doucet sait certainement que les francs-maçons sont hommes de bon sens et qu'une majorité d'entre eux est attachée à l'esprit de la séparation des églises et de l'Etat tel qu'il a été porté et défendu par Aristide Briand en 1905.

    Le député du Val d'Oise est en effet beaucoup trop fin pour ignorer que tous les francs-maçons ne sont pas des "laïcards" fossilisés. Le problème est que ce sont ces derniers que l'on entend systématiquement dans les Obédiences et dans les médias. Ce sont souvent ces derniers qui s'expriment inconsidérément au nom de la franc-maçonnerie. Au sein du GODF, ils ont d'ailleurs préempté la laïcité qu'ils considèrent comme leur domaine réservé (1). Ils passent leur temps à théoriser une vision de la laïcité qui n'existe pas dans les textes de loi si bien que Jean-Louis Bianco, président de l'observatoire de la laïcité (institution directement rattachée au premier ministre), a été récemment obligé de tempérer leurs ardeurs et de les recadrer.

    Si Philippe Guglielmi avait fait preuve d'un peu de subtilité et de jugeotte (2), il se serait abstenu de charger Philippe Doucet comme il l'a fait. Sans sa lettre grotesque, les propos du député du Val d'Oise seraient passés inaperçus. Face à la caricature, l'ancien Grand Maître du GODF, désormais homme politique, a choisi de répondre par la caricature.

    Quel dommage pour le débat public !

    ____________

    (1) C'est très net dans le courrier de Guglielmi qui fait preuve à cet égard d'une condescendance insupportable. Il écrit à Philippe Doucet ceci : "[...] votre classification des intervenants dans le domaine de la laïcité fait montre d’un amateurisme évident (sic) [...]" Qu'il me soit permis de rappeler ici que Philippe Doucet est membre de la Commission des lois de l'Assemblée nationale et qu'au sein du groupe socialiste, il est notamment chargé des questions de laïcité. Pour un amateur, avouez que c'est tout de même pas mal. 

    (2) Il faut toutefois rappeler que nous sommes en pleine préparation du Congrès du PS, période propice aux manoeuvres policitiennes en tous genres.

  • Pas tant de gaz Gérard...

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    Le F Contremoulin croit déceler "une trahison" (sic) des idéaux laïques dont se serait rendu coupable le Parti socialiste. Diable ! De quelle odieuse trahison s'agit-il ? De proposer une meilleure formation des imams, de favoriser la création d'établissements privés sous contrat (comme c'est le cas déjà pour les cathos, les parpaillots ou les juifs) ou encore de pallier le manque de lieux de culte pour nos compatriotes de religion musulmane ?

    Toutes ces propositions sont pourtant parfaitement conformes à la législation en vigueur. Non seulement à la loi du 9 décembre 1905 mais aussi à la loi du 2 janvier 1907 relative à l'exercice public des cultes que le F Contremoulin, décidément, semble bien mal connaître.

    Alors où est donc la trahison au juste ?

    Du côté de ceux qui, dans le respect de la laïcité telle qu'elle existe dans le droit positif, veulent structurer un Islam de France pour limiter les influences extérieures et le doter enfin de structures décentes (notamment des lieux de culte qui font cruellement défaut) et d'un personnel qualifié (des imams correctement formés) ?

    Ou du côté de ceux qui s'accrochent mordicus à une laïcité fantasmée qui n'a jamais existé dans les textes de loi ?

    Je crois que si "trahison'" il y a, elle est plutôt à rechercher du côté de ceux qui ânonnent la laïcité sans regarder les textes. Ils ressemblent à ces cléricaux de tous poils qui récitent leurs prières sans réfléchir. Les premiers ne valent vraiment pas mieux que les seconds.

    Et comme j'ai horreur de me répéter, je renvoie le lecteur aux notes suivantes que j'ai pu commettre sur le sujet :

    Islam et laïcité, le regard lucide d'un F belge

    Le collectif laïque demande l'abrogation du délit de blasphème en Alsace Moselle. Problème : ce délit n'existe pas

    Daniel Keller défend une vision de la laïcité qui n'existe pas dans les texte

    Retour sur la loi du 9 décembre 1905

    Jean-Louis Bianco répond à Daniel Keller

    Les 25 "propositions du GODF" sur la laïcité

    Le "Collectif laïque" se ridiculise

     

    ____________________

     

    Ajout du 10 mars 16h30 et 17h15

    Je dois constater que ma note suscite des réactions plutôt positives de la part de FF du GODF lassés des postures "laïcistes" (et non laïques) de leurs instances.

    Je ne dénie pas à ces instances, bien sûr, le droit de défendre et promouvoir une conception de la laïcité qui n'a jamais existé dans l'ordre juridique de notre pays. Je leur rappelle simplement que la laïcité - c'est-à-dire celle qui fut soutenue ardemment par tous les Républicains de ce pays à la croisée des XIXe et XXe siècles - repose sur l'idée pragmatique du compromis et du dialogue parce qu'elle a vocation à assurer et à garantir la liberté de conscience (et de culte) de tous les citoyens.

    La liberté de conscience, c'est reconnaître que chaque individu est singulier et doit en même temps coexister pacifiquement avec autrui.
     
    Je laisse l'uniformisation des consciences aux pays totalitaires, quelles que soient les idéologies dont ils se réclament.
     
    L'Islam est la deuxième religion de notre pays. C'est ainsi et il faut en tenir compte. L'Islam doit donc être un interlocuteur de la République comme toutes les autres religions présentes sur le territoire de notre pays. Ni plus ni moins. Il doit donc être mieux structuré qu'il ne l'est aujourd'hui. Il doit être représenté pour être écouté des pouvoirs publics et plus particulièrement du ministère de l'intérieur. Le culte musulman doit être confié à des imams compétents et formés, respectueux des lois de notre République démocratique, sociale et laïque, et capables de résister aux agents intégristes (surtout salafistes). Les salles de culte doivent être décentes pour en finir avec les garages ou les salles insalubres. Les associations cultuelles musulmanes dûment déclarées ne doivent pas subir des tracasseries administratives injustifiées (notamment de la part des municipalités) pour obtenir un permis de construire ou un changement de destination pour une salle de prières.
  • Islam et Laïcité. Le regard lucide d'un F∴ belge.

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    Je livre à votre réflexion l'extrait d'une planche du F J. R. de la RL∴ n° La Parfaite Intelligence et l'Etoile Réunies à l'O de Liège (GO de Belgique) dont le titre est Islam et Laïcité :

    "Enfin, les tentations islamistes ne sont pas à nier. Mais il convient de nous rappeler qu'avant d'être des contestations de la laïcité ou la preuve de l'incapacité de l'Islam à s'adapter à la modernité, les tentations islamistes sont des symptômes d'une crise de la société.

    Lorsque les injustices et les inégalités deviennent criantes, lorsque l'exclusion compromet l'avenir d'un grand nombre de jeunes sans formation, de travailleurs sans travail, alors nous ne devons pas nous étonner de voir surgir des solutions radicales et extrémistes.

    Mais dans ce cas, ne nous trompons pas de cible. Ce qui est à dénoncer, c'est plus un dysfonctionnement de notre société qui détruit les hommes qu'une tradition religieuse qui attire sur elle les espoirs de ceux qui n'attendent plus rien de la politique.

    La laïcité a un prix, c'est celui de la justice, de l'égalité des chances et de la fraternité. Si une société ne peut plus payer ce prix, elle ne doit pas s'étonner de voir resurgir des extrémistes de tous ordres (...)"

    J'ai oublié de vous préciser une chose importante. Cette planche d'une très grande lucidité a été écrite et présentée il y a déjà vingt ans...