Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Antimaçonnisme - Page 2

  • L'Espresso et l'abolition de la franc-maçonnerie

    Imprimer

    aboliamo.jpg

    Je me dois de revenir à nouveau sur la situation à laquelle la franc-maçonnerie est confrontée en Italie. Dans son édition du 12 février 2017, l'hebdomadaire L'Espresso a provoqué une  polémique qui a entrainé immédiatement une réaction très énergique du Grand Orient d'Italie par la voix du Grand Maître Stefano Bisi.

    Le célèbre hebdomadaire italien a publié en effet un long article de Gianfrancesco Turano, journaliste et romancier, intitulé (excusez du peu) : « Abolissons la Franc-Maçonnerie ». Cet article n'est pourtant pas une enquête. Il s'agit plutôt d'un rappel de tout ce que l'on dit ou de tout ce que l'on a pu dire en Italie sur les liens présumés entre les milieux criminels et les loges de Calabre, sur les auditions des responsables d'obédiences maçonniques par la commission parlementaire anti-mafia et sur l'accès au fichier contenant l'identité et les coordonnées de leurs membres. Turano est revenu inévitablement sur l'affaire de la loge P2 et sur l'affaire Occhionero qui a défrayé récemment la chronique. Il a rappelé enfin les enquêtes judiciaires en cours et en a conclu, de manière provocatrice, que la franc-maçonnerie devrait être abolie.

    L'Espresso ne réclame pas l'interdiction de la franc-maçonnerie mais semble plutôt avoir fait un coup éditorial à travers cet article. Le procédé est malgré tout brutal car L'Espresso est une véritable institution en Italie. Ce titre de la presse italienne a participé à tous les grands combats de société. Pour faire une comparaison avec la France, c'est comme si le Nouvel Observateur, hebdomadaire de gauche et de centre gauche, publiait un dossier similaire avec un titre choc.

    Dans un communiqué de presse, publié le jour même de la sortie de l'hebdomadaire, le Grand Maître du Grand Orient d'Italie a contre-attaqué :

    « Je suis désolé et inquiet qu'un hebdomadaire de grandes traditions, entré dans l'histoire de notre pays, qui a participé, au cours de ses soixante-deux années d'existence, à de grandes batailles comme le divorce, les droits civils, les luttes contre la corruption et les malversations, qui est dirigé par des hommes à fort principes laïques, ait décidé de se livrer une telle esbroufe [l'expression utilisée par Bisi est « tigre de papier »]. Quand on fait le choix de publier des titres comme « Abolir la franc-maçonnerie », vous ne pouvez que considérer l'intention purement idéologique de frapper le berceau de la pensée libre ; eh bien, je crois que la démocratie et de la liberté d'association sont vraiment en danger.

    Alors que l'Italie est engluée dans une crise sans fin, alors que, malheureusement, les partis politiques sont de plus en plus en crise et risquent d'être vaincus par le populisme démagogique de certains mouvements, on ne peut être qu'étonné de l'attention soudaine portée sur la franc-maçonnerie qui continue à être un sujet confortable et sûr pour cacher les vrais problèmes du pays.

    L'idée de chasse à l'homme est toujours confortée par la demande par la Commission anti-Mafia de produire les listes de maçons, par la tentative vulgaire et anti-juridique de ne pas nous remettre les documents de l'enquête Cordova archivée en 2000 et par l'attention morbide des médias. Mais les francs-maçons du Grand Orient d'Italie ont réussi à surmonter bien d'autres épreuves et à ne pas s'incliner devant les fascistes et défaitistes qui complotent toujours dans l'ombre. Maintenant, face à cette nouvelle tentative maladroite de discréditer la franc-maçonnerie et de l'anéantir, elle sera prête à se battre partout car elle ne porte pas atteinte à la plus grande loi de notre Constitution : le droit de la penser librement, droit qui est depuis trois cents ans le point de repère des francs-maçon. Nous ne nous laisserons pas intimider et influencer par quiconque. »

    Je comprends parfaitement la vive réaction de Stefano Bisi. Le Grand Maître du Grand Orient d'Italie exprime une lassitude devant ces reportages commandés par les rédactions selon les idées du moment. L'article de Gianfrancisco Turno n'apporte rien de nouveau. Il ne contient aucune révélation particulière.

    On sent que ce dossier a été publié dans le but de satisfaire les lecteurs et de provoquer, dans le landerneau politique italien, du « clash » ou du « buzz » comme on dit maintenant. On donne aux gens ce qu'ils veulent savoir plutôt que ce qu'ils doivent savoir. La franc-maçonnerie fait vendre. Son côté mystérieux alimente les fantasmes. Stefano Bisi déplore, à juste raison, qu'un hebdomadaire aussi emblématique que L'Expresso ait décidé d'exciter les instincts et les fantasmes des gens et de produire ce que l'opinion demande.

    espresso.jpgCe qui est grave, c'est de se rendre compte que les préjugés demeurent malgré le passé fasciste du pays et malgré la jurisprudence confirmée de la Cour européenne des droits de l'homme sur la liberté de la vie privée, la liberté de conscience, la liberté d'association et le secret d'appartenance.

    Aujourd'hui le fait d'être franc-maçon est toujours un sujet de controverses. Ce qui est grave, c'est de constater que pour une partie de l'opinion publique italienne, le fait d'être membre d'une loge maçonnique fait de vous un criminel, un mafieux, un individu qui a juré allégeance à des puissances obscures, un traitre, etc. Et peu importe que les obédiences aient des instances disciplinaires. Peu importe qu'elles radient des francs-maçons ayant commis des actes contraires aux lois.

    Au nom de la soi-disant transparence démocratique, des parlementaires, des journalistes, des partis politiques (souvent populistes), des citoyens réclament, avec cette bonne conscience ostentatoire, un fichage public d'autres citoyens en raison de leur appartenance maçonnique. Ils réclament une transparence à laquelle ils ne voudraient pas consentir eux-mêmes s'ils étaient visés.

    On a vu également un phénomène similaire en Suisse, pays où l'extrême droite est forte.

    En France, cette actualité ne semble pas inquiéter outre mesure les obédiences maçonniques. Elles devraient pourtant se sentir un peu plus concernées car elles ne sont pas à l'abri de cette révolution réactionnaire qui semble gagner, petit à petit, le continent européen. En effet, n'y a-t-il pas de quoi avoir peur quand on voit les scores que les instituts de sondage donnent à Marine Le Pen et au Front National ?

  • La franc-maçonnerie, arme de Satan

    Imprimer

    Kazakhstan, Athanasius Schneider, Berik Zhubaniyazov, Andrei Vladimirovich Bogdanov, église catholiqueLe 11 décembre dernier, à Séville (Espagne), le très conservateur Athanasius Schneider, théologien et évêque catholique d'Astana (Kazakhstan), a prononcé une conférence intitulée Marie, vainqueur de toutes les hérésies.

    Tout un programme...

    Dans son intervention, monseigneur Schneider s'est référé aux écrits délirants de saint Maximilien Kolbe sur la franc-maçonnerie. Et c'est plutôt salé.

    En effet, l'évêque a expliqué que le but de la franc-maçonnerie était d'éliminer tous les enseignements de Dieu, en particulier l'enseignement catholique et d'instrumentaliser de nombreuses sociétés pour atteindre cet objectif. Schneider reprend en fait à son compte cette thèse soutenue par le père Kolbe qui confondait allègrement et de façon plutôt baroque la franc-maçonnerie avec le protestantisme, les témoins de Jéhovah ou encore les associations de libre pensée.

    Selon Monseigneur Schneider :

    « [Les francs-maçons] cherchent la dissolution de la morale (...) La maçonnerie détruit tout sens moral et favorise les formes de vie sordides à tous les stades de la vie humaine ».

    Et d'ajouter :

    « Que dirait aujourd'hui Maximilien Kolbe de la télévision, des films, de la musique ou de l'art ? (...) La maçonnerie est l'arme de Satan ».

    Je suis toujours sidéré que des hommes brillants puissent proférer de telles conneries et parler avec autant d'assurance sur des sujets qu'ils ne connaissent manifestement pas.

    Ceci démontre, une fois de plus, que l'intelligence n'a vraiment rien à voir avec les diplômes et le savoir cumulatif.

    Monseigneur Schneider défend donc une ligne résolument hostile à la franc-maçonnerie. Cependant, dans quelle mesure sa position n'obéit-elle pas aussi à des considérations internes au Kazakhstan, cet ancien Etat soviétique, devenu indépendant en 1991 après la chute de l'URSS ?

    berik zhubaniyazov,andrei vladimirovich bogdanov,kazakhstan,athanasius schneider,église catholiqueL'évêque d'Astana considère le Kazakhstan, dont la population est musulmane à 70%, comme une terre de mission.

    Le dignitaire catholique romain voit donc probablement d'un très mauvais oeil l'implantation récente de la franc-maçonnerie dans ce territoire.

    En effet, en novembre 2016, la Grande Loge du Kazakhstan a été fondée avec l'aide de la Grande Loge de Russie.

    Le frère Berik Zhubaniyazov a été installé à la grande maîtrise de la jeune obédience par le frère Andrei Vladimirovich Bogdanov, grand maître de la Grande Loge de Russie, qui a reçu à cette occasion une magnifique tenue traditionnelle kazakhe.

    Bref, le comportement de monseigneur Schneider fait irrésistiblement songer à cette citation de l'écrivain Charles Bukowski :

    « Le problème avec le monde, c'est que les gens intelligents sont plein de doutes alors que les imbéciles sont plein de certitudes. »

  • La franc-maçonnerie et les alertes Google

    Imprimer

    Comme beaucoup d'internautes, j'utilise le système des alertes proposées par Google Actualités sur les thèmes ou mots clefs qui m'intéressent. En fonction du paramétrage choisi, je suis donc informé une fois par jour des nouvelles publications susceptibles sur les thèmes ou mots clefs que j'ai sélectionnés. La franc-maçonnerie fait évidemment partie de ces thèmes.  Google opère en principe une sélection des sites d'information. Or, il n'est pas rare que je reçoive de la part du moteur de recherches un mail d'alerte tel que celui-ci :

    capture.jpg

    Pourtant Médias Presse Infos n'est pas une agence de presse ou le site d'un organe de presse. Il s'agit d'un site de propagande d'extrême droite proche de Civitas, parti politique d'intégristes catholiques dirigé par Alain Escada, un agitateur venu de Belgique. Médias Presse Infos se présente comme un site de « réinformation » censé aller à contre courant des grands médias. En réalité cette réinformation est tout simplement de la désinformation. Ainsi que le note le blog Icezine :

    « La stratégie est clairement de cristalliser toutes les haines, les ressentiments, même contradictoires, et de faire monter cette colère générale. Les plus faibles, les plus manipulables peuvent basculer d’une idée plus ou moins noble (défendre l’environnement, les animaux, défendre son droit à la religion …) à une haine viscérale de l’autre, de la différence. D’autres sites se sont construits sur le même modèle, les articles se copiant les uns les autres et constituant ainsi une galaxie de la désinformation haineuse. »

    Médias Presse Infos est très réceptif aux thèses complotistes. Ses contributeurs écrivent donc régulièrement sur la franc-maçonnerie avec cette gravité qui sied aux gens qui font semblant de parler savamment de choses qu'ils ne connaissent pas. Et comme le site Médias Presse Infos est parvenu à se faire passer pour ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire pour un site d'informations classique, au même titre que les sites des organes de presse traditionnels, Google relaie automatiquement sa propagande nauséabonde.

    La capture d'écran ci-dessus concerne une alerte Google reçue à 18h06 le 5 novembre 2016. Si j'en crois ce message, il n'y a eu ce jour qu'un seul article de presse publié avec le mot clef « francs-maçons ». Il n'y a pas eu de publications contenant le mot « franc-maçonnerie », autre mot clef que j'avais défini pour mes alertes. On peut constater que cet article unique provient du site de propagande Médias Presse Infos et son titre annonce la couleur : La LICRA chez les francs-maçons pour toujours plus d'immigration.

    En l'espèce, Médias Presse Infos s'est contenté de diffuser la vidéo du discours d'Alain Jakubowicz, président de la Licra, au dîner annuel de la Grande Loge de France et suggère que la LICRA est aux mains de la franc-maçonnerie ou, du moins, qu'elle est son alliée et que les deux organisations oeuvrent ensemble en faveur de l'immigration. Grâce à un simple titre d'article, Médias Presse Infos parvient ainsi à glisser dans l'esprit des lecteurs les idées de complot, d'invasion étrangère, de lobby anti-France. Elle accrédite la thèse du grand remplacement relayée par la « fachosphère ». 

    Quand on a un minimum de culture générale ou politique, on comprend vite le message implicite qui se cache derrière ce genre d'article. On ne se laisse pas piéger par cette propagande haineuse. Or combien d'internautes prennent pour argent comptant ce qu'ils lisent sur le web, y compris ce que peuvent diffuser des sites tels que Médias Presse Infos ? Combien sont-ils à partager des articles provenant de ce genre de sites sur les réseaux sociaux ? Comment ne pas s'étonner que les équipes de Google Actualités se laissent ainsi abuser alors qu'elles sont normalement censées vérifier la pertinence des sites qu'elles indexent ?

  • GLDF : un souvenir de « La Belle Epoque »

    Imprimer

    3951201225.jpgLa caricature ci-contre représente deux francs-maçons en train d'effectuer l'attouchement de maître. Elle a été publiée en janvier 1901 dans la revue antimaçonnique A bas les Tyrans ! de Paul Copin-Albancelli et Louis Dasté. On y voit à droite Henri Brisson, à l'époque candidat à la présidence de la Chambre des députés. Henri Brisson n'est pas un inconnu pour les lecteurs réguliers de ce blog puisque j'en avais déjà parlé. Il était même au centre des préoccupations des antimaçons de l'époque qui étaient persuadés qu'il avait effectué le signe de détresse à la tribune de la Chambre pour sauver le gouvernement Waldeck Rousseau en 1899. A gauche, on y voit un homme de couleur noire caricaturé de façon raciste (style « Y a bon banania »). Il s'agit d'Hégésippe Jean Légitimus (1868-1944) député socialiste de la Guadeloupe. Il fut le premier noir à siéger dans une assemblée parlementaire française depuis Jean-Baptiste Belley (1747-1805). Et pour la petite histoire, il est l'arrière-grand-père de l'acteur Pascal Légitimus.

    Pour Louis Dasté, il s'agissait de jeter le ridicule sur la gestuelle maçonnique et le discrédit sur les deux députés. Le militant antimaçon s'y était employé en étalant son racisme et son antisémitisme obsessionnels (une prose que le mouvement Civitas ne désavouerait pas aujourd'hui).

    « Telle est la liturgie maçonnique pour le grade de maître. C'est en épelant des mots hébreux (...) et en se livrant à une gymnastique aussi parfaitement absurde que les cérémonies des sorciers nègres, que les soi-disant libres-penseurs des loges se préparent à gouverner la France (...). »

    Il m'a paru utile de diffuser cette caricature car Brisson et Légitimus appartenaient tous deux à la Grande Loge de France. C'était en effet un temps où cette obédience était fortement impliquée dans la réflexion sociale et n'hésitait pas à intervenir dans les débats profanes au risque de s'attirer les foudres des réactionnaires. Aujourd'hui, la Grande Loge de France fait mine de ne pas s'en souvenir et semble obnubilée à l'idée de reconstruire son histoire. Je connais des frères de la Grande Loge qui en sont très affectés. Ça ne signifie pas qu'ils veulent nécessairement une obédience engagée dans les débats politiques et sociaux comme à « La Belle Epoque », mais qu'ils en ont assez des prétentions de la Grande Loge à vouloir incarner une maçonnerie d'élite et régulière au sens anglo-saxon.

    Cette caricature vient donc en appui d'un texte très intéressant publié sur le blog de La Maçonne dont je vous recommande la lecture (même si, personnellement, j'ai quelques doutes sur l'influence qu'il prête au Suprême Conseil de France) :

    « (...) La GLDF pole essentiellement spiritualiste et humaniste encore une fable véhiculée par les dignitaires de l’obédience. De fait la GLDF des premières années fut considérée plus progressiste sur le plan des idées et des comportements sociétaux que le GODF. Il est donc faux de prétendre que la GLDF est le reflet d’une obédience uniquement spiritualiste (dont on se demande ce que cela veut dire sans autre précision), et humaniste ce qu’elle a toujours été, elle fut également dès son origine, et il n’y a pas si longtemps sociétale, ce que les nouveaux dignitaires semblent oublier tellement ils ont le souci de se démarquer du GODF (...) »