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Histoire - Page 5

  • Les leçons séditieuses d'Oliver Cromwell

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    Oliver Cromwell (1599-1658) est sans doute le personnage de l'histoire britannique le plus controversé. Pour les uns, il s'agit d'un des plus grands héros anglais, celui qui a restauré les droits du parlement face à la monarchie. Pour d'autres, Oliver Cromwell a été un tyran sanguinaire et régicide. Il est en tout cas celui qui a instauré la République outre-manche. Quoi qu'on pense du personnage, il reste à jamais associé à une période trouble et violente de l'histoire de la Grande Bretagne.

    C'est la raison pour laquelle j'ai été très surpris de lire ce passage dans un ouvrage publié à Hambourg en 1776 par un anonyme. Il s'intitule Considérations philosophiques sur la Franc-maçonnerie dédiées à tous les Orients en France par un député de Jérusalem.

    Cet ouvrage est conçu sous la forme de dialogues entre un philosophe (profane) et un franc-maçon. Je ne serais d'ailleurs pas étonné que la forme originale de ce livre ait inspiré Gotthold Ephraïm Lessing, lequel a publié, deux ou trois ans plus tard, ses fameux Dialogues pour des Francs-Maçons avec les personnages d'Ernst et Falk (après tout, Lessing n'a-t-il pas vécu à Hambourg où il fut initié ?).

    On lit aux pages 77 et suivantes :

    « Le Maçon : Tenez il n'est pas que vous n'ayez attendu entendu parler de ce savant politique, de ce profond génie du dix-septième siècle ; c'est lui, le fameux Cromwell qui est l'auteur de la Franc-maçonnerie.

    Le Philosophe : Cromwell...

    Le Maçon : Oui monsieur. »

    Après avoir effrayé le philosophe, le franc-maçon s'empresse alors de le rassurer très vite et réfute vigoureusement l'appartenance d'Oliver Cormwell à la franc-maçonnerie.

    « Le Maçon : Vous ne voyez donc pas, Monsieur, que c'est le système  plus pitoyable, l'opinion la plus denuée de fondement qui ait jamais pu entrer dans la cervelle des visionnaires, que de prétendre que des hommes, que des Maçons, marchent fur les traces d'un sectaire ambitieux & criminel !

    Le Philosophe : Et il fallait tant de précautions pour en venir à ce début ? Parturiunt montes...

    Le Maçon : C'était, Monsieur, pour vous en faire mieux sentir le ridicule & l'absurdité.

    Le Philosophe : Mais ce préjugé impie ne saurait avoir d'empire sur personne : car, quant à la mienne, sans être fortement dévoué à la Confrérie, je ne lui proposerais pas d'avoir des vues assez profondes, pour la croire capable de viser au projet d'une république universelle.

    Le Maçon : D'autant plus que ce projet répugnerait à tous les engagements, à tous les voeux maçonniques (...) »

    Et le Maçon de poursuivre :

    « Cela n'empêche pourtant qu'il y ait des gens assez simples, pour ne pas dire imbéciles, qui embrassent une opinion aussi blâmable qu'elle est extravagante (...) Je vous assure qu'il y a plus d'une demi-douzaine de Maçons qui se repaissent l'esprit de cette illusion, & qui suivant machinalement & par instinct les cérémonies maçonniques, croient apercevoir à chaque pas les leçons séditieuses du redoutable Cromwell. »

    Il est étonnant de trouver pareille réfutation de l'appartenance maçonnique de Cromwell car elle tombe sous le sens. En effet, la franc-maçonnerie spéculative n'existait pas du vivant du lord protecteur de la République anglaise. Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est de constater que des francs-maçons du dix-huitième siècle (« plus d'une demi-douzaine » selon l'auteur) aient pu croire à cette appartenance alors qu'on sait aujourd'hui que cette croyance a été popularisée par deux livres antimaçonniques d'un certain abbé Larudan en 1745 et 1747 : L'Ordre des Francs-Maçons trahi et leurs secrets révélés et Les Francs-Maçons écrasés.

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    On peut en déduire que certains francs-maçons ont repris à leur compte cette figure de l'histoire anglaise. La franc-maçonnerie a donc été perçue et vécue par cette minorité de frères comme un instrument d'émancipation politique. L'auteur anonyme des Considérations philosophiques a condamné cette approche de la franc-maçonnerie au nom de la loyauté dont chaque franc-maçon doit faire preuve à l'égard de l'autorité légitime. Ça n'a toutefois nullement empêché aux « leçons séditieuses de Cromwell » de faire leur chemin dans les esprits vingt-trois ans plus tard en France.

  • Les lumières vives et pures de l'ordre maçonnique

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    4035725778.jpgJe recommande vivement la lecture de la remarquable étude de Jean-Luc Lebras sur les (grands et petits) sceaux du Grand Orient de France. Cette étude est publiée dans le dernier numéro des Chroniques d'Histoire Maçonnique. L'auteur analyse l'évolution de ces sceaux qui sont comme des empreintes laissées par l'obédience au fil du temps.

    Dans son introduction, Jean-Luc Lebras indique que les sceaux du Grand Orient de France ne semblent pas avoir fait l'objet d'études historiques et symboliques très abondantes au vingtième siècle contrairement au siècle précédent. Il rappelle que Jean-Marie Ragon de Bettignies (dont j'ai déjà parlé sur ce blog) avait étudié, en 1841, l'évolution des sceaux du Grand Orient pour souligner le suivisme politique de l'obédience.

    Je voudrais justement citer un extrait des propos de Ragon que Lebras rappelle d'ailleurs dans son étude. Le vénérable maître de la loge Les Trinosophes écrit avec une sévérité lucide (cf. Cours philosophique et interprétatif des initiations anciennes et modernes, éd. Berlandier, 1841, p. 381) :

    « Est-ce par reconnaissance pour les services que notre institution a rendus à l'ordre civil que les puissances suprêmes des divers rites maçonniques s'occupent elles-mêmes, de temps à autre, de politique ? Ce n'est pas, toutefois, dans l'intention de voir les membres de l'ordre s'en occuper ; car la place qu'on leur laisse prendre est bien innocente mais ces hauts frères plus politiques que Maçons, et souvent plus esclaves que libres, désirent prouver au gouvernement de chaque année que l'institution qu'ils dirigent marche dans le sens de la politique du jour. Nous ne sommes pas, dans notre France, exempts de ce défaut : en révisant les anciens cachets et les timbres du Grand Orient, lesquels ne devraient offrir que les emblèmes immuables de notre Ordre on y découvre des empreintes maçonnico-profanes qui présentent à l'œil du Maçon étonné les signes variables de l'autorité civile. »

    Ce texte, je le rappelle, a été écrit il y a cent soixante-quinze ans. Il est pourtant d'une étonnante modernité. En effet, comment ne pas y songer quand on voit le Grand Maître du Grand Orient affirmer dans tous les médias, écrits ou audiovisuels, que l'obédience est la gardienne vigilante de l'éthique républicaine ? L'histoire permet de relativiser une telle posture.

    Que montre l'étude des sceaux du Grand Orient ? Que le Grand Orient fut monarchiste sous les rois, impérial sous les empereurs et républicain sous les républiques ! Ce constat devrait donc inciter les responsables de l'obédience à se montrer plus modestes et circonspects dans leur communication publique. Ce constat devrait aussi les inciter à respecter la liberté de conscience des francs-maçons du Grand Orient de France qui n'ont pas besoin qu'on pense et parle à leur place.

    1290289894.jpgCependant, il ne faut pas se méprendre : Ragon de Bettignies, lui-même, préconisait que le maçon s'intéressât à la politique et à la religion. Je dois citer ce passage que tous les francs-maçons devraient connaître et méditer, notamment ceux qui ont la lourde charge de représenter le Grand Orient (cf. op.cit., pp. 376 et 377) :

    « Quoiqu'il soit certain que le Maçon jure obéissance et se conforme exactement aux lois du pays qu'il habite, ainsi que tout sage doit faire, il n'en est pas moins de son devoir de consacrer ses veilles à s'instruire et à éclairer ses concitoyens, soit sur la politique, soit sur la religion ou tout autre sujet sérieux qui intéresse le bien public. Dans nos époques modernes, où le nombre des francs-maçons est considérable, la Maçonnerie, qui s'interdit hautement et de fait, dans ses réunions, tout ce qui a rapport aux matières religieuses et politiques, n'a jamais dû ni pu prendre qu'une part indirecte aux révolutions qui se sont succédé depuis un demi siècle. Nous en avons eu la preuve lors du renversement du gouvernement impérial.
    Les personnages les plus élevés de l'Empire et de l'armée appartenaient à la Franc-Maçonnerie, qui resta toute passive pendant cet orage politique.
    Mais voici la part directe, la seule qu'elle a prise, qu'elle pouvait prendre et qu'elle prendra toujours aux événements passés, présents et à venir : les lumières vives et pures que laissent échapper, dans des séances qui se renouvellent sans cesse, les divers orateurs de cet ordre cosmopolite, éclairent une masse d'individus qui se répandant ensuite dans toutes les classes de la société, y versent continuellement des doctrines salutaires qui font le tour du monde, et combattent, chaque jour et partout, l'erreur et les préjugés qui souillent encore le globe. »

    Ce que Ragon de Bettignies souligne, et qui est absolument fondamental, c'est que la politique en maçonnerie se joue au niveau de la loge et non de l'obédience. La politique en franc-maçonnerie réside dans l'échange de points de vue entre des personnes d'opinions et de sensibilité différentes qui se retrouvent au sein d'un ordre cosmopolite.

    temps, jean-luc lebras,jean-marie ragon de bettignies,histoire,godf,evolution,politique,sceaux,chroniques d'histoire maçonniqueCosmopolite. Le qualificatif est important. Est cosmopolite celui qui est capable de penser en citoyen de l'univers (cosmos : l'univers ; politês : citoyen). Est cosmopolite celui qui, sans renier son identité et ses convictions propres, est capable d'accueillir sereinement la différence. Est cosmopolite celui qui est capable d'envisager des problèmes sous tous les angles. Est cosmopolite celui qui est capable de prospective, qui ne se laisse pas ballotter par l'actualité du jour, qui a la force intellectuelle et morale de voir plus loin que l'immédiateté des choses.

    Les « lumières vives et pures » de la franc-maçonnerie jaillissent de la discussion en tenue ordonnée selon le rite. Elles se manifestent dans la pratique des vertus maçonniques et l'étude. Et c'est ensuite au franc-maçon, librement et discrètement, de se faire l'agent actif du lien social afin de répandre, par un comportement exemplaire, les vérités qu'il a su découvrir et acquérir en loge, conscient que les idées sont comme les ruisseaux qui font les grandes rivières.

  • La Franc-Maçonnerie et la Commune de Paris

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    Franc-Maçonnerie, Commune de Paris, GODF, Jules Vallès, Eugène Pottier, Henri Rochefort, Emile Eudes, Gustave Lefrançais,Le premier mai prochain, une délégation du Grand Orient sera présente au cimetière parisien du Père Lachaise devant le mur des fédérés. Cette « manifestation traditionnelle » annuelle est en réalité récente. Elle été instaurée sous la grande maîtrise de Philippe Guglielmi en 1998.

    Pourtant, cette manifestation ne correspond historiquement à rien. Le Grand Orient, comme le Suprême Conseil, furent l'un et l'autre parfaitement étrangers aux événements de la Commune ainsi que le rappelait Esprit-Eugène Hubert dès le mois de décembre 1871 (La Chaîne d'Union de Paris, décembre 1871, premier volume, n°1, p.10) :

    « […] la Maçonnerie française, Corps, est restée, d'une manière absolue, étrangère aux hommes et aux actes de la Commune et […] elle n'est intervenue que pour blâmer, que pour condamner, que pour retenir ceux d'entre ses membres qui voulaient faire cause commune, qui firent cause commune avec la Commune. »

    Je renvoie le lecteur à la note que j'ai écrite sur le sujet il y a un an. J'évoque non seulement l'ouvrage auquel Hubert fait référence dans La Chaîne d'Union (Les Francs-Maçons et la Commune de Paris, Ed. Dentu, 1871) mais aussi le témoignage de Maxime Du Camp.

    Que faut-il retenir ?

    Qu'il y a eu certes des francs-maçons impliqués dans l'insurrection communarde (Jules Vallès, Jean-Baptiste Clément, Eugène Pottier, Henri Rochefort, Emile Eudes, Gustave Lefrançais, etc.), mais qu'ils ont agi essentiellement à titre personnel et pour des raisons politiques, quoique certains d'entre eux aient tenté maladroitement d'y associer la franc-maçonnerie en tant que corps constitué. C'est par exemple le cas de Louis Thirifocq qui s'exclama ainsi devant les représentants de la Commune et le peuple (La Chaîne d'Union de Paris, avril 1874, troisième volume, n°5, p.214) :

    « Citoyens, la Commune est la plus grande révolution qu'il ait été donné au monde de contempler. C'est le nouveau temple de Salomon que tous les Francs-Maçons ont le devoir de défendre. »

    Or, tous les Francs-Maçons, loin s'en faut, n'ont pas défendu ce nouveau temple de Salomon à la couleur rouge un peu trop prononcée... 

  • Les processions maçonniques publiques

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    Les guildes et autres corporations avaient l'habitude d'organiser des processions au Moyen Age. Généralement ces processions avaient lieu lors de la fête du saint patron du métier concerné. En ce qui concerne les maçons, les processions étaient organisées le jour de saint Pierre (29 juin), de saint Thomas (3 juillet) ou de saint Benoît (le 11 juillet). Les tailleurs de pierres, eux, fêtaient la saint Claude le 6 juin. Dans certains endroits d'Europe, il arrivait que toutes les guildes se réunissent pour défiler le 24 juin dans les rues avant l'office religieux le jour de saint Jean le Baptiste. On notera que cette période de l'année est proche du solstice d'été dans l'hémisphère nord. Les jours avoisinants le solstice d'été sont les plus longs de l'année. Ils sont la source de nombreuses célébrations dans différentes cultures au cours de l'histoire.

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    Dès ses origines, la franc-maçonnerie spéculative a intégré les processions publiques comme pour témoigner de sa filiation, sinon historique du moins spirituelle, avec la franc-maçonnerie opérative. De 1721 à 1728, la Grande Loge de Londres organisait deux processions par an dans les rues de la capitale britannique. La première avait lieu le 24 juin pour la saint Jean le Baptiste (solstice d'été), la seconde le 27 décembre pour la saint Jean l'évangéliste (solstice d'hiver). Les frères défilaient, dûment décorés, de Queen's Arms à Stationer's Hall dans le quartier de la cathédrale saint Paul. Ce qui représentait quand même un parcours d'environ six kilomètres, soit une heure et demie de trajet en marchant tranquillement. A partir de 1728, des coches et des chars furent introduits et les jours des processions changèrent quelque peu. Des processions eurent quelques fois lieu le 30 janvier, jour du souvenir de l'exécution du roi Charles 1er. En 1734 on agrégea une fanfare pour la première fois à une procession. En 1739, il y eut même trois fanfares dans le cortège.

    2194798522.jpgCeci dit, l'expression publique de la maçonnerie, au travers des processions, n'a pas toujours été sans violences, notamment en Angleterre. Ainsi, il est établi que cinq processions maçonniques au moins furent perturbées par des processions burlesques, voire des bagarres : en 1724, le 19 mars 1741, le 27 avril 1742, le 2 mai 1744 et le 18 avril 1745. Les journaux de l'époque en témoignent.

    En 1724, William Hogarth a ainsi caricaturé la procession burlesque de l'ordre des Gormagons (ou Gormogons). La gravure s'intitule : The Mystery of Masonry brought to light by ye Gormagons (le mystère de la maçonnerie mis en lumière par vous, Gormagons). Cette gravure a été publiée le 3 décembre 1724 dans le Daily Post. L'ordre des Gormagons avait été fondé par le duc de Wharton, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Londres en 1723, pour tourner en ridicule la franc-maçonnerie. L'ancien dignitaire avait voulu se venger de la jeune Grande Loge qui ne l'avait pas réélu à la grande maîtrise et lui avait préféré le comte de Dalkeith. Les Gormagons avaient pour objectif de dénigrer des maçons. Ils ne dédaignaient pas non plus de faire le coup de poing.

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    William Hogarth s'est inspiré des personnages du roman de Miguel de Cervantès, l'ingénieux Don Quichotte de la Manche, tels qu'il avaient été peints, quelques années plus tôt, par le peintre français Charles Antoine Coypel. Il existe beaucoup d'interprétations de cette gravure. Je n'en ai trouvé aucune qui me satisfasse pleinement. Certains croient même reconnaître le duc de Wharton derrière Don Quichotte et le pasteur Anderson à côté de l'âne Rucio, le dos courbé et la tête entre les barreaux de l'échelle. Ce ne sont que des hypothèses. Rien n'indique que le pasteur Anderson ait fait partie des Gormagons. Il n'était pas un obligé du duc de Wharton. Il n'était pas non plus connu pour des sympathies jacobites. On sait qu'il eut droit à des obsèques maçonniques en 1739 dont la presse britannique de l'époque se fit l'écho. Quant au duc de Wharton, celui-ci se lassa très vite de l'ordre fantaisiste qu'il avait fondé et il reprit très vite des activités maçonniques en Espagne et en France. Il devint d'ailleurs le premier Grand Maître de la franc-maçonnerie française en 1728. Ce qui montre que les relations entre les maçons britanniques et français étaient mal engagées depuis le départ...

    La procession du 19 mars 1741 a fait l'objet de satires et de caricatures. Les "mock masons" (les faux maçons, "faux" au sens où ils n'étaient pas opératifs) ont été moqués dans la presse comme en témoigne cette gravure publiée dans un journal dirigé par Anne II Dodd, fille d'Anne Dodd (une magnat de la presse de cette époque), avec un texte de Paul Whitehead et d'Henry Carey, Esq.

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    Et celle de George Bickham l'aîné.

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    Le 27 avril 1742, une procession maçonnique a été perturbée dans Londres par des plaisantins et des canailles. Elle a été immortalisée par la gravure satirique d'Antoine Benoist intitulée A Geometrical View of the Grand Procession of the Scald Miserable Masons (une vue géométrique de la grande procession des misérables maçons échaudés).

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    Le London Daily Post du 28 avril 1742 note à ce sujet :

    "Hier a eu lieu la fête annuelle de l'ancienne et honorable société des francs-maçons ; ils ont fait à cette occasion une procession de Brook street à Haberdasher's hall et ont offert un divertissement élégant et la soirée s'est achevée dans cette harmonie et cette décence propres à cette société. Mais quelque temps avant que cette société n'ait commencé sa chevauchée, de nombreux cireurs de chaussures et ramoneurs, etc., à pieds ou en chariots, l'avaient devancée en se livrant à un ridicule spectacle pompeux. Ils se sont rendus en procession jusqu'à Temple Bar en plaisantant sur les francs-maçons et en jetant, d'après que nous avons appris, une centaine de livres sterlings, ce qui a provoqué d'importantes bousculades."

    Les années suivantes donnèrent lieu à des confrontations. Les autorités incitèrent la Grande Loge d'Angleterre à abandonner cette coutume sans toutefois y parvenir. En 1744, des maçons et des anti-maçons furent même traduits en justice pour des troubles à l'ordre public. En 1745, quatre processions antimaçonniques ont été organisées pour contrecarrer la procession annuelle des maçons londoniens. Il y eut des bagarres. Finalement, ces échauffourées récurrents amenèrent la Grande Loge d'Angleterre à cesser les processions publiques annuelles dans les rues la capitale britannique à partir de 1747, sans toutefois les abandonner totalement mais en les limitant à des événements exceptionnels.

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    De nos jours, la tradition des processions maçonniques publiques demeure toujours bien vivante dans les pays anglo-saxons. Aux Etats-Unis en particulier où de grandes parades sont organisées régulièrement. Ces cortèges, généralement, ont lieu lors des fêtes d'ordre ou bien, parfois, lors d'une cérémonie de pose d'une première pierre (d'un temple maçonnique ou d'un bâtiment religieux). En Europe continentale, et plus particulièrement dans les pays de tradition catholique, cette pratique ne s'est jamais développée en raison de l'excommunication qui a frappé les francs-maçons dès 1738. Révéler son appartenance était risqué (notamment pour les prêtres membres de la fraternité). Les persécutions sous les régimes fasciste, nazi, franquiste, salazariste et vichyste n'ont évidemment rien arrangé. Les choses évoluent cependant à leur rythme. En France, il arrive ainsi de plus en plus fréquemment que les francs-maçons défilent publiquement en cordons et sautoirs à l'occasion de manifestations profanes à fort enjeu social (défense de la laïcité et du vivre ensemble, antiracisme, promotion des libertés publiques et individuelles, etc.) ou lors d'occasions particulières (par exemple, le premier mai, au cimetière du Père Lachaise, devant le mur des fédérés). Et encore ! Ces extériorisations sont essentiellement le fait des obédiences dites libérales et adogmatiques.