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Obédience - Page 5

  • Le respect des règles

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    hastings.jpgJe rebondis sur la réponse du Grand Maître de la Grande Loge du Tennessee en date du 14 mars dernier pour vous livrer cette petite réflexion.

    Faisons tout d'abord abstraction de l'objet du débat : l'incompatibilité qu'il pourrait y avoir entre l'appartenance maçonnique et certaines orientations sexuelles. Et concentrons-nous plutôt sur un autre de ses aspects tout aussi important parce qu'il le détermine d'une certaine façon : le respect des règles.

    Si sur le fond la position de la Grande Loge du Tennessee est moralement contestable, sur la forme en revanche, elle semble parfaitement cohérente. Le Grand Maître Hastings rappelle - à tort ou à raison - que la décision de la Grande Loge du Tennessee a été prise en application d'une disposition réglementaire votée il y a trente ans.

    Par conséquent, seuls ceux habilités à voter aujourd'hui les lois internes de la Grande Loge du Tennessee peuvent défaire ce qui a été voté il y a trente ans. Autrement dit, les lois qui régissent la vie de la Grande Loge du Tennessee forment le pacte social des loges qui la constituent. Elles sont l'expression de sa souveraineté inaliénable. Les autres obédiences n'ont donc pas à s'immiscer dans cette vie interne même si celle-ci peut heurter, choquer ou inquiéter.

    Bien évidemment, j'écris cela avec les précautions d'usage car je n'ai évidemment pas tous les éléments pour pouvoir en juger. Cependant, dans n'importe quelle obédience sérieuse, il appartient à chaque loge de vérifier si l'admission d'un profane est susceptible de poser des problèmes réglementaires. Dans le cas qui nous préoccupe, on peut se demander si la loge concernée a interrogé la Grande Loge du Tennessee avant d'initier ce couple homosexuel, ne serait-ce déjà que pour mettre en évidence le caractère contestable de certaines dispositions réglementaires. En fonction de la réponse de l'obédience, cette loge aurait pu éventuellement en tirer toutes les conclusions pour elle même (ex : ajourner l'initiation et demander une modification réglementaire ; procéder à l'initiation et prendre son autonomie en devenant une loge sauvage ou en rejoignant une autre obédience plus libérale comme par exemple la George Washington Union ou le Grand Orient des Etats-Unis si toutefois ce dernier existe toujours). Je ne pense qu'elle l'ait fait sauf erreur de ma part.

    S'il apparaît que cette loge a enfreint les règles de son obédience (du latin, obedientia, obéissance), alors on ne peut pas tout à fait être étonné que l'obédience ait cherché à les faire respecter bien que celles-ci, une fois encore, puissent apparaître totalement surannées et en complet décalage avec la société. Après tout, c'est à ceux qui ont le pouvoir de changer les règles au sein de la Grande Loge du Tennesse, à prendre leurs responsabilités s'ils estiment devoir le faire

    Posons-nous enfin une question toute simple. Que fait et que dit la loge qui a initié ce couple homosexuel ? Je n'ai pas l'impression qu'on l'entende beaucoup. Je n'ai pas non plus l'impression - mais je peux me tromper - qu'elle soit spécialement entrée en résistance. Pourtant, elle a bien été à l'initiative de ce qui est devenu un sacré merdier. Les malheureux Mark Henderson et Dennis Clark ont été bannis. Un peu comme le fut d'ailleurs Maria Deraismes par la loge alpicoise Les Libres Penseurs qui l'initia en 1882 au mépris des règles de la Grande Loge Symbolique Ecossaise.

    Ce qu'il faut comprendre, c'est que le respect des règles n'est pas l'expression d'une rigidité mentale. Ce respect est au contraire la condition sine qua non de la cohésion du groupe. Les procédures, comme l'écrivait Benjamin Constant, sont les divinités tutélaires de la liberté. Sans les règles, il n'y a que de l'arbitraire. Sans les règles, c'est la loi du plus fort qui prévaut. L'arbitraire naît toujours des petits arrangements même si on les fait pour une cause juste.

    Un Frère me disait il y a quelques jours : "L'important, c'est l'esprit de la règle, pas la règle." Ben voyons ! C'est précisément au nom de cet "esprit de la règle" qu'on en arrive souvent à faire n'importe quoi, comme par exemple demander à une loge de voter alors que le vote n'est pas à l'ordre du jour et n'a pas été annoncé dans la convocation aux travaux. 

    rg.jpg"L'esprit de la règle", c'est cette commodité qui permet à ceux qui s'en prévalent d'imposer en réalité leurs vues à tout un atelier. On appelle cela la politique du fait accompli. Ceci dit, j'en conviens, les règles ne sont pas toutes justes ou toutes indiscutables. Ce qui se passe au Tennessee en est une illustration parmi d'autres. C'est la raison pour laquelle il n'est pas interdit d'avoir l'intelligence de les changer en suivant la procédure prévue pour cela et à la condition, bien sûr, qu'il se trouve une majorité pour le faire. 

    Enfin, quand je lis la lettre du Grand Maître Hastings, qui rappelle que la décision contestée s'appuie sur une disposition réglementaire vieille d'une trentaine d'années, je ne peux m'empêcher d'éprouver un sentiment d'étonnement admiratif devant une telle stabilité réglementaire, surtout quand  je pense à la constitution et au règlement général de ma propre obédience qui changent aussi souvent que le code général des impôts sous l'effet de continuelles modifications pas toujours inspirées. C'est comme si la stabilité réglementaire était devenue suspecte. Que l'on y songe. L'instabilité réglementaire favorise l'arbitraire, le juridisme abscons, les phraseurs pervers et chicaneurs, et les tribuns d'assemblée prompts aux manipulations en tous genres.

    Pour en revenir à la situation de la Grande Loge du Tennessee, celle-ci va se réunir, semble-t-il, en fin de mois. Je suis loin d'être un spécialiste de la franc-maçonnerie américaine, mais je ne pense pas trop m'avancer quand même en disant que cette obédience maintiendra sa position. Comment pourrait-il en être autrement ? Elle aura beau jeu de rappeler qu'elle fonctionne ainsi depuis des années, qu'elle n'est pas la seule (on beaucoup parlé de la Grande Loge de la Géorgie, mais on oublie que la Grande Loge du Kentucky est dans la même situation) et, surtout, elle peut déjà constater que d'autres Grandes Loges défendent une position intermédiaire comme, par exemple, la Grande Loge du Wisconsin. Dans un courrier en date du 16 mars 2016, Franklin J. Struble, son Grand Maître, rappelle que la Grande Loge du Wisconsin ne se préoccupe pas des orientations sexuelles de ses membres mais qu'elle respecte l'indépendance et la souveraineté des autres Grandes Loges. En d'autres termes, il faut respecter les choix des Grandes Loges mises sur la sellette et ne pas s'immiscer dans leurs affaires internes. C'est donc dire à quel point le respect des règles est fondamental aux yeux des obédiences américaines. Parmi ces règles non négociables, il y a la souveraineté des Grandes Loges.

    Voilà où nous en sommes aujourd'hui. Il reste à savoir si on va vers une profonde division de la maçonnerie américaine, opposant progressistes et conservateurs, ou bien vers une normalisation des relations entre Grandes Loges lorsque la pression médiatique sera retombée. Je pense, pour ma part, que nous assisterons à une normalisation car ce n'est évidemment pas la première fois que l'on assiste à de telles bisbilles entre Grandes Loges. Il y a donc peut-être, dans ce contexte particulier, une carte à jouer pour la maçonnerie libérale (prise dans son acception la plus large) si toutefois cette dernière parvient à intéresser et à fédérer les loges ou les francs-maçons américains les plus insatisfaits et les plus ouverts d'esprit.

  • Les Utopiales Maçonniques 2016

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    La troisième édition des Utopiales Maçonniques aura lieu les 9 et 10 avril 2016 au siège du Grand Orient de France. Elle aura pour fil conducteur le thème suivant : Vivre la République. Je suis persuadé que cette troisième édition aura le même succès que la précédente dont le sujet était : Construire le monde de demain.

    Voici le programme de cette manifestation. Vous le verrez, c'est un programme de grande qualité même si je trouve que ça part un peu dans tous les sens. Je veux dire qu'à force de vouloir parler de tout, on finit par ne plus parler de rien (c'est mon opinion en tout cas).

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    Je signale également la page Facebook des Utopiales.

    Je voudrais quand même rappeler que le travail maçonnique s'effectue en loge et que c'est ce travail là que le GODF devrait prioritairement mettre en valeur. Mais qu'on me comprenne bien. Les colloques avec des journalistes et des éditocrates parisiens, des intellectuels médiatiques, des représentants de la société civile, c'est bien. Il en faut. Je ne dis pas le contraire. Mais ces événements ou ces mondanités ne doivent pas devenir non plus une fin en soi ou le moyen habile de faire de la communication pour donner l'image réductrice d'une obédience engagée dans la réflexion sociale.

  • L'idéologie guénonienne appliquée à la Franc-Maçonnerie

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    guenongrandmaitre.jpgJe joins à la présente note un discours prononcé par le F∴ Jean-Pierre Servel, à l'époque Grand Orateur, après l'installation de François Stifani à la grande maîtrise de la Grande Loge Nationale Française (G∴L∴N∴F∴) le 1er décembre 2007.

    Je n'aurais pas pu trouver meilleure illustration des aberrations de l'idéologie guénonienne appliquée à la franc-maçonnerie.

    Je remercie le F∴ Joaben de m'avoir transmis copie de ce texte délirant, prononcé deux ou trois ans avant que la G∴L∴N∴F∴ n'implose et ne défraye la chronique en en mettant partout.

    J'ai surligné les passages les plus dingues.

    Dans ce texte, Jean-Pierre Servel ne se contente pas de cirer les pompes de François Stifani. Il expose un système obédientiel autoritaire dans lequel le G∴M∴ est une sorte d'intercesseur entre Dieu et les hommes et impose sa volonté à l'ensemble des FF∴. Il faut donc aller au-delà de la forme obséquieuse pour s'attacher au fond des propos. Celui qui – ne l'oublions pas - est devenu l'actuel Grand Maître de la G∴L∴N∴F∴ y défend les idées suivantes (j'en ai repéré sept... parce que ça fait bien et que c'est symbolique) :

     

    1. Le Grand Maître est lié, par serment, à la Tradition primordiale qui est le fondement, le contenu et le but de son autorité indiscutable.

    2. Le Grand Maître est l'ultime trait d'union entre Dieu, Grand Architecte de l'Univers, et les hommes.

    3. Le Grand Maître peut certes consulter, mais son pouvoir est seul source de cohérence et d'autorité. Ce qui, implicitement, revient à dire qu'il peut passer outre l'avis de ceux qu'il consulte et agir comme bon lui semble.

    4. Voter contre un Grand Maître ou contre l'impulsion qu'il entend donner à l'Ordre n'a aucun sens et ne peut procéder que d'un esprit de dérision. Tout Frère en désaccord doit partir sans bruit et sans trahir.

    5. Tout pouvoir vient d'en haut, donc toute prérogative procède nécessairement du Grand Maître qui, éventuellement, peut déléguer aux Grands Maîtres provinciaux.

    6. Une ordre initiatique ne peut être démocratique. L'élection est une illusion. Un Vénérable Maître est apparemment élu par ses Frères. En réalité, il n'a été élu que parce qu'il y a eu l'assentiment du Grand Maître ou, à défaut, celui du Grand Maître provincial de la province concernée.

    7. Il est moralement et réglementairement inconcevable que le Grand Maître s'écarte des landmarks intangibles de l'Ordre et du fonctionnement traditionnel de l'obédience.

    Délicieux... Ça donne envie... On sent le souffle décoiffant d'une vibrante spiritualité... Je plaisante bien sûr car, en réalité, il y a de quoi frémir devant cette resucée de la conception guénonienne du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Je comprends à présent pourquoi l'extrême droite y a ses entrées.

    Bref, je vous laisse imaginer les conséquences d'un tel système obédientiel dans les mains de cons...

    Moi en tout cas si j'étais gangster, je signerais tout de suite. Je me dépêcherais de cirer les pompes de mon chef et me rendrais indispensable. Je me ferais fort de devenir la voix de mon G∴M∴ provincial et l'âme damnée du G∴M∴ national. Je ne manquerais pas non plus de me distinguer par mes platitudes, mes flatteries et ma capacité à devenir le paillasson de mes supérieurs. Je me dépêcherais d'appartenir à une dizaine de loges, d'en fonder une autre dizaine et de cumuler les grades et les rites. Je jouerais des coudes avec d'autres cons pour être vu du Chef jusqu'à ce qu'il suggère de façon pressante aux FF∴ de ma L∴ de me bombarder V∴M∴ au nom du G∴A∴D∴L∴U∴ et de la tradition traditionnelle. Avec un peu d'organisation et de méthode, je ne quitterais jamais plus le premier maillet. Et tant pis pour ceux qui ne seraient pas d'accord avec ce choix. J'attendrais enfin fébrilement le soutien "d'en haut" pour atteindre les sommets de la hiérarchie ordinale. J'investirais dans un beau tablier doré.

    En conclusion, je me pose une question. Le G∴O∴D∴F∴ a-t-il vraiment intérêt à s'exposer médiatiquement aux côtés de la G∴L∴N∴F∴ même pour faire payer à la G∴L∴D∴F∴ la calamiteuse et rocambolesque aventure de CMF ? J'en doute très fortement.

    _____________

    Lire :

    Discours de JP Servel décembre 2007.pdf

  • La fraternité est parfois une haine vigilante

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    Ronan Loaëc, Gérard Contremoulin, GODF, Michel MaffesoliLe F∴ Gérard Contremoulin a complaisamment relayé sur son blog ce commentaire du F∴ Ronan Loaëc posté sur Facebook à propos du dernier livre du F∴ Michel Maffesoli que je n'ai pas lu.

    ronan loaëc,gérard contremoulin,godf,michel maffesoli

    Ainsi pour Ronan Loaëc, Michel Maffesoli est un triste personnage. Il remet implicitement en cause ses compétences universitaires.

    Ronan Loaëc fait également une allusion putassière à la thèse d'Elizabeth Teissier qui avait défrayé la chronique au début des années 2000 (et qu'il n'a probablement pas lue).

    Je voudrais juste rappeler au passage ce qu'écrivait le F∴ Marcel Bolle de Bal, professeur émérite de l'Université Libre de Bruxelles, président d'honneur de l'Association internationale des sociologues de langue française, dans les colonnes du Soir de Bruxelles, le 20 septembre 2001 :

    "Comme la plupart d'entre eux, je n'ai pas lu cette thèse. Je ne porte donc nul jugement sur la valeur de celle-ci. Non, ce qui me choque, c'est le caractère irrationnel, subjectif, politique de cette réaction démesurée, se parant des oripeaux de la vertu scientifique et du rationalisme conquérant. Affirmer que rédiger une thèse sur l'astrologie comme croyance et fait social, ce serait reconnaître la valeur scientifique de l'astrologie, ce serait justifier la pratique de celle-ci, voila qui revient à interdire de faire une thèse sur l'alcoolisme, la délinquance, les sectes, etc., au prétexte que cela encouragerait ou validerait de telles pratiques. Absurde, non ? Or, en l'occurrence, c'est précisément l'astrologie comme croyance et fait social, et non l'astrologie comme discipline scientifique, qui a fait l'objet de la thèse incriminée. Il s'agit d'une thèse de sociologie, non d'une thèse d'astrologie. Les membres du jury eux-mêmes ont bien précisé qu'à leurs yeux l'astrologie n'était certainement pas une science."

    Mais Loaëc ne s'embarrasse guère de ce genre de nuance...

    L'objet de sa détestation ne se réduit d'ailleurs pas à la personne de Maffesoli mais s'étend de façon plus inquiétante à toutes les loges qui ont l'outrecuidance de l'inviter. Car inviter Maffesoli, pour Loaëc, c'est nécessairement faire preuve de naïveté et de complaisance coupable à l'égard du communautarisme... Et les responsables des ateliers concernés sont ravalés au rang de complice d'une oeuvre de démolition de la République (excusez du peu...).

    Je suis sidéré par cette prose de petit commissaire politique teigneux qui vous dit ce qu'il faut penser, ce qu'il faut lire et qui il faut inviter... 

    Mais le plus grave n'est pas là... Le plus grave c'est quand on songe que l'intéressé a été, l'an dernier, conseiller de l'Ordre délégué à la communication et aux médias du G∴O∴D∴F∴...

    Comment ne pas frémir en y pensant ?...

    Le F∴ Loaëc ferait donc bien de réapprendre les vertus du silence. Cela lui éviterait de dire des conneries.